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15/04/2013

La transparence c’est quelque chose de normal…

Parmi les nouvelles intéressantes de ces derniers jours, il y a la victoire de Maduro au Venezuela, victoire acquise semble-t-il d’extrême justesse avec 50.6% des suffrages contre son rival de droite, lequel d’ailleurs semble avoir quelque mal à reconnaître sa défaite. Une chose est certaine, pour ce pays comme pour beaucoup d’autres, il est très difficile de succéder à une figure emblématique, quels que soient les réserves que l’on puisse faire de l’extérieur sur cette figure. Maduro en effet, n’est pas et ne sera jamais Chavez, et s’il en fallait une preuve nous l’aurions à travers le résultat de cette élection.

Autre chose, la crise est-elle finie dans la zone euro ? Sans doute pas, ce qui n’a rien d’étonnant dans cette Europe, qui a mis la charrue avant les bœufs en créant l’euro sans avoir défini des critères de convergence suffisants. Oh certes, ce n’est pas moi qui vais critiquer la mise en place de la monnaie unique européenne, car en dépit de tout ce qui est dit en France sur l’euro, cette monnaie unique nous a évité bien des désagréments. Par exemple, si l’euro n’avait pas existé ou plutôt si l’on n’avait pas mis en place un minimum de directives dans la zone, à combien se monterait le déficit de la France ? Quel serait notre taux d’endettement public par rapport à la richesse nationale produite ? Mieux vaut ne pas y penser. Et je ne parle pas du niveau des taux d’intérêts qu’exigeraient nos prêteurs. Oui, rien que pour cela l’euro a été une chance pour notre pays, même s’il y a sans doute des choses à redire sur la manière dont cette monnaie a été mise en place.

Cela étant, pour revenir à la crise, ce n’est quand même pas d’Europe, et plus particulièrement de la zone euro qu’a démarré la crise financière. Certes ensuite, la faillite de la Grèce est venue d’un pays appartenant à la zone euro, ce qui a failli entraîner la chute de plusieurs autres pays de la zone, y compris des grands pays comme l’Italie et l’Espagne. Certes aussi, alors que la croissance des Etats-Unis repart, elle reste en berne en Europe…en raison des politiques restrictives mises en place un peu partout dans l’Union. N’y-a-t-on pas été trop fort dans la rigueur pour certains pays, d’autant que cela va évidemment frapper en priorité le peuple, le petit peuple devrais-je dire, qui n’est pas pour grand-chose dans cette crise financière et qui, in fine, en est la grande victime. Mais les entreprises souffrent aussi de la baisse de la demande, et des conditions imposées par les banques, toujours frileuses en période de faible croissance, donc dans une période où elles auraient besoin d’être davantage aidées.

Malgré tout, les mesures qui ont été prises en Espagne ou en Italie finiront tôt ou tard par porter leurs fruits, car ces pays ne pouvaient pas continuer comme si de rien n’avait été. La remarque vaut à un degré moindre pour la France, car elle aussi avait atteint des niveaux de déficit insoutenables, ce qui avait valu à notre pays de voir exploser sa dette publique. N’oublions pas que si l’on parle de dette, on parle nécessairement de charges d’intérêts et par voie de conséquences d’indépendance du pays. Quand une nation est trop dépendante de ses prêteurs, c’est là qu’on peut lui imposer des mesures qui deviennent insoutenables pour sa population, ce que trop de gens ignorent ou feignent d’ignorer.

Autre élément très important à propos de la crise, la mise en place de dispositifs qui doivent permettre de surmonter les difficultés de tous les pays de la zone. En disant cela je pense aux 500 milliards du Mécanisme européen de stabilité, sans parler de la supervision bancaire à l’échelon européen, un peu comme en France avec la Commission bancaire. Enfin, n’oublions pas non plus que la Banque Centrale Européenne a joué pleinement son rôle en étant disposée à acheter sans limitation la dette des Etats, notamment celle des plus fragiles. On notera à ce propos que les taux auxquels empruntent les pays de la zone sont soient très bas, cas de l’Allemagne (1.20% pour le taux à 10 ans) et de la France (à peine plus de 1.70%), soient à peu près stabilisés, cas de l’Italie (3.70%) et de l’Espagne (4.75%). 

Et cela m’amène à parler du rapport de la Commission européenne sur l’état de notre économie, un rapport qui est pour le moins sévère avec la gestion des précédents gouvernements, ce qui n’est jamais évoqué ou presque par les chroniqueurs. La Commission évoque une économie qui a perdu 11.2% de ses parts de marché à l’exportation et de déséquilibres constants depuis des années. Un constat qu’à titre personnel, mais aussi bien d’autres avec moi ont fait depuis longtemps. Tout cela parce que l’effort d’innovation a été insuffisant, les entreprises en étant souvent empêchées par des résultats insuffisants, eux-mêmes liés à une constante augmentation des charges et à un endettement croissant.

On notera au passage que la Commission prend acte avec satisfaction des réformes engagées par le gouvernement Ayrault, notamment celles liées au pacte de compétitivité, sans oublier l’accord sur la flexibilité et la sécurité du travail. Toutefois ces mesures devront être complétées, afin que les entreprises françaises retrouvent de la compétitivité. A ce propos il était clair que la défiscalisation des heures supplémentaires, pour ne citer qu’elle, était totalement contre-productive en termes de stratégie et n’encourageait pas vraiment les entreprises à investir, sans parler de l’aberration d’un tel dispositif avec trois millions de chômeurs…ni de son coût énorme pour les finances publiques. Passons !

Je pourrais aussi évoquer les élections allemandes, qui pourraient, nous dit-on, apporter des surprises à ceux qui imaginaient que la chancelière Merkel avait gagné d’avance. Même si cette victoire d’Angela Merkel reste largement vraisemblable, rien n’est encore réellement acquis, ce qui d’ailleurs pourrait considérablement changer la donne en Europe. L’Allemagne en effet, ne joue pas le rôle qu’on attend d’elle en Europe, car si elle a renforcé sa compétitivité grâce aux mesures prises par G. Schroeder, elle a aussi plombé la croissance de ses partenaires européens par son intransigeance. Résultat, il y a la récession en Europe, et l’Allemagne elle-même se contentera d’une croissance inférieure à 1%, loin de celle des Etats-Unis (plus de 2%).

Un dernier mot enfin, pour dire que je ne commenterai pas les mesures prises pour plus de transparence dans la politique, notamment sur le patrimoine des hommes et femmes politiques. Je ferais juste remarquer deux choses : la première c’est que cette transparence est pratiquée dans vingt-quatre pays sur vingt-sept dans l’Union Européenne. Donc, pas de quoi fouetter un chat ! Néanmoins, même si cette mesure avait existé depuis longtemps, est-ce que cela aurait empêché l’affaire Cahuzac ? Peut-être si l’on examinait tout cela de très près, quitte à remonter très loin dans le temps pour étudier le dossier de l’élu. Le fera-t-on ? Je ne sais pas.

Cela dit, n’en déplaise à ceux qui poussent des cris d’orfraie devant cette volonté de moralisation de F. Hollande, les Français ne sont pas si stupides qu’on voudrait bien nous le faire croire. En effet, personne n’aurait l’idée de reprocher à un élu héritier d’avoir une belle fortune, comme personne ne reprocherait à un autre d’avoir réalisé une belle plus-value sur des biens achetés il y a vingt ans. Au fond, ce que veulent les Français, c’est tout simplement que leurs élus soient de bons gestionnaires, et ne fassent pas pour leur pays ou leur collectivité ce qu’ils ne feraient pas pour leur patrimoine.

Michel Escatafal

 

07/03/2013

La mort d'Hugo Chavez éclipse les confidences de N. Sarkozy

S’il y en a un qui doit regretter la mort d’Hugo Chavez, c’est bien N. Sarkozy. En effet, alors que ce dernier réitérait son envie de faire don de sa personne à la France, la mort du « Commandante » a ruiné tout l’effet qu'il escomptait de l'interview qu'il a donnée à l'hebdomadaire de droite Valeurs Actuelles, où il fait part clairement de son désir de prendre sa revanche sur le sort en 2017. Pauvre N. Sarkozy, qui n’a pas encore compris que son temps était passé, après presque dix ans au pouvoir entre le ministère de l’Intérieur et la présidence de la République. Dix ans où les médias ont parlé de lui tous les jours, dix ans où il a montré ses limites dans tous les domaines auxquels il a touché. Dix ans au cours desquels lui et sa formation politique ont accumulé les mauvaises décisions ou l’absence de réformes, pourtant indispensables. Dix ans pendant lesquels notre pays a beaucoup régressé, au point aujourd’hui d’obliger le nouveau pouvoir à prendre nombre de décisions aussi indispensables qu’impopulaires. Et en attendant que les mesures prises fassent leur effet, le chômage explose…et on accuse F. Hollande et le gouvernement de ne pas savoir enrayer son envolée. Comme si on pouvait en quelques mois réparer les dégâts occasionnés par de nombreuses années d’immobilisme ou de réformes ni faites ni à faire, donc mal ficelées. C’est la raison pour laquelle nombre de Français restent sourds aux appels lancés régulièrement par l’ex-président et son entourage, appels qui finissent par être pathétiques tellement cela sent la communication.

D’ailleurs, s’il revenait « par devoir » comme il dit, que pourrait proposer N. Sarkozy pour améliorer la situation d'un pays qu'il a largement contribué à plonger dans les difficultés et les déficits ? En fait, c’est le pouvoir qui lui manque, même s’il semble prendre du plaisir à emmener sa fille (de 17 mois!) à l’école. Pour lui, tout est bon pour stigmatiser encore un peu plus les difficultés auxquelles sont confrontées F. Hollande et son gouvernement, faisant même de l’humour, que certains jugeront déplacés, sur « la traçabilité des enfants », si l’on en croit Valeurs actuelles. Espérons pour la France que la situation finisse par s’améliorer le plus vite possible sur le plan mondial, et que la reprise permette à François Hollande d’obtenir enfin des résultats probants pour empêcher le retour de ceux qui nous ont mis dans cette situation. Heureusement, malgré les sondages, malgré les infos délivrées par les médias sur les difficultés actuelles de l’exécutif, pour le moment le peuple semble faire le dos rond, comme en témoigne la faible mobilisation des va-t-en guerre du Front de gauche ou des syndicats comme la CGT contre l’accord historique passé entre le patronat et trois syndicats, débattu en ce moment au Parlement. Accord historique, parce que F. Hollande et le gouvernement ont réussi à faire entériner des restrictions sur le code du travail, qui sont aussi un moyen pour donner aux entreprises ce qu’elles ont dans d’autres pays, à savoir une souplesse dans la gestion des effectifs, laquelle complète l’annualisation du temps de travail obtenu à l’époque où Lionel Jospin était Premier ministre et  F. Hollande Premier secrétaire du Parti socialiste. Comme on le voit, finalement les entreprises obtiennent beaucoup plus avec des gouvernements dits de gauche pour leur compétitivité qu’avec la droite UMP, qui essaie de faire croire au bon peuple qu’elle sait mieux gérer que les socialistes. Sauf que les faits sont têtus, et démentent ce qu’on essaie de nous faire avaler !

Passons à autre chose à présent, pour évoquer Hugo Chavez, dont j’ai parlé au début de mon propos. C’est l’occasion pour moi de dire que les Français ne s’intéressent absolument pas à ce qui se passe à l’étranger, et plus encore en Amérique du Sud. En effet, pour être un téléspectateur assidu de la chaîne vénézuélienne Telesur, notamment la revue de presse de Lourdes Suazo, qui couvre toutes les informations concernant l’ensemble de l’Amérique latine, je voudrais dire que le bilan d’Hugo Chavez est loin d’être celui que certains médias occidentaux nous présentent. Pour être honnête aussi, il n’est pas aussi bon que celui qui est présenté sur Telesur. Dit autrement, Hugo Chavez n’était pas le merveilleux « Commandante » que certains voulaient  faire de lui, mais il y a eu pas mal de choses positives dans son action en quatorze ans au pouvoir. J’ajoute même, qu’au-delà des prises de position de Chavez sur le plan international, marquées uniquement par une certaine haine de l’Amérique et de ses alliés, son action au Venezuela a permis aux habitants de ce pays, notamment les plus pauvres,  de bénéficier a minima de la manne pétrolière. Pour mémoire je rappelle que le Venezuela, pays de presque 30 millions d’habitants, est parmi les dix plus gros producteurs de pétrole, et que ses réserves prouvées sont les plus importantes du monde, dépassant celles de l’Arabie Saoudite. A cela s’ajoutent des réserves de gaz qui placent le pays au neuvième rang mondial. Autant d’atouts qui font du Venezuela une puissance en devenir très importante, qui pourrait le faire intégrer rapidement le club des pays émergents.

Certes, avec de telles richesses dans son sous-sol, le niveau de développement du Venezuela devrait être supérieur à ce qu’il est actuellement, notamment en termes de production pétrolière, qui souffre d’un manque cruel d’investissements, ce qui ne permet pas à la compagnie publique d’assurer ses objectifs de production. Cela étant, Hugo Chavez ayant nationalisé les secteurs clés de l’économie, notamment les capitaux américains dans les télécommunications et l’énergie, a dégagé des ressources dont une partie, certes modeste pour le moment, a permis d’ouvrir aux plus défavorisés l’accès aux soins ou à l’éducation. Ces deux secteurs sont d’ailleurs la partie la plus visible aux yeux des Occidentaux, mais c’est l’ensemble des dépenses publiques qui a profité à la population. La preuve, alors que la pauvreté touchait 49% de la population en 1998, date de la prise de pouvoir par Hugo Chavez, elle ne touche « plus » que 26.8% de la population aujourd’hui. Il est vrai que dans le même temps les investissements sociaux par rapport aux recettes fiscales  sont passés de 37% à plus de 60%, ce qui est considérable.

Bien sûr, le Venezuela aurait pu faire mieux encore, mais le résultat apparaît globalement satisfaisant, et je ne crains pas de dire que les avancées sociales enregistrées ces dernières années seraient sans doute inférieures si l’opposition libérale avait pu reprendre le pouvoir en 2007. A ce propos, j’observe qu’Hugo Chavez a été réélu avec 65% des suffrages en février 2007 et de nouveau l’an passé avec 54%, malgré le handicap de sa maladie connue de tous. Des scores qui doivent faire rêver N. Sarkozy, mais qui confirment que la démocratie est quand même assez vivante au Venezuela. Si j’écris cela, c’est parce que le candidat de l’opposition libérale, Henrique Capriles, a reconnu très rapidement  sa défaite à l’issue de la dernière élection, comme on le fait dans les grandes démocraties. Cela étant, tout n’est certes pas parfait sur le plan démocratique au pays de Simon Bolivar, dit  le Libertador. Il y aurait beaucoup à dire sur certaines formes de libertés fondamentales, sur l’insécurité qui règne dans le pays, mais le Venezuela est sur la voie d’une vie meilleure pour son peuple sur bien des points.

Reste à voir maintenant ce que va devenir le Venezuela sans Chavez. C’est là que nous allons voir si le « Commandante » a bien préparé l’après-Chavez, et pas seulement sur le plan électoral, car j’imagine que son successeur désigné, l’ancien chauffeur de bus Nicolas Maduro,  gagnera  l’élection présidentielle. Il n’y a d’ailleurs pas de raison que les 54% qui ont voté Chavez  en octobre changent d’avis quelque mois après, surtout après les recommandations de Chavez lui-même avant sa mort. Non, ce qui sera intéressant ce sera la manière dont évoluera le régime sans son fondateur, personnage emblématique comme tous les pays en ont un à certains moments de leur histoire. Et c’est justement à cela, que l’on reconnaît les pays démocratiques, où la transition se fait toujours sans révolution. Quand le général de Gaulle s’est retiré du pouvoir, il y a eu une élection présidentielle, et la France a continué de fonctionner comme avant, le général en moins. Espérons que ce soit le cas au Venezuela. Espérons aussi que son successeur comprenne qu’il y a des soutiens auxquels il vaut mieux renoncer, afin que ce pays béni des dieux poursuive son développement économique, au lieu de se couper d’une partie du monde par des prises de position pour le moins singulières et dommageables pour l’image du Venezuela, nation qui a quand même grand besoin de capitaux extérieurs.

Michel Escatafal