03/04/2011

L'histoire est un éternel recommencement

Aujourd’hui nous avons eu les grandes lignes du programme des socialistes pour la prochaine élection présidentielle. Quand je dis des socialistes, c’est la partie commune pour laquelle le candidat socialiste sera obligé de s’engager, parce que je suppose que si c’est D. Strauss-Kahn ou encore F. Hollande le candidat, le programme sera affiné. En fait si j’ai bien compris, c’est le programme de Martine Aubry qui a été dévoilé puisqu’elle est la Première secrétaire du Parti Socialiste. Et oui avec les socialistes rien n’est simple…à part les mesures annoncées, lesquelles font furieusement penser à des mesures que certains ne vont pas manquer de considérer à la fois démagogiques et surannées, comme par exemple les emplois-jeunes, la TVA éco modulable ou la limitation des salaires des patrons dans les entreprises où l’Etat est encore présent. Pour ma part je ne dis pas que ces idées sont nécessairement mauvaises, mais je pense que tout cela n’apporte rien de nouveau.

Les emplois jeunes vont créer artificiellement des emplois pour les jeunes, mais qui va financer ces emplois ? L’Etat pour partie, les collectivités locales pour le reste, mais c’est oublier que nous sommes dans une situation financière catastrophique en termes de finances publiques, après les milliards d’euros dépensés par Nicolas Sarkozy et ses gouvernements Fillon successifs. Quant aux collectivités locales, elles ne peuvent respecter les équilibres qu’en augmentant sans cesse les impôts locaux, fruit entre autres du désengagement progressif de l’Etat pour tout ce qui est social. Tout cela ne donne pas, contrairement à ce que les socialistes voudraient nous faire croire, un projet « sérieusement de gauche ». C’est au contraire le type même de projet réformiste a minima, parfaitement adapté à une candidature Strauss-Kahn.

Par exemple, j’aurais pour ma part, bien aimé que l’on parlât davantage de protection sociale, dont je rappellerais qu’elle est financée en grande partie par ce que l’on appelait autrefois la classe moyenne…qui l’est de moins en moins, mais qui n’en continue pas moins à assurer le fardeau de nos déficits en tous genres. Les socialistes semblent oublier que si cette protection sociale dans notre pays est menacée, c’est tout simplement parce que les plus riches sont loin d’y participer comme il serait souhaitable qu’ils le fassent. Et sur ce point bien précis je n’entends pas beaucoup les dirigeants socialistes…comme d’ailleurs beaucoup d’autres responsables des divers partis…de peur que cela ne fasse fuir les plus riches. Mauvaise excuse quand on sait que notre pays n’est pas plus mal placé que beaucoup d’autres, comme je l’ai souvent dit sur ce site.

Cela dit, toujours à propos de ce sujet, je ferais observer que nous avons découvert les avantages de cette protection sociale à la fin de la guerre 1914-1918, quand il a fallu maintenir aux Alsaciens-Mosellans les mêmes avantages qu’ils avaient en étant allemands. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que les Allemands font preuve de plus de sens social que les Français, comme en témoignent les primes qui ont été accordées par les constructeurs automobiles allemands à leur salariés (Porsche, Audi, Mercedes) au terme d’une année 2010 prospère. Audi, par exemple, va verser une prime moyenne de 6.513 euros à ses 42.500 salariés allemands. Et après on nous dira que le coût du travail est trop élevé en France. On connaît la litanie, et là aussi l’UMP comme le PS s’y entendent pour essayer de nous faire croire que l’on ne peut pas faire grand-chose. Et bien je m’inscris en faux...si on en a la volonté, condition sine qua non pour redonner à notre pays le goût d’entreprendre aux petites PME, et pour redonner confiance aux salariés.

Changeons de sujet maintenant pour retrouver nos affaires franco-françaises, avec cette interminable campagne électorale qui commence à se dessiner. Je dis interminable parce qu’elle va durer plus d’un an, avec les dégâts que cela va occasionner en termes de coûts, et plus encore sans doute de perte de temps pour prendre les décisions qui s’imposent pour redresser le pays. Déjà il y a les socialistes, et accessoirement les écologistes, qui vont s’offrir deux campagnes électorales, avec les primaires précédant la vraie la vraie campagne. Ensuite il y a la guerre qui fait rage à l’UMP entre les diverses tendances, chacune se demandant à quelle sauce le candidat à la présidentielle va être mangé, avant des élections législatives qui pourraient voir les trois-quarts des députés perdre leur siège. Bien entendu, pour couronner le tout,  il y a les inévitables sondages pour attiser les querelles de personnes, les électeurs de droite étant nous dit-on 57% à préférer voir F. Fillon comme candidat contre 54% préférant N. Sarkozy.

Déjà il y a quelque chose qui m’interpelle, dans la mesure où 57% plus 54% cela fait plus de 100%. Peu importe, l’UMP se retrouve dans tous les cas de figures avec deux candidats peu crédibles…quand on voit les résultats obtenus par cette association entre les deux hommes, même si chacun sait que le seul qui ait gouverné est N. Sarkozy, F. Fillon se contentant de rester tapi dans l’ombre. Je me demande encore comment et pourquoi F. Fillon s’est tellement démené pour rester en novembre à Matignon, à moins que l’ambition de se présenter à l’élection présidentielle lui soit apparue évidente, compte tenu de l’impopularité de N. Sarkozy. Certes ce dernier est le plus impopulaire de l’histoire des présidents de la Cinquième République, mais F. Fillon s’est-il comporté une seule fois depuis 2007 en véritable chef du gouvernement, à part en faisant semblant de se démarquer parfois de son président ?

En fait le seul à droite qui aurait une crédibilité serait Dominique de Villepin, lequel n’a certes pas tout réussi, mais s’est retiré sur un bilan économique et social plutôt honorable. Hélas pour lui, il n’a pas le soutien de la grande presse, et du coup les sondages le situent loin des autres. Il est même devancé par des gens comme J.L. Borloo ou A. Juppé, c’est dire ! Cela démontre tout simplement que notre démocratie est malade, et que les institutions de la Cinquième République ont trop favorisé le pouvoir du président de la République, surtout avec l’élection de ce dernier au suffrage universel. Et pendant ce temps l’emploi dans notre pays ne s’améliore pas, faute pour nos entreprises d’être compétitives face aux entreprises allemandes et mêmes italiennes, la croissance reste atone, notre système social se dégrade à grande vitesse, le pouvoir d’achat de la plupart des Français diminue, sans parler de la dégradation de nos services publics. Et en plus nous faisons la guerre en Libye ! Comme si notre pays avait besoin de ça en ce moment !

Cela dit, il y a un sondage qui indique que 66% des Français sont en faveur de cette guerre, ce qui me laisse perplexe, à moins que la propagande gouvernementale, complaisamment relayée par les médias, atteigne son plein effet. A croire que les Français sont finalement plus ignorants qu’il n’y paraît, ou qu’ils se laissent facilement convaincre par des va-t-en guerre des beaux quartiers. N’oublions surtout pas qu’il y a un peu plus de trois ans, ce Kadhafi qu’aujourd’hui on veut abattre était reçu en grande pompe à l’Elysée par N. Sarkozy, ce qui avait soulevé une vague d’indignation jusque dans les rangs de la majorité UMP,  et même du gouvernement par la voix de Madame Rama Yade, cette dernière allant jusqu’à dire que « notre pays n’est pas un paillasson ». Pauvre France, comment tu as pu te laisser abuser à ce point en 2007 ? Il est vrai qu’en 1848, elle s’était entichée pour le neveu (Louis Napoléon Bonaparte) d'un homme qui avait pris la France plus grande qu’elle ne l’avait jamais été, et qui l’avait laissée exsangue et « si petite » comme Napoléon l’avait écrit lui-même. On connaît la suite de l’élection triomphale de 1848, avec pour finir le désastre de Sedan (2 septembre 1870). L’histoire est un éternel recommencement !

Michel Escatafal

 

09/04/2009

Certains dirigeants politiques ont des valeurs...plutôt marchandes

Voilà une nouvelle, découverte dans la presse italienne, qui va rendre encore un peu plus populaire l’idée que se font les Européens de leurs dirigeants. En effet on apprend dans Il Messaggero, que Tony Blair, l’ancien Premier ministre travailliste, gagne environ 6.000 livres par minute quand il fait une conférence. Cela fait donc 200.000 euros pour une demi-heure juste pour prendre la parole, plus que Bill Clinton qui ne touche « que » 150.000 dollars pour ses interventions. Et pour dire quoi que nous ne sachions déjà serais-je tenté de dire ? Pour parler de la responsabilité énorme des dirigeants politiques dans la débâcle financière qui touche l’économie mondiale ? Même pas, ce qui autorise à dire que tout cela est honteux.

 

Le pire est que Tony Blair, qui n’est pas « européen » au sens authentique du terme, pourrait se voir attribuer la future présidence de l’Union Européenne, une fois entré en vigueur le traité de Lisbonne. En tout cas il aura l’appui de son successeur en Grande-Bretagne au 10 Dawning Street, Gordon Brown, si toutefois il est toujours en fonction. Et je suis persuadé qu’il aura bien d’autres soutiens de dirigeants qui ne sont pas plus authentiquement européens que lui, par exemple Nicolas Sarkozy.

 

Tous ces gens ont en commun le goût de l’argent, qui est à leurs yeux la valeur essentielle de notre société. Peu importe qu’ils se disent socialistes, conservateurs ou libéraux, ce qui compte c’est « le fric », et il faut en profiter au maximum. Par exemple s’acheter une Rolex, puisque pour un des meilleurs amis de Nicolas Sarkozy, l’ineffable Séguéla, ne pas avoir une Rolex à 50 ans signifie avoir raté sa vie. Comment peut-on se laisser aller à dire pareille ânerie ?

 

En tout cas est-ce avec des dirigeants de cet acabit que l’on va refonder le capitalisme ? Comment les croire quand ils disent vouloir lutter contre la pauvreté et la misère dans le monde, alors qu’ils n’hésitent pas, comme Tony Blair ou Bill Clinton, à demander des tarifs exorbitants, indécents même, pour jouer au conférencier dans des pays aussi pauvres que les Philippines, par exemple. Si je parle des Philippines, c’est parce que cet archipel a 40% de sa population (85 millions d’habitants) qui vit avec moins de 2 dollars par jours.

 

Or, et cela nous ramène à Tony Blair, ce dernier a fait deux conférences à Manille, la capitale, à l’occasion d’une brève visite le 23 mars. Ces évènements, rapporte Il Messagero, ont été parrainés par le président de la PLDT (société des télécommunications des Philippines). Je ne sais pas si ces conférences à 200.000 euros ont été passionnantes, mais en revanche je doute que cela puisse permettre à court ou moyen terme …d’améliorer le niveau de vie de la population philippine.

 

Certes je sais bien que rapporter ce type d’évènement à quelque chose de démagogique, mais ne pas le dénoncer quand on l’apprend s’avère une faute. D’ailleurs si nous ne sommes pas indignés par de tels abus quand le serons-nous, d’autant que, je le répète, c’est peut-être Tony Blair qui sera à la tête de l’exécutif européen dans les prochaines années. Dans ce cas on imagine facilement quelle Europe il voudra promouvoir, à coup sûr une Europe aussi libérale que la Grande-Bretagne qu’il a dirigée pendant une dizaine d’années…avec les résultats que l’on connaît, qui ont débouché sur une crise presque sans précédent dans son pays.

 

Tout cela nous ramène à l’Europe et aux élections européennes. Il faut absolument que le Parlement « soit envahi » par des députés qui refusent pour notre continent la concurrence sans limite, la recherche de profits sans rapport avec la réalité économique, le pillage des ressources naturelles, bref une société où le grand oublié est l’homme. Alors qui mieux que le Mouvement Démocrate peut défendre les valeurs d’humanisme qu’il a placées au premier rang de ses préoccupations ? Personne à coup sûr, et sûrement pas les nostalgiques d’un passé révolu qui croyait aux vertus de la révolution marxiste, pas plus que ceux qui ont dirigé notre pays depuis 1981, là aussi avec des résultats extrêmement médiocres.

 

Les députés européens qui seront élus sur les listes MoDem, voudront donner à l’Europe toute sa place dans la construction d’un monde multipolaire, une place en rapport avec sa puissance économique. Ils feront tout pour que l’Europe se dote d’une politique étrangère et de sécurité commune, donc indépendante de toute autre puissance, fut-elle amie. Ils aideront aussi aux évolutions tellement nécessaires dont l’Union Européenne a besoin, par exemple une nouvelle politique agricole commune qui assurera la sécurité des approvisionnements en produits sains, et des conduites protectrices pour l’environnement.

 

En résumé l’Europe doit être un moyen pour écrire l’avenir et non le subir, comme cela est malheureusement trop souvent le cas. L’idée européenne bien conçue est porteuse de biens comme l’éducation, la recherche, la culture et l’environnement qui échappent à une approche exclusivement économique. Mais l’Europe reste pour le moment une œuvre inachevée, malgré le chemin parcouru depuis bientôt soixante ans. Elle est beaucoup trop tributaire des seuls intérêts financiers et des égoïsmes nationaux, notamment de ceux qui dirigent chacun des pays qui composent l’Union Européenne. Ces dirigeants sont assez irresponsables pour se dire européens quand ça les arrange, et anti européens quand ils cherchent de mauvaises excuses pour justifier leurs échecs. Plus que jamais nous avons besoin de députés européens qui soient européens de conviction et non de circonstances, comme le sont les candidats du MoDem.

 

Michel Escatafal