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02/02/2013

Le MoDem toujours assis entre deux chaises

«  Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser », a déclaré F. Bayrou ces derniers jours dans le journal Les Echos. Très bien, sauf que ce n’est sans doute pas si facile à faire, même si c’est nécessaire. Cependant, en y regardant d’un peu près, on s’aperçoit que les choses commencent à bouger, malgré le terrible défi à relever dans un contexte économique international déprimé, où même la Chine enregistrera une croissance nettement moins forte que l’an passé. D'ailleurs sur ce plan il y aurait beaucoup à dire, puisque la croissance chinoise dépend à la fois des exportations vers les autres pays, notamment les plus riches, mais aussi des investissements que le pays réalise. Cela étant, là où je n'arrive pas à suivre F. Bayrou, c’est quand il affirme que si ces changements ne se font pas assez vite, il y aura « un découragement politique des Français ». Comme si ce n'était pas déjà le cas! 

En effet, le découragement est bien présent chez une partie d’entre eux, et comment pourrait-il en être autrement sur fond de chômage croissant, malgré le ralentissement enregistré le mois précédent…qui demande confirmation. Un chômage qu’il est encore difficile d’attribuer en totalité à l’action de F. Hollande, car de nombreux plans sociaux étaient en gestation. Pour autant, le chômage reste à un très haut niveau, et cela va durer encore un certain temps. Toutes les mesures prises ne peuvent donner leur effet que sur le long terme, ce qui est ennuyeux pour le pouvoir dans la mesure où les médias se contentent de rapporter les chiffres, sans oser les agrémenter d'explications…parce que les gens aiment bien les informations concises. Au fait, combien sommes-nous à écouter dans le pays les infos sur France-Culture ? Très peu, et c’est bien dommage. A ce propos, je ne saurais trop recommander à mes lecteurs d’écouter le journal de 12h30 sur cette chaîne de radio, parce qu’on y apprend l’essentiel en un quart d’heure, sans perte de temps avec les résultats de football. Et c’est un amateur de sport qui écrit cela !

Le problème du MoDem, comme je l’ai souvent souligné, c’est qu’il n’a pas une armée de parlementaires, et en plus il est partagé en son sein entre les MoDems de droite et les MoDems de gauche, sans doute les plus nombreux, mais pas suffisamment pour que le MoDem soit une composante de la majorité présidentielle. En outre, ce n’est pas en envisageant des alliances « avec la majorité présidentielle comme avec la droite modérée », pour parler comme Benhamias, que les électeurs auront une ligne suffisamment claire pour être de nouveau crédible. Résultat, lors des prochaines élections municipales, le MoDem se retrouvera encore avec quelques élus par-ci par-là…qui évidemment auront une influence très limitée dans les conseils municipaux où ils siègeront.

Voilà pourquoi je n’ai cessé de dire que la stratégie présidentielle de F. Bayrou n’était pas la bonne, parce qu’on ne peut pas soutenir à la fois l’UMP de Copé, Fillon ou Sarkozy et le Parti Socialiste. Il fallait faire un choix clair de second tour, ce qui aurait préservé l’avenir, et permis de mettre en place plus facilement les nombreuses réformes que l’UMP n’a pas faites ces dix dernières années. La preuve, cela fait déjà deux fois que le patronat salue l'action de François Hollande et son gouvernement, parce qu'ils sont allés aussi loin que possible sur le « pacte de compétitivité » et sur la flexibilité dans le droit du travail...ce qui ne veut pas dire que F. Bayrou n'ait pas raison quand il dit qu’il faut faire encore plus et plus vite.

Cela dit, F. Hollande et son gouvernement doivent faire face à la droite (FN et UMP), à l’extrême-gauche et aux écologistes. Cela fait beaucoup de monde, sans parler de la CGT et de ses revendications d’avant-congrès, qui ne peuvent qu’ajouter de la confusion dans l’esprit de ceux qui sont en difficulté dans leur travail ou leur vie tout court. Et que peut faire le MoDem pour aider à prendre les mesures courageuses que réclame F. Bayrou ? Rien, parce qu’il n’a aucune « division » à offrir au président de la République et au gouvernement. En revanche, si le MoDem avait seulement un petit groupe parlementaire, il pourrait aider le gouvernement face à la multitude de ses opposants, lesquels ne pensent qu’à défendre leur pré-carré électoral, par exemple les écologistes qui en rajoutent toujours une couche, que ce soit sur le mariage pour tous, sur l’intervention au Mali ou sur l’extraction des gaz de schiste.

Un dernier mot pour terminer, en soulignant que la France fait quand même bonne figure à l’international, notamment avec cette opération au Mali…que les Américains commencent à approuver, et qui le font savoir en mettant à disposition de l’armée française du matériel très sophistiqué, et ce gratuitement. Oui gratuitement, contrairement à ce qui était envisagé auparavant.  Là aussi, F. Hollande a su certainement utiliser les mots qu’il fallait pour convaincre l’exécutif américain, ce qui a amené la Grande-Bretagne à faire de même. Finalement, même si notre armée est partie seule au combat, elle se retrouve quelques jours plus tard beaucoup moins isolée que l’UMP ne le faisait remarquer bruyamment. Une UMP qui n’a toujours pas compris comment elle avait pu perdre le pouvoir, alors que depuis dix ans elle a multiplié les échecs sur tous les plans (économie et finances, Europe, affaires étrangères…). Comment des militants du MoDem peuvent-ils envisager de s’allier, ne serait-ce qu’au niveau municipal, avec les représentants d’un parti qui a mené la France là où elle est ? C’est quelque chose que je ne comprends pas.  « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum » !

Michel Escatafal

16/01/2013

Ça ne va pas bien, mais ça pourrait être pire !

Décidément on ne sait plus quoi trouver pour faire des sondages. La preuve, le dernier sorti, indiquant que deux tiers des français jugent que l’intervention de la France au Mali augmente la menace terroriste dans notre pays. Ce n’est sans doute pas faux, mais un tel sondage est-il bien utile ? Si je dis cela c’est parce que notre pays est en guerre, oui en guerre, pour libérer un pays qui appartient à sa zone d’influence, et qui était menacé d’invasion. Certes, je n’ai jamais aimé les interventions militaires de notre pays au cours des dernières années, qu’il s’agisse de l’Afghanistan et de la Lybie, mais cette fois il semble que nombre des intérêts vitaux pour l’Afrique soient en jeu, sans parler de la violation du territoire d’un pays qui a toujours entretenu des liens particuliers avec la France depuis son indépendance, il y a un peu plus de soixante ans. La preuve, on y parle et on y enseigne toujours en français.

Si j’ai fait la comparaison avec l’Afghanistan, c’est parce que nous n’avions vraiment rien à faire dans ce pays, et j’aurais tendance à dire la même chose en Lybie, d’autant qu’après avoir largement contribué à faire tomber le régime de Kadhafi, la France a aussi permis à nombre d’organisations islamistes de s’armer jusqu’aux dents, si j’en crois ce que disent les chroniqueurs militaires. Et si la chute de Kadhafi n’a pas fait de peine à grand monde, en revanche la dispersion de son stock d’armes, certaines d’ailleurs très modernes, ne pouvait qu’inquiéter les Etats africains du Sahel, d’où la nécessité d’une intervention de la France au Mali. Une intervention au demeurant approuvée un peu partout dans les capitales du monde, d’autant qu’avec tous les problèmes de politique intérieure rencontrés par ce pays ces derniers mois, celui-ci semblait une proie facile pour ses assaillants islamistes. Elle l’était d’autant plus que la géographie du Mali, grand comme deux fois et demie la France mais aux 2/3 désertique, issue de la colonisation rappelons-le, l’expose plus que tout autre à des invasions.

En outre le Mali recèle dans son sous-sol une richesse importante, l’or, même si la production n’est plus aussi forte qu’au début de la décennie 2000. En tout cas, l’or représente les ¾ des richesses d’exportation du pays, ce qui évidemment suscite des convoitises. Malgré tout, et en dépit d’investissements importants en provenance de l’étranger, le Mali demeure un des pays les moins développés dans le monde, ce qui explique largement la faiblesse de son armée. En termes de PNB par habitant, le Mali se situe au 208è rang dans le monde sur 230 pays, avec un indicateur de développement humain encore très faible.

Combien de temps cette guerre va-t-elle durer ? Difficile à dire, d’autant que les Français sont très seuls pour affronter, sur un terrain qui n’a rien de favorable pour eux, des ennemis très déterminés et même surarmés comme je l’évoquais précédemment. Il y a donc risque d’enlisement de nos troupes, si celles-ci ne sont pas rejointes rapidement par des renforts en provenance d’autres pays, certains étant toutefois attendus d’ici quelques jours. Il n’empêche, ce sont nos soldats qui sont en première ligne…avec le danger afférent à ce type de situation. Si j’ajoute cette précision, c’est parce que notre pays n’acceptera pas longtemps de voir des cercueils rentrer de cette expédition, ce qui de facto affaiblirait la position de la France, malgré le soutien affirmé des autres pays, notamment des voisins africains, lesquels n’ont évidemment pas intérêt à voir à leur frontières des ennemis aussi encombrants que les islamistes.

En tout cas le président Hollande a bel et bien démontré que ce n’était pas un « capitaine de pédalo », ce qui semble d’ailleurs quelque peu déranger celui qui l’a traité ainsi, J.L. Mélenchon. Il a aussi démontré son savoir-faire avec les négociateurs sur le droit du travail, puisque l’accord patronat-syndicats (3 sur 5 ce qui est suffisant pour signer un accord) est quand même un succès significatif pour lui, au point que même la droite n’a pas osé trop en parler…faute d’en avoir fait autant au cours des dix dernières années.  Enfin, sur le mariage pour tous, il ne déviera pas de son objectif malgré une manifestation hostile au projet ayant connu un certain succès. Bref, François Hollande commence à se sentir tout à fait bien dans ses habits de président, d’autant qu’il a aussi reçu le satisfecit du patronat pour le « pacte de compétitivité ». Certes celui-ci ne créera pas des emplois comme par miracle, mais cette fois le patronat n’aura pas vraiment d’excuses si les entreprises françaises ne retrouvent pas le chemin de l’exportation, un chemin que nous avons perdu ces dix dernières années.

Certains vont sans doute trouver que j’ai l’air de dire que tout va bien, et que le redressement de notre pays est en marche. Je n’irais évidemment pas jusque-là, parce que ce serait trop facile. Il ne faut pas oublier que la croissance est en panne dans la zone euro, la crise financière ayant laissé des traces plus importantes que prévu, jusques et y compris en Allemagne. Cela veut dire que ladite zone va dépasser les 20 millions de chômeurs d’ici la fin de l’année, comme nous allons dépasser les 3 millions dans notre pays. Cela veut dire aussi que la France ne fera pas mieux que 0.1 ou 0.2% de croissance sauf retournement improbable de la conjoncture, ce qui implique que si l’on veut se rapprocher des 3% de déficit/PIB, il faudra trouver des économies supplémentaires dans le budget de l’Etat, étant entendu qu’on ne peut guère faire plus sur le plan fiscal. Et tout cela sous l’œil des marchés, même si nombre de Français et même d’Européens pensent que les marchés ont trop d’importance. Problème, comme je le dis très souvent, les marchés ce sont les prêteurs, et la prime de risque est une donnée difficilement contournable, n’en déplaise à ceux qui refusent de voir la réalité.

Voilà ce que je ressens au début de cette année qui sera très difficile pour notre pays. Si je dis cela, c’est parce que nous n’avons aucune marge de manœuvre financière faute d’avoir préparé l’avenir ces dix dernières années. J’insiste la dessus, car à l’instar de l’Italie, grande victime des années Berlusconi, les réformes doivent être faites dans un contexte d’autant plus délicat que l’on n’a pas profité des années de croissance à 2% et plus, pour assainir nos finances publiques. Résultat, quand la crise fut venue il a fallu recourir à un endettement massif pour assurer nos fins de mois…ce qui finit toujours par se payer un jour ou l’autre. Puisse les Français s’en rappeler, au lieu de vociférer à la moindre annonce destinée à diminuer les dépenses de l’Etat. De toute façon, si nous ne faisons pas cet effort, celui-ci nous sera imposé de l’extérieur…ce qui n’est quand même pas le plus souhaitable. Au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas parlé du traité franco-allemand qui vient tout juste d’avoir cinquante ans. Merci au général de Gaulle et à Konrad Adenauer d’avoir signé ce traité, qui est à la base de toutes les avancées de l’Union Européenne, celle-ci ne pouvant aboutir politiquement que grâce à ces deux pays.

Michel Escatafal

 

08/01/2013

La dette semble n'émouvoir que le PS et le MoDem

Je ne suis pas contre les chaînes d’info en continu, mais je suis triste de penser que leur importance est finalement très grande dans la perception que les Français ont de la politique. En fait, ces chaînes font sans le vouloir le lit de toutes les oppositions au pouvoir, quel qu’il soit, par leur recherche continuelle du sensationnel. En ce moment c’est  Depardieu qui fait la une de tous ces médias, alors qu’il ne représente que lui-même. C’est un grand acteur soit, mais c’est tout. Et qu’il obtienne un passeport russe, on s’en contrefiche, même si l’on peut trouver curieux qu’il fasse l’apologie de la démocratie à la manière russe. Qu’il parte en Belgique ou ailleurs pour des raisons fiscales, c’est son affaire. Simplement, je pense qu’il n’était pas utile en ce moment de commenter toutes les actions de Depardieu, comme si les commentaires sur la collecte des impôts devaient se résumer aux 75% de prélèvement pour les contribuables gagnant plus d’un million d’euros, mesure d’ailleurs toute symbolique puisqu’elle rapporterait à peine 200 ou 300 millions d’euros. Et en plus elle vient d’être retoquée par le Conseil Constitutionnel, ce qui signifie qu’elle sera modifiée dans le sens que l’on imagine…à supposer qu’elle voit réellement le jour.

Autre information qu’on essaie de nous vendre comme du sensationnel, la rémunération du Livret A, qui va diminuer en février pour tomber sans doute à 2%. Cela n’a rien d’un scoop dans la mesure où les taux en général sont très bas, ce qui en fait quand même un placement intéressant dans ce contexte, vu qu’il est exempté d’impôt. En outre le logement social est une priorité pour le gouvernement, et les sommes récoltées dans les Livrets A sont justement destinées à favoriser la construction de logements sociaux. Est-ce une raison pour dire ou écrire que le gouvernement  est incohérent, en augmentant le plafond du Livret A (aujourd’hui de 19125 euros) et en baissant la rémunération ? Certainement pas, puisque les deux choses ne sont pas liées. Pourquoi ne pas expliquer les choses simplement, sauf à vouloir à tout prix trouver des incohérences là où il n’y en a pas?

Evoquons à présent le débat télévisé d'hier soir sur France 2 entre le ministre du Budget, J. Cahuzac, et celui qui se croit un des principaux personnages de l’opposition, J.L. Mélenchon. Cela nous a surtout permis de constater que de plus en plus il y a un clivage dans la politique française, mais un clivage que personne ne mentionne bien qu’il soit tout à fait réel. D’un côté il y a ceux qui veulent à tout prix réduire la dette, les socialistes et les centristes du MoDem, et de l’autre ceux qui n’en font pas, voire même n’en font pas du tout une priorité, à savoir tous les autres. Quand je dis tous les autres, cela va du Front National au Front de Gauche, en passant par l’UMP et sa filiale UDI, qui ont multiplié par deux ladite dette en dix ans de pouvoir, ce qui explique leur embarras sur le sujet. En tout cas hier soir sur France 2, nous avons pu constater l’irresponsabilité d’un des principaux tenants de l’idéologie consistant à dire que le remboursement de la dette attendra. Attendra quoi au fait ? Là est toute la question.

Si la France ne rembourse pas ses dettes ou laisse celle-ci atteindre des niveaux de non-retour, que se passera-t-il ? A en croire J.L. Mélenchon, c’est la BCE qui financera nos déficits si les taux d’intérêt explosent. Très bien, sauf que ce n’est pas prévu dans ses statuts et qu’elle jouit de la même indépendance que la Bundesbank autrefois, ou que la Banque de France après 1993, ce qui signifie que la Banque Centrale Européenne ne sera jamais aux ordres du pouvoir politique…surtout si ses interventions devaient servir à exempter un pays d’assainir sa situation financière. Or, n’oublions pas que cette année encore, nous aurons à trouver 180 milliards d’euros pour pouvoir payer nos échéances, et si l’on appliquait la politique de J.L. Mélenchon et d’autres, cela nous coûterait très cher, et augmenterait considérablement la charge de la dette. Bref, tous ceux qui prétendent que la France est riche et qu’elle peut continuer à vivre largement au dessus de ses moyens sont des menteurs. Même N. Sarkozy et l’UMP l’ont découvert en 2011, sans toutefois oser prendre les mesures nécessaires pour enrayer cette spirale de l’endettement public. Et dire que ces gens-là, y compris J.L. Mélenchon, affirment revendiquer le pouvoir ! Cela est effrayant, n’ayons pas peur des mots.

Mais plus inouï encore, il y a pas mal de réactions pour affirmer que ceux-là ont raison et que les autres (socialistes et MoDem) sont des technocrates qui n’ont pas le souci d’apporter du bien-être au peuple. C’est tout simplement désespérant, comme il est désespérant d’entendre dire que N. Sarkozy a empêché que la France devienne une seconde Grèce, oubliant que l’ancien président a hérité d’une situation bien meilleure que ce pays, et que la dette de la France est passée de 64% de la richesse nationale en 2007 à 90% en 2012. Certes il y a eu la crise qui est passée par là, mais celle-ci a bon dos, et est loin de justifier à elle seule une telle progression. La preuve, d’une part cette dette semble sur la voie de la stabilisation, et d’autre part, avant même le déclenchement de la crise financière, la dette publique avait augmenté d’une centaine de milliards d’euros (entre 2007 et 2008).

Il est vrai que si le gouvernement socialiste a chargé la barque en matière d’impôts, ce qui lui est beaucoup reproché, les cadeaux fiscaux aux plus riches de N. Sarkozy ont largement participé aux déficits du début de son règne…comme je l’ai souvent souligné sur ce site. Espérons que les électeurs sauront s’en rappeler le moment venu, et que ceux-ci ne finiront pas par se tourner encore plus nombreux, non seulement vers l’UMP, qui n’a rien de nouveau à leur proposer sauf son impuissance, mais aussi vers les extrêmes de droite et de gauche qui n’ont que des slogans simplistes à offrir aux Français. Et je ne parle pas des prises de position en matière sociétale, où la faiblesse des arguments des opposants aux réformes envisagées (mariage pour tous par exemple) est tout simplement consternante.

Michel Escatafal

29/11/2012

Les problèmes à l'UMP : une chance pour le gouvernement

Sur le site du Figaro d’hier, j’ai lu que Barack Obama avait invité à déjeuner son rival républicain pour l’élection présidentielle, Mitt Romney. Bel exemple de démocratie qui vient d’un pays qui pourtant n’est pas toujours exemplaire. Cela étant, il y a le respect des hommes entre candidats, chacun essayant d’éviter les petites phrases assassines, lesquelles rendent très difficiles le dialogue avec l’opposition. En employant ce mot, je me rends compte combien est différente la conception en France de l’opposition telle qu’on la connaît dans les pays anglo-saxons, et aussi le plus souvent ailleurs. Il est vrai que dans notre pays, les querelles d’égo dans les partis politiques sont particulièrement aigues, surtout si l’on doit en prendre le contrôle. Tout le monde se rappelle les affrontements au Parti socialiste lors de la désignation du ou plutôt de la Première secrétaire en 2008, lors du fameux congrès de Reims, sans toutefois atteindre les sommets d’absurdité que nous connaissons aujourd’hui à l’UMP.

Je dis absurdité parce que, paraît-il à l’initiative de N. Sarkozy, on a été jusqu’à proposer l’organisation d’un référendum pour savoir s’il faut organiser une nouvelle élection. Il fallait y penser !  Voter pour savoir si l’on revote, c’est une idée qui se tient, surtout si l’on vote d’abord pour savoir si l’on doit voter pour revoter. Bref, il faut avoir exercé les plus hautes fonctions pour avoir de pareilles solutions à proposer aux militants…que je ne plains pas, parce que je suis persuadé qu’il y avait un meilleur choix à l’élection présidentielle que voter et s’engager pour N. Sarkozy. Par exemple voter pour F. Hollande, dont chacun savait bien qu’il n’appliquerait pas le programme sur lequel il a été élu, ou encore pour F. Bayrou en sachant que le MoDem était une force de gouvernement ou d’opposition autrement plus crédible que l’UMP traversée par tellement de courants contradictoires. Au moins au MoDem, on était d’accord sur la limite à ne pas franchir au plan des valeurs, contrairement à l’UMP où on trouve tout et son contraire. A titre d’exemple, j’ai toujours eu du mal à comprendre comment F. Baroin,  B. Lemaire ou Nathalie Kosciusko-Morizet pouvaient cohabiter avec des gens comme Eric Ciotti ou Lionel Lucas. Ah la politique !

En tout cas les gens qui, comme moi, ne sont pas fans de l’élection du président de la République au suffrage universel, auront un argument de plus pour regretter ce culte du chef qui fait partie des principes de la Cinquième République. Certes, avec tous ses courants le Parti socialiste paraît quelque peu préservé de ce syndrome, mais F. Hollande a vite endossé les habits du chef de l’Etat irresponsable, évidemment au sens juridique du terme, qui est une constante dans notre pays. Pour ceux qui aiment l’histoire, je rappellerais que la première constitution française écrite, celle de 1791, établissait un régime présidentiel  prévoyant que « la personne du roi est inviolable et sacrée ». Et cela n’a pas changé avec le régime parlementaire républicain, puisque dans la Constitution de 1958 le président de la République n’est pas politiquement responsable devant le Parlement. On comprend aisément que, dans ces conditions, un parti bonapartiste comme l’UMP puisse se déchirer pour désigner son leader…quand celui-ci n’est pas président. Ce fut le cas du temps de l’époque Giscard-Chirac, puis ensuite de Chirac-Balladur, voire même Sarkozy-de Villepin sachant que J. Chirac ne se représenterait pas en 2007.  

Passons à présent à tout autre chose, à savoir comment le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel va s’y prendre pour répartir le temps de parole entre l’opposition et la majorité. Si j’écris pareille chose, c’est parce que je trouve stupide qu’on se croit obligé dans notre pays de répartir le temps de parole pour les partis de la majorité ou de l’opposition. Entre donner exclusivement ou presque la parole à un parti et presque rien à l’autre, il y a quand même une marge ! Et si c’était le cas, les téléspectateurs se chargeraient de manifester leur réprobation et de délaisser les chaînes qui se livreraient à ce type d’action. Cela dit, force est de reconnaître qu’il y a des moments où l’actualité commande, par exemple lors des primaires du Parti socialiste où il était tout à fait normal qu’on parle d’abord des socialistes, dans la mesure où chacun pressentait que le vainqueur de ces primaires avait de fortes chances de devenir président de la République. Aujourd’hui, il est tout aussi normal, même si le spectacle est affligeant, que l’on parle beaucoup de ce qui se passe à l’UMP, parce que c’est le principal parti d’opposition, et qu’il a dirigé notre pays ces dix dernières années. Et je pourrais ajouter, qu’avec tous les problèmes qui assaillent le gouvernement (montée du chômage, aéroport N.D. des Landes…), le Parti socialiste ne peut qu’être très satisfait que la presse radiotélévisée (comme l’autre) consacre la plupart de ses unes à la guerre picrocholine entre F. Fillon et J.F. Copé.

Fermons cette parenthèse pour évoquer un sujet beaucoup plus important, l’implantation de nos entreprises en Chine, où il est de plus en plus difficile d’y travailler. J’en discutais dernièrement avec un patron de PME, qui m’avouait que les temps ont bien changé dans ce pays depuis 15 ou 20 ans. A cette époque, en effet, les salaires étaient tellement faibles que la rentabilité était assurée pour les entreprises qui délocalisaient leur production, quels que soient les obstacles qu’elles rencontraient. Tel n’est plus le cas de nos jours, car le coût du travail a considérablement progressé en Chine au cours des dernières années, ce qui signifie que seules les plus grandes entreprises ou leurs filiales ont un certain avenir dans le pays. Comme le souligne la présidente du Medef, il faut avoir de grosses capacités financières pour « pouvoir gagner de l’argent en Chine », c’est-à-dire pour pouvoir rentabiliser des investissements de plus en plus lourds.

Certes le marché potentiel chinois est considérable, d’autant que la croissance du pays est assurée pour les prochaines années, sauf changement de régime évidemment. Mais s’il s’agit de produire à perte durablement, il est préférable d’investir dans son pays…afin de produire mieux et bien, ce qui signifie faire de gros efforts dans la recherche et l’innovation. L’industrie automobile allemande a-t-elle besoin de délocaliser sa production hors d’Europe pour vendre sur le marché chinois ? La réponse est non, et cela est valable pour nombre de fabrications industrielles. J’observe à ce propos que l’industrie italienne, pour ne citer qu’elle, a déjà compris que la délocalisation n’est pas la panacée. Tant mieux si la France le comprend aussi !

Michel Escatafal

 

14/11/2012

Une conférence de presse de bonne facture

François Hollande « a été à la hauteur de la fonction, il a été précis, maîtrisé dans son expression et montrant sa connaissance des sujets qu'il abordait et donc au bout du compte convaincant ». Qui a dit cela ? Un ministre, un membre du Parti socialiste ? Non, François Bayrou. Pour ma part je suis satisfait de cette réaction du leader du MoDem, beaucoup plus en tout cas que quand il compare les qualités respectives de J.F. Copé et F. Fillon, tous deux candidats à la présidence de l’UMP. Pour ma part je pense que les deux hommes ont des idées quasiment identiques, et je ne saurais les différencier. Ils sont tous deux dans l’opposition, alors qu’ils y restent le plus longtemps possible, après avoir occupé les premiers rôles du pouvoir pour les résultats que l’on connaît! D’ailleurs, F. Hollande a bien fait de le rappeler hier soir dans sa conférence de presse, même s’il n’en a pas rajouté…ce qui tranchait avec les attitudes de son prédécesseur, jamais avare de petites phrases à destination de ses adversaires ou contradicteurs.

Tout cela pour dire que j’ai trouvé cette conférence de presse de bonne facture, avec un président de la République, à la fois réaliste sur les difficultés de l’heure, héritées de dix ans de pouvoir UMP, et confiant sur l’avenir en raison des mesures courageuses prises ou annoncées. Plus intéressant encore, F. Hollande s’est inscrit dans une ligne résolument social-démocrate, certes un peu éloignée de certaines promesses faites pendant la campagne électorale, mais qui ne peuvent que conforter la confiance des prêteurs vis-à-vis de notre pays (ce matin le taux à 10 ans est de 1.82%, et celui à 3 ans est de 0.13%, tout près de celui de l’Allemagne redevenu négatif). Et chacun sait que cela est important, même si cela ne fait pas les gros titres de la presse, car un ou deux points de plus en ce qui concerne les taux auxquels nous sommes obligés d’emprunter, représentent un certain nombre de milliards supplémentaires à trouver dans le budget…sauf évidemment à laisser filer les déficits. Mais de cela F. Hollande ne veut pas entendre parler, et je crois que cette volonté affichée de remettre de l’ordre dans les finances publiques est pour beaucoup dans cette confiance que nous accordent les marchés…en rappelant que ceux-ci sont incontournables tant que nous aurons des déficits, ce que certains font semblant de ne pas comprendre.

Parmi ceux-là, il y a la gauche de la gauche, mais il faut bien que J.L. Mélenchon et ses amis essaient d’exister après leurs déconvenues électorales! Mais plus encore, il y a les principaux responsables de l’UMP, de plus en plus ridicules dans leur opposition systématique à toute proposition du président de la République. En effet, entre les commentaires de J.F. Copé, ceux de F. Fillon ou de ceux de J.L. Borloo, le vassal UDI, c’est à qui sera le plus déraisonnable. A qui donner la palme ? A F. Fillon qui affirme que « plus le temps passe, plus la crise s’aggrave » et « qu’il n’y a plus personne pour éteindre l’incendie de la crise »…ce qui ne veut rien dire ? A l’ennemi préféré de l’ancien Premier ministre de N. Sarkozy, J.F. Copé, qui a seulement retenu, semble-t-il, que F. Hollande persistait dans « le mensonge », alors que justement il s’est efforcé de ne pas nier la réalité ? Reste l’ineffable J.L. Borloo, qui a été frappé de voir F. Hollande annoncer que « le chômage va encore augmenter pendant un an ».

Mais d’abord si la situation est ce qu’elle est, c’est la faute à qui ? A F. Hollande au pouvoir depuis quatre mois et demi (après en fait les élections législatives de juin) ? Certainement pas. Donc à F. Fillon, Premier ministre pendant cinq ans, mais aussi à celui qui a tout fait pour le remplacer et qui a été numéro deux du gouvernement pendant quatre ans, je veux parler de J.L. Borloo, sans oublier J.F. Copé, à la fois ministre et patron de l’UMP entre 2002 et 2012 ? Oui, c’est eux qui ont mené ou laisser mener le pays dans les difficultés financières et économiques qu’il est en train de vivre. C’est eux qui font la leçon aujourd’hui, mais qui malgré le démantèlement accéléré des services publics, avec des réductions considérables d’effectifs ont fait passer le poids de la dépense publique de 52% à 57% de la richesse nationale en France. Mais au fait, pourquoi F. Hollande devrait-il mentir aux Français en leur racontant que le chômage va baisser dès la fin de l’année, ce qui est tout à fait impossible ? Je pense même que l’on pourrait au contraire reprocher au président de la République de ne pas l’avoir affirmé clairement un peu plus tôt. En tout cas, ceux qui me lisent comprennent pourquoi je ne peux pas supporter l’idée d’une alliance, ni même d’une approche du MoDem avec l’UMP et la fantomatique UDI de J.L. Borloo.

Heureusement pour lui, le président de la République a été jugé beaucoup plus sérieusement par des personnalités comme Laurence Parisot, la patronne du Medef, qui a approuvé le fait que F. Hollande ait souligné « que la situation était grave », après avoir accueilli favorablement le Pacte sur la compétitivité. J’ai même entendu hier soir, sur une chaîne télé, l’ancien ministre F. Lefebvre avoir une attitude infiniment plus mesurée que celle de ses collègues UMP à propos de la conférence de presse du chef de l’Etat, preuve que quand on est candidat à rien il est plus facile d'être objectif. Bref, les responsables de l’UMP feraient mieux d’être un peu plus modestes dans les circonstances actuelles, et d’attendre d’avoir « mangé un peu d’opposition » pour de nouveau faire entendre leur voix, comme par exemple l’ont fait les socialistes espagnols après avoir été battu aux élections. C’est une attitude autrement plus responsable qu’accuser de tous les maux un pouvoir qui ne l’exerce réellement que depuis moins de cinq mois !

Un dernier mot enfin, pour souligner la manière dont le président de la République a « calmé le jeu », suite à la déclaration tonitruante de Manuel Valls à l'Assemblée, peu avant la conférence de presse, le ministre de l’Intérieur n'ayant manifestement pas résisté à la pression exercée par les députés UMP. En tout cas, et je n’en ai jamais fait partie, ceux qui le voyaient déjà à Matignon en sont pour leurs frais, et cela n’a pu que conforter J.M. Ayrault dans ses fonctions. D’ailleurs, dans l’état où se trouve le pays, il vaut mieux une présidence apaisée, avec un Premier ministre encaissant les coups sans broncher, surtout avec l’agitation entretenue par la présidence Sarkozy, et par le comportement d’une opposition qui n’a pas encore compris que c’est F. Hollande qui a gagné l’élection présidentielle, et que l’Assemblée nationale est majoritairement socialiste. Cela dit, même si les députés UMP ont eu raison de s’indigner des propos de Manuel Valls sur le « retour du terrorisme », j’ai quand même trouvé incongrues les menaces physiques de certains députés, ce qui montre à quel point leur campagne pour la présidence de l’UMP a pris le pas sur toute autre considération. Heureusement, dimanche prochain cet épisode interminable, auquel les Français sont presque totalement indifférents, sera terminé. Ouf !

Michel Escatafal