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31/03/2015

Un tripartisme inédit sous la Cinquième République

Cette fois, la gauche ne peut pas dire qu’elle a limité les dégâts aux élections départementales, comme certains au Parti socialiste avaient commencé à vouloir le faire croire. En fait, la gauche a payé au prix fort ses divisions, comme d’ailleurs le Parti socialiste lui-même. C’est quand même un peu fort d’entendre quelqu'un comme Aurélie Filipetti, ministre pendant deux ans de F. Hollande, affirmer devant tout le monde hier (sur Canal+) que la politique appliquée par le gouvernement ne marche pas. Pire même, elle a osé dire que pendant quelque temps elle avait joué le jeu de la cohésion gouvernementale en laissant entendre qu’elle ne croyait pas à ce qu’elle disait. Donc, pour elle, il n’y a eu aucun résultat tangible obtenu par les gouvernements auxquels elle a appartenu, comme ne cesse de le clamer Cécile Duflot. Cela dit, l’important n’est pas de discuter des résultats, d’autant que si l’on veut bien chercher il y a des améliorations dans certains domaines, même si globalement les gens ne peuvent qu’être déçus.

 

En fait, les résultats positifs obtenus l’ont été dans un domaine qui n’intéresse pas les Français, à savoir le déficit budgétaire ramené fin 2014 à 4%, ce qui est évidemment beaucoup trop, mais qui marque une baisse significative par rapport à fin 2011. Pour mémoire, au cas où certains l’oublieraient, le déficit fin 2011 représentait 5.1% du PIB, puis 4.9% fin 2012 et l’année passée 4.2%. Cela fait une différence de 1,1% entre fin 2011 et fin 2014...ce qui n’est pas rien, même si ce résultat est aussi dû aux taux auxquels nous empruntons aujourd’hui qui sont plus bas qu’en 2011, la charge de la dette ayant diminué en 2014 de 3 milliards d’euros par rapport à 2011 et 2012. Malgré tout le déficit public est passé entre 2012 et 2014 de 99 milliards d’euros à 85. Pour un peu j’oserais dire que les augmentations d’impôts n’ont pas servi qu’à augmenter la richesse de ceux qui ont le plus, mais ont contribué à entrevoir d’ici deux ans de rentrer dans les clous de la Commission européenne (3%).

 

Fermons la parenthèse pour rappeler à Aurélie Filipetti, que son argument consistant à dire que les gens s’éloignent du Parti socialiste, et plus généralement de la gauche, en raison de la politique d’austérité menée par le gouvernement, ne tient pas. Il ne tient pas parce que les partis qui ont remporté les élections, l’UMP, l’UDI et un peu le MoDem, veulent mettre en place à partir de 2017 des mesures autrement plus sévères que celles qui sont appliquées de nos jours. Et pourtant les gens ont voté pour eux ! Non, ce qui contrarie les électeurs, c’est de voir que F. Hollande, qui ne pense qu’à sa réélection, ne va pas assez loin dans les réformes…qui n’ont jamais été faites par l’UMP et l’UDI quand ils étaient au gouvernement. La loi Macron n’est pas « la loi du siècle » pour parler comme F. Hollande, mais elle va toujours un peu plus loin que ce qui a été fait pendant le quinquennat de N. Sarkozy, comme certains membres de l’UMP l’on fait remarquer, ce qui a provoqué l’ire des « frondeurs » socialistes, rejoignant en cela les partisans du duo Duflot-Mélenchon.

 

On notera à ce propos que cette « gauche » presque jusqu’au-boutiste ne représente pas un nombre considérable d’électeurs, mais ces quelques 6 ou 7% de voix seront suffisants pour empêcher F. Hollande ou tout autre candidat socialiste à la présidentielle d’atteindre le second tour en 2017, laissant face à face le candidat UMP et Marine Le Pen. Au fait, c’est peut-être cela que tous ces farouches opposants à la politique Hollande-Valls veulent, en pensant à un avenir radieux dans l’opposition…s’ils sont élus. Oui, je précise bien s’ils sont élus, car Aurélie Filipetti, A. Montebourg, B. Hamon, Cécile Duflot et leurs amis risquent fort d’être battus, voire même écrasés, aux prochaines élections législatives en cas de victoire UMP à l’élection présidentielle. Dans cette hypothèse en effet, ce sera un raz-de-marée de la droite parlementaire à l’Assemblée Nationale, et un Waterloo monumental pour les partis de gauche. La France n’est pas la Grèce, et Cécile Duflot et J.L. Mélenchon ne tirent pas dans la même catégorie qu’A. Tsipras (Syrisa) ou P. Iglesias (Podemos)!

 

En revanche il n’y aura sans doute pas davantage de députés Front National dans la prochaine Assemblée Nationale quel que soit le candidat élu en 2017, et c’est ce qui me gêne le plus en tant que démocrate. Si j’écris cela, c’est parce que je considère qu’un parti qui à chaque élection dépasse 20% des votants devrait avoir plus d’élus qu’ils n’en ont. Je suis d’autant plus à l’aise pour exprimer cette pensée, que chacun de mes lecteurs connaît mon aversion pour les idées du Front National. Il est quand même ahurissant de voir que les Verts et assimilés, du haut de leurs 2% à chaque élection locale ou nationale, aient 18 députés alors que le Front National en a seulement 2. C’est un problème pour la démocratie, et Marine Le Pen et ses amis ne se priveront de le clamer de plus en plus fort, d’autant qu’ils progressent en voix à chaque élection, non seulement au détriment de la droite, mais aussi de la gauche.

 

Que J.L. Mélenchon, Cécile Duflot et autres frondeurs ne se fassent surtout aucune illusion, ceux qui souffrent le plus de la baisse des faveurs de l’Etat providence ne se rangent pas de leur côté, mais plutôt de celui de Marine Le Pen, d’autant que nombre d’entre eux, pour ne pas dire tous, pensent que le PS et l’UMP c’est du pareil au même…ce qui n’est pas faux sur le plan économique, et que ceux qui se réclament de la gauche plus ou moins radicale ont fait partie de divers gouvernements auparavant. Quelles vraies réformes ont été faites par les gouvernements UMP-UDI entre 2002 et 2012 ? Quasiment aucune, et je crains que le bilan soit presqu’aussi négatif de la part des gouvernements socialistes entre 2012 et 2017, malgré la volonté réformatrice de Manuel Valls et E. Macron, bridés par un F. Hollande dont l’unique pensée, je le répète encore une fois, est l’élection présidentielle de 2017…qu’il a de grandes chances de perdre, le scénario pour un nouveau 21 avril 2002 étant en place.

 

Revenons à présent sur ce tripartisme inédit dans l’histoire de la Cinquième République que nous vivons aujourd’hui. D’abord le tripartisme n’est pas quelque chose de très nouveau depuis 1958, car depuis cette date il y a eu effectivement trois partis de gouvernement et même quatre si l’on y ajoute les communistes, aujourd’hui quasiment disparus. Mais si j’ai employé le mot « inédit », c’est parce que le Front National n’est pas considéré encore de nos jours comme un parti de gouvernement, dans la mesure où il ne peut gouverner avec personne, même si l’UMP version Sarkozy utilise souvent le même langage que le Front National. Mais les éléments de langage ne suffisent pas à permettre de gouverner ensemble.

 

Certains me feront remarquer qu’entre la « droite forte » et le Front National il y a sans doute plus de convergences sur certains sujets de société qu’entre la « droite forte » et les centristes, mais jusqu’à présent les centristes ont fait taire la plupart de leurs différences…pour pouvoir participer au gouvernement. Cela étant, la « droite forte » de N. Sarkozy et ses amis les plus droitiers ne sont pas toute l’UMP, car à côté d’eux il y a nombre de républicains n’ayant rien à voir avec les idées et thèses du Front National. La preuve, l’unanimisme est loin d’être la règle en ce qui concerne les consignes électorales vis-à-vis du Front National. Il n’empêche, malgré ces convergences entre l’UMP version Sarkozy et le Front National, en cas de victoire UMP en 2017, le gouvernement sera composé en quasi-totalité de membres de l’UMP et de centristes…avec quelques MoDem si le vainqueur s’appelle Alain Juppé.

 

Le tripartisme est donc aujourd’hui la réalité de notre vie politique, et c’est pour cela qu’il ne saurait être comparé à l’époque où il y avait l’UDF créée par V. Giscard d’Estaing (1978), sans oublier le Parti communiste encore très puissant à cette époque. Mais ces quatre partis étaient capables de se fédérer pour gagner des élections nationales et plus encore locales, soit dès le premier tour soit systématiquement au second tour, ce qui aboutissait de facto à un affrontement droite-gauche, qui a perduré jusqu’au début du nouveau siècle. Certes il y eut l’épisode du 21 avril 2002, où l’émiettement des candidatures à gauche provoqua la perte de Lionel Jospin et la qualification pour le second tour de J.M. Le Pen (16.8% des voix), mais le second tour confirma que cette situation était incongrue, puisque J. Chirac fut élu président de la République avec plus de 82% des voix. Pire même, cette terrible défaite du Front National fut un avant-goût de l’élection présidentielle de 2007 où J.M. Le Pen, de nouveau candidat, n’obtint que 10.4% des voix, ce qui fit dire à de nombreux observateurs « éclairés » que N. Sarkozy avait mis un coup d’arrêt sans doute définitif aux ambitions du Front National.

 

Certains voyaient même se reproduire le scenario du boulangisme, mouvement initié par le général Boulanger au milieu des années 1880, ce dernier aux portes de l’Elysée fin janvier 1889 après avoir été élu triomphalement député de Paris, et qui trois mois plus tard s’enfuira en Belgique avec sa maîtresse. Bien sûr la situation n’a rien de comparable, le Front National ayant mis un certain temps pour s’implanter durablement dans la vie politique française (création du mouvement en 1972), mais chacun en juin 2007 pensait que le Front National et J.M. Le Pen avaient fait leur temps. C’était vrai pour Jean-Marie, mais sa fille Marine allait reprendre le flambeau et de quelle façon!

 

D’abord parce qu’on parle de plus en plus du mouvement « Bleu marine », et surtout parce que le Front National pèse de nos jours autour de 25% des suffrages à chaque élection, ce que l’UMP seule peine à réaliser, alors que le Parti socialiste se situe autour de 19-20%. Donc nous avons bien trois forces plus ou moins équivalentes dans le pays, sans toutefois que le score du Front National soit suffisant pour espérer avoir 20 ou 30 députés dans une Assemblée Nationale, ou pour diriger 15 ou 20 départements…du moins tant qu’il y aura le scrutin majoritaire à deux tours, c’est-à-dire jusqu’au moment où un président de la République décidera d’un changement de scrutin pour les élections législatives. Quelque chose me dit que ce n’est pas pour demain, même si dans ce domaine rien n’est figé.

 

Michel Escatafal

03/12/2014

Espérons que l’histoire ne soit pas un éternel recommencement !

Avant de commencer mon propos je voudrais évoquer deux choses qui concernent…le sport et aussi la politique. Tout d’abord le nouveau dérapage, après celui de Sagnol, d’un footballeur, en l’occurrence Emmanuel Petit, qui a osé dire ceci à je ne sais quel média : « Parfois, je me dis qu’en ayant été envahis par les Allemands, on serait mieux dirigés aujourd’hui. » Rien que ça ! Voilà ce que c’est pour un footballeur de vouloir parler de politique…alors qu’on ne lui a jamais demandé autre chose que de taper dans un ballon, lequel a du lui faire très mal à la tête pour en arriver à écrire pareille stupidité. Plus grave encore, beaucoup plus grave, car l’analyse politique d’un « footeux » ne vaut rien,  tellement cela relève de l’inculture et de l’imbécilité, je vais parler de ce que l’on appelle volontiers le mal français, à savoir cette extraordinaire difficulté qu’on a dans notre pays à construire ou réaliser quelque infrastructure. Entre les écologistes, la paperasserie sans fin, les atermoiements des politiques, on n’avance pas. Et comme on n’avance pas, les investisseurs finissent par en avoir assez et on finit par se détourner du premier projet, pour se rabattre sur un autre moins ambitieux en France ou en le faisant carrément à l’étranger. Si j’écris cela c’est parce que le président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaifi, est en train de réaliser à quel point la France est un pays compliqué pour tout personne ou entité qui veut investir sur notre sol.

En effet, alors que le patron du PSG espérait pouvoir disposer, à partir de 2015, d’un centre d’entraînement pour son équipe digne des plus grands clubs de la planète sur un terrain de 100 hectares à Saint-Germain en Laye, nous apprenons que cela n’est pas du tout sûr que cela se fasse avant 2017…si cela se fait sur ledit terrain. Et tout cela parce que le PSG n’arrive pas à obtenir l’accord de l’Etat pour l’achat de ce terrain. A croire que l’on fait tout pour éviter d’être attractif et même compétitif ! La preuve : la simplification voulue par le gouvernement de Manuel Valls, au moment où l’on impose le compte pénibilité qui a le don de susciter l’ire des petits, moyens et grands patrons. Comment a-t-on pu inventer pareille usine à gaz ? Et cette invention ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle a été abordée pour la première fois lors de la réforme des retraites initiée par F. Fillon en …2003. Résultat, personne n’est content, on n’avance pas dans la simplification, bien au contraire, et surtout on dépense beaucoup d’énergie sur le sujet, contrairement à ce qui se passe ailleurs, aucun pays étranger n’ayant mis en place une mesure similaire. Voilà, on nage en plein délire, ce qui ne peut que faire dire à Marine Le Pen, qu’entre l’UMP et le PS, il n’y a quasiment aucune différence…ce qui est (presque) vrai.

Mais le pire est que ce sujet ne préoccupe la presse que moyennement, du moins ces derniers jours, car on ne parle que de N. Sarkozy. A croire que dans ce pays, il n’y a pas de sujets plus sérieux que ce retour dans l’arène politique…que n’a jamais réellement quitté l’ex-président. En effet, alors qu’il avait promis qu’il quitterait la politique s’il était battu en 2012 à l’élection présidentielle, il vient d’être élu président de l’UMP. On observera à ce propos la différence avec un certain L. Jospin, lequel a effectivement abandonné  la politique depuis sa défaite à la présidentielle de 2002. Fermons la parenthèse, pour noter en premier lieu combien ce retour complique la vie de la droite républicaine, au point même de redonner de l’espoir aux socialistes, ces derniers se disant que si des résultats économiques apparaissent fin 2015 ou courant 2016, tout espoir de garder le pouvoir n’est pas perdu. Et oui, c’est cela le paradoxe de l’UMP, formation qui, sans N. Sarkozy, a remporté haut la main les élections municipales en 2014, et quasiment toutes les élections partielles depuis 2012. Une formation qui, après des primaires ouvertes comme tout le monde semblait d’accord pour les organiser en 2016, avait 99 chances sur 100 de remporter les élections présidentielles et législatives de 2017, quelque soit le candidat…sauf si ce dernier s’appelle Sarkozy.

La preuve de la véracité de mes dires, c’est qu’à peine élu, le nouveau président de l’UMP a déjà écarté la possibilité d’ouvrir ces primaires au MoDem et à tout ce qui n’est pas UMP ou à la rigueur UDI. N. Sarkozy veut bien être un rassembleur, mais autour de sa seule personne et à ses conditions. Bref, N. Sarkozy va essayer par tous les moyens d’éviter l’exercice démocratique mis en œuvre par le PS en 2011, et que souhaitent tous ses potentiels concurrents, à savoir une élection où pourraient voter tous ceux qui partagent les valeurs de la démocratie. Pour N. Sarkozy, une élection ne peut pas être complètement ouverte…parce que trop périlleuse pour lui. Problème, et c’est essentiel dans la perspective de 2017, ses concurrents ne semblent pas vouloir se laisser faire. Et même ceux qui ne le sont pas, comme J.C. Lagarde le président de l’UDI, ne veulent pas que cette élection primaire soit limitée à l’UMP et l’UDI. J.C. Lagarde a en effet souligné que le MoDem était bien évidemment concerné par cette désignation du candidat de la droite parlementaire à l’élection présidentielle de 2017.

En fait, et c’est sans doute le plus rassurant, le fait que la victoire de N. Sarkozy ait été étriquée pour une élection de ce type (moins de 65% des voix), lui a enlevé une bonne partie de sa crédibilité en vue d’un retour à l’Elysée. Moins de 65% des 158.000 votants cela ne fait pas la majorité des adhérents ! Si j’écris cela, c’est en pensant à certains de ses collaborateurs ou fans qui ne cessent d’affirmer que F. Hollande n’a pas été élu par plus de 50% des votants à l’élection présidentielle de 2012, oubliant que là c’est bien pire. Cela étant N. Sarkozy et ses fans ne sont pas à ça près, comme on a pu le constater tout au long de cette campagne, où il a bénéficié d’une couverture des médias infiniment supérieure à celle de ses concurrents…ce qui n’a pas empêché B. Le Maire de réaliser un score de presque 30%. A propos de B. Le Maire, j’espère qu’il ne fera comme D. de Villepin, et qu’il ne se ralliera pas sans gloire à l’ancien président de la République.

Pour ma part je n’y crois pas, car ce serait pour lui une manière d’insulter l’avenir, et il en a sans doute beaucoup plus qu’on ne l’imaginait avant cette élection, plus sans doute que Xavier Bertrand et que les potentiels rivaux sarkozystes de sa génération, tels Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez ou François Baroin, à propos duquel je m’interroge dans la mesure où j’ai du mal à comprendre son soutien à N. Sarkozy…sauf à avoir surestimé la réelle force de ce dernier dans l’opinion. Car, qu’il le veuille ou non, N. Sarkozy peut très bien être battu en 2017, même s’il est désigné  candidat UMP à l’issue de primaires assez fermées. D’abord parce qu’il aura fatalement un autre candidat de droite ou du centre face à lui, ce qui ne lui garantirait pas le second tour. Ensuite, parce que Marine Le Pen pourrait l’emporter dans le cadre d’un second tour entre elle et N. Sarkozy. Qui peut affirmer que la gauche ferait ce qu’elle a fait en 2002 avec J. Chirac ? Personne, parce que J. Chirac était infiniment moins clivant que N. Sarkozy, et parce qu’il sortait d’une cohabitation certes difficile pour lui, mais pas meurtrière avec  L. Jospin. Enfin, face à J. Chirac il y avait J.M. Le Pen, lequel avait une image que n’a pas sa fille.

Si N. Sarkozy est face à Marine Le Pen dans le cadre d’un second tour présidentiel en 2017, la candidate du Front National retrouvera au second tour toutes ses voix du premier tour, plus celles des souverainistes de droite, plus peut-être celles de candidats se situant à l’extrême gauche. Après tout, nombre d’anciens communistes votent aujourd’hui pour le Front National, comme c’est le cas pour des ouvriers et des petits paysans. En revanche je doute que N. Sarkozy puisse espérer avoir les voix des socialistes, sur lesquels il a tellement vociféré, ou même des centristes du MoDem qu’il veut évincer des primaires. Et tout cela fait du monde. Au contraire, A. Juppé, mais aussi F. Filloin, B. Le Maire ou X. Bertrand, pour ne citer qu’eux, ne pourraient que triompher facilement face à Marine Le Pen, le réflexe républicain jouant à fond dans ce cas de figure. Quand j’écris que N. Sarkozy est le plus vulnérable des candidats de la droite républicaine, n’ai-je pas raison ? Si, bien évidemment, et c’est d’une logique implacable, d’autant qu’il n’a vraiment pas changé depuis 2012…et je suis gentil. Avec lui tout rassemblement des Français pour mettre en œuvre les réformes dont le pays aurait besoin est une vue de l’esprit. Est-ce qu’un authentique rassembleur aurait accepté les sifflets de ses fans à Bordeaux, alors qu’il tenait meeting dans la ville du fondateur de l’UMP ? Poser la question, c’est y répondre.

Michel Escatafal

11/11/2014

Des affaires, encore des affaires, des propos exécrables…La République est à bout de souffle !

Nabilla en prison ! Voilà une affaire dont on a beaucoup parlé ces derniers jours, ce qui montre à quel point le pays va mal, ou plutôt à quel point l’essentiel paraît dérisoire et vice-versa. Cela étant c’est quand même un signe que les Français ne savent plus trop où ils habitent, même s’ils ne sont pas les seuls sur la planète. La faute sans doute en partie à ces fameux réseaux sociaux où l’on dit et écrit n’importe quoi, mais dont la moindre remarque fait le buzz. Et quand ça commence à faire le buzz, la machine a du mal à s’arrêter, parce que chacun commente ce qu’il croit savoir ou comprendre même s’il ne comprend ou ne sait rien. En outre, par rapport à l’époque où lesdits réseaux sociaux n’existaient pas, ce sont généralement des sujets totalement sans intérêt qui font la une des journaux. Imaginons que nos ancêtres reviennent et voient que Nabilla fait des titres sur le journal qu’on appelait autrefois « de référence », Le Monde ! Ils se diraient que l’on marche sur la tête. Et pourtant, difficile de reprocher à un journal, qu’il s’agisse du Monde ou d’un autre de parler de Nabilla, parce que Nabilla intéresse nombre de Français, comme en témoignent les succès des émissions auxquelles elle participait. C’est triste, mais c’est ainsi !

Pourtant il y a des informations très importantes à rapporter dans les journaux ou les chaînes d’info, comme par exemple le fait que la France s’endette depuis bientôt trois mois à des taux négatifs, ce qui veut dire que les investisseurs perdent de l’argent en prêtant à notre pays. Dit autrement, pour lesdits investisseurs, prêter à la France est un placement sûr ! Voilà une information intéressante, qui nous intéresse tous, ou plutôt qui devrait nous intéresser et donc faire réagir les fameux forumers qui ne cessent de nous faire part de leurs remarques (complètement sans intérêt) sur les forums des médias du net. Ils ne réagissent pas non plus quand les journaux écrits ou parlés nous apprennent que la production industrielle allemande a baissé de 4% sur un mois en août, et que la production industrielle italienne est repartie à la baisse en septembre, avec un recul de presque 1% (0.9), ce qui est une mauvaise surprise pour le gouvernement de Matteo Renzi. Tout cela signifie que la France n’est pas le seul pays qui galère avec la croissance, et que les améliorations significatives de la conjoncture ne se manifesteront pas dans les mois à venir malgré la baisse de l’euro et des cours du pétrole, ce qui représente dans les deux cas une bonne nouvelle pour notre économie, même si cela ne suffira pas dans un premier temps à rattraper l’énorme retard pris par la France en termes de compétitivité ces dernières années. Et jusqu’en 2012 F. Hollande n’était pas président de la République, ce qu’il faut quand même rappeler aux fans de l’UMP et de N. Sarkozy!

N. Sarkozy qui continue sa tournée automnale en attendant l’élection à la présidence de l’UMP…qui vit sans doute ses derniers jours, du moins sous cette  appellation, sans oublier les changements que N. Sarkozy veut imposer à son futur parti, sauf s’il n’est pas élu à la présidence…ce qui est impensable. Ce l’est d’autant plus que l’affaire Jouyet-Fillon ne peut que servir ses desseins dans son désir de reconquête du pouvoir dans son parti, avant de viser la présidence de la République. Elle sert N. Sarkozy parce que, outre le fait qu’elle en fasse la victime d’une machination ourdie contre lui, elle élimine quasiment de la course à l’Elysée son ancien Premier ministre, dont on comprend difficilement qu’il ait pu rester cinq ans à Matignon auprès de lui, et même qu’il ait pu s’accrocher à son poste, notamment quand on évoquait le nom de J.L. Borloo comme Premier ministre. Et oui, c’est ça la politique…et c’est justement ce qui fait que les gens s’en détournent. Au passage, on notera que F. Hollande n’a pas fait preuve de plus discernement en nommant Secrétaire général de l’Elysée J.P. Jouyet, ancien ministre de N. Sarkozy. Comme s’il n’avait pas assez de soucis avec l’aile gauche de son parti ! Dans ce cas, pourquoi avoir fait battre F. Bayrou à l’élection législative de Pau en juin 2012, alors que F. Bayrou avait été un farouche opposant à N. Sarkozy pendant cinq ans, et alors qu’il avait dit entre les deux tours de l’élection présidentielle qu’il voterait F. Hollande.

Et puisque je parle du président de la République, j’aimerais bien pour ma part qu’il renonce une fois pour toutes à toute ambition présidentielle, et qu’il fasse le grand bon en avant des réformes que M. Valls et E. Macron sont prêts à faire. Hélas, trois fois hélas, F. Hollande y croit encore, sinon il n’agirait pas comme il le fait, c’est-à-dire en avançant des idées, certes bonnes, mais insuffisantes pour remettre notre pays sur les rails. De plus sa méthode consistant à tout faire valider par les partenaires sociaux entraîne des lenteurs insupportables, lesquelles donnent l’impression aux gens que rien ne bouge…même quand ça bouge (un peu). Cette concertation permanente avec les syndicats est aussi une preuve que F. Hollande n’a pas perdu l’espoir de se représenter, et pourquoi pas d’être élu, compte tenu des terribles affrontements qui sont la marque de fabrique de l’UMP depuis la fameuse élection où l’affrontement Copé-Fillon a atteint son paroxysme. Rien ne dit d’ailleurs que la bataille ne sera pas encore plus terrible avant la primaire…si primaire il y a. Certes N. Sarkozy a promis qu’il y en aurait une, mais personne (à part lui) n’en connaît réellement les contours s’il est élu président de l’UMP dans quelques jours. Par parenthèse on peut quand même s’étonner que N. Sarkozy ait encore autant de partisans dans ce parti, alors qu’en face il y a non seulement A. Juppé, mais aussi Bruno Lemaire, lequel soit dit en passant, ne veut pas changer le parti.

F. Hollande qui veut rester dix ans président de la République, et N. Sarkozy qui veut le redevenir, et pourquoi pas pendant dix ans : voilà qui a de quoi rendre les Français moroses, pour ne pas dire indifférents ! Heureusement, le bon sens finira sans doute par prévaloir, et je pense que ni l’un, ni l’autre ne sera notre prochain président, où alors ce serait à désespérer. Et puis, comment pourraient-ils être élus ? Certes N. Sarkozy aura la nouvelle UMP à son service, mais il est vraisemblable qu’il y ait une candidature plus centriste face à lui, ce qui le fera battre dès le premier tour. Quant à F. Hollande, sur qui pourra-t-il s’appuyer pour soutenir une éventuelle candidature, dans la mesure où le Parti socialiste est coupé en deux entre les frondeurs et les sociaux-démocrates ? Et que feraient dans le cadre d’un second tour, si par miracle il passait le premier, les écologistes, les amis de J.L. Mélenchon et ce qu’il reste du Parti communiste, sans oublier le NPA et Lutte ouvrière ? La réponse est claire : ils s’abstiendraient, ce qui leur permettrait de jouer encore mieux leur rôle d’opposant face à un président et une majorité de droite. Voilà à quels jeux politiciens nous mène une Cinquième République modifiée par le quinquennat, avec élections législatives dans la foulée !

Un dernier mot enfin, pour noter que certains éditorialistes prennent vraiment les Français pour des idiots. Si j’écris cela, c’est parce que je suis tombé par hasard sur un article du Point, où Philippe Tesson écrit en titre : « jusqu’où ira la haine contre Sarkozy » ? Comme si N. Sarkozy n’était pas lui-même à l’origine de cette haine que lui vouent ses adversaires, ne serait-ce qu’à travers les remarques ou réflexions que l’on peut lire dans un énième livre sur la politique, avec des phrases assassines sur Hollande, Valls, Juppé, Fillon, Bertrand, Lemaire, ou même Wauquiez qui est aujourd’hui un de ses principaux soutiens (« T’as vu Laurent ces derniers jours ? Non, parce que si tu l’as vu, j’espère que tu t’es lavé les mains !»),  sans oublier Marine Le Pen moquée sur son physique, laquelle a répliqué en se moquant à son tour du physique de l'ex-président. Bref, le degré zéro de la politique !  En tout cas, ce ne sont pas avec de pareils propos, et dans ce climat délétère, que notre pays pourra mettre en place une grande coalition permettant de faire les réformes qui s’imposent…et c’est bien cela qui chagrine les gens ayant un minimum de bon sens.

Michel Escatafal