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15/04/2015

Le gouvernement a face à lui toutes sortes de républicains

Je ne sais pas si c’est un bon signe pour lui, mais six français sur dix souhaitent que Manuel Valls reste à son poste et, surtout, garde le même cap économique. De quoi donner des boutons aux « frondeurs » et à la supposée patronne des Verts, Cécile Duflot, elle-même de plus en plus en difficulté dans son parti, d’autant qu’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), vient de subir une terrible déconvenue aux dernières élections municipales avec à peine 2% des voix. En outre ce mini parti est très divisé avec certains de ses leaders qui veulent aller au gouvernement (Barbara Pompili, V. Placé, F. de Rugy, Emmanuelle Cosse…) et d’autres à l’instar de Cécile Duflot qui préfèrent un rapprochement avec les autres éclopés des départementales que sont les communistes et les mélenchonistes.

 

Mais cela n’empêche pas les « frondeurs », de plus en plus isolés, de continuer à critiquer à fond le gouvernement, au point qu’on se demande si finalement ils ne préfèreraient pas voir N. Sarkozy à l’Elysée plutôt que F. Hollande ou Manuel Valls. Problème, si c’est le cas en 2017, plus personne ne parlera d’eux parce qu’ils ne seront plus députés pour la quasi-totalité d’entre eux. Quitte à me répéter, si la configuration électorale actuelle devait prévaloir en mai et juin 2017, il n’y aurait pas plus de 60 députés à l’Assemblée Nationale chez les socialistes, donc pratiquement aucun « frondeur », communiste et écologiste version Duflot. Quel beau résultat cette politique de la terre brûlée !

 

En tout cas cette guerre livrée par les « frondeurs » irréductibles contre F. Hollande ne peut que profiter à l’UMP et, in fine, à N. Sarkozy. Je dis in fine à N. Sarkozy, parce que, comme je le craignais, l’UMP ce n’est plus que lui, même si je préfèrerais que ce soit  Alain Juppé ou B. Lemaire. Cela étant, s’il n’a pas été un bon président de la République, N. Sarkozy a su toujours se mettre en avant dans son parti pour écarter tous ses rivaux potentiels…avec le soutien plus ou moins avoué de la presse radio-télévisée, pour qui il est ce que l’on appelle un « bon client ». La preuve, on lui passe tout, alors qu’on en fait des tonnes à la moindre erreur ou fausse-note de ses adversaires à l’UMP ou ailleurs, sans parler évidemment de F. Hollande.

 

Un exemple : en lisant le site web du Monde, on s’aperçoit que non seulement N. Sarkozy dirige seul l’UMP, mais qu’en outre on le laisse dire n’importe quoi, par exemple sur la Russie et la crise ukrainienne, où il est en complet désaccord avec la quasi-totalité de la classe politique française, à l’exception toutefois du Front National…comme sur les plats uniques dans les cantines scolaires. A croire que la frontière entre l’UMP version N. Sarkozy et le FN est vraiment très ténue, malgré les rodomontades de N. Sarkozy à propos des accords à passer avec la Front National. D’ailleurs pourquoi passer des accords puisqu’on touche le même électorat, surtout avec les difficultés actuelles de la famille Le Pen, qui pourraient affaiblir le Front National, où Marion Maréchal-Le Pen se verrait bien succéder à son grand-père, qui l’a déjà adoubée comme tête de liste aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Certes tout cela fait peur aux Français de bon sens, mais cela paye sur le plan électoral, tout en fanatisant un peu plus un électorat de plus en plus droitier dans notre pays. Comment des centristes (UDI et hélas MoDem) peuvent-ils faire allégeance à N. Sarkozy et ses amis les plus proches ? J’avoue qu’étant moi-même centriste, je ne comprends pas cette attitude, à part espérer une place éligible pour des élections locales ou nationales, et, pourquoi pas, un poste de ministre ou secrétaire d’Etat, même si c’est pour être aussi inconnus que nombre de ministres de ce gouvernement ou des précédents. Qui connaît Sylvia Pinel, Patrick Kanner, Thierry Mandon, Annick Girardin, Thierry Braillard, Alain Vidalies ou Laurence Rossignol ? Personne ou à peu près ! Qui connaissait Maurice Leroy, Patrick Ollier, Henri de Raincourt, Philippe Richert, Marie-Anne Montchamp dans le quatrième gouvernement Fillon ? Personne ou à peu près ! Ce doit être dur quand même d’être à ce point inconnu, surtout quand on sait que tout le monde ou presque connaît Ibrahimovic, Thiago Silva ou David Luiz ! Même le président du Sénat est infiniment moins connu que le président du PSG (Nasser Al-Khelaïfi), celui de l’Olympique Lyonnais (J.M. Aulas) ou de l’Olympique de Marseille (V. Labrune).

 

Pour revenir à la politique, il y a quand même une réforme qu’aurait pu et dû essayer de faire F. Hollande…s’il n’avait pas pensé qu’à sa réélection, à savoir au minimum l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives ou départementales, non pas pour faire plaisir aux petits partis, mais par simple sens de la justice. En 2007 le MoDem, qui avait eu un candidat qui avait fait plus de 18.5% des voix à l’élection présidentielle, se retrouva finalement avec quatre députés contre quinze au Parti communiste, alors que le candidat du PC avait obtenu moins de 2% des voix. C’est tout simplement inique comme système électoral. Et aujourd’hui, avec le tripartisme, le système apparaît encore plus injuste, comme en témoignent les dernières élections départementales, où le Front National n’a obtenu aucun département malgré un score électoral (plus de 24% des voix) qui le plaçait en seconde position derrière l’alliance UMP-UDI et parfois MoDem, et largement devant le Parti socialiste et ses alliés PRG qui n’avaient même pas dépassé les 22%.

 

Ce n’est pas normal, comme je l’ai écrit dans mon précédent billet, de voir pareille injustice. Si l’on veut empêcher le Front National d’avoir des élus, il n’y a qu’à tout simplement éviter les querelles politiciennes et gouverner en fonction de l’intérêt du pays, quitte à permettre de faire passer des lois à mettre au crédit des adversaires politiques. Le Parti socialiste ne l’a pas fait avec la loi sur les retraites initiée à l’époque de N. Sarkozy, pourtant loin d’être au niveau que l’on pouvait en attendre. Mais l’UMP n’a pas eu une attitude plus responsable avec la loi Macron, alors que les dispositifs de ladite loi auraient dû la conduire à voter pour. C’est ainsi que l’on fait monter le Front National, et non en le privant de représentation parlementaire ou locale. En plus, si cela continue, il finira par en avoir sans l’aide de quiconque, et sa place se fera très vite importante dans les assemblées...quel que soit le système électoral.

 

Parlons à présent un peu de la proportionnelle. D’après le grand juriste autrichien H. Kelsen (1881-1973) « l’idée proportionnaliste s’insère dans l’idéologie de la démocratie, et son action dans sa réalité le parlementarisme ». Chez nous de grands orateurs républicains comme Léon Gambetta, Aristide Briand ou Jean Jaurès y étaient favorables aussi. Après tout, est-il anormal de souhaiter un système où la représentation politique des minorités est respectée ? Certainement pas, même si ce mode de scrutin doit être corrigé pour pouvoir gouverner dans la durée. Cependant  il y a quand même une différence entre le système allemand avec une dose de proportionnelle et le scrutin majoritaire à deux tours en vigueur dans notre pays depuis 1958, ce qui est quasiment unique parmi les démocraties parlementaires. Un mode de scrutin, qui, plus que jamais, montre ses limites en amplifiant démesurément les résultats des élections, et en favorisant les partis « malins » qui ont conclu des alliances uniquement pour le second tour, quitte à sortir aussitôt après de la majorité au nom de laquelle ils ont été élus.

 

C’est exactement le cas de figure de l’actuelle Assemblée nationale, avec au second tour un Parti socialiste totalisant 41% des voix et se retrouvant avec 280 sièges, des Verts obtenant 3.6% des voix avec 17 députés, le Front de Gauche (Parti de Gauche et communistes) et autres divers gauche ayant obtenu 4.2% des voix pour 32 députés et les radicaux de gauche avec 2.3% des voix obtenant 12 députés. En face l’UMP et ses associés centristes obtenaient 44% des voix pour avoir 229 députés. Quant au Front National, malgré ses 13.6% des suffrages obtenus au premier tour, il se retrouva éliminé dans de nombreuses circonscriptions pour le second tour des élections législatives et dut se contenter de 2 députés. Il ne peut pas y avoir pire injustice qu’un tel système, et je suis d’autant plus à l’aise pour l’écrire que jamais je n’ai voté, ni ne voterai pour un candidat de ce parti. Le plus cocasse, si j’ose employer cette expression, c’est, qu’à peine élus, les députés communistes et mélenchonistes quittaient la majorité présidentielle ! Sans commentaire !

 

Alors me direz-vous, que faut-il faire pour corriger cette injustice démocratique? Faire comme les pays anglo-saxons et avoir un scrutin majoritaire à un tour, où est élu le candidat ayant obtenu le plus de voix, donc à la majorité simple ou relative ? Sans doute pas, car cela favorise outrageusement le « vote utile », au profit des candidats des grands partis, ce qui conduit à un affrontement bipolaire comme celui que nous connaissons pour les élections législatives depuis 1958, à l’exception de 1986 où la proportionnelle avait fait un bref retour. Cela étant, si le scrutin majoritaire à un tour existait en France, il y aurait davantage d’élus du Front National, surtout avec tous ces frondeurs qu’ils soient socialistes, écologistes, mélenchonistes ou autres communistes. Ceux-là disparaitraient vite de l’hémicycle…même si par instinct de conservation nul doute qu’ils sauraient « aller à Canossa ». Il n’empêche, le Front National aurait beaucoup d’élus à l’Assemblée avec ce système (30, 40, 50, 60 ?), bien que l’élection présidentielle booste toujours le parti du candidat élu.

 

Conclusion de tout cela, il semble que le moins mauvais des systèmes (« il n’y a pas de bonne loi électorale » comme disait F. Mitterrand) est sans doute la proportionnelle avec un seuil de représentativité qui pourrait être de 5%, ce qui empêcherait les micros partis d’avoir des élus, plus une prime au parti ayant rassemblé le plus grand nombre de voix. Cela permettrait d’avoir une représentativité plus juste des forces politiques, tout en favorisant les grands partis, avec pour corollaire la constitution d’une majorité stable, plus stable à coup sûr que la proportionnelle intégrale qui présente l’inconvénient des marchandages occasionnels…qui existent aussi d’une certaine manière au scrutin majoritaire, comme je l’ai indiqué précédemment. Est-ce que cela se fera un jour ? Je ne sais pas. En fait tout va dépendre de l’évolution de l’électorat qui se porte  sur le Front National. Si ce dernier continue de progresser dans les urnes, la donne sera différente avec trois blocs d’égale importance ou à peu près. Comment faire une majorité dans ces cas-là ? Cela étant je ne crois pas que le Front National s’inscrira durablement dans la vie politique française dès que la croissance aura retrouvé des couleurs. Qui vote pour le Front National de nos jours ? Réponse : les déçus de l’UMP ou du Parti socialiste. Si le chômage baisse, on peut imaginer que le candidat « républicain » (quelle idée ce nouveau nom de l'UMP !) sera opposé au candidat socialiste, mais aux élections législatives le Front National sera laminé…sans que N. Sarkozy y soit pour quelque chose, même s’il s’en attribuera le mérite.

 

Michel Escatafal

20/01/2015

La liberté permet de ne rien se faire imposer

Pour répondre à quelques uns de mes lecteurs, si je n’ai pas écrit depuis un certain temps sur ce site c’est pour deux raisons : la première c’est parce qu’il y avait la période des fêtes de fin d’année, ce qui me permet de souhaiter à tous ceux qui me lisent une bonne et heureuse année 2015, la deuxième c’est évidemment parce que je ne voulais pas réagir à mon tour sur les dramatiques évènements des 7 et 8 janvier qui ont coûté la vie à 17 personnes, dont 9 collaborateurs de Charlie Hebdo. Je voulais, en effet, laisser un peu de temps avant de faire un article sur le sujet, pour avoir un minimum de recul avant d’évoquer cet épouvantable épisode, appelé à rester dans l’histoire.

Mais écrire quoi au juste ? D’abord pour souligner l’horreur de cet attentat, ce qui a été dit et redit des milliers de fois par la classe politique, la presse qui en a beaucoup fait, un peu trop pour certains observateurs, et par tout un chacun. Horreur, parce que rien ne justifie de tuer de sang-froid des gens dont le seul tort est d’avoir voulu faire leur métier, sans oublier ceux qui se trouvaient tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Ensuite pour évoquer la liberté de la presse, laquelle « ne s’use que quand on ne s’en sert pas » (devise du Canard Enchaîné), et force est de reconnaître que l’on ne s’en sert pas toujours. Enfin, parler du regard critique que l’on peut porter à l’égard des religions, de toutes les religions (y compris la sienne), notamment à travers des caricatures, lesquelles peuvent choquer ceux qui ont la foi ou même ceux qui ne l’ont pas.

Mais avant d’aborder ce sujet, je voudrais noter à quel point certains habitants de notre pays sont habités par des sentiments étranges. Si j’écris cela, c’est parce que je viens de voir les réactions haineuses de quelques forumers, à propos d’un sondage où l’on relève que la côte de popularité de François Hollande, et plus encore celle de Manuel Valls, ont fait un bond impressionnant après ces tragiques évènements…ce qui est normal vu la manière dont ils ont géré cette crise, avec une mention spéciale pour F. Hollande, lequel a démontré qu’il savait aussi « être président » quand les circonstances l’exigent. On s’en était aperçu lors de sa décision d’intervenir au Mali, mais, comme il s’agissait d’un pays africain dont nombre de Français ignorent les liens qui nous unissent à lui, on n’y a pas prêté l’attention que cela méritait. Et ce fut encore plus le cas en Centrafrique, où pourtant l’intervention de la France a sans doute évité de terribles massacres, même si les exactions ne se sont pas arrêtées pour autant. Cela dit, il n’y a pas que les forumers à avoir vis-à-vis du président de la République une aversion considérable, comme j’ai pu le constater hier soir dans l’émission C dans l’air, où le présentateur lui-même (Yves Calvi) ne pouvait pas cacher l’antipathie qu’il a manifestement pour F. Hollande…ce qui n’est pas vraiment son rôle, même si c'est son droit.  

Passons maintenant à un sujet qui concerne tous les pays, la liberté de la presse, avec pour corolaire de pouvoir tout écrire et tout dessiner. Pour ma part, c’est pour cela que depuis des années et des années je suis un fidèle lecteur du Canard Enchaîné. Ce journal est sans aucune contestation possible le meilleur en matière de politique, et pas seulement, parce que ses rubriques culturelles sont tout aussi excellentes. Le Canard Enchaîné sait faire la part de ce qu’on peut publier sans crainte d’être taxé de vulgarité ou de mauvais goût. Jamais je ne me suis senti mal à l’aise en lisant le Canard, même si ce dernier n’a jamais épargné les religions, à commencer par la mienne. Le Canard est d’ailleurs longtemps passé pour un brûlot anticlérical aux yeux de certains catholiques, mais ce ne fut jamais mon cas, ni celui de nombre de mes amis chrétiens ou athées. Le volatile, comme il aime s’appeler, n’a toujours fait que souligner les imperfections de ceux qui sont censés appliquer l’Evangile, et, en plus, il le fait sans heurter les consciences, du moins celles qui refusent l’intégrisme.

Là,  j’en vois certains qui se demandent où je veux en venir. Et bien je veux simplement dire que je n’ai jamais senti la même finesse dans  les dessins de Charlie Hebdo (que j’ai souvent acheté), parfois à la limite de la décence, parfois même très vulgaires. Et pourtant, je suis de ceux qui se sentent « Charlie », parce que la liberté d’écrire et de dessiner surpasse tout le reste et ne se partage pas. Raison de plus pour être effondré et révolté de voir un journal et son équipe de journalistes abattus,  parce qu’on leur déniait le droit d’écrire et de dessiner ce qui leur venait à l'esprit. Ce geste est d’autant plus incompréhensible que ce journal n’avait qu’une audience très limitée en France, et encore plus dans le monde, surtout en comparaison avec celle du Canard Enchaîné, avec les difficultés financières inhérentes à ce manque de lecteurs, alors que le Canard affiche de son côté une santé insolente, en rappelant au passage qu’il n’encaisse pas un centime de publicité, celle-ci étant faite exclusivement par ceux qui le lisent. Tout cela pour dire que les lecteurs de Charlie Hebdo étaient finalement peu nombreux (60.000 exemplaires vendus en moyenne chaque semaine  contre plus de 350.000 pour le Canard Enchaîné), ce qui signifie que ceux qui étaient choqués par les dessins de Charlie ne l’achetaient pas, tout simplement. Un réflexe qui devrait être la règle partout dans le monde…du moins dans un monde normal.

En tout cas, ceux qui ont voulu tuer le journal ou qui se réjouissent qu’on y ait semé la mort, ont pu constater qu’on lui a donné une notoriété inimaginable, y compris dans les pays musulmans où il était quasiment inconnu des populations. En effet, ces assassinats ont provoqué dans notre pays une levée en masse sans précédent, avec des millions de personnes dans les rues, dont plus d’un million cinq cent mille à Paris accompagnant une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, sans oublier toutes les manifestations organisées un peu partout sur la planète, celle-ci donnant l’impression d’être devenue la planète Charlie. Tout cela finalement est réconfortant, malgré l’horreur de ces massacres, parce que, je le redis une fois encore, cela signifie que la liberté ne se divise pas, à commencer par la liberté d’expression.

Si on apprécie un journal on l’achète, et si on ne l’apprécie pas on ne l’achète pas. Si on apprécie une émission de radio ou de télévision, on l'écoute ou on la regarde, et si on ne l'apprécie pas on ne l'écoute pas ou on ne la regarde pas. Cela fait partie de ce qu’on appelle la démocratie qui, pour Churchill , était « le pire des régimes à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé ». En attendant, j’espère que le soufflet de la tolérance vis-à-vis des religions, de toutes les religions, vis-à vis aussi de ceux qui n’en ont pas, ne retombera pas trop vite. Il serait quand même dommage que tous ces morts l’aient été pour rien, ou pire encore qu’ils aient contribué à stigmatiser les musulmans, lesquels sont les premiers à souffrir du fanatisme de quelques uns de leurs coreligionnaires, un fanatisme qui n’est hélas pas l’apanage de l’islam, car des fanatiques il y en a dans toutes les religions, chacune ayant un lourd passé et un présent pas toujours reluisant. Comme l’écrivait Voltaire : « La tolérance n'a jamais excité de guerre civile ; l'intolérance a couvert la terre de carnage ». En écrivant cela il pensait plus à la religion dominante de son époque, le christianisme, qu’à toute autre.

Michel Escatafal

19/10/2014

Un président peut-il être élu par la gauche et gouverner le pays durablement? NON

Le titre de cet article est volontiers polémique, mais il ne fait que traduire la vérité. En effet, les rares fois où la gauche a été pouvoir, elle fut accusée chaque fois de faire une politique de droite, après parfois avoir réalisé des réformes* que les gens qui l’ont porté au pouvoir attendaient. Ce fut le cas à l’époque du Front Populaire (1936-1937), mais aussi à celle de François Mitterrand (1981-1986 et 1988-1993), ou même à celle de Lionel Jospin (1997-2002). Néanmoins quand les socialistes et leurs alliés quittent le pouvoir, après généralement une courte période, ils laissent une impression très mitigée…parce que les gens ont oublié leurs réformes et parce que celles-ci se sont avéré, in fine, des boulets que personne n’a osé remettre en question…ou si peu.

Certes nul ne niera que le Front Populaire, dirigé par Léon Blum, ou l’Union de la gauche de F. Mitterrand, ont offert aux « travailleurs » des acquis sociaux attendus depuis très longtemps, mais cela ne les a pas empêché de se voir très vite reprocher par ceux qui les ont soutenus dans leur conquête du pouvoir, d’avoir trop vite tourné le dos à une politique de gauche…par réalisme économique. On ne peut pas distribuer continuellement sans contrepartie ! C’est la loi du libéralisme, un mot qui fait horreur aux gens de gauche, mais qui est quand même « le moins mauvais des systèmes » pour parler comme Winston Churchill à propos de la démocratie. On a vu ce que donnait le socialisme pur et dur dans l’ex-Union Soviétique et dans ses pays satellites pendant une grande partie du vingtième siècle.

Pourquoi j’écris cela ? Tout simplement parce que le gouvernement de Manuel Valls  est confronté plus que jamais à la vindicte des amis de Mélenchon, du Parti communiste ou ce qu’il en reste, et surtout des fameux frondeurs qui, à force de jouer à se faire peur, vont être obligés de repasser plus vite que prévu devant les électeurs. Et là, bonjour les dégâts pour les frondeurs et les autres ! En effet, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, le parti socialiste et ses frondeurs pourraient se retrouver à un plus bas historique dans une Assemblée de la Cinquième République. Certains assurent même qu’ils pourraient être moins de cinquante ! Ce serait un désastre électoral de plus, mais à un niveau tel que le Parti socialiste pourrait ne pas y survivre, du moins dans son état actuel…ce qui permettrait aux frondeurs de réfléchir sur les dangers de vouloir constamment marquer contre son camp.

Certes ils pourront toujours essayer de construire un nouveau mouvement avec le Font de gauche, sauf que toute l’extrême gauche, dans notre pays comme ailleurs, pèse peu (en tout 12 à 13% des voix en France), sauf aussi que ces gens ne seraient d’accord sur rien, les communistes purs et durs du Nouveau parti anticapitaliste ou de Lutte ouvrière trouvant nécessairement les frondeurs socialistes ou les dirigeants du Front de gauche beaucoup trop timorés dans leur désir d’installer une démocratie populaire. Et oui, c’est tellement plus facile de se faire élire député socialiste dans la foulée d’une élection présidentielle victorieuse, que sur des propositions économiques et sociales d’un autre âge ! Le plus triste c’est que ces frondeurs, du moins pour certains, se seraient bien vus au gouvernement, alors que d’autres y ont carrément participé avant d’estimer que leur avenir personnel était en train de s’assombrir. Cruelle est la vie politique pour un politicien, mais surtout quel manque flagrant de conviction !

Si j’écris cela c’est parce que ces gens qui ont fait la campagne de F. Hollande, dont nombre d’entre eux l’auraient faite pour D. Strauss-Kahn, savaient très bien que le candidat socialiste n’était pas vraiment de gauche, du moins une gauche telle que la conçoivent ceux qui veulent l’application d’un programme où l’on fait abstraction des réalités économiques. Or précisément, si l’on a bien suivi la campagne électorale de F. Hollande, il n’a jamais promis le « grand soir » à ceux qui s’apprêtaient à voter pour lui…et c’est une des raisons pour laquelle il a été élu. N’oublions pas que F. Hollande a bénéficié au second tour de l’élection présidentielle de 2012 de nombre de voix d’électeurs du centre, la mienne par exemple, pour ne pas voir N. Sarkozy à l’Elysée pour cinq ans de plus. Des électeurs nécessairement déçus par l’attitude des frondeurs, puisqu’ils voient bien que l’on va nécessairement vers des élections législatives anticipées…que Manuel Valls lui-même semble juger inévitables. Et ce ne sont pas les déclarations incendiaires de Martine Aubry aujourd’hui dans le Journal du Dimanche qui vont rassurer les soutiens du Premier ministre ou de F. Hollande, s’il en reste encore quelques uns pour ce dernier.

Au passage  je redis, une fois encore, que F. Hollande a tort de tergiverser et de contrarier le souci de réformer vite et fort le pays, comme semblent vouloir le faire Manuel Valls et son ministre de l’Economie Emmanuel Macron, profitant l’un et l’autre d’une relative bonne opinion qu’ont les Français de leur personne et de la politique qu’ils souhaitent mener. Que risque F. Hollande à vouloir donner son nom à des réformes que les Français attendent en majorité, faute de pouvoir vraiment s’y opposer, la contrainte économique étant trop forte aujourd’hui dans un contexte d’autant plus défavorable que la crise est là, toujours aussi présente. Ces fameuses réformes sur la durée et la flexibilité du travail, sur le contrat unique, passeraient sans doute assez facilement dans la mesure où chacun est bien conscient qu’on ne peut plus continuer à vouloir produire des richesses en ayant un temps de travail moins important qu’ailleurs, en ayant des ponts à répétition en mai, en refusant des choses aussi simples que le travail du dimanche dans certaines grandes villes ou lieux de tourisme, ou en ayant une législation du travail à la fois très complexe et coûteuse pour les entreprises.

Certes nos gouvernants ont fait part de leur volonté d’améliorer et simplifier les choses, mais dès que le Premier ministre ou son ministre de l’Economie veut accélérer le mouvement, aussitôt le président de la République renvoie à des discussions avec les syndicats, dans un pays qui a l’un des plus faibles taux de syndicalisation parmi les pays développés (8%), qui contraste d’ailleurs avec la capacité de mobilisation très forte du syndicalisme français sur certains sujets, en raison de sa forte présence dans le secteur public. Résultat, rien n’avance réellement ou tellement lentement que cela ne fait qu’exacerber le sentiment d’impuissance que l’on prête à F. Hollande. Comment dans ces conditions peut-il espérer se représenter et être reconduit à la présidence de la République ? Dans le même ordre d’idées, quitte à mourir politiquement, pourquoi ne pas le faire en laissant une trace dans l’histoire, autre que celle que beaucoup lui attribuent aujourd’hui de « plus mauvais président de l’histoire de la cinquième République », place qu’il se dispute avec son prédécesseur N. Sarkozy ? Ce serait quand même plus glorieux…à moins que l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste soit plus calculateur encore que ses détracteurs le soulignent, en préparant pour le début de l’année prochaine une cohabitation. Or, qui dit cohabitation, dit jusqu’ici défaite du Premier ministre à la présidentielle qui suit, et élection de celui qui est resté à son poste à l’Elysée.

Le peuple oublie vite ce qu’il a détesté, pour peu que ceux qui gouvernent à sa suite ne fassent pas mieux. Et puis, qui est prêt à devenir Premier ministre en cas de cohabitation ? Quel casse-tête pour l’UMP qui, à ce moment, sera encore plus divisée qu’aujourd’hui, avec comme président de l’UMP Nicolas Sarkozy et, face à lui, le chouchou des sondages Alain Juppé. Et si F. Hollande misait tout sur cette dualité pour retrouver des couleurs et essayer de mettre tout le monde d’accord ? Certes les deux leaders de l’UMP peuvent toujours refuser de cohabiter, mais, dans ce cas, qui ne dirait pas qu’ils ont eu peur de gouverner dans la difficulté ? Et s’ils acceptent le poste de Premier ministre, c’est l’échec annoncé entre un président qui va s’efforcer de tirer les ficelles de la situation, sur fond de guerre ouverte entre les deux principaux prétendants à l’investiture UMP pour la présidentielle de 2017.

C’est pour cela qu’il faut rester très prudent dans ses pronostics sur la consultation de 2017, et c’est aussi pour cela que la pire chose qui pouvait arriver à la droite parlementaire est le retour de N. Sarkozy, lequel, quoi qu’il arrive, aura fait tellement de mal à sa famille politique. Rien que pour cela, il est incompréhensible que tant de monde à l’UMP lui fasse encore confiance, d’autant qu’il se comporte depuis son retour comme celui qu’il a toujours été, quelques pitreries en plus dans ses meetings. Et pendant ce temps, face à ces jeux politiciens, notre pays est presque à l’arrêt, d’autant que la conjoncture internationale n’est en rien encourageante pour l’avenir. Heureusement que Ségolène Royal est là pour apporter un peu de fraîcheur dans le débat, en refusant que l’on réintroduise des ours dans les zones de pastoralisme. Au fait, avait-on besoin de réintroduire des loups ou des ours dans notre pays ? N’y avait-il pas de problèmes plus urgents à régler ? Ah, j’oubliais : à une certaine époque il fallait ménager les écologistes. Mais ces derniers, combien de divisions ? Pauvre France !

Michel Escatafal

* 1936 : loi instituant deux semaines de congés payés (11 juin) et la semaine de 40 heures (12 juin), l’école obligatoire jusqu’à 14 ans (13 août)

1982 : durée du travail fixée à 39 heures par semaine et cinquième semaine de congés payés (13 janvier), ordonnance ramenant l’âge de la retraite à 60 ans (25 mars)

1988 : loi sur le RMI (12 octobre)

1999 : négociations patronat-syndicats pour l’application de la loi des 35 heures de travail hebdomadaire

2001 : loi relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, supprimant notamment l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie  

12/09/2014

La dissolution, c’est maintenant…ou très bientôt…ou pas du tout ?

Alors que de nombreuses voix se font entendre pour engager réellement les réformes qui n’ont pas été faites depuis des décennies, F. Hollande et le gouvernement semblent toujours décidés à les faire, mais sans véritable conviction. Ainsi on parlait d’ordonnances pour le travail du dimanche, et finalement cela ne se fera pas. Quant au pacte de responsabilité, il se met certes en mouvement, mais avec toujours ces discussions qui n’en finissent pas entre partenaires sociaux, et qui ruinent les effets d’annonce faits par F. Hollande en début d’année et un peu plus tard par Manuel Valls. Quand F. Hollande va-t-il comprendre qu’il faut à présent passer totalement des paroles aux actes sans états d’âme ? Que risque-t-il à braver sa majorité en lambeaux ? Réponse à la deuxième question : Rien, car F. Hollande connaît trop bien la politique pour savoir, qu’après forces circonvolutions, les députés finiront par faire en sorte de ne pas mettre en minorité le gouvernement. Ils sont courageux « les frondeurs », mais pas téméraires ! Ils connaissent la couleur de la prochaine Assemblée en cas de dissolution, et le rose y sera extrêmement peu représenté. Ce sera d’autant plus le cas que nombre de personnes ayant voté à l’élection présidentielle ou aux élections législatives pour battre N. Sarkozy et ceux qui l’ont soutenu, ne voteront pas de la même façon en cas de dissolution, quitte à ne pas voter du tout ou voter blanc. Les « frondeurs » auront réussi le tour de force de couper le parti socialiste en deux, et surtout d’avoir dégoûté à jamais nombre d’électeurs qui avaient voté pour eux en 2012, même si c’était par défaut. Et j’ajouterais qu’ils ont lourdement compromis les chances d’un futur candidat de leur parti à l’élection présidentielle, car ils auront donné une image détestable de la pratique du pouvoir. C’est sévère comme jugement, mais il faut bien appeler un chat un chat !

Si j’écris pareilles choses, c’est parce que les Français ne comprennent pas pourquoi on n’avance pas plus vite dans les réformes, alors que la majorité d’entre eux y sont prêts. Pire encore, entre belles paroles et reculades devant les « frondeurs », nos dirigeants donnent l’impression que dans ce pays c’est le bazar le plus complet, renvoyant une image tout à fait désastreuse, y compris à l’étranger. Comment dans une telle cacophonie au sein de la majorité, des investisseurs étrangers auraient envie de s’implanter chez nous ? Et pour couronner le tout, il n’y a comme opposition organisée que le Front National, car l’UMP est à peu près dans le même état que le parti socialiste, avec notamment le vrai-faux, le faux-vrai, mais surtout le futur vrai retour de N. Sarkozy, lequel vient de recevoir l’onction (ô combien enthousiasmante !) de J.F. Copé pour prendre la tête de l’UMP. En outre, si à propos de l’UMP on ne parle pas de « frondeurs », il y a en revanche un ou plusieurs clivages dans ses rangs aussi nets que ceux du parti socialiste, avec d’un côté une droite qui se veut toujours décomplexée sans vraiment l’être tout en l’étant, celle qui soutient N. Sarkozy, une droite qui se veut plus droitière qu’elle ne le fut du temps de J. Chirac, notamment sur l’immigration pour répondre au Front National, celle de F. Fillon, et enfin une droite plus raisonnable et plus réaliste incarnée par Alain Juppé, ce dernier ayant de plus en plus le soutien des centristes. Autant dire que si les Français se sentent complètement à l’écart des prises de position des socialistes au pouvoir, ils sont loin de comprendre où peut les mener l’opposition UMP. C’est cela, et uniquement cela, la raison de la poussée du Front National, malgré l’absence totale de programme du parti de Marine Le Pen.

Pour ceux qui aiment l’histoire, les problèmes de F. Hollande font (un peu) penser à ceux de V. Giscard d’Estaing après 1976, sauf que V. Giscard d’Estaing n’avait jamais été Premier secrétaire du parti socialiste, et laissait gouverner son Premier ministre, Raymond Barre. Sauf aussi qu’en ce temps là, internet et les réseaux sociaux n’existaient pas, ce qui signifie que les acteurs politiques étaient beaucoup moins épiés que de nos jours. Quand on pense au bruit fait autour d’un éphémère secrétaire d’Etat qui ne déclarait pas ses impôts ou ne payait pas son loyer, alors qu’il a été démissionné sans ménagement après quelques jours à peine au gouvernement, on croit rêver, tellement nombre de Français devraient se féliciter de voir que les dispositifs sur la transparence ont bien fonctionné, même avec un peu de retard ! Autre avatar pour le pouvoir, et plus particulièrement pour F. Hollande, le bruit fait par un livre écrit par son ex-compagne, sur lequel on revient sans cesse dans les radios, les télés et internet, alors que son contenu relève davantage de la vilaine scène de ménage a posteriori que de la vie politique. Tout cela finit par ruiner le moral des habitants de notre beau pays, comme jamais on n’aurait pu le constater il y a trente ou quarante ans, le peuple n’en pouvant plus de payer impôts et taxes, ce qui n’a rien de nouveau, alors qu’il a l’impression que les politiciens de notre pays bénéficient au contraire d’une totale impunité, ce qui est faux. La preuve, de nos jours des gens sont inquiétés pour des faits liés à la fiscalité qui, pourtant, remontent à des années en arrière, et dont très peu de monde se souciait jusque-là, à commencer par les électeurs.

C’est peut-être aussi pour cette raison qu’à l’époque de V.G.E. et R. Barre, malgré une partie de la majorité qui contestait tout et son contraire quant aux décisions prises par le gouvernement, les réformes se faisaient et avec elles l’adaptation de l’économie française, que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’industrie avec le règlement douloureux du problème de la sidérurgie, mais aussi avec le développement de nouvelles industries, dont certaines datent de cette époque, et qui contribuent encore à maintenir la France parmi les principaux pays exportateurs (nucléaire, espace, bio-industries, équipements pour économiser l’énergie etc.). Et pourtant, si la crise d’aujourd’hui est douloureuse, les problèmes que notre pays a connus dans la décennie 1970, comme les autres pays industrialisés, n’étaient pas moins importants que ceux que nous connaissons en ce moment, avec pour point d’orgue les deux chocs pétroliers (1974 et 1979), dont le dernier a déclenché une crise monétaire aux Etats-Unis. Et pour faire face à tous ces graves problèmes, R. Barre dut composer avec une majorité presqu’aussi frondeuse que celle de nos jours. Mais, je  le répète, la fronde était surtout politique, sur fond de guerre entre le RPR de Jacques Chirac et l’UDF qui était le parti présidentiel. Cela étant les frondeurs RPR avaient une attitude plus raisonnable que les frondeurs socialistes de nos jours, notamment en ce qui concerne les décisions économiques, et ne s’opposaient pas de la même manière aux décisions prises par le gouvernement. Néanmoins, toujours dans la comparaison avec l’époque actuelle, il y avait en face de V. Giscard d’Estaing et du gouvernement Barre, une opposition socialiste et communiste tellement désunie qu’elle finira par perdre des élections législatives « imperdables » en 1978.

Si j’écris cela c’est parce que le premier sondage concernant la confiance faite à R. Barre en 1976, juste après sa nomination, indiquait que seuls 3% des Français lui donnaient cette confiance. Le chiffre montera ensuite vite à 20% pour osciller ensuite entre 25 et 30%. Cela étant, comment imaginer qu’avec des chiffres du chômage très mauvais et une inflation (11%) deux fois plus forte en 1976 qu’en Allemagne (4%) ou aux Etats-Unis (5%), oui comment imaginer que la majorité RPR-UDF puisse gagner des élections législatives de 1978 ? Et pourtant ce fut le cas, d’abord en raison de l’amélioration des fondamentaux économiques, mais plus encore à cause de la désunion de la gauche entre socialistes et communistes. Finalement le courage de prendre des mesures allant dans le bon sens avait fini par prévaloir sur les joutes politiciennes. Et cette victoire de 1978, sera confirmée par celle des premières élections européennes au suffrage universel en 1979, au bénéfice exclusif de l'UDF. F. Hollande devrait s’inspirer de cela, et en finir avec ses atermoiements concernant les déficits et la remise en question de certains acquits sociaux…qui n’en sont pas réellement, et qui sont un frein pour le retour d’une croissance vertueuse.

De toutes façons, le pouvoir n’a plus le choix : c’est soit la poursuite de la fuite en avant en creusant les déficits et la dette, comme le souhaitent les communistes, le Front de gauche et les « frondeurs » socialistes, ou, comme l’a dit le gouverneur de la Banque de France, « lancer les bonnes réformes », notamment en faisant plus de coupes dans les dépenses. Au stade où il en est, j’espère que F. Hollande aura compris où est l’intérêt du pays. Et dans ce cas, qui sait ce qui peut se passer dans presque trois ans…s’il n’est pas candidat, car sa situation personnelle paraît désespérée, et ne peut que conduire à une défaite électorale s’il se présente à l’élection présidentielle, ce qui fut le destin de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Ce dernier saoulé de coups de toutes sortes fut battu par F. Mitterrand à l’élection présidentielle, comme ne manquera pas de l’être F. Hollande s’il se présente en 2017, les coups qui lui sont infligés, tant d’ordre privés que politiques, étant encore beaucoup plus dévastateurs pour son image que ceux reçus en son temps par VGE. Et de nos jours ladite image est infiniment plus importante qu’il y a trente ou quarante ans !

Michel Escatafal

05/09/2014

Heureusement pour F. Hollande qu'il y a Mario Draghi

Décidément F. Hollande accumule les difficultés depuis le début de son quinquennat, mis à part les deux premiers mois de son mandat en été 2012. Depuis, entre une croissance qui ne vient pas, l’obligation de faire des réformes qui n’ont pas été faites jusque-là, et des soucis permanents avec sa majorité qui se veut de gauche, c’est un amoncellement de problèmes qui l’empêche d’exercer sa présidence dans des conditions normales. Pire encore, à ces soucis s’ajoutent des ennuis avec certains de ses ministres, à commencer par l’affaire Cahuzac jusqu’à la démission hier du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur pour, nous dit-on, s’être soustrait au fisc, sans parler évidemment des déclarations de certains ministres qui s’en sont pris carrément à la politique du gouvernement…auquel ils appartenaient. On croit rêver !

Et pour couronner le tout il y a ce livre de l’ex-compagne du président, que je n’achèterai pas personnellement, mais qui est en train de faire (hélas !) un tabac en librairie. Ce brûlot, en effet, ne peut que porter tort au président de la République, qui n’avait pas besoin de ça, sur fond de bruits de guerre froide entre l’OTAN et la Russie avec l’affaire ukrainienne. Une affaire qui concerne de très près notre pays en raison du dilemme dans lequel se trouve F. Hollande à propos de la livraison de matériel militaire…à la Russie, ce qui pourrait, in fine, coûter très cher à la France en termes de pénalité et de futures ventes à d’autres pays. J’en profite d’ailleurs pour écrire que dans cette affaire, c’est encore la France et elle seule qui va être pénalisée par des décisions américaines, ce qui montre à quel point le général de Gaulle avait eu raison de se retirer de la structure militaire de l’OTAN pour « recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté ».

Une décision que l’on n’aurait jamais dû remettre en cause, et qui l’a été, hélas, par N. Sarkozy au début de son quinquennat, lequel avait été très critiqué à l’époque par un certain F. Hollande qui déclarait le 8 avril 2008, que « cette décision de revenir dans le commandement militaire de l’OTAN est fâcheuse, car si notre pays renonçait à son autonomie de jugement au sein de l’Alliance, c’est l’ensemble de l’Europe, pas simplement la France, qui se trouverait en situation d’alignement sur les Etats-Unis ». De belles paroles d’opposant politique ! Et l’on s’étonne après cela que les Français n’aient plus aucune confiance en nos dirigeants, qui font souvent l’inverse une fois au pouvoir de ce qu’ils souhaitaient qu’on ne fasse pas quand ils étaient dans l’opposition.

En attendant cette pluie de mauvaises nouvelles pour le chef de l’Etat, et ces décisions allant à l’encontre de ses déclarations d’opposant ou de ses promesses de campagne, finissent par nous faire douter de le voir poursuivre son quinquennat jusqu’au bout sans avoir recours à un retour devant les électeurs. Certes, comme je l’ai écrit dans un précédent article, la Constitution le protège, mais jusqu’à quel point ? En fait, la seule chose qui puisse l’aider c’est l’absence d’opposition crédible, hélas. Imaginons un instant que F. Hollande soit dans l’obligation de dissoudre l’Assemblée, et que l’UMP, comme c’est une certitude, se retrouve avec 300 ou 350 députés, voire plus ? Que se passerait-il ? Personne ne le sait, à commencer par les dirigeants de l’UMP eux-mêmes qui refusent tous de cohabiter. Ce serait le grand « bazar » dans le pays, d’autant que personne ne peut obliger le président de la République à démissionner. Dans ce cas, qui pourrait imposer quoi que ce soit, sinon la rue? Tout cela paraît effrayant, au moment où justement il faut impérativement que notre pays se réforme pour retrouver une industrie qui a perdu la plus grande partie de ses forces, et pour être de nouveau compétitif sur les marchés mondiaux.

Cela m’amène à regretter encore plus qu’au lieu de faire du suivisme en politique étrangère, F. Hollande n’aille pas au bout de la logique du « pacte de responsabilité » pour remettre en ordre de marche notre économie, et la faire entrer dans le vingt-et-unième siècle. Pourquoi, alors qu’il ne lui reste plus le moindre espoir d’être réélu, oui, pourquoi F. Hollande ne se comporte-t-il pas comme certains de ses prédécesseurs au pouvoir, qui ont certes perdu des élections, mais qui resteront dans l’histoire comme de grands hommes d’Etat. J’ai peur que F. Hollande ne fasse pas partie de ces gens…sans doute parce qu’il croit trop en sa bonne étoile. Mais qui va voter pour lui lors de la prochaine élection présidentielle ? Les électeurs de droite ou d’extrême droite? Impensable. Les électeurs d’extrême gauche ? Sûrement pas, car même en ayant N. Sarkozy au second tour ils s’abstiendraient. Les électeurs du centre ? Ils l’ont fait en 2012, mais ils ont été déçus et ne recommenceront pas la prochaine fois, ce qui ne signifie nullement qu’ils voteraient éventuellement pour N. Sarkozy, contrairement à la plupart des électeurs du Front National. Restent ceux qui votent traditionnellement socialiste, mais nombre d’entre eux préfèreront aussi s’abstenir…dans l’espoir d’un recentrage à gauche du parti socialiste. Finalement « Moi président » aura fait à son parti la même chose que son prédécesseur avec l’UMP : il l’aura tellement affaibli que nombre d’adhérents ou sympathisants préfèreront une défaite à une éventuelle victoire sur un programme social-libéral, sans parler des têtes d’affiche qui y verraient un moyen de se placer pour des échéances futures.

Voilà le vrai panorama du corps électoral français, et point n’est besoin de sondages pour arriver à ces conclusions. Dans ce cas, et je le redis encore une fois : qu’attend F. Hollande pour lancer pour de bon les grands chantiers des réformes annoncées ou susurrées, d’autant qu’il va être bien aidé par le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, bien décidé à faire accepter à Angela Merkel un assouplissement de ses positions sur les politiques budgétaires de pays comme l’Italie…et la France, pays où l’absence de demande bloque la machine économique? A ce propos, si l’action conjuguée de Matteo Renzi, président du Conseil italien et de F. Hollande pouvait faire plier la chancelière allemande et son ministre des Finances, l'intransigeant W. Schaüble, aidés par les mesures prises par la BCE, ils auraient bien œuvré pour leur pays et ’Europe, surtout si cela permettait de réaliser ces fameuses réformes attendues par tous dans ces deux nations.

Autant de questions cruciales dont dépendra sans doute le retour de notre pays à meilleure fortune…ou son décrochage pour des années dans le concert des puissances ne sortant pas de leur inexorable déclin. F. Hollande ne doit jamais oublier que P. Mendès-France, R. Barre, ou en Allemagne G. Schroeder, laisseront dans l’histoire une place beaucoup plus grande que ceux qui les ont battus aux élections, y compris peut-être la chancelière Merkel, qui surfe depuis bientôt dix ans sur les réformes de celui à qui elle a pris la place en 2005…sans avoir réalisé qu’on ne peut pas vivre trop longtemps en profitant de la faiblesse de ses voisins. D’ailleurs, l’Allemagne elle-même commence à ressentir les effets de l’atonie de la demande chez ses voisins, ce qu’a bien compris Mario Draghi. Merci à lui!

Michel Escatafal