12.03.2008

"Il y a en politique de nombreuses tentations !"

Aujourd’hui nous allons continuer à parler de politique, et je vais d’abord répondre à ceux qui me font part de leurs réflexions par courriel (les plus virulentes) ou en commentaires  directs sur sites. Plus ou moins ceux qui me font le plaisir de me lire, et qui ont été candidats, me disent tous la même chose : c’est un peu un sentiment d’abandon qu’ils ont au moment des élections. Tous partent avec la bannière du MoDem, se battent…et au final obtiennent entre 5 et 15%.

Ces scores décevants ne leur permettent pas le plus souvent  d’être présents au second tour, mais quand ils peuvent le faire rares sont ceux qui vont jusqu’au bout de leur démarche en se maintenant avec une liste autonome. Fréquemment, notamment dans les villes de plus de 10 000 habitants, ils préfèrent négocier avec la liste du plus fort  (ou supposé tel) quand celui-ci n’a pas été élu au premier tour. Certains vont me dire qu’on ne peut pas leur en vouloir même si ce n’est pas la meilleure attitude.  Après tout ils se sont battus, ont consacré beaucoup de temps à cette élection, sans oublier les dépenses que cela a pu leur coûter.

Ce choix d’avoir quelques élus en se fondant avec une liste concurrente avec laquelle on a échangé des coups, n’est pas le meilleur symbole que l’on puisse donner de la démocratie, surtout dans les grandes villes. A titre personnel, pour éviter confusion et discussions politiciennes, je crois qu’il serait beaucoup plus sain aux élections municipales  de déterminer le nombre d’élus en fonction des résultats du premier tour. Au nombre de voix de chaque liste devrait correspondre le même pourcentage d’élus. Ainsi, une liste qui a obtenu 15% des voix aurait droit à 15% des conseillers. Ce serait tellement plus simple,  et cela éviterait tellement de combinaisons malsaines.

Car c’est là que se situe le problème,  et c’est cela qui donne une odeur nauséabonde à la politique. Je suis militant du MoDem et personne n’oserait me contester ce titre. Alors je me permets de dire que tous ceux qui ont réagi à mon dernier article ont raison de se sentir abandonnés et…cocufiés,  pour parler comme un de mes lecteurs (il se reconnaîtra) qui ne comprend pas que l’on puisse faire alliance tantôt avec des UMP, tantôt avec des socialistes, et même avec des communistes. Ils sont d’autant plus outrés que ce parti (qui ne représente plus rien sur le plan national) ne cesse d’invectiver ceux qui souhaitent s’allier avec le MoDem. Reconnaissons qu’il y a de quoi être troublé.

Pour ma part, et je le dis sincèrement, j’aurais aimé que l’on se maintienne partout où cela aurait été possible et que l’on ne négocie pas là où c’était impossible. C’est ce que nous avons fait à Nîmes, et j’en suis très heureux. Certes notre mouvement va  avoir quelques conseillers de plus, certes il va même gagner quelques postes d’adjoints municipaux, peut-être même çà et là une mairie, mais quelle misérable opinion nous aurons donné à notre électorat. Cette attitude est d’autant plus curieuse que notre leader, pourtant en grande difficulté à Pau,  a refusé tout accord ou alliance de second tour. Certains disent que François Bayrou est trop omnipotent dans notre mouvement, et bien je réponds qu’il ne l’a pas été suffisamment.

Ces accords ou combinaisons négociés au cas par cas, survenant après la désertion de nombreux élus « préférant aller à la soupe » comme l’a écrit un de mes lecteurs, ne donnent pas du MoDem l’image qu’il aurait pu offrir. Nous sommes ravalés au rang de l’UMP qui n’hésite pas à chasser sur les terres du Front National, comme l’a fait hier le président de la République, ou à celui du Parti Socialiste prêt à tout, y compris à s’allier avec l’extrême-gauche pour gagner des sièges.  Sur ce plan  le SPD allemand est quand même plus regardant que nos socialistes, y compris ceux qui sont les plus à droite,  quant à leurs alliances avec le Die Linke qui est la gauche radicale en Allemagne. Et pourtant, le Die Linke refuse le mot révolution, lui préférant les termes de « recomposition de la société en profondeur, mais démocratique ».

Ce qui m’ennuie le plus, c’est que notre jeune mouvement composé en majorité de personnes n’ayant jamais fait de politique, risque de souffrir de ces tractations souvent « improbables »,  et de décourager de nombreux militants qui pensaient qu’au MoDem on faisait de la politique autrement. Je voudrais quand même profiter de la petite notoriété que m’apportent  les nombreuses visites sur les sites que j’anime, pour leur dire que justement il ne faut pas céder au découragement. Hier j’expliquais qu’une défaite à Pau de François Bayrou ne serait en rien dramatique dans sa démarche présidentielle, et j’avais bien raison. Qu’on se rappelle ce que les observateurs politiques disaient au mois de juin dernier d’Alain Juppé, parce qu’il venait d’être battu à Bordeaux dans une circonscription acquise à la droite. Neuf mois plus tard, certains en font le candidat de droite idéal pour la prochaine élection présidentielle.

Alors oublions très vite les épisodes peu glorieux que nous avons vécus ces deux derniers jours et gardons foi en notre mouvement, car je maintiens que nous sommes à l’heure actuelle le seul parti qui fasse des propositions sérieuses,  tant sur le plan de la démocratie et des institutions, que sur celui de l’économie. Tôt ou tard, les électeurs éprouveront le besoin de faire retrouver à notre pays son rang dans le concert des nations libres. Tôt ou tard,  ils donneront à d’autres gouvernants la mission de surmonter la crise qui mine la France depuis des décennies, au point d’avoir fait de notre pays une nation résignée et soumise aux vents mauvais de la spéculation, de l’inégalité croissante et des privilèges. Ce jour-là nous devrons être prêts à relever ces défis, comme nous avons su le faire aux moments les plus difficiles de notre histoire.  Après tout,  je me dis que  les petitesses politiciennes ne sont que le reflet de la faiblesse des hommes  d’autant que, comme le disait mon maître à penser Raymond Barre : « il y a en politique de nombreuses tentations ! ».

Michel Escatafal