16.05.2008

Chassez le naturel, il revient au galop...

898758810.jpgNotre président de la République est de nouveau en campagne, et cela va sans doute durer encore quatre ans. Hier, en pleine journée de mouvements sociaux, nous avons eu droit à plusieurs annonces du pouvoir ou, dit autrement, à quelques « coups de menton ». Deux de ces annonces sont à retenir : la croissance en France aurait été meilleure que prévu en 2007 et au premier trimestre 2008. Ensuite on va légiférer sur le service minimum d’accueil. Dans les deux cas, le but est de montrer au bon peuple qu’on est bien gouverné,  et que l’on s’occupe de lui face aux tracasseries imposées par des enseignants qui ne cessent de faire grève. Voilà en gros ce que l’on a entendu hier sur toutes les ondes.

Bien entendu personne n’est dupe, mais après tout Nicolas Sarkozy se dit que malgré ses échecs comme ministre de l’Intérieur  en matière de sécurité, il a quand même été élu président de la République. Alors pourquoi ce qui a marché par le passé, ne remarcherait-il pas aujourd’hui…et demain. Effectivement, vu sous cet angle tout est possible. Cependant, par rapport à un passé récent, les Français ont été sérieusement déçus sur quelques sujets ô combien sensibles pour eux, et parmi eux  le pouvoir d’achat. De plus, ils savent bien que les effets de manche et les incantations ne vont pas leur permettre de gagner plus, y compris en travaillant plus. Or, à quelques semaines des vacances, le porte-monnaie reste désespérément vide pour nombre d’entre eux.

Revenons donc à la croissance française pour souligner d’abord que malgré la crise financière, la croissance dans la Zone euro s’est jusqu’à maintenant à peu près maintenue. Pour parler comme les économistes, la Zone euro a fait preuve d’une bonne résistance face au ralentissement mondial avec une augmentation du PIB de 0,7%. A ce propos, malgré les cocoricos de Madame Lagarde et François Fillon, il faut noter que la France (+0,6%) fait moins bien que la moyenne de la Zone euro. Elle fait surtout beaucoup moins bien que l’Allemagne qui a enregistré une progression de 1,5%, ce qui doit quand même nous réjouir puisque l’Allemagne, pilier économique de la Zone euro, est notre principal client.

Cette embellie va-t-elle durer ? A priori non, car les nuages s’amoncellent un peu partout, y compris dans des pays qui faisaient beaucoup mieux que nous jusque là, par exemple l’Espagne qui chute à son plus faible niveau depuis 15 ans (+0,3% au premier trimestre 2008). Angela Merkel, elle-même, reste très prudente et son réalisme tranche avec la jubilation des responsables politiques français. En faisant preuve de prudence, notamment parce que les entrées de commandes en Allemagne en provenance de pays comme l’Espagne ou l’Italie sont en baisse, Angela Merkel ne fait que suivre l’opinion de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, qui affirme que le deuxième trimestre s’annonce « moins flatteur ».

Ce qui est rassurant en revanche, c’est que cette forte croissance en Allemagne a été portée à la fois par les investissements et la consommation des ménages. Cela a été un peu moins le cas en France, mais le taux d’investissement s’est quand même accru significativement. Cette augmentation du taux d’investissement était déjà perceptible en 2007. En revanche, si nos exportations ont bénéficié de la bonne conjoncture allemande, un ralentissement des exportations allemandes donc de la croissance outre-Rhin pourrait nous pénaliser fortement. C’est pour cela que les cocoricos bruyants de François Fillon et Christine Lagarde doivent être relativisés.

En évoquant l’année 2007, Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement se sont bien gardés de préciser ce que tous les économistes s’accordent à dire à savoir que, contrairement à ce qu’affirmait François Fillon hier, les mesures prises dans le cadre de la loi TEPA (paquet fiscal) n’étaient  pour rien dans le redressement des chiffres de la croissance. En effet, c’est surtout une révision des chiffres du premier semestre qui a permis ce supplément de 0,2%, ce qui voudrait dire (quelle horreur !) que le mérite en reviendrait au gouvernement de Dominique de Villepin. Evidemment, il n’était pas question de souligner  cela pour Nicolas Sarkozy, qui voit rouge chaque fois que l’on évoque le nom de l’ancien Premier ministre.

L’autre annonce tonitruante du président de la République concerne ce qu’il faut bien appeler une limitation du droit de grève dans notre pays, en prenant l’initiative de déposer un projet de loi inscrivant le droit à l’accueil des enfants dans les écoles, les jours de grève. Cette limitation, tout le monde l’a bien compris, est d’abord destinée à l’opinion pour que celle-ci prenne en grippe les enseignants. Cela étant, cette même opinion devrait réaliser que les enseignants ne font que se défendre en manifestant leur désaccord sur la suppression de plus de 10.000 postes à la prochaine rentrée. L’enseignement dans notre pays doit être plus que jamais une priorité, et ce n’est pas en supprimant chaque année des milliers de postes que l’on arrivera à donner leur chance à ceux qui souffrent le plus d’un parcours éducatif les menant à l’échec scolaire.

De plus, a-t-on tellement besoin d’imposer une loi (une de plus!) pour deux ou trois mouvements de grève annuels. A entendre Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos, les enseignants passent leur temps dans la rue à manifester. C’est très réducteur, et disons-le mot scandaleux, de proférer de telles affirmations. Les enseignants enseignent et font leur travail du mieux qu’ils le peuvent, et il n’est pas normal de leur faire supporter les mauvais choix qui sont faits pour l’école depuis des années. L’école de la réussite ou l’investissement pour l’avenir, comme dit François Bayrou, mérite quand même mieux que toute cette agitation stérile venant d’un président de la République, dont le seul but est de remonter dans les sondages d’opinion.

Michel Escatafal

14.05.2008

Les raisons de la baisse du pouvoir d’achat

1382315449.jpgDepuis plusieurs mois nous entendons sans arrêt parler du thème du pouvoir d’achat dans notre pays, tout cela parce que notre président de la République en a fait l’un de ses chevaux de bataille pendant la campagne présidentielle. Il faut dire que sa formule consistant à dire qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat » avait fait mouche, et avait largement contribué  à son élection. Cela  démontre que, malgré tout ce que l’on peut dire, le mensonge est payant en période électorale, favorisé il est vrai par la naïveté des électeurs qui, pourtant, ont été régulièrement déçus par tous les faiseurs de miracles qui se sont présentés à leurs suffrages. Passons !

Revenons donc au thème du pouvoir d’achat. Que faudrait-il faire pour pouvoir l’augmenter ou au moins dans la période actuelle le maintenir ? Je ne vais bien sûr pas rentrer  dans des détails trop techniques qui, pour être intéressants, n’en seraient pas moins ennuyeux. Tout d’abord, nos gouvernants devraient savoir que pour améliorer le pouvoir d’achat la seule solution serait l’augmentation des salaires. On peut faire toutes les lois que l’on veut relatives à l’implantation ou pas de grandes surfaces, rien ne remplace les euros supplémentaires sur la feuille de paie. Or depuis des années la compression des salaires est une évidence, au nom nous dit-on de la compétitivité.

Par ailleurs on nous dit aussi que si les salaires suivent la hausse des prix, il y aura inévitablement un surcroît d’inflation, ce que les dirigeants des banques centrales appellent « effets de second tour », c’est-à-dire une transmission de la hausse des prix aux salaires. En revanche si les salaires stagnent, la demande de biens et services sera moindre et les tensions sur les prix seront moins vives. Cependant, on n’a pas besoin d’être un grand économiste pour savoir que la demande n’est pas la seule cause de l’inflation, car il y a aussi la quantité de monnaie qui est offerte, et le taux auquel elle est accessible.

Nous venons de vivre depuis le début des années 90 une période où l’inflation n’était plus un problème. Les économistes faisaient même remarquer que l’on vivait une période exceptionnelle parce que cette faible inflation était combinée avec une politique monétaire extrêmement accommodante, pour parler comme les banquiers centraux. En clair, cela voulait dire que les taux d’intérêt réels (en tenant compte de l’inflation) étaient dérisoirement bas, ce qui permettait  aux entreprises et aux particuliers d’emprunter avec beaucoup de facilité et à bon marché. En théorie tout cela était magnifique, et on donnait aux ménages l’illusion que leur  pouvoir d’achat augmentait.

On connaît la suite avec la demande accrue de matières premières en provenance des pays émergents, plus l’augmentation des besoins dans ces pays, le tout occasionnant dans le monde, y compris dans les pays développés, un net renchérissement des prix. Cette inflation importée, malgré le haut niveau de l’euro, a largement amputé le pouvoir d’achat des salariés. On n’omettra pas également d’évoquer la crise financière, qui a entraîné une forte hausse des taux d’intérêts malgré l’intervention énergique des banques centrales. Bref, la machine qui semblait si bien huilée depuis des années a fini par se dérégler, et elle pourrait l’être durablement.

En outre, même si Nicolas Sarkozy et le gouvernement,  qui ne sont pas à une tromperie près, nous font croire le contraire, le chômage reste un problème qui est loin d’être à ranger aux oubliettes. En effet  si les statistiques baissent, en partie grâce aux nombreux départs en retraite, les licenciements restent nombreux.  De plus la précarité s’accroît,  ce qui atténue la portée de cette décrue.  Dans ce contexte les salaires ne peuvent pas progresser. Par exemple,  avec dix candidats se présentant  pour une offre d’emploi en  CDD de 3 ou 6 mois, le salaire sera forcément celui qui est imposé au départ par l’employeur.

Ensuite, outre l’augmentation des prix dont nous avons parlé précédemment, il y a aussi la diminution des prestations offertes ou le renchérissement de ces prestations. Quand le prix des carburants s’envole, on peut toujours dire qu’il suffit de laisser sa voiture plus souvent au garage comme l’a fait allègrement Madame Lagarde, la ministre des Finances, qui a une voiture de fonction. En revanche, on est bien obligé de chauffer son logement en hiver. Le gaz pour ne citer que lui a subi trois augmentations en moins d’un an (+10%). Quand on ferme des écoles dans certains villages, quand on supprime des lignes de chemin de fer, des hôpitaux dans les petites villes, ce sont les utilisateurs qui doivent compenser et cela a un coût. On pourrait multiplier les exemples. Le service public par essence est un supplément de pouvoir d’achat là où il existe et contribue à le diminuer là où il est supprimé. C’est curieux, cela personne ne le dit et pourtant c’est tellement évident.

Dans le même ordre d’idées, quand on diminue les impôts pour les plus riches, c’est autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat et qui interdit, par exemple, d’alléger les charges qui frappent les salariés. Pourquoi les salariés qui travaillent au Luxembourg gagnent davantage à travail égal qu’en Lorraine ? Parce que les charges sur les salaires sont moins élevées. Pourquoi ne fait-on pas la même chose en France ? Parce que l’Etat français multiplie les déficits de tous ordres, ce qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre.

Il faut donc que les Français ne se laissent plus abuser par tout ce qui est dit par nos gouvernants, mais aussi par l’opposition parlementaire,  sur le pouvoir d’achat. Pour pouvoir donner du pouvoir d’achat sans conséquences inflationnistes, il faut augmenter les salaires sans que cela coûte plus cher. Mais pour pouvoir le faire, il faut avoir des finances publiques saines donc un budget en excédent ou au minimum en équilibre. C’est pour cela que François Bayrou a fait de la réduction de la dette et de l’équilibre budgétaire son cheval de bataille. C’est moins porteur électoralement que des slogans du type « travailler plus pour gagner plus » ou « je serai le champion du pouvoir d’achat », mais c’est plus réaliste et surtout plus raisonnable. Dommage que les Français ne l’aient pas compris. Espérons quand même qu’ils auront retenu la leçon.

Michel Escatafal

12.05.2008

Ah les réformes...!

341772881.jpgCette semaine devrait être une semaine sociale agitée avec plusieurs grèves touchant la fonction publique et notamment l’enseignement. Cela va nous valoir d’entendre parler pour la énième fois du mot « réforme ». Nos gouvernants, au pouvoir depuis un an, n’ont que ce mot à la bouche en essayant de nous convaincre ou de se convaincre que les Français souhaitent « que l’on continue les réformes ». Ils ont même été jusqu’à dire que la défaite aux élections municipales était due au fait que « les réformes n’allaient pas assez vite ».

Nous n’allons pas revenir sur ces élections qui sont déjà rangées au rang des oubliettes pour le gouvernement, mais plutôt voir ce que signifient  réellement les  mots réforme et réformer. Réformer, cela veut dire changer, corriger, innover, modifier ou transformer. Avec des réformes, effectivement, on peut transformer la société. Et si celle-ci doit être transformée, cela doit se faire au bénéfice de tous, et non à celui de quelques uns. C’est ce qu’on a essayé de faire entre 1976 et 1981, mais aussi entre 1981 et 1983. On ne s’y est peut-être pas toujours pris comme il eut fallu qu’on le fît, notamment entre 1981 et 1983, mais on a essayé de faire bouger les choses pour que ceux qui travaillent bénéficient en partie des fruits de leur travail.

Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Tout est fait pour que cette transformation de la société se fasse au profit exclusif de quelques uns, comme en Angleterre  ou aux Etats-Unis, au point même que des grands capitalistes comme Claude Bébéar s’inquiètent de voir la recherche de profits sans rapport avec la réalité économique, « tuer le capitalisme ». La formule est exagérée et Claude Bébéar le sait bien, car le capitalisme est encore loin de sa mort, mais si un grand patron manifeste cette inquiétude c’est qu’au fond de lui-même il sent bien que les excès du capitalisme sont ses pires ennemis. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui commencent à se poser des questions sur les énormes profits réalisés par de nombreuses firmes multinationales, avec les non moins énormes salaires de leurs dirigeants et ce d’autant plus, que la rigueur salariale est le maître mot de ces dirigeants.

Comment en effet est-il possible pour ces derniers de s’attribuer une rémunération de 7, 8 ou 10 millions d’euros par an, alors que le salarié moyen va toucher entre 15 et 20000 euros. Et encore avec 20000 euros annuels, beaucoup diront que cette personne est bien payée.  Il y a peu encore, entre le salaire d’un PDG d’une grande entreprise et le salaire d’un secrétaire-comptable  il y avait un rapport allant de 1 à 20, et c’était loin d’être le cas dans toutes les grandes sociétés, car c’était souvent moins. De nos jours, ce rapport est passé de 1 à 500 voire même plus ce qui est tout simplement scandaleux, pour ne pas dire honteux pour ceux qui en bénéficient. Cependant, ce sont ces gens-là qui bénéficient plus que tous autres  des réformes mises en œuvre par Nicolas Sarkozy et ses amis.

Cela étant, comment pourrait-il en être autrement avec un président de la République qui admire et envie les riches, ne pense qu’à travers l’argent ? La soirée du Fouquet’s, l’escapade à Malte sur le yacht de Vincent Bolloré, ont été les exemples emblématiques de cette frénésie de vivre et de paraître riche. Certains à sa place pourraient avoir ce type de sentiments, mais refuseraient de le montrer comme le font souvent les vrais riches, c’est-à-dire ceux qui ont toujours vécu de cette manière. Nicolas Sarkozy au contraire, n’ayant jamais gagné beaucoup d’argent par lui-même, assume ce désir d’accumulation échevelée de numéraires. Ainsi il pourra se payer les plus belles voitures, les plus belles montres… C’est quand même une première dans l’histoire de notre République !

Cela dit, revenons  à mon propos initial sur les mots réforme ou réformer. Nous avons vu que réformer c’est transformer, mais c’est aussi  corriger. Hélas, cette correction se fait toujours dans le même sens. Là se situe le problème quand on ne fait pas partie des quelques privilégiés qui bénéficient par exemple du bouclier fiscal, ce qui va leur permettre de payer moins d’impôt sur la fortune. L’ennui c’est que ceux-là sont une infime minorité de la population, alors que tous les autres vont au contraire payer davantage… pour des prestations inférieures. Si seulement il fallait donner plus pour avoir plus, ce serait un moindre mal. Non, c’est donner  plus pour avoir toujours moins, alors que les milliers de privilégiés dont je parlais donnent moins pour avoir beaucoup plus. Les réformes en cours, je le répète, c’est cela et rien d’autre.

Comment s’étonner dans ces conditions que ce que l’on appelait autrefois la classe moyenne se réduise chaque année, chaque mois, un peu plus. Cette classe sociale était jusqu’au début des années 90  une force de cohésion pour le pays. Elle n’était pas riche au vrai sens du terme, mais elle vivait convenablement et elle pouvait aider ses enfants à s’élever dans la société en leur permettant de faire de longues études. Elle pouvait compter aussi sur le soutien de l’Etat pour l’aider. Les organismes sociaux et les fonds qui leur étaient attribués participaient de cet effort. Bref, la société toute entière était mobilisée et l’ascenseur social fonctionnait tant bien que mal.

De nos jours ce n’est plus le cas. Toutes les soi-disant réformes de Nicolas Sarkozy vont dans le sens d’une solidarité réduite à néant. Si on veut se soigner, il faut payer davantage. Si on veut voir ses enfants faire des études, il faut se débrouiller pour trouver les ressources nécessaires avec pour solution faire un prêt auprès d’une banque pour financer ces études, à condition toutefois que la banque accorde le prêt. Tout cela débouchant sur un emploi, vers l’âge de 25 ans, le plus souvent sous-payé et sans grandes perspectives de promotion. Enfin plus que tout, il y a la précarité institutionnalisée pour le plus grand plaisir du patronat. Le gouvernement veut libérer l’emploi, mais au seul profit des entreprises,  et non pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés. On s’en serait douté !

L’emploi libéré c’est aussi pour un employé, un technicien, un ingénieur l’obligation d’être souple, d’accepter de faire des heures supplémentaires si, et seulement si,  l’entreprise l’estime nécessaire, d’être sans cesse dans l’obligation de se remettre en question pour…voir souvent cette même entreprise délocaliser ou restructurer ses activités. Bien évidemment en disant cela je mets à part les petites PME, dont les dirigeants sont souvent les premières victimes de cette transformation de la société. Eux se battent pour maintenir l’emploi dans leur village ou leur petite ville mais eux, personne ne les écoute parce qu’ils n’ont ni puissance, ni richesse.

Il n’y a pas si longtemps, un peu plus d’une vingtaine d’années, la majorité des Français ne se faisait aucun souci pour son avenir professionnel, ni même pour l’avenir de ses enfants. Aujourd’hui, tout le monde (ou presque) s’inquiète car tout ce qui était garanti ou acquis plus ou moins formellement est en train de se réduire à néant, au nom de la modernité et du réalisme économique. Les caisses de l’Etat sont vides disent en cœur nos gouvernants, mais qui les a vidées ? Et pourtant depuis quelques années, l’Etat n’a jamais été aussi peu présent là où le besoin s’en fait sentir, et en plus cette tendance va s’accentuer avec les réformes.

Ah réformer !  Quelle hypocrisie pour faire avaler aux Français la lente décomposition de leur modèle social avec les effets pervers que cela engendre pour les chômeurs, les retraités, les salariés, les malades etc. Espérons que les Français comprendront, le moment venu, vers quels abîmes les conduit cette politique ô combien inégalitaire. Espérons aussi qu’ils réaliseront que le Mouvement Démocrate est sans aucun doute la seule formation politique capable avec son projet d’allier croissance et solidarité.

Michel Escatafal

10.05.2008

Il y a 27 ans, le 10 mai 1981...

Il y a vingt sept ans comme aujourd’hui, la gauche prenait le pouvoir en France. Ce fut un évènement considérable dans notre pays qui, soi-disant,  venait « de passer de l’ombre à la lumière » (Jack Lang). Cela étant, c’est un anniversaire qu’on ne fête plus depuis bien longtemps, tellement la gauche semble être passée en mode  autodestruction en même temps qu’elle perdait  ses idées. Et s’il le fallait, pour bien montrer que la gauche en France est bien morte de sa belle mort, ses dirigeants les plus révolutionnaires ont pour principal adversaire non pas le pouvoir actuel, mais d’abord le Parti Socialiste, tout cela évidemment au nom de l’idéologie. C’est la raison pour laquelle, les idées de droite ont encore sans doute de très beaux jours devant elles.

J’espère simplement me tromper en disant cela, car je maintiens que la seule alternative crédible à la vacuité des propositions faites par les uns et les autres est la nôtre, celle du Mouvement Démocrate à condition, toutefois, de mettre toute notre énergie à promouvoir notre projet. Certains vont me trouver bien optimiste, mais après tout qui aurait pensé il y a moins de deux ans que le futur président des Etats-Unis pourrait être  un homme de couleur ? Bien sûr Barack Obama n’est pas encore président, mais pour peu que le clan d’Hillary Clinton joue le jeu du Parti Démocrate, c’est une possibilité pour ne pas dire une probabilité sérieuse compte tenu des effets désastreux pour l’Amérique des huit années de présidence Bush, donc républicaine.  

L’Amérique, en effet,  est devenue en moins d’une décennie un colosse au pied d’argile. Depuis 2001, ce pays n’a cessé de guerroyer ou d’entretenir des conflits à travers le monde avec les résultats que l’on connaît, notamment en Irak et en Afghanistan. Mais l’influence américaine s’est aussi énormément amoindrie sur le plan économique,  au point de voir sa monnaie devenir le principal problème dans le monde capitaliste pour la première fois depuis un siècle, c’est-à-dire depuis le moment où le dollar avait supplanté la livre sterling. D’ici une vingtaine d’années, peut-être moins, l’euro et même le yuan parleront d’égal à égal avec la monnaie de l’Oncle Sam.

Même la langue anglaise subit le contrecoup de la perte d’influence de l’Amérique dans le monde tel que l’a voulu Georges Bush. C’est tout cela qui nous fait dire que les électeurs américains pourraient très bien choisir le sénateur noir de l’Illinois, d’autant que ses positions en politique étrangère paraissent autrement  plus raisonnables que celles de Mac Cain qui, pour reprendre ce que disait Barack Obama cette semaine, « ne ferait que remplir le troisième mandat de la présidence Bush ». Je ne pense pas,  et je n’imagine pas, le peuple américain assez sot ou assez naïf pour retarder de quatre ans une alternance devenue indispensable.

Elle l’est d’autant plus que le monde évolue très vite avec la montée en puissance des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, mais aussi l’Inde et…la Russie. Deux de ces trois pays ne sont pas démocratiques et sont dirigés d’une main de fer par des hommes ou des partis nationalistes, quelle que soit l’appellation qui leur est donnée. La Chine est devenue plus que jamais incontournable sur le double plan militaire et économique.  La Chine dispose de réserves de change énormes (1650 milliards de dollars), elle est devenue  l’usine du monde développé,  et son armée n’est pas en reste. Elle dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et, à ce titre, elle peut décider de ce que la communauté internationale peut faire ou ne pas faire dans tel ou tel pays.

On l’a vu à propos du Darfour, mais aussi de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Birmanie. La Chine forte de 1,3 milliards d’habitants est déjà presque une superpuissance, et se comporte comme telle. Son influence dans le monde croît à une vitesse inimaginable il ya seulement dix ans, que ce soit en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans nombre de pays, le chinois est devenu incontournable à l’université. Bref la Chine est déjà un géant à la fois économique et politique, même si elle doit réussir les ajustements sociaux et environnementaux que lui impose une croissance exceptionnelle, génératrice d’inégalités sociales et régionales.

La Russie aussi doit faire face à ces défis, car comme la Chine elle veut peser sur les affaires du monde. Les Russes n’oublient pas qu’il y a moins de vingt ans, du temps de feu l’URSS, elle était une des deux superpuissances avec les Etats-Unis. Elle a dû pendant quelques années ravaler ses ambitions avec l’éclatement de l’Union Soviétique, et la mise en place d’un nouveau modèle politique et économique. Mais finalement son évolution politique n’a pas été très importante. Certes, il n’y a plus officiellement de parti unique, mais dans les faits c’est le cas. On l’a vu clairement au moment de la dernière élection présidentielle avec les dispositions prises par Vladimir Poutine pour rester le maître du pouvoir. Car ce dernier veut profiter pleinement du fait que la Russie retrouve son rang de grande puissance sur la scène internationale.

 Certes, la Russie a contre elle d’avoir une population faible (142 millions d’habitants) par rapport  à la Chine, l’Inde, l’Union Européenne ou les Etats-Unis, mais son sous-sol (dont une bonne partie est encore à explorer)  recèle un formidable réservoir de matières premières et sa situation géographique privilégiée, à la fois en Europe et en Asie, lui permet d’être déjà le fournisseur attitré de plusieurs grandes zones économiques. La Russie fournit à l’Europe, pour ne citer qu’elle, 40% de ses besoins en gaz et pétrole et 50% de son uranium. Cette emprise mondiale sur les matières premières, avec des cours qui ne cessent de s’apprécier,  lui permet de développer son économie vers la haute technologie, par exemple les nanotechnologies, et d’envisager de restructurer son armée, seul moyen aux yeux de Vladimir Poutine pour que la Russie retrouve son prestige.

Tout cela nous éloigne de notre propos initial et de l’anniversaire du 10 mai 1981. Mais cela démontre aussi que le monde a beaucoup évolué depuis cette époque. De nos jours l’idéologie a perdu de son importance, car il n’y a plus d’opposition au modèle capitaliste quelle que soit sa forme, capitalisme d’Etat comme en Chine ou en Russie, ou capitalisme des sociétés multinationales. Entre ces deux formes de capitalisme, la différence sur le plan politique apparaît énorme,  avec d’une part une conception autocratique de la société et de l’autre une conception démocratique. Mais est-ce bien le cas ? C’est curieux, en posant cette question j’ai l’impression de me retrouver dans les débats que nous avions quand j’étais étudiant,  en mai 1968. Finalement le monde n’a pas tellement changé depuis 40 ans : simplement nous avons perdu nos illusions. Raison de plus pour inverser cette tendance, même si pour le moment cela peut paraître utopique.

Michel Escatafal

08.05.2008

Il devient pathétique !

1895814530.jpgCe matin en écoutant la radio,  j’ai entendu qu'hier  Nicolas Sarkozy s’en était  pris  violemment  à Jacques Chirac au cours d’une réunion avec les députés UMP. Cela devient obsessionnel,  et s’il continue notre minuscule président va finir par faire regretter Chirac qui, reconnaissons-le, avait au moins maintenu une certaine indépendance de la France en matière de politique étrangère. Mais Jacques Chirac n’a pas été le seul à subir les foudres du président de la République. Celui-ci  s’en est pris aussi à Dominique de Villepin, il fallait s’en douter, et … à plusieurs journaux qui ont l’outrecuidance de ne pas applaudir béatement  à toutes ses décisions politiques. Toutefois, certains font toujours preuve de la même complaisance à l’égard de Nicolas Sarkozy, Paris-Match par exemple, puisqu’il  paraît que sa nouvelle épouse  a été partie prenante du reportage marquant le premier anniversaire de l’arrivée à l’Elysée de notre président. On croit rêver !

Le malheur, c’est que nous ne rêvons pas. C’est bien Nicolas Sarkozy qui est  président de la République pour quatre ans encore et, comme je le dis souvent ici-même, il y a de quoi être inquiet,  pour ne pas dire plus, quant aux résultats de sa politique à horizon 2012. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls à l’être, car la Commission européenne l’est autant que nous en ce qui concerne notamment les finances publiques.  A ce propos, en réponse à plusieurs courriels m’accusant de faire de l’antisarkozysme primaire, je voudrais préciser que je ne me réjouis nullement d’avoir eu raison dès le mois de juin à propos des méfaits de la politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy car ce sont les Français, et les plus vulnérables d’entre eux en premier, qui en subissent les conséquences.

Dans tous les domaines le fiasco est total. Encore hier le ministre des Affaires étrangères, ce pauvre Bernard Kouchner, s’est fait surprendre en flagrant délit d’ignorance sur France Inter quand il a dit : « il y a un gros livre de (l’organisation de défense des droits de l’Homme) Human Rights Watch qui paraît tous les ans pour faire l’état des droits de l’Homme dans le monde : la Tunisie n’y figure même plus ». Or la Tunisie figure bien encore dans ce livre. L’ennui, c’est que ce type de couac est monnaie courante avec ce gouvernement qui, à quelques exceptions près (Nathalie Kociusko-Morizet, Alain Joyandet),  est composé de gens pour le moins incompétents dans les fonctions qu’ils occupent.

Dans ces conditions, il n’est pas  étonnant que certains organes de presse aient envisagé pour François Fillon une reconversion à la tête... de la Fédération Internationale Automobile, quand il aura quitté ses fonctions de Premier ministre. C’était bien sûr une plaisanterie ou un simple fantasme de notre Premier ministre,  car en tant qu’amateur de sport automobile, je ne veux surtout pas voir Monsieur Fillon président de la FIA. Cela dit, quitte à avoir un poste, il le vaudrait mieux là qu’à Matignon car les responsabilités ne sont pas tout à fait les mêmes. Malgré tout, je pense quand même à la sécurité des pilotes, à celle des spectateurs etc.

Trêve de plaisanterie, on aura quand même tout vu en très peu de temps avec Nicolas Sarkozy au pouvoir. Pour une rupture, c’en est une même si ce n’est pas celle  que nous souhaitions. Il y a un an, nous entendions des phrases du genre : « Je serai le président du pouvoir d’achat », « je serai le président des droits de l’homme », « je nommerai les plus compétents » etc. Tout cela aujourd’hui appartient au passé, mais pas pour tout le monde et c’est pour cela que contrairement à ce que pensent de nombreux observateurs, Nicolas Sarkozy ne peut pas rebondir.

Rappelons-nous ce qui s’est passé avec Jacques Chirac et sa fameuse « fracture sociale ». Elle l’a aidé à être président de la République, mais elle a plombé tout le reste de son temps à l’Elysée. Et il n’y aura pas à chaque élection un épouvantail nommé Le Pen pour faire illusion quelque temps encore. Nicolas  Sarkozy a tellement promis qu’il a suscité de l’espoir jusque dans les pays africains. Les démocrates africains  comptaient beaucoup sur lui pour faire avancer les droits de l’homme dans des pays traditionnellement très proches de la France.  Ils espéraient, naïvement, qu’il resterait quelque chose des fortes paroles prononcées par un homme à qui rien ne semblait résister. Ils espéraient…

A présent, comme la grande majorité des Français, ils sont déçus et se sentent floués, trahis par un homme qui s’est servi d’eux pour arriver au pouvoir.  C’est ce qui explique l’ampleur du rejet que suscite toute action ou initiative prise par Nicolas Sarkozy. Il y a, au mieux  de la méfiance dans tout ce qu’il entreprend,  et cela se ressent aussi dans les relations internationales. Heureusement que notre pays est protégé par son appartenance à l’Union Européenne et à la Zone euro, ce qui limite les dégâts d’une politique aussi désastreuse.  Quelle merveilleuse idée ont eu les pères fondateurs de l’Europe, et que ne l’ont-ils eu auparavant ?

Michel Escatafal

06.05.2008

Un an déjà, mais surtout encore quatre ans!

Je ne vais pas faire aujourd'hui ce que tout le monde fait, à savoir consacrer mon billet à l'anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Tout d'abord parce que je maintiens que ce fut la plus grande erreur que les électeurs français aient pu faire depuis l'instauration du suffrage universel dans notre pays. Si je devais faire une comparaison, cela rappelle l'élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848. Espérons que nous ne sommes pas partis pour un règne de 22 ans ! Ensuite parce que dans le monde il y a d'autres nouvelles qui méritent beaucoup plus de considération.

Parmi celles-ci il y a l'ouragan qui a dévasté la Birmanie avec sans doute la mort de 10.000 persnnes et beaucoup plus de sans-abris. C'est une catastrophe humanitaire majeure, une de plus dans un continent et un pays qui n'avaient pas besoin de ça. A ce propos, on retiendra que la France a envoyé une aide d'urgence de 200.000 euros, soit à peu près le prix d'un appartement à Nîmes ou à Avignon. C'est aussi cela la France de Nicolas Sarkozy! Certes je veux bien que, comme le disent nos gouvernants, les caisses soient vides, mais tout de même il y a des limites à ne pas franchir, d'autant que Bernard Kouchner est prêt à se rendre là-bas. Reconnaissons que l'argent dépensé pour ce déplacement serait beaucoup plus utile s'il était envoyé pour l'aide aux sinistrés.

Dans un tout autre ordre d'idées, et c'est beaucoup moins dramatique, il commence à y avoir en Europe une prise de conscience concernant les salaires et impôts payés par les personnes les plus riches des pays qui composent l'Union Européenne, plus particulièrement en Zone euro. Après la publication sur internet de la feuille d'impôts de tous les contribuables italiens par le ministère des Finances, publication qui a fait grand bruit, il y a en Allemagne un consensus qui se dégage pour que les entreprises qui versent des salaires, primes et dividendes énormes à leurs dirigeants soient pénalisées fiscalement. Il s'agit en effet de limiter à un million d'euros la déduction des revenus et des primes des grands patrons sur les impôts des entreprises. Au delà de cette limite, ils ne seraient déductibles qu'à 50%.

C'est sans doute une bonne nouvelle pour le fisc allemand, même si nous savons bien qu'une grande offensive va être lancé par les intéressés en invoquant la liberté liée à la valeur du travail. J'ai même lu quelque part qu'un grand patron allemand en faisait une "question de justice sociale". Cela rappelle ce que disait François Fillon à propos des régimes spéciaux de retraite, indiquant que "c'était l'injustice la plus criante". Décidément le gouvernement français est bien sur la même longueur d'ondes que le patronat allemand ou français ou autre.

En France, et je terminerai là-dessus, le gouvernement veut essayer de récupérer quelque argent frais sur les multiples niches dans lesquelles se sont engouffrés les contribuables les plus riches. Le problème est qu'au-delà des belles paroles, cela concerne essentiellement des gens qui soutiennent Nicolas Sarkozy et ses amis. Dans ces conditions, gageons que cette "chasse au gaspi" va représenter peu de choses, et qu'elle va toucher les niches les plus faciles à atteindre, c'est-à-dire celles dans lesquelles "il n'y a pas un chien méchant qui sommeille" pour parler comme Jacques Chirac. Il est vrai qu'il est tellement plus facile de traquer les chômeurs qui refusent un travail à moins de trente kilomètres de chez eux. C'est cela la gouvernance de Nicolas Sarkozy et ses amis. Et dire qu'il y en a encore pour quatre ans !

Michel Escatafal

04.05.2008

La politique du pire...

Si l’on en croit les journaux français et européens, la droite dure et  décomplexée est en train de faire une razzia électorale en Europe. Et il est vrai que depuis un an, cette droite gagne pratiquement toutes les élections, à la notable exception de l’Espagne. L’Italie vient de renvoyer Silvio Berlusconi au pouvoir moins de deux ans après la victoire du centre gauche de Romani Prodi, et  même s’il s’agit d’élections locales, la Grande-Bretagne vient d’adresser au Parti Travailliste un avertissement dont il aura beaucoup de mal à se remettre, et qui laisse présager une alternance en 2009 ou 2010.

 Mais pourquoi la gauche social-démocrate est-elle dans l’incapacité de remporter des élections majeures  un peu partout en Europe, et peut-être même ailleurs? En disant cela je pense aussi aux Etats-Unis, car à force de se déchirer et faire des concessions par rapport à leur projet initial, les deux candidats démocrates sont en train de faire le lit du successeur de Georges Bush, même si son parti est complètement déconsidéré. Le sénateur Mac Cain, n’en doutons pas, a en réserve quelques phrases toutes faites rappelant le 11 septembre 2001 ou le risque terroriste pour les Etats-Unis. Il n’y a pas beaucoup d’idéologie là-dedans, mais  électoralement c’est payant.

Pour sa part la gauche européenne, première victime de toutes ces défaites électorales, ne fait guère d’efforts pour inverser la tendance à l’instar de ce qui se passe en France. Et de fait, à chaque élection nationale dans notre pays, on est surpris par le vide idéologique qui entoure les propositions du Parti Socialiste. Ce dernier  demeure en effet perpétuellement tiraillé entre son désir de paraître moderne, tout en essayant de conserver une identité presque révolutionnaire, au moins pour certains de ses membres.  Et ce grand écart impossible à réaliser finit toujours par effrayer les électeurs indécis, ceux qui font la décision.

Reconnaissons qu’il  faut  être extrêmement motivé pour donner son vote à des gens qui, sous prétexte de pragmatisme, se rallient  corps et âme au libéralisme ambiant quand ils sont au pouvoir, ce qui ne les empêche pas dans leurs discours de prôner une alliance avec des partis révolutionnaires parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas se passer de leurs voix. Tout cela donne des discours à la mode Ségolène Royal, Fabius, Strauss-Kahn , Tony Blair ou Gordon Brown. Et tout cela donne à l’arrivée de grandes défaites électorales  comme en Italie ou en Grande-Bretagne.

La précarité du travail érigé en dogme ou presque, le dumping social, le démantèlement des services publics, tout cela est totalement incompatible avec les discours dits de gauche des représentants  sociaux-démocrates. Chacun sait bien que le gouvernement de Lionel Jospin a plus privatisé que la plupart des gouvernements de droite. Chacun sait bien qu’à part François Bayrou, personne ne s’est  réellement mobilisé pour empêcher la privatisation de GDF ou des autoroutes. Il est vrai qu’à ce moment-là le Parti Socialiste était occupé à désigner son candidat aux présidentielles. On a vu le résultat !

Le résultat en effet est que la gauche socialiste ou disons les forces sociales laissent le champ libre à la droite populiste, dont le seul programme est de satisfaire les desiderata du patronat, ce qu’elle ne dit pas, et de lutter contre l’immigration, ce qu’elle annonce fièrement et bruyamment. C’est ce qui s’est passé en Italie il y a quelques jours, et en France l’année passée. Pour peu que cette droite ait à sa tête des Sarkozy ou des Berlusconi, capables de dire tout et le contraire, le succès est assuré.

Oh certes à peine la victoire remportée, et dès l’annonce des premières mesures, la déception resurgit très vite surtout si l’on entre dans une période de turbulence économique. Cela étant le mal est fait,  et les électeurs en ont pour quatre ou cinq ans à méditer sur les conséquences de leur vote. Cela dit à la fin de la législature et malgré les échecs, il arrive assez souvent que la majorité soit reconduite… parce qu’il n’y a personne en face pour  marquer sa différence, et notamment  vouloir un Etat capable de mener  sa propre politique sans être l’otage de quiconque,  ou un Etat se préoccupant  d’abord de ceux qui sont les premières victimes de la jungle néolibérale dans laquelle nous vivons.

La droite française, italienne, anglaise ou autre, est évidemment bien incapable d’appliquer un tel programme. La gauche ne l’est pas davantage parce qu’elle se trouve, plus que jamais, dans l’incapacité de s’offrir une réflexion sincère et véritable sur l’évolution de la société au cours des dernières décennies. Cette gauche là s’est ralliée, qu’elle le veuille ou non, au processus de libéralisation des marchés sans contrepartie. Elle en est même arrivée  à essayer de concurrencer la droite sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Le problème pour elle est que les gens préfèrent l’original à la copie.

Raison de plus, et là je m’adresse aux dirigeants et adhérents du MoDem, de ne pas se tromper de combat si l’on veut pouvoir un jour appliquer le programme présidentiel de François Bayrou. Ce programme était le seul susceptible d’éviter la politique du pire proposée par Nicolas Sarkozy. Il reste plus que jamais d’actualité, et je pense aussi qu’il est le seul susceptible de nous sauver du naufrage qui frappe notre pays. Enfin, il doit représenter l’espoir pour les classes populaires abandonnées par la gauche et récupérées par les forces de droite et d’extrême-droite.

Alors chers amis du MoDem, cessez de vous déchirer pour savoir qui soutient le mieux François Bayrou, cessez aussi d’avoir pour référence un passé aujourd’hui dépassé. Au contraire essayons d’avoir l’œil rivé sur l’avenir pour que les électeurs nous fassent enfin confiance. Après tout, le modèle de société que nous proposons est le seul adapté aux défis du temps présent parce qu’il est au service de l’homme et de la planète.

Michel Escatafal

03.05.2008

Il faut savoir raison garder...

600319907.jpgDans son édition d’hier, le journal l’Equipe faisait une large place aux propos tenus par  l’ancienne championne du monde de l’heptathlon et de la longueur, Eunice Barber, concernant sa position sur les Jeux Olympiques de Pékin. Le moins que l’on puisse dire est que ses idées sont à la fois bien affirmées et assez contradictoires. Cela n’a rien d’étonnant  quand on sait qu’elle a apporté son soutien  à Ségolène Royal pendant l’élection présidentielle de 2007, mais aussi à la candidate UMP à la mairie de Reims.  A sa décharge, nous dirons qu’elle n’est pas la seule à changer d’avis au gré des circonstances.

En revanche, elle a tenu des propos qui interpellent à propos de la démocratie en France et en Chine. Manifestement elle a encore sur le cœur les problèmes qui l’ont opposé à la police lors de son interpellation il y a deux ans, ce qui a entraîné pour elle une mise en examen pour outrage à agents et refus d’obtempérer. Nul ne sait exactement ce qui s’est passé ce jour-là en dehors des protagonistes eux-mêmes, mais Eunice Barber a semble-t-il la rancune tenace ce qui explique ses propos quand elle affirme :" En matière d'humanitaire, la France n'a pas de leçons à donner à la Chine.

Cela étant, si la France est loin d’être un modèle d’intégration pour les étrangers arrivant sur son sol, si la France a une politique que je qualifierais d’honteuse pour les immigrés sans-papiers et sans doute très souvent  pour ceux qui en ont,  je pense que cette dame, pour qui j’ai beaucoup d’admiration sur le plan sportif, va quand même un peu loin quand elle compare la situation des droits de l’homme en France et en Chine. La Chine est quand même une dictature et les opposants n’y ont pas droit de cité. Si elle vivait en Chine, Eunice Barber ne pourrait pas tenir dans le Quotidien du Peuple, les propos qu’elle tient dans l’Equipe. Il faut savoir raison garder.

Cela ne l’empêche pas d’être dans le vrai quand elle stigmatise  le traitement qui est infligé dans notre pays à ce que l’on appelle "les minorités visibles". Pour beaucoup, ces gens-là sont français quand ils remportent une médaille aux Jeux Olympiques ou aux championnats du monde, mais ils ne le sont plus quand ils ne sont plus susceptibles de porter haut nos couleurs. D’ailleurs, comme je l’ai souvent dit sur ce site, je déteste entendre parler de discrimination sous toutes ses formes, y compris  positive. Il faut s’appeler Nicolas Sarkozy ou être UMP pour apprécier ce concept.

Il est même inadmissible d’entendre dire qu’une personne occupe un poste au nom de "la diversité". Pour rester dans le sport, cela me fait penser aux quotas imposés par la RFU (fédération sud-africaine de rugby) dans son équipe nationale pour que celle-ci apparaisse multiraciale, ce qu’elle n’est pas vraiment. Si l’on en est encore à ce stade en Afrique du Sud, c’est qu’il ya beaucoup de progrès à faire dans ce pays sur l’égalité raciale. Cela dit, le phénomène ne se cantonne pas seulement à l’Afrique du Sud, hélas, trois fois hélas.

Pour en revenir à Eunice Barber je dirais qu’elle a aussi raison, quand elle pose la question  de savoir pourquoi les Jeux Olympiques de 2008 ont été attribués à la Chine. N’oublions pas que Toronto et Paris notamment étaient  parmi les villes candidates,  et que tout le monde reconnaissait que techniquement ces villes disposaient d’atouts supérieurs à Pékin. De plus, à Toronto ou à Paris, le risque de voir les Jeux perturbés ou menacés de boycott était inexistant, contrairement à Pékin. A ce propos je voudrais rappeler que les Tibétains n’ont jamais accepté la désignation de la capitale chinoise,  furieux à l’idée de voir la Chine bénéficier  de l’exposition planétaire que procurent les Jeux Olympiques.

 Si le monde l’avait oublié, le Tibet  a été envahi  par l’Armée populaire de libération chinoise (c’est son nom)  en 1950, et la désignation de Pékin en 2001 pour l’organisation des Jeux de 2008 rendait encore plus amer cet anniversaire. Mais de cela l’omnipotent président du CIO, Juan Antonio Samaranch, n’avait cure. Lui était d’abord intéressé par les milliards de dollars qu’était prête à investir la Chine pour les Jeux Olympiques de 2008, dont nombre d’entreprises occidentales allaient profiter. Alors que pouvaient peser 5 millions de Tibétains pour un Samaranch…ou pour les gouvernements des grands pays de la planète. Là est toute l’hypocrisie de ce que nous entendons aujourd’hui : tout le monde ou presque condamne la politique chinoise au Tibet, mais personne ne veut faire de peine à ses dirigeants, Nicolas Sarkozy le premier.

D’ailleurs, la quasi-totalité des responsables politiques des grands pays, donc ceux qui ont des intérêts considérables en République Populaire de Chine, se disent satisfaits de voir le gouvernement chinois  renouer le contact avec les autorités tibétaines. L’honneur paraît sauf, et peut importe le déshonneur que procure une telle attitude à la Ponce-Pilate.  Quelques achats  d’Airbus ou de centrales nucléaires sont aux yeux de nos gouvernants beaucoup plus importants que le sort réservé à moins de 0,5% de la population chinoise, en oubliant que le non respect des droits de l’homme concerne aussi toutes les provinces chinoises.

Michel Escatafal

01.05.2008

A propos du 1er mai...

1808098844.jpgLe 1er mai est un jour riche en symboles pour ce que certains appelaient autrefois la classe ouvrière. Les travailleurs, pour parler comme Arlette Laguiller, vont défiler pour quelques uns d’entre eux derrière la bannière de leur syndicat. Cela dit ces défilés, qui rassembleront tout au plus quelques centaines ou quelques milliers de personnes dans plusieurs grandes villes, n’impressionneront ni le patronat, ni le gouvernement. Il y a longtemps que les syndicats ne pèsent plus ni sur la vie politique, ni sur la vie économique et sociale du pays. La CGT elle-même, malgré les rodomontades de son secrétaire général, est devenue presque autant un partenaire du MEDEF et du pouvoir qu’une organisation contestataire, et ce  d’autant plus qu’elle a depuis bientôt dix ans à sa tête un homme qui, comme ses prédécesseurs, veut durer à son poste de secrétaire général. La place doit être bonne, et peu importe que les militants soient contents ou pas !  

Au fond Bernard Thibault est le parfait allié objectif de Nicolas Sarkozy qui, en retour, ne manque jamais de lui témoigner son affection. Bernard Thibault avale certes des couleuvres et même des anacondas, mais il garde son poste et peut afficher le fait de parler d’égal à égal (ou presque) avec un président de la République…appliquant point par point le programme du MEDEF. Pauvres travailleurs que nous sommes ! Avec des syndicalistes de cet acabit, nous pouvons travailler ou en être retraité en paix. Le pire est que la compétition entre syndicalistes se limite aux faveurs que le pouvoir accorde à chacun et, bien entendu, le pouvoir est très gentil surtout avec les syndicalistes représentant les organisations les plus nombreuses.

Et pourtant, plus que jamais les syndicats auraient besoin d’être unis et offensifs face à un patronat qui reste ce qu’il est, et à un pouvoir où les hommes de droite, bien à droite, sont très nombreux (la droite dite décomplexée). Ils en auraient d’autant plus besoin, que les  résultats sont là pour montrer que le poids des organisations syndicales françaises est dérisoire en termes de négociations, qu’il s’agisse de retraite, de droit du travail ou de salaires. Les syndicats allemands sont autrement plus efficaces en termes de rémunérations, mais ils n’ont pas Bernard Thibault ou François Chérèque pour les défendre. Quand ils ont décidé de se battre, il n’y en a pas un pour trahir les autres afin de se voir attribuer le qualificatif de « syndicaliste responsable ». Voir ce qu’a fait Bernard  Thibault, pour ne citer que lui, dans la négociation sur les « régimes spéciaux ».

De plus, les travailleurs français ont d’autant moins de chance de se faire entendre qu’ils ne peuvent même plus compter sur l’extrême-gauche révolutionnaire. Le Parti Communiste a vécu, Lutte Ouvrière aussi,  et l’organisation qui était censée avoir repris le flambeau de la révolution, la Ligue Communiste Révolutionnaire, s’est trouvée  pour porte-parole et figure emblématique un homme qui n’a de cesse d’investir les médias, y compris les plus people. Olivier Besancenot, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en train de devenir le gendre idéal, et c’est pour cela qu’on va le retrouver dans l’émission de Michel Drucker dimanche prochain. Tout le monde connaissant les idées ultra gauchistes de Michel Drucker, il y a nombre de camarades qui vont s’étrangler ou faire des cauchemars. Pauvres travailleurs !

En tout cas, si le personnel politique français de la droite à la gauche et même à l’extrême gauche se « druckérise », les députés travaillistes en Angleterre se rebellent au point de mettre Gordon Brown, le Premier ministre issu de leurs rangs, en grande difficulté.  C’est une réforme fiscale pourtant débattue il y a plusieurs mois dans l’indifférence générale qui a mis le feu aux poudres. Cette modification fiscale affectait il est vrai les bas salaires, et par les temps qui courent ce n’est pas très bienvenu y compris en Grande-Bretagne. La fronde des députés travaillistes a été telle, que Gordon Brown a été obligé d’accorder une compensation partielle aux 5 millions de ménages touchés par la réforme. Les Britanniques n’ont pas Bernard Thibault, ni Besancenot, mais ils ont des députés qui n’ont pas peur de brandir la menace de mettre en minorité le gouvernement qu’ils soutiennent.

Les députés travaillistes ne sont pas les seuls à être mécontents en Grande-Bretagne. A force d’injecter des doses toujours plus importantes de libéralisme, le peuple n’en peut plus. On diminue les pensions de retraite pour obliger les séniors à travailler plus longtemps…à moindre coût. On n’accorde pas d’augmentations de salaires ou si peu face à une augmentation constante du coût de la vie et ce, au moment où la City panse ses plaies après une crise financière qui a enrichi encore un peu plus les plus riches, au détriment des plus pauvres. Du coup les enseignants, les policiers, les gardiens de prison manifestent bruyamment leur mécontentement, y compris par la grève,  sans oublier l'action des employés de la plus grosse raffinerie écossaise  qui a provoqué la fermeture du pipeline appartenant à BP, celui-ci assurant 30% des besoins en pétrole de la Grande-Bretagne.

Bref la Grande Bretagne, pays modèle pour Nicolas Sarkozy, va mal tant sur le plan social qu’économique et Gordon Brown pourrait en supporter les conséquences électorales dès jeudi lors des élections locales. Même l’emblématique maire de Londres, Ken Livingstone est menacé à Londres ce qui était impensable il y a seulement quelques mois. Cela étant  en Grande-Bretagne, comme dans beaucoup d’autres pays, ce n’est pas une alternance qui va réellement changer les choses, la victoire probable du Parti Conservateur aux prochaines élections nationales ne pouvant qu’aggraver la situation. En outre, les Britanniques n’ont même pas la possibilité d’avoir recours à une troisième force pour changer la vie, comme j’espère que nous l’avons en France.

Michel escatafal

29.04.2008

Une récompense pour Angela Merkel et l'Allemagne

2092023649.jpgEnfin, le Comité International Olympique va être content : là où passe la flamme olympique ces jours-ci, elle est accueillie avec tous les honneurs dus à son rang. Point de manifestation, des drapeaux chinois qui virevoltent, une foule enthousiaste, bref c’est la fête. Je précise que cela se passe en Corée du Nord et au Vietnam, pour que cela ne fasse pas trop rêver. On ne manifeste pas dans ces pays à tout propos, y compris pour une flamme olympique. On ne manifeste pas beaucoup plus en Tunisie où Nicolas Sarkozy et Carla, accompagnés de quelques autres ministres et d’une forte délégation de patrons (plus de 100 personnes), sont en  voyage officiel depuis hier.

La Tunisie est un pays qui a beaucoup de charme, et son économie est plutôt en meilleure posture que celle de ses voisins, malgré un sous-sol moins généreux. Elle a donc quelques moyens que d’autres pays n’ont pas, et peut acheter sans trop de problèmes des avions ou des prestations dans le domaine de l’électricité et du nucléaire civil. Dans ces conditions, certains comprendront que Nicolas Sarkozy n’ait pas voulu froisser son homologue tunisien, le président Ben Ali, sur la question des droits de l’homme.

Mais qu’y a-t-il d’étonnant de sa part, même s’il avait affirmé pendant la campagne présidentielle que sur ce plan aussi, il y aurait rupture ? En tout cas, ce manque de bravoure dans le domaine des droits de l’homme  contraste avec celui d’Angela Merkel, dont je viens de découvrir qu’elle va recevoir le prix International Charlemagne, décerné à des personnalités qui se sont engagées pour l’unification européenne. Parmi les lauréats figurent deux anciens présidents de la République  française, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n’est que justice vu leur influence notamment sur la création et la mise en place de l’union monétaire.

Nicolas Sarkozy qui se prend pour un grand européen, ce qu’il n’est pas, va être jaloux de celle qui n’a jamais trop aimé son style bling-bling, et surtout qui n’a jamais hésité à le renvoyer à ses chères études quand il en faisait un peu trop, par exemple sur l’Union méditerranéenne. Cela étant la chancelière allemande dispose de nombreux atouts que n’a pas le président français. D’ailleurs l’opinion que les fonctionnaires de Bruxelles portent sur Angela Merkel  est en opposition totale avec celle qu’ils ont de Nicolas Sarkozy. Pour résumer, ils disent que l’une a su parfaitement défendre les intérêts de l’Allemagne, sans se mettre à dos les autres pays de l’Union, alors que l’autre n’a fait qu’aviver certaines rancoeurs avec ses foucades, ses idées loufoques, et sa diplomatie à géométrie variable.

 Tout le monde en Europe souligne le fait que l’autorité d’Angela Merkel est sans commune mesure avec celle des autres dirigeants européens, au point que de plus en plus de voix s’élèvent pour que ce soit elle qui occupe le poste de président du Conseil européen. A titre personnel, et je ne suis pas le seul, il est certain que ce choix serait celui de la raison, beaucoup plus par exemple que Tony Blair à qui Nicolas Sarkozy a promis son aide le moment venu. Son bilan en tant que présidente de l’Union Européenne (au premier semestre 2007) est souligné par tous les observateurs tant sur le plan institutionnel, que sur celui du développement durable. N’oublions que c’est son volontarisme en la matière, qui a permis pendant la présidence allemande d’obtenir de l’Union Européenne des objectifs contraignants et ambitieux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Angela Merkel a aussi pour elle d’être le chef de gouvernement d’une nation  qui, après avoir rencontré énormément de difficultés suite à la réunification avec l’Allemagne de l’Est, a retrouvé des bases économiques saines. De nombreuses réformes, souvent douloureuses, ont été faites dans son pays sous l’impulsion de son prédécesseur à la Chancellerie, Gerhardt Schroeder, et poursuivies avec succès par le gouvernement de coalition qu’elle dirige. Les réformes en Allemagne passent parce qu’elles sont marquées du sceau du pragmatisme, avec le souci de laisser le moins de monde possible sur le bord de la route. Elles sont acceptées parce que les gens sont convaincus de leur nécessité. Cela ne veut pas dire que l’Allemagne n’ait pas son lot de problèmes, sa croissance notamment accuse un net ralentissement puisqu’on va passer de 2,5% en 2007 à 1,7% en 2008, et sans doute moins (1,2%) en 2009. Cela étant, on a le mérite de l’avouer et tout le monde sait à quoi s’attendre.

Tel n’est pas le cas en France qui ne fera pas mieux que l’Allemagne, mais qui au contraire de son voisin va voir son déficit public dépasser très rapidement les 3%, comme je l’ai toujours affirmé ici même. Peut-être même dès cette année selon la Commission Européenne, alors que le déficit de l’Allemagne ne devrait guère dépasser 0,5% en 2008. Angela Merkel, contrairement à Nicolas Sarkozy, dirige aujourd’hui un pays qui a retrouvé ses fondamentaux économiques, ce qui lui permet de parler haut sur le plan international. Elle entretient  de bonnes relations avec tous les pays qui comptent sur la planète, ce qui ne l’empêche pas de faire la leçon aux Russes ou aux Chinois en matière de droits de l’homme.

N’oublions pas que si on ne l’a pas entendu parler à tout propos des Jeux Olympiques, elle a déjà reçu le dalaï-lama sans que cela entraîne des manifestations hostiles à Pékin contre l’Allemagne. En fait l’Allemagne est dirigée par une dame de conviction, alors que notre pays l’est par «un amateur». Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’influence de l’Allemagne en Europe est infiniment supérieure à celle de la France, même si Nicolas Sarkozy peut compter à présent sur le soutien de son ami Silvio Berlusconi. Qui se ressemble s’assemble !

Michel Escatafal