04.01.2010

Libre propos sur la Légion d’honneur

napoleon et légion d'honneur.jpgMême si nul ne conteste une forme de génie à l’empereur Napoléon 1er, il aura quand même accumulé les avatars pour notre pays. Tout d’abord il aura laissé la France « tout petite », pour reprendre son expression, après l’avoir reçue si grande. Ensuite parmi les erreurs qu’il a faites, il y a eu la création de la Légion d’honneur (le 19 mai 1802), même si c’est sans doute une de celles qu’on lui reproche le moins. Et pourtant  on se demande bien pourquoi,  en tant que fils de la Révolution, il a rétabli ce qui avait été supprimé après 1789, à savoir toutes les décorations de l’Ancien Régime. Peut-être était-ce une forme de démonstration prouvant que la Révolution avait vécu,  et que désormais on allait vivre sous une nouvelle ère.

De fait le 14 juillet 1804, quelques  mois avant d’être couronné empereur, le Premier Consul organisa la première remise de Légion d’Honneur destinée aux officiers méritants. Il fut d’ailleurs obligé de faire un tri, car avec toutes les guerres de la Révolution depuis Valmy (20 septembre 1792) jusqu’à Marengo (14 juin 1800), le nombre de soldats qui se sont illustrés est tout à fait impressionnant. Et ce n’était qu’un début car, peu après, il y aura des guerres contre toute l’Europe entre 1805 et 1815, avec de nombreuses victoires, mais aussi quelques défaites retentissantes, dont Waterloo, qui mettront un terme à un empire dont la durée de vie n’aura pas dépassé une dizaine d’années.

Cela étant la Légion d’Honneur  existe toujours, et chaque année à l’occasion du 14 juillet ou en début d’année, nous avons droit immanquablement à des nominations dont on peut penser qu’elles sont d’abord une faveur offerte à quelques amis du président en place, et en cela Nicolas Sarkozy ne fait que suivre ce que faisaient ses prédécesseurs. Là aussi, il n’y a pas eu la rupture annoncée, mais qui en doutait ? D’ailleurs il suffit de voir les noms de ceux qui viennent d’être promus pour en être convaincu. Entre Roger Karoutchi, ancien ministre débarqué du gouvernement lors du dernier remaniement, et dont on n’a pas voulu pour mener le liste UMP aux prochaines régionales, ou encore Daniela Lumbroso qui a fait carrière à la télévision, tout comme  Jean-Luc Hees à la radio, qui est aujourd’hui le président de Radio France, on  se demande bien au nom de quoi ces gens-là ont droit à la distinction de chevalier ou d’officier.

Si je dis cela c’est parce que, comme chacun le sait, la Légion d’Honneur est la plus élevée des distinctions nationales  avec, en outre, la particularité de pouvoir aussi être attribuée à des étrangers. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la Nation, soit à titre civil,  soit sous les armes, selon le code en vigueur depuis 1962. Cela précisé, cette définition ne diffère guère de celle de la loi du 29 Floréal an X : « récompenser les services civils et militaires exceptionnels rendus au pays ».  Le mot exceptionnel indique bien que la manière dont cette distinction est octroyée de nos jours est  à l’opposé de ce qui devrait être fait.

Même Vladimir Poutine s’est vu décerner la Légion d’Honneur, en 2006. Ce n’est certainement  pas la meilleure décision de Jacques Chirac, même s’il fait partie des responsables politiques qui se sont beaucoup trompés. Heureusement, Nicolas Sarkozy s’est un peu rattrapé un peu plus tard puisqu’il a décoré Festus Mogae, le président du Bostwana pour avoir fait de son pays « un modèle de démocratie ». Cela étant, je maintiens quand même que lui donner la Légion d’Honneur n’est pas dans l’esprit de la distinction telle que nous pouvons la concevoir

Il ne l’est pas davantage, pour ne pas dire encore moins, quand il s’agit d’hommes politiques dont les principaux faits d’armes ont été de présider un Conseil Général ou Régional.  Et pourtant combien sont-ils à exhiber fièrement leur  petit insigne rouge à la boutonnière. Il y a aussi les gens de lettres qui figurent parmi ceux qui sont souvent décorés. Là aussi on peut se poser la question, car ce n’est pas parce qu’un écrivain a gagné le prix Goncourt que cela doit être considéré comme un évènement exceptionnel méritant pareille distinction. Tout le monde n’est pas Lamartine, Victor Hugo, ou Zola.

Restent  les sportifs, qui sont sans doute les mieux acceptés parmi les récipiendaires, parce qu’ils représentent la grandeur du pays (ou ce qu'il en reste) et parce que les gens s’assimilent facilement à eux. Marie-José Pérec, Laure Manaudou, Zidane, Platini, Prost ou Hinault, ont porté très haut les couleurs de la France par les exploits qu’ils ont accomplis dans les grandes compétitions.  Certains sont même flattés de voir leur idole être décorée de la sorte, car ils considèrent que c’est aussi un peu à eux que l’on rend hommage, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Malgré tout, ceux pour lesquels j’ai le plus d’admiration sont ceux qui refusent la distinction car, généralement, ils la refusent pour de très bons motifs. Le Curé d’Ars la refusa parce que cela ne rapportait pas d’argent …qu’il aurait pu donner aux pauvres. D’autres la refusent par principe comme l’ont fait par le passé  Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi Aragon, Jacques Prévert, et plus loin de nous Georges Sand, Maupassant ou Maurice Ravel.  Quelques uns enfin, dont les parents sont morts à la guerre la refusent parce qu’ils pensent, à juste titre, que ces derniers la méritent davantage qu’eux parce qu’ils ont versé leur sang pour la patrie.

Bref, je fais partie de ceux qui pensent que la plupart de ceux qui ont la Légion d’Honneur ne la méritent pas, et qu’en revanche beaucoup de ceux qui ne l’ont pas, mériteraient de l’avoir. Je suis surtout atterré de constater que finalement rien n’a changé dans notre monde depuis 1804. La Révolution se termina par une victoire de la bourgeoisie sur le petit peuple, le Tiers Etat devenant la classe dominante à la place de la noblesse et du clergé. Cette victoire se concrétisera définitivement avec l’Empire, ce qui n’empêchera pas les opportunistes de se glisser dans cette nouvelle aristocratie.

La liste des légionnaires civils de la Légion d’Honneur de la promotion d’octobre 1803 en est l’exemple frappant. Les légionnaires appartenaient tous à la nouvelle classe sociale dominante, avec des noms célèbres encore aujourd’hui comme le régicide Fouché, l’ancien évêque Talleyrand, le chimiste Chaptal ou le cardinal Cambacérès. A côté de cela, nombre de soldats ou d’officiers qui avaient pourtant sauvé leur pays à maintes reprises n’y figuraient pas, pas plus d’ailleurs que les femmes dont on sait pourtant que leur rôle a été très important dans les années qui ont suivi la Révolution. Pour mémoire, je rappellerais qu’il faudra attendre presque cinquante ans pour voir une femme (Marie Duchemin) recevoir la Légion d’Honneur des mains du président Louis Napoléon Bonaparte.

Voilà pourquoi, je persiste à dire que la Révolution avait fait œuvre utile en supprimant toutes décorations, y compris militaires, même s’il n’était pas rare dans cette catégorie que le nom du simple soldat puisse côtoyer celui de son général.  En tout cas, si nous devions garder à l’avenir cette distinction bicentenaire, je souhaite qu’elle soit attribuée selon des critères qui n’aient rien à voir avec le copinage. Ce serait aussi une certaine manière de montrer que l’Etat ne saurait être colonisé par un parti, un clan, ou une classe sociale…ce qui serait dans l’esprit de la Révolution de 1789.

Michel Escatafal

31.12.2009

Un grave échec pour le pouvoir, même si nous ne perdons rien pour attendre !

Décidément l’année 2009 aura été pour Nicolas Sarkozy celle de tous les échecs. Outre le fait que jamais dans l’histoire de notre république les finances du pays avaient été aussi mal en point, que jamais sans doute un gouvernement  n’avait autant légiféré pour ne rien véritablement réformer, voilà que le Conseil Constitutionnel, saisi le 22 décembre par les parlementaires socialistes sur le projet de budget 2010 instituant une nouvelle taxe verte, vient d’infliger au pouvoir et donc plus particulièrement au président de la République un nouveau camouflet, estimant que la taxe carbone était « contraire à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique » et créait une inégalité face à l’impôt. Ils auraient pu dire une énième inégalité, sans que cela ne choque personne tellement c’est une évidence.

Il est vrai que, comme je l’ai déjà dit sur ce site, seuls les carburants et les produits de chauffage étaient concernés par cette taxe alors que 93% des émissions d’origine industrielle, hors carburant, ne l’étaient pas. Cela étant que l’on ne se réjouisse pas trop vite, l’idée n’est pas abandonnée pour autant puisque les services du Premier ministre ont annoncé qu’un nouveau dispositif serait présenté le 20 janvier en conseil des ministres. Normal disent  certaines mauvaises langues, dans la mesure où avec un déficit budgétaire  avoisinant les 150 milliards d’euros et une dette qui va se situer à plus de 1500 milliards d’euros, notre pays n’a guère d’autre choix que de pomper l’argent de ceux qui peuvent encore payer des impôts, en tout cas de ceux qui ne bénéficient pas du bouclier fiscal. Et puis pour ceux qui seraient tentés de voter pour les Verts, il ne faut pas oublier que cette contribution carbone a été faite pour, par, et avec eux. D’ailleurs leur première réaction a été de demander au gouvernement de ne pas céder sur ce dossier, comme expliqué hier sur Europe 1 par la secrétaire nationale, Cécile Duflot. Et dire que certains voudraient que le MoDem fasse alliance avec ces gens-là pour les élections régionales !

En revanche le Conseil Constitutionnel n’a pas censuré la suppression de la taxe professionnelle, ce qui va énormément profiter aux grandes entreprises… et un peu aux plus petites, et va engendrer une hausse des impôts locaux pour la plupart des particuliers. Et oui, le bon peuple ne peut pas gagner sur tout ! Il est vrai que tout bien pesé il ne gagne pas souvent, pour ne pas dire presque jamais. En outre même si le Conseil Constitutionnel arrive à retoquer un texte, le pouvoir s’arrange toujours pour avoir le dernier mot, comme en témoigne la « loi Hadopi » sur le téléchargement qui a été finalement voté par l’Assemblée après avoir été légèrement remaniée.

Les « sages » n’ont pas censuré non plus l’imposition des indemnités journalières pour les accidents du travail. Ils n’avaient  d’ailleurs aucune possibilité de le faire sur le plan constitutionnel. Après tout sur un strict plan légal, c’était une faveur accordée depuis des lustres à ces contribuables. Trop injuste toutefois pour Nicolas Sarkozy et l’UMP, ce qui n’est pas une surprise venant de la part de gens considérant que dans notre pays «les régimes spéciaux étaient l’inégalité la plus criante », plus que les niches fiscales, plus que le bouclier fiscal, plus que…De tout cela il faudra quand même que les Français se rappellent le moment venu, à commencer à l’occasion des prochaines élections régionales dans trois mois ! En tout cas c’est l’espoir que je formule. Et puisque je suis dans les vœux, je voudrais souhaiter à tous mes lecteurs, plus nombreux chaque année, mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2010.

Michel Escatafal

26.12.2009

Du soleil pour certains, mais plus de misère pour tellement d'autres

« Un petit peu de soleil, et beaucoup de repos » pour Nicolas Sarkozy et son épouse Carla qui sont partis hier après-midi en vacances pour le Maroc et ce, jusqu’à la fin de l’année. Voilà un des titres de notre presse hexagonale. Dans le même temps on entend que François Fillon va se rendre en Autriche, pour profiter lui aussi de quelques jours de repos. Bref, les deux premiers responsables de l’exécutif ont une chance que de nombreux Français, hélas, ne peuvent avoir…faute de disposer d’un budget suffisant, non seulement pour ne pas pouvoir partir en vacances, ce qui serait un moindre mal, mais aussi et surtout parce qu’ils n’arrivent pas à payer les impôts et prélèvements de toutes sortes qu’ils reçoivent en fin d’année, ce qui provoque de plus en plus leur colère. Aussi n’est-ce pas étonnant si nous lisons dans certains forums qu’il faudrait ouvrir les résidences gratuites, par exemple Brégançon, aux sans-abris. Certes il y a une part de démagogie dans ces propos, mais elle ne représente pas grand-chose à côté de ce nous entendons à longueur d’année de la part de nos dirigeants.

 

Et le pire est que nous ne sommes pas les seuls en Europe à connaître une situation tout à fait catastrophique en termes d’inégalités. Quand on pense que dans des pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Lituanie il y a 40 à 50% de la population qui vit dans des conditions que l’on assimile à ce que l’on appelle pudiquement la pauvreté, le moins que l’on puisse dire est que notre monde va de plus en plus mal…sans que semble-t-il les dirigeants de nos pays en prennent réellement conscience. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement puisque la quasi-totalité de ces dirigeants ne pensent et ne vivent qu’à travers les idées les plus libérales, y compris chez ceux que l’on appelle les sociaux-démocrates. D’ailleurs n’est-il pas symptomatique de les entendre affirmer, chacun dans leur coin mais dans un bel ensemble, qu’ils veulent réformer l’Etat, et plus particulièrement cet état-providence que toutes les organisations patronales vouent aux gémonies…sauf quand il s’agit de leur apporter une aide.

 

Et pourtant quand on regarde le niveau de pauvreté dans les divers pays de l’Union Européenne, ou plus généralement d’Europe occidentale, on s’aperçoit que c’est dans les pays ou l’état-providence est le plus présent (Norvège, Suède, Finlande, Danemark) que le nombre d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté est le moins élevé. Ce devrait être un constat suffisamment éloquent pour faire réfléchir nos dirigeants ! Hélas il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre, et c’est pour cela que le travail de démolition de ce que l’on appelle les services publics continuera de faire son œuvre dans les mois et les années à venir. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si, dans notre pays, nous entendons rabâcher à longueur de temps qu’il y a trop de fonctionnaires, et qu’il faut diminuer drastiquement leur nombre, seul moyen nous dit-on de faire des économies. Comme si le nombre de fonctionnaires était l’unique cause de nos déficits, alors que depuis quelques années on ne cesse de diminuer les impôts des plus riches. Pire même, cette politique s’est poursuivie et amplifiée à partir du second semestre 2007, au moment où nous entrions de plein pied dans la crise financière. Avouons que ce n’est quand même pas glorieux pour nos dirigeants !

 

Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui quelques jours avant de passer en 2010, année électorale chez nous…comme toutes les autres ou presque. Le problème est qu’avec un président qui ne pense que « politique », on ne gouverne et agit qu’en fonction des élections à venir, ce qui veut dire qu’en fait de gouvernance on se contente de faire de la communication à travers des soi-disant réformes, lesquelles ne font le plus souvent qu’aggraver les problèmes qui nous assaillent. Espérons que les Français s’en rendront compte au mois de mars, au moment des élections régionales, afin de ne pas offrir à ce pouvoir un succès qu’il saurait inévitablement transformer en plébiscite de sa politique, et que les médias amis se chargeraient de faire fructifier, ce qui finirait de décourager ceux qui n’attendent plus rien, tellement ils ont l’impression que N. Sarkozy ou un autre ce serait du pareil au même. Et bien non, tous ceux-là, mais aussi les autres, doivent savoir qu’en politique il y en a qui font plus mal que d’autres. L’histoire est là pour nous le rappeler. La preuve, en temps de paix, nous n’avions jamais atteint un tel niveau de dégradation de nos finances publiques. Bonnes fêtes quand même !

 

Michel Escatafal

23.12.2009

Si elle était présidente…

Si Ségolène Royal avait été élue à la dernière élection présidentielle, et que notre pays vive dans la même pagaille qu’aujourd’hui, je suis sûr et certain que tous les médias, et autres cercles politiques de toutes sortes, se déchaîneraient d’une manière qu’on n’imagine même pas. Il suffit de voir comment elle fut traitée à partir du moment où la probabilité fut grande de la voir au second tour de l’élection présidentielle contre Nicolas Sarkozy. Que n’a-t-on pas dit sur sa supposée incompétence, sur ses remarques que l’on assimilait immédiatement à des bourdes ou des gaffes, bref la dame avait tous les défauts, et Nicolas Sarkozy de son côté était paré de toutes les vertus ou presque. Nous connaissons la suite.

Et aujourd’hui, plus peut-être qu’hier, on utilise les mêmes ficelles pour démontrer que notre pays est gouverné, alors qu’il donne tous les jours l’impression de ne plus l’être. Certes il y a la crise, mais jamais sans doute depuis des années un gouvernement n’a semblé manifester une telle impuissance à régler les problèmes économiques et sociaux. Et pourtant en haut lieu, comme dans les médias complaisants, on fait comme si tout allait bien ou presque.

En outre toutes les initiatives prises par ce pouvoir aux abois semblent produire l’effet inverse de ce qui est recherché. Plus personne n’y croit, et ce n’est pas en copiant les autres, parfois aussi mal en point que nous, que nous ferons sortir notre pays des difficultés dans lesquelles il s’enfonce un peu plus chaque jour. En disant cela je pense à la taxation des bonus sur le modèle britannique, dont je parlerai dans un prochain billet, et que l’on nous présente comme une avancée importante dans la moralisation du capitalisme financier.

Tout aussi grave est la perte d’’influence de notre pays sur le plan international, peut-être même comme jamais depuis des décennies.  Oubliés le discours de Phnom-Penh du général de Gaulle en 1966 ou celui à l’ONU de Dominique de Villepin en 2003, juste avant la guerre en Irak. Au moins à ces époques la voix de la France était écoutée, à défaut d’être toujours entendue, « cette vieille nation » n’étant plus une superpuissance comme à certaines périodes de son histoire. Malgré tout cette voix avait la résonance particulière d’un pays  qui était considéré comme celui des droits de l’homme.

De nos jours on a l’impression que tout cela est bien lointain. Mais comment a-t-on pu en arriver là en si peu de temps ? Tout simplement parce que, comme je l’ai souvent dit ici même sur ce site, nous n’avons pas de ligne diplomatique bien définie, celle-ci variant au gré des vents ou de l’intérêt national de notre président de la République. Qui ne s’est pas rendu compte  du jeu personnel de Nicolas Sarkozy, ces dernières semaines, à propos du sommet sur le réchauffement diplomatique, privilégiant notamment l’entente avec le président brésilien Lula…au lieu de chercher d’abord le consensus avec les autres pays de l’Union Européenne. N’importe quel président français aurait agi dans ce sens, surtout sur un sujet comme celui-là où les intérêts des pays composant l’Union sont très divergents.

Résultat de tout cela, nous avons eu à Copenhague un accord a minima et non contraignant…comme le souhaitaient les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, l’Union Européenne et à plus forte raison la France se situant hors du cœur décisionnel.  Il est vrai que les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Brésil représentent à eux seuls un peu plus de la moitié de la population de la planète…contre un pour cent pour notre pays. Vu sous cet angle, notre président devrait faire preuve d’un minimum de modestie, ce qui en apparence est au dessus de ses moyens. En outre, compte tenu de l’état dans lequel se trouvent notre économie et nos finances publiques, même sur ce plan nous ne pouvons plus faire la leçon, comme nous aurions été autorisés à le faire à d’autres moments de notre histoire récente, par exemple au moment du second choc pétrolier. Aujourd’hui nous en sommes à user d’artifices pour masquer l’ampleur de nos déficits.

Alors ce « don quichottisme » de notre diplomate en chef apparaît quelque peu pathétique, et ressemble effectivement à une bataille contre les moulins à vent. Après tout pourquoi les autres européens devraient-ils supporter les rodomontades et les perpétuelles leçons de notre président de la République, et à plus forte raison les Américains, les Chinois ou les Indiens ? Nicolas Sarkozy confondrait-il les sommets de chefs d’Etat avec les réunions UMP ? Sans doute pas, mais dans son souci de paraître pour ce qu’il n’est pas, il en donne parfois l’impression aux yeux de ses compatriotes…et de ceux qui ne le sont pas. N’est pas Talleyrand ou Aristide Briand qui veut ! Pour toutes ces raisons  je pense sincèrement, qu’à défaut de François Bayrou, il eut mieux valu que Ségolène Royal fût élue à la place de Nicolas Sarkozy. 

Michel Escatafal      

19.12.2009

La montagne a accouché d'une souris, mais qui en doutait?

Même si au moment où j’écris ce billet on discute encore sur le compte rendu final, avec l’annonce par Barack Obama…et Nicolas Sarkozy d’un accord que certains ne jugent pas comme tel, le sommet de Copenhague est fini, et pour ce qui me concerne ce n’est pas trop tôt.  J’ai bien dit pour ce qui me concerne, car il est de bon ton de ne pas parler de cette manière, notamment dans notre pays où règne une sorte de terrorisme intellectuel à propos de la sauvegarde de la planète, ce qui ne  veut pas dire pour autant que je ne suis pas préoccupé par le sujet. Bien au contraire, j’aurais même tendance à dire que je fais partie de ceux qui pensent que si nous en sommes là, c’est uniquement en raison du manque de responsabilité des pays industrialisés…et de ceux qui le deviennent.

En outre, si je marque ma lassitude c’est aussi parce que je me demande s’il était bien utile d’avoir 46.000 personnes accréditées à ce sommet…avec la quantité d’émission de CO2 que cela implique (40.500 tonnes). Il y avait des négociateurs de tous les pays, et notamment du nôtre, mais il n’y avait pas qu’eux puisque de nombreuses personnes ont estimé nécessaire d’aller se faire voir à Copenhague, par exemple en prenant le train pour s’y rendre, avec des photographes pour immortaliser la scène, quitte à rentrer le lendemain ou le jour même en avion, mais cette fois en essayant d’être incognito. En tout cas ce sommet va représenter l’émission de CO2 pendant un an d’une population de 4.500 européens.

Et je ne parle pas des commentaires auxquels nous avons droit depuis le début de sommet, avec une accélération ces derniers jours, plus particulièrement dans notre pays. On y voit en effet sans cesse des images des principaux dirigeants, toujours les mêmes au demeurant, et parmi ceux-ci bien évidemment Nicolas Sarkozy, lequel se démène autant qu’il le peut pour faire part de ses remarques devant les caméras. C’est ce que l’on appelle de la communication bien sentie, avec une quasi unanimité dans la presse pour souligner l’activisme du président de la République, lequel n’hésite pas à employer des termes de sport (« il faut changer de braquet !») pour faire passer ses propres messages.

Cela étant les résultats de cette « grand’ messe » ne sont pas brillants, et il y a bien longtemps que dans la presse étrangère (Italie, Espagne, Suisse) on ne se fait guère d’illusions sur la portée de ce sommet. D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement entre des pays industrialisés qui veulent bien faire un effort, mais à la condition que les grands pays émergents (Chine, Inde notamment) en fassent de même, sans parler de l’aide qu’attendent les pays pauvres pour participer à la lutte contre le réchauffement. Or cette aide ils risquent de l’attendre longtemps, du moins dans sa totalité, dans la mesure où les pays les plus riches sont en proie à de grosses difficultés budgétaires dans leur propre pays.

Certes ils sont prêts à s’engager, mais quel crédit leur accorder alors qu’ils sont déjà parfaitement incapables d’assurer leur contribution à l’aide au développement. En disant cela, certains vont me faire remarquer que « je mélange tout », ce à quoi je me sens très à l’aise pour répondre qu’hélas nous connaissons trop bien ce type de promesses.  Voilà pourquoi j’ai eu peine à m’intéresser réellement à ce qui pouvait se passer à Copenhague, au risque de choquer toutes les bonnes âmes qui ont fait leur fonds de commerce du réchauffement climatique.

Et si seulement l’Europe parlait d’une même voix! Hélas, au sein des vingt-sept membres de l’Union Européenne, chacun y va de son couplet…à destination de son opinion publique et au gré de ses intérêts nationaux. Sur ce plan Nicolas Sarkozy, comme je l’ai dit précédemment, est loin d’être le dernier, mais il n’est pas le seul.  Toutefois il y a au moins un point sur lequel les Européens se sont mis d’accord, à savoir ne pas froisser le président américain…afin que celui-ci ait les mains libres pour favoriser un accord a minima. En effet, pour ceux qui l’auraient oublié, le président américain doit tenir compte de son Congrès, ce qui n’est pas du tout le cas du président français. C’est d’ailleurs pour cela que ce dernier n’a pas été suivi dans son intention d’organiser une réunion de nuit dès son arrivée.

A quoi cela aurait-il servi ? Il y a quand même de grosses divergences d’intérêt entre les grands pays de l’Union (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie ou Espagne), et les pays membres d’Europe de l’Est qui tirent l’essentiel de leurs ressources énergétiques du charbon, et dont l’industrie lourde est très polluante. Comment dans ces conditions pouvait-on espérer un véritable accord global alors que les vingt-sept européens étaient déjà incapables de s’entendre entre eux ? Et en parlant d’accord global, on semblait oublier l’opposition déterminée de pays comme l’Iran, le Venezuela, la Bolivie ou le Soudan qui sont par principe opposés aux Etats-Unis et à l’Europe. N’est-ce pas Hugo Chavez, le président vénézuélien, qui disait ironiquement que « si le climat était une banque, une des grandes, les pays riches l’auraient sauvée ». Qui pourrait affirmer le contraire ! En tout cas il est symptomatique de constater que la déclaration finale associe essentiellement les Etats-Unis, l’Union Européenne, et les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil.

Michel Escatafal

17.12.2009

Des diversions qui n'impressionnent plus guère...

« Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers ». Voilà ce qu’a déclaré ces derniers jours la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, interrogée sur la compatibilité de l'islam avec la République lors d'un débat dans les Vosges sur l’identité nationale…qui à présent est entièrement focalisé sur l’immigration et l’islam. Certes Madame Morano nous dit que cette phrase, reprise un peu partout sur le web ou dans les médias, a été sortie de son contexte, ce que je veux bien admettre, mais le fait est là, à savoir que ce débat est de plus en plus nauséabond et qu’il faut l’arrêter tout de suite.

En disant cela je ne fais que répéter ce que disent à l’unisson des gens comme Dominique de Villepin, qui estime que « ce débat n’a pas de sens », et que « dans une période de crise on a autre chose à faire qu’à se diviser sur un sujet aussi important que celui-ci », ou encore comme François Hollande qui estime que « s’il y a un débat sur la France, son projet, son histoire, c’est lors de l’élection présidentielle » que cela se traite. Et au passage, l’ex-Premier secrétaire du P.S. en profite pour rappeler qu’il y a mieux à faire que légiférer sur le port de la burqa. C’est bien mon avis, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur ce site. Il est vrai qu’avec Nicolas Sarkozy on ne cesse de faire et refaire des lois qui existent déjà !

Et puisque je parle du président de la République, j’observe au passage que ce débat sur l’identité nationale lui appartient totalement, contrairement à ce que j’entends parfois où on essaye d’en faire porter la responsabilité principale à Eric Besson, lequel ne fait qu’appliquer avec le zèle des convertis les ordres de son nouveau maître. Enfin, quand je dis nouveau maître j’exagère un peu, comme l’a rappelé hier Nicolas Sarkozy face aux critiques de certains membres de sa majorité. Et parmi ceux-ci figuraient l’ineffable Hervé Morin…qui finalement a mis un peu plus de temps à trahir son camp qu’Eric Besson. Et c’est vrai que son ardeur était grande pendant la campagne présidentielle de François Bayrou, surtout au moment où les sondages du représentant de l’UDF (qui n’était pas encore MoDem) étaient très favorables. Pauvre Morin obligé de recevoir ce type de critique, et de se voir infliger une leçon de « sarkozysme » de la part du président de la République !

A ce propos, j’ai presque moins d’antipathie pour Besson que pour Morin, car le ministre de l’Immigration a au moins le mérite d’assumer pleinement son changement de camp, alors que l’ancien ami de Bayrou, promis aux plus hautes destinées gouvernementales si ce dernier avait été élu, ne cesse de faire semblant de se démarquer chaque fois que l’on aborde des sujets qui font de grosses polémiques. Décidément ces gens du Nouveau Centre, qui voudraient de nouveau qu’on les considère comme UDF, ne sont vraiment pas fiables ! Mais au fond qui en doutait réellement ? Pas moi en tout cas, et j’en connais beaucoup d’autres qui ont participé comme moi aux campagnes présidentielles et législatives de 2007. D’ailleurs, après les sévères remontrances de Nicolas Sarkozy, je suis persuadé que Morin et les députés du Nouveau Centre rentreront gentiment dans le rang…comme d’habitude.

Une autre qui sait également faire preuve d’allégeance, c’est Fadela Amara. Celle-ci en effet semble tout particulièrement tenir à son secrétariat d’Etat à la Ville. Pas une seule remarque sur le fait que dans les dépenses liées au grand emprunt les banlieues soient complètement oubliées. En outre, à l’instar de sa camarade du gouvernement Rama Yade, chaque fois qu’elle ose timidement émettre une critique, comme par exemple sur les expulsions d’Afghans, c’est aussitôt pour faire remarquer qu’elle n’a aucune info sur le sujet…ce qui relativise énormément la portée de ses propos. Elle aussi semble avoir déjà tout compris de la politique !

Heureusement « la France d’en bas », comme l’appelait J.P. Raffarin, ne mord plus guère à ces discours à l’emporte-pièce où l’on mélange allègrement l’identité nationale ou l’insécurité à l’immigration, parce qu’elle sait bien que ces diversions ne la sortiront pas du marasme économique et social dans lequel se trouve notre pays. Ce n’est pas parce qu’on va discourir sur les minorités étrangères, quelles que soient les tenues qu’elles portent ou que leur casquette soient à l’endroit ou à l’envers, que notre dette va diminuer ! Notre pays semble-t-il est en train de réaliser que la France a plus besoin d’espoir et de solidarité que de haine ou de peur. En tout cas c’est le vœu que je formule en écoutant ce qui se dit çà et là, et qui pourrait bien se traduire dans les urnes lors des élections régionales.

Et si cela devait être le cas, je ne bouderais pas mon plaisir même si, hélas, mon parti n’en tire pas tous les avantages que je souhaiterais. Peut-être qu’au lieu d’essayer de créer des clubs improbables, il serait mieux qu’on nous entende davantage sur les sujets que je viens d’évoquer. Après tout pourquoi François Bayrou a-t-il obtenu plus de 18% des voix aux élections présidentielles ? Parce qu’il incarnait une forme d’espoir. Et force est de constater que sur ce plan nos électeurs ont été déçus. Alors quand aurons-nous compris que l’élection présidentielle a lieu dans un peu plus de deux ans, et que nous avons déjà pris du retard dans la préparation de cette échéance ?

Michel Escatafal

13.12.2009

La Grèce...mais aussi la France!

Ces jours-ci à la télévision on parle beaucoup de la Grèce et de ses difficultés économiques. Parmi celles-ci figure une dette qui devient colossale, à hauteur de 110 à 120% de sa richesse nationale. Et pour faire bonne mesure, on ajoute que la Grèce n’est pas la seule concernée par ce dérapage, car il y aussi le Portugal, l’Irlande, et l’Espagne. Bien entendu on ne parle pas de la France dont la dette enfle à une vitesse considérable, mais qui a un crédit beaucoup plus important que les pays que je viens de citer, pour la simple raison que sa dette publique se situait il y a moins de trois ans à environ 63% du PIB (contre près de 80% aujourd’hui), mais aussi parce qu’elle dispose encore de quelques magnifiques bijoux de famille qui n’ont pas été (encore) privatisés, ou qui sont en partie dans le giron de l’Etat. Autant d’éléments qu’on ne souligne pas assez.

Si dans le passé nos gouvernants s’étaient comportés comme ceux d’aujourd’hui, nous serions dans une  situation bien pire encore. Pour mémoire, au risque de me répéter, nous étions fin 1980 à moins de 20% de dette publique par rapport au PIB ! Fermons la parenthèse pour revenir à la situation de la Grèce, dont le déficit budgétaire atteindra 12,7% du PIB en 2009, soit quatre fois plus que ce qu’autorisent les critères de Maastricht. Avec ses 8,5% de déficit, la France de Nicolas Sarkozy passerait presque pour un élève médiocre et non pour un cancre, par rapport à la Grèce ou à la Grande-Bretagne de Gordon Brown…lequel ne sera plus au pouvoir dans moins de six mois. Ah si seulement nous avions la même perspective en France !

Reprenons notre sérieux pour dire que, selon les experts, la Grèce pourrait être le premier Etat européen défaillant. Heureusement les experts se trompent encore une fois…pour la bonne raison que la Grèce, comme l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, fait partie de la zone euro. Il est en effet évident que si Athènes se trouvait réellement en difficulté, l’Europe interviendrait. Même si certains reprochent beaucoup de choses à la monnaie unique, la zone euro est une entité solide et solidaire, ce qui explique la déclaration de Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe à propos des craintes de défaut sur la dette publique grecque : « Ce scénario de faillite est totalement aberrant, la Grèce n’est pas et ne sera pas en état de faillite ». Dit autrement, les problèmes de la Grèce sont aussi ceux de toute la zone euro. Cela étant, ce n’est pas pour cela que la situation de la Grèce n’est pas préoccupante, remarque valable aussi pour le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, mais aussi pour l’Italie et la France.

 Si je dis cela, c’est pour rebondir sur ce que J.C. Trichet a affirmé ces derniers jours, se disant confiant dans le fait que « le gouvernement grec saura prendre les décisions appropriées » concernant la dette et des déficits. Le gouvernement grec lui a d’ailleurs emboîté le pas, en confirmant qu’il était bien décidé à prendre toutes les mesures afin d’endiguer les dérives actuelles et donc à améliorer la situation. Et chacun sait bien ce que cela signifie, à savoir mettre en place un sévère plan de rigueur et ce, quelles que soient les aides que les créanciers extérieurs puissent accorder (assistance financière communautaire européenne, mais aussi vente de titres de la dette publique à des banques chinoises…comme le font le Trésor américain ou France Trésor, voire même demander des crédits au FMI avec les contrôles que cela implique).

Oui j’ai bien dit un sévère plan de rigueur, auquel n’échapperont pas les autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie. Et malheureusement  la France en fait partie, même si sa note n’a pas été dégradée par les agences de notations. Pourtant le rapport Pébereau sur la dette était suffisamment inquiétant pour que l’on s’en préoccupât sérieusement. Ce rapport n’a d’ailleurs pas été enterré dans un premier temps comme l’avait été celui de Michel Camdessus précédemment. Le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, et son ministre des Finances, Thierry Breton, avaient même essayé courageusement d’en tirer quelques conséquences, en faisant quelques pas dans la bonne direction. Cela étant l’essentiel avait été fait, dans la mesure où la publicité faite sur ce rapport avait permis de faire prendre conscience du problème.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien, et j’ajouterais que s’il y a bien un sujet que le pouvoir évite d’aborder, et par voie de conséquence la plupart des médias, c’est bien celui de l’endettement public. Cela dit, sous la pression des nécessités, les mesures indispensables seront bien obligées d’être prises un jour ou l’autre, et plus on attendra plus le redressement sera long. Voilà ce que laissera Nicolas Sarkozy en cadeau à son successeur, et d’ici deux ans et demi la situation ne sera pas meilleure puisque nous allons encore être en proie à des déficits budgétaires considérables. Et ce ne sont pas les perspectives de croissance que l’on prévoit pour 2010 et 2011 qui vont pouvoir aider à une amélioration de la situation, car elles seront nettement insuffisantes pour espérer un reflux  même léger du chômage, ce qui signifie une nouvelle augmentation des dépenses publiques. Et ce ne sont pas, non plus, les quelques centaines de millions récupérées çà et là à travers quelques prélèvements supplémentaires qui vont inverser la tendance. Et dire que Christine Lagarde se fixe comme objectif de revenir sous 3% de déficit en 2013 ! Mais quand va-t-on dire la vérité aux Français ?

Michel Escatafal

10.12.2009

Un débat nauséabond pour cacher la faillite d'une politique

besson.jpgDécidément je n’arrive pas à me faire à l’idée que l’on puisse débattre un peu partout en France sur l’identité nationale…comme on essaie de nous le faire croire. Certes je ne nie pas qu’il y ait nombre de réunions qui soient organisées sur le sujet, avec à chaque fois un minimum de personnes censées réfléchir sur ce que signifie de nos jours être français. Et là est tout le problème, car outre le fait que ce débat sent à mille lieues les arrières pensées électoralistes, être français signifie tout simplement être fidèle le plus possible à ces trois mots qui sont le fondement de notre république, à savoir liberté, égalité et fraternité. A partir de là point n’est besoin de discourir sur le sujet, d’autant que les débats tournent vite aux idées nauséabondes…contraires à notre tradition républicaine, avec par exemple un maire UMP s’en prenant ces derniers jours  publiquement « aux 10 millions d’immigrés payés à rien foutre ».

Alors au lieu de discourir dans le vide, ou d’essayer de faire plaisir à un électorat très droitier qui veut retourner d’où il vient, je crois que Nicolas Sarkozy devrait surtout veiller à ce que tous les Français puissent jouir pleinement de leurs libertés fondamentales, par exemple faire en sorte que la presse soit le plus possible pluraliste. Je n’ai pas besoin d’en rajouter sur un dossier dont j’ai souvent parlé ici-même, tellement le traitement infligé aux divers candidats dans les élections peut s’avérer inégal, y compris et surtout au moment de l’élection présidentielle. Mais il n’y a pas égalité non plus dans de nombreux domaines de notre société…de plus en plus injuste. Est-il normal que les plus riches des Français bénéficient d’un bouclier fiscal solide comme une armure de Philippe-Auguste ou une fortification de Vauban, alors que la quasi-totalité des citoyens croule sous les taxes de toutes sortes.

Et puisque je suis sur le triptyque qui compose la devise de la République, j’ajouterai que la fraternité est, par définition, le lien de solidarité qui unit les membres d’une société. Or jamais ce lien n’a paru plus distendu qu’aujourd’hui, et pas seulement à cause de « la résurgence de certains communautarismes », pour parler comme Nicolas Sarkozy. Quand le chef de l’Etat met à l’index certaines catégories de Français parce qu’ils manifestent leur mauvaise humeur par un mouvement social, ou quand le Premier ministre affirmait, le plus sérieusement du monde, que les régimes spéciaux étaient « l’inégalité la plus criante dans notre pays », je dis que tout simplement on essaie de monter les Français les uns contre les autres ce qui va, évidemment, à l’encontre de la nécessaire fraternité devant unir un peuple.

Heureusement, les Français ne semblent pas dupes de toutes ces basses manœuvres purement politiciennes. Ils le sont d’autant moins que ce gouvernement ne cesse de dire et de faire tout et son contraire, comme en témoigne l’affirmation qu’il faut respecter la Marseillaise, et même la chanter, qu’il faut assister aux cérémonies patriotiques comme le 8 mai ou le 11 novembre…pour sentir le poids de l’histoire, alors que l’on veut supprimer cette discipline pour 50% des élèves de terminales scientifiques. Encore une fois les mots sont plutôt des maux quand on les compare à la réalité de l’action qui est menée. Cela étant cela permet de parler d’autre chose que du chômage qui va atteindre des taux records, des déficits sans précédent du commerce extérieur, du budget de l’Etat (cinq fois supérieur à celui de 2006) et de la dette qui explosent, bref de la faillite complète de la politique qui est menée depuis mai 2007.

Heureusement ce débat auquel les Français n’adhèrent pas, ce qui est déjà rassurant en soi, risque de faire une victime toute désignée…surtout si l’UMP subit une lourde défaite aux prochaines élections régionales, à savoir Eric Besson. Celui-ci en effet, après avoir assumé pleinement sa rupture de ban avec les socialistes, à propos desquels il n’a pas de mots assez durs, au point de devenir un haut cadre du parti présidentiel, avait jusque là réalisé un parcours sans faute aux yeux de Nicolas Sarkozy. Il est vrai qu’il y a mis du sien en avalant toutes les couleuvres, pour ne pas dire les anacondas, dans un ministère dont on ne retient que le renvoi  des clandestins ou la lutte contre les mariages gris. En outre il est une cible privilégiée de l’opposition, comme en témoignent ces propos de François Hollande qui n’hésite pas à affirmer « qu’on utilise Besson parce qu’il a l’ardeur du néophyte, le zèle du traître, une forme d’intelligence, et que ça ennuie le PS».

Avec un tel portrait, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’avait pas droit à l’erreur, et il va sans doute  apprendre à ses dépens que la détermination personnelle ne suffit pas aux yeux de Nicolas Sarkozy, y compris quand on se voit confier un ministère délicat, à coup sûr le plus difficile du gouvernement. A la limite il vaut mieux n’avoir aucun pouvoir, comme par exemple le Premier ministre ! Cela étant, n’est-ce pas Eric Besson qui a affirmé que le « le débat sur l’identité nationale est un talisman pour quiconque a des ambitions présidentielles » ? Alors j’ai envie de dire qu’il a joué et perdu…et que cela me réjouit beaucoup.

Michel Escatafal

06.12.2009

L'histoire et la géographie sont essentielles à la compréhension des enjeux contemporains

Aujourd’hui je ne vais pas me fatiguer beaucoup pour écrire un billet. Je vais simplement me contenter de reprendre ce qu’a dit Jacques Sapir, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, dans une tribune publiée sur Marianne 2 destinée à alerter l’opinion, sur un sujet dont la plupart des médias ont souvent fait l’impasse jusqu’à ces derniers jours, dont voici le résumé : « Obsession de longue date de l’UMP, la disparition des humanités dans les classes est à l’ordre du jour. Le ministre de l’éducation nationale devrait annoncer dans les jours qui viennent la suppression de l’histoire et de la géographie comme matières obligatoires dans les classes scientifiques…Alors que, aujourd’hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l’enseignement d’Histoire et Géographie à cette même proportion ».

Ensuite je vais faire part de la réaction d’une enseignante qui a réagi sur un des forums du journal Libération, dans lequel elle disait : « Si nous sommes nombreux à défendre cet enseignement ce n'est pas par égoïsme disciplinaire : personnellement je suis enseignante titulaire et je ne risque pas de perdre mon "emploi". Je juge simplement cet enseignement essentiel à la compréhension par tous nos élèves (futurs citoyens puisqu'ils ont 17-18 ans en terminale) des enjeux contemporains. Pense-t-on réellement qu’un élève de terminale S se trouvera à l'avenir plus performant de par son manque de culture historique ou géographique ? A un moment où le monde contemporain devient de moins en moins lisible, doit-on retirer à nos élèves la possibilité de réfléchir à des questions telles que la mondialisation (mécanismes, perspectives), les rapports qui régissent les Etats (historique du conflit au Proche-Orient, relations internationales de 1945 à nos jours, place de la France dans le monde), les fondements de la nation en France, la construction européenne, la Ve république…Souhaite-t-on laisser le champ libre à la mémoire, à l’immédiateté médiatique aux dépens de la réflexion historique ou géographique ? Veux-t-on une société de citoyens incultes élevés à la Star Academy » ?

Enfin je vais ajouter la réflexion d’un autre internaute qui dans ce même journal fait remarquer « qu’un peuple qui pense est un peuple qui vote mal, parce qu'il pense avant de voter ». Voilà, une fois encore, Nicolas Sarkozy est pris en flagrant délit de vouloir supprimer un pan important de la formation de nos lycéens. Et cela au moment où ils en ont sans doute le plus besoin pour comprendre ce qui se passe dans le monde contemporain, à partir d’une vision du passé qui permet d’expliquer pourquoi sont prises les décisions politiques d’aujourd’hui, qui vont engager notre pays pour les prochaines décennies. En fait nos gouvernants essaient, tout simplement, de faire en sorte qu’une bonne partie des jeunes gens qui se préparent à entrer sur le marché du travail aient une vision uniquement productiviste de la société. Le rêve absolu du Medef !

Il reste à souhaiter que nous serons nombreux à dire et écrire que cette dérive supplémentaire est tout simplement inacceptable. Il n’y a aucune raison qu’une bonne partie des jeunes gens de notre pays soient privés de l’enseignement de l’histoire et de la géographie, après avoir déjà quasiment perdu celui du latin et du grec ancien. A moins qu’on ne veuille pouvoir réécrire l’histoire tranquillement, comme on le fait dans les pays qui n’ont qu’une vision très parcellaire de la démocratie. Ensuite, quand on aura complètement supprimé l’étude de l’histoire dans les matières obligatoires, il ne restera plus qu’à s’attaquer à la littérature…parce que celle-ci peut être jugée subversive. D’ailleurs n'est-ce pas le candidat à la présidence de la République, Sarkozy Nicolas, qui estimait (à Lyon en février 2006) inutile pour un concours administratif de connaître la Princesse de Clèves, le célèbre roman de Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, comtesse de la Fayette ?

Un dernier mot enfin, et cela concerne à la fois l’histoire et la géographie. Comment peut-on comprendre les complexités du monde actuel si l’on ne sait pas où situer les pays que l’on n’a pas visités, à supposer qu’on puisse le faire pour ceux-là aussi ? Poser la question, c’est y répondre. Il est vrai que les informations qui sont distillées par les chaînes françaises, à part Arte, ne risquent pas de nous faire trop réfléchir sur l’état du monde…pour la simple raison que la plus grande partie des journaux télévisés est consacrée aux faits divers (crimes, viols, accidents etc.), au football, ou aux faits et gestes de Nicolas Sarkozy pour justifier son action. Il en va presque de même de la presse écrite. Dans ses conditions pourquoi les gens auraient-ils besoin d’avoir la plus élémentaire des cultures en histoire, géographie ou littérature ? Espérons simplement que, dans deux ans et demi, les Français éliront un président de la République suffisamment cultivé pour faire de l’enseignement une de ses principales priorités.

Michel Escatafal

04.12.2009

Une nouvelle qui ne fait pas la une des journaux

Rwanda.jpgEn feuilletant le journal Jeune Afrique j’ai découvert une nouvelle qui évidemment ne fait pas la une des médias français, à savoir que le Rwanda a été admis officiellement au sein du Commonwealth. Ceux-ci sont bien trop occupés à chanter les pompes et les œuvres de Nicolas Sarkozy, surtout à quelques jours du sommet de Copenhague sur le climat où il va en faire des tonnes (et pas seulement de CO2), pour essayer de récupérer des voix écologistes avant les élections régionales, après avoir vainement « dragué » les électeurs du Front National avec le débat sur l’identité nationale. Bref, beaucoup trop de choses importantes pour s’occuper de quelque chose qui concerne…le Commonwealth. Et pourtant cette information n’est pas glorieuse pour notre pays, dans la mesure où le Rwanda quitte de plus en plus le giron de la francophonie, alors que ce pays en faisait pleinement partie il y a encore une quinzaine d’années.

En fait si le Rwanda a pris cette décision de vouloir intégrer le Commonwealth (au départ association d’anciennes possessions de l’Empire britannique), c’est tout simplement parce que ses intérêts économiques et politiques, voire même culturels, lui commandaient d’y aller. C’était d’autant plus le cas aux yeux des dirigeants rwandais, que depuis plus de dix ans ses liens se sont fortement distendus avec la France. Cela dit il n’y a pas que le Rwanda dans ce cas, car manifestement notre pays ne fait pas grand-chose pour resserrer ses liens avec les pays francophones, et ce n’est pas avec Nicolas Sarkozy que la situation va changer. En effet, d’une part parler de la francophonie n’est pas de nature à emballer les foules, et d’autre part resserrer les liens avec les pays francophones, notamment en Afrique, ne pourrait se faire que par un immense effort de notre pays pour pratiquer une vraie politique de co-développement.

Ce qui est plus surprenant, du moins pour nous Français, est de voir plusieurs pays n’ayant jamais appartenu à l’espace anglophone poser leur candidature pour faire partie du Commonwealth (à l’instar du Mozambique), par exemple l’Algérie et Madagascar. Cela étant, pour un pays comme le Rwanda, le fait d’adhérer à cet espace anglophone lui permet d’avoir des relations plus directes avec des nations comme la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada, et plus encore de tisser des liens avec les pays voisins (Kenya, Tanzanie et Ouganda), au moment où notre pays semble se désengager de plus en plus d’un espace africain…pour lequel il était il y a peu encore l’interlocuteur privilégié, même s’il a encore des accords militaires avec plusieurs pays.

Bien entendu côté français on minimise cette adhésion au Commowealth du Rwanda, avec qui nous venons de renouer des relations diplomatiques, mais Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères doivent bien constater que, depuis 2008, l’anglais est adopté comme langue principale de l’administration (à part le kinyarwanda), décision au demeurant non conforme à la constitution du Rwanda, et de l’enseignement (de l’école primaire à l’université), au grand dam des professeurs…qui ne parlent pas la langue de Shakespeare, tout cela au détriment du français. Et ce ne sont pas les explications données par les dirigeants rwandais qui vont rassurer la diplomatie française, même s’ils disent que le Rwanda restera membre de l’Organisation internationale de la Francophonie, et que l’on continuera à enseigner le français. En attendant, comme le dit B. Kouchner, « le centre culturel français à Kigali est mangé par les rats ».

En outre, si l’on en croit les dirigeants rwandais, il paraît que ce sont les francophones eux-mêmes qui sont demandeurs pour parler aussi l’anglais, afin de « pouvoir mieux profiter des opportunités qu’offre l’intégration régionale ». Et puis il paraît qu’apprendre une autre langue que le Français ne devrait poser aucun problème, puisque la Francophonie « clame haut et fort la diversité culturelle et le multilinguisme ». Très bien, mais force est de reconnaître que l’influence du français ne cesse de diminuer un peu partout dans le monde, alors que l’anglais et même l’espagnol ne cessent d’étendre leur influence. Si l’on en est là, c’est bien qu’il doit y avoir un problème, et ce ne sont pas les moulinets de notre président de la République, un peu partout dans le monde, qui permettront d’enrayer cette évolution.

Michel Escatafal

 

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