30/04/2013

A propos de la capacité de gouverner le pays...

J.F. Copé : "Hollande est-il vraiment capable de gouverner la France"? Voilà en effet une bonne question, mais s’il y en a bien un qui ne devrait pas se la poser c’est bien J.F. Copé, lui qui a déjà tellement de mal à gouverner…l’UMP. Alors on imagine ce que cela donnerait s’il on lui confiait la gestion de notre pays ! Finalement J.F. Copé est un humoriste qui s’ignore…à condition de savoir apprécier cet humour très spécial. Passons, et revenons à des choses a priori plus sérieuses, même si elles ne le sont pas vraiment, à savoir la possibilité de voir notre pays gouverné par un gouvernement de coalition. C’est le vieux rêve de F. Bayrou, qui d’ailleurs se verrait bien diriger ce gouvernement qu’il appelle de ses vœux depuis bien longtemps.

A ce propos, la première question à se poser serait d’abord de savoir si un tel gouvernement serait viable. La réponse est NON. Pourquoi ? Parce que la constitution de la Cinquième République l’interdit, non pas sur le plan institutionnel, mais dans les faits. En effet, suite à l’élection présidentielle, il y a automatiquement une majorité parlementaire qui est donné au président de la République, afin qu’il puisse exprimer sa volonté sans partage pour gouverner le pays. En fait le Premier ministre est, comme le disait Georges Pompidou, « le premier responsable national », ce qui signifie qu’il laisse au chef de l’Etat « la primauté ». Et le phénomène est encore plus accentué depuis 2002 et l’instauration du quinquennat, avec l’élection législative qui intervient immédiatement après l’élection présidentielle. Quelle serait par exemple la légitimité d’un Premier ministre et de son gouvernement en cas de gouvernement d’union ? Et plus encore, quelle serait la légitimité d’un F. Bayrou, Premier ministre, s’il venait à être appelé à Matignon, lui qui n’est pas élu et dont le parti (MoDem) n’a que deux ou trois députés ?

Certes on nous dit que 78% des Français plébiscitent ce type de gouvernement, d’après un récent sondage. Mais franchement, qui peut croire que les Français interrogés se sont posés toutes les questions que je viens d’évoquer pour répondre à ce sondage ? Personne de censé, ce qui signifie que cette question n’a aucun intérêt. Pire encore, ce sont les électeurs de droite qui sont les plus nombreux à plébisciter un tel gouvernement…parce qu’ils pensent que c’est l’intérêt de leurs partis, et que ce serait une sorte de revanche sur la gauche qui est censé diriger le pays. J’emploie le mot « censé », parce qu’il y a longtemps que F. Hollande n’est plus de gauche…si tant est qu’il l’ait été un jour, à moins de considérer la social-démocratie comme une idéologie de gauche, ce qui n’est pas le cas. J’irais même plus loin, en affirmant que F. Hollande va finir par mener une politique que N. Sarkozy et l’UMP de Copé et Fillon n’ont jamais osé mettre en œuvre pendant les dix ans qu’ils ont eu le pouvoir, avec les résultats que l’on connaît.

La preuve, ce matin j’ai entendu plusieurs chefs d’entreprise (PME) affirmer que les mesures en faveur des entrepreneurs décidées par F. Hollande allaient dans le bon sens, confirmant ainsi ce qu’avait déjà affirmé Laurence Parisot en début d’année, lors de l’accord entre les syndicats et le patronat sur la « flexi-sécurité », sans oublier les accords d’entreprises du type de celui signé chez Renault, auxquels on a accordé une large publicité…dans l’espoir d’en voir beaucoup d’autres voir le jour. Et c’est justement ce que les Copé et autres Borloo ou Fillon ne pardonnent pas à F. Hollande, lequel assume pleinement ses choix en attendant l’embellie de conjoncture qui ne manquera pas d’arriver, en espérant qu’elle intervienne en 2015 ou 2016 au plus tard. Cela lui permettrait de se refaire à grande vitesse une popularité, certes perdue depuis un an, mais qui ne l’est nullement sur le long terme, les électeurs étant très changeants. On l’a vu récemment avec Barack Obama aux Etats-Unis, que beaucoup donnaient battus pour sa réélection, et qui fut réélu sans problème, malgré des résultats mitigés après quatre ans de pouvoir, et après que son parti ait perdu les élections de mi-mandat.

Je pourrais même ajouter que c’est cela la grande crainte des gens de l’UMP, car, dans ce cas, c’en serait sans doute fini de leur parti, dont les différentes composantes se déchirent déjà, leur seul accord résidant dans la critique stérile sur F. Hollande et dans le fait de se réjouir de la montée du chômage…alors qu’ils en sont en grande partie responsables. N’importe quel individu, un tant soit peu informé, sait bien que des mesures destinées à lutter contre le chômage ne peuvent donner leurs effets qu’après une période allant de un à deux ans. Restaurer la compétitivité des entreprises et reprendre des parts de marché à l’exportation ne se fait pas en quelques mois.

En revanche, tout cela ne s’améliorera pas si l’on ne fait rien ou presque, comme l’a démontré l’UMP entre 2002 et 2012 et, plus encore entre 2007 et 2012. Qu’a fait N. Sarkozy pendant cette période ? Rien, sauf donner des cadeaux fiscaux à certains sans contrepartie, financés à crédit. Ce sera ma conclusion, en espérant que ce qui est fait depuis quelques mois finira par porter ses fruits quand la reprise sera là, une reprise d’autant plus nécessaire que la récession s’installe peu ou prou partout en Europe. Même l’Allemagne annonce une croissance très faible, mais pour que l’Allemagne consente à changer de politique il faudra attendre les élections de septembre, qu’une coalition SPD-Verts peut remporter malgré la popularité d’Angela Merkel. Après tout en 2002, Lionel Jospin était populaire, ce qui n’a pas empêché le résultat que l’on connaît.

Michel Escatafal

04/04/2013

F. Hollande doit devenir un homme fort et ne pas se contenter d’être habile

En parcourant les sites web des journaux, j’ai noté cette phrase de Jaurès figurant dans l’Humanité : « Ne vous guindez pas trop sur des échasses de vertu! L’équilibre est instable et les chutes douloureuses». C’est le conseil que je voudrais donner notamment aux élus et partisans de l’UMP ou du Front National. Pour ma part, j’ai de beaucoup préféré la réaction de F. Bayrou, réclamant une loi sur la moralisation de la vie publique, dont il avait d’ailleurs fait son cheval de bataille pendant la campagne présidentielle…sans être beaucoup entendu. Et comme un malheur ne vient jamais seul pour le pouvoir, le Monde révèle aujourd’hui que le trésorier de F. Hollande pendant la dernière campagne présidentielle serait actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, par le biais de son holding financier. Evidemment, comme le dit le quotidien, voilà une info qui tombe très mal en pleine affaire Cahuzac, même s’il n’y a rien d’illégal comme l’affirme l’intéressé, et même si les Français ne sont pas choqués pour presque la moitié d'entre eux si on fraude le fisc. Mais au fait, et si au contraire tout cela tombait trop bien…pour mettre en place des mesures sévères pour faire en sorte que l’évasion fiscale ne se porte mieux chaque jour ?

Je sais, certains vont me dire que je rêve, mais après tout pourquoi ne pas profiter de ce mauvais moment pour légiférer sérieusement sur la moralisation de la vie politique et sur la moralisation dans le monde des affaires, en sachant très bien que c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais au point où en est F. Hollande aujourd’hui que risque-t-il à se lancer dans cette bataille ? Certes pour beaucoup celle-ci est perdue d’avance, mais justement, les plus belles batailles sont celles que l’on entreprend avec peu de chances de succès. En tout cas, c’est de cette manière et seulement de celle-ci que F. Hollande pourrait redorer un blason passablement terni depuis déjà pas mal de temps. La tempête qu’il affronte est la plus rude qu’un président ait eu à affronter en temps de paix, avec des comptes publics et sociaux dans un état calamiteux, une croissance en berne, et l’affaire que l’on connaît. Bref tout va mal, et ce n’est pas près de s’arrêter si des mesures fortes ne sont pas prises.

Pour ma part, n’étant pas socialiste, c’est à sa réaction dans les jours à venir que je vais juger le chef de l’Etat. Ceux qui comme moi ont voté pour lui afin d’empêcher N. Sarkozy de faire un second mandat qui aurait définitivement plongé notre pays dans l’impasse, et qui l’aurait irrémédiablement éloigné de son modèle social, l’attendent au tournant de cette crise à la fois économique et morale. Aura-t-il le courage de s’attaquer aux vrais problèmes du pays ? C’est peut-être sa dernière chance de sauver ce qui peut l’être encore, et ne pas se laisser dicter sa loi par la droite revancharde qui y voit une occasion unique de redorer un blason passablement terni ces dernières années, même si elle n’a rien d’autre à proposer que ce qu’elle a déjà fait ou pas voulu faire. Là est toute la question aujourd’hui, même s’il est souhaitable de ne pas sur-réagir à une succession de mauvaises nouvelles.

Sur ce point au moins, on peut faire confiance à F. Hollande, mais les Français attendent beaucoup plus de lui à présent, et c’est cela qui me rend méfiant pour l’avenir. Et pourtant, chacun sait bien que si notre président se contente d’effets d’annonces dans les circonstances actuelles, son quinquennat est déjà quasiment par terre, et ses chances de réélection nulles. Tout le monde sait bien que N. Sarkozy a traîné comme un boulet sa soirée au Fouquet’s et ses vacances sur le yacht d’un riche homme d’affaires. Et peu importe ensuite qu’il ait fait ceci ou cela, il était battu d’avance à l’élection de 2012. Il l’était d’autant plus que son action politique et économique a été on ne peut plus médiocre, mais son échec n’avait rien à voir avec ça. D’ailleurs il a rassemblé sur son nom plus de 48% des voix au second tour de l’élection présidentielle, ce qui signifie qu’il a gardé  la grande majorité des suffrages de la droite très à droite face à F. Hollande, lequel a reçu l’appoint de nombreux modérés et autres centristes qui ne voulaient en aucun cas voir N. Sarkozy faire un nouveau mandat.

Tout cela pour dire que s’il ne réagit pas fortement, F. Hollande subira aussi une défaite en 2017, parce que les gens lui reprocheront de n’avoir pas osé affronter la tempête politique déclenchée par l’affaire Cahuzac. Ou si l’on préfère, parce que les gens le considèreront définitivement comme un homme qui hésite à prendre ses responsabilités par mauvais temps. Et cela les Français ne le supporteront pas, même si la croissance est de retour, même si le chômage finit par baisser, bref même si le climat des affaires s’améliore. Pourquoi Angela Merkel est populaire en Allemagne ? Parce que les Allemands retrouvent en elle des accents de Bismarck, alors qu’en fait elle ne lui ressemble en rien. F. Hollande, qui n’a pas hérité des marges de manœuvre de la chancelière lors de son arrivée au pouvoir, doit lui aussi prouver qu’il est un homme fort plutôt qu’un homme habile. C’est sa seule chance d’être réélu, et surtout c’est la seule chance pour qu’enfin notre pays, devenu depuis trop d’années la risée du monde, retrouve son rang.

Michel Escatafal

18/02/2013

Dur de gouverner après 10 ans d'UMP et N. Sarkozy!

Décidément, François Hollande n'est pas gâté depuis son arrivée aux affaires! Même  notre industrie agroalimentaire est touchée, et ce n’est pas encore que nous pourrons enfin écrire que la crise s’éloigne. Cela dit, comme je ne cesse  de le répéter, je trouve insupportable que la droite UMP puisse critiquer sans cesse le gouvernement…alors que ce parti est le grand responsable de l’état actuel du pays. Quand on pense qu’il y a un peu plus de dix ans nous étions dans les pas de notre voisin allemand ! Comment l’UMP peut-elle, sans se ridiculiser, critiquer le gouvernement sur tout ce qu’il entreprend, notamment sur le chômage, les déficits et les moyens de les combler, alors qu’elle a été aux affaires pendant dix longues années, avec ces cinq dernières années une gestion rien moins que catastrophique ? C’est cela qui dégoûte les gens de la politique, et le gouvernement aurait  tort de se préoccuper aujourd’hui de l’état de l’opinion. Après tout F. Hollande et le Parti socialiste sont au pouvoir pour cinq ans, et c’est en 2017 qu’il faudra voir les résultats. Soit la situation du pays se sera améliorée, et F. Hollande sera réélu, soit il aura échoué en tout et, dans ce cas, il est quasi certain d’être battu. Pour ma part, je souhaite qu’il fasse en 2013 et 2014 toutes les réformes qui sont à faire, parce que si ce n’est pas le cas elles ne seront pas faites avant 2017.

C’est pour cela que j’invite, comme beaucoup de Français, le pouvoir socialiste à faire ce que la Cour des Comptes lui recommande, quitte à en moduler l’application, afin que notre pays desserre l’étau de l’endettement que lui a laissé N. Sarkozy. F. Hollande  a certes hérité d’une situation désastreuse,  mais ce n’est pas une raison pour essayer de différer la diminution des dépenses publiques, notamment en taillant dans celles qui sont à la fois coûteuses et souvent peu efficaces. La grande réforme fiscale promise ne peut pas vraiment attendre, même si elle a été d’une certaine manière engagée, à un niveau toutefois insuffisant. En outre, le gouvernement et le Parlement doivent impérativement revoir la manière de fonctionner de la fonction publique, sachant qu’il y a à coup sûr des économies à faire. Enfin, les catégories concernées par ces économies devraient comprendre qu’il faut absolument réparer les dégâts causés par la mauvaise gestion précédente. Cela est valable aussi pour toutes les catégories touchées par les hausses de prélèvement, parce que cela devra bien être fait un jour ou l’autre.

J’entends certains retraités dire que N. Sarkozy a préservé leur pouvoir d’achat. Peut-être, mais à quel prix ? J’entends aussi l’UMP se vanter d’avoir fait une réforme des retraites pour pérenniser le système par répartition. Il y a bien eu une réforme, mais chacun savait, et mesure mieux encore de nos jours, que cette réforme n’a nullement réglé le problème. Il faudra donc la faire, et le plus vite possible en utilisant pour cela le système des points accumulés par chacun, avec un minimum pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité de travailler autant qu’ils l’auraient souhaité.  Cela figurait d’ailleurs dans les propositions de F. Bayrou, à l’époque où l’UDF-MoDem était audible. C’est aussi le vœu d’un syndicat comme la CFDT, et peut-être d’autres. Bien évidemment il y aura des réticences à gauche, comme à droite, comme partout. Et bien, ce sera au gouvernement à donner les bonnes explications, et non pas à essayer de caresser l’opinion publique dans le sens du poil, comme l’a fait pendant cinq ans N. Sarkozy…avec les résultats que l’on connaît.

Heureusement, au ministère des Finances il y a quelqu’un comme P. Moscovici, dont on peut être sûr qu’il ne déviera pas de l’objectif de réduction de déficits, tout en essayant de faciliter le retour à meilleure fortune de notre industrie. P. Moscovici sait bien que tout cela doit être fait rapidement, sans casser le peu de croissance attendue. Plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens ! Mais c’est à ce prix que notre pays retrouvera des marges de manœuvre, et tout le monde doit y participer, les actifs comme les inactifs. Je sais que ce sera difficile de convaincre les Français, comme je sais que le gouvernement subira les foudres de tout le monde, mais je sais aussi que ce pouvoir a été élu pour rétablir les équilibres fondamentaux de la France. Que certains ne l’aient pas compris, il fallait s’en douter, mais que le gouvernement se préoccupe exagérément de l’opinion publique ne lui sera pas davantage pardonné…et nous le paierons très cher sur les marchés.

Je voudrais aussi que la présidence de la République et le gouvernement sachent mieux communiquer, parce que si le gouvernement communique mieux il rétablira ce qui manque le plus à l’économie française, la confiance. Depuis six ans je ne cesse de répéter sur ce site que la France a beaucoup d’atouts, y compris par rapport à nos voisins allemands, à commencer par le fait que la France soit un pays jeune grâce à une démographie dynamique. Mais la France a aussi un autre atout considérable, ses bas de laine et le faible endettement de ses habitants, et c’est pour cela que je ne cesse de parler de la confiance. Si les Français consommaient 5% de plus par an, une bonne partie de nos problèmes seraient résolus. Et cela me permet de revenir aux sempiternelles comparaisons avec les Allemands, dont on nous vante sans cesse le taux de chômage, et les performances à l’exportation. Pour l’exportation, c’est vrai : les Allemands ont fait depuis des années les efforts pour conserver leur avance en matière d’exportation, alors que depuis dix ans la France, dirigée par l’UMP, n’a cessé de reculer sur ce plan. En revanche pour le chômage, l’Allemagne a un très gros avantage sur la France, qui sera à terme un énorme handicap, c’est sa démographie. Chaque année, en effet, le nombre de jeunes Allemands arrivant sur le marché du travail est infiniment moindre que dans notre pays, ce qui n’est que trop rarement mis en évidence.

Je pourrais aussi souligner que la politique européenne allemande, à la mode Merkel, est trop peu ambitieuse pour faire de l’Allemagne un pays leader en Europe, comme elle prétend l’être. Que fait l’Allemagne pour tirer la croissance de la zone euro ? Peu de choses, notamment en matière de rémunérations. Il est clair que l'Allemagne, qui voit chaque année augmenter son nombre de pauvres, pourrait faire plus en matière sociale. Elle ne le fait pas et elle a tort car, à terme, elle en subira les conséquences. Ce n’est pas en s’alignant sur les Britanniques, sur tout ce qui concerne les budgets européens, que la zone euro repartira durablement de l’avant. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si la croissance allemande s’est contractée de 0.6% au cours du dernier semestre. Et s’il y a un rebond attendu pour le trimestre en cours, c’est aussi et surtout parce qu’on part de très bas. On peut d’ailleurs se demander, sauf à préserver l’euro fort, pourquoi l’Allemagne et les Pays-Bas, gros pays exportateurs, tiennent tellement à imposer l’austérité partout, surtout quand on voit la récession se généraliser en Europe. Peut-être, sur ce plan, F. Hollande devrait parler plus fort…mais il est plombé par les déficits et l’endettement du pays. On n’en sort décidément pas…ce qui n’empêche pas d’essayer !

Michel Escatafal

 

02/02/2013

Le MoDem toujours assis entre deux chaises

«  Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser », a déclaré F. Bayrou ces derniers jours dans le journal Les Echos. Très bien, sauf que ce n’est sans doute pas si facile à faire, même si c’est nécessaire. Cependant, en y regardant d’un peu près, on s’aperçoit que les choses commencent à bouger, malgré le terrible défi à relever dans un contexte économique international déprimé, où même la Chine enregistrera une croissance nettement moins forte que l’an passé. D'ailleurs sur ce plan il y aurait beaucoup à dire, puisque la croissance chinoise dépend à la fois des exportations vers les autres pays, notamment les plus riches, mais aussi des investissements que le pays réalise. Cela étant, là où je n'arrive pas à suivre F. Bayrou, c’est quand il affirme que si ces changements ne se font pas assez vite, il y aura « un découragement politique des Français ». Comme si ce n'était pas déjà le cas! 

En effet, le découragement est bien présent chez une partie d’entre eux, et comment pourrait-il en être autrement sur fond de chômage croissant, malgré le ralentissement enregistré le mois précédent…qui demande confirmation. Un chômage qu’il est encore difficile d’attribuer en totalité à l’action de F. Hollande, car de nombreux plans sociaux étaient en gestation. Pour autant, le chômage reste à un très haut niveau, et cela va durer encore un certain temps. Toutes les mesures prises ne peuvent donner leur effet que sur le long terme, ce qui est ennuyeux pour le pouvoir dans la mesure où les médias se contentent de rapporter les chiffres, sans oser les agrémenter d'explications…parce que les gens aiment bien les informations concises. Au fait, combien sommes-nous à écouter dans le pays les infos sur France-Culture ? Très peu, et c’est bien dommage. A ce propos, je ne saurais trop recommander à mes lecteurs d’écouter le journal de 12h30 sur cette chaîne de radio, parce qu’on y apprend l’essentiel en un quart d’heure, sans perte de temps avec les résultats de football. Et c’est un amateur de sport qui écrit cela !

Le problème du MoDem, comme je l’ai souvent souligné, c’est qu’il n’a pas une armée de parlementaires, et en plus il est partagé en son sein entre les MoDems de droite et les MoDems de gauche, sans doute les plus nombreux, mais pas suffisamment pour que le MoDem soit une composante de la majorité présidentielle. En outre, ce n’est pas en envisageant des alliances « avec la majorité présidentielle comme avec la droite modérée », pour parler comme Benhamias, que les électeurs auront une ligne suffisamment claire pour être de nouveau crédible. Résultat, lors des prochaines élections municipales, le MoDem se retrouvera encore avec quelques élus par-ci par-là…qui évidemment auront une influence très limitée dans les conseils municipaux où ils siègeront.

Voilà pourquoi je n’ai cessé de dire que la stratégie présidentielle de F. Bayrou n’était pas la bonne, parce qu’on ne peut pas soutenir à la fois l’UMP de Copé, Fillon ou Sarkozy et le Parti Socialiste. Il fallait faire un choix clair de second tour, ce qui aurait préservé l’avenir, et permis de mettre en place plus facilement les nombreuses réformes que l’UMP n’a pas faites ces dix dernières années. La preuve, cela fait déjà deux fois que le patronat salue l'action de François Hollande et son gouvernement, parce qu'ils sont allés aussi loin que possible sur le « pacte de compétitivité » et sur la flexibilité dans le droit du travail...ce qui ne veut pas dire que F. Bayrou n'ait pas raison quand il dit qu’il faut faire encore plus et plus vite.

Cela dit, F. Hollande et son gouvernement doivent faire face à la droite (FN et UMP), à l’extrême-gauche et aux écologistes. Cela fait beaucoup de monde, sans parler de la CGT et de ses revendications d’avant-congrès, qui ne peuvent qu’ajouter de la confusion dans l’esprit de ceux qui sont en difficulté dans leur travail ou leur vie tout court. Et que peut faire le MoDem pour aider à prendre les mesures courageuses que réclame F. Bayrou ? Rien, parce qu’il n’a aucune « division » à offrir au président de la République et au gouvernement. En revanche, si le MoDem avait seulement un petit groupe parlementaire, il pourrait aider le gouvernement face à la multitude de ses opposants, lesquels ne pensent qu’à défendre leur pré-carré électoral, par exemple les écologistes qui en rajoutent toujours une couche, que ce soit sur le mariage pour tous, sur l’intervention au Mali ou sur l’extraction des gaz de schiste.

Un dernier mot pour terminer, en soulignant que la France fait quand même bonne figure à l’international, notamment avec cette opération au Mali…que les Américains commencent à approuver, et qui le font savoir en mettant à disposition de l’armée française du matériel très sophistiqué, et ce gratuitement. Oui gratuitement, contrairement à ce qui était envisagé auparavant.  Là aussi, F. Hollande a su certainement utiliser les mots qu’il fallait pour convaincre l’exécutif américain, ce qui a amené la Grande-Bretagne à faire de même. Finalement, même si notre armée est partie seule au combat, elle se retrouve quelques jours plus tard beaucoup moins isolée que l’UMP ne le faisait remarquer bruyamment. Une UMP qui n’a toujours pas compris comment elle avait pu perdre le pouvoir, alors que depuis dix ans elle a multiplié les échecs sur tous les plans (économie et finances, Europe, affaires étrangères…). Comment des militants du MoDem peuvent-ils envisager de s’allier, ne serait-ce qu’au niveau municipal, avec les représentants d’un parti qui a mené la France là où elle est ? C’est quelque chose que je ne comprends pas.  « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum » !

Michel Escatafal

22/11/2012

Une crise de l'UMP bienvenue pour le gouvernement

François Bayrou a estimé que « la justice a la possibilité d'intervenir dans le fonctionnent interne des associations pour dire la réalité et le droit ». Voilà ce que j’ai lu ce matin sur le site web du Monde à propos du résultat des élections à l’UMP, et c’est effectivement une réflexion pleine de bon sens, qui permettrait de mettre (provisoirement) un terme à cette pantalonnade, qui ridiculise à la fois l’UMP…et la France. Il ne faudrait quand même pas oublier que l’UMP est le principal parti d’opposition dans notre pays, et que cette formation politique a exercé le pouvoir ces dix dernières années. C’est quand même ahurissant, et sans doute sans précédent, de voir un parti se déchirer à ce point, à travers quelques personnes appartenant chacune au camp d’un des deux protagonistes de cette affaire. Décidément N. Sarkozy aura tout raté dans sa présidence, à la fois pour lui, et pour son parti !

Certains, j’en suis sûr, vont m’écrire que je suis vraiment impitoyable envers l’ancien président, et que cela tourne à l’anti-sarkozysme primaire. A ceux-là, je réponds par avance que je réfute ce terme, parce qu’il a une connotation trop péjorative. Je ne connais N. Sarkozy qu’à travers son action politique, mais cela est largement suffisant pour devenir un opposant, ce qui signifie que je ne juge l’ancien président que sur ses résultats. Et force est de constater qu’ils sont aussi désastreux pour la France que pour son parti, l’UMP.  Manifestement, il n’a songé au cours de ses cinq années de présidence, qu’à valoriser son image personnelle au détriment de tout le reste. C’est cela le vrai bilan de N. Sarkozy, et tout le reste ce ne sont que billevesées.

Les problèmes du pays, nous les connaissons, et on peut les résumer par une baisse très forte de notre compétitivité, laquelle se traduit par un déficit commercial considérable, et par une grave détérioration des finances publiques, sans parler évidemment des clivages sociaux exacerbés, résultante de phrases malheureuses envers les corps sociaux ou certaines catégories de Français. Dit autrement, pendant cinq ans, on a eu l’impression qu’on opposait les Français les uns aux autres, en s’imaginant qu’on allait au devant des attentes d’une majorité de citoyens. Cela s’est avéré faux, dans la mesure où la première préoccupation des habitants de notre pays est le chômage. Et les mouvements d’humeur de certains Français, par exemple vis-à-vis des immigrés, sont le plus souvent dus à l’augmentation du chômage plus qu’à toute autre considération. Voilà pour la France !

Passons maintenant à l’UMP qui, je dois l’avouer, m’importe peu, même si je pense qu’il n’est pas sain dans un pays démocratique de n’avoir pas un solide parti d’opposition. Mais la France est un pays assez particulier sur ce plan, parce que des oppositions il y en a partout et sous toutes les formes. Il suffit de voir ce qui se passe à gauche, où un parti ayant deux de ses membres dans le gouvernement, se permet d’empoisonner la vie du gouvernement et de mobiliser des milliers de manifestants, à un moment où le gouvernement est contraint de prendre des mesures difficiles et très impopulaires. Et les écologistes, puisque c’est d’eux dont il s’agit, ne sont pas seuls dans leurs luttes, puisque le Front de Gauche essaie lui aussi d’exister, hors du gouvernement, en proposant des solutions pour sortir de la crise datant des années 60 ou 70, un peu comme si le monde n’avait pas changé depuis cette époque.

Fermons cette longue parenthèse, pour dire d’abord que l’UMP n’est pas un parti ayant la culture démocratique des élections pour désigner son président. J’allais dire son chef, parce que jusqu’à présent ce parti issu du gaullisme, même s’il n’a plus rien à voir avec le général de Gaulle, avait le culte du chef. Autrefois, il y avait le général de Gaulle, puis Georges Pompidou, Jacques Chirac et enfin N. Sarkozy. J.F. Copé se voyait bien revêtir cet habit…si les élections n’avaient pas été le passage obligé pour s’emparer de l’UMP. Il aurait aussi pu le revêtir s’il avait gagné de deux ou trois mille voix ces élections. Ce n’est certes pas beaucoup sur plus de 170.000 votants, mais c’est suffisant pour remporter une victoire qui ne soit pas contestable. Mais gagner de 98 voix, après s’être autoproclamé vainqueur la veille avec mille voix d’avance, c’est trop limite pour ne pas susciter de confusion.

Il y a aussi la personnalité de J.F. Copé, qui fonce sur tout ce qui bouge et qui, comme N. Sarkozy, est fatalement clivant y compris parmi les adhérents de sa famille politique. Et il l’a été d’autant plus qu’il avait en face de lui un adversaire certes déterminé, mais valant surtout par la combattivité de ses plus ardents supporters (Valérie, Pécresse, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Laurent Wauquiez…). D’ailleurs, dans un premier temps, l’ancien Premier ministre a paru s'avouer vaincu assez facilement, avant le retour de flamme hier de ses lieutenants, infiniment plus déterminés. Cette attitude de F. Fillon est d’ailleurs tout à fait dans sa nature, sinon il n’aurait jamais accepté d’être un Premier ministre « consort » pendant cinq ans.

Le plus curieux aussi dans ce combat des chefs, est que chacun dans son camp a marié la carpe et le lapin. F. Fillon, considéré par certains comme un modéré, avait dans ses rangs des soutiens aussi dissemblables qu’Eric Ciotti et François Baroin. Et cela a beaucoup nui à son image, beaucoup plus qu’à celle de J.F. Copé qui, comme N. Sarkozy, passe pour un attrape-tout. La preuve, personne n’a jamais souligné pendant la campagne pour la présidence de l’UMP, le mélange hétéroclite représenté par une association de gens comme J.P. Raffarin ou Luc Chatel et des gens venus ou proches des idées du Front National. Sur ce plan, J.F. Copé ressemble à N. Sarkozy, lequel ne s’embarrassait de ce genre de considérations.

Un dernier mot enfin, car je ne veux pas jouer les commentateurs politiques, d’autant que depuis hier on ne parle que de cette guerre à l’UMP. Simplement je veux souligner que pendant ce temps notre pays reste confronté à tous ses problèmes, et j’en arrive à me dire que cette bataille sauvage arrive finalement au bon moment. En effet, c’est peut-être l’occasion pour F. Hollande de mettre avec un minimum de tranquillité la dernière main aux mesures de redressement du pays, notamment sur l’évolution du marché du travail, et sur une vision  plus réaliste vis-à-vis de l’exploration de notre sous-sol. Rien que pour cela je ne suis pas du tout malheureux de ce qui se passe à l’UMP. Après tout, si César avait beaucoup réfléchi, jamais il n’aurait franchi le Rubicon. A contrario, si Hannibal avait foncé sur Rome après Cannes en Apulie, il s’en serait emparé sans grande difficulté. Voilà deux exemples qui montrent qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud ! Bonne journée à tous.

Michel Escatafal