26.11.2009

L'intérêt général en politique devrait toujours passer avant l'intérêt particulier

rama yade.jpgCe qu’il y a d’étonnant avec Rama Yade c’est sa capacité à faire semblant de se rebeller…pour mieux arriver à ses fins. En cela cette jeune femme, tout juste trentenaire, a déjà tout compris du jeu politicien. Et justement c’est cela qui me gêne chez elle. Pas étonnant que les Guignols la brocardent sur ses pas en avant et en arrière. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, cette manie de la dame de faire semblant de s’opposer au pouvoir, en l’occurrence à Nicolas Sarkozy, juste assez pour que ce dernier se pose une question à son propos, mais en évitant d’aller trop loin…pour ne pas s’attirer durablement les foudres du chef de l’Etat. C’est habile reconnaissons-le, d’autant que Nicolas Sarkozy a autant besoin d’elle qu’elle a besoin de lui.

Certes il y a quelque chose d’agaçant avec ces perpétuels pas de danse que Rama Yade nous inflige chaque mois ou chaque semaine, pour finalement rentrer gentiment dans le rang…quand elle a obtenu ce qu’elle voulait. Ainsi on apprend aujourd’hui qu’elle a écrit au président de la République, avec l’aval du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, pour lui dire qu’elle ne veut pas «  être une éternelle rebelle ». Du coup le chef de l’Etat, qui est aussi le patron de l’UMP, a accepté de l’investir dans les Hauts-de-Seine comme elle le souhaitait…mais aussi dans l’intérêt de l’UMP, car elle est la seule personnalité du gouvernement à être populaire, du moins si l’on en croit les sondages, ce qui va théoriquement donner du poids à la liste UMP dans ce département du 92 à coté de ce pauvre Santini. En tout cas, cela montre bien que la compétence n’est pas nécessairement le premier critère pour désigner les candidats à l’UMP…et ailleurs.

Cela dit j’aimerais bien que Rama Yade se serve de sa popularité, et de son côté  incontournable vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, pour essayer de peser sur les décisions de celui-ci sur des sujets touchant à l’intérêt du pays. Par exemple sur la continuelle augmentation des dépenses et de la dette. Ce serait quand même plus utile que de penser uniquement à son propre intérêt. Or sur les déficits et la dette il y a urgence, et ce n’est pas le soi-disant grand emprunt qui va améliorer la situation, d’autant que les priorités énoncées pour ce grand emprunt ressemblent beaucoup à des dépenses qu’il aurait fallu de toute façon engager.

L’heure est d’autant plus grave, que nous nous précipitons à grande vitesse vers une dette publique qui va représenter 100% du PIB, ce que nous sommes nombreux à prédire depuis quelque temps. En tout cas si certains jugeaient ce chiffre exagéré, ce n’est pas le cas de l’OCDE, laquelle prévoit pour 2010 un déficit de 9% de la richesse nationale, et une dette représentant 90%. On n’est donc, hélas, pas si loin de mes funestes prévisions, et ce ne sont pas quelques coupes dans les dépenses courantes qui seront suffisantes pour enrayer la machine à faire des déficits. D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement avec un gouvernement qui se refuse obstinément à revenir sur certaines mesures fiscales, dont on sait pourtant aujourd’hui qu’elles sont aussi inefficaces qu’inutiles.  En outre, malheureusement pour nous, notre pays est constamment en période électorale, ce qui est rarement le moment pour prendre des mesures courageuses.

Pourtant ces questions on se les pose dans les pays voisins, ce qui ne nous rassure pas sur notre compétitivité dans la décennie à venir. Même les conservateurs britanniques semblent convaincus de la nécessité de mettre fin à la dérive de leurs finances publiques. Ils le sont tellement qu’ils balayent d’un revers de main l’argument selon lequel la réduction des déficits serait fatal à un retour de la croissance. Cet argument c’est surtout celui des travaillistes, même si dans le programme électoral de Gordon Brown, le Premier ministre sortant, il y a la promesse de réduire de moitié le déficit en quatre ans. Certes cela ne mange pas de pain de faire ce type de promesse, mais au moins cela figure dans le programme de la législature.

Gageons que le moment venu (en 2012), comme on peut déjà le constater avant l’ouverture de la campagne pour les prochaines élections régionales, les thèmes privilégiées de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy porteront davantage sur la sécurité, l’immigration  ou l’identité nationale, que sur l’assainissement de nos finances publiques. Espérons simplement que les Français désigneront à ce moment, pour la conduite de leur pays, un de ceux pour qui cette situation est devenue intolérable, avec pour corollaire la mise en œuvre d’une politique infiniment plus courageuse que celle qui nous est infligée depuis bientôt trois ans. Je dis espérons, parce que je n’oublie pas que Georges Bush, par exemple,  a été réélu en 2004 aux Etats-Unis. Et quand on voit dans quel état il a laissé le pays à son successeur cela fait froid dans le dos si, d’aventure, la France cédait de nouveau aux sirènes du sarkozysme.

Michel Escatafal

24.11.2009

Il faut, il n'y a qu'à...

La France est gouvernée, et tous les moyens sont mis en œuvre pour que nous le sachions. Alors on envoie au feu les ministres, en ce moment celui de l’Education nationale (Luc Chatel) et celle de la Santé (Roselyne Bachelot). Bien entendu le chef de l’Etat et du gouvernement, ministre de tous les ministères, Nicolas Sarkozy, prend sa part et même plus encore dans cette communication tous azimuts. Ainsi aujourd’hui le président de la République sera à Epinay-sur-Seine où il va, nous dit-on, évoquer dans un commissariat les problèmes liés à la sécurité, domaine dans lequel là aussi le pouvoir est en train de subir un échec cuisant. Pourtant avec les mesures que le ministre de l’Intérieur, Sarkozy Nicolas, avait prises dès 2002, on devait faire beaucoup mieux en termes de résultats que le gouvernement Jospin. On sait à présent que globalement il n’en est rien, preuve que le « faut qu’on, y a qu’à » et la communication à outrance ne sont pas suffisants.

En attendant on apprend ce matin que nombre d’enseignants de l’Education nationale sont en grève, parce qu’ils n’en peuvent plus de toutes les diminutions de poste dont cette administration est affectée, au point qu’on en est réduit à passer des petites annonces pour recruter en CDD des gens titulaires d’une licence…pour pallier au manque de professeurs. Au nom de quoi tous ces postes sont supprimés ? Réponse, pour faire des économies budgétaires. Dans le même ordre d’idées, pourquoi a-t-on créé les Pôles Emplois avec tous les problèmes que cela pose dans un contexte de chômage accéléré? Réponse, pour rationaliser et in fine pour faire des économies. Bref, on fait soi-disant des économies partout, dans l’enseignement, dans la police, dans la justice etc., et malgré tout jamais notre pays n’a atteint de tels niveaux de déficit et d’endettement public depuis la première guerre mondiale. Cherchez l’erreur !

Cela paraît simpliste, mais c’est une réalité incontournable, et je ne suis pas seul à le dire. D’ailleurs il suffit d’entendre certains sénateurs proches de la majorité pour en être convaincus, notamment ceux qui regrettent qu’on ait accordé une TVA à 5,5% aux restaurateurs, privant ainsi l’Etat de 2,5 à 3 milliards d’euros. Mais qui, à part Nicolas Sarkozy, pensait que cette profession créerait 40.000 emplois et que les prix des repas baisseraient significativement ? Le type même d’une mesure absurde sur le plan financier, mal préparée, et purement démagogique. En étant un peu méchant, je dirais que nous sommes dans la droite ligne de ce qu’a toujours fait Nicolas Sarkozy, et de ce qu’il fait plus encore depuis qu’il est président de la République.

Cependant en termes de démagogie, ce pauvre François Fillon ne le cède en rien à son chef. Et si je dis cela, c’est après l’avoir entendu affirmer qu’il y avait trop de gardes à vue, et surtout s’interroger sur leur utilité. Là François Fillon touche le fond, car il semble oublier qu’il est (théoriquement) le chef du gouvernement et que nous sommes passés, entre 2002 et 2008, de 300.000 à 600.000 gardes à vue. Effectivement avec des chiffres pareils les Français ont le droit de se poser la question de leur utilité, mais pas le Premier ministre…à moins qu’il ne considère être responsable de rien dans le pouvoir. Après tout pourquoi pas ?

Parmi les autres nouvelles lues et entendues un peu partout dans les médias, la décision des autorités britanniques de rouvrir le dossier irakien, avec en filigrane le fait de savoir pourquoi Tony Blair a décidé d’engager son pays dans la guerre en 2003. Pauvres britanniques qui manifestement accumulent les avatars depuis quelques années, après avoir servi de modèle à tellement de dirigeants européens, à commencer par Nicolas Sarkozy. Rappelons simplement que la Grande-Bretagne fait encore plus mal que la France sur le plan des finances publiques (c’est dire !) avec un déficit dépassant 12% du PIB. La situation est tellement grave que l’association patronale britannique CBI, qui se veut apolitique mais qui a plus ou moins toujours soutenu le gouvernement travailliste, est en train de changer de camp c’est-à-dire de se jeter dans les bras des conservateurs…qui vont gagner presque à coup sûr les élections du printemps prochain.

En tout cas le directeur général du CBI, Richard Lambert, a appelé à une réduction rapide des déficits de l’Etat, considérant qu’à partir d’un certain niveau les déficits sont assimilés à du laxisme financier. En outre Richard Lambert ajoute que le prochain gouvernement aura des décisions très difficiles à prendre, pour « placer la Grande-Bretagne sur un chemin crédible pour rééquilibrer les finances publiques ». Et pour enfoncer encore un peu plus le clou, ce dirigeant patronal à qui on faisait remarquer que cette décision risquait d’étouffer la reprise a répondu : « C’est vrai, mais nous pensons que le risque de réduire le déficit trop tard est encore plus important ». Au fait qu’en pense Nicolas Sarkozy ? En tout cas Richard Lambert ne fait qu’affirmer, dans les propos que je viens de rapporter, ce que nous sommes nombreux à dire et écrire depuis que notre pays est engagé dans les graves dérives que l’on connaît en termes de finances publiques.

Michel Escatafal

22.11.2009

On ne gouverne pas le pays, parce qu’on ne se préoccupe que des élections à venir

Au moment où le président de la République fait resurgir le débat sur l’identité nationale, dont tout le monde reconnaît le caractère grossièrement électoraliste, on nous présente comme indispensable une réforme territoriale qui inquiète tout le monde, des élus jusqu’aux citoyens. Pourquoi d’ailleurs se lancer dans cette énième réforme, surtout dans la période de crise que nous vivons ? Difficile de répondre à cette question, sauf à admettre encore une fois que le pouvoir cherche  à brouiller les cartes du paysage politique, et à détourner l’attention sur les multiples échecs de sa politique intérieure et extérieure. Pour durer et pouvoir se présenter avec des chances de succès à la prochaine élection présidentielle, il faut absolument que le pouvoir fasse diversion sur les problèmes qui affectent les Français. Alors tout est bon pour cela quitte à prendre quelques risques politiques, notamment la grogne des élus y compris ceux de son camp.

Certes les élus UMP sont, pour le moment, assez dociles, mais la contagion pourrait être forte assez rapidement, notamment quand la nécessité se fera sentir d’augmenter les impôts locaux…s’ils ne veulent pas tailler dans leurs budgets d’investissements ou sociaux. C’est surtout à ce niveau que les plus réfractaires à la réforme se feront le plus facilement entendre, et cela le président de la République ne devrait pas l’oublier. Evidemment, ayant été lui-même l’élu d’une ville et d’un département qui croule sous la richesse, certaines préoccupations de maires ou conseillers généraux de contrées pauvres doivent lui paraître bien lointaines, mais justement n’est-ce pas le rôle des élus que transmettre au  « monarque républicain » les doléances des Français n’habitant pas les cités ou pullulent les grosses fortunes, d’autant que celles-ci sont de loin les moins nombreuses.

Le problème hélas de ces élus est qu’ils ne pensent qu’à leur réélection, et ce d’autant plus qu’ils ont plusieurs mandats. Je veux bien qu’ils se battent pour leur commune, pour leur canton, mais chacun sait bien qu’arrivés à un certain stade on se bat d’abord pour soi. C’est tout le problème du cumul des mandats…parce qu’à partir d’un certain niveau d’implication, on devient un professionnel de la politique. Comment dans ces conditions avoir le courage de dénoncer les décisions prises par un président de la République, sur le nom de qui on s’est fait élire quelques mois ou quelques années auparavant ? En fait le courage de ces élus ne se manifeste qu’à partir du moment où ils sentent clairement que leur leader ne représente plus pour eux l’avenir. Il suffit de voir les hésitations des élus UMP au moment où Dominique de Villepin devenait un candidat crédible à l’investiture présidentielle, et leur revirement total quand celui-ci n’avait plus aucune chance dès que Nicolas Sarkozy a réussi à reprendre le dessus.

Cela étant, et pour les raisons que je viens d’exposer, si Nicolas Sarkozy s’imagine que ces réformes destinées à assoir son pouvoir passeront comme une lettre à la poste, il risque de se tromper lourdement. Rappelons que la taxe professionnelle  fournit plus de la moitié des revenus fiscaux des communes et des départements, et que sa suppression, dès l’an prochain, risque de plonger leurs finances dans le rouge. A ce propos, si l’on en croit le député socialiste Arnaud de Montebourg, de 25 à 40 départements seront dans l’incapacité de boucler leur budget en 2010 et 2011. Et il aurait pu ajouter que nombre de communes déjà surendettées auront énormément de mal à assurer le seul paiement de leurs intérêts sur emprunt. Et ce n’est pas la promesse de l’Etat de compenser la taxe professionnelle par de nouveaux impôts, sur les antennes de téléphones portables ou les transformateurs électriques par exemple, qui va rassurer les élus. On sait hélas ce que vaut ce type de promesse, d’autant que le pouvoir est lui-même confronté à des déficits abyssaux, lesquels ne peuvent que s’amplifier dans les années à venir…sauf à changer radicalement de politique, ce qui n’est pas envisageable avant 2012.

En revanche je serais un peu plus mesuré dans mes critiques sur la fusion entre les assemblées départementales et régionales. Certes les prérogatives ne sont pas les mêmes, mais avec des élus ne se consacrant qu’à leur mandat (toujours la nécessité d’un non-cumul), peut-être pourrions-nous réaliser certaines économies d’échelle intéressantes…au profit exclusif de ces collectivités. En revanche je suis farouchement hostile au mode de scrutin prévu pour désigner les élus territoriaux de cette nouvelle structure. Il est prévu en effet un seul tour, et celui qui arrive premier est élu, mode de scrutin qui favoriserait énormément le parti présidentiel, l’UMP. On comprend aisément dans ces conditions, l’hostilité de tous les autres partis à cette réforme qui, par parenthèse, montre à travers ce mode d’élection son caractère purement électoraliste.

Décidément avec Nicolas Sarkozy on est toujours dans le même schéma. On ne gouverne pas le pays, on ne se préoccupe pas des déficits et de la dette…mais on prépare sans cesse les prochaines élections. En outre toutes ces réformes qui privent les collectivités de ressources propres ne font que contribuer à ce que l’Etat continue à intervenir dans tous les domaines qu’il a pourtant délégués aux administrations régionales et locales. En outre c’est aussi le meilleur moyen de déconsidérer aux yeux des citoyens ceux qui seront obligés d’augmenter les impôts pour boucler leur budget, surtout s’ils veulent s’occuper du développement économique de leur collectivité. Or justement nombre de ces collectivités sont dirigées par l'opposition. C'est ce qui s'appelle penser à l'intérêt du pays!

Michel Escatafal

16.11.2009

Devoir de réserve ou de résistance ?

marie N'Diaye.jpgLa lauréate du Prix Goncourt 2009, Marie N’Diaye, n’y est pas allée par quatre chemins pour expliquer pourquoi elle a quitté la France pour s’installer à Berlin. Elle a en effet déclaré sans ambages que son départ était dû essentiellement à son dégoût de la France de Nicolas Sarkozy. Et cela a entraîné le courroux du député UMP Eric Raoult, lequel a cru bon d’affirmer que les écrivains qui ont obtenu le prix Goncourt étaient soumis… à un « devoir de réserve ». Apparemment ce député, de surcroît ancien ministre, ne sait manifestement pas en quoi consiste le devoir de réserve, car je ne vois pas à quel titre un écrivain y serait soumis, fut-il le lauréat du plus prestigieux de nos prix littéraires.

Certes Marie N’Diaye a fait fort dans sa critique de la politique de Nicolas Sarkozy touchant à l’immigration, mettant dans le même sac les ministres Besson et Hortefeux…qu’elle « trouve monstrueux », comme elle trouve « détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité » à propos de la France s’aujourd’hui. Je lui laisse la responsabilité de ses propos, sur lesquels elle est d’ailleurs un peu revenue, mais je ne vois pas comment dans un pays qui se veut démocratique on pourrait lui reprocher de les avoir tenus. Après tout elle n’a pas appelé au meurtre, ni à la révolution. Par ailleurs est-ce plus choquant de dire les choses de cette manière que parler de « nettoyage au karcher » dans les cités ? En tout cas une nouvelle fois notre pays est montré du doigt à l’étranger, et notamment en Afrique, où cette sortie d’Eric Raoult a beaucoup choqué.

Vouloir limiter la liberté des écrivains est quand même assez singulier de la part du pays des droits de l’homme. Plus grave encore, j’ai entendu peu de voix dans le parti gouvernemental pour condamner Eric Raoult, ce qui signifie qu’à l’UMP on est globalement d’accord avec lui, et avec celui qui a prononcé ces paroles désormais tristement célèbres et définitives : « La France on l’aime ou on la quitte » ! Cela étant, quand Marie N’Diaye tient les propos qu’elle a tenus, n’est-ce une manière d’affirmer avec force qu’elle aime son pays. En outre, pourquoi et au nom de quel principe devrait-on penser comme Eric Raoult…ou se taire, si l’on a eu le prix Goncourt ? Désolé Monsieur le Député, mais la liberté de parler et de penser ne se marchande pas, et dans ce cas ce n’est plus de devoir de réserve qu’il faut parler, mais de devoir de résistance.

De résistance on pourrait parler aussi à propos de notre mouvement, le MoDem, même si le sujet paraît infiniment moins sérieux. Mais résister à quoi me direz-vous ? Tout simplement à tous ces courants ou initiatives qui déroutent complètement les militants…et les électeurs. La preuve, nous n’arrivons pas à décoller sur le plan électoral, et la raison en est que nous n’avons plus de ligne directrice bien définie. A présent c’est la vice-présidente du MoDem et député européen, Corinne Lepage, qui lance son club citoyen « Terre démocrate », dont l’ambition est de bâtir « un projet de société ». Rien que ça !

Il paraît qu’ils étaient 250 à 300 pour assister au baptême de ce nouveau club. Il y avait nous dit-on des gens du MoDem, d’Europe Ecologie, des Verts, des socialistes, et même Christophe Ginisty qui vient de claquer la porte du MoDem pour le motif qu’il était en désaccord avec la politique de François Bayrou. Tout cela est d’autant plus désolant que je croyais, à tort apparemment, qu’il n’y aurait pas de courants au Mouvement Démocrate, comme autrefois à l’UDF et aujourd’hui plus que jamais au Parti Socialiste. A ce propos il y a tellement de courants au P.S. qu’il y a même des sous-courants, comme en témoignent les divers rassemblements organisés par les cadres du parti.

Et ceux-ci sont tellement nombreux qu’ils ont tous la tentation de réunir leurs maigres troupes dans des mouvements improbables, où se retrouvent les mêmes mouvances que lors du rassemblement organisé par Corinne Lepage pour son « machin », donc avec des responsables du MoDem (le plus souvent Marielle de Sarnez et Benhamias). Du coup on voit à chaque occasion ces socialistes se déchirer, comme hier Ségolène Royal et Vincent Peillon, au point que ce pauvre Jack Lang s’est cru obligé de faire la leçon…alors qu’il a déjà un pied et demi dans la majorité présidentielle. Et bien non, je ne veux pas que mon parti participe à ce spectacle consternant, et se comporte en supplétif des courants socialistes et écologistes. J’ai beaucoup plus d’ambition pour lui, la même qui a permis à François Bayrou d’obtenir 18,5% des voix à la présidentielle de 2007.

Michel Escatafal

02.11.2009

Notre pays perd tous ses principes et tous ses repères

Notre pays est en train de devenir une véritable pétaudière, où tout est fait en dépit du bon sens et où il est permis de dire n’importe quoi sans que personne ne s’en offusque. Et si on trouve que j’exagère, je me contenterais de citer cette déclaration de l’Elysée qui vaut son pesant d’hypocrisie : « Il existe un principe qui est celui de la séparation des pouvoirs. Je suis le président de la République, successeur de Jacques Chirac. S'il y a bien quelqu'un qui ne peut présenter le moindre commentaire, c'est moi. Quels que soient les sentiments que j'ai pu avoir à l'endroit de Jacques Chirac, je ne peux faire aucun commentaire ». Bravo à notre président de la République de rappeler qu’il y a séparation des pouvoirs dans notre république, mais alors pourquoi parler devant des millions de téléspectateurs de « coupables » à propos des prévenus du procès Clearstream ? Plus c’est gros, plus c’est passe, comme dirait l’autre !

Cela étant je comprends que Nicolas Sarkozy puisse avoir de tels trous de mémoire dans la mesure où dans notre pays tout va de mal en pis. Et même la presse complaisante n’arrive plus à trouver des justificatifs à un pouvoir qui n’arrive plus à se justifier. Et comme toujours, quand les choses vont dans le mauvais sens, chacun dans la majorité essaie de faire semblant de se démarquer…pour essayer de préserver son avenir électoral. Quel dur métier d’être godillot ! Même Jean-Pierre Raffarin s’y met, avec ce qu’on appelle avec exagération « la fronde des sénateurs ».

D’autres vont même jusqu’à parler de révolte de « la droite cassoulet », tout cela à propos de la suppression de la taxe professionnelle qui va priver les collectivités locales d’une bonne partie de leurs ressources fiscales. Or, compte tenu des déficits publics abyssaux qui affectent le budget de l’Etat, chacun sait bien que celui-ci ne compensera pas le manque à gagner provoqué par la suppression de la T.P., comme l’a souligné  Alain Juppé en disant que « proposer cela, c’est se foutre du monde ». En fait, députés et sénateurs ont peur qu’on leur reproche un jour de ne pas avoir réagi sur ce problème…surtout si à cause de cela les impôts locaux doivent augmenter.  Certains vont finir par croire que ce n’est pas une sinécure d’être politicien ou « politicard » professionnel !

En revanche on n’a pas encore entendu la « droite cassoulet » sur le fait que la France va devoir importer de grandes quantités d’électricité cet hiver. On nous parle même de l’équivalent de production de quatre centrales nucléaires. Qu’est-ce que cela signifie ? Que l’on n’investit plus assez dans la production d’électricité, malgré les augmentations constantes des tarifs de l’électricité payé par les particuliers et les entreprises.  Et si tout cela était la conséquence d’investissements douteux sur le plan technique et financier ? Au fait la vocation d’EDF n’était-elle pas d’abord d’assurer la suffisance en énergie de notre pays ? Bref, là encore les gens ne se rendaient pas compte de la chance extraordinaire d’avoir des entreprises nationales comme EDF ou GDF pour assurer notre approvisionnement électrique.

Hélas,  malgré les promesses réitérées de Nicolas Sarkozy sur la non-privatisation de GDF, celle-ci est à présent effective. Quant à l’ouverture aux capitaux privés d’EDF, tout le monde sait bien que cela signifie à très court terme la privatisation pure et simple. Voilà les Français prévenus : l’électricité va augmenter dans les mois et les années à venir, et sans doute de manière significative. Il ne restera plus à certains qu’à s’éclairer à la bougie. Et dire que François Bayrou a été quasiment le seul à se battre pour éviter que l’on n’en arrive là, en proposant une grande entreprise publique EDF-GDF, au motif que c’était « l’effort des Français  qui avait permis de construire le réseau jusqu’au plus petit village » ! Personne semble-t-il ne s’en rappelle, et c’est bien dommage.

En tout cas notre leader a bien fait de souligner ces derniers jours, qu’il était scandaleux que le nouveau PDG d’EDF ait pour projet de faire d’EDF, entreprise (encore) publique, le premier actionnaire de Véolia, son ancienne entreprise…dont il conserve la présidence du conseil d’administration. Pour François Bayrou, « on va mettre à la charge du consommateur d'électricité français le désendettement d'une entreprise privée », ajoutant  que « ceci est absolument le contraire des principes qui jusqu'à maintenant avaient inspiré l'action de l'Etat dans ce domaine si sensible de l'électricité ». C’est sans doute cela aussi la fameuse « droite décomplexée » dont parlaient les thuriféraires de Nicolas Sarkozy. Décidément la France est en train de perdre tous ses principes et tous ses repères !

Michel Escatafal

30.10.2009

Tout cela donne le tournis...

La présidence belge de l’Union Européenne, qui va commencer le 1er juillet 2010, va disposer pour ses six mois d’activité d’un budget de 100 millions d’euros, ce qui paraît beaucoup. Toutefois cela ne représente qu’environ 58% des dépenses de la présidence française l’an passé. D’ailleurs le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes belge, Olivier Chastel,  ne se prive pas de dire, à ceux qui trouvent la note salée dans le royaume, qu’avec 100 millions ce sera « une présidence sobre et ambitieuse. Et d’ajouter perfidement : « On est largement en dessous de la France, qui avait dépensé 171 millions ».

 

Décidément dès qu’il s’agit de dépenses liées à l’activité de notre président, qui est aussi Premier ministre et ministre de tous les ministères, la France se situe toujours en tête du peloton. D’ailleurs le tarif moyen pour une présidence européenne se situe entre 70 et 80 millions d’euros, sauf pour l’Allemagne qui avait dépensé 180 millions au premier semestre 2007. Evidemment nous ne pouvions pas faire moins que notre voisin allemand, sauf que notre pays connaissait déjà l’an passé une explosion des déficits qui allait nous amener à la dramatique situation dans laquelle nous nous trouvons, et aujourd’hui moins que demain. Cela dit, j’ai noté la relative gentillesse de la Cour des Comptes qui par la voix de son président, Philippe Seguin, parle d’opérations « mal programmées » avec en outre « un certain nombre de dérives et un certain nombre d’erreurs ». Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites!

 

Néanmoins, au Quai d’Orsay, on a trouvé immédiatement la parade pour expliquer ce que la Cour des Comptes appelle des « dérives », en affirmant péremptoirement que « l’on attend davantage d’une présidence française ». On aurait pu ajouter surtout quand celui qui assure la présidence française s’appelle Nicolas Sarkozy, le dirigeant que le monde entier nous envie…et que les Français dans leur grande majorité ne savent pas apprécier. Et comme si son pouvoir n'était pas suffisant, notre président de la République s’était mis dans l’idée de ressusciter l’empire romain en essayant, au demeurant sans grand succès, de revitaliser l’Union pour la Méditerranée...dans l'espoir évidemment d'en avoir le leadership.

 

Résultat, le 13 juillet 2008, Nicolas Sarkozy a réuni à Paris un sommet pour cette U.P.M.avec à la clé un dîner pour les 43 chefs d’Etat présents qui a coûté plus d'un million d'euros, soit 5050  euros par personne. Et pour l’anecdote, on apprend qu’une douche (entre autres aménagements de locaux avec sanitaires) a été installée pour l'occasion à l'endroit où se tenait le sommet, le coût global depassant 245.000 euros. Au total cette réunion aurait coûté 16,6 millions d’euros. On comprend pourquoi la Cour des Comptes parle d’un « épisode pas très glorieux du point de vue des finances publiques ». Cela étant quand on atteint 150 milliards d’euros de déficit budgétaire, on n’est plus à quelques millions d’euros près. Malgré tout 245.000 euros pour l’installation d’une douche et quelques aménagements de locaux avec sanitaires c’est quand même beaucoup, à moins que la douche ne soit dorée à l’or fin. Et le pire est qu’elle n’aurait même pas servie!

 

Et pendant ce temps le contribuable français souffre de plus en plus, sauf ceux qui sont protégés par le bouclier fiscal auquel il est absolument interdit de toucher. Entre le décompte final des impôts, les taxes d’habitation ou foncières très souvent en hausse significative, sans oublier les assurances, l’eau, le fuel pour le chauffage avant l’hiver, les charges de l’immeuble, bref chaque fois qu’il va chercher son courrier c’est la peur qui envahit notre contribuable. Elle l’envahit d’autant plus qu’il a comme chaque mois ses crédits à rembourser, sachant que son banquier ne lui fera pas de cadeau s’il dépasse son découvert…alors que ses impôts ont permis à l’Etat de consentir des prêts a sa banque comme aux autres, il y a quelques mois.

 

Tout cela sur fond d'une dette publique qui devient de plus en plus abyssale, au point que l'impôt sur le revenu payé par les Français est nettement insuffisant pour en payer les intérêts, je dis bien les intérêts, alors qu'en 1980 un tiers seulement de cet impôt suffisait malgré des taux infiniments plus élevés. Cela les Français commencent à le réaliser, et c'est ce qui me fait dire que les mois à venir pourraient être difficiles pour le pouvoir. Les Français ont compris que le temps des illusions est passé, et ils savent à présent que l’addition à payer sera très sévère et va concerner plusieurs générations. Et ce n’est pas la résurgence des débats surannés sur l’identité nationale qui va détourner leur attention, car désormais une bonne majorité des Français ne fait plus confiance à Nicolas Sarkozy pour résoudre leurs problèmes.

 

Au contraire ils ont le sentiment d’avoir été floués par un homme qui leur promettait tout et le reste, sans en prévoir le financement. Notre président de la République ne sait pas compter, surtout quand il s’agit du budget de la France, sinon comment expliquer une telle explosion de nos déficits. Espérons simplement que les Français auront conscience de l’impasse dans laquelle les conduit un président qui s'est attribué tous les pouvoirs. Espérons aussi qu'ils se rappelleront que chaque fois que notre pays s'est trouvé dans pareille situation le prix à payer en a été démesuré. 

 

Michel Escatafal

22.10.2009

La mobilisation paie...

jean sarkozy.jpgJean Sarkozy renonce à la présidence de l’EPAD ! Décidément avec la famille Sarkozy nous ne sommes pas au bout de nos surprises, mais surtout cela démontre une fois pour toutes que la pression finit toujours par payer. Et c’est pourquoi je demeure convaincu que les Français ont tort de ne pas exercer leurs droits démocratiques, et ce même s’ils sont écoeurés par les comportements politiciens.  La preuve il a suffi qu’une pétition circule et qu’elle  rassemble des dizaines de milliers de signatures, pour que la polémique s’installe durablement au point de voir le pouvoir renoncer à un funeste projet. J’espère que cela servira de leçon pour l’avenir, et au passage j’en profite pour féliciter Christophe Grébert,  à l’origine de cette pétition, sans qui cette affaire n’aurait pas eu le même retentissement.

C’est donc une belle victoire que la démocratie vient de remporter, et il était temps qu’on arrive enfin à faire reculer un pouvoir qui, de son côté,  ne recule devant rien pour servir ses intérêts. C’est quand même une énorme marche arrière de la part du président de la République, et même si j’ai entendu un des porte-paroles de l’UMP (Paillet) affirmer, sans rire, que les Français vont apprécier ce renoncement de Jean Sarkozy, la conclusion de cette affaire est quand même un terrible constat d'échec pour son père.  Et compte tenu du déroulement des débats dans le procès Clearstream, je me demande si courant janvier Nicolas Sarkozy ne va pas au devant d’une cruelle désillusion…qui sera évidemment tout bénéfice pour celui qui devait être « pendu à un croc de boucher ».

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai de plus en plus le sentiment que la machine présidentielle, jusque là assez bien huilée, est en train de s’emballer et d’échapper à ceux qui la pilotent. Pendant deux ans et demi ce pouvoir a communiqué sur tout et n’importe quoi, ce qui lui a permis de faire illusion aux élections européennes. Seulement voilà, le règne de l’esbroufe n’a qu’un temps, et à force de retarder les échéances et les problèmes, ceux-ci finissent par s’imposer inexorablement. C’est la même chose quand une entreprise n’est pas gérée sérieusement, et c’est ce qui arrive à la maison France. Mais le plus étonnant est que tout le monde ou presque est convaincu que nous n’en sommes, hélas, qu’au début d’un processus de dégradation que plus rien ne semble pouvoir arrêter…sauf si le peuple se mobilise en masse.

En effet, aujourd’hui la preuve est faite qu’on peut faire quelque chose contre ce pouvoir et les réformes qu’il nous impose, par exemple celle concernant les collectivités territoriales avec un système électoral tout à l’avantage de l’UMP. Mais ce n’est pas tout, cette réforme va aussi entraîner un « casse » sans précédent des services publics…sous le fallacieux prétexte de faire des économies. Il serait temps en effet de penser à en faire, mais hélas je crains que ce ne soit un vœu pieux, crise ou pas crise. A partir du moment où on commence à parler comme à l’Elysée de bon déficit, plus rien ne pourra arrêter l’explosion des déficits et de la dette. En fait nous faisons ce que font les ménages qui essaient de compenser la baisse de leur pouvoir d’achat par l’emprunt.

La maison France n’a d’ailleurs pas fini de souffrir, car même si la croissance finit par être au rendez-vous, elle sera insuffisante pour donner du travail à ceux qui n’en ont plus, ce qui ne manque pas d’inquiéter aussi ceux qui ont encore un emploi. J’ai entendu cet après-midi que la manifestation organisée par la CGT avait rassemblé beaucoup de monde, ce qui signifie là-aussi que les choses bougent. Certes on nous dira si la croissance n’est pas au rendez-vous, ou au niveau espéré, que ce n’est pas la faute du gouvernement…mais celle de l’euro par exemple. Et c’est vrai que la chute du dollar (1 euro = 1,50 dollar) n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour les entreprises exportatrices.

Cela étant dans d’autres pays on s’accommode très bien d’avoir une monnaie forte car, ne l’oublions pas, cela diminue le poids de notre facture énergétique (payée en dollar), et pour les entreprises le prix des produits importés hors zone euro. Par ailleurs cela augmente le chiffre d’affaires et les résultats des entreprises qui facturent en euro. Bref rien ne démontre, contrairement à ce que dit très souvent le président de la République, qu’un euro fort soit tellement pénalisant pour nos entreprises. Simplement il faut s’adapter et  faire de gros efforts sur la recherche et le développement, et là l’Etat a un rôle à jouer…qu’il ne joue pas faute de moyens. On a beau  tourner le problème dans tous les sens, rien ne va plus dans notre pays, et c’est uniquement la faute du pouvoir. Celui-ci est d’ailleurs tellement déconsidéré qu’il n’est même pas capable de faire appliquer dans son administration les idées loufoques qu’il ne cesse d’inventer. Parmi celles-ci la lecture obligatoire de la fameuse lettre de Guy Moquet.  Bon week-end quand même !

Michel Escatafal

20.10.2009

Le bon commentateur est celui qui encense...

Ah ces journalistes, ce serait tellement mieux s’ils ne pouvaient pas commenter l’actualité ! Voilà en gros ce qu’a dit aujourd’hui encore Nicolas Sarkozy à propos de ceux  qu’il appelle les « commentateurs », qui en plus n’ont pas besoin d’agir. En revanche lui il agit tous les jours, et d’ailleurs il a été élu pour le faire. Point à la ligne ! Voilà ce que pense notre président de la République de tous ceux qui commentent son action, ou plutôt qui ne sont pas là uniquement pour l’encenser.

Cela dit, il y a quelque chose de surréaliste en entendant parler Nicolas Sarkozy, tellement son discours est centré…sur lui-même avant de l’être sur son pays. « Je dois arrêter d'agir parce qu'il y en a un à gauche qui n'est pas content. Ils ne sont jamais contents. Et puis je dois arrêter d'agir aussi puisqu'il y en a un à droite qui n'est pas content ». Mais là où les bras m’en tombent c’est quand il affirme, le plus sérieusement du monde : « Si je dois attendre que tout le monde soit content pour agir, je repasserai à mon successeur le flambeau de tous les problèmes que j'ai trouvés et que j'aurais laissés dans le même état ». Là quand même il fait fort notre président, surtout quand il évoque l’héritage qu’il a reçu. Certes, je suis le premier à dire que l’on aurait pu et dû faire mieux, mais passer d’un déficit déjà trop lourd à l’époque de 36 milliards d’euros à 150 milliards, c’est quand même historique. J’en suis d’ailleurs à me demander si à force de lire les discours que lui fait Henri Guaino, il réalise parfois la portée de ses paroles.

D’ailleurs c’est une première dans l’histoire de notre république de voir un président critiquant autant ceux qui l’ont précédé dans les mêmes fonctions. Oh certes les uns et les autres, général de Gaulle compris, n’ont pas tout réussi pendant leur mandat mais je veux considérer qu’ils ont essayé de faire du mieux qu’ils pouvaient. Pourquoi faut-il que N. Sarkozy se comporte toujours  comme un « petit chef » dans l’administration ou dans une entreprise, qui passe son temps à dénigrer ce qui a été fait avant son arrivée? Oui pourquoi la France s’est-elle donnée à un homme qui donne l’impression que l’expression du suffrage universel doit être à son unique avantage ? Désolé, mais dans une démocratie parlementaire, même l’opposition a des droits et c’est à cela qu’on reconnaît à un pays le droit de se dire démocratique.

Pour revenir à son périple haut-marnais, le président de la République a aussi lancé à la cantonade qu’il allait continuer à se déplacer. « Je dois aller sur le terrain voir ce qui se passe, je dois entendre ce que les gens disent, je dois expliquer ce qu'on fait, et je dois donner le moral aussi, comme si les seules nouvelles qui trouvaient gré aux yeux des commentateurs, c'est (sic) les mauvaises ».  Outre le fait que cette dernière phrase n’est pas d’une grande qualité littéraire, et sans aucun doute hors discours, comment le chef de l’Etat peut-il dire qu’en allant sur le terrain il sera davantage au courant de ce qui se passe dans le pays profond, alors que chacun sait que les personnes qu’il rencontre sont triées sur le volet. D’ailleurs s’il prenait la peine d’écouter les gens, y compris ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, peut-être ferait-il moins d’erreurs et tiendrait-il mieux les multiples promesses qu’il avait faites.

Je ne vais pas les rappeler toutes, mais ou en est-on de l’Etat irréprochable, la diminution du chômage, l’augmentation du pouvoir d’achat, l’école de la réussite, l’aménagement des banlieues, la fin de l’insécurité etc. Je pourrais continuer encore longtemps sur ce registre et, si j’étais cruel, je devrais rajouter de l’équilibre des finances publiques en 2012 au plus tard. Ah j’oubliais, il y a la crise, mais comme je ne cesse de le répéter la crise a bon dos, et malheureusement je suis certain que nous allons être parmi ceux qui vont le plus en souffrir. Mais comment des commentateurs un tant soit peu objectifs pourraient-ils cacher un tel échec global ?

Un dernier mot enfin, je viens d’apprendre que le procureur Marin vient de demander 18 mois de prison avec sursis à l’encontre de  Dominique de Villepin. C’est une peine sévère, mais au moins il garderait ses droits civiques...qui pourrait lui permettre de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Certains disent qu’une candidature avec une telle condamnation sur les épaules ne peut être que rédhibitoire. Et bien c’est un mauvais calcul, car chacun sait bien que nombreux sont les Français qui pensent qu’il s’agit d’un procès politique. En tout cas tout cela va faire du dégât à l’UMP, et les fameux 5 ou 7% que Nicolas Sarkozy pensait perdre en cas de candidature Villepin à la présidentielle, pourraient faire des petits et lui coûter beaucoup plus cher. Après tout il l’aura bien cherché, et il ne pourra pas accuser les commentateurs de commenter un procès qui n’aurait jamais dû avoir lieu sous cette forme.

Michel Escatafal

19.10.2009

Il y a vraiment de quoi être découragé!

Depuis ce matin les radios, la télévision, et les journaux nous font savoir que les dirigeants UMP exultent puisque David Douillet, ex-champion olympique de judo, a été élu député. Je ne veux pas être méchant, mais si pour être député c’est un avantage d’avoir été champion olympique, je pense que Zidane aura toutes ses chances pour une prochaine occasion. Sur le plan de la notoriété c’est quand même autre chose.  Redevenons sérieux, et remarquons que le candidat socialiste battu, Frédérik Bernard, n’a apparemment rien compris à la politique, en disant : « On peut faire des coups, on peut gagner mais ce n’est pas comme cela qu’on fait de la politique ». 

Je ne connais pas ce Monsieur, mais je lui ferais remarquer que sa façon de faire de la politique ne me convient pas non plus, surtout quand on va à l’encontre du vote des militants de son parti. En effet, si j’ai bonne mémoire, j’avais cru comprendre que le Parti socialiste avait voté récemment pour l’arrêt du cumul des mandats, notamment pour les parlementaires qui sont déjà maire. Or Frédérik Bernard est déjà maire de Poissy, donc il n’aurait pas dû être candidat pour cette élection. Et l’on s’étonnera après ça que les deux tiers des gens n’aillent pas voter pour une législative partielle !

Cela étant, je suis quand même très triste de constater que les électeurs français se déplacent de moins en moins pour aller voter, même si leur écoeureement  est compréhensible. On les entend s’indigner sur les forums, vociférer dans la rue contre les agissements du pouvoir, et quand l’occasion leur est donné de montrer au pouvoir qu’ils en ont assez de cette gouvernance qui mène notre pays dans le gouffre, ils ne votent pas. Je crois effectivement que le général de Gaulle avait raison de dire que « les Français sont des veaux » au sens où il l’entendait,  c'est-à-dire quand il les voyait ne pas réagir ou se considérer comme battus par avance avant même d’avoir engagé la bataille. Après tout, peut-être méritons-nous un peu un Nicolas Sarkozy à la tête du pays, même si la sanction peut paraître très dure. Et si les Français finalement lui ressemblaient un peu ou beaucoup, comme les Italiens ressemblent un peu ou beaucoup à Berlusconi ?

Pour en revenir à l’élection dans les Yvelines, le MoDem en a encore pris un coup en se voyant reprocher d’avoir favorisé l’élection de Douillet. Voilà ce que c’est de vouloir faire des alliances à géométrie variable, tantôt avec l’UMP, tantôt avec le P.S., tantôt avec les Verts, plutôt que de rester nous-mêmes, sur un ligne claire de rassemblement autour de nos idées, afin de proposer aux électeurs une alternative crédible et non politicienne. Pourtant à bien y regarder, nous avions devant nous un véritable boulevard au milieu de cet océan de médiocrité offert par les deux grandes formations représentées à l’Assemblée nationale, l’UMP et le Parti  Socialiste.

A ce propos, le P.S. par l’intermédiaire d’un certain Gaétan Gorce  n’en finit pas de se ridiculiser en volant objectivement au secours de Jean Sarkozy, dans sa quête de la présidence de l’EPAD. En proposant que les neuf représentants de l’Etat au sein du Conseil d’administration de l’EPAD s’abstiennent lors du vote pour désigner leur président, il offre une magnifique porte de sortie au pouvoir…qui bien entendu a sauté sur l’occasion par l’intermédiaire de Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement. En effet, même si seuls les élus locaux prenaient part au vote, chacun sait que cela ne changerait rien et que Jean Sarkozy serait élu. La différence est que cette fois il aurait l’accord tacite de l’opposition socialiste. Bravo et merci pour le cadeau, pourra dire Nicolas Sarkozy !

Ce dernier pourra ainsi partir tranquille pour son 278è voyage, à Saint-Dizier cette fois, pour parler de la réforme des collectivités territoriales,  inspirée des travaux du comité Balladur, lequel  estime qu’il aurait mieux valu ne pas supprimer la taxe professionnelle avant d’en avoir fini avec la mise en place de cette  réforme. Comme si Edouard Balladur ne connaissait pas suffisamment Nicolas Sarkozy pour s’étonner de cette précipitation !

Un autre qui semble bien connaître Nicolas Sarkozy, c’est Jean-François Copé. Disons plutôt qu’il essaie de l’imiter en utilisant les méthodes qui lui ont si bien réussies. On se pose en opposant, on place quelques banderilles, juste assez pour montrer qu’on se démarque, sans toutefois aller trop loin pour ne pas susciter la fureur du monarque. Si c’est cela l’avenir de l’UMP pour 2017, ça promet ! A propos, je n’ai entendu aujourd’hui que le silence assourdissant de la quasi-totalité des députés UMP, à commencer par celui de J.F. Copé, sur la création du nouveau fichier destiné à remplacer « Edvige ». Je disais bien, J.F. Copé est courageux mais pas téméraire ! Cela étant,  d’ici 2017 il y aura beaucoup d’eau qui aura coulé sous les ponts de la Garonne, et peut-être qu’à cette époque-là on ne parlera plus de l’UMP qu’au passé.  On peut toujours vivre d’espoir !

Michel Escatafal

16.10.2009

La capacité d'indignation se perd de plus en plus

Est-ce pour déstabiliser le MoDem, déjà mis à mal par des élections européennes peu satisfaisantes, ou bien y-a-t-il quelque chose de vrai dans la possibilité de voir Corinne Lepage quitter le MoDem ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’on la voit ou on l’entend beaucoup depuis quelque temps, et le plus souvent en faisant ami-ami avec les Ecologistes.  Alors pour le moment je m’en tiens au démenti fait sur I Télé ce matin, dans lequel Corinne Lepage affirmait ne pas quitter le MoDem. Nous verrons bien, mais ce qui est sûr c’est qu’il est impensable que notre mouvement perde un à un ses leaders nationaux, à moins que ces leaders soient tout simplement déçus que leur parti ne leur offre pas rapidement les postes ou mandats qu’ils estiment hautement mérités. Seulement pour avoir ce type de récompense il faut avoir plus que 8 ou 10% des voix. Et à  qui la faute si on ne fait pas mieux ? A ceux-là même qui voudraient que nous fassions davantage sur le plan électoral, et qui n’hésitent pas à se lancer dans des alliances improbables.

 

En tout cas, je puis en témoigner, les militants ne font pas ce type de calculs, et essaient de faire le maximum avec les moyens dont ils disposent. En outre ces mêmes militants ne quittent pas leur parti pour un oui ou un non, parce qu’ils ont toujours l’espoir que le MoDem finira bien par retrouver ses valeurs, et puisse de nouveau attirer les électeurs écoeurés par la politique politicienne. Seulement pour cela il faut d’abord croire à ses propres valeurs, même si elles ne permettent pas immédiatement de se traduire en sièges ou mandats électoraux. Il est vrai que c’est tellement plus commode d’être opportuniste, quitte à se contorsionner comme par exemple le fait la Secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade, laquelle après avoir fait un pas en avant dans la critique finit toujours par apporter un bémol à ses dires quelques jours après. En tout cas, elle est jeune mais elle a déjà tout compris du fonctionnement des politiciens professionnels.

 

Pour ce qui me concerne, n’étant candidat à rien, je fais partie de ceux qui ont considéré l’escapade mosellane de Nicolas Sarkozy comme un nouveau « coup de communication ». Pourtant cette région que je connais bien pour y avoir vécu huit ans, mérite mieux que cela. Seulement voilà, aujourd’hui l’Etat est « en faillite» comme l’a dit François Fillon, beaucoup plus d’ailleurs aujourd’hui que quand il l’a dit, et se trouve bien incapable d’assurer correctement la reconversion des pôles industriels frappés par la mondialisation, comme ce fut le cas après la crise de la sidérurgie. Pire même il supprime nombre de casernes qui assuraient une vie locale dans des contrées qui n’avaient plus rien d’autre, et tout cela dans le but de faire des économies. Mais au fait qui c’est l’Etat ? Réponse, en France l’Etat c’est le président de la République, qui est aussi le chef du gouvernement et le ministre de tous les ministères.

 

En disant cela je ne peux cesser de penser à la responsabilité de ceux qui ont demandé et obtenu, que le quinquennat remplace le septennat pour le mandat de président de la République. Beaucoup de monde s’imaginait que passer d’un mandat présidentiel de 7 ans à 5 ans, ne changerait rien de bien important sur le plan institutionnel. Funeste erreur, surtout avec des élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle ! Il fallait bien quand même qu’un jour ou l’autre un Nicolas Sarkozy soit élu président de la République, ce qui signifie une dérive franchement monarchique de la fonction présidentielle. Ce qui avait été une bonne application de la constitution à ses débuts (1958 à 1962), mi-présidentielle, mi-parlementaire, et qui avait été remarquablement illustré entre 1976 et 1981 (Giscard-Barre) avec un président qui fixe les grandes orientations, et un Premier ministre qui conduit la politique de la Nation, est devenu aujourd’hui un véritable pouvoir personnel, entièrement concentré à l’Elysée, au point que tout le monde se demande à quoi sert Monsieur Fillon.

 

Or, et je ne cesse de le répéter, ce type de fonctionnement de nos institutions amène toujours à la confusion, et se termine dans la douleur. L’autorité du chef de gouvernement, sans cesse bafouée, ne peut plus s’exercer y compris et surtout sur les problèmes budgétaires, d’où les dérives que nous connaissons. N’est-il pas significatif que nous ayons droit constamment à des déclarations contradictoires entre les différents ministres, au point parfois qu’on a l’impression qu’ils n’appartiennent pas au même gouvernement. Est-ce normal que les ministres apprennent certaines décisions du chef de l’Etat en pleine conférence de presse ? Voilà où mènent ces dérives institutionnelles.

 

En plus, il n’y a pas dans ce gouvernement de fortes personnalités capables de faire entendre leur voix, voire même de démissionner en cas de désaccord flagrant avec des décisions qui ne leur conviennent pas. Quand on pense à la manière dont Juppé est allé à Canossa, sur la suppression de la taxe professionnelle, on ne peut qu’être atterré alors qu’il n’est même pas ministre. Comment un ministre de la Justice peut-il laisser passer sans rien dire le fait qu’un président de la République parle de coupables à propos du procès Clearstream ? Comment cette même Garde des Sceaux ou le ministre des Affaires étrangères peuvent-ils laisser Nicolas Sarkozy estimer que les poursuites de la justice américaine pour viol contre Roman Polanski ne constituaient pas, trente deux ans après les faits, « une bonne administration de la justice ». Mais de quoi se mêle notre président de la République, et surtout pourquoi faut-il que ce soit des gens comme vous ou moi qui s’indignent avec le plus de véhémence ?

 

Voilà quelques exemples qui démontrent à l’envie que la classe politique française n’a plus cette capacité d’indignation qui a valu la gloire éternelle à quelques uns de ses représentants. On ne demande pas nécessairement à nos politiciens de ressembler à Gambetta, Clémenceau, Poincaré, Aristide Briand ou plus près de nous Pierre Mendès-France ou Chevènement, tous capables de quitter un gouvernement plutôt que « fermer sa gueule ». Mais quand même se laisser piétiner aussi facilement, ou changer de camp pour un portefeuille ministériel apparaît indigne. Et pendant ce temps la crise n’en finit plus de faire des ravages avec comme principale conséquence le chômage, et pendant ce temps on supprime des services publics pourtant indispensables dans certaines régions, et pendant ce temps les paysans ne peuvent plus vivre de leur travail, et pendant ce temps on n’a pas assez d’argent pour encourager le financement, l’innovation, et la capacité exportatrice des PME, et pendant ce temps…Et cela va durer jusqu’en 2012 !

 

Michel Escatafal

Toutes les notes