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16/01/2013

Ça ne va pas bien, mais ça pourrait être pire !

Décidément on ne sait plus quoi trouver pour faire des sondages. La preuve, le dernier sorti, indiquant que deux tiers des français jugent que l’intervention de la France au Mali augmente la menace terroriste dans notre pays. Ce n’est sans doute pas faux, mais un tel sondage est-il bien utile ? Si je dis cela c’est parce que notre pays est en guerre, oui en guerre, pour libérer un pays qui appartient à sa zone d’influence, et qui était menacé d’invasion. Certes, je n’ai jamais aimé les interventions militaires de notre pays au cours des dernières années, qu’il s’agisse de l’Afghanistan et de la Lybie, mais cette fois il semble que nombre des intérêts vitaux pour l’Afrique soient en jeu, sans parler de la violation du territoire d’un pays qui a toujours entretenu des liens particuliers avec la France depuis son indépendance, il y a un peu plus de soixante ans. La preuve, on y parle et on y enseigne toujours en français.

Si j’ai fait la comparaison avec l’Afghanistan, c’est parce que nous n’avions vraiment rien à faire dans ce pays, et j’aurais tendance à dire la même chose en Lybie, d’autant qu’après avoir largement contribué à faire tomber le régime de Kadhafi, la France a aussi permis à nombre d’organisations islamistes de s’armer jusqu’aux dents, si j’en crois ce que disent les chroniqueurs militaires. Et si la chute de Kadhafi n’a pas fait de peine à grand monde, en revanche la dispersion de son stock d’armes, certaines d’ailleurs très modernes, ne pouvait qu’inquiéter les Etats africains du Sahel, d’où la nécessité d’une intervention de la France au Mali. Une intervention au demeurant approuvée un peu partout dans les capitales du monde, d’autant qu’avec tous les problèmes de politique intérieure rencontrés par ce pays ces derniers mois, celui-ci semblait une proie facile pour ses assaillants islamistes. Elle l’était d’autant plus que la géographie du Mali, grand comme deux fois et demie la France mais aux 2/3 désertique, issue de la colonisation rappelons-le, l’expose plus que tout autre à des invasions.

En outre le Mali recèle dans son sous-sol une richesse importante, l’or, même si la production n’est plus aussi forte qu’au début de la décennie 2000. En tout cas, l’or représente les ¾ des richesses d’exportation du pays, ce qui évidemment suscite des convoitises. Malgré tout, et en dépit d’investissements importants en provenance de l’étranger, le Mali demeure un des pays les moins développés dans le monde, ce qui explique largement la faiblesse de son armée. En termes de PNB par habitant, le Mali se situe au 208è rang dans le monde sur 230 pays, avec un indicateur de développement humain encore très faible.

Combien de temps cette guerre va-t-elle durer ? Difficile à dire, d’autant que les Français sont très seuls pour affronter, sur un terrain qui n’a rien de favorable pour eux, des ennemis très déterminés et même surarmés comme je l’évoquais précédemment. Il y a donc risque d’enlisement de nos troupes, si celles-ci ne sont pas rejointes rapidement par des renforts en provenance d’autres pays, certains étant toutefois attendus d’ici quelques jours. Il n’empêche, ce sont nos soldats qui sont en première ligne…avec le danger afférent à ce type de situation. Si j’ajoute cette précision, c’est parce que notre pays n’acceptera pas longtemps de voir des cercueils rentrer de cette expédition, ce qui de facto affaiblirait la position de la France, malgré le soutien affirmé des autres pays, notamment des voisins africains, lesquels n’ont évidemment pas intérêt à voir à leur frontières des ennemis aussi encombrants que les islamistes.

En tout cas le président Hollande a bel et bien démontré que ce n’était pas un « capitaine de pédalo », ce qui semble d’ailleurs quelque peu déranger celui qui l’a traité ainsi, J.L. Mélenchon. Il a aussi démontré son savoir-faire avec les négociateurs sur le droit du travail, puisque l’accord patronat-syndicats (3 sur 5 ce qui est suffisant pour signer un accord) est quand même un succès significatif pour lui, au point que même la droite n’a pas osé trop en parler…faute d’en avoir fait autant au cours des dix dernières années.  Enfin, sur le mariage pour tous, il ne déviera pas de son objectif malgré une manifestation hostile au projet ayant connu un certain succès. Bref, François Hollande commence à se sentir tout à fait bien dans ses habits de président, d’autant qu’il a aussi reçu le satisfecit du patronat pour le « pacte de compétitivité ». Certes celui-ci ne créera pas des emplois comme par miracle, mais cette fois le patronat n’aura pas vraiment d’excuses si les entreprises françaises ne retrouvent pas le chemin de l’exportation, un chemin que nous avons perdu ces dix dernières années.

Certains vont sans doute trouver que j’ai l’air de dire que tout va bien, et que le redressement de notre pays est en marche. Je n’irais évidemment pas jusque-là, parce que ce serait trop facile. Il ne faut pas oublier que la croissance est en panne dans la zone euro, la crise financière ayant laissé des traces plus importantes que prévu, jusques et y compris en Allemagne. Cela veut dire que ladite zone va dépasser les 20 millions de chômeurs d’ici la fin de l’année, comme nous allons dépasser les 3 millions dans notre pays. Cela veut dire aussi que la France ne fera pas mieux que 0.1 ou 0.2% de croissance sauf retournement improbable de la conjoncture, ce qui implique que si l’on veut se rapprocher des 3% de déficit/PIB, il faudra trouver des économies supplémentaires dans le budget de l’Etat, étant entendu qu’on ne peut guère faire plus sur le plan fiscal. Et tout cela sous l’œil des marchés, même si nombre de Français et même d’Européens pensent que les marchés ont trop d’importance. Problème, comme je le dis très souvent, les marchés ce sont les prêteurs, et la prime de risque est une donnée difficilement contournable, n’en déplaise à ceux qui refusent de voir la réalité.

Voilà ce que je ressens au début de cette année qui sera très difficile pour notre pays. Si je dis cela, c’est parce que nous n’avons aucune marge de manœuvre financière faute d’avoir préparé l’avenir ces dix dernières années. J’insiste la dessus, car à l’instar de l’Italie, grande victime des années Berlusconi, les réformes doivent être faites dans un contexte d’autant plus délicat que l’on n’a pas profité des années de croissance à 2% et plus, pour assainir nos finances publiques. Résultat, quand la crise fut venue il a fallu recourir à un endettement massif pour assurer nos fins de mois…ce qui finit toujours par se payer un jour ou l’autre. Puisse les Français s’en rappeler, au lieu de vociférer à la moindre annonce destinée à diminuer les dépenses de l’Etat. De toute façon, si nous ne faisons pas cet effort, celui-ci nous sera imposé de l’extérieur…ce qui n’est quand même pas le plus souhaitable. Au fait, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas parlé du traité franco-allemand qui vient tout juste d’avoir cinquante ans. Merci au général de Gaulle et à Konrad Adenauer d’avoir signé ce traité, qui est à la base de toutes les avancées de l’Union Européenne, celle-ci ne pouvant aboutir politiquement que grâce à ces deux pays.

Michel Escatafal

 

03/11/2012

Il faut que Barack Obama soit élu…

Cette fois nous y sommes : dans quatre jours nous connaîtrons le nom du président élu aux Etats-Unis. Et j’espère que ce sera Barack Obama. Pourquoi ? Par idéologie ? Non, si je veux qu’il soit réélu, c’est tout simplement parce que Barack Obama, au-delà de la déception légitime qu’il a pu susciter après avoir donné autant d’espoirs, a quand même réussi à faire en sorte que les Américains de la classe moyenne et plus encore les plus pauvres aient quelques motifs supplémentaires d’espérer en des jours meilleurs. Déjà, nombre d’entre eux pourront se soigner un peu mieux, ce qui est quand même la moindre des choses dans le pays qui dégage les plus grandes richesses sur la planète. Ensuite, après avoir mis fin à la guerre en Irak, il est en train de faire de même en Afghanistan. Enfin, après avoir mis longtemps à faire redémarrer l’économie américaine, il semble que cette fois la reprise se dessine, comme en témoigne le nombre d’emplois non-agricoles créés aux Etats-Unis en octobre (171.000), largement supérieur aux attentes (120.000). Et si ces chiffres paraissent quelque peu providentiels à quelques jours de l’élection, ils sont confortés par une révision en hausse des créations d’emplois en août et septembre par le Département du Travail.

Oh certes, ce n’est pas encore l’embellie que certains aimeraient encore plus prononcée, mais au moins on est sur la bonne voie, même si le camp républicain fait remarquer que cette hausse des créations d’emplois ne fait pas baisser le taux de chômage. A ce propos,  l’équipe de Mitt Romney fait semblant d’oublier qu’il n’y a pas automaticité entre les créations d’emplois et la baisse du chômage, pour la simple raison qu’au plus profond de la crise, au moins jusqu’à la fin de l’année passée, nombre de personnes sans emploi et ayant considéré qu’elles n’avaient aucune chance d’en trouver un à court terme, ont préféré se désinscrire du chômage. Là, dans un contexte meilleur, après avoir collectionné les petits boulots, beaucoup de ces chômeurs rayés des statistiques ont décidé de se réinscrire. Bien entendu, les soutiens de Mitt Romney n’entrent pas dans ces considérations…qui ne les arrangent pas, contrairement à ceux qui commencent à retrouver du travail. Et ceux-là votent aussi, et ils pourraient bien voter finalement pour Barack Obama.

Les républicains sont d’ailleurs très oublieux du bilan catastrophique des huit années au pouvoir de Georges W. Bush, un peu d’ailleurs comme l’UMP en France, qui oublie trop facilement qu’elle a exercé le pouvoir pendant dix ans entre 2002 et 2012. Fermons la parenthèse, pour noter que si les sondages sont toujours aussi serrés pour l’élection présidentielle américaine, des signes de plus en plus positifs apparaissent au bénéfice de Barack Obama. Même Wall Street mise sur une victoire d’Obama, alors que chacun sait bien que la préférence de la Bourse américaine va au candidat républicain. Wall Street sent bien que même si l’économie américaine est loin d’être au niveau espéré (base de croissance de l’ordre de 2% du PIB), le climat des affaires est beaucoup plus positif que celui de ces dernières années.

N’oublions pas que cela fait quand même 29 mois consécutifs qu’il y a création d’emplois aux Etats-Unis, avec 5.5 millions de postes de travail créés depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, au milieu d’une dépression comme les Etats-Unis n’en avaient plus connu depuis 1929. Et cette dépression, comme chacun devrait le savoir, avait pour cause une politique initiée en grande partie à l’époque de Georges W. Bush président, avec la véritable prise de pouvoir de la finance sur l’économie américaine et mondiale. Une politique ayant pour base une politique monétaire désespérément accommodante, avec la création d’outils financiers de plus en plus sophistiqués, mais aussi de plus en plus nocifs à partir du moment où les emprunteurs ne peuvent plus ni rembourser leurs prêts, ni évidemment en contracter d’autres.

Barack Obama a donc hérité de tout cela, et cela les Américains le savent, puisque 51% d’entre eux considèrent que les difficultés accumulées ces dernières années sont en grande partie de la faute de l’Administration Bush ce qui, naturellement, n’est pas à l’avantage de Mitt Romney. En fait le seul avantage de Mitt Romney dans ce contexte est  que les Américains, comme les Européens, croient que la droite sait mieux gérer que la gauche ou le centre-gauche…ce qui est tout aussi faux en Amérique du Nord qu’en Europe. Il y a comme cela des raccourcis qui ont la vie dure ! Cela étant, il semble bien que tout cela soit insuffisant pour faire basculer la tendance favorable à Barack Obama, lequel semble avoir repris un petit avantage sur son rival au cours des derniers jours, un avantage qui devrait être plus conséquent encore s’il n’avait pas raté inexplicablement son premier débat télévisé.

Dommage, mais l’actuel président, très sportif, aurait dû savoir qu’un match n’est jamais gagné jusqu’au coup de sifflet final. Pour autant, son adversaire a tellement peu de charisme par rapport à lui, qu’il n’a pas pu profiter pleinement de son triomphe lors du premier débat, d’autant que dans les deux autres il a montré ses limites face à un président qui jouait de nouveau sa partition au niveau que l’on attend de lui. En outre, si les électeurs républicains, comme c’est le cas des électeurs de droite partout ailleurs, forment un électorat fidèle par comparaison avec celui de gauche ou de centre-gauche plus volatile, Barack Obama semble avoir parmi les minorités une réserve de voix importante qui fait défaut à son rival. En tout cas, et je le répète, il faut espérer pour les Américains et le monde que Barack Obama soit élu, car les mêmes causes provoquant les mêmes effets, ce sera le retour à une politique étrangère agressive, alors même que la puissance américaine est de plus en plus contestée, et ce sera de nouveau la prééminence du laisser-faire en matière économique et financière, ô combien apprécié dans les riches milieux d’affaires, mais aussi ô combien douloureux pour ceux qui en sont très éloignés, sans parler bien sûr d’une dévaluation accélérée du dollar pour favoriser les exportations.

Michel Escatafal

02/06/2012

L'amnésie règne à l'UMP

Comme nous pouvons le lire dans la presse ce matin, la rencontre entre F. Hollande et V. Poutine a fait apparaître de nombreux désaccords entre les deux hommes sur les affaires du monde, mais aussi un accord sur le fait que les échanges entre les deux pays sont nettement insuffisants. Et comme le souligne l’Humanité, on peut considérer que c’est certainement l’essentiel pour les deux chefs d’Etat. Cela dit, je voudrais relever encore une fois le nombre d’âneries que l’on peut lire sur les divers forums des journaux…dont on peut se demander à quoi ils peuvent bien servir, sauf à faire le prêche de convertis. En effet, d’un côté on a les irréductibles nostalgiques du sarkozysme et du pouvoir UMP, et de l’autres des gens qui ont tendance à approuver aveuglément tout ce que fait le nouveau président et son gouvernement. Essayons donc d’avoir un peu de hauteur, pour mieux appréhender les résultats ou plutôt les perspectives qui ressortent de cette première rencontre entre les chefs d’Etat russe et français nouvellement élus, avant d'évoquer les élections législatives.

Tout d’abord, les arguments préélectoraux de l’UMP (avant l’élection présidentielle) indiquant que F. Hollande « se coucherait » devant les grands de ce monde ne tiennent décidément pas. Je ne sais si c’est la fonction qui fait l’homme ou l’inverse, mais force est de constater que le président français n’a pas peur d’affronter ses pairs et de leur donner son point de vue…alors que son prédécesseur se contentait de faire des moulinets à destination de l’opinion française. Il faisait croire qu’il se comportait comme un grand, mais disait amen à tout. En fait le seul moment où il a été réellement volontariste ce fut dans l’affaire libyenne, sous l’impulsion de B.H. Lévy qui, à cette occasion, s’est comporté en véritable ministre des Affaires étrangères, au point que cela a beaucoup chatouillé l’ego du titulaire du poste à l’époque. Sinon, que ce soit sur la scène européenne ou mondiale, N. Sarkozy a passé son temps à faire de l’esbroufe.

A propos de l’affaire libyenne, ce fut d’ailleurs tellement un fiasco sur le plan diplomatique, que désormais Russes et Chinois mettront systématiquement leur véto au Conseil de Sécurité pour toute demande d’intervention de l’ONU. Et tout cela parce que l’intervention en Libye a largement dépassé le cadre  de la résolution de l’ONU, laquelle en aucun cas ne prévoyait la mort de Kadhafi et des membres de sa famille. Donc si certains à l’UMP font semblant de regretter l’intransigeance russe ou chinoise, c’est en grande partie de la faute de N. Sarkozy…et pas celle de F. Hollande qui, en tout état de cause, n’aurait pas agi de la même manière que son prédécesseur. D’ailleurs, contrairement à ce que disent ses contempteurs, notre nouveau président n’a jamais dit qu’il allait attaquer la Syrie. Il a simplement affirmé que la France ne s’impliquerait dans une éventuelle opération militaire qu’en cas de mandat de l’ONU…ce qui apparaît impossible et me soulage, sentiment que partagent nombre de Français.

Passons à autre chose pour noter que la ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Sylvia Pinel, pourrait perdre son poste de ministre si elle était battue aux prochaines élections législatives dans la deuxième circonscription du Tarn-et-Garonne, où F. Hollande a réalisé un de ses plus petits scores. Je ne comprends pas cette règle, que je qualifierais d’imbécile, dans la mesure où il y a des circonscriptions qui sont très facilement gagnables si on est le candidat d’un parti bien implanté sur la circonscription, et d’autres qui sont impossibles à gagner si on n’est pas du bon côté…ce qui était le cas quand je me suis présenté à ces élections il y a cinq ans pour le compte de l’UDF-MoDem. Dans la cinquième circonscription du Gard, il suffit d’être le candidat socialiste pour être élu, tout comme à Neuilly il suffit d’être le candidat UMP. Alors pourquoi sanctionner un ministre-candidat courageux qui se présente là où il est très difficile de se faire élire, alors que les critères pour maintenir ou non un ministre à son poste devraient être uniquement sa compétence et son intégrité? En tout cas, j’espère que Sylvia Pinel, âgée de trente quatre ans,  sera réélue car elle représente le nécessaire renouvellement de la vie politique française.

Autre bain de fraîcheur offert par la politique française ces dernières semaines, la limitation des rémunérations dans les entreprises à capitaux publics. Oh certes cela ne va pas régler nos problèmes de déficits, mais au moins il y aura une forme d’exemplarité au moment où le pays impose à ses habitants de faire des sacrifices. A ce propos, on observera que l’ancienne majorité présidentielle aura non seulement favorisé ces dérives dans la rémunération des entreprises publiques et autres, mais les heureux récipiendaires auront bénéficié en plus des exonérations fiscales réservées aux plus favorisés. Reconnaissons que sur ce plan « le changement c’est maintenant », même si l’on sait que les mesures douloureuses viendront après les élections législatives. Mais les Français seront d’autant plus enclins à comprendre ces mesures que la pression fiscale sera mieux partagée, alors que ces dernières années les impôts et taxes de toutes sortes étaient de plus en plus lourds pour ceux qui avaient du mal à les payer.

Un dernier mot pour souligner à quel point l’héritage des années Sarkozy et plus globalement des années UMP depuis 2002 est lourd à supporter. Quand on s’imagine, comme ne cesse de le répéter A. Montebourg, que la France s’est davantage désindustrialisé que la Grande-Bretagne qui en avait fait un choix économique, on mesure à quel point notre pays a régressé. Comment dans ces conditions pouvoir exporter, créer des emplois, alors que des pans entiers de notre économie et de notre industrie se sont effondrés ? A croire que ceux qui ont mené et soutenu cette politique sont devenus amnésiques! Raison de plus pour donner une majorité au Parti Socialiste et ses alliés Verts et Radicaux de gauche lors des scrutins des 10 et 17 juin. En revanche, plus on va et plus on a l’impression que le MoDem sera le principal absent du prochain parlement. Il est vrai que le choix de ne pas choisir jusqu’au jeudi précédant le 6 mai était le moyen le plus sûr pour que notre mouvement ne pèse plus du tout dans le paysage politique. Désolé de me répéter, mais tout cela m’est insupportable d’autant que le Nouveau Centre aura dix ou quinze députés élus, alors que son candidat (H. Morin) plafonnait à 0.5% des voix dans les sondages avant de se retirer par peur du ridicule.

Michel Escatafal

 

22/05/2012

A propos des premiers pas diplomatiques de F. Hollande...

En lisant quelques remarques de forumers sur les sites web des journaux parisiens, je me disais que jamais dans notre pays ou en tout cas depuis bien longtemps, nous n’avions eu une telle fracture entre personnes s’intéressant à la politique de près ou de loin. J’ai d’ailleurs ressenti la même chose lors d’une soirée où j’étais invité, quand quelqu’un s’est cru autorisé à parler de politique, notamment en vilipendant le nouveau président de la République. Tout cela, on en conviendra aisément, est le fruit d’une période de cinq ans où l’on n’a cessé d’opposer les Français les uns contre les autres. C’est aussi la résultante d’une campagne présidentielle où la haine prenait de plus en plus le pas sur l’humour, surtout dans les dernières semaines.

Oui, vraiment, nous avions besoin d’une démocratie apaisée, et il faudra un certain temps pour qu’il en soit ainsi. Il faudra surtout que l’UMP, devenue l’opposition, se comporte en parti opposant et non en parti d’invectives d’un autre âge ou de polémiques ridicules, ligne choisie par un de ses chefs, J.F. Copé. Je dis un de ses chefs, parce que personne n’est capable de dire qui commande à l’UMP entre F. Fillon, A. Juppé, et J.F. Copé. Enfin j’espère que mes amis centristes, les vrais, c’est-à-dire ceux du MoDem version décembre 2007, retrouveront le goût de la politique au sens noble du terme, une fois débarrassés des UMP déguisés en centristes, sous peine de voir notre mouvement disparaître définitivement de la vie politique française.

Après cette introduction quelque peu pessimiste, je voudrais à présent aborder un des aspects les plus importants des compétences du chef de l’Etat, celui des affaires étrangères. Bien évidemment je vais faire allusion aux premiers pas sur la scène diplomatique de F. Hollande, dont tout le monde ou presque souligne qu’ils furent dans l’ensemble réussis, au point que les analystes de Saxo Banque soulignent que « le bon déroulement du G8 et le bon accueil des propositions sur la croissance du président français ont quelque peu rassuré le moral des investisseurs » (Lu dans la Tribune de ce jour). On n’en attendait pas moins d’un fort en thème qui, de surcroît, a la réputation de bien étudier et connaître ses dossiers. On n’en attendait pas moins non plus d’un homme qui veut absolument se démarquer de ce qui a été fait pendant cinq ans par N. Sarkozy, lequel déterminait sa politique extérieure au gré des vents hexagonaux, afin de donner l’illusion aux Français, à défaut des habitants de la planète, qu’il avait un pouvoir considérable sur les affaires du monde.

Rappelons-nous le nombre de fois qu’il a imposé des règles à la finance internationale, qu’il a éradiqué les paradis fiscaux, sans parler du nombre de sauvetages de la Grèce et de la monnaie européenne. Rappelons-nous surtout comment il a transformé la diplomatie de notre pays, en faisant une nation à la fois alignée sur les Etats-Unis et pratiquant le suivisme avec l’Allemagne, parce que cette dernière avait de meilleurs résultats que les nôtres sur le plan économique. N. Sarkozy oubliait que si la France avait tellement décroché de notre partenaire rhénan, au point de voir notre pays emprunter à des taux d’intérêt doubles de ceux des Allemands (taux à dix ans), alors que les courbes se confondaient jusqu’en 2008, c’est parce qu'il avait préféré les cadeaux fiscaux aux plus riches plutôt qu’apporter une aide plus conséquente aux entreprises pour faire de la recherche et du développement, ou pour trouver des marchés à l’exportation.

Fermons la parenthèse, pour voir de quelle manière notre nouveau président de la République va appréhender son rôle en matière de politique extérieure. En disant cela, je ne fais pas allusion à la Constitution de la Cinquième République, dont chacun sait que la pratique a institué une suprématie présidentielle de facto au détriment de la majorité parlementaire représentée par le Premier ministre. Sur ce plan, aucune nouveauté, le « domaine réservé » du président (affaires étrangères et défense) demeurera pour peu que le peuple confirme son vote présidentiel lors des élections législatives le mois prochain. D'ailleurs cela ne gêne personne, même si ce « domaine réservé » n’est inscrit nulle part dans le texte constitutionnel. Pour mémoire, c’est Jacques Chaban-Delmas, président de l’Assemblée Nationale en 1959, qui avait employé pour la première fois l’expression « domaine réservé », lors des assises nationales du mouvement gaulliste, appelé à l’époque UNR (Union pour la Nouvelle République).

Cela me permet de faire quelques remarques à la fois historiques et actuelles sur cette pratique présidentielle, en soulignant tout d’abord que François Mitterrand avait contesté ce domaine réservé du président, ce qui ne l’avait pas empêché de l’exercer autant qu’il le pouvait y compris en période de cohabitation. Si j'évoque la cohabitation, c'est parce que dans ce cas la donne est changée. N’oublions pas que la Constitution, voulue par le général de Gaulle, n’octroie pas au président le monopole du pouvoir décisionnel sur le plan diplomatique et militaire, puisqu’il faut pour ratifier un traité un contreseing ministériel. Il faut donc, dans ce cas, une étroite liaison entre le président de la République et l’équipe gouvernementale, représentée à la fois par le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères.

En effet, si le président de la République est « le garant de l’indépendance nationale » et « le chef des armées », l’article 21 de la Constitution de 1958 indique bien que « le Premier ministre est responsable de la défense nationale », alors que l’article 20 précise que le gouvernement « dispose de la force armée ». Tout cela confirme qu’en période de cohabitation le président est loin d’avoir les mains libres, comme il peut l’avoir quand il y a concordance des majorités, présidentielle et parlementaire. Rien que pour cette raison, la cohabitation n’est pas souhaitable, d’autant que les relations internationales ne se limitent pas uniquement aux problèmes de défense, comme c’était le cas jusqu’au milieu du vingtième siècle, puisqu’elles impliquent de plus en plus de nos jours des problèmes de finances publiques, agricoles, environnementaux, lesquels relèvent de la compétence constitutionnelle du gouvernement.

Voilà quelques réflexions sur le rôle du président de la République en matière diplomatique, en notant que le nouveau ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, n’est pas un fidèle du président de la République, comme ont pu l’être Maurice Couve de Murville du temps du général de Gaulle, Jean François-Poncet à l’époque de Valéry Giscard d’Estaing ou Claude Cheysson avec François Mitterrand entre 1981 et 1984, sans oublier Dominique de Villepin avec Jacques Chirac entre 2002 et 2004. On est plutôt avec François Hollande dans la configuration du premier gouvernement formé sous le septennat de Jacques Chirac (entre 1995 et 1997) avec Hervé de Charrette, qui fut par le passé un des plus fervents soutiens de Valéry Giscard d’Estaing, ennemi intime de J. Chirac. Evidemment, je ne parlerais pas du rôle de Bernard Kouchner en 2007, qui faisait partie des ministres dits « d’ouverture » voulus par N. Sarkozy…parce que les Affaires étrangères étaient traitées, en tout et pour tout, par la cellule de l’Elysée.

Un dernier mot enfin, pour redire encore une fois la nécessité de donner au président de la République une vraie majorité, afin qu’il puisse conduire la politique sur laquelle il a été élu le 6 mai dernier. Oh certes, chacun sait bien que F. Hollande ne va pas transformer le pays d’un coup de baguette magique. Chacun sait bien aussi qu’il sera bien obligé de s’adapter aux contraintes financières qui ne laissent quasiment aucune marge de manœuvre, mais s’il réussissait, ne serait-ce que partiellement, à permettre un retour de la croissance, et donc de la confiance des Français dans l’avenir, la pari du redressement serait presque gagné. J’aimerais que le MoDem puisse prendre sa part dans ce travail de reconstruction, mais je sais hélas que notre parti est trop tiraillé entre son courant de droite et son courant de gauche, pour pouvoir peser réellement sur les affaires du pays. Quand F. Bayrou et les dirigeants du MoDem auront-ils compris qu’il faut une fois pour toutes choisir son camp, entre un rapprochement totalement incompatible avec l’UMP, même dans sa partie la moins intolérante, et celui beaucoup plus naturel avec le Parti socialiste? Le MoDem sera une formation de centre plutôt à gauche ou ne sera plus.

Michel Escatafal

 

22/01/2012

Des leçons à retenir...

Alors que j’attends toujours l’intervention de F. Bayrou sur notre engagement extérieur en Afghanistan, je voudrais de nouveau revenir sur cette attaque afghane contre nos soldats, pour dire encore une fois ma répulsion pour cette intervention dans un pays lointain où nous n’avons strictement rien à faire. Et le pire est qu’on essaie de nous faire croire que nous intervenons en Afghanistan pour apporter la civilisation, en nous disant par exemple que nous sommes là-bas pour permettre à des jeunes filles d’aller à l’école, ou pour éviter que les femmes soient lapidées, ou encore pour que les Afghans puissent écouter de la musique ou aller au cinéma etc. Le problème c’est qu’en réalité nous ne sommes pas partie prenante de cette guerre pour ces seuls motifs, comme je ne cesse de l’affirmer.

D’ailleurs si c’était pour apporter la démocratie, les Occidentaux devraient intervenir dans nombre de pays, par exemple la Corée du Nord…ce qu’ils se gardent de faire, parce que les Coréens du Nord ont l’arme atomique. En outre, pour arriver à prendre le pouvoir une première fois, les talibans ont quand même bénéficié de la complaisance de certains pays qui aujourd’hui veulent les chasser du pouvoir…à moins qu’on ne finisse par négocier avec eux après avoir mis le pays à feu et à sang. Non, vraiment, jamais nous n’aurions dû nous engager dans ce bourbier, et surtout de la manière dont la France s’est embarquée dans cette galère meurtrière depuis 2008. Et là je reviens à ce que disait F. Bayrou en avril 2008 quand il affirmait : « Si le front mis en place cédait, en effet, cela serait dramatique pour toute une partie du monde et l'écho, n'en doutons pas, en serait ressenti jusqu'à chez nous ».

Cruelles paroles prononcées par notre candidat en pensant que dans moins de deux ans nous allons quitter le pays en laissant les talibans maîtres de l’Afghanistan, sans pour cela que la face du monde en soit changée. Oui, il faut absolument que François Bayrou sorte de cette ambigüité au plus vite et affirme haut et fort, comme François Hollande, que la France rapatriera nos soldats avant la fin 2012. Qu’allons-nous raconter sur le sujet aux gens qui vont nous parler de cela, si le candidat du MoDem a exactement la même position sur la question que le candidat de l’UMP ? J’imagine que l’on va nous brocarder surtout dans les endroits, de plus en plus nombreux, où un des leurs est mort dans cette sale guerre.

Un dernier mot enfin sur ce sujet, pour dire que si le régime que soutiennent les Occidentaux ne rencontre aucune adhésion de la part des Afghans, c’est peut-être aussi que la question se pose de sa légitimité, et que les quelques élites qui vivent encore au pays ou ailleurs, savent bien que les Américains qui ont soutenu et armé les talibans à une certaine époque, sont surtout intéressés par ce pays pour des raisons stratégiques et économiques. Et je suis persuadé que tôt ou tard, et sans doute plus tôt qu’on ne le croit à l’approche des élections américaines, les négociations avec les talibans, modérés ou pas, vont prendre une tournure décisive au profit certes des talibans, mais aussi des Américains. Ceux-ci en effet pourront compter sur des gens capables de sécuriser leurs approvisionnements en hydrocarbures et, en même temps, susceptibles de les aider à assurer la stabilité du Pakistan voisin, pays qui rappelons-le détient l’arme atomique. Mais en attendant il y aura des milliers de morts afghans et nombre de soldats de ce que l’on appelle la coalition, dont les nôtres. Autant de bonnes raisons pour lesquelles je ne veux pas qu’on croit les militants du MoDem plus naïfs qu’ils ne le sont réellement. Au contraire ce qui nous différencie des adhérents de l’UMP, je n’ose pas dire des militants parce qu’ils n’en sont pas, c’est justement de garder notre esprit critique.

Et puisque je suis sur les théâtres d’opérations extérieures, j’en profite pour rappeler que des manifestants ont assiégé et mis à mal le siège du Conseil National de Transition en Lybie. Encore une magnifique action des troupes de l’Otan avec la participation ô combien active de la France ! Il y avait de tout parmi ces manifestants, des jeunes, des vieux, bref une véritable foule qui commence à réaliser qu’avec Kadhafi ce n’était pas forcément plus mal qu’avec les dirigeants qui l’ont renversé…avec l’aide des bombes de l’OTAN, notamment celles lâchées par les avions français. Au moins à l’époque de Kadhafi  il y avait un certain ordre dans le pays, et surtout des conditions de vie acceptables pour le plus grand nombre, même si c’était une dictature pure et dure. Et si j’ajoute cela, c’est bien évidemment parce que j’ai toujours considéré Kadhafi comme un  véritable dictateur, y compris en 2007 quand, en fin d’année, il fut reçu en grande pompe à l’Elysée. Ah j’oubliais, on devait signer avec lui de mirifiques contrats : on parlait même de l’équivalent de dix milliards d’euros soit trente mille emplois sur cinq ans. En réalité, combien d’emplois ont été créés dans le cadre de cette mascarade ?

Le plus triste dans cette intervention libyenne est que plus personne n’en parle en France, comme si elle était déjà passée par pertes et profits, alors que cela nous a coûté des centaines de millions d’euros. Sommes-nous tellement riches, pour nous permettre pareilles folies ? Curieux que pour des interventions de ce type on trouve les ressources, alors qu’on n’en trouve pas pour la santé, pour l’éducation ou la justice, sans parler de l’action sociale ! Et là encore, F. Bayrou ne s’est pas comporté en visionnaire en parlant à propos de l’accord de l’ONU pour intervenir en Lybie de « victoire diplomatique de la France ». Cela étant il n’était pas le seul, car tous les autres leaders de parti étaient à l’unisson, y compris J.L. Mélanchon. En fait, la seule qui était aussi lucide que nombre de Français qui, comme moi, savaient bien que tout cela se terminerait dans la confusion s’appelle Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte Ouvrière, laquelle affirmait qu’une intervention à caractère impérialiste « ce n’est jamais dans l’intérêt des peuples », ajoutant que ce sont toujours les peuples qui en payent le plus lourd tribut, comme ce fut le cas en Irak et en Afghanistan ».

Force est de reconnaître que sur ce plan elle avait raison ! Espérons que toutes ces mauvaises décisions prises par N. Sarkozy tout au long de son mandat serviront de leçon pour ceux qui aspirent à le remplacer, y compris F. Bayrou, qui conserve toutes ses chances pour le second tour. En attendant, on a beau chercher, mais ce quinquennat n’aura été qu’une succession ininterrompue d’échecs. Certes j’ai l’impression de me répéter mais, comme disait Talleyrand, « si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant »…en espérant que les Français soient très, très  nombreux à partager mon avis.

Michel Escatafal