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21/06/2011

Le 20 juin 1789 évoque beaucoup de sujets actuels...

20 juin 1789 : voilà une des premières dates que l’on apprenait à l’école primaire, sous l’appellation de Serment du jeu de paume. En fait c’est le 18 juin qu’a eu lieu le grand évènement, puisque le Tiers-Etat a pris le nom d’Assemblée Nationale. Cela faisait des semaines, aux Etats Généraux de Versailles, que les trois ordres essayaient vainement de s’entendre, le clergé et la noblesse refusant de se mêler au peuple représenté par le Tiers-Etat. Et c’est à cause de ce désaccord sans issue que les représentants du peuple ont considéré qu’avec cette Assemblée Nationale, c’était toute la nation qui était représentée. Ensuite ils sont allés à la salle du Jeu de Paume, pour jurer solennellement « de ne point se séparer jusqu’à ce que la Constitution soit établie et affermie sur des fondements stables », autant de mots que l’on retrouvera dans la Gazette…parce que cette phrase devait changer la vie des Français. Déjà ! Cela dit, la Constitution c’était l’ensemble des lois qui devaient décider du gouvernement du pays. Du coup le roi Louis XVI* n’allait plus s’appeler « roi de France », mais « roi des Français », et désormais il allait devoir gouverner avec l’Assemblée.

Voilà pour l’histoire du Serment du Jeu de Paume allant du 17 au 20 juin 1789. Qu’en est-il aujourd’hui de cette manière de gouverner ? La réponse nous la connaissons, surtout depuis quatre ans et un peu plus que N. Sarkozy gouverne le pays, presque comme un monarque absolu, situation totalement inédite dans l’histoire de la Cinquième République, du moins sous une forme aussi exacerbée. Il est vrai que la Constitution ne vaut d’abord que par la manière dont elle est appliquée. Comme le disait Raymond Barre : « La Constitution de 1958 a fait ses preuves, elle s’est adaptée à des circonstances différentes avec souplesse ». Et il ajoutait : « S’écarter de ses principes et de ses mécanismes risque, à terme, de nous ramener au régime des partis dont notre histoire a montré les funestes résultats ». Tout est dit ou presque dans ces quelques phrases sur le sujet.

Puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que la Constitution n’a pas toujours été présidentialiste. Elle a été parlementaire pendant la première période de pouvoir du général de Gaulle jusqu’en 1962. Elle l’est redevenue  pendant la période 1976-1981, sous le septennat de  Valéry Giscard d’Estaing avec Raymond Barre comme Premier ministre. Elle l’a été plus encore, évidemment, pendant les deux périodes de cohabitation. Chaque fois dans des circonstances pourtant très différentes, le Premier ministre a assuré librement la conduite des affaires du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958.

Sur ce plan on se rappellera que Michel Debré, entre 1959 et 1961, a reconnu lui-même s’être comporté en véritable Premier ministre, comme disent les constitutionnalistes, en réunissant à de nombreuses reprises son gouvernement en conseil de cabinet. On ajoutera en plus qu’à cette époque, le Sénat était hostile au président de la République et que cela n’a pas empêché les institutions de fonctionner. De même Raymond Barre, confronté à l’opposition du RPR dans sa propre majorité, a toujours dit qu’il n’avait jamais été réellement empêché d’agir dans la direction qu’il s’était fixée. En revanche, ce pauvre François Fillon n'aura marqué son passage à Matignon que par son incapacité à prendre la moindre décision, ce qui lui vaudra d'être à coup sûr relégué aux oubliettes de l'histoire. Il l'aura bien cherché!

A ce propos on notera que les débats qui surgissent çà et là sur la Constitution, sont à chaque fois pour le chef de l’Etat, comme pour le Parti Socialiste, un moyen de s’arroger quelques prérogatives supplémentaires sans trop se soucier d’apporter des améliorations sur le fonctionnement des institutions. Les socialistes par exemple, ont longtemps souhaité une modification du mode d’élection des sénateurs, sur lequel il y aurait effectivement beaucoup à dire. Mais dans quel but ? Tout simplement pour pouvoir enfin s’assurer la majorité dans la Haute assemblée. Clairement, on discute entre UMP et PS de points de détail…qui peuvent permettre aux uns et aux autres d’y trouver avantage. En revanche, ils sont beaucoup moins pressés de modifier le système électoral pour élire les députés, parce qu’ils s’en accommodent parfaitement, qu’ils soient au pouvoir, ce qui leur assure la tranquillité que procure une majorité fatalement aux ordres, ou dans l’opposition où aucune autre formation ne peut marcher sur leurs plates-bandes, faute d'être représentée à l’Assemblée...ou si peu.

De fait ce binôme UMP-PS, que l’on connaît dans notre pays depuis  beaucoup trop longtemps,  est finalement extrêmement paralysant pour mettre en œuvre les vraies réformes, d’autant que ces deux partis sont tellement habitué à faire leurs petites affaires à deux, qu’ils refusent évidemment toute intrusion d’un autre  partenaire. Certes il n’est pas question de revenir aux pratiques de la IVè République, mais une représentation nationale plus proche de la réalité politique aurait le mérite d’élargir l’opposition parlementaire, et donc de donner plus de poids au Parlement. Et pour couronner le tout, on a substitué le quinquennat au septennat « monarchique ». A titre personnel, je n’y étais pas très favorable, car cela ne permet plus au président de la République de garder une distance d’arbitre, qui lui confère son autorité. On a trop vu ce qui s’est passé avec Nicolas Sarkozy comme président, même si l’on peut imaginer qu’il aurait fait la même chose avec le septennat, mais il aurait quand même dû tenir compte d’une échéance législative en cours de mandat. Là, il est à la fois président de la République et Premier ministre ce qui est en contradiction totale avec la Constitution.

Et puisque l’on parle des institutions l’UMP, qui ne craint pas le ridicule, veut interdire l’organisation des primaires du parti socialiste, sous le fallacieux prétexte que cela « pourrait déboucher sur un véritable flicage des fonctionnaires territoriaux ».  Nombre de personnalités de l’UMP participent à ce mouvement, le dernier en date étant J.F. Copé qui s’inquiète pour les agents municipaux et les présidents d’association. Comme c’est touchant ! Pour autant, est-ce tellement utile de faire un vote pour désigner le candidat socialiste, même si cela est plutôt flatteur pour la démocratie, dans la mesure où cela va raviver de terribles tensions…qui n’annonceraient rien de bon pour la véritable élection en mai 2012. En revanche si l’élection se déroule dans les meilleures conditions, et si le candidat du Parti Socialiste voit tous les éléphants se rallier derrière le candidat désigné, alors la donne pourrait changer. Nous verrons bien !

En tout cas j’aimerais bien que les candidats socialistes se préoccupent un peu plus de ce qui se passe en Libye, où la guerre commence à avoir un coût exorbitant. On vient d'apprendre en effet que le surcoût de la guerre que nous avons déclenchée représente déjà 87 millions d'euros. Cela étant, le plus triste est qu'on aide tellement les Libyens, qu’un quartier de Tripoli a été attaqué ce week-end, ce qui aurait provoqué la mort de neuf personnes. On va finir par se demander si cette guerre n’allait pas faire tuer beaucoup plus d’innocents que Khadafi n’a tué de rebelles, avec en prime un pays ruiné, pillé dans son économie, en totale anarchie politique, sans oublier près d’un million de réfugiés si l’on en croit les organisations internationales. Au fait que fait notre Parlement à propos de cette guerre que nous faisons à un pays qui ne nous a pas déclaré la guerre ? Que fera-t-il en juillet lors de la session qui devra être programmée pour respecter la constitution, laquelle prévoit que lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement ? En réalité on connaît d’avance le résultat, avec la majorité UMP qui va voter comme un seul homme pour poursuivre l’intervention, et un Parti socialiste qui fera semblant d’ouvrir le débat, mais qui ne s’engagera pas comme nombre de ses militants le souhaiteraient…parce qu’il se veut un parti de gouvernement.

Heureusement qu’il y a François Bayrou pour rehausser le niveau, et aborder les vrais sujets, notamment l’endettement public, les déficits de tous ordres, et la bonne gouvernance européenne. C’est pour cela que j’ai été très satisfait de l’entendre dire à propos de la Grèce que "nous dansons sur un fil au dessus de l'abîme", critiquant en cela la décision des ministres des Finances de la zone euro, consistant à débloquer une nouvelle tranche de prêts à la Grèce, à condition que cette dernière adopte un nouveau plan de rigueur. Pour notre leader, "cette décision de mettre une pression de plus sur les Grecs…risque d’organiser la confrontation, l'affrontement entre le peuple grec et l'idée européenne". Il faudrait, à ses yeux "avoir une Europe présente, solidaire et qui en donnant sa garantie permette à la Grèce d'emprunter moins cher". En outre il a souligné à juste titre que la France ne se trouvait certes pas dans la situation de la Grèce, mais avait elle-même des difficultés dont il faudra bien s’occuper à l’avenir. Il aurait pu ajouter que chaque mois, chaque jour qui passe représente une difficulté de plus pour opérer le redressement du pays, ce que N. Sarkozy semble ne pas avoir compris, parce que si c’était le cas il aurait déjà remis son mandat en jeu pour éviter un an de campagne électorale avec la démagogie y afférent.

Fermons la parenthèse pour préciser que quelques jours après le Serment du jeu de paume, le prix du pain avait augmenté dans des proportions considérables…parce qu’un véritable « pacte de famine » avait été organisé, disait-on, par les nobles et les marchands de pain, pour  rendre impopulaire le Tiers-Etat. Je ne sais pas ce qu’il y a de vrai dans cette affaire, mais une chose est sûre : en imposant aux Grecs toujours plus de sacrifices, nombreux sont les habitants de ce pays ayant l’impression qu’on les punit pour des péchés qu’ils n’ont pas commis. Et ce qui arrive aux Grecs se met aussi en place plus ou moins rapidement en Espagne, au Portugal, en Irlande et ailleurs, dont la France. Cela dit, en France, N. Sarkozy administre les potions amères en promettant un avenir meilleur après 2012. C’est ce qu’il a fait aujourd’hui en Lozère en promettant qu’il n’y aurait "aucune fermeture de classe" dans les écoles primaires à la rentrée 2012, hors critères démographiques, sans revenir bien entendu sur les 1500 fermetures programmées cette année. Il a simplement oublié qu’il y a des élections l’an prochain…et que la rentrée 2012 ne le concernera plus. Il a aussi oublié les leçons de la Révolution qui devaient promouvoir l’égalité et la fraternité, autant de notions qu’il aura combattues avec constance pendant la totalité de son quinquennat.

Michel Escatafal

*Hasard du calendrier : cela fait 220 ans aujourd'hui que Louis XVI s'est enfui avec sa famille avant d'être reconnu par le facteur Drouet, alors que l'on changeait les chevaux de sa grosse berline à Sainte-Ménéhould (Marne). Il fut ramené à Paris trois jours plus tard, le 24 juin.

 

23/07/2008

Jack Lang et les radicaux dits de gauche au secours de Nicolas Sarkozy !

langetsarko.jpgJe savais hélas que j’avais raison quand je disais que la réforme constitutionnelle serait adoptée. Oh certes, ce fut loin d’être un plébiscite pour le président de la République, mais le résultat est là : cinquante ans tout juste après la naissance de la 5è République, la nouvelle Constitution  entrera en vigueur dans quelques mois. Cela permettra à Nicolas Sarkozy de venir à Versailles s’exprimer solennellement devant les députés et les sénateurs,  et de devenir officiellement le seul patron de la majorité parlementaire et de  l’exécutif ce qui, dans les faits, était déjà le cas depuis son arrivée à l’Elysée. A ce propos, puisque le Premier Ministre n’a plus aucun rôle, que se passerait-il en cas de cohabitation ?

Bien sûr, on va me faire remarquer que depuis l’adoption du quinquennat cela relève presque de l’utopie, mais le cas peut quand même se présenter. Cela dit, Nicolas Sarkozy a eu ce qu’il voulait et c’est bien là l’essentiel pour lui. Il a gagné d’une voix certes, mais il a gagné grâce à l’apport de quelques voix venues de ce que l’on appelle la gauche. Passe encore que des gens comme Bernard Debré et quelques fidèles de Dominique de Villepin, hostiles au texte, se soient laissé  convaincre par le président de la République au motif fallacieux de ne pas vouloir prendre le risque d’une crise politique. Mais que dire des radicaux dits de gauche ou de Jack Lang, dont les voix ont été déterminantes pour l’adoption de ce texte ?

Il est vrai que ce n’est une  surprise pour personne de voir ces parlementaires s’affranchir des consignes de leur parti ou de leur groupe, dans la mesure où cela fait déjà un certain temps qu’ils flirtent avec la majorité UMP. Simplement, par rapport à d’autres (Besson, Kouchner…)  ils franchissent le Rubicon à petits pas. Ils se hâtent lentement, mais ils avancent. Vers quoi ? Sans doute vers quelques postes ministériels ou présidences au contenu qu’ils jugeraient suffisamment prestigieux pour leur auguste personne. On parle pour Jack Lang du poste de « défenseur des droits des citoyens ». A mon avis, je ne pense pas qu’il postule pour un tel poste, trop peu médiatisé, mais il y en a tellement d’autres…

En tout cas Jack Lang aura prouvé définitivement qu’il n’a aucune conviction, ce que pour ma part j’ai toujours pensé.  C’est le type même de l’opportuniste qui a fait carrière parce qu’il a été socialiste au bon moment. Il doit pourtant beaucoup à ce parti, car n’oublions pas qu’outre ses fonctions ministérielles, il a été député dans plusieurs  circonscriptions par la volonté du P.S. y compris dans des endroits où il n’avait sans doute jamais mis les pieds. Que serait-il allé faire à Boulogne sur Mer, lui qui est beaucoup plus un homme du Trocadéro ou des Champs-Elysées. Enfin, il y a chez les socialistes de telles incongruités (Strauss-Kahn élu de Sarcelles) qu’on n’est pas à une près. Et puis c’est aussi aux électeurs à donner leur opinion en refusant de voter pour « un parachuté » qui n’habite pas dans le département.

Quant aux radicaux de gauche, il y a longtemps que je pense comme Krivine (cela peut m’arriver), à savoir « qu’ils n’ont rien à voir avec la classe ouvrière ». Quelle différence y-a-t’il en effet entre des gens comme Baylet et Borloo ? Aucune, et ils ont le même appétit de pouvoir. D’ailleurs certains disent que Tapie, de nouveau riche, pourrait être le fédérateur aux élections européennes de ce qui reste d’un parti, aujourd’hui séparé en deux groupuscules, qui a compté dans ses rangs des gens comme Gambetta ou Herriot. Je dis cela en ayant conscience du caractère outrageant pour ces deux hommes d’évoquer leur nom à côté de Tapie, Baylet ou Borloo.

A côté de ces gens sans foi qui n’ont pas hésité à voter contre leur camp, car n’oublions pas qu’ils ont été élus contre des candidats de la majorité UMP aux dernières élections législatives, il en est d’autres qui ont respecté les consignes de leur parti, mais qui regrettent que ce dernier (le Parti Socialiste) ait donné une consigne de vote. Ceux-là aussi nous les connaissons, notamment Manuel Valls le député-maire d’Evry,  car déjà l’an passé ils se posaient des questions quant à franchir le pas qui les mènerait à rejoindre Nicolas Sarkozy. Ils ont résisté l’an passé et ils ont continué encore lors de ce congrès, mais à quel prix. Ils ont  été jusqu’à dire qu’ils ont presque été obligés (les pauvres) à voter contre un texte qu’ils jugeaient à peu près acceptable. Ils en ont même rajouté une couche en parlant, à propos du PS « d’incapacité à s’abstraire d’une forme d’antisarkozysme pavlovien qui le conduit à s’opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République ».

Mais  pourquoi Manuel Valls n’a-t-il pas soutenu François Bayrou l’an passé, seul candidat à regretter ce clivage bloqué droite-gauche ? En fait en agissant ainsi, ces parlementaires ont pensé assurer  leurs arrières pour 2012. Soit Nicolas Sarkozy est réélu et leurs chances seront grandes d’avoir un poste ministériel très important, soit c’est le candidat socialiste et ils se sentiront fort pour exiger le même poste compte tenu du fait qu’ils auront dit non à une certaine époque au tentateur de l’Elysée.  Et si c’est François Bayrou qui est élu ? J’espère dans ce cas que ce dernier saura choisir avant tout des hommes qui seront là d’abord pour servir le pays. Je n’en dirais pas davantage. Cela dit, ces misérables sentiments me font penser à ce qui s’est passé en 1869, quand Clément Duvernois et Emile Ollivier se mirent en tête de rallier leur cause à celle de l’Empire.

Michel Escatafal