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15/04/2015

Le gouvernement a face à lui toutes sortes de républicains

Je ne sais pas si c’est un bon signe pour lui, mais six français sur dix souhaitent que Manuel Valls reste à son poste et, surtout, garde le même cap économique. De quoi donner des boutons aux « frondeurs » et à la supposée patronne des Verts, Cécile Duflot, elle-même de plus en plus en difficulté dans son parti, d’autant qu’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), vient de subir une terrible déconvenue aux dernières élections municipales avec à peine 2% des voix. En outre ce mini parti est très divisé avec certains de ses leaders qui veulent aller au gouvernement (Barbara Pompili, V. Placé, F. de Rugy, Emmanuelle Cosse…) et d’autres à l’instar de Cécile Duflot qui préfèrent un rapprochement avec les autres éclopés des départementales que sont les communistes et les mélenchonistes.

 

Mais cela n’empêche pas les « frondeurs », de plus en plus isolés, de continuer à critiquer à fond le gouvernement, au point qu’on se demande si finalement ils ne préfèreraient pas voir N. Sarkozy à l’Elysée plutôt que F. Hollande ou Manuel Valls. Problème, si c’est le cas en 2017, plus personne ne parlera d’eux parce qu’ils ne seront plus députés pour la quasi-totalité d’entre eux. Quitte à me répéter, si la configuration électorale actuelle devait prévaloir en mai et juin 2017, il n’y aurait pas plus de 60 députés à l’Assemblée Nationale chez les socialistes, donc pratiquement aucun « frondeur », communiste et écologiste version Duflot. Quel beau résultat cette politique de la terre brûlée !

 

En tout cas cette guerre livrée par les « frondeurs » irréductibles contre F. Hollande ne peut que profiter à l’UMP et, in fine, à N. Sarkozy. Je dis in fine à N. Sarkozy, parce que, comme je le craignais, l’UMP ce n’est plus que lui, même si je préfèrerais que ce soit  Alain Juppé ou B. Lemaire. Cela étant, s’il n’a pas été un bon président de la République, N. Sarkozy a su toujours se mettre en avant dans son parti pour écarter tous ses rivaux potentiels…avec le soutien plus ou moins avoué de la presse radio-télévisée, pour qui il est ce que l’on appelle un « bon client ». La preuve, on lui passe tout, alors qu’on en fait des tonnes à la moindre erreur ou fausse-note de ses adversaires à l’UMP ou ailleurs, sans parler évidemment de F. Hollande.

 

Un exemple : en lisant le site web du Monde, on s’aperçoit que non seulement N. Sarkozy dirige seul l’UMP, mais qu’en outre on le laisse dire n’importe quoi, par exemple sur la Russie et la crise ukrainienne, où il est en complet désaccord avec la quasi-totalité de la classe politique française, à l’exception toutefois du Front National…comme sur les plats uniques dans les cantines scolaires. A croire que la frontière entre l’UMP version N. Sarkozy et le FN est vraiment très ténue, malgré les rodomontades de N. Sarkozy à propos des accords à passer avec la Front National. D’ailleurs pourquoi passer des accords puisqu’on touche le même électorat, surtout avec les difficultés actuelles de la famille Le Pen, qui pourraient affaiblir le Front National, où Marion Maréchal-Le Pen se verrait bien succéder à son grand-père, qui l’a déjà adoubée comme tête de liste aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Certes tout cela fait peur aux Français de bon sens, mais cela paye sur le plan électoral, tout en fanatisant un peu plus un électorat de plus en plus droitier dans notre pays. Comment des centristes (UDI et hélas MoDem) peuvent-ils faire allégeance à N. Sarkozy et ses amis les plus proches ? J’avoue qu’étant moi-même centriste, je ne comprends pas cette attitude, à part espérer une place éligible pour des élections locales ou nationales, et, pourquoi pas, un poste de ministre ou secrétaire d’Etat, même si c’est pour être aussi inconnus que nombre de ministres de ce gouvernement ou des précédents. Qui connaît Sylvia Pinel, Patrick Kanner, Thierry Mandon, Annick Girardin, Thierry Braillard, Alain Vidalies ou Laurence Rossignol ? Personne ou à peu près ! Qui connaissait Maurice Leroy, Patrick Ollier, Henri de Raincourt, Philippe Richert, Marie-Anne Montchamp dans le quatrième gouvernement Fillon ? Personne ou à peu près ! Ce doit être dur quand même d’être à ce point inconnu, surtout quand on sait que tout le monde ou presque connaît Ibrahimovic, Thiago Silva ou David Luiz ! Même le président du Sénat est infiniment moins connu que le président du PSG (Nasser Al-Khelaïfi), celui de l’Olympique Lyonnais (J.M. Aulas) ou de l’Olympique de Marseille (V. Labrune).

 

Pour revenir à la politique, il y a quand même une réforme qu’aurait pu et dû essayer de faire F. Hollande…s’il n’avait pas pensé qu’à sa réélection, à savoir au minimum l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives ou départementales, non pas pour faire plaisir aux petits partis, mais par simple sens de la justice. En 2007 le MoDem, qui avait eu un candidat qui avait fait plus de 18.5% des voix à l’élection présidentielle, se retrouva finalement avec quatre députés contre quinze au Parti communiste, alors que le candidat du PC avait obtenu moins de 2% des voix. C’est tout simplement inique comme système électoral. Et aujourd’hui, avec le tripartisme, le système apparaît encore plus injuste, comme en témoignent les dernières élections départementales, où le Front National n’a obtenu aucun département malgré un score électoral (plus de 24% des voix) qui le plaçait en seconde position derrière l’alliance UMP-UDI et parfois MoDem, et largement devant le Parti socialiste et ses alliés PRG qui n’avaient même pas dépassé les 22%.

 

Ce n’est pas normal, comme je l’ai écrit dans mon précédent billet, de voir pareille injustice. Si l’on veut empêcher le Front National d’avoir des élus, il n’y a qu’à tout simplement éviter les querelles politiciennes et gouverner en fonction de l’intérêt du pays, quitte à permettre de faire passer des lois à mettre au crédit des adversaires politiques. Le Parti socialiste ne l’a pas fait avec la loi sur les retraites initiée à l’époque de N. Sarkozy, pourtant loin d’être au niveau que l’on pouvait en attendre. Mais l’UMP n’a pas eu une attitude plus responsable avec la loi Macron, alors que les dispositifs de ladite loi auraient dû la conduire à voter pour. C’est ainsi que l’on fait monter le Front National, et non en le privant de représentation parlementaire ou locale. En plus, si cela continue, il finira par en avoir sans l’aide de quiconque, et sa place se fera très vite importante dans les assemblées...quel que soit le système électoral.

 

Parlons à présent un peu de la proportionnelle. D’après le grand juriste autrichien H. Kelsen (1881-1973) « l’idée proportionnaliste s’insère dans l’idéologie de la démocratie, et son action dans sa réalité le parlementarisme ». Chez nous de grands orateurs républicains comme Léon Gambetta, Aristide Briand ou Jean Jaurès y étaient favorables aussi. Après tout, est-il anormal de souhaiter un système où la représentation politique des minorités est respectée ? Certainement pas, même si ce mode de scrutin doit être corrigé pour pouvoir gouverner dans la durée. Cependant  il y a quand même une différence entre le système allemand avec une dose de proportionnelle et le scrutin majoritaire à deux tours en vigueur dans notre pays depuis 1958, ce qui est quasiment unique parmi les démocraties parlementaires. Un mode de scrutin, qui, plus que jamais, montre ses limites en amplifiant démesurément les résultats des élections, et en favorisant les partis « malins » qui ont conclu des alliances uniquement pour le second tour, quitte à sortir aussitôt après de la majorité au nom de laquelle ils ont été élus.

 

C’est exactement le cas de figure de l’actuelle Assemblée nationale, avec au second tour un Parti socialiste totalisant 41% des voix et se retrouvant avec 280 sièges, des Verts obtenant 3.6% des voix avec 17 députés, le Front de Gauche (Parti de Gauche et communistes) et autres divers gauche ayant obtenu 4.2% des voix pour 32 députés et les radicaux de gauche avec 2.3% des voix obtenant 12 députés. En face l’UMP et ses associés centristes obtenaient 44% des voix pour avoir 229 députés. Quant au Front National, malgré ses 13.6% des suffrages obtenus au premier tour, il se retrouva éliminé dans de nombreuses circonscriptions pour le second tour des élections législatives et dut se contenter de 2 députés. Il ne peut pas y avoir pire injustice qu’un tel système, et je suis d’autant plus à l’aise pour l’écrire que jamais je n’ai voté, ni ne voterai pour un candidat de ce parti. Le plus cocasse, si j’ose employer cette expression, c’est, qu’à peine élus, les députés communistes et mélenchonistes quittaient la majorité présidentielle ! Sans commentaire !

 

Alors me direz-vous, que faut-il faire pour corriger cette injustice démocratique? Faire comme les pays anglo-saxons et avoir un scrutin majoritaire à un tour, où est élu le candidat ayant obtenu le plus de voix, donc à la majorité simple ou relative ? Sans doute pas, car cela favorise outrageusement le « vote utile », au profit des candidats des grands partis, ce qui conduit à un affrontement bipolaire comme celui que nous connaissons pour les élections législatives depuis 1958, à l’exception de 1986 où la proportionnelle avait fait un bref retour. Cela étant, si le scrutin majoritaire à un tour existait en France, il y aurait davantage d’élus du Front National, surtout avec tous ces frondeurs qu’ils soient socialistes, écologistes, mélenchonistes ou autres communistes. Ceux-là disparaitraient vite de l’hémicycle…même si par instinct de conservation nul doute qu’ils sauraient « aller à Canossa ». Il n’empêche, le Front National aurait beaucoup d’élus à l’Assemblée avec ce système (30, 40, 50, 60 ?), bien que l’élection présidentielle booste toujours le parti du candidat élu.

 

Conclusion de tout cela, il semble que le moins mauvais des systèmes (« il n’y a pas de bonne loi électorale » comme disait F. Mitterrand) est sans doute la proportionnelle avec un seuil de représentativité qui pourrait être de 5%, ce qui empêcherait les micros partis d’avoir des élus, plus une prime au parti ayant rassemblé le plus grand nombre de voix. Cela permettrait d’avoir une représentativité plus juste des forces politiques, tout en favorisant les grands partis, avec pour corollaire la constitution d’une majorité stable, plus stable à coup sûr que la proportionnelle intégrale qui présente l’inconvénient des marchandages occasionnels…qui existent aussi d’une certaine manière au scrutin majoritaire, comme je l’ai indiqué précédemment. Est-ce que cela se fera un jour ? Je ne sais pas. En fait tout va dépendre de l’évolution de l’électorat qui se porte  sur le Front National. Si ce dernier continue de progresser dans les urnes, la donne sera différente avec trois blocs d’égale importance ou à peu près. Comment faire une majorité dans ces cas-là ? Cela étant je ne crois pas que le Front National s’inscrira durablement dans la vie politique française dès que la croissance aura retrouvé des couleurs. Qui vote pour le Front National de nos jours ? Réponse : les déçus de l’UMP ou du Parti socialiste. Si le chômage baisse, on peut imaginer que le candidat « républicain » (quelle idée ce nouveau nom de l'UMP !) sera opposé au candidat socialiste, mais aux élections législatives le Front National sera laminé…sans que N. Sarkozy y soit pour quelque chose, même s’il s’en attribuera le mérite.

 

Michel Escatafal

31/03/2015

Un tripartisme inédit sous la Cinquième République

Cette fois, la gauche ne peut pas dire qu’elle a limité les dégâts aux élections départementales, comme certains au Parti socialiste avaient commencé à vouloir le faire croire. En fait, la gauche a payé au prix fort ses divisions, comme d’ailleurs le Parti socialiste lui-même. C’est quand même un peu fort d’entendre quelqu'un comme Aurélie Filipetti, ministre pendant deux ans de F. Hollande, affirmer devant tout le monde hier (sur Canal+) que la politique appliquée par le gouvernement ne marche pas. Pire même, elle a osé dire que pendant quelque temps elle avait joué le jeu de la cohésion gouvernementale en laissant entendre qu’elle ne croyait pas à ce qu’elle disait. Donc, pour elle, il n’y a eu aucun résultat tangible obtenu par les gouvernements auxquels elle a appartenu, comme ne cesse de le clamer Cécile Duflot. Cela dit, l’important n’est pas de discuter des résultats, d’autant que si l’on veut bien chercher il y a des améliorations dans certains domaines, même si globalement les gens ne peuvent qu’être déçus.

 

En fait, les résultats positifs obtenus l’ont été dans un domaine qui n’intéresse pas les Français, à savoir le déficit budgétaire ramené fin 2014 à 4%, ce qui est évidemment beaucoup trop, mais qui marque une baisse significative par rapport à fin 2011. Pour mémoire, au cas où certains l’oublieraient, le déficit fin 2011 représentait 5.1% du PIB, puis 4.9% fin 2012 et l’année passée 4.2%. Cela fait une différence de 1,1% entre fin 2011 et fin 2014...ce qui n’est pas rien, même si ce résultat est aussi dû aux taux auxquels nous empruntons aujourd’hui qui sont plus bas qu’en 2011, la charge de la dette ayant diminué en 2014 de 3 milliards d’euros par rapport à 2011 et 2012. Malgré tout le déficit public est passé entre 2012 et 2014 de 99 milliards d’euros à 85. Pour un peu j’oserais dire que les augmentations d’impôts n’ont pas servi qu’à augmenter la richesse de ceux qui ont le plus, mais ont contribué à entrevoir d’ici deux ans de rentrer dans les clous de la Commission européenne (3%).

 

Fermons la parenthèse pour rappeler à Aurélie Filipetti, que son argument consistant à dire que les gens s’éloignent du Parti socialiste, et plus généralement de la gauche, en raison de la politique d’austérité menée par le gouvernement, ne tient pas. Il ne tient pas parce que les partis qui ont remporté les élections, l’UMP, l’UDI et un peu le MoDem, veulent mettre en place à partir de 2017 des mesures autrement plus sévères que celles qui sont appliquées de nos jours. Et pourtant les gens ont voté pour eux ! Non, ce qui contrarie les électeurs, c’est de voir que F. Hollande, qui ne pense qu’à sa réélection, ne va pas assez loin dans les réformes…qui n’ont jamais été faites par l’UMP et l’UDI quand ils étaient au gouvernement. La loi Macron n’est pas « la loi du siècle » pour parler comme F. Hollande, mais elle va toujours un peu plus loin que ce qui a été fait pendant le quinquennat de N. Sarkozy, comme certains membres de l’UMP l’on fait remarquer, ce qui a provoqué l’ire des « frondeurs » socialistes, rejoignant en cela les partisans du duo Duflot-Mélenchon.

 

On notera à ce propos que cette « gauche » presque jusqu’au-boutiste ne représente pas un nombre considérable d’électeurs, mais ces quelques 6 ou 7% de voix seront suffisants pour empêcher F. Hollande ou tout autre candidat socialiste à la présidentielle d’atteindre le second tour en 2017, laissant face à face le candidat UMP et Marine Le Pen. Au fait, c’est peut-être cela que tous ces farouches opposants à la politique Hollande-Valls veulent, en pensant à un avenir radieux dans l’opposition…s’ils sont élus. Oui, je précise bien s’ils sont élus, car Aurélie Filipetti, A. Montebourg, B. Hamon, Cécile Duflot et leurs amis risquent fort d’être battus, voire même écrasés, aux prochaines élections législatives en cas de victoire UMP à l’élection présidentielle. Dans cette hypothèse en effet, ce sera un raz-de-marée de la droite parlementaire à l’Assemblée Nationale, et un Waterloo monumental pour les partis de gauche. La France n’est pas la Grèce, et Cécile Duflot et J.L. Mélenchon ne tirent pas dans la même catégorie qu’A. Tsipras (Syrisa) ou P. Iglesias (Podemos)!

 

En revanche il n’y aura sans doute pas davantage de députés Front National dans la prochaine Assemblée Nationale quel que soit le candidat élu en 2017, et c’est ce qui me gêne le plus en tant que démocrate. Si j’écris cela, c’est parce que je considère qu’un parti qui à chaque élection dépasse 20% des votants devrait avoir plus d’élus qu’ils n’en ont. Je suis d’autant plus à l’aise pour exprimer cette pensée, que chacun de mes lecteurs connaît mon aversion pour les idées du Front National. Il est quand même ahurissant de voir que les Verts et assimilés, du haut de leurs 2% à chaque élection locale ou nationale, aient 18 députés alors que le Front National en a seulement 2. C’est un problème pour la démocratie, et Marine Le Pen et ses amis ne se priveront de le clamer de plus en plus fort, d’autant qu’ils progressent en voix à chaque élection, non seulement au détriment de la droite, mais aussi de la gauche.

 

Que J.L. Mélenchon, Cécile Duflot et autres frondeurs ne se fassent surtout aucune illusion, ceux qui souffrent le plus de la baisse des faveurs de l’Etat providence ne se rangent pas de leur côté, mais plutôt de celui de Marine Le Pen, d’autant que nombre d’entre eux, pour ne pas dire tous, pensent que le PS et l’UMP c’est du pareil au même…ce qui n’est pas faux sur le plan économique, et que ceux qui se réclament de la gauche plus ou moins radicale ont fait partie de divers gouvernements auparavant. Quelles vraies réformes ont été faites par les gouvernements UMP-UDI entre 2002 et 2012 ? Quasiment aucune, et je crains que le bilan soit presqu’aussi négatif de la part des gouvernements socialistes entre 2012 et 2017, malgré la volonté réformatrice de Manuel Valls et E. Macron, bridés par un F. Hollande dont l’unique pensée, je le répète encore une fois, est l’élection présidentielle de 2017…qu’il a de grandes chances de perdre, le scénario pour un nouveau 21 avril 2002 étant en place.

 

Revenons à présent sur ce tripartisme inédit dans l’histoire de la Cinquième République que nous vivons aujourd’hui. D’abord le tripartisme n’est pas quelque chose de très nouveau depuis 1958, car depuis cette date il y a eu effectivement trois partis de gouvernement et même quatre si l’on y ajoute les communistes, aujourd’hui quasiment disparus. Mais si j’ai employé le mot « inédit », c’est parce que le Front National n’est pas considéré encore de nos jours comme un parti de gouvernement, dans la mesure où il ne peut gouverner avec personne, même si l’UMP version Sarkozy utilise souvent le même langage que le Front National. Mais les éléments de langage ne suffisent pas à permettre de gouverner ensemble.

 

Certains me feront remarquer qu’entre la « droite forte » et le Front National il y a sans doute plus de convergences sur certains sujets de société qu’entre la « droite forte » et les centristes, mais jusqu’à présent les centristes ont fait taire la plupart de leurs différences…pour pouvoir participer au gouvernement. Cela étant, la « droite forte » de N. Sarkozy et ses amis les plus droitiers ne sont pas toute l’UMP, car à côté d’eux il y a nombre de républicains n’ayant rien à voir avec les idées et thèses du Front National. La preuve, l’unanimisme est loin d’être la règle en ce qui concerne les consignes électorales vis-à-vis du Front National. Il n’empêche, malgré ces convergences entre l’UMP version Sarkozy et le Front National, en cas de victoire UMP en 2017, le gouvernement sera composé en quasi-totalité de membres de l’UMP et de centristes…avec quelques MoDem si le vainqueur s’appelle Alain Juppé.

 

Le tripartisme est donc aujourd’hui la réalité de notre vie politique, et c’est pour cela qu’il ne saurait être comparé à l’époque où il y avait l’UDF créée par V. Giscard d’Estaing (1978), sans oublier le Parti communiste encore très puissant à cette époque. Mais ces quatre partis étaient capables de se fédérer pour gagner des élections nationales et plus encore locales, soit dès le premier tour soit systématiquement au second tour, ce qui aboutissait de facto à un affrontement droite-gauche, qui a perduré jusqu’au début du nouveau siècle. Certes il y eut l’épisode du 21 avril 2002, où l’émiettement des candidatures à gauche provoqua la perte de Lionel Jospin et la qualification pour le second tour de J.M. Le Pen (16.8% des voix), mais le second tour confirma que cette situation était incongrue, puisque J. Chirac fut élu président de la République avec plus de 82% des voix. Pire même, cette terrible défaite du Front National fut un avant-goût de l’élection présidentielle de 2007 où J.M. Le Pen, de nouveau candidat, n’obtint que 10.4% des voix, ce qui fit dire à de nombreux observateurs « éclairés » que N. Sarkozy avait mis un coup d’arrêt sans doute définitif aux ambitions du Front National.

 

Certains voyaient même se reproduire le scenario du boulangisme, mouvement initié par le général Boulanger au milieu des années 1880, ce dernier aux portes de l’Elysée fin janvier 1889 après avoir été élu triomphalement député de Paris, et qui trois mois plus tard s’enfuira en Belgique avec sa maîtresse. Bien sûr la situation n’a rien de comparable, le Front National ayant mis un certain temps pour s’implanter durablement dans la vie politique française (création du mouvement en 1972), mais chacun en juin 2007 pensait que le Front National et J.M. Le Pen avaient fait leur temps. C’était vrai pour Jean-Marie, mais sa fille Marine allait reprendre le flambeau et de quelle façon!

 

D’abord parce qu’on parle de plus en plus du mouvement « Bleu marine », et surtout parce que le Front National pèse de nos jours autour de 25% des suffrages à chaque élection, ce que l’UMP seule peine à réaliser, alors que le Parti socialiste se situe autour de 19-20%. Donc nous avons bien trois forces plus ou moins équivalentes dans le pays, sans toutefois que le score du Front National soit suffisant pour espérer avoir 20 ou 30 députés dans une Assemblée Nationale, ou pour diriger 15 ou 20 départements…du moins tant qu’il y aura le scrutin majoritaire à deux tours, c’est-à-dire jusqu’au moment où un président de la République décidera d’un changement de scrutin pour les élections législatives. Quelque chose me dit que ce n’est pas pour demain, même si dans ce domaine rien n’est figé.

 

Michel Escatafal

19/10/2014

Un président peut-il être élu par la gauche et gouverner le pays durablement? NON

Le titre de cet article est volontiers polémique, mais il ne fait que traduire la vérité. En effet, les rares fois où la gauche a été pouvoir, elle fut accusée chaque fois de faire une politique de droite, après parfois avoir réalisé des réformes* que les gens qui l’ont porté au pouvoir attendaient. Ce fut le cas à l’époque du Front Populaire (1936-1937), mais aussi à celle de François Mitterrand (1981-1986 et 1988-1993), ou même à celle de Lionel Jospin (1997-2002). Néanmoins quand les socialistes et leurs alliés quittent le pouvoir, après généralement une courte période, ils laissent une impression très mitigée…parce que les gens ont oublié leurs réformes et parce que celles-ci se sont avéré, in fine, des boulets que personne n’a osé remettre en question…ou si peu.

Certes nul ne niera que le Front Populaire, dirigé par Léon Blum, ou l’Union de la gauche de F. Mitterrand, ont offert aux « travailleurs » des acquis sociaux attendus depuis très longtemps, mais cela ne les a pas empêché de se voir très vite reprocher par ceux qui les ont soutenus dans leur conquête du pouvoir, d’avoir trop vite tourné le dos à une politique de gauche…par réalisme économique. On ne peut pas distribuer continuellement sans contrepartie ! C’est la loi du libéralisme, un mot qui fait horreur aux gens de gauche, mais qui est quand même « le moins mauvais des systèmes » pour parler comme Winston Churchill à propos de la démocratie. On a vu ce que donnait le socialisme pur et dur dans l’ex-Union Soviétique et dans ses pays satellites pendant une grande partie du vingtième siècle.

Pourquoi j’écris cela ? Tout simplement parce que le gouvernement de Manuel Valls  est confronté plus que jamais à la vindicte des amis de Mélenchon, du Parti communiste ou ce qu’il en reste, et surtout des fameux frondeurs qui, à force de jouer à se faire peur, vont être obligés de repasser plus vite que prévu devant les électeurs. Et là, bonjour les dégâts pour les frondeurs et les autres ! En effet, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, le parti socialiste et ses frondeurs pourraient se retrouver à un plus bas historique dans une Assemblée de la Cinquième République. Certains assurent même qu’ils pourraient être moins de cinquante ! Ce serait un désastre électoral de plus, mais à un niveau tel que le Parti socialiste pourrait ne pas y survivre, du moins dans son état actuel…ce qui permettrait aux frondeurs de réfléchir sur les dangers de vouloir constamment marquer contre son camp.

Certes ils pourront toujours essayer de construire un nouveau mouvement avec le Font de gauche, sauf que toute l’extrême gauche, dans notre pays comme ailleurs, pèse peu (en tout 12 à 13% des voix en France), sauf aussi que ces gens ne seraient d’accord sur rien, les communistes purs et durs du Nouveau parti anticapitaliste ou de Lutte ouvrière trouvant nécessairement les frondeurs socialistes ou les dirigeants du Front de gauche beaucoup trop timorés dans leur désir d’installer une démocratie populaire. Et oui, c’est tellement plus facile de se faire élire député socialiste dans la foulée d’une élection présidentielle victorieuse, que sur des propositions économiques et sociales d’un autre âge ! Le plus triste c’est que ces frondeurs, du moins pour certains, se seraient bien vus au gouvernement, alors que d’autres y ont carrément participé avant d’estimer que leur avenir personnel était en train de s’assombrir. Cruelle est la vie politique pour un politicien, mais surtout quel manque flagrant de conviction !

Si j’écris cela c’est parce que ces gens qui ont fait la campagne de F. Hollande, dont nombre d’entre eux l’auraient faite pour D. Strauss-Kahn, savaient très bien que le candidat socialiste n’était pas vraiment de gauche, du moins une gauche telle que la conçoivent ceux qui veulent l’application d’un programme où l’on fait abstraction des réalités économiques. Or précisément, si l’on a bien suivi la campagne électorale de F. Hollande, il n’a jamais promis le « grand soir » à ceux qui s’apprêtaient à voter pour lui…et c’est une des raisons pour laquelle il a été élu. N’oublions pas que F. Hollande a bénéficié au second tour de l’élection présidentielle de 2012 de nombre de voix d’électeurs du centre, la mienne par exemple, pour ne pas voir N. Sarkozy à l’Elysée pour cinq ans de plus. Des électeurs nécessairement déçus par l’attitude des frondeurs, puisqu’ils voient bien que l’on va nécessairement vers des élections législatives anticipées…que Manuel Valls lui-même semble juger inévitables. Et ce ne sont pas les déclarations incendiaires de Martine Aubry aujourd’hui dans le Journal du Dimanche qui vont rassurer les soutiens du Premier ministre ou de F. Hollande, s’il en reste encore quelques uns pour ce dernier.

Au passage  je redis, une fois encore, que F. Hollande a tort de tergiverser et de contrarier le souci de réformer vite et fort le pays, comme semblent vouloir le faire Manuel Valls et son ministre de l’Economie Emmanuel Macron, profitant l’un et l’autre d’une relative bonne opinion qu’ont les Français de leur personne et de la politique qu’ils souhaitent mener. Que risque F. Hollande à vouloir donner son nom à des réformes que les Français attendent en majorité, faute de pouvoir vraiment s’y opposer, la contrainte économique étant trop forte aujourd’hui dans un contexte d’autant plus défavorable que la crise est là, toujours aussi présente. Ces fameuses réformes sur la durée et la flexibilité du travail, sur le contrat unique, passeraient sans doute assez facilement dans la mesure où chacun est bien conscient qu’on ne peut plus continuer à vouloir produire des richesses en ayant un temps de travail moins important qu’ailleurs, en ayant des ponts à répétition en mai, en refusant des choses aussi simples que le travail du dimanche dans certaines grandes villes ou lieux de tourisme, ou en ayant une législation du travail à la fois très complexe et coûteuse pour les entreprises.

Certes nos gouvernants ont fait part de leur volonté d’améliorer et simplifier les choses, mais dès que le Premier ministre ou son ministre de l’Economie veut accélérer le mouvement, aussitôt le président de la République renvoie à des discussions avec les syndicats, dans un pays qui a l’un des plus faibles taux de syndicalisation parmi les pays développés (8%), qui contraste d’ailleurs avec la capacité de mobilisation très forte du syndicalisme français sur certains sujets, en raison de sa forte présence dans le secteur public. Résultat, rien n’avance réellement ou tellement lentement que cela ne fait qu’exacerber le sentiment d’impuissance que l’on prête à F. Hollande. Comment dans ces conditions peut-il espérer se représenter et être reconduit à la présidence de la République ? Dans le même ordre d’idées, quitte à mourir politiquement, pourquoi ne pas le faire en laissant une trace dans l’histoire, autre que celle que beaucoup lui attribuent aujourd’hui de « plus mauvais président de l’histoire de la cinquième République », place qu’il se dispute avec son prédécesseur N. Sarkozy ? Ce serait quand même plus glorieux…à moins que l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste soit plus calculateur encore que ses détracteurs le soulignent, en préparant pour le début de l’année prochaine une cohabitation. Or, qui dit cohabitation, dit jusqu’ici défaite du Premier ministre à la présidentielle qui suit, et élection de celui qui est resté à son poste à l’Elysée.

Le peuple oublie vite ce qu’il a détesté, pour peu que ceux qui gouvernent à sa suite ne fassent pas mieux. Et puis, qui est prêt à devenir Premier ministre en cas de cohabitation ? Quel casse-tête pour l’UMP qui, à ce moment, sera encore plus divisée qu’aujourd’hui, avec comme président de l’UMP Nicolas Sarkozy et, face à lui, le chouchou des sondages Alain Juppé. Et si F. Hollande misait tout sur cette dualité pour retrouver des couleurs et essayer de mettre tout le monde d’accord ? Certes les deux leaders de l’UMP peuvent toujours refuser de cohabiter, mais, dans ce cas, qui ne dirait pas qu’ils ont eu peur de gouverner dans la difficulté ? Et s’ils acceptent le poste de Premier ministre, c’est l’échec annoncé entre un président qui va s’efforcer de tirer les ficelles de la situation, sur fond de guerre ouverte entre les deux principaux prétendants à l’investiture UMP pour la présidentielle de 2017.

C’est pour cela qu’il faut rester très prudent dans ses pronostics sur la consultation de 2017, et c’est aussi pour cela que la pire chose qui pouvait arriver à la droite parlementaire est le retour de N. Sarkozy, lequel, quoi qu’il arrive, aura fait tellement de mal à sa famille politique. Rien que pour cela, il est incompréhensible que tant de monde à l’UMP lui fasse encore confiance, d’autant qu’il se comporte depuis son retour comme celui qu’il a toujours été, quelques pitreries en plus dans ses meetings. Et pendant ce temps, face à ces jeux politiciens, notre pays est presque à l’arrêt, d’autant que la conjoncture internationale n’est en rien encourageante pour l’avenir. Heureusement que Ségolène Royal est là pour apporter un peu de fraîcheur dans le débat, en refusant que l’on réintroduise des ours dans les zones de pastoralisme. Au fait, avait-on besoin de réintroduire des loups ou des ours dans notre pays ? N’y avait-il pas de problèmes plus urgents à régler ? Ah, j’oubliais : à une certaine époque il fallait ménager les écologistes. Mais ces derniers, combien de divisions ? Pauvre France !

Michel Escatafal

* 1936 : loi instituant deux semaines de congés payés (11 juin) et la semaine de 40 heures (12 juin), l’école obligatoire jusqu’à 14 ans (13 août)

1982 : durée du travail fixée à 39 heures par semaine et cinquième semaine de congés payés (13 janvier), ordonnance ramenant l’âge de la retraite à 60 ans (25 mars)

1988 : loi sur le RMI (12 octobre)

1999 : négociations patronat-syndicats pour l’application de la loi des 35 heures de travail hebdomadaire

2001 : loi relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, supprimant notamment l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie  

21/09/2014

Combien d’hommes providentiels dans ce pays depuis 1789 ? Trois, peut-être

Si j’ai choisi ce titre aujourd’hui c’est, comme chacun s’en doutera, pour rire (un peu) à propos du retour en politique de N. Sarkozy, présenté par ses thuriféraires comme « l’homme providentiel » dont la France a besoin pour se redresser, après six ans de crise économique, une crise que l’on n’avait jamais imaginé aussi durable et aussi difficile à surmonter, en France et en Europe. Une crise qui montre, si besoin était, que notre pays n’a pas su faire au cours des dernières décennies les réformes nécessaires pour diminuer la pression de la dette et pour restaurer notre compétitivité dans un monde mondialisé. Et parmi ces hommes ou femmes politiques qui n’ont pas su ou voulu faire ces fameuses réformes, il y a un certain N. Sarkozy…ce qu’oublient ceux qui le soutiennent à droite. C’est la raison pour laquelle, les autres, beaucoup plus nombreux si l’on en croit les sondages, ne peuvent que sourire en voyant l’ancien président de la République annoncer, avec tout le fracas possible, son retour en politique, trahissant au passage une promesse qu’il avait faite en 2012…ce qui ne le traumatise pas pour autant. D’ailleurs, parmi les slogans de ses amis à propos de son retour, il y a le fait qu’il aurait changé. Comme si, à presque 60 ans, un homme pouvait changer ! Certes on peut toujours changer de vie, quel que soit son âge, mais on ne peut pas changer de comportement. On est comme on naît ! On comprend pourquoi, alors qu’il n’est même pas encore président de l’UMP, N. Sarkozy promet déjà de tout changer, à commencer par le nom de son parti, et tout le reste à l’avenant. Du coup, comme l’a dit un parlementaire, il sera centriste avec les centristes, gaulliste avec les gaullistes, et de droite vraiment de droite avec les éléments les plus proches des idées du Front National. Bref, il va refaire du Sarkozy…comme au bon vieux temps!

Est-ce avec cet homme du passé, qui a laissé le pays dans un état critique, que nous pouvons parler d'un "homme providentiel", comme on en compte un ou deux par siècle ? Sûrement pas, ce qui explique l'ironie de ceux qui jugent froidement la politique et les jeux politiciens. On est loin avec N. Sarkozy des graves questions existentielles sur le redressement des comptes sociaux, l’évolution des déficits et de la dette, ou encore sur plus ou moins de fédéralisme dans l’Union Européenne. Non, toutes ces questions pèsent peu pour le moment, dans la mesure où N. Sarkozy doit d’abord reconquérir le pouvoir, dans son parti et ensuite dans le pays. Pour ce faire il doit mettre hors-jeu ses concurrents à droite, à commencer par A. Juppé et F. Fillon, sans oublier l’ambitieux B. Lemaire, très apprécié nous dit-on des jeunes militants et sympathisants de presque feu l’UMP. Voilà pour le programme dans les deux années à venir, et ensuite on s’occupera de faire des promesses, et chacun y retrouvera ses idées, comme je l’ai écrit auparavant. Et s’il le faut, N. Sarkozy n’aura pas peur d’évoquer à nouveau Jaurès ou Blum, où je ne sais qui encore, du moment que cela peut rapporter quelques voix supplémentaires, sans parler d’interventions multiples dans les médias, plus particulièrement télévisuels, parce que c’est là qu’on touche le plus de monde. Oui, un scénario parfaitement prévisible et bien huilé, où va régner en maître le « plus c’est gros, plus ça passe ». Voilà ce qui nous attend jusqu’en 2016-2017, ce qui pourrait finalement  bien aider F. Hollande et M. Valls, s’ils survivent jusque-là.

Cela dit, revenons à mon titre à propos de l’homme dit « providentiel », si important dans l’imaginaire des gens de droite de notre pays. Pourquoi de droite ? Parce que parmi ces hommes providentiels il y a un certain Napoléon 1er, sans doute le personnage de notre histoire le plus connu, bien qu’ayant été celui qui lui a causé le plus de mal après une quinzaine d’années de pouvoir absolu. Napoléon ne l’oublions pas, a ruiné notre pays, l’a asservi, et a fini par le laisser beaucoup plus petit qu’il ne l’avait récupéré. Un bilan catastrophique qui suffit à ternir cette image d’Epinal que l’on affuble à ceux que l’on considère comme de grands hommes, alors que pour avoir droit à cette appellation « d’homme providentiel » il faut au contraire avoir sauvé son pays de la ruine et de l’invasion. Même Gambetta n’y aura pas réussi, bien qu’ayant été l’incarnation de la résistance patriotique pendant la guerre de 1870. En revanche, j’attribuerais volontiers cette appellation à Lazare Carnot, à l’origine de la mobilisation en février 1793 de 300.000 citoyens enrôlés pour se battre aux frontières de la France, au moment où toutes les grandes monarchies européennes (Angleterre, Hollande, Autriche et Espagne) étaient contre la France révolutionnaire, sans oublier qu’au printemps de cette même année 1793, la Vendée était à feu et à sang. Une autre levée en masse sera faite en août (création par Carnot des 14 armées de la république), ce qui allait permettre à notre pays de remporter les victoires qui allaient le sauver dans un premier temps. Parmi celles-ci on retiendra celle de Wattignies contre les Autrichiens le 25 vendémiaire An II (16 octobre 1793), le jour où par une cruelle coïncidence fut exécutée la reine Marie-Antoinette. Même si cette victoire, ô combien importante pour la Révolution, fut attribuée au général Jourdan, les exégètes militaires reconnaissent tous que la contribution de Carnot fut décisive. Peut-on comparer N. Sarkozy à Lazare Carnot ? Non, bien évidemment ! Cela étant, la vérité historique m’oblige à dire que Lazare Carnot, dont un descendant sera président de la République entre 1887 et 1894, ne quittera pas définitivement les allées du pouvoir après s’être retiré en 1807, pour s’occuper de sciences et mathématiques à l’Institut. Il se ralliera en effet aux Bourbons et sera même général de division et gouverneur d’Anvers en 1814, ce qui ne l’empêchera pas de devenir ministre de l’Intérieur de Napoléon et d’être fait comte d’Empire le 20 mars 1815. Exilé en 1816, l’empereur de Russie Alexandre invitera Carnot à séjourner à Varsovie, avant que ce dernier s’installe ensuite en Prusse où il mourra. Et oui, nul n’est parfait, même parmi les hommes dits providentiels !

Autre grand personnage que l’on peut qualifier aussi d'homme providentiel, Georges Clémenceau, que l’on appellera à la fin de la guerre 1914-1918 « le « père la Victoire ». A ce moment, en septembre 1917, la France est en proie à une crise intérieure terrible, alors que ses régions minières et agricoles sont la propriété des Allemands. Pour sauver le pays, Poincaré, alors président de la République,  décide de faire appel à son vieil adversaire politique, Clémenceau, pour être président du Conseil. Bien lui en prit, puisque Clémenceau saura redonner confiance à la nation, prendra les choses en main sur le plan politique et militaire en faisant nommer Foch chef des armées alliées, et, avec l’appui des soldats américains à partir de la fin de l’année 1917, la France et les alliés finiront par vaincre l’Allemagne (armistice du 11 novembre 1918).  Clémenceau sera aussi un des grands artisans du traité de Versailles en 1919…ce qui ne l’empêchera pas d’être battu à l’élection présidentielle du 17 janvier 1920 par Deschanel, lequel quittera ses fonctions sept mois plus tard pour cause de maladie. Le passé de Clémenceau, notamment son anticléricalisme et son anticolonialisme, lui avait aliéné à jamais le Bloc national, équivalent aujourd’hui de l’UMP (droite et centre, plus quelques radicaux), ce qui explique son échec à la présidence de la République. Et oui, c’est aussi cela la politique, laquelle ne fait jamais durer très longtemps l’union nationale, du moins dans notre pays !

Enfin, dernier homme providentiel me venant à l’esprit, le général de Gaulle. Comme les deux personnages dont j’ai déjà parlé, lui aussi a sauvé le pays à son époque, et si la France est restée une grande puissance, elle le doit au général de Gaulle et à son refus de la défaite en juin 1940. Je ne vais pas rappeler son histoire, très récente, mais on peut le considérer comme l’autre  grand personnage français du vingtième siècle. Il l’est d’autant plus, qu’outre son appel du 18 juin 1940 et le rassemblement qu’il a su opérer dans le pays dirigé par Pétain,  il est aussi le  fondateur de la Cinquième République, mais également celui qui aura achevé la décolonisation française, assuré la réconciliation avec l’Allemagne, sorti la France du commandement intégré de l’OTAN, doté la nation de l’arme nucléaire, et assuré à la fin des années 50 et dans la décennie 60, le redressement économique de notre nation. Tout cela étant insuffisant pour éviter les énormes manifestations de mai 1968, et son départ du pouvoir  un an plus tard lors du référendum qu’il organisa sur la régionalisation et la refonte du Sénat. Cet échec le conduisit à démissionner immédiatement de ses fonctions de président de la République, échec qui lui donna sans doute un énorme goût d’amertume. Et oui, c’est cela aussi l’exercice du pouvoir ! Néanmoins, sa place dans l’histoire est assurée pour l’éternité, même si le gaullisme du général de Gaulle  a vécu depuis longtemps, au point qu’aujourd’hui l’UMP n’a plus rien de gaulliste. Et ce n’est pas N. Sarkozy qui va lui redonner son certificat d’origine ! Voilà pourquoi, je fais partie de ceux qui voient d’un œil à la fois triste et amusé le retour de celui que certains osent, sans rire, affubler du qualificatif d’homme providentiel. Son action comme ministre ou président de la République est quand même à des années-lumière de celle de nombreux autres grands hommes qui l’ont précédé dans la vie politique française, et pas seulement de celle des trois personnages historiques que je viens de citer. Qui oserait comparer N. Sarkozy à Gambetta, Poincaré, Robert Schuman, Mendès-France ou Raymond Barre, pour ne citer que des personnages de notre histoire ? Personne évidemment, à part quelques groupies !

Michel Escatafal

01/04/2014

F. Hollande et M. Valls condamnés à s'entendre

Les adversaires les plus acharnés de F. Hollande, et il y en a beaucoup à droite comme à gauche ce qui signifie qu’il est encore loin d’être politiquement mort, se sont vivement réjouis du résultat des élections municipales. Cela ne signifie pas pour autant que notre démocratie va mieux, parce qu’il s’est passé une nouvelle fois ce qui se passe habituellement aux élections intermédiaires, à savoir une victoire de l’opposition. Certes la raclée a été un peu plus sévère que par le passé, mais cela n’est dû qu’à la mobilisation des électeurs de l’UMP et de ses vassaux centristes, et à l’impopularité du président de la République et de son transparent Premier ministre. Un Premier ministre qui, manifestement, avait des habits trop grands pour lui, comme on a pu le dire de Pierre Messmer, d’Edith Cresson même si les hommes autour d’elle ne lui ont pas facilité la tâche, ou plus récemment de J.P. Raffarin ou François Fillon que son chef, Nicolas Sarkozy, avait qualifié de « collaborateur ». Et pour remplacer J.M. Ayrault, F. Hollande a choisi un homme, Manuel Valls, dont personne ne connaît réellement le potentiel d’homme d’Etat, mais quelqu’un de très ambitieux et qui a réellement le sens de la communication…tellement importante de nos jours. Un homme qui, à coup sûr, ne s’en laissera pas compter si un ministre décidait de vouloir se mettre en travers de sa route, comme ce fut si souvent le cas avec ce pauvre J.M. Ayrault. Un homme aussi, dont on peut penser qu’il a suffisamment préparé son arrivée à Matignon pour ne pas exiger du président de la République la formation d’un gouvernement de vrais professionnels, le précédent comportant trop d’amateurs ignorant tout des subtilités de la politique, et ne sachant pas tenir leur langue.

Sur ce plan d’ailleurs, avant même d’avoir fait quoi que ce soit, M. Valls sera débarrassé des écologistes, du moins les plus récalcitrants, ce qui ne peut-être que salutaire dans la perspective des mesures très difficiles qui devront être prises dans les semaines à venir. Plus particulièrement dans le cadre du « pacte de responsabilité », tellement nécessaire à notre redressement économique, même si cela va à l’encontre des motifs qui ont permis l’élection de F. Hollande. A ce propos je trouve amusant que les opposants irréductibles du chef de l’Etat le traitent de menteur, parce qu’après tout il n’a pas réellement fait de promesses intenables, comme n’avait pas hésité à en faire N. Sarkozy en 2007, et parce qu’ensuite, le peuple étant le peuple, on ne peut être élu à une quelconque élection en proposant des mesures drastiques pour rétablir la confiance des entrepreneurs et des marchés. J’espère simplement qu’avec son nouveau Premier ministre, qu’il a eu le courage de nommer contre l’avis de nombre de socialistes et assimilés, F. Hollande continuera sur la voie qu’il s’est tracé…avec tous les aléas électoraux que nécessite cette action, un peu à la manière de Schroeder en Allemagne, aussi impopulaire que lui en 2002 mais qui a failli gagner les élections en 2005 (il aurait été réélu s'il n'avait pas demandé la dissolution du Bundestag). S’il ne le faisait pas, il sombrerait dans le déshonneur et laisserait une aussi piètre trace dans l'histoire que son prédécesseur. Espérons qu'il choisira la première solution...quitte à être battu en 2017.

Une chose est certaine, il semble qu’avec la nomination de Manuel Valls le chef de l’Etat ait réussi son coup, puisqu’on ne parle déjà plus des élections municipales. Il semble aussi que l’opposition UMP, qui a dirigé le pays entre 2002 et 2012 avec les résultats désastreux que l’on connaît, et qui vient de gagner les élections municipales, commence à prendre peur que F. Hollande et son nouveau gouvernement ne réussissent là où ils ont si lamentablement échoué. Il est vrai que F. Hollande n’a pas vraiment le choix, dans la mesure où la France est sous surveillance de la Commission européenne et des marchés, ce que certains regretteront faute de mesurer l’état dans lequel se trouve notre pays. N’oublions pas que fin 2011, nous étions encore à 5.2% de déficit budgétaire, et même si celui-ci s’est réduit à 4.3% fin 2013, c’est encore trop aux yeux de Bruxelles…et à ceux qui ont une claire conscience de la manière dont on doit gérer un pays. Certes un tel résultat a été obtenu au prix de lourdes hausses des prélèvements (43.8% de prélèvements obligatoires fin 2011 contre 45.9% du PIB fin 2013), mais il était impossible de ne pas commencer à réduire le déficit budgétaire sous peine de voir notre dette coûter beaucoup plus cher, sous peine aussi de finir par demander une aide au FMI. Ces efforts consentis par les Français, et d’abord par les classes moyennes, ont été certes pénalisants en termes de consommation, mais le chemin vers des déficits davantage acceptables est quand même en route malgré les aléas de la conjoncture, celle-ci devant confirmer cette année et plus encore l’an prochain l’amélioration entrevue ces derniers mois.

Voilà pour les considérations générales à propos du changement du Premier ministre, et voyons à qui pourrait ressembler Manuel Valls comme Premier ministre. Pas à ceux que j’ai cité précédemment, pas non plus à Michel Debré, Georges Pompidou ou M. Couve de Murville, ni aux Premiers ministres de cohabitation, E. Balladur et Lionel Jospin, ni à Raymond Barre, Pierre Mauroy ou Alain Juppé. Un peu plus en revanche au successeur de Pierre Mauroy en 1984, Laurent Fabius, et encore davantage à Michel Rocard, Premier ministre entre 1988 et 1991, ce que certains avaient considéré comme une manière de F. Mitterrand pour l’écarter de la course à l’Elysée. D’autres encore penseront à Dominique de Villepin, pour son côté un peu flamboyant, mais avec la différence que D. de Villepin était considéré par Jacques Chirac comme un successeur possible, après son second mandat, alors que F. Hollande a toujours dans l’idée de faire un second quinquennat. Non, en fait, c’est plutôt à Jacques Chirac, version 1974-1976, et plus encore à Jacques Chaban-Delmas que je le comparerais. Jacques Chirac pour son côté ambitieux, pressé, mais la comparaison s’arrête là, car en 1974 J. Chirac incarnait la droite gaullo-pompidolienne, face au réformiste V. Giscard d’Estaing, fraîchement élu président de la République face à F. Mitterrand et à Jacques Chaban-Delmas.

C’est finalement à l’ancien maire de Bordeaux que j’ai envie de comparer Manuel Valls, le côté figure historique et premier de la classe en moins. Pour mémoire, Jacques Chaban-Delmas avait été diplômé de l’école libre des sciences politiques, major de sa promotion à Saint-Cyr, plus jeune général (29 ans) de l’armée française depuis la Révolution, bref un CV qui contraste avec celui du nouveau Premier ministre. Mais, comme Jacques Chaban-Delmas à son époque (Premier ministre entre 1969 et 1972), Manuel Valls est un personnage plutôt catalogué à la lisière de son camp. N’oublions pas que Jacques Chaban-Delmas, tout gaulliste qu’il ait toujours été, fit partie de l’UDSR avec F. Mitterrand, mais aussi a été ministre du Logement dans un gouvernement dirigé par Pierre Mendès-France, et ministre des Anciens Combattants dans un gouvernement dirigé par le socialiste Guy Mollet. Ces différentes fonctions l’avaient classé comme un gaulliste social, pour ne pas dire socialiste, ce qui ne lui valait pas que des amitiés. En outre, chacun savait qu’un jour il se présenterait à une élection présidentielle, ce qu’il fit en 1974 après la mort de Georges Pompidou. Hélas pour lui, un autre ambitieux vint contrarier ses plans, V. Giscard d’Estaing, et rafla la mise au nez et à la barbe des deux anciens complices et amis de l’UDSR. Et pourtant il fut un Premier ministre très populaire, du moins jusqu’au moment où une sombre affaire de feuille d’impôt vint briser son élan, alors que sa déclaration d’impôt était tout à fait légale, bénéficiant d’allègements prévus par la loi fiscale. On ne rigolait pas à l’époque sur ce type d’affaire…qui paraît tellement dérisoire de nos jours ! Cela dit, il ne se remettra jamais de cette affaire, et en subira les conséquences plus tard. Il n’empêche, sa « nouvelle société », créée à l’instigation de son conseiller de l’époque, un certain Jacques Delors, allait permettre à la France de rentrer dans la fin du siècle avec des atouts aujourd’hui perdus.

Voilà pourquoi aussi j’ai fait le parallèle entre J. Chaban-Delmas et M. Valls, cet homme bien vu par nombre de gens de droite, et mal vu de nombre de gens de gauche…ce qui est sans doute un atout dans la conjoncture actuelle. Si j’écris cela c’est parce qu’il est impossible de satisfaire les gens qui votent traditionnellement à gauche, à commencer par les fonctionnaires, vu l’état encore très difficile de nos finances publiques. En revanche il va recueillir à son tour le soutien plus ou moins affiché du Medef, au point que j’ai entendu ce midi (sur France-Culture) Laurence Parisot s’afficher en plein accord avec le pacte de responsabilité et de solidarité dont a parlé hier soir François Hollande, et que Manuel Valls va devoir mettre en place. Au passage on notera avec amusement l’ironie d’Alain Juppé sur le sujet (les deux pactes) doutant que « l’allègement des cotisations sociales soit la bonne réponse » aux défis d’aujourd’hui, affirmant en plus que « c’est confusion sur confusion, flou sur flou », tout l’inverse de ce que Laurence Parisot avait proposé il y a trois ou quatre ans et repris par F. Hollande. Pauvre Alain Juppé, serait-on tenter de dire ! Quel fut son bilan de Premier ministre entre 1995 et 1997 ?

Réponse : des millions de gens dans la rue, alors qu’il « était droit dans ses bottes », et une dissolution complètement ratée dans une période où la droite était ultra majoritaire dans le pays. C’était un brillant élève, mais sa mémoire est très sélective. Elle l’est tellement qu’il se voit à  l’Elysée, alors qu’il va avoir…69 ans. En tout cas une chose est sûre : Manuel Valls ne fera pas plus mal que Juppé dans ses fonctions de Premier ministre. Simplement, espérons que ce politicien encore jeune ne sera pas trop pressé de devenir président de la République, et qu’il jouera la carte de la France avant la sienne. C’est la réserve que je formulerais à cette nomination…en espérant que la question ne se posera pas. Cela dit, F. Hollande comme M. Valls sont condamnés à s’entendre, car si les résultats économiques ne sont pas là en 2016, ils sombreront tous les deux. C’est ce qui me rend optimiste, parce que je ne veux pas d’un nouveau gouvernement UMP-UDI dans les années à venir. Ils ont eu le pouvoir entre 2002 et 2012, et tous les voyants ont viré au rouge. Alors, revoir ces gens à la tête du pays, NON merci.

Michel Escatafal