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10/09/2013

B. Obama et F. Hollande peuvent remercier V. Poutine

Ouf, merci V. Poutine ! C’est un peu l’opinion générale dans le monde, parce que finalement il ne devrait pas y avoir d’attaque contre la Syrie si Assad rend ses armes chimiques. Peu importe au passage que cette opération puisse mettre dix ans pour aller jusqu’au bout, l’essentiel est que grâce à cette proposition russe tout le monde soit content. V. Poutine le premier, qui aura montré que la Russie est encore plus puissante que son leader et maître le pensait. Les Etats-Unis en second, parce que Barack Obama n’a jamais vraiment eu l’envie d’attaquer la Syrie, conscient sans doute des dangers de mettre le feu dans une région qui n’a pas besoin de ça pour que le sang coule. F. Hollande enfin, prisonnier de son soutien affirmé des Etats-Unis, et qui aura beau jeu pour se donner un rôle, sans doute plus important qu’il n’a été réellement, pour que la diplomatie reprenne ses droits dans cette guerre civile.

 

Sur le plan national, cette nouvelle ne peut que réjouir le bon peuple français, lequel, comme ailleurs dans le monde et comme toujours, préfère la paix à la guerre. Rappelons-nous l’accueil enthousiaste reçu par Daladier à son arrivée au Bourget (500.000 personnes), le 30 septembre 1938 parce qu’il avait, soi-disant, sauvé la paix en compagnie de Chamberlain, Mussolini et Hitler. On connaît la suite ! Il est vrai qu’en cas de guerre, c’est toujours le peuple qui en subit les conséquences les plus néfastes et les plus dramatiques.

 

Du coup, c’est de nouveau l’économie la préoccupation principale, les souffrances du peuple syrien passant bien après. Mais ce peuple aurait-il été plus heureux si les Américains, avec l’aide des Français et de quelques autres pays, avaient bombardé le territoire syrien, même avec des frappes chirurgicales ? Certainement pas, et je n’hésite pas à dire que je fais partie de ceux qui pensent que, frappes chirurgicales ou pas, les bombardements ajoutent toujours de la souffrance à la souffrance. Comment pourrait-il en être autrement ? D’ailleurs, pourquoi essaie-t-on toujours de nous faire croire le contraire malgré l’évidence ? Poser la question, c’est y répondre.

 

En tout cas, les financiers et hommes d’affaires approuvent ce revirement américain, ce qui a permis de redonner des couleurs aux marchés, et de pouvoir commenter les nouvelles économiques, à commencer par la croissance chinoise qui devrait se situer à un niveau supérieur à celui que l’on attendait dans les prochains mois, ce qui devrait permettre aux dirigeants chinois de continuer à acheter de l’or sous forme de pièces et lingots, profitant de la chute des cours du métal précieux. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, le fait qu’il n’y ait pas de guerre devrait permettre au baril de se maintenir à son niveau actuel, alors qu’il aurait été obligatoirement plus élevé dès le déclenchement des hostilités.

 

Cela dit, en revenant sur nos affaires franco-françaises, les mouvements sociaux prévus aujourd’hui pour la réforme des retraites, ne devraient pas être trop traumatisants pour le pouvoir comme pour le public, même si de nombreux Parisiens seront plus ou moins perturbés par les manifestations organisées par plusieurs syndicats. Autre chose, les chiffres sur la délinquance décryptés à droite et à gauche. En fait, rien n’indique vraiment une amélioration de la situation, mais rien n’indique non plus réellement une dégradation comme s’y emploient à l’affirmer l’UMP et ses soutiens.

 

C’est la même chose d’une certaine manière pour le chômage. Oui le chômage n’a cessé d’augmenter depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes, mais cette évolution ne date pas de juin 2012, car c’est en réalité depuis 2008 que les chiffres du chômage sont en croissance continue. Or entre 2008 et 2012 (l’année dernière !) c’était N. Sarkozy qui était au pouvoir…ce que semble oublier l’UMP, ou plutôt devrais-je dire les différentes UMP. Si j’écris cela, c’est parce que l’UMP est bientôt une armée où tout le monde veut devenir calife à la place de l’ex-calife (vous voyez de qui je veux parler !).

 

Enfin, je voudrais terminer par trois informations aussi affligeantes l’une que l’autre, dont une ne présente pas le moindre intérêt. La première, c’est le rapprochement annoncé entre le MoDem et l’UDI de J.L. Borloo, ancien postulant au poste de Premier ministre de N. Sarkozy. Pareil rapprochement signifie la mort définitive du MoDem, du moins celui de 2007. La seconde, c’est l’annonce qu’en 2014 F. Hollande devrait lancer sa taxe à 75%...ce qui est une ineptie totale, pour de nombreux motifs, à commencer par les sommes ridicules que cela va rapporter, si toutefois cela rapporte quelque chose. Je demande à voir ! En plus il y aura des exemptions nous dit-on, par exemple pour le football. La troisième, rapportée par tous les médias, est qu’un homme qui a été baptisé il y a 72 ans (c’est déjà très loin !), veut se faire débaptiser. Ça c’est de l’information ! Au fait, ce monsieur s’est-il marié à l’église, car cela va faire une demande d’annulation de plus…à supposer que sa femme soit d’accord !  Cela dit, quand on pense au buzz fait par cette information, on s’aperçoit vraiment que quelque chose ne tourne pas rond dans notre pays. On comprend aussi pourquoi la souffrance du peuple syrien indiffère.

 

Michel Escatafal

09/11/2012

Les leçons à tirer pour F. Hollande de la réélection de Barack Obama

Cette fois c’est fait : Barack Obama est réélu à la présidence des Etats-Unis, ce qui n’est une surprise que pour ceux qui étaient ses détracteurs. Au passage, on pourra voir « la justesse » des observations d’Alain Juppé, soi-disant « le meilleur » des UMP, qui prétendait que si N. Sarkozy avait été battu le 6 mai, c’est parce que tous les dirigeants des pays frappés par la crise étaient victimes de cette crise. Et bien Barack Obama a apporté le plus cinglant démenti à cette théorie, en l’emportant assez largement, du moins en nombre de grands électeurs, seule chose qui compte pour le résultat. Cela dit, même en nombre de voix sur le plan national, le président réélu avait une légère avance. Tout cela pour dire que Barack Obama est « bien » réélu, et non grâce à un vote de la Cour Suprême. Il va maintenant pouvoir s’attaquer à faire, dans les quatre ans à venir, ce qu’il n’a pas pu faire jusque-là, même si la tâche sera rude parce qu’il va devoir tenir compte d’une Chambre des représentants républicaine. Mais je fais confiance au charisme et au savoir-faire du président, et aussi au patriotisme américain, surtout en début de mandat.

Au fait, je lis un peu partout sur les sites web des journaux que si B. Obama a gagné, c’est grâce au vote des minorités, des suffrages des femmes et des jeunes dans leur ensemble. Et alors ? Tous ces gens ont le droit de vote et ils l’expriment, et je comprends que les uns et les autres aient pu être tentés par le vote Obama plutôt que par celui de Romney, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne pouvait guère faire rêver grand-monde avec ses prises de positions, ou celles de ses amis, sur des sujets tels que l’avortement ou l’immigration, sans parler de la politique étrangère. C’est d’ailleurs un peu ce qui s’est passé en France, où N. Sarkozy et l’UMP ont été battus aux dernières élections parce qu’ils ne pouvaient apporter aucun espoir de renouvellement dans la vie politique et sociétale de notre pays. A ce propos, il suffit  de voir combien l’UMP est vent debout contre le mariage homosexuel pour s’en convaincre, mais ce n’est pas le seul sujet, loin de là (cumul des mandats, proportionnelle aux élections législatives etc.) !

Evidemment, il y en aura toujours pour dire que ces sujets de société sont plus faciles à régler (si l’on veut !), que réussir à assurer le redressement économique du pays dans un contexte extraordinairement délicat, tellement délicat que F. Hollande et ses amis n’avaient sans doute pas pris la pleine mesure de l’état dans lequel se trouve le pays en cette année 2012.  Oh certes, il y avait les chiffres, mais je suis persuadé qu’ils n’imaginaient pas à quel point ce serait difficile. Déjà, il y a la déferlante de plans sociaux depuis quatre ou cinq mois, avec à chaque fois des centaines ou des milliers d’emplois supprimés. Ensuite il y a l’état réel des finances publiques et du déficit commercial, que l’on connaissait certes, mais quand on est confronté au problème, on a l’impression qu’on est vraiment face à un mur, tellement il y a de choses à faire. N’oublions pas que si la France avait réussi à conserver au cours des dix dernières années ses parts de marché à l’exportation, nous aurions  un excédent de notre commerce extérieur et non 70 ou 75 milliards de déficit…ce qui fait une sacrée différence. Et ce que j’écris là n’a rien de polémique, puisque la Direction du Trésor a estimé récemment que la part de la France dans les échanges mondiaux était passée entre 2003 et 2011 de 4.9% à 3.3%, ce qui est tout simplement insupportable. Et après on entendra des gens comme Valérie Pécresse, F. Fillon ou J.F. Copé faire la leçon au gouvernement ! Et le pire est que nous avons payé et payons tout cela en centaines de milliers d’emplois supprimés dans l’industrie, parce qu’on a préféré faire des cadeaux fiscaux (à crédit !) plutôt qu’aider à l’innovation et à la spécialisation de l’industrie française.

Cela dit, à quelque chose malheur est bon, si j’ose dire. Cette fois F. Hollande semble avoir compris qu’il fallait vraiment se mettre au travail pour redresser la situation de la France, ce qui n’a pas été fait au cours des dix dernières années avec l’UMP au pouvoir, et plus encore entre 2007 et 2012. Et j’ai la faiblesse de croire que « le boulot sera fait », en espérant que les Français en sauront gré au président de la République. Oh certes, je ne suis pas un inconditionnel de F. Hollande, mais force est de reconnaître qu’il a pris le défi de la compétitivité à bras-le-corps, ce qui est la meilleure nouvelle qui pouvait arriver à notre pays. Au passage, j’observe que la présidente du Medef, Laurence Parisot, que personne ne soupçonnera d’être parmi les supporters de F. Hollande,  a qualifié les mesures annoncées de "chance pour l’économie", même si elle a avoué qu’il fallait "être prudente" en attendant la prise effective de toutes les décisions annoncées, ce qu’elle a traduit par "un enthousiasme mesuré" après les annonces faites par le Premier ministre sur le « pacte de compétitivité ».

Le plus amusant, ou plutôt le plus triste, est que l’UMP et le Parti communiste sont devenus des alliés objectifs contre la politique initiée par le gouvernement, notamment sur la question de la compétitivité. L’UMP parce qu’elle voit bien que le gouvernement actuel fait ce qu’elle n’a pas eu le courage de faire, et le Parti communiste parce qu’il veut ménager les quelques électeurs qui lui restent, d’autant que J.L. Mélenchon essaie de les récupérer pour lui-même. Voilà la triste opposition politique qui nous est offerte, avec d’un côté des gens qui reprochent à F. Hollande et son gouvernement de ne pas appliquer intégralement les préconisations du rapport Gallois, alors qu’eux ont rangé dans les tiroirs le rapport Attali, qui disait en gros la même chose, et de l’autre côté des gens qui n’ont toujours pas compris que la France n’était pas un îlot isolé au milieu de la planète.

Un dernier mot enfin : j’espère que le gouvernement ira au bout de sa démarche, quitte à y laisser des plumes sur le plan électoral dans les élections intermédiaires, au demeurant trop nombreuses. Après tout, à part les « barons » qui pourraient être privés de leurs fiefs électoraux, F. Hollande et l’Assemblée nationale ont été élus pour cinq ans, et d’ici 2017 il y a possibilité de faire de grandes choses pour redonner à notre pays une véritable place à l’industrie, ce qui voudrait dire, s’il y parvient, que notre pays recommencera à créer des emplois dans les deux ou trois ans qui viennent. Or, c’est à cela que les Français jugeront le président de la République et son Assemblée, comme en témoigne la réélection de Barack Obama, ce dernier ayant dû en partie son élection au fait que les créations d’emplois retrouvaient une vigueur aux Etats-Unis depuis quelques mois. Et s’il y avait besoin d’un autre exemple, il y aurait aussi celui de Gerhardt Schroeder, que tout le monde jugeait écrasé par Angela Merkel aux élections allemandes de 2005…et qui a quasiment eu autant de voix avec son parti, le SPD (34.3%), que la future chancelière avec la Démocratie Chrétienne (35.2%). Pour être réélu, F. Hollande n’aura même pas besoin d’aller aussi loin que G. Schroeder dans ses réformes. C’est même à souhaiter, car la situation de l’Allemagne n’est pas aussi exemplaire que certains veulent bien le dire.

Michel Escatafal   RépondreSignaler ce commentaire

11/09/2011

Le monde a changé après le 11 septembre 2001

Aujourd’hui évidemment on ne parle à la radio ou à la télévision que du 11 septembre 2001 avec les trois mille malheureuses victimes des attaques contre les tours jumelles à New-York. C’était d’ailleurs la première fois que les Etats-Unis subissaient de tels assauts sur leur  territoire, eux qui avaient porté des coups très durs à plusieurs pays dans le monde au siècle dernier. C’est d’ailleurs un curieux retour de l’histoire que cette attaque contre la première puissance économique et militaire mondiale, non pas par une armée d’un pays hostile…mais par un groupuscule bien organisé venant de partout et nulle part. Je n’insisterais pas davantage sur ces attentats à grande échelle et l'horreur que cela peut inspirer, car tout cela a été disséqué et débattu, sans que toutefois on n’évoque réellement les causes de cet antiaméricanisme primaire, pas plus que l’inanité des réactions de l’administration Bush, qui a fini d’achever le discrédit américain dans de nombreuses régions du monde.

Un discrédit d’autant plus important qu’il se double d’une situation économique désastreuse, qui est aussi dans une certaine mesure la résultante des deux guerres initiées par George W. Bush et les néoconservateurs américains, en représailles aux attaques du 11 septembre. Problème, entreprendre des guerres à des milliers de kilomètres de son territoire coûte très cher, et plus encore quand ces guerres sont un moyen d’entretenir la croissance, grâce aux commandes de l’armée. Tout cela n’a qu’un temps,  et il arrive toujours qu’un jour ou l’autre la réalité finit par s'imposer, et la situation se dégrade pour l’ensemble de la nation. Elle se dégrade d’autant plus quand le pouvoir exécutif refuse d’augmenter les impôts des plus riches, préférant susciter de la croissance par l’endettement des particuliers…jusqu’au moment où ceux-ci ne peuvent plus emprunter. On connaît là aussi le scénario de la crise financière que nous vivons depuis 2007.

Mais revenons sur les guerres déclenchées par les Etats-Unis depuis le début de vingt-et-unième siècle, en posant cette question : était-ce bien la réponse appropriée qu’envahir l’Afghanistan et l’Irak après le 11 septembre 2001 ? Sûrement pas. Ce fut même sans doute une des pires erreurs de l’administration Bush, avec celle d’avoir mené une politique monétaire ultra accommodante pour soutenir artificiellement la croissance.  Les Américains ont pensé, naïvement, qu’il leur suffisait de bombarder et envahir l’Afghanistan et l’Irak pour amener la démocratie à la mode occidentale dans ces pays. Démarche folle, qui n’a jamais abouti à des résultats probants depuis bien longtemps, et qui en tout cas n’assure jamais la pérennité d’une telle situation. Pourtant les Américains auraient dû se rappeler ce qui leur était arrivé au Vietnam dans les années 60 et 70, où même en Corée au début des années 50. Entre parenthèse, heureusement qu’à cette époque le président Truman n’était pas un boutefeu du genre Bush, car nous aurions eu droit à une guerre nucléaire.

Pour mémoire je rappellerai qu’en avril 1951, le président Truman avait relevé de son commandement en Corée le général Mac Arthur, parce que ce dernier souhaitait étendre le conflit sur le territoire chinois en utilisant s’il le fallait l’arme nucléaire, comme au Japon quelques années auparavant. Ce précédent avait sans doute tellement marqué Truman, qui en fut le décideur final, que le président américain préfèrera opter pour la paix, donc sans vraie victoire pour les troupes US, plutôt que déclencher un nouveau cataclysme qui aurait pu être planétaire dans la mesure où les Soviétiques auraient pu y prendre part aussi.  Hélas, tous les princes qui nous gouvernent ne font pas preuve de la même sagesse. Parfois même ils sont soumis à l’influence néfaste de conseillers qui prennent un poids démesuré dans leurs décisions, ou qui ne contrarient pas le prince dans ses désirs les plus malfaisants.

Sur ce plan, Georges W. Bush me fait  un peu penser à Louis XIV, même si la comparaison est osée compte tenu de la personnalité des deux hommes. En tout cas l’influence des conseillers du président américain entre 2000 et 2008 a été prépondérante dans les décisions prises par G. W. Bush. Rappelons-nous l’arrogance de D. Rumsfeld vis-à-vis de « la vieille Europe », et la manière dont il considérait les pays qui ne suivaient pas aveuglément la politique guerrière des Etats-Unis. En ce qui concerne Louis XIV, c’est plutôt le côté obséquieux de Louvois qui posait problème, car pour conserver les faveurs du roi il flatta toutes ses passions, et notamment son goût pour la guerre. Résultat, la puissance de l’armée française devint formidable, mais cela coûta très cher, d’autant que même en temps de paix on entretint des forces armées importantes. Et après avoir remporté quelques victoires qui permirent à la France de dominer l’Europe, celle-ci forma des grandes coalitions dont l’inspirateur fut Guillaume d’Orange, et après la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) sans résultat, la guerre de succession d’Espagne (1701-1714) acheva de ruiner la prépondérance française…et le peuple français, au point que Vauban ému par cette misère proposa dans son livre la Dîme Royale un plan de réformes urgentes qui lui valut d’être disgracié. Et oui, comme pour le 11 septembre, comme en Irak ou en Afghanistan, et plus généralement comme dans toute guerre, le peuple impuissant en subit toujours les dommages.

Fermons cette parenthèse historique qui conforte pleinement ce que je disais précédemment, à savoir qu’une nation qui veut dominer les autres par les armes  n’y arrive jamais durablement, même si les Romains ont prouvé le contraire…avant de sombrer à leur tour. Et si l’on voulait un exemple supplémentaire de l’impuissance américaine face aux talibans en Afghanistan, nous l’avons dans un communiqué reçu ce matin par les agences de presse indiquant qu’un kamikaze a fait exploser un camion piégé hier, à l'entrée d'un poste de combat avancé de l'Otan, dans le centre de l'Afghanistan, faisant 89 blessés dont 50 soldats américains. Les promoteurs de l’attentat ont voulu à leur façon commémorer  les attentats du 11 septembre…et ils ont réussi. Les talibans, non seulement ne sont pas vaincus, mais on dirait qu’ils agissent de plus en plus facilement…dans leur pays.

Je crois que les Américains devraient réaliser au plus vite que le mieux pour eux, compte tenu de leurs énormes déficits, serait de quitter au plus vite ce bourbier et cette folie dépensière qui va avec, remarque qui vaut aussi pour la France. Certes on a toujours l'espoir que, l'élection présidentielle approchant, Barack Obama finisse par négocier avec les talibans, sans trop perdre la face, ce qui pourrait lui coûter sa réélection. Quant à notre président, il continue à affirmer haut et fort que la France est en Afghanistan pour se protéger des talibans, et lutter pour nos valeurs. Quelles valeurs au fait ? Pauvre France qui a perdu en quatre ans son indépendance en politique étrangère, qui accumule les déficits historiques en tous ordres, et qui fait semblant de vouloir donner des leçons au monde entier. En attendant, nos déficits font que nous assistons impuissants à la prise de distance de l’Allemagne avec l’Europe. Après l’ancien président de la Bundesbank (équivalent de la Banque de France en Allemagne), c’est au tour du chef économiste de la Banque Centrale Européenne de claquer la porte avec fracas, ce qui a fait de nouveau lourdement plonger les bourses dans le monde entier.

Est-ce que le poids de l’Allemagne a atteint une telle importance ? Oui dans une certaine mesure. Certes l’Allemagne n’est que la quatrième puissance économique mondiale, mais à ce titre la survie de l’euro à dix-sept ou même un peu moins dépend des efforts qu’elle est prête à consentir pour sauver la monnaie unique. Et l’Allemagne, bien que l’euro ait été et soit une aubaine pour un pays qui tire une bonne partie de sa richesse de l’exportation des  produits fabriqués par ses entreprises (petites et grandes), commence à en avoir assez de voir certains pays accepter que l’euro soit moins fort que le deutsche mark. L'Allemagne n'avait consenti à la mise en place de l'euro qu'à la condition expresse que chaque membre de la zone en monnaie unique s’engage à respecter les critères de Maastricht, ce que certains pays ont admis sans problème, alors que d’autres comme la France n’ont pas contrôlé leurs dettes, réclamant même des assouplissements en ce qui concerne le pacte de stabilité. La suite nous la connaissons avec la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne en attendant peut-être l’Italie et la France. Rappelons que notre pays atteindra un déficit voisin de 6% du PIB cette année, après respectivement 7.5% en 2009 et 7% en 2010, chiffres que n’importe quel économiste sérieux n’aurait jamais envisagés en 2007. Il est vrai qu’il y a tellement de choses qui étaient inimaginables en 2007 et qui sont arrivées, qu’on ne sait plus par quoi commencer pour établir le vrai bilan de N. Sarkozy.

Michel Escatafal

 

02/05/2011

Le Bas-Empire américain...

Alors que notre pays ne parlait depuis deux jours que de football avec l’affaire des centres de formation, dans laquelle on a vu la secrétaire d’Etat aux Sports s’investir bruyamment, aujourd’hui évidemment on ne parle que de la capture et la mort de Ben Laden, chacun y allant de son commentaire sur les chaînes de radio et télévision pour souligner, avec un bel unanimisme, que c’est une bonne chose pour le monde. Cela dit, force est de reconnaître que cela arrange bien les affaires de Barack Obama, car ce que son prédécesseur n’aura pu faire pendant sept ans, lui l’aura fait  moins de trois ans après son arrivée à la présidence américaine. Petite revanche pour le président américain, peu ménagé par les Républicains ces derniers temps, qui oublient que G.W. Bush avait laissé à son successeur  le soin de finir deux guerres sans issue en Irak et Afghanistan, sans parler d’une situation économique catastrophique, comme l’Amérique n’en avait  pas connu depuis 1930.

Et ces guerres ne sont pas terminées, même si celle d’Irak s’estompe quelque peu aux yeux de l’opinion, les Américains se désengageant progressivement de ce bourbier qui a fait des centaines de milliers de morts civils. C’est la raison pour laquelle  je me dis, ou plutôt j’espère, que cette victoire de Barack Obama, dont le caractère est évidemment très symbolique, pourrait déboucher à terme sur le départ programmé des Américains, sur le modèle de ce qui a été fait en Irak. Cela permettrait aussi de ramener nos soldats en France, au lieu de les laisser risquer leur vie dans des contrées où notre pays n’a absolument rien à faire. Et qu’on ne me parle surtout pas de défense des valeurs, parce que cela a le don de me mettre en colère ! Nos valeurs sont-elles tellement belles qu’il faille les exporter partout dans le monde ? Au fait, est-ce que la propagande fait partie des valeurs démocratiques ? Et pourtant, les pays occidentaux en usent et en abusent pour justifier leurs interventions extérieures, au demeurant très ciblées et sélectives, en faisant semblant de ne rien voir dans certains pays, et en mettant en lumière au contraire les faits ou méfaits dans quelques autres.

Ce qui peut choquer aussi dans cette sélectivité des actions engagées par les Occidentaux, essentiellement les Etats-Unis et leurs affidés britannique et français, c’est qu’on veuille absolument se débarrasser de certaines personnes sans avoir à les juger. Je me souviens encore comment les bonnes âmes occidentales avaient vilipendé le nouveau gouvernement roumain en 1989, parce qu’il avait condamné à mort à la va-vite le dictateur Ceausescu et son épouse, peu de temps après la chute du régime communiste. Quand j’entends G.W. Bush déclarer : « justice sera rendue quel que soit le temps que cela doit prendre », je ressens moi aussi comme un malaise, car cette justice n’est pas celle que l’on conçoit de la part d’un pays démocratique. Que je sache, dans nombre de pays occidentaux, la peine de mort a été abolie, donc il eut mieux valu qu’on capturât Ben Laden, et qu’on le jugeât plutôt que l’exécuter. Même Saddam Hussein a eu droit à un procès…de la part des Irakiens !

Certes, je sais qu’on va me trouver baba cool en disant cela, mais je suis de ceux qui ont toujours cru que la démocratie, au vrai sens du terme, avec ses normes et ses valeurs, reste le meilleur rempart contre le terrorisme ou les révolutions. D’ailleurs, ne nous a-t-on pas appris que c’est la démocratie qui a triomphé des dictatures dans la guerre froide qui a opposé pendant des années l’Ouest de la planète à l’Est. Certes cela n’a pas empêché les Américains, toujours eux, de faire la guerre au Vietnam qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes civiles, mais en Union Soviétique il y a eu aussi des morts par milliers voire par millions rien que dans les populations de l’empire. En outre en Amérique, comme en Europe Occidentale, il y avait une forme de liberté individuelle qui n’existait pas dans les pays communistes. Et comme le communisme s’est effondré à la fin de la décennie 80, on aurait pu croire qu’une nouvelle ère de paix allait enfin apparaître sur notre planète, après un vingtième siècle marqué par les horreurs de deux énormes guerres mondiales, où l’homme a repoussé allègrement les limites de la barbarie.

Hélas cette nouvelle ère de paix n’aura finalement été qu’un rêve de plus pour l’humanité, les Etats-Unis n’ayant pas su exploiter cette occasion unique d’apporter un supplément de bien-être général sur cette terre…parce que leur système économique implique la domination de certains individus sur les autres. Certains diraient « l’exploitation de l’homme par l’homme ». De fait, les Etats-Unis se croyant définitivement les maîtres de la planète se sont vus plus beaux qu’ils n’étaient en réalité. En outre, pour préserver les intérêts de leurs puissantes entreprises multinationales, ils ont favorisé dans certains pays la mondialisation, pensant en tirer les bénéfices à leur profit exclusif. En réalité ils n’ont fait que susciter l’émergence de puissances régionales, lesquelles n’allaient pas tarder à devenir des puissances mondiales, comme la Chine par exemple en attendant l’Inde ou le Brésil, au point d’en devenir dépendants sur le plan économique et plus encore financier. Pour mémoire je rappellerais qu’une bonne partie des réserves de change chinoises (2.000 milliards de $ US) sont libellées en dollars, ce qui par parenthèse commence à inquiéter les dirigeants chinois…et américains.

Tout cela pour dire que la puissance américaine n’existe plus que par son arsenal militaire et nucléaire, un peu comme la Russie à un degré infiniment moindre, vestiges de la course aux armements pendant la guerre froide. On a l’impression de revenir à l’époque de l’empire romain, ou plutôt du Bas-Empire, quand celui-ci était à la merci des soldats. Aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique et leurs vassaux occidentaux  ne sont plus à la merci de leurs soldats, comme à l’époque des Sévère (193-235), mais à celle des multinationales à la recherche de matières premières de plus en plus introuvables, ce qui fait dire à certains qu’il faut faire la guerre pour mettre la main sur ces richesses dans les pays où elles se trouvent. Le problème est que cette politique est dangereuse pour la démocratie, telle que nous la concevons, et pour ceux qui gouvernent au seul profit des puissances financières.

Pour mémoire, il faut rappeler que l’empereur Caracalla combla ses soldats, mais périt quand même sous leurs coups. Et ceux qui gouvernent dans les pays occidentaux pour les grandes sociétés du Dow Jones, du CAC40 ou du Footsie, ne sont nullement assurés de leur réélection, car ils risquent à tout moment de trouver un politicien susceptible de prendre leur place, et d’en faire encore plus qu’eux dans la soumission. En tout cas en France ou en Italie, pays qui ont  toujours été un peu atypiques dans le monde occidental, peut-être parce qu’ils ont appartenu pleinement au monde romain, cette docilité à l’égard de la finance participe pour beaucoup à l’émergence d’une extrême-droite forte et susceptible un jour de prendre le pouvoir, avec des thèmes en rupture avec cette capitulation devant l’ultra mondialisme libéral. J’arrête là, car certains vont penser sans doute que je m’égare, mais je maintiens que nous vivons un changement de monde…où rien n’est exclu, pas même le pire. Et ce n’est pas en écoutant N. Sarkozy ou encore les dirigeants socialistes, comme hier Ségolène Royal ou P. Moscovici à la télévision, que nous serons rassurés !

Michel Escatafal

20/03/2011

L’art de persuader le peuple qu’une guerre est nécessaire…

En lisant il y a quelques temps la chronologie des évènements de l’histoire de Rome pendant l’essor impérialiste (200-111 av. J.C.), j’avais retenu cette phrase indiquant que « les opérations militaires nous apparaissent souvent comme des entreprises personnelles ». C’est exactement le cas de cette guerre déclenchée à l’initiative des deux chefs d’Etat ou de gouvernement que sont Nicolas Sarkozy et David Cameron, lesquels ont besoin « d’une petite guerre » pour redorer leur blason terni dans leur pays respectif. C’est d’ailleurs ainsi que c’est ressenti hors des nos frontières, puisque j’ai lu ce matin, sur le site web du journal espagnol El Pais, que « le président français tire profit de la crise ». C’est le titre d’un article disant un peu plus loin que notre président, « qui essuiera aujourd’hui une déroute aux élections cantonales, profite de la crise libyenne pour retrouver un rôle de protagoniste ». El Pais a tout compris !

Par parenthèse, ce qui est dramatique dans cette affaire, c’est que nos médias en arrivent presque à oublier la catastrophe du Japon. Quant aux problèmes économiques et sociaux de notre pays, ceux-ci sont carrément occultés pour célébrer les destructions occasionnées par les tirs de notre aviation, à tel point qu’on parle désormais beaucoup plus des alliés que des insurgés de Bengazi. Bref, on a l’impression de célébrer Valmy, Austerlitz, Magenta ou Solferino, en oubliant de rappeler qu’après Austerlitz il y eut la Bérésina et Waterloo, et qu’après Solferino il y eut le désastre de Sedan. Mais tout cela n’a pas d’importance si notre président prend quelques points dans les sondages, début espéré d’une reconquête de l’électorat. Ce sera d’ailleurs d’autant plus facile, que le Parti Socialiste « se félicite de la détermination de la communauté internationale réunie à Paris pour mettre en oeuvre la résolution 1973, enfin adoptée par l'ONU pour protéger le peuple libyen ». N’en jetons plus !

Voilà pour les deux grands partis de gouvernement, au diapason sur cette guerre qui vient de commencer. Le plus triste est que certains de ceux qui aspireraient à remplacer cette UMP-PS, qui se partage le pouvoir depuis 1981, se retrouvent sur la même ligne que ces deux partis. Le MoDem, hélas, en fait partie puisque Marielle de Sarnez a salué « l’action diplomatique de notre pays qui, sous l’impulsion d’Alain Juppé, a eu sur la Libye la bonne position ». Avec une telle prise de position, je ne sais pas ce que nous pourrons répondre en diffusant nos tracts sur les marchés, au moment de la campagne présidentielle, à ceux qui nous diront : « ce sont tous les mêmes »! Déjà la position de Dominique de Villepin est un peu plus nuancée, dans la mesure où pour l’ancien Premier ministre, « l’objectif n’est pas de mener une campagne militaire », ajoutant plus loin qu’il faut « une réponse graduée qui procède par étapes ». Ce n’est pas aussi clair qu’on le souhaiterait, mais c’est mieux qu’une bruyante approbation.

En fait, seuls les partis dits d’extrême quelque chose sont hostiles à la guerre. C’est quand même dommage qu’il faille que ce soit le Front National, le NPA d’Olivier Besancenot ou le Parti Communiste qui donnent une leçon à ceux qui aspirent à gouverner le pays. A propos du Parti Communiste, je me demande comment ils pourront faire campagne commune aux élections présidentielles, après les propos tenus contre J. L Mélenchon, lequel se voit raillé par le PCF qui note que « trente ans de militantisme au PS, ça laisse des traces ». Il est vrai que « s’opposer en parole à la guerre à Paris, et voter pour les frappes à Strasbourg » relève d’une contorsion pour le moins délicate à assumer. On comprend pourquoi les Français ne croient plus à la politique, et surtout ne croient plus en leurs politiciens !

Cela étant, est-on sûr que ce conflit dans lequel nous nous engegeons sera bien compris par l’opinion française et internationale ? Pour ma part je suis sceptique, car les Français et les Britanniques, dont les gouvernements suppriment des dizaines de milliers de poste dans la fonction publique au nom des économies budgétaires, risquent de ne pas comprendre que ces mêmes gouvernements soient prêts à dépenser des centaines de millions d’euros et de livres (qu’ils sont obligés d’emprunter !) pour livrer une guerre aux contours pour le moins incertains. Par ailleurs, cet énorme déploiement de forces est-il le meilleur symbole que l’Occident puisse offrir au reste du monde, alors que l’Irak subit toujours des attentas qui font un grand nombre de morts, et que les pays occidentaux sont engagés dans une guerre sans fin en Afghanistan ? On peut en douter.

Enfin, autre dégât collatéral, comment faire croire aux gens que la construction européenne avance, alors que l’Allemagne et la France sont à ce point en désaccord sur cette intervention militaire ? Car ne l’oublions pas, et pour moi c’est quelque chose de très important, Nicolas Sarkozy a montré qu’il était plus que jamais aligné sur l’axe américano-britannique, au détriment de l’axe franco-allemand qui, jusqu’à présent, avait toujours été le moteur de la construction européenne. Encore une rupture dont on se serait bien passé. Mais avec N. Sarkozy à quoi pouvions-nous nous attendre ? N’est-ce pas lui qui avait reçu Khadafi en grande pompe à Paris en fin d’année 2007, lui redonnant une place dans le concert international que personne n’osait lui accorder.

Michel Escatafal