04.05.2008
La politique du pire...
Si l’on en croit les journaux français et européens, la droite dure et décomplexée est en train de faire une razzia électorale en Europe. Et il est vrai que depuis un an, cette droite gagne pratiquement toutes les élections, à la notable exception de l’Espagne. L’Italie vient de renvoyer Silvio Berlusconi au pouvoir moins de deux ans après la victoire du centre gauche de Romani Prodi, et même s’il s’agit d’élections locales, la Grande-Bretagne vient d’adresser au Parti Travailliste un avertissement dont il aura beaucoup de mal à se remettre, et qui laisse présager une alternance en 2009 ou 2010.
Mais pourquoi la gauche social-démocrate est-elle dans l’incapacité de remporter des élections majeures un peu partout en Europe, et peut-être même ailleurs? En disant cela je pense aussi aux Etats-Unis, car à force de se déchirer et faire des concessions par rapport à leur projet initial, les deux candidats démocrates sont en train de faire le lit du successeur de Georges Bush, même si son parti est complètement déconsidéré. Le sénateur Mac Cain, n’en doutons pas, a en réserve quelques phrases toutes faites rappelant le 11 septembre 2001 ou le risque terroriste pour les Etats-Unis. Il n’y a pas beaucoup d’idéologie là-dedans, mais électoralement c’est payant.
Pour sa part la gauche européenne, première victime de toutes ces défaites électorales, ne fait guère d’efforts pour inverser la tendance à l’instar de ce qui se passe en France. Et de fait, à chaque élection nationale dans notre pays, on est surpris par le vide idéologique qui entoure les propositions du Parti Socialiste. Ce dernier demeure en effet perpétuellement tiraillé entre son désir de paraître moderne, tout en essayant de conserver une identité presque révolutionnaire, au moins pour certains de ses membres. Et ce grand écart impossible à réaliser finit toujours par effrayer les électeurs indécis, ceux qui font la décision.
Reconnaissons qu’il faut être extrêmement motivé pour donner son vote à des gens qui, sous prétexte de pragmatisme, se rallient corps et âme au libéralisme ambiant quand ils sont au pouvoir, ce qui ne les empêche pas dans leurs discours de prôner une alliance avec des partis révolutionnaires parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas se passer de leurs voix. Tout cela donne des discours à la mode Ségolène Royal, Fabius, Strauss-Kahn , Tony Blair ou Gordon Brown. Et tout cela donne à l’arrivée de grandes défaites électorales comme en Italie ou en Grande-Bretagne.
La précarité du travail érigé en dogme ou presque, le dumping social, le démantèlement des services publics, tout cela est totalement incompatible avec les discours dits de gauche des représentants sociaux-démocrates. Chacun sait bien que le gouvernement de Lionel Jospin a plus privatisé que la plupart des gouvernements de droite. Chacun sait bien qu’à part François Bayrou, personne ne s’est réellement mobilisé pour empêcher la privatisation de GDF ou des autoroutes. Il est vrai qu’à ce moment-là le Parti Socialiste était occupé à désigner son candidat aux présidentielles. On a vu le résultat !
Le résultat en effet est que la gauche socialiste ou disons les forces sociales laissent le champ libre à la droite populiste, dont le seul programme est de satisfaire les desiderata du patronat, ce qu’elle ne dit pas, et de lutter contre l’immigration, ce qu’elle annonce fièrement et bruyamment. C’est ce qui s’est passé en Italie il y a quelques jours, et en France l’année passée. Pour peu que cette droite ait à sa tête des Sarkozy ou des Berlusconi, capables de dire tout et le contraire, le succès est assuré.
Oh certes à peine la victoire remportée, et dès l’annonce des premières mesures, la déception resurgit très vite surtout si l’on entre dans une période de turbulence économique. Cela étant le mal est fait, et les électeurs en ont pour quatre ou cinq ans à méditer sur les conséquences de leur vote. Cela dit à la fin de la législature et malgré les échecs, il arrive assez souvent que la majorité soit reconduite… parce qu’il n’y a personne en face pour marquer sa différence, et notamment vouloir un Etat capable de mener sa propre politique sans être l’otage de quiconque, ou un Etat se préoccupant d’abord de ceux qui sont les premières victimes de la jungle néolibérale dans laquelle nous vivons.
La droite française, italienne, anglaise ou autre, est évidemment bien incapable d’appliquer un tel programme. La gauche ne l’est pas davantage parce qu’elle se trouve, plus que jamais, dans l’incapacité de s’offrir une réflexion sincère et véritable sur l’évolution de la société au cours des dernières décennies. Cette gauche là s’est ralliée, qu’elle le veuille ou non, au processus de libéralisation des marchés sans contrepartie. Elle en est même arrivée à essayer de concurrencer la droite sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Le problème pour elle est que les gens préfèrent l’original à la copie.
Raison de plus, et là je m’adresse aux dirigeants et adhérents du MoDem, de ne pas se tromper de combat si l’on veut pouvoir un jour appliquer le programme présidentiel de François Bayrou. Ce programme était le seul susceptible d’éviter la politique du pire proposée par Nicolas Sarkozy. Il reste plus que jamais d’actualité, et je pense aussi qu’il est le seul susceptible de nous sauver du naufrage qui frappe notre pays. Enfin, il doit représenter l’espoir pour les classes populaires abandonnées par la gauche et récupérées par les forces de droite et d’extrême-droite.
Alors chers amis du MoDem, cessez de vous déchirer pour savoir qui soutient le mieux François Bayrou, cessez aussi d’avoir pour référence un passé aujourd’hui dépassé. Au contraire essayons d’avoir l’œil rivé sur l’avenir pour que les électeurs nous fassent enfin confiance. Après tout, le modèle de société que nous proposons est le seul adapté aux défis du temps présent parce qu’il est au service de l’homme et de la planète.
Michel Escatafal
10:31 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, débats de société, bayrou, mouvement démocrate
03.05.2008
Il faut savoir raison garder...
Dans son édition d’hier, le journal l’Equipe faisait une large place aux propos tenus par l’ancienne championne du monde de l’heptathlon et de la longueur, Eunice Barber, concernant sa position sur les Jeux Olympiques de Pékin. Le moins que l’on puisse dire est que ses idées sont à la fois bien affirmées et assez contradictoires. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait qu’elle a apporté son soutien à Ségolène Royal pendant l’élection présidentielle de 2007, mais aussi à la candidate UMP à la mairie de Reims. A sa décharge, nous dirons qu’elle n’est pas la seule à changer d’avis au gré des circonstances.
En revanche, elle a tenu des propos qui interpellent à propos de la démocratie en France et en Chine. Manifestement elle a encore sur le cœur les problèmes qui l’ont opposé à la police lors de son interpellation il y a deux ans, ce qui a entraîné pour elle une mise en examen pour outrage à agents et refus d’obtempérer. Nul ne sait exactement ce qui s’est passé ce jour-là en dehors des protagonistes eux-mêmes, mais Eunice Barber a semble-t-il la rancune tenace ce qui explique ses propos quand elle affirme :" En matière d'humanitaire, la France n'a pas de leçons à donner à la Chine.
Cela étant, si la France est loin d’être un modèle d’intégration pour les étrangers arrivant sur son sol, si la France a une politique que je qualifierais d’honteuse pour les immigrés sans-papiers et sans doute très souvent pour ceux qui en ont, je pense que cette dame, pour qui j’ai beaucoup d’admiration sur le plan sportif, va quand même un peu loin quand elle compare la situation des droits de l’homme en France et en Chine. La Chine est quand même une dictature et les opposants n’y ont pas droit de cité. Si elle vivait en Chine, Eunice Barber ne pourrait pas tenir dans le Quotidien du Peuple, les propos qu’elle tient dans l’Equipe. Il faut savoir raison garder.
Cela ne l’empêche pas d’être dans le vrai quand elle stigmatise le traitement qui est infligé dans notre pays à ce que l’on appelle "les minorités visibles". Pour beaucoup, ces gens-là sont français quand ils remportent une médaille aux Jeux Olympiques ou aux championnats du monde, mais ils ne le sont plus quand ils ne sont plus susceptibles de porter haut nos couleurs. D’ailleurs, comme je l’ai souvent dit sur ce site, je déteste entendre parler de discrimination sous toutes ses formes, y compris positive. Il faut s’appeler Nicolas Sarkozy ou être UMP pour apprécier ce concept.
Il est même inadmissible d’entendre dire qu’une personne occupe un poste au nom de "la diversité". Pour rester dans le sport, cela me fait penser aux quotas imposés par la RFU (fédération sud-africaine de rugby) dans son équipe nationale pour que celle-ci apparaisse multiraciale, ce qu’elle n’est pas vraiment. Si l’on en est encore à ce stade en Afrique du Sud, c’est qu’il ya beaucoup de progrès à faire dans ce pays sur l’égalité raciale. Cela dit, le phénomène ne se cantonne pas seulement à l’Afrique du Sud, hélas, trois fois hélas.
Pour en revenir à Eunice Barber je dirais qu’elle a aussi raison, quand elle pose la question de savoir pourquoi les Jeux Olympiques de 2008 ont été attribués à la Chine. N’oublions pas que Toronto et Paris notamment étaient parmi les villes candidates, et que tout le monde reconnaissait que techniquement ces villes disposaient d’atouts supérieurs à Pékin. De plus, à Toronto ou à Paris, le risque de voir les Jeux perturbés ou menacés de boycott était inexistant, contrairement à Pékin. A ce propos je voudrais rappeler que les Tibétains n’ont jamais accepté la désignation de la capitale chinoise, furieux à l’idée de voir la Chine bénéficier de l’exposition planétaire que procurent les Jeux Olympiques.
Si le monde l’avait oublié, le Tibet a été envahi par l’Armée populaire de libération chinoise (c’est son nom) en 1950, et la désignation de Pékin en 2001 pour l’organisation des Jeux de 2008 rendait encore plus amer cet anniversaire. Mais de cela l’omnipotent président du CIO, Juan Antonio Samaranch, n’avait cure. Lui était d’abord intéressé par les milliards de dollars qu’était prête à investir la Chine pour les Jeux Olympiques de 2008, dont nombre d’entreprises occidentales allaient profiter. Alors que pouvaient peser 5 millions de Tibétains pour un Samaranch…ou pour les gouvernements des grands pays de la planète. Là est toute l’hypocrisie de ce que nous entendons aujourd’hui : tout le monde ou presque condamne la politique chinoise au Tibet, mais personne ne veut faire de peine à ses dirigeants, Nicolas Sarkozy le premier.
D’ailleurs, la quasi-totalité des responsables politiques des grands pays, donc ceux qui ont des intérêts considérables en République Populaire de Chine, se disent satisfaits de voir le gouvernement chinois renouer le contact avec les autorités tibétaines. L’honneur paraît sauf, et peut importe le déshonneur que procure une telle attitude à la Ponce-Pilate. Quelques achats d’Airbus ou de centrales nucléaires sont aux yeux de nos gouvernants beaucoup plus importants que le sort réservé à moins de 0,5% de la population chinoise, en oubliant que le non respect des droits de l’homme concerne aussi toutes les provinces chinoises.
Michel Escatafal
10:12 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
22.04.2008
De l'amateurisme en politique...
Certains d’entre vous m’ayant reproché gentiment de trop parler d’économie, nous allons aujourd’hui évoquer une nouvelle fois la politique internationale de la France. Disons tout de suite que celle-ci, il fallait s’en douter, est au diapason de tout le reste, avec un sentiment d’amateurisme qui ne fait que s’amplifier au fil des mois. Pendant sa campagne électorale présidentielle, Nicolas Sarkozy n’avait de cesse de parler de rupture avec ce qui se faisait précédemment, y compris sur la question des droits de l’homme. En fait de rupture, il y a eu surtout un alignement sur la politique des Etats-Unis, à l’instar de la Grande-Bretagne, mais cela ne nous vaut pas pour autant l’estime des autres nations, au contraire.
Je disais il y a peu que, malgré des déclarations beaucoup plus dures que les nôtres sur la question des droits de l’homme, l’Allemagne avait le respect des dirigeants chinois parce que les Allemands ne changeaient pas constamment d’avis, au gré des négociations commerciales ou selon l’endroit où ils se trouvent, en Chine ou dans leur pays. Tout le contraire de la France avec des déclarations parfois fracassantes à Paris, et d’une extrême gentillesse en Chine. Et cela ne concerne pas seulement Nicolas Sarkozy, car Ségolène Royal y était allé aussi de son couplet lors de son voyage en Chine il y a un peu plus d’un an. Elle avait même vanté la justice chinoise !
En tout cas, les Français pourraient à force de duplicité et de louvoiements devenir persona non grata dans l’Empire du Milieu. La France en effet devient la cible principale de la fièvre antioccidentale qui sévit en Chine, ce qui est à la fois un comble et le signe que notre diplomatie à géométrie variable est carrément tournée en dérision. Après des appels au boycott des produits français, cette fois ce sont des manifestations qui ont lieu devant l’ambassade de France, le centre culturel français à Pékin et…les magasins Carrefour, malgré les efforts du groupe pour ne pas dire de mal de la Chine, où il compte 122 magasins. Compte tenu de la nature du régime politique chinois, il est impensable que ces manifestations ne soient pas organisées avec l’aval des autorités. Et ce n’est sans doute pas fini, avec le fait que le Dalaï Lama soit devenu citoyen d’honneur de la ville de Paris.
Cela étant pour ce qui concerne nos athlètes, ils n’ont a priori rien à craindre au niveau de l’accueil comme ont pu en témoigner nos deux représentantes de la natation synchronisée, en reconnaissance à Pékin. En effet, ces deux jeunes femmes ont constaté de visu qu’on n’en voulait pas aux futurs participants français aux Jeux Olympiques, mais uniquement à nos dirigeants politiques. C’est mieux ainsi, même si quelques contrats soi-disant signés ou sur le point de l’être pourraient en souffrir. C’est du moins ce que dit notre gouvernement, comme si les Chinois n’étaient pas des gens pragmatiques en affaires. La preuve avec l’Allemagne, ce qui signifie que si l’on a de bons produits à offrir à nos clients chinois, ils achèteront.
En attendant, notre président de la république champion de la rupture a envoyé des émissaires à Pékin, entre autres Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, et Christian Poncelet, le président du Sénat. Ils doivent remettre au président chinois des lettres de Nicolas Sarkozy et…de Jacques Chirac destinées à rassurer « nos amis chinois » sur les vrais sentiments des gouvernants français. Au passage, l’ancien président de la République a dû savourer. Pour une fois, Nicolas Sarkozy ne trouve pas son prédécesseur trop ringard. Il est vrai que Jacques Chirac a toujours entretenu des liens amicaux avec les dirigeants chinois, et surtout il les assumait.
On peut imaginer que le président de la République abordera le sujet dans sa prochaine émission télé prévue jeudi, comme il en abordera d’autres. Il essaiera une nouvelle fois de convaincre les Français qu’il fera ce qu’il a dit qu’il ferait et, de nouveau, ces derniers ne le croiront pas parce qu’il leur a déjà trop menti, sur le pouvoir d’achat, sur la politique sociale, sur les impôts et les prélèvements obligatoires, sur les services publics, sur l’aide au logement, sur la politique familiale, mais aussi la politique étrangère et la défense en affirmant notamment qu’on n’avait pas vocation à rester en Afghanistan. Comment peut-on se renier à ce point ? Sur ce plan, Nicolas Sarkozy aura surpassé tous ses prédécesseurs de la 5è République. Espérons que le moment venu les Français lui rappelleront qu’on n’a pas le droit de se moquer d’eux à ce point.
Michel Escatafal
11:52 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
29.03.2008
Une politique inconstante et irrationnelle...
Il est bien connu que Nicolas Sarkozy refuse toute filiation avec Jacques Chirac, un de ses anciens mentors. Pire même, il essaie par tous les moyens de s’en démarquer, le plus souvent d’ailleurs maladroitement. Et pourtant que de similitudes entre les deux hommes. Oh certes ils ne se ressemblent pas sur tout, notamment sur la taille, mais pour ce qui est des combinaisons politiciennes ils sont quasiment jumeaux. Enfin l’un comme l’autre ont été élus président de la République sur le mensonge, Jacques Chirac sur la fracture sociale qu’il n’a fait que contribuer à élargir, et Nicolas Sarkozy sur le thème du pouvoir d’achat qui ne fait que baisser pour les plus démunis, et qui augmente insolemment pour les plus riches. A la réflexion, il est aisé de s’apercevoir que c’est la même chose.
Les deux hommes ont aussi en commun, même si c’est rarement souligné, d’avoir perdu beaucoup d’élections. Chirac a dû s’y reprendre à trois fois pour arriver à l’Elysée, sans parler de la fameuse dissolution de 1997 qui s’était terminé par une arrivée miraculeuse de la gauche au pouvoir. On lui fera grâce du référendum sur la Constitution européenne où la plupart des partisans du OUI, entre autres Nicolas Sarkozy, ont été particulièrement nuls pendant cette campagne. De même nous ne lui imputerons pas les échecs, classiques et habituels, aux élections intermédiaires (municipales, cantonales, régionales et européennes).
Nicolas Sarkozy lui-même a subi plusieurs revers, dont le plus retentissant se situe lors des élections européennes de juin 1999, où la liste RPR-DL qu’il menait a obtenu 12,8% des voix, devancée par la liste RPFIE de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13%), et par liste du PS (22%). Personne n’a oublié non plus son échec personnel lors du référendum en Corse le 6 juillet 2003. En revanche on aura du mal à le créditer de ses succès électoraux à Neuilly, banlieue où la droite ne peut en aucune façon être battue, même en se déchirant comme elle l’a fait aux dernières élections municipales. En fait son seul vrai succès électoral, il l’a remporté le 6 mai dernier.
Cela dit, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se rapprochent sur un autre point : l’un et l’autre ne tirent que des conséquences politiciennes de leurs échecs électoraux. Nicolas Sarkozy en fait l’entière démonstration avec le changement amorcé…dans la direction de son parti, l’UMP. Il n’est bien évidemment pas question pour lui de s’interroger sur la pertinence d’une action politique qui a déjà fait la preuve de son inefficacité. La preuve, les électeurs l’ont lourdement sanctionnée. Le plus urgent pour le président de la République, c’est de reprendre en main un parti qu’il s’était appliqué à désactiver sitôt élu.
Son obsession, en effet, comme l’a toujours fait Chirac est d’avoir la main mise totale sur son parti, ce qui explique les arrivées de Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet, au sein de la direction de l’UMP. Il est vrai que Nicolas Sarkozy est bien placé pour savoir qu’un rival peut prendre à tout moment la tête d’un parti, pour peu qu’il en ait l’ambition et la volonté. C’est d’ailleurs comme cela que, malgré l’habileté politicienne de Jacques Chirac, celui-ci s’est fait doubler par…Nicolas Sarkozy en 2004, en prenant la tête de l’UMP. Cela étant, beaucoup pensent comme moi que François Fillon, malgré sa popularité, n’a pas l’envergure pour réaliser ce type de pronunciamiento.
En revanche, en matière de politique étrangère, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne se ressemblent pas vraiment. Certes pour moi, ni l’autre ni l’autre ne sont d’authentiques européens. Il suffit de se rappeler l’ « Appel de Cochin », où Jacques Chirac ne sachant comment s’y prendre pour contrarier l’action du gouvernement Barre en 1979, avait condamné « le parti de l’étranger et la politique de supranationalité », lors des premières élections du parlement européen au suffrage universel. Mais dans ses attaques incessantes contre la BCE, et dans la manière désinvolte qu’il a de se détourner de la législation européenne, Nicolas Sarkozy ne fait pas preuve de plus d’esprit européen que Jacques Chirac à cette époque.
Il est même aujourd’hui en décalage total sur ce plan, comme il l’est dans les relations extérieures. Jacques Chirac, une fois élu président de la République s’est efforcée de poursuivre l’action diplomatique de François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, avec à la fois une coopération européenne très forte et une volonté d’indépendance nationale affirmée, dans la ligne de celle du général de Gaulle. Jacques Chirac l’a prouvé à maintes reprises, tant dans sa relation privilégiée avec l’Allemagne, qu’avec ses prises de position sur la guerre en Irak en 2003.
Aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy qu’en est-il ? Et bien, on l’appelle « Sarko l’Américain » ou quand il rend visite à la Reine d’Angleterre « Sarko le Britannique ». Cette semaine, il en a fait des tonnes sur la relation franco-britannique au point de ne plus parler avec Gordon Brown de la vieille « entente cordiale » pour la remplacer par « l’entente formidable ». Au-delà des mots, cela veut dire que les Britanniques comptent sur Nicolas Sarkozy pour faire en sorte que ce nouveau concept amène la France et la Grande-Bretagne à une « relation forte avec notre partenaire américain » pour parler comme Gordon Brown. En clair, compte tenu des liens privilégiés entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, Nicolas Sarkozy va être « le caniche » de Georges Bush et de Gordon Brown à la fois. Et dire que son parti se veut d’essence gaulliste !
Et l’Europe alors ? C’est justement ce qui inquiète notre partenaire allemand. Jusqu’à présent les Allemands savaient que la France était leur allié privilégié et vice-versa. Depuis le 6 mai 2007, les relations entre Paris et Berlin ont été marquées par une instabilité chronique. Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, « la politique du président Sarkozy apparaît inconstante et égocentrique », et ce n’est pas l’idée d’une union méditerranéenne sortie d’on ne sait où, vite diluée au demeurant par Angela Merkel, qui va redorer le blason de Nicolas Sarkozy en Allemagne. Bref, les Allemands craignent que cette « nouvelle fraternité franco-britannique » ne se fasse sur leur dos et au détriment de l’Europe.
Encore une fois, nous pouvons constater à quel point les Français se sont trompés en élisant un président démagogue et populiste à la tête de leur pays. La France est en train de perdre ce qui lui restait d’aura et de prestige dans le monde. Elle inquiète ses partenaires traditionnellement les plus proches en Europe et en Afrique, pour se rapprocher d’un axe anglo-américain qui la tient parfois pour quantité négligeable. Nicolas Sarkozy a pu s’en rendre compte encore une fois lors de sa visite en Grande-Bretagne, quand Gordon Brown lui a répliqué sèchement qu’il ne boycotterait pas la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin.
Et pourtant il avait annoncé lors de son discours au Parlement britannique (avant d’en informer officiellement les Français !) qu’il enverrait 1000 hommes de plus en Afghanistan, montrant par là sa volonté de reprendre toute sa place au sein de l’OTAN, ce qui ne pouvait que faire plaisir à ses hôtes qui n’en demandaient pas davantage. Il est vrai qu’en plus de leur désir de lutter contre les talibans, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont en commun des déficits de leurs finances publiques et de leur balance commerciale tout à fait considérables. C’est peut-être cela qui rapproche Georges Bush, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, mais il n’y a pas de quoi en être fier.
Michel Escatafal
12:22 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
23.02.2008
Vivement le 4 novembre 2008 !
Alors qu’en France on s’apprête à voter pour des élections locales importantes les 9 et 16 mars prochains, aux Etats-Unis la bataille des primaires continue dans chaque camp, même si ses résultats commencent à être connus, voire même définitifs pour le camp républicain. Ils sont en effet un peu plus incertains pour ce qui concerne les démocrates, mais beaucoup d’observateurs pensent que l’avantage pris par Barack Obama est suffisant pour lui valoir l’investiture de son parti. Ce serait évidemment un premier succès important dans la mesure où il y a moins de trois mois, personne n’aurait parié un dollar sur Barack Obama.
Avec sa formidable machine de guerre, avec son nom aussi, Hillary Clinton apparaissait comme l’antidote parfaite contre le candidat républicain, quel qu’il fût. L’ex First-Lady semblait inarrêtable et son triomphe annoncé. Aujourd’hui, fin février, face à une Amérique en dépression, jamais le candidat de l’Illinois n’a semblé incarner avec une telle force le renouveau et l’espoir, dont il a fait ses thèmes de campagne. Pour beaucoup il n’est déjà plus un homme politique, il n’est plus ce jeune candidat dont personne ne sait trop ce qui se cache derrière l’enthousiasme qu’il provoque à chacune de ses apparitions, il est déjà devenu le président des Etats-Unis.
Il l’est d’autant plus que personne n’ose imaginer que cette Amérique orgueilleuse, fière de sa jeune histoire, puisse de nouveau se livrer quatre ans supplémentaires à un conservateur comme John Mc Cain, même si sur certains points ses idées apparaissent en retrait de celles de Georges Bush, par exemple sur la torture. Il n’empêche ce vieux politicien, ce vétéran du Vietnam ne peut pas usurper l’image du changement comme a su si bien le faire Nicolas Sarkozy en France. Donc a priori il n’a aucune chance, et il va même au devant d’une terrible défaite, un peu comme celle qu’a subie la gauche en France en 1993, après une décennie de pouvoir socialiste.
Et pourtant ce n’est pas gagné d’avance car, paradoxalement, Barack Obama n’est pas en train de faire le plus difficile comme tout le monde le prétendait il y a quelques semaines encore. Tout d’abord je le répète, le candidat républicain est déjà désigné, ce qui veut dire que son camp ne se déchirera plus, à supposer qu’il l’ait déjà fait. En revanche, même si l’avantage d’Obama commence à être conséquent, les dès ne sont pas complètement joués chez les Démocrates, et il est vraisemblable que Madame Clinton ne se rendra pas sans combattre jusqu’au bout. Après tout qui aurait misé un franc sur Jacques Chirac, début 1995, face à un Edouard Balladur qui surfait sur des sondages très élevés. On connaît le résultat.
Certains comparent même la situation d’Obama avec celle de Ségolène Royal lors des primaires socialistes pour l’élection à l’Elysée à l’automne 2006. Elle avait surpassé Laurent Fabius qui faisait dans le populisme de gauche, et qui avait appelé à voter NON au référendum sur la Constitution européenne, et surtout ce vieux matou de Dominique Strauss-Kahn qui, comme Fabius n’a jamais été de gauche, mais passait pour le seul capable de battre Nicolas Sarkozy. Cela dit, je ne ferais pas l’injure à Obama de le comparer à Ségolène Royal, ne serait-ce que sur le plan du charisme, le sénateur de l’Illinois étant capable en quelques phrases de faire vaciller les fans les plus résolus de ses adversaires, ce qui était loin d’être le cas de la malheureuse candidate du P.S.
Pour autant, la situation est quand même un peu comparable avec celle de la France à la fin de l’année 2006. Si Barack Obama est désigné comme candidat démocrate, il va se retrouver face à un candidat républicain qui va lui aussi se battre farouchement. Il va disposer pour cela de moyens considérables et chacun sait qu’aux Etats-Unis, plus qu’ailleurs sans doute, cela compte même si sur ce plan Obama n’est pas à plaindre. Mais plus encore, comme en France, entre le désir affiché de changement et réaliser ce changement en votant pour un candidat venu de nulle part, il y a un pas que nombre d’Américains ne voudront pas franchir.
D’abord comme toujours aux Etats-Unis, la différence entre les programmes économiques est minime, même si on peut imaginer que les Démocrates s’efforceront dans un premier temps de sortir de la spirale infernale des doubles déficits. En revanche ce que j’appellerais les voix flottantes, c’est-à-dire celles des électeurs intéressés par le discours d’un candidat, mais pas insensibles à celui d’un autre, ces voix là se portent plus facilement sur les candidats conservateurs. On le voit en France, le seul discours réellement audible de Nicolas Sarkozy aux yeux de beaucoup de Français, est celui sur la sécurité et la répression, alors que cela fait quatre ans qu’il tient le même discours sans résultat tangible.
Ensuite, les Etats-Unis sont ils prêts à élire un président de couleur, où plutôt comme le disent certains, ont-ils un réel désir de tourner la page, face à eux-mêmes et face au monde, pour aller jusque là, 40 ans après la mort de Martin Luther King ? A mon humble avis, là est toute la question. Pour ma part, j’espère de tout cœur que les Américains ne s’arrêteront pas à ces considérations, et amèneront dans leur pays ce changement de politique, notamment au niveau international, dont le monde a tellement besoin. Les dégâts de la politique étrangère de Georges Bush et des néo conservateurs ont été suffisants, non seulement aux Etats-Unis mais aussi dans le reste du monde, pour que l’on opère le plus rapidement possible un revirement salutaire.
Enfin, il va y avoir pour Obama à gérer jusqu’en novembre une nouvelle campagne où, soyons-en sûrs, les coups bas vont pleuvoir, et où il va falloir qu’il explicite davantage ses propositions, ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent. Il ne peut pas se contenter de faire ce qu’a fait Nicolas Sarkozy l’an passé, c’est-à-dire être élu uniquement sur deux ou trois idées simplistes et quelques slogans, bref sur un écran de fumée. Sur ce plan la désignation de son colistier sera très importante, et certains de rêver à un ticket Obama-Gore dont il faut reconnaître qu’il aurait belle allure. Attendons un peu.
Cependant, et c’est ce qui rend optimiste ses supporteurs, Barack Obama dispose d’un atout qui certainement fera la différence, à savoir son opposition à la guerre en Irak et, plus généralement, à la politique extérieure de l’administration Bush. Il résume cela très bien en disant : « Quand vous m’aurez choisi comme nominé, mon rival ne pourra pas dire que j’ai soutenu la guerre en Irak, ou que j’ai donné à Georges Bush le bénéfice du doute sur l’Iran, ou que j’ai hésité sur quelque chose d’aussi fondamental que l’utilisation de la torture par l’Amérique, parce que ce n’est jamais OK de torturer ». S’il n’a pas encore été précis sur ses orientations sur le plan intérieur, force est de reconnaître que sur le plan planétaire, les idées sont là et bien là.
Pour toutes ces raisons je pense et, vous l’aviez deviné, j’espère que Barack Obama sera le prochain président des Etats-Unis. Outre que le personnage apparaît plus sympathique que son adversaire conservateur, notamment aux yeux du monde, outre le vent de fraîcheur qu’il apporterait à une Amérique en mal de repères, ce serait aussi un merveilleux exemple que ce pays donnerait à l’humanité en termes de préjugés. Quel merveilleux symbole que voir un afro-américain diriger la seule super puissance dans le monde ! Vivement le 4 novembre 2008 !
Michel Escatafal
10:40 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.02.2008
Chronique d'un fiasco annoncé
Comment tout cela se terminera-t-il ? Telle est la question qui se pose à propos du Tchad, tout cela parce que la diplomatie française donne l’impression de patauger encore plus que d’habitude, et ce n’est pas peu dire. En outre l’affaire se complique encore un peu plus parce que l’Union Européenne avait décidé, il y a quelques mois, d’envoyer à l’Est du Tchad une force de maintien de la paix, appelée à protéger les réfugiés en provenance du Darfour, mais aussi les personnes déplacées du Tchad, sans oublier évidemment les personnels humanitaires.
Or, en raison des évènements du Tchad et de la rébellion qui menace le régime du Président tchadien Idriss Déby, bien connu des Français depuis l’affaire del’Arche de Zoé, les observateurs ont l’impression que notre pays est pris dans les méandres d’une situation à la fois très compliquée et risquée. Si nous avons évoqué l’Arche de Zoé, c’est pour noter que vraisemblablement le président de la République se trouve pieds et poings liés, suite à ses manœuvres pour faire libérer des journalistes otages, et pour obtenir le transfert de nos six compatriotes condamnés à N’Djamena pour enlèvement d’enfants.
En clair, Nicolas Sarkozy s’est lancé à l’abordage comme d’habitude en pensant amuser la galerie et de fait, a contracté une dette à l’égard d’Idriss Déby, et celui-ci le sait trop bien. Du coup, le président de la République marche sur des sables mouvants, et même si son poids n’est pas très lourd, il est à craindre qu’il ait du mal à sortir indemne de cette affaire tchadienne. D’ailleurs, il suffit de regarder les journaux télévisés, et voir les interviews réalisées auprès des ministres Kouchner et Morin, pour s’apercevoir que la position française n’est pas très claire dans cette histoire, entre non-dits et affirmations que la France remplira ses engagements vis-à-vis du Tchad.
Le Tchad ne l’oublions pas est un maillon essentiel de la politique française en Afrique, ou ce qu’il en reste. En disant cela nous ne faisons que retranscrire ce que disent les Africains eux-mêmes, irrités et souvent troublés par les multiples déclarations contradictoires de nos gouvernants, notamment sur la « françafrique ». Néanmoins, la France a encore aujourd’hui 1100 militaires en poste dans ce pays dans le cadre du dispositif « Epervier », et elle a également des accords de coopération militaire qui vont du renseignement à la logistique, et même à l’assistance médicale. D'ailleurs, elle est militairement présente au Tchad depuis son indépendance en 1960.
Cette alliance militaire ne poserait pas d’autres problèmes que ceux rencontrés dans ce pays auparavant, si la France n’était le fer de lance d’une force européenne qui, par principe, doit être neutre et qui aurait dû commencer à se déployer ces jours-ci, si l’Union Européenne n’en avait pas retardé l’envoi. Du coup, on se pose de plus en plus de questions dans les pays qui devaient composer cette force et ce, d’autant plus qu’ils se sont déjà fait tirer l’oreille pour participer à cette mission. D’ailleurs, il était prévu que sur 3700 hommes, 2100 devaient être français. Ce nombre extrêmement imposant interpelle d’autant plus, que les rebelles tchadiens affirment qu’ils sont prêts à attaquer l’Eufor si les Français continuent à soutenir Déby, sous couvert de la force européenne.
C’est cela qui fait dire aux observateurs que la France est totalement piégée sur les plans politiques et militaires, parce qu’elle n’a pas d’autre solution que soutenir Déby, ce qui la mettra fatalement en porte- à- faux vis-à-vis de ses partenaires européens. La France sera d’autant plus mal à l’aise que Nicolas Sarkozy avait beaucoup insisté auprès de ses partenaires pour la création de cette force de maintien, espérant en tirer les bénéfices diplomatiques. Toujours cette manie de vouloir faire plus et mieux que les autres !
Aujourd’hui il reste à espérer, pour le Tchad comme pour le Darfour, que cette rébellion se terminera au mieux des intérêts de cette région, en proie depuis des années à des guerres qui ne disent pas toujours leur nom, mais qui n’en sont pas moins réelles. Il faut souhaiter aussi que les inquiétudes que l’on peut avoir sur la mise en place et la mission de l’Eufor soient exagérées, et que cette dernière fera la preuve de son efficacité au bénéfice de la cause du Darfour. Il ne faut surtout pas que le Soudan soupçonné de soutenir la coalition rebelle, tire profit de ces atermoiements français pour continuer, avec l’aide avouée de la Chine, de maintenir la pression sur les réfugiés du Darfour.
Néanmoins, qu’adviendra-t-il de la mission européenne si un régime pro-soudanais s’installe au Tchad ? Poser cette question, amène à deux réponses possibles : soit la France abandonne finalement à son triste sort Idriss Déby dans son combat pour la survie de son régime, au mépris des accords passés, mais son soutien antérieur posera problème, soit elle apporte son appui à la rébellion et elle sera inévitablement en proie aux critiques. Dans tous les cas, la France se trouve une nouvelle fois confrontée à ses propres contradictions, et il est clair qu’elle commence à payer en Afrique l’irresponsabilité de son président et de son ministre des Affaires étrangères.
Mais il n’y a malheureusement pas qu’en Afrique où notre diplomatie a fait la preuve de son inconséquence. Nos prises de position au Liban, où le Quai d’Orsay affirme une chose et la présidence de la République son contraire, en sont un autre témoignage. Décidément, les quatre années qui restent de présidence Sarkozy vont être longues, très longues, et notre seule crainte est que la France en 2012 se retrouve dans la situation dans laquelle sont aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique (déficits abyssaux, croissance en berne, échecs militaires…), après huit longues années de potion administrée par Georges Bush, le grand ami de Nicolas Sarkozy.
Michel Escatafal
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29.01.2008
Une page se tourne, ouf !
Il y a des dirigeants qui, lorsqu’ils quittent le pouvoir, laissent un souvenir ému à leurs concitoyens et plus le temps passe, plus ils deviennent un mythe pour l’histoire. Qui de nos jours en France oserait apporter la moindre critique à l’action passée du général de Gaulle, de Pierre Mendès-France, voire même plus près de nous de Raymond Barre. Ce que l’on retient de ces dirigeants, outre les résultats de leur action, c’est d’abord leur sens de l’honneur. C’est aussi une éthique morale et intellectuelle, basée sur le souci de servir leur pays. C’est enfin le refus de toute compromission et démagogie dès lors qu’il y allait de l’intérêt supérieur de la France.
Evidemment les femmes ou les hommes de cette trempe ne courent pas les pages d’histoire, en France et ailleurs. Par exemple aux Etats-Unis, il y a un président qui ne laissera un souvenir impérissable à ses concitoyens que pour ses bourdes, ses gaffes, ses mensonges, ses mauvaises décisions, bref toute la panoplie du parfait « looser », comme on dit chez lui. Rarement en effet, un président des Etats-Unis aura accumulé autant de revers pendant ses deux mandats que ne l’a fait Georges Bush. Et pourtant, il a été réélu en 2004 ce qui paraît invraisemblable de prime abord, mais finalement assez naturel dans le droit fil de ce que je disais hier ici même. La médiocrité paie dans les urnes, nous en avons ici une nouvelle preuve. Espérons que notre pays infirme ce diagnostic en 2012.
Revenons donc à Georges Bush et à son discours sur l’état de l’Union. Les chaînes américaines ont surtout retenu trois points qui sont effectivement au coeur des problèmes que rencontrent les Etats-Unis de nos jours. Tout d’abord l’Irak, où la guerre a commencé il y a bientôt cinq ans. Manifestement le président américain n’avait pas lu la lettre qu’écrivait Richelieu à Louis XIII, au moment où la France s’impliquait directement dans la Guerre de Trente ans en 1635 contre la Maison d’Autriche : « En matière de guerres, on sçait comment et quand elles commencent, mais nul ne peut prévoir le temps et la qualité de leur fin ».
Presque quatre siècles plus tard c’est bien le cas en Irak, ce qui n’a pas empêché Georges Bush de continuer à mentir aux Américains en affirmant que la situation s’améliorait, qu’elle était presque sous contrôle pour employer un langage militaire, oubliant de préciser que le nombre de soldats tués au combat avait été largement supérieur en janvier à celui de décembre. Il a aussi affirmé que si les soldats américains s’en allaient c’était le chaos assuré, mais c’est déjà le chaos dans ce malheureux pays depuis le printemps 2003.
Ensuite sur l’Iran, Georges Bush a renouvelé ses menaces comme il le fait régulièrement depuis quelque temps. Outre que les Iraniens n’ont pas l’air trop impressionnés, Georges Bush oublie sans doute que pour le monde entier il est déjà considéré comme un « has been », pour reprendre ce que dit la presse américaine. Les Américains en ont tellement assez de lui qu’ils considèrent qu’il est déjà parti. Alors, on imagine à l’étranger…
Il a aussi parlé de l’économie américaine reconnaissant qu’elle traversait « une période d’incertitude », ce qui est le moins qu’on puisse en dire. Il n’a pas reconnu de vraie responsabilité à titre personnel, et pourtant il y aurait beaucoup à dire sur la politique économique menée dans son pays depuis l’arrivée aux affaires de son administration. L’Amérique a certes connu pendant quelques années une période de croissance économique forte, mais à quel prix. Les baisses d’impôts massives diligentées par l’administration américaine en 2001 ou 2002 ont profité d’abord aux plus riches, mais elles n’ont pas enrichi les plus pauvres qui le sont encore davantage.
A ce propos, on mesure aujourd’hui à quel point la politique de baisse des taux de la FED, encouragée par l’administration Bush, a sa part de responsabilité dans la déconfiture des grands établissements de crédit américains et, par ricochet, des banques européennes. Les taux étant restés longtemps historiquement bas, ont largement alimenté la frénésie d’achats immobiliers qui a sévi aux Etats-Unis entre 2002 et 2005. Ils ont donc été les moteurs, en quelque sorte, de la crise des crédits hypothécaires qui a envahi le paysage de la finance internationale l’été dernier. Cela personne ou presque ne le dit, mais la réalité est là et bien là.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille définitivement renoncer à des baisses sur les taux directeurs des banques centrales. Mais il est permis de douter de l’efficacité réelle de baisses comme celle de la Réserve Fédérale la semaine dernière, comme l’ont souligné de nombreux observateurs. En tout cas, si récession il doit y avoir aux Etats-Unis, elle aura lieu que les taux baissent ou pas. D’ailleurs, même si le contexte est très différent, le Japon qui a longtemps eu des taux directeurs quasiment à zéro a mis très longtemps avant de renouer avec la croissance.
En résumé et pour revenir à notre propos initial, on a l’impression que cette année 2008 sera très différente des précédentes, comme si à travers la désignation d’un nouveau président aux Etats-Unis, on entrait dans une ère nouvelle. Pourquoi pas après tout ? Cela étant même si Barak Obama est élu président des Etats-Unis, il ne faut pas croire pour autant que le monde va vraiment changer, contrairement à ce que certains s’imaginent. Cependant, sur le plan des symboles, il est certain que voir élu un président noir à peine 40 ans après la mort de Martin Luther King serait quand même un sacré pied de nez à l’histoire.
Michel Escatafal
23:26 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03.01.2008
2008, année de tous les espoirs?
Le mois de janvier sert généralement à faire le bilan de l’année écoulée, mais il permet aussi de réfléchir à ce qui va se passer dans les mois à venir. L'année 2008 va être une année particulièrement importante pour la planète, puisqu’il va y avoir l’élection présidentielle américaine. Or ne l’oublions pas, les Etats-Unis sont la première puissance militaire du monde (50% des dépenses mondiales). Dans ces conditions, le monde va suivre avec une attention toute particulière cette élection, surtout après les huit années calamiteuses de Georges Bush et des néo conservateurs républicains.
Et, contrairement à ce que beaucoup croient, il ne faut pas se faire d’illusions : ces gens-là feront tout pour garder le pouvoir. Cela signifie que les démocrates n’ont pas encore gagné et, d’ailleurs, s’ils devaient gagner on sait où iraient les faveurs de ceux qui détiennent en partie le pouvoir. Ils choisiront bien évidemment Hillary Clinton qui, à leurs yeux présente davantage « de garanties » qu’un Barack Obama. Il est vrai que l’ex-first lady a voté pour la guerre en Irak, une guerre finalement bien vue à l’époque par les milieux d’affaires, qui ne pensaient pas que les troupes américaines subiraient le calvaire qu’elles endurent depuis 4 ans.
Pour en revenir aux Républicains, je suis quand même effrayé par le programme de Rudolf Giuliani, ancien maire de New-York, qui est un véritable va-t-en guerre et qui essaie de surfer encore et toujours sur la vague du 11 septembre, comme Bush et ses amis ont si bien su le faire en 2004. Quand les électeurs comprendront-ils qu’il ne faut pas voter pour quelqu’un qui use de quelques slogans simplistes qui, généralement, tiennent lieu de programme ou de projet. Bush en 2004 n’avait d’autre projet que renouveler son mandat, et il l’a prouvé car il a mené son pays à la catastrophe économique et financière. En disant cela j’exagère à peine, et j’espère qu’un autre illusionniste que nous connaissons bien ici en France ne restera pas plus de 5 ans au pouvoir.
Alors rêvons un peu, et disons-nous que seule l’Europe peut, peut-être, sauver la planète de tous les maux qui l’assaillent. Elle a plus ou moins rempli les objectifs qu’elle s’était fixée dans le cadre des accords de Kyoto, que les Américains n’ont pas signé. L’Europe devrait pouvoir faire pression pour que le Moyen-Orient évolue vers plus de démocratie mais cela, elle ne pourra le faire qu’à deux conditions : que la Grande-Bretagne joue vraiment le jeu de l’Union, et que la France cesse de jouer les francs-tireurs. Plus facile à dire qu’à faire !
En Grande-Bretagne, après le départ de Tony Blair, il semble de plus en plus que le sentiment européen devienne uniquement un concept. Une véritable unanimité, malgré la résistance courageuse de quelques libéraux démocrates, est en train de se dessiner pour que la Grande-Bretagne tire le maximum de profit de l’Europe, mais sans aucune contre partie politique. Quand à la France de Nicolas Sarkozy, elle est considérée par la plupart de nos partenaires dans l’Union Européenne comme un pays qui n’a jamais renoncé à son impérialisme politique sur la scène européenne. Et ce n’est pas cette fumeuse idée d’union méditerranéenne, proposée par Nicolas Sarkozy, qui va calmer les inquiétudes de ceux qui se méfient de notre diplomatie.
En attendant, il va falloir d’abord ratifier le traité européen, ce qui n’est pas acquis partout. Pour une fois, Nicolas Sarkozy a fait preuve de réalisme en proposant une ratification par le Parlement. C’est beaucoup plus sûr qu’un référendum, surtout avec un contexte économique en France qui se dégrade chaque jour un peu plus. Un référendum est un bon moyen de se défouler pour certains politiciens à courte vue, qui profitent largement des excès de règlementation de Bruxelles ou du démantèlement de certaines autres, notamment dans les services publics, pour encourager les électeurs à refuser la seule voie possible pour des petites nations comme celles qui composent l’Union Européenne.
Répétons-le encore une fois : dans 20 ans, quel sera le poids politique et même économique de la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne en tant qu’entité nationale par rapport aux Etats-Unis, à la Chine et peut-être même à l’Inde ? Pas très lourd, mais l’Union Européenne à 27 est déjà la première puissance économique mondiale.
A ce propos, notre pouvoir de négociation sur la scène internationale est quasi nul en tant qu’entité purement française. On vient d’en avoir la preuve ces jours-ci : le président de la République a cru bon de fustiger la Syrie pour son action au Liban. Résultat le pouvoir syrien a fait comprendre à la diplomatie française qu’il se moquait de ses remontrances, ce qui nous vaut une humiliation supplémentaire sur la scène internationale.
Personne n’écoute la France, pas plus que les autres nations européennes, mais on écouterait attentivement un véritable ministre des Affaires étrangères européen. Que pèse la France face à l’OPEP ? Que vaut sa voix dans le conflit israélo-palestinien ou au Liban, sans parler de l’Iran? Rien ou si peu, alors quand Bernard Kouchner part pour le Pakistan pour aider à régler les problèmes de ce pays, il provoque surtout des haussements d’épaule. Quand demandera-t-on un siège au Conseil de sécurité pour l’Union Européenne ?
Voilà une petite esquisse de l’état du monde début 2008, et des dangers qui le guettent. Espérons donc que le peuple américain choisira la voie de la raison pour élire son président. Espérons aussi, et peut-être surtout, que l’Union Européenne sortira renforcée de cette année 2008 avec une présidence slovène et française à partir de juillet. Espérons à ce propos que Nicolas Sarkozy ne joue pas le registre du gadget ou du « m’as-tu-vu » qui lui convient tellement. Il vaut d’ailleurs mieux pour lui que sa présidence de l’Union soit honorable, sous peine de voir le peu de crédit qui lui reste sur la scène diplomatique s’envoler durablement. Espérons, espérons…
Michel Escatafal
09:25 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.12.2007
Il aura eu tout faux pendant huit ans
Le 43è président des Etats-Unis
Celui qui a la chance d’aimer l’histoire a certainement une perception plus rationnelle de l’état du monde dans lequel nous vivons. C’est la raison pour laquelle tout ce qui arrive en ce moment était prévisible après la fin de l’Union Soviétique. Bien entendu, je fais partie de ceux qui se sont vivement réjouis de la fin de cette dictature sanglante, qui n’avait trompé en Occident que ceux qui y avaient intérêt. Tout le monde avait entendu parler du goulag et les crimes de Staline avaient largement dépassé les frontières de son empire. Cela étant, il paraît inconcevable qu’autant de gens aient pu croire que l’éclatement de l’empire soviétique allait engendrer une longue période de paix, sous prétexte qu’il n’ y avait plus qu’une seule super puissance sur la planète , les Etats-Unis d’Amérique.
Bien entendu, c’est tout le contraire qui s’est passé. Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis, comme toutes les superpuissances, se sont arrogés le droit d’être les garants de la démocratie dans le monde. En d’autres temps, c’était « la pax romana » qu’il fallait sauvegarder en oubliant que les Romains étaient devenus le plus grand empire de l’Antiquité à coup de guerres de conquêtes. Il faudra attendre l’an 116 pour voir enfin l’empire se satisfaire de ses frontières, ce qui n’empêcha pas les successeurs de Trajan de construire « des limes » le long de leurs frontières par crainte d’une attaque ennemie. Moins de cent ans plus tard, c’était déjà la fin du grand empire.
Nous pourrions multiplier les exemples, mais c’est toujours ainsi : plus un empire est grand, plus la domination d’une nation sur les autres est incontestable et plus cet empire se sent vulnérable. Napoléon 1er n’a pas échappé à la règle, quand après la bataille d’Iéna qui lui assurait la domination de la plus grande partie de l’Europe, il décida le 21 novembre 1806 à Berlin de mettre en place le Blocus Continental. Celui-ci avait pour but de fermer tous les ports européens au commerce de l’Angleterre, espérant ainsi ruiner la « perfide Albion ». Cela contribua largement à liguer contre la France l’ensemble des nations européennes.
Au début du 21è siècle, les Etats-Unis de Georges Bush ont voulu eux aussi construire « des limes ». Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se sentent soudain très vulnérables puisqu’il suffisait d’une attaque coordonnée de quelques personnes bien préparées pour infliger de lourdes pertes à « l’Ogre américain ». Alors Georges Bush fit étalage de son manque total de discernement politique : il fit la guerre en Afghanistan, sans résultat tangible depuis 7 ans, puis il attaqua l’Irak en 2003, pays dans lequel l’armée de l’Oncle Sam subit de nombreux revers. Dans les deux cas, il voulait exporter la démocratie ou plutôt faire en sorte que « l’Axe du Bien » triomphe de « l’Axe du Mal ».
Résultat, les Etats-Unis ont dépensé quasiment 1000 milliards de dollars pour faire la guerre dans ces deux pays, sans avoir remporté la moindre victoire, ni installé la démocratie. Pire encore, les Etats-Unis et par extension le monde occidental, ont perdu beaucoup de crédit auprès de populations à qui ils étaient censés apporter plus de liberté et de bien-être. Georges Bush aura eu tout faux au cours des huit années qu’il aura passées à la Maison Blanche. A ce propos, il est stupéfiant qu’il ait pu se faire réélire en 2004, alors que son bilan était déjà catastrophique. Cela étant, dans un pays que nous connaissons bien, un ministre de l’Intérieur au bilan très déficitaire a pu se faire élire sans trop de difficulté à la présidence de la République, qui plus est en se faisant passer pour un homme neuf.
Le problème pour en revenir à Georges Bush et aux Etats-Unis est que désormais la puissance américaine n’impressionne plus personne. Tout le monde nargue Georges Bush, y compris la petite Corée du Nord qui sait à présent fabriquer une bombe atomique. L’Iran, grâce à son pétrole peut se permettre de jouer avec les nerfs du président américain. Et aujourd’hui c’est le Pakistan, principal allié des Etats-Unis dans la région du sous-continent indien, qui est complètement déstabilisé et dans lequel le sentiment antioccidental est de plus en plus fort. Or ce pays est une puissance nucléaire.
Cela nous fait penser à ce que disait Mao Ze Dong à propos des Américains affirmant que les Etats-Unis étaient « un tigre en papier », ce qui était faux à l’époque et le reste encore, mais les Etats-Unis ont beaucoup perdu de leur superbe. En tout cas, le successeur de Georges Bush va avoir du travail s’il veut que son pays soit de nouveau respecté dans le monde, et surtout dans le monde musulman. D’ailleurs, même les alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis commencent à prendre leurs distances, y compris la Grande-Bretagne et l’Australie. Il n’y a guère que la France qui se singularise avec l’alignement de plus en plus avéré de Nicolas Sarkozy sur les positions américaines. Notre président de la République ne manque d’ailleurs jamais une occasion de faire remarquer qu’il faut aider coûte que coûte les Américains dans leur combat pour la démocratie.
Toutefois, Georges Bush ferait bien de se méfier de notre président car ce dernier, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas fiable à cent pour cent dans ses amitiés nationales et internationales. Ce que dit aujourd’hui Nicolas Sarkozy ne sera pas forcément la vérité de demain, les Français s’en aperçoivent tous les jours. Il suffirait, par exemple, d’un mauvais sondage sur sa politique étrangère pour qu’il amorce très vite un des ces revirements dont il a le secret. Cela dit, ce n’est pas moi qui le blâmerais s’il changeait d’attitude. L’indépendance de la France en matière de diplomatie est un bien trop précieux pour que nous le galvaudions. C’est une opinion personnelle qui, j’en suis sûr, est largement partagée.
Michel Escatafal
21:55 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.12.2007
On ne doit parler en France que de l'actualité heureuse
Carte du Pakistan
La France reste un pays qui suscite la curiosité auprès des étrangers, mais sans doute jamais comme en ce moment tellement nous nous singularisons. De quoi parle-t-on aujourd’hui à la radio ou dans les journaux ? De Benazir Bhutto, et c’est compréhensible tellement sa disparition est un évènement important, non seulement pour son pays, mais aussi pour le monde entier. Rappelons que le Pakistan, créé en 1947, est un pays en proie à toutes les instabilités, mais qu’il est fort de 160 M d’habitants et détenteur de l’arme nucléaire. A cela s’ajoute une géographie capricieuse à certains endroits du pays, comme en témoigne le séisme qui a ravagé le pays en octobre 2005 et qui a causé la mort de milliers de personnes. Cela dit, c’est aussi une nation qui connaît une croissance élevée (+6,6% en 2006) avec un secteur des services très dynamique.
De tout cela on parle aujourd’hui, mais pas suffisamment à mon goût parce que la mort de Benazir Bhutto est l’évènement qui aurait dû occulter tout le reste et malheureusement ce n’est pas le cas. On s’imagine en France qu’il ne faut parler que de belles histoires, qu’il faut occulter toutes les mauvaises nouvelles parce que « la ménagère de moins de 50 ans pourrait moins consommer ». Voilà le mépris avec lequel on traite la population dans la France de Nicolas Sarkozy. Les Français ne sont quand même pas débiles, au point de ne pas savoir faire la part des choses entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. On s’imagine qu’en agissant ainsi, la croissance reviendra. Ridicule !
De fait, à coté des informations en provenance du Pakistan, on voit des reportages sur des sujets très divers tels que les 40 glorieuses de la petite pilule, ce qui commence à dater, la tentative de débauchage par l’UMP d’éléments du Parti Socialiste ou du MoDem, ce qui n’est pas nouveau, sans oublier la libération des otages colombiens, mais pour que le sujet fasse les grands titres des journaux il aurait fallu que parmi les otages libérés il y ait Ingrid Bétancourt. Là on en aurait beaucoup parlé, parce que Nicolas Sarkozy aurait vite pris un avion pour aller la chercher sous les yeux émerveillés des caméras de TF1 ou France 2. Comme ce ne sera pas le cas, les journaux continuent à commenter vaillamment les tribulations du nouveau couple, Carla-Nicolas, qui vient de s’installer à Charm el Cheik et retrouver le couple, déjà plus ancien, Ockrent-Kouchner. Passionnant !
Un autre sujet de la plus haute importance va tenir en haleine la population : Miss France va-t-elle être destitué, au profit de je ne sais quelle autre candidate ? J’avoue que je ne sais pas trop de quoi il s’agit exactement, mais apparemment il y va de l’avenir de la République, car même le Ministre des DOM-TOM a vigoureusement défendu la demoiselle. Il n’est pas le seul, car il y a des élus UMP et communistes, sans oublier l’évêque de la Réunion. Tout cela est vraiment grotesque, sauf à essayer de faire oublier à la population que le prix du gaz va augmenter de 4% le 1er janvier, alors que Nicolas Sarkozy s’était engagé à ce qu’il n’augmente pas dans les prochains mois. On aurait pu penser qu’il laisse passer l’hiver, mais le signal au marché était nécessaire nous dit-on.
Si EDF-GDF était une entreprise publique, comme seul François Bayrou l’avait demandé, nous aurions davantage de maîtrise sur les conditions tarifaires. N’oublions pas qu’avant la privatisation, nous avions la chance d’avoir un courant électrique vendu sur le marché français 60 % moins cher que sur le marché libre. De ce simple fait, des entreprises étrangères étaient enclines à s’installer en France plutôt qu’ailleurs. N’oublions pas non plus que lors de son passage au ministère de l’Economie, Nicolas Sarkozy s’était engagé en 2004 à conserver à l’Etat une large majorité dans EDF et dans GDF. Mais qui s’en souvient et surtout lui-même s’en souvient-il ?
Autre sujet qui est assez commenté dans la presse : le rapatriement des Français impliqués dans cette ténébreuse affaire de l’Arche de Zoé. J’ai entendu dire à plusieurs reprises par des journalistes tchadiens que les initiatives de Nicolas Sarkozy, avec le tapage médiatique y afférent, n’avaient pas aidé au règlement rapide de cette affaire. Je ne sais pas, faute d’être dans le secret des dieux. En tout cas, à supposer qu’on connaisse un jour la vérité, ce sont toutes les ONG qui vont être éclaboussées par cet épisode douloureux, où Français et Tchadiens n’auront pas fait preuve d’un grand sens politique, pour ne pas dire d’amateurisme. En d’autre temps, on aurait demandé des comptes avec force pour voir où se situaient les responsabilités de chacun. Mais aujourd’hui…
Ces quelques réflexions sur ce qu’on voit et entend dans les médias accréditent l’idée que notre pays est en train de perdre sa spécificité. Faux ! La France restera à jamais le pays des Lumières, la France restera à jamais le pays qui a mis fin à l’absolutisme royal de droit divin, même si aujourd’hui hélas la France se comporte comme une nation sans ambition, anesthésiée par ses échecs et son déclin.
Il est clair que notre pays n’aurait jamais dû élire Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Il avait échoué comme ministre de l’Intérieur pendant les quatre années (ou presque) qu’il a occupé le poste, il avait montré très vite ses limites comme ministre des Finances, donc il n’avait pas l’envergure pour occuper la fonction qui est la sienne depuis le 6 mai. Cela étant, notre pays saura le moment venu retrouver cette foi et cet orgueil qui l’ont conduit à être la patrie des droits de l’homme, mais aussi le moteur de la construction européenne.
Michel Escatafal
10:30 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


