27.10.2009

Un évènement considérable...

Un évènement considérable est sur le point d’arriver en 2010, et pourtant l’information n’est quasiment pas reprise en France. Il est vrai que dans notre beau pays toutes les informations tournent autour de Nicolas Sarkozy et son gouvernement, avec des débats surréalistes comme celui qui resurgit sur l’identité nationale, ou encore des crimes abominables qui hélas font de temps en temps l’actualité, sans oublier les stupides comportements des supporteurs de football. Voilà où en est l’information dans notre pays. Et qu’on ne vienne pas me dire que j’exagère, car hier après-midi j’étais en voiture et j’ai écouté les informations à plusieurs reprises, avec chaque fois les mêmes litanies. Rien que sur l’affaire du report du match OM-PSG, il y a eu pas moins de trois interventions d’hommes politiques, dont celle du Premier ministre qui n’a vraiment rien d’autre à faire. « Panem et circenses » comme disait avec mépris Juvénal. Cela dit je reviens à mon propos initial, à savoir le fait que l’économie indienne dépasserait son homologue chinoise pour ce qui concerne la croissance en 2010.

En effet, les experts de la Banque Mondiale prévoient une croissance de 8% pour l’Inde l’année prochaine, et « seulement » si j’ose dire de 7,7% pour la Chine. C’est effectivement une véritable révolution, car depuis la fin des années 70 la Chine avait pris une avance considérable sur son voisin indien, lequel  n’a réellement commencé à décoller qu’au début des années 90. D’ailleurs si l’on compare le PIB des deux pays, il y a encore une différence considérable entre eux puisque le PIB de la Chine est estimé à 4 200 milliards de dollars contre 1200 milliards à l’Inde. Toutefois, compte tenu des caractéristiques des deux économies, les experts sont persuadés que la crise a moins touché l’Inde que la Chine, cette dernière étant beaucoup plus tributaire des exportations.

A ce propos, essayons de voir à travers quelques statistiques les caractéristiques des deux géants asiatiques, en notant tout d’abord que leur population est aujourd’hui très proche, la Chine comptant à ce jour 1,34 milliards d’habitants contre 1,2 milliards à l’Inde. Et si l’on regarde la démographie  des deux pays, il est vraisemblable qu’à court terme l’Inde aura non seulement rattrapé la Chine, mais l’aura dépassée,  l’Inde ayant  une population plus jeune puisque la tranche d’âge 0 à 14 ans représente 32% de la population totale contre 21,4% à la Chine. Dans le même registre, la Chine a 7,6% de sa population qui a plus de 65 ans contre 5,6% pour l’Inde. Surtout l’indice de fécondité est infiniment plus élevé en Inde (2,72) qu’en Chine (1,79), celui-ci se situant en deçà de celui de la France (1,92). Pour ce qui concerne l’espérance de vie, celle-ci reste plus élevée en Chine (71,8 ans) qu’en Inde (63,5 ans). Enfin, pour en terminer sur le sujet, la population urbaine est de 40,8% en Chine, nettement supérieure à celle de l’Inde qui atteint à peine 29%.

Sur le plan économique la Chine est numéro un mondial pour la production de blé, coton, pommes de terre, riz, thé, ovins, porcins et production halieutique. Toujours dans le domaine agricole la Chine est numéro deux pour le maïs et numéro trois pour la canne à sucre et les bovins. Au total l’agriculture représente 12% du PIB de la Chine, contre 48% pour l’industrie. Dans l’activité industrielle, la Chine est numéro un mondial pour le charbon, l’étain, le fer, le plomb et le zinc. La Chine a aussi la cinquième production de pétrole dans le monde et la quinzième pour le gaz naturel. A noter que la production hydroélectrique chinoise représente un peu plus de 15% de la production d’électricité, le nucléaire ne représentant qu’un peu plus de 2%. Enfin les services représentent pour leur part 40% de la richesse nationale.

Sur tous ces plans  l’Inde n’a pas les mêmes caractéristiques. Déjà l’agriculture représente 18% de l’activité, mais l’Inde n’est numéro un mondial que dans la production de millet, et elle est numéro deux pour le blé, le bois, la canne à sucre, le riz, le thé et les bovins. Sur le plan des ressources minières, l’Inde est numéro trois pour le charbon, numéro quatre pour le fer, numéro vingt-trois pour le gaz naturel et vingt-deux  pour la production de pétrole. Au total  le poids de l’industrie représente à peine plus de 27% du PIB, soit nettement moins que pour la Chine (48%), mais les services y sont beaucoup plus présent (54% contre 40%), fruit d’une main d’œuvre très qualifiée. Sur le plan du tourisme la comparaison reste très défavorable à l’Inde, les recettes touristiques chinoises représentant 170 milliards de dollars en 2008 contre 8 petits milliards pour l’Inde.

Par ailleurs la Chine investit  beaucoup plus à l’étranger (94 milliards de dollars) que son voisin indien (avec 21 milliards). Il est vrai qu’elle a les moyens avec des réserves de devises et d’or tout à fait considérables puisqu’on les évalue à plus de 1500 milliards de dollars, presque six fois plus que l’Inde (240 milliards de dollars). Enfin sur le plan des finances publiques on notera que la Chine a une dette publique de 18,9% contre 58,6% à l’Inde. Toutefois il faut se méfier du bon chiffre chinois, car le pays va avoir des besoins tout à fait considérables liés au vieillissement de la population. Comment les Chinois vont-ils pouvoir gérer leurs caisses de retraites ? C’est une des inconnues touchant à ce pays, avec aussi les mises aux normes environnementales sur lesquelles la Chine accuse un retard considérable. Cela démontre si besoin en était que la Chine reste encore un colosse aux pieds d’argile, malgré la vitesse de son développement. Quand à l’Inde, son retard est encore beaucoup plus considérable puisqu’elle se positionne au-delà du 120è rang sur 177 pays recensés pour ce qui concerne l’indice de développement humain.

Un dernier mot enfin, et là nous revenons à la politique française. J’ai appris ce matin que notre président de la République venait à Poligny (Jura) pour parler agriculture. Outre le fait que cette charmante contrée sera en état de siège, j’ai noté que Nicolas Sarkozy allait annoncer des aides à hauteur de 1 milliard d’euros. Cela étant j’ai aussi entendu de la part de professionnels que ces aides n’allaient évidemment pas toutes aller dans la poche des agriculteurs, mais que cela allait concerner toute la filière…donc aussi l’industrie agroalimentaire. On s’en serait douté ! Voilà comment on distribue les milliards que nous n’avons pas, et que nous devons emprunter. C’est hélas la caractéristique de ce pouvoir qui ne sait plus à quel saint se vouer pour faire encore illusion. Quel constat d’échec !

Michel Escatafal

15.08.2009

L'été de Barack Obama est chaud

Décidément le président des Etats-Unis, Barack Obama, a trouvé un bon moyen de maintenir en plein été les Américains en éveil avec sa réforme du système de santé. Elle les tient tellement en éveil qu’on retrouve dans le pays les pires travers qui ont émaillé son histoire depuis un peu plus de deux siècles. On voit même sur certaines photos un montage où Barack Obama est en compagnie d’Adolf Hitler, et une autre où le président américain est montré avec la moustache de l’horrible führer. Et tout cela parce que Barack Obama veut tenir ce qui est sans doute sa principale promesse de campagne, celle en tout cas qui peut peser le plus sur la vie de millions de gens, la réforme du système de santé.

Mais au fait pourquoi et comment les Américains sont-ils tellement hostiles à une réforme qui, après tout, va vers davantage de justice sociale ? Et bien c’est là toute la différence entre notre vieille Europe et l’Amérique du Nord. Chez nous tout candidat aux élections, même s’il n’en pense pas un mot, se croit obligé de parler de justice sociale. Il y en a même certains qui se réclamant d’une droite décomplexée, n’hésitent pas à citer Jaurès et Blum comme référence à certaines de leurs actions. En outre, même s’ils font tout pour contourner le modèle social français, ils ne cessent quand même de s’y référer notamment en période de crise comme c’est le cas actuellement.

Autre différence entre les Etats-Unis et la France ou l’Allemagne : si le débat sur les baisses d’impôts continue de diviser la classe politique de ce côté de l’Atlantique, ce n’est rien à coté de ce qui se passe aux Etats-Unis où toute augmentation des prélèvements est presque considéré comme une forfaiture, même si cela doit améliorer quelque peu les fondements d’un système profondément inégalitaire. En France personne n’oserait dire qu’on va laisser une partie de la population au bord du chemin, pour ne pas augmenter la contribution de ceux qui sont les plus fortunés. Et même si cela transparaît dans certains programmes, malheur à un candidat qui dirait que ce n’est pas à l’Etat de payer les frais de santé des pauvres. D’ailleurs aucun ne s’y risquerait car il serait sûr et certain de ne pas être élu.

 Et puis il y a aux Etats-Unis les groupes de pression, qui sont à la fois beaucoup plus actifs et plus puissants que chez nous, même si le fossé se réduit depuis quelque temps. Aux Etats-Unis il y a énormément de lobbies de toutes sortes qui arrivent à influencer le cours des choses, au point de faire croire aux gens que c’est leur intérêt de lutter contre certaines réformes alors qu’ils sont les premières victimes du système. Du coup, il est très facile d’agiter le chiffon rouge des augmentations d’impôts pour financer une mesure comme l’assurance médicale universelle. Il suffit pour cela d’affirmer qu’on veut « nationaliser le système de santé » comme ne cesse de le répéter la très droitière Sarah Pallin, candidate malheureuse à la vice-présidence aux dernières élections.

Pour elle l’argent de l’Etat ne doit pas servir à une couverture maladie universelle, et ce d’autant plus qu’elle n’en a pas besoin à titre personnel, pas plus que ceux qui l’aident dans ce combat. Et peu importe que près de 50 millions d’Américains, soit presque 17% de la population du pays accumulant le plus de richesses sur la planète, n’aient aucune couverture médicale. Et le pire est que cette dame est écoutée par beaucoup d’Américains qui, pourtant, paient très cher pour avoir une couverture minimum n’allant pas au-delà des soins les plus élémentaires. Il est vrai que les lobbies se chargent d’accumuler les contre-vérités en affirmant que leur système de santé est loin d’être aussi malade, si j’ose dire, que certains veulent bien le prétendre malgré une espérance de vie plus basse que dans tous les autres pays industrialisés, en raison d’une très forte mortalité infantile, notamment chez les classes les plus défavorisées…qui n’ont pas accès aux soins.

Pauvres Américains, incapables de regarder au-delà de leurs frontières, et de voir ce qui se passe dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Espagne ou les pays nordiques. Pas étonnant me direz-vous puisque pour eux, le plus souvent, la comparaison en ce qui concerne l’Europe se fait avec la Grande-Bretagne, qui est la nation d’Europe Occidentale certainement la plus démunie en matière de santé. Par parenthèse, c’est aussi le pays qui a connu le développement le plus poussé qui soit en matière de libéralisme économique, avec son cortège d’inégalités croissantes. Et c’est précisément ce que Barack Obama essaie très modestement de corriger, par exemple avec cette réforme de l’assurance-maladie. Problème, ce faisant il s’attaque aux assureurs privés qui voient d’un mauvais œil l’Etat investir un marché très lucratif.

Et pourtant si la majorité des familles américaines jouissent d’une assurance-maladie payée par leurs employeurs, ces assureurs privés sont loin d’assurer tous les soins comme c’est le cas chez nous…pour le moment. Quant à l’assurance prise en charge par le gouvernement (Medicare) pour les petits retraités et autres  catégories défavorisées, elle n’assure qu’un nombre restreint de prestations, et comme ces gens n’ont pas les moyens de souscrire une autre assurance on devine ce qui se passe en cas de maladie grave. Enfin, il y a les exclus, ceux surtout pour qui Barack Obama veut faire l’effort, à savoir les chômeurs et les personnes travaillant sans contrat fixe et donc exclus du système. Pour eux il ne reste que les œuvres de charité. Voilà le système que Nicolas Sarkozy nous vantait avant de découvrir, grâce à la crise, les vertus de notre modèle social.

Cela ne veut pas dire pour autant que dès que la crise aura été en partie surmontée, il ne veuille pas de nouveau nous imposer ce  type de société, d’autant que notre endettement public est tel qu’il estimera nécessaire de faire des coupes sombres dans certains budgets sociaux, ce qu’il a déjà commencé à réaliser. Puissent les Français y regarder à deux fois avant de refaire l’erreur qu’ils ont faite au printemps 2007. Espérons aussi qu’ils ne se laissent pas influencer par nos groupes de pression que sont les médias…détenus par les patrons de quelques uns de nos plus grands groupes industriels. Ajoutons aussi, même si c’est aujourd’hui un vœu pieux, que les oppositions doivent se préparer d’ores et déjà sérieusement pour les échéances de 2012, au lieu de se préoccuper d’alliances pour les élections régionales. Et c’est d’autant plus nécessaire que si Nicolas Sarkozy et sa majorité n’ont pas de programme économique bien défini, en revanche la machine électorale UMP est déjà en ordre de marche.

Michel Escatafal

08.08.2009

Les Américains découvrent l'Afrique

Alors que la France semble de plus en plus s’éloigner de l’Afrique, ce qui n’a rien à voir avec une prise de distance vis-à-vis de « la Françafrique », les Etats-Unis s’apprêtent à faire de gros efforts sur un continent dont il faut bien reconnaître qu’ils s’en sont peu ou prou toujours désintéressés. Tel ne semble plus être le cas avec la nouvelle administration Obama. Trois semaines après la visite au Ghana du président américain, c’est la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, qui effectue une grande tournée dans sept pays d’Afrique, et pas que des pays anglophones puisqu’elle ira aussi en République Démocratique du Congo, en Angola et au Cap-Vert.

Il est vrai qu’en Afrique à présent il y a de la concurrence, car la Chine comme je l’ai déjà rappelé à plusieurs reprises est très présente, mais aussi l’Inde, le Brésil et même les Emirats Arabes. Tous ces pays évidemment n’investissent pas en Afrique pour exporter la démocratie, mais plus prosaïquement pour faire des affaires tant qu’il est encore temps. Si je dis cela c’est parce que certains pays tels que l’Angola, la RDC et le Nigéria, riches en minerais de toutes sortes et en pétrole, sont déjà considérés comme des chasses gardées chinoises.

En tout cas les Américains annoncent la couleur puisqu’Hillary Clinton sera accompagné dans ce périple, non seulement par le secrétaire adjoint aux affaires africaines, mais aussi par le secrétaire à l’Agriculture. Cela veut dire clairement qu’on ne va pas se contenter d’évoquer dans ces pays les droits de l’homme. On s’en serait douté ! Et en plus, du fait de leur puissance militaire, les Etats-Unis peuvent facilement gagner la confiance de certains pays comme la Somalie qui souffrent énormément des effets de la piraterie, ce qui permet accessoirement de tisser d’autres liens, notamment économiques.

Aujourd’hui un accord avec 37 pays africains, reconduit jusqu’en 2015, permet aux produits africains de bénéficier d’un accès privilégié au marché américain, les échanges dans ce cadre représentant déjà 80 milliards de dollars ce qui n’est pas rien. Mais il est évident que les Etats-Unis veulent faire beaucoup plus, notamment au Nigéria et en Angola, l’un et l’autre grands pays producteurs de pétrole. Pour mémoire je rappelle que l’Angola occupe le 18è rang pour les réserves de pétrole connues, et le Nigéria le 10è rang, ce dernier pays ayant également les 7è réserves de gaz. Cela suscite des convoitises, d’autant plus que les Etats-Unis souhaitent diversifier au maximum leurs approvisionnements en hydrocarbures. Or pour le moment les Etats-Unis n’importent que 7% du pétrole angolais, contre plus de 30% à la Chine.

Peu présent jusque là en RDC, plus grand pays de l’espace francophone, les Etats-Unis sont en train de se souvenir que cet immense pays est très riche en ressources naturelles (forêts, mines…), ce qui explique l’intérêt croissant des grandes puissances industrielles en plus de la Chine. L’Allemagne par exemple ne lésine pas sur les moyens pour s’implanter dans le pays, l’industrie allemande étant très dépendante de certains métaux comme le cobalt, dont la RDC est la principale zone d’extraction. Mais l’Australie par l’intermédiaire de son géant minier, BHP Billiton, considère la RDC avec un intérêt croissant pour les mêmes raisons commerciales. La concurrence va être sévère pour les Etats-Unis, surtout si la reprise se confirme dans les prochains mois !

Si je dis cela c’est bien entendu parce que la crise a plongé dans l’incertitude de nombreux investisseurs en Afrique, ce qui a ralenti certains projets dans l’immobilier, le tourisme, l’industrie et même dans le secteur minier. A ce propos, on a estimé que ce sont 70 milliards de dollars qui pourraient avoir été perdus, ou différés en attendant des jours meilleurs. Et la France me direz-vous, que fait-elle dans un tel contexte ? Voilà une bonne question à laquelle on ne peut que répondre en disant que son influence ne cesse de diminuer, y compris et surtout dirais-je dans l’espace francophone. Oh certes on va nous dire que l’intervention croissante d’acteurs non français est une chance pour la France, parce que tout ce qui contribue au développement de l’Afrique ne peut qu’être bénéfique aux pays développés.

Il n’empêche, notre pays souffre du handicap d’une mauvaise perception de la politique française en Afrique. Y en a-t-il une au fait ?Nombre d’Africains pensent que les efforts faits par notre pays sont trop ciblés au profit de quelques entreprises solidement implantées sur le continent. Cela dit, comment interpréter la réduction du dispositif public français de soutien aux entreprises françaises encore présentes en Afrique. N’y aurait-il pas davantage d’efforts à faire pour nos entrepreneurs, surtout les PME, pour développer les échanges avec les pays africains, francophones et autres, plutôt qu’aller ouvrir des bases militaires au Moyen-Orient ? Voilà un sujet qui mériterait d’être développé dans nos médias, même si on me répondra que nous sommes au mois d’août, et qu’il ne faut surtout pas aborder les sujets trop sérieux. L’ennui c’est que personne n’en parle à aucun moment de l’année. Et pendant ce temps, ce sont les entreprises des autres pays qui en profitent !

Michel Escatafal

30.03.2009

Le G20 : pas de grande décision à en attendre

g20.jpgLe moins que l’on puisse dire est que si Nicolas Sarkozy « a la banane », ce que Dominique de Villepin traduit par « survitaminé », il n’a pas beaucoup d’imagination. Cela d’ailleurs tout le monde le savait, mais au fur et à mesure que la crise s’installe il patauge de plus en plus, au point qu’il est de moins en moins  président de la République et de plus en plus président de l’UMP. En tout cas ceux qui ont entendu François Bayrou dans son dernier discours à Paris à la Maison de la Chimie, ont pu s’apercevoir que le président du MoDem avait une vision autrement plus éclairée sur le monde qui nous entoure que celle de Nicolas Sarkozy. Mais au fond ce dernier a-t-il seulement une vision de quoi que ce soit ?

Si je dis cela de François Bayrou, c’est parce qu’il est en accord avec nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement dans le monde, pour souhaiter l’apparition d’une nouvelle monnaie de référence internationale pour remplacer le dollar, et ce à quelques jours du sommet du G20 à Londres. En effet, en lisant la presse internationale on s’aperçoit que ce souhait est partagé notamment par deux pays, la Chine et la Russie,  qui ont acheté beaucoup de bons du trésor américains depuis quelques années, et qui commencent à manifester leur inquiétude à propos du dollar. Les Chinois ont même préparé une proposition concrète pour que la monnaie de référence soit une devise gérée par le FMI. Cette proposition a évidemment été refusée par Barack Obama, Ben Bernanke le président de la Réserve Fédérale américaine et Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor américain,  les Etats-Unis tirant un maximum d’avantages d’une situation qui leur permet d’emprunter à bon compte et de rembourser dans leur propre monnaie. Malgré tout Timothy Geithner avait auparavant pris acte de cette idée chinoise, ce qui montre au passage tout le désarroi des autorités américaines face à cette crise.

A ce propos le président américain va être confronté ces prochains jours à son premier grand test sur le plan international et ce, au moment où les Etats-Unis sont dans une situation de faiblesse qu’ils n’avaient plus connu depuis la guerre du Vietnam, c’est-à-dire depuis bientôt une cinquantaine d’années. Et encore à cette époque il y avait la confrontation idéologique avec l’Union Soviétique, qui les protégeait de toute contestation en ce qui concerne leur leadership dans le « monde libre » comme on disait à l’époque. De nos jours les Etats-Unis ont mauvaise presse un peu partout dans le monde, d’abord  en raison de la politique menée par Georges Bush depuis l’an 2000, ensuite  parce que ce sont les excès de Wall Street qui ont plongé la planète dans sa plus grave crise depuis 1929. Du coup  leur puissance est contestée sur tous les plans, économique, diplomatique ou militaire. C’est dire combien la tâche de Barack Obama est difficile dans un contexte aussi hostile, et il va lui falloir beaucoup de talent s’il veut réussir à convaincre ses interlocuteurs du G20 de l’aider à redresser en premier lieu son pays.

En effet malgré le poids des Etats-Unis dans le PIB mondial (plus de 21%), le président américain sait bien que ses pairs, y compris ceux dont les pays sont des alliés traditionnels des Etats-Unis, ne sont pas prêts à le suivre quant aux décisions à prendre pour stimuler l’économie mondiale, et ce pour plusieurs raisons. La première est que grâce ou à cause de la mondialisation, les énormes efforts de l’Administration américaine pour relancer son économie vont aussi profiter au reste du monde, notamment à la Chine mais aussi au Japon et à l’Europe. Ensuite les gouvernements européens sont soit exsangues en termes de finances publiques, par exemple  la France ou l’Italie,  soit bien décidées à ne pas creuser davantage les déficits et la dette, comme l’Allemagne, l’Espagne ou les Pays-Bas.

C’est un cas de figure auquel ne s’attendait sans doute pas Barack Obama car il oubliait simplement que la crise, pour sévère qu’elle soit en Europe, est loin d’avoir les mêmes effets dévastateurs qu’en Amérique, l’Europe bénéficiant à plein de son système de protection sociale… celui que Nicolas Sarkozy jugeait archaïque au moment de sa campagne présidentielle  et des premiers mois de son mandat. Rappelons-nous son admiration sans borne pour le modèle anglo saxon, et le mépris qu’il affichait pour l’Etat providence. Refermons la parenthèse pour dire que, finalement, il ne faut sans doute pas attendre grand-chose de cette réunion du G20.

Au-delà des déclarations d’intention destinées surtout à rassurer les opinions publiques des Etats participants, au-delà aussi d’un certain consensus sur un sujet comme les paradis fiscaux cher à l’encore co-prince d’Andorre,  il est de plus en plus clairement établi que ce sommet du G20 ne suffira pas pour rétablir la croissance mondiale, ni pour régler les multiples intérêts divergents de chacun des participants à cette réunion. En revanche il est certain que dans notre pays cette réunion du G20 à Londres jeudi, plus le sommet de l’OTAN à Strasbourg les 3 et 4 avril, seront une occasion supplémentaire pour les médias (aux ordres) de montrer Nicolas Sarkozy dans ses pompes et ses œuvres, en espérant que cela fera suffisamment diversion pour que le peuple oublie tous les échecs de sa politique. Je ne suis pas sûr toutefois que cela soit suffisant !

Michel Escatafal

18.01.2009

L'Europe en ordre dispersé...

Même si la presse ne va guère en parler, mais après tout nous sommes là pour le faire, l’Europe va une nouvelle fois démontrer qu’elle n’existe toujours pas sur le plan diplomatique avec la réunion organisée ce jour par le président égyptien Moubarak, suite au cessez-le-feu unilatéral décidé (enfin pour les populations civiles!) par Israël. En effet, ce sommet international se tiendra en présence du secrétaire général de l’ONU, mais aussi d’Angela Merkel, de Gordon Brown et bien évidemment de Nicolas Sarkozy, sans oublier J.L. Zapatero, Silvio Berlusconi, le roi de Jordanie, plus un représentant de la Ligue arabe.

Cela fera beaucoup de monde, et surtout beaucoup d’Européens, mais apparemment il n’y aura pas de représentants de la République Tchèque qui préside l’Union Européenne, ni Javier Solana le Haut-commissaire européen. Bref, une fois encore les chefs d’Etat et de gouvernement européens vont démontrer que ce qui les intéresse avant tout, c’est d’abord leurs propres préoccupations…électorales ou intérieures. Et on s’étonnera après si les Européens sont de plus en plus eurosceptiques ! Comment va-t-on faire pendant la campagne des élections européennes, pour expliquer que l’Europe existe ailleurs que dans les cercles technocratiques de Bruxelles. Comment va-t-on faire pour dire aux électeurs que le Parlement européen a un rôle important à jouer dans l’évolution de notre continent...et dans notre vie de tous les jours?

Il est vrai que le spectacle que donne la classe politique française, mais elle n’est pas la seule, est rien moins qu’affligeant. Pour composer les listes régionales chaque parti essaie de placer en haut de l’affiche…ses éléments les plus médiatiques. Certes on sait bien que certaines de ces têtes de liste ne siègeront pas au Parlement européen, mais ce n’est pas cela qui est important. L’important c’est que le parti recueille le maximum de voix pour montrer sa force…sur le plan national. Il est clair qu’une lourde défaite pour l’UMP aux élections européennes serait un sérieux revers pour le président de la République à la moitié de son mandat. En revanche, une forte poussée socialiste effacerait en partie le triste spectacle offert par ce parti depuis l’élection présidentielle.

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy souhaitait voir Rama Yade mener la liste de l'Ile de France pour les élections européennes...sans qu’elle en fût prévenue. On se disait que sa popularité naissante pouvait avoir un bon impact dans les urnes à cette occasion. Suite à son refus, on avait pensé à Rachida Dati pour mener cette liste, ce qui tombait bien puisqu’on parle beaucoup d’elle en ce moment, et ce qui lui aurait permis de quitter le gouvernement après les élections en juin sans faire de vagues. Mais aux dernières nouvelles elle ne serait pas partante, ce qui laisse une petite chance à ce pauvre Jean-Marie Cavada dont on a pu apprécier (au Modem) la solidité des convictions. Ou est l’Europe dans tout ça ? Et bien ce n’est pas le problème car ce qui compte, et je le répète, c’est le résultat en nombre de voix et de sièges sur le plan national. Tout le reste ce ne sont que billevesées, plus particulièrement aux yeux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir en France depuis 1981.

Voilà les réflexions que m’inspire l’actualité de ce matin parce que justement on y parlait beaucoup de l’Europe et des Européens. Hélas on n’en parlait que pour souligner ses faiblesses. Et pourtant que sommes-nous sans l’Europe ? Peu de chose, et si on en voulait une preuve supplémentaire nous l’aurons cette semaine avec l’investiture de Barack Obama. A partir du 20 janvier les Etats-Unis d’Amérique vont avoir un nouveau président, et aussitôt le monde entier va avoir l’œil rivé sur les décisions que va prendre la nouvelle administration américaine à la fois sur le plan intérieur, même si on en connaît les grandes lignes, mais aussi sur le plan international notamment au Moyen-Orient. Et là on s’apercevra une nouvelle fois que l’Union Européenne ne joue pas le rôle qui devrait être le sien. Que peuvent peser sur le plan mondial les moulinets de Nicolas Sarkozy face à Barack Obama ?

Michel Escatafal

14.01.2009

L'Europe, l'Europe, l'Europe...Il faut la faire!

ukraine.jpgSur ce site il y a quelques jours j’avais écrit que la crise gazière semblait résolue, du moins pour les Européens. En fait elle ne l’est pas et ce par la faute des bisbilles continuelles entre la Russie et l’Ukraine. Mais l’Ukraine (en marron sur la carte) c’est quoi exactement dans le monde ? Voilà une question qui se pose avec d’autant plus d’acuité, qu’on nous avait annoncé à grand renfort de commentaires élogieux que l’arrivée au pouvoir des libéraux allait faire de ce grand pays un modèle de démocratie. C’était il est vrai l’époque où le libéralisme sauvage était à la mode, et était censé régler tous les problèmes. Depuis les choses ont bien changé un peu partout dans le monde et notamment en Ukraine, pays où les bouleversements politiques ont été nombreux depuis 2006.

En 2007 en effet, le président Ioutchenko a dissous le Parlement et limogé le Premier ministre Ianoukovitch, son opposant de toujours, resté proche de la Russie alors que le président est un farouche partisan d’un rapprochement avec l’Occident, plus particulièrement avec les Etats-Unis. Aujourd’hui la crise politique n’est pas résolue, loin de là, et le président ukrainien a pour Premier ministre une libérale comme lui, Ioulia Timochenko, mais ce n’est pas pour cela que le couple fonctionne dans l’harmonie. Au contraire le président Ioutchenko accuse sa Premier ministre de pactiser avec Vladimir Poutine…en vue de la prochaine élection présidentielle ukrainienne.

Dans ces conditions et compte tenu de la crise économique et financière mondiale qui a énormément affecté l’Ukraine (-10% de baisse du PIB attendu au premier trimestre 2009), les dirigeants ukrainiens essaient par tous les moyens de  jouer sur la manne du gaz russe qui, pour le moment, transite chez eux avant d’arriver dans les pays de l’union Européenne, pour essayer de maintenir son développement économique. Voilà sans doute la vraie réalité de ce bras de fer avec Moscou…et Bruxelles. L’Europe ne l’oublions pas a beaucoup aidé l’Ukraine ces dernières années, au point que certains la voyaient entrer rapidement dans l’Union Européenne, ce qui n’aurait pas manqué de poser d’énormes problèmes d’autant que l’Ukraine est un pays de 47 millions d’habitants. Par ailleurs, si l’on en croit les observateurs objectifs du pays, celui-ci est gangréné par la corruption ce qui nuit à l’investissement dans le pays et au financement des grandes structures, comme on peut le constater à propos de l'organisation du Championnat d'Europe des Nations de football (en 2012) pour la construction des stades.

Jusqu’en 2007 l’Ukraine a connu une croissance forte (7% en 2006) ce qui a étonné beaucoup de monde compte tenu de l’instabilité politique qui y prévalait. Mais ce pays a beaucoup d’atouts, en plus d’avoir longtemps été le grenier à blé de la Russie et de l’Union Soviétique. Elle a notamment une grande tradition industrielle, initiée à l’époque stalinienne du temps de feu l’URSS, notamment dans deux secteurs, la métallurgie et la chimie, sans parler de ses ressources minières. Et puis, comme je l’ai dit précédemment, elle a la géographie pour elle, entre l’Union Européenne et la Russie, dont elle joue à fond depuis quelques années avec les exportations de gaz russe.

D’ailleurs Kiev a admis hier que l’Ukraine bloquait le transit de gaz russe sous le prétexte que Gazprom (principale société gazière russe) imposait des "conditions de transit inacceptables", ce qui a permis à Vladimir Poutine de s’exonérer de toute responsabilité dans cette affaire, en affirmant que "le système de gazoducs ukrainiens  est fermé" et ce, malgré l’accord signé lundi entre Kiev, Moscou et Bruxelles. Cela est évidemment très préjudiciable à l’U.E. car le gaz russe représente un quart de la consommation de l'UE, dont 80% transite par les gazoducs d'Ukraine, et cette coupure qui n’en finit pas a entraîné, en pleine vague de froid, des dégâts économiques très importants en Europe, notamment pour les pays qui dépendent du gaz russe pour la quasi-totalité de leurs besoins (Slovaquie et Bulgarie plus particulièrement).

Ce conflit est aussi une aubaine pour l’opposition pro-russe ukrainienne qui a appelé mardi à la démission du président Viktor Iouchtchenko et du Premier ministre Ioulia Timochenko, alors que les Russes voient la main de Washington derrière les atermoiements ukrainiens. On le voit ce conflit a de multiples ramifications internationales, et il est regrettable que l’Europe soit incapable de définir une politique énergétique cohérente alors qu’elle représente 15% de la consommation énergétique mondiale. Plus encore, l’économie de l’Union Européenne repose sur un recours de plus en plus massif aux importations d’énergie (57% en 2008 contre 44% dix ans plus tôt), ses seuls besoins en gaz progressant chaque année de 3%.

Cela dit, il est quand même irresponsable de la part des pays européens de maintenir des fournitures de gaz uniquement négociés à partir de contrats bilatéraux entre Etats ou sociétés privées, alors que la fourniture de gaz devrait procéder d’une gestion centralisée avec des compétences élargies de la part de la Commission Européenne. C’est d’autant plus nécessaire que l’Europe doit nécessairement passer, géographie oblige, par des pays dont la stabilité est loin d’être garantie sur le long terme (Ukraine bien sûr, mais aussi Iran). Enfin, une politique européenne formellement définie et cohérente entre les 27 permettrait d’élargir les sources d’approvisionnement, même si cela représenterait des investissements très lourds à réaliser. Mais chacun sait que, finalement, ce sont les moyens qui manquent le moins à l’Union Européenne.

En revanche elle souffre cruellement d’un manque d’ambition géopolitique avec ses multiples divisions, exacerbées par des dirigeants qui ne voient que leurs intérêts nationaux. Dans les neuf mois à venir on ne va parler que des élections en Allemagne, puis ce sera le tour de la Grande-Bretagne, et chacun ira de sa surenchère pour convaincre les électeurs nationaux. Tout ce qui ira bien grâce à l’Europe sera récupéré, et tout ce que l’Europe n’aura pas pu régler sera mis à son débit. C’est tellement commode ! Et malheureusement cela se passe ainsi (plus ou moins) dans tous les pays. Il ne faut donc pas s’étonner si, malgré les avertissements de l’hiver 2006 où l’U.E. avait déjà souffert des différents russo-ukrainiens, les 27 sont toujours aussi impuissants face à une crise gazière qui les dépasse. C’est de cette Europe là que nous ne voulons pas. Celle que je souhaite pour ma part se veut à la fois plus ambitieuse et plus fédérale. Après tout on a bien fait la monnaie unique, et c’est une réussite totale. Alors, quand la suite ?

Michel Escatafal

06.01.2009

Qui parle au nom de l’Europe ?

Qui parle au nom de l'Europe? Voilà une bonne question à laquelle tout le monde serait content de répondre. Rappelons d’abord que depuis le 1er janvier c’est la République Tchèque qui exerce la présidence tournante de l’Union Européenne, et le moins que l’on puisse est que cela ne commence pas pour elle dans les meilleures conditions. D’une part il y a le problème de l’acheminement du gaz russe via l’Ukraine, en période de grand froid, et ensuite le nouveau conflit israélo-palestinien. Ce dernier mobilise évidemment les chancelleries dans une période de surcroît où la première puissance mondiale, les Etats-Unis, sont en période de transition pour encore quelques jours, Georges Bush étant toujours président des Etats-Unis. Enfin dernier avatar pour les Tchèques, comme le disent de nombreux journalistes étrangers, le « président à vie  de l’Europe (traduire Nicolas Sarkozy) s’est à peine rendu compte que la République Tchèque avait pris le relais depuis six jours.

Cela dit il y a quand même un problème qui se pose pour l’Europe, à savoir qui fait quoi et qui parle au nom de l’Europe ? Apparemment personne ne sait trop, car l’Union Européenne apparaît plus divisée que jamais à propos de la question d’un cessez-le-feu à Gaza avec d’un coté l’Allemagne, les Pays-Bas et la République Tchèque, proches des positions américaines avec le désir d’œuvrer pour un cessez-le-feu durable, et de l’autre coté la France qui insiste pour obtenir une trêve humanitaire sur laquelle les Etats-Unis ne cachent pas leurs réserves.

Par ailleurs, pendant que Nicolas Sarkozy rencontrait les dirigeants égyptiens, syriens, libanais et le président de l’Autorité palestinienne, au même moment une troïka européenne, dirigée par Javier Solana le Haut Représentant, et composée des ministres des affaires étrangères de la France, de la République Tchèque et la Suède s’est rendue elle aussi en Egypte pour discuter avec le président égyptien. Comprenne qui pourra ! Mieux encore, alors que Javier Solana demandait un cessez-le-feu urgent, le premier ministre tchèque (Mirek Topolanek) proposait de son coté un plan pour imposer une trêve des combats, plan dont il a discuté avec Angela Merkel et le Premier ministre turc Erdogan. Bref, c’est la cacophonie la plus totale.

Et pour ajouter encore à cette cacophonie européenne, on apprend que Nicolas Sarkozy fait appel au Conseil de Sécurité pour que ce dernier impose un cessez-le-feu immédiat…que le Conseil de Sécurité a déjà refusé il y a quelques jours, sans parler de sa prise de position controversée contre le Hamas. Heureusement, consciente des problèmes que cela posait, et pour faire taire les mauvaises langues qui affirment qu’il y a plusieurs diplomaties européennes au Moyen-Orient, la Commission européenne indique qu’il n’y a pas de diplomaties parallèles européennes, en disant que l’objectif de la mission de la troïka européenne et celle du président français se rejoignent, et sont basées sur les positions adoptées le 30 décembre dernier à Paris.

En fait toujours d’après Bruxelles, les 27 ont convenu « d’un cessez-le-feu immédiat, et de   façon permanente, pour faire obtenir de l’aide humanitaire à Gaza, sans oublier la reprise des négociations pour une solution pacifique. Ouf, mais que tout cela paraît compliqué. Et comme j’ai lu cela dans un journal italien, Il Messagero, ce dernier ajoute que le président de la République italienne a exprimé « son souhait d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et souhaité plein succès à la mission de Javier Solana et Nicolas Sarkozy ». Comme on le voit l’Europe unie est en marche sur le plan diplomatique, hélas, trois fois hélas, car une Europe parlant d’une même voix aurait quand même un gros poids dans la région, compte tenu des aides qu’elle accorde ou des relations économiques qu’elle a avec les belligérants.

Au passage, je voudrais quand même souligner que le seul chef d’Etat ou de gouvernement européen à se déplacer au Moyen-Orient a été Nicolas Sarkozy, en dehors bien évidemment du Premier ministre tchèque. Pour ma part je trouve cela diplomatiquement incorrect car ce n’est pas en jouant les francs-tireurs que Nicolas Sarkozy aidera à résoudre les problèmes. Au contraire les belligérants ne peuvent que profiter des divisions européennes pour camper solidement sur leurs positions. Un dernier mot enfin : comment se fait-il qu’on se refuse absolument à vouloir discuter avec le Hamas?  Je ne suis pas seul à le penser puisque même l’ancien ambassadeur de France en Israël, Jean-Noël de Bouillane, dit dans le Monde « qu’il faut parler avec le Hamas pour sortir de la crise ». En attendant on compte les morts par centaines et il faut espérer que le cessez-le-feu arrive enfin, et que les deux parties finissent par faire taire les armes.

Michel Escatafal

 

02.12.2008

Ils n’étaient pas préparés…

bush.jpg« Je n'étais pas préparé pour la guerre », tel est le témoignage laissé par Georges Bush à une chaîne de télévision américaine, qui lui demandait ce à quoi il était le moins préparé au moment où il est devenu président des Etats-Unis. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas un scoop vu la manière dont il a mené la guerre en Irak, avec les résultats que l’on connaît. Encore hier la capitale Bagdad a connu un attentat sanglant, ce qui reste hélas le quotidien pour les Irakiens. En revanche, il a laissé sans réponse la question de savoir s’il aurait fait la guerre sachant que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive.

En fait il a tout bonnement menti encore une fois, dans la mesure où on a su après coup que des documents avaient été « arrangés » pour laisser croire à tout le monde que Saddam avait bel et bien ces armes. De même, il apparaît inconcevable qu’après un embargo et une surveillance de tous les instants depuis une douzaine d’années, l’Irak ait pu se doter de multiples armes chimiques ou nucléaires. Bref, Georges Bush essaie de dissimuler ses erreurs et d’améliorer un peu son triste bilan, sans doute un des plus mauvais de l’histoire du pays. On n’oubliera pas non plus ses énormes responsabilités dans la crise financière et économique, qui ont plongé la planète développée dans la récession, même si sur ce plan il n’était pas le seul en cause.

A la limite la seule chose que nous pourrions lui accorder est « le caractère complètement inattendu des attentats du 11 septembre » qui, dit-il « l’ont conduit à déclarer une guerre mondiale au terrorisme ». Cela étant, est-ce que faire la guerre était bien la meilleure réponse au terrorisme ? Sans doute pas, dans la mesure où le terrorisme ne s’est jamais autant développé dans certains endroits de la planète où il ne sévissait pas encore. Et je ne parle pas que de l’Irak. Il semble même que le monde en fin d’année 2008 est beaucoup plus dangereux qu’avant 2001, nombre d’Etats ayant décidé prioritairement de combattre les Etats-Unis et l’Occident. De plus après sept ans de guerre en Afghanistan et bientôt six en Irak, la guerre est loin d’être gagnée malgré les communiqués faisant état d’une amélioration de la situation en Irak.

En tout cas le départ des troupes américaines est programmé, et les négociations avec les talibans se profilent de plus en plus. Il est vrai que vu l’état des finances publiques aux Etats-Unis, et malgré le fait que les réserves financières mondiales soient aux trois-quarts libellés en dollars, deux guerres en même temps cela coûte cher au Trésor américain. Apparemment Georges Bush n’a peut-être pas encore réalisé l’étendue des dégâts car de cela il ne parle pas, à moins qu’une fois encore il occulte la vérité. Je pencherais pour la deuxième hypothèse. Puisque nous parlons d’argent revenons en Europe, où les efforts demandés par la Commission européenne aux gouvernements de l’Union pour financer un plan de relance de 200 milliards d’euros, sont accueillis avec circonspection voire même avec réticence. Certains pays, en effet, estiment inutile de participer « à une course insensée à des milliards de dépenses », pour parler comme Angela Merkel.

Les Allemands en effet viennent de dépenser 31 milliards d’euros soit 1,2% de leur PIB, ce qui correspond très exactement à la contribution demandée à l’échelle européenne par Bruxelles pour le plan de relance budgétaire. Pour eux l’essentiel est fait. C’est à peu près la même chose pour les Pays-Bas qui estiment eux aussi qu’ils ont «  déjà fait beaucoup ». A ce propos il faut noter que les plus récalcitrants pour ajouter au pot de Bruxelles sont des pays qui sont en excédent où à l’équilibre budgétaire. Pour eux il n’y a pas de raison que la vertu ne soit pas récompensée et que les fourmis paient pour les cigales, au premier rang desquelles on trouve… la France de Nicolas Sarkozy. Au fait, on ne parle pas beaucoup dans la presse française de cette réunion au sommet de Bruxelles programmée les 11 et 12 décembre, où devrait être adopté ce programme de relance. On comprend pourquoi !

De plus certains pays qui n’ont pas les moyens de financer cette relance, par exemple la Pologne, refusent de recourir à l’emprunt pour le faire, ce qui paraît compréhensible. La France apparemment n’a pas ces scrupules, même si son plan n’a pas encore été finalisé. Mais chacun sait que la France n’est pas à quelques milliards près d’endettement supplémentaire. D’ailleurs, à la différence des Néerlandais, personne en France au gouvernement ne semble se poser la question de ce que l’on inclut dans la somme demandée. Ce sont des questions presque triviales pour quelqu’un comme Nicolas Sarkozy qui a pour ambition la refondation du capitalisme. En disant cela j’en arrive à me poser une question : Nicolas Sarkozy était-il préparé pour la fonction qu’il occupe? La réponse est clairement NON.

Michel Escatafal

05.11.2008

Obama dans l'histoire...

king.jpgobamaB.jpgDe quoi allons-nous parler aujourd’hui ? Des élections américaines bien sûr. Pas pour les commenter, car tous les médias vont le faire à longueur de journée et de colonnes. Non ce que je voudrais raconter c’est le sentiment que peut ressentir une personne lambda…qui a l’impression de vivre un des plus grands évènements de ces derniers siècles. Pour moi qui suis amateur d’histoire, j’ai l’impression que le triomphe d’un homme de couleur à la présidence des Etats-Unis a une portée comparable à celle de la Révolution de 1789. En disant cela je pense à la fois à l’accélération de l’histoire et au symbole que cela représente.

En 1789, la Révolution est arrivée tellement vite qu’on ne l’a pas vu venir. Il suffit de se rappeler que Louis XIV est mort en 1715, et que ce dernier fut le symbole de l’absolutisme royal en France et en Europe. A peine 74 années plus tard, l’Assemblée Constituante  abolissait  les droits et privilèges féodaux, même si l’on peut effectivement discuter de la portée réelle de ce décret, y compris de nos jours. Aux Etats-Unis, la lutte pour l’égalité raciale symbolisée au 20è siècle par le célébrissime discours de Martin Luther King  le 28 août 1963, a atteint son paroxysme entre cette date et celle de son assassinat le 4 avril 1968. Quarante ans après les Etats-Unis d’Amérique, première puissance mondiale, élisent un président d’origine afro-américaine.  Quelle magnifique image pour la démocratie !

Rien que pour cela je suis heureux d’avoir passé la nuit dans l’attente des résultats, même si ceux-ci ne faisaient plus guère de doute très tôt dans la soirée. Cependant  si tout le monde paraissait confiant, du moins les partisans d’Obama en Amérique et dans le reste du monde,  personne n’osait le proclamer vainqueur  avant la confirmation officielle. C’est un peu comme dans les compétitions sportives, on a gagné qu’une fois  la ligne d’arrivée franchie. Il y avait donc une sorte de peur latente qui empêchait les gens de s’extérioriser par crainte de passer à coté de l’histoire. Heureusement ce ne fut pas le cas, d’autant qu’il n’y avait finalement aucun risque que cela arrivât.

Evidemment  aujourd’hui, on va laisser le nouveau président et ceux qui ont fait la campagne avec lui, ses conseillers, ses militants, savourer cette victoire. Tous l’ont bien mérité car cela fait presque un an que la campagne a commencé pour eux avec,  notamment,  des élections primaires interminables face à Hillary Clinton, dont on pouvait se demander parfois si elle appartenait bien au Parti Démocrate. La suite en revanche fut plus facile pour Barack Obama,  d’autant  que son aisance sur les problèmes économiques lui permit d’être très réactif sur la crise qui frappe son pays. Par ailleurs, comme je l’ai dit dans un précédent billet, il fit un véritable sans-faute tout au long de cette campagne, en évitant le plus possible de faire des promesses inconsidérées.

Nous allons donc souhaiter bonne chance à Barack Obama, en espérant qu’il reste lui-même sans se laisser griser par le pouvoir comme tant d’autres l’ont fait avant lui. Nous espérons aussi qu’il soit le rassembleur tant attendu de la nation américaine, mais aussi un homme de paix contrairement à son prédécesseur qui n’a cessé de jouer les va-t-en guerre au cours de ses deux mandats, ce qui a largement contribué à affaiblir la diplomatie américaine dans le monde. Enfin, nous comptons sur cette élection pour faire comprendre aux autres pays que, comme aux Etats-Unis, la richesse d’une nation se situe aussi dans sa diversité.

Michel Escatafal

02.10.2008

La crise : un révélateur impitoyable pour ceux qui nous gouvernent

Avec la crise financière qui s’étend dans le monde, j’en ai profité pour faire un tour assez complet de la presse étrangère, du moins celle que je suis susceptible de comprendre, et je me suis aperçu avec stupéfaction que l’on se pose ailleurs que chez nous des questions que l’on n’évoque pas en France (ou si peu). Sans doute est-ce dû au fait que les médias sont en France, comme le soulignent tous les observateurs objectifs, entre les mains de quelques personnes…qui essaient par tous les moyens de nous informer à la manière du gouvernement. Vieille rengaine, hélas ! En tout cas qu’on ne s’étonne pas si la presse écrite est en grande difficulté, d’autant que  les projets gouvernementaux ne vont pas dans le sens du pluralisme.

Parmi les questions importantes, il y en a une que j’ai retenue et qui m’a interpelé : à quoi aurait pu servir l’argent public investi dans le sauvetage des banques ? C’est d’autant plus une bonne question qu’il s’agit de milliards d’euros que vont payer in fine les Français, comme les Européens ou les Américains. Et bien on s’aperçoit qu’avec tout cet argent on aurait pu construire en France plusieurs lignes TGV, des milliers de  logements sociaux, des hôpitaux, des prisons etc., sans parler de l’affectation aux Fonds de Retraite de plus en plus oublié. Tout cela ne coûterait guère plus que ce qui est donné (et va l’être car ce n‘est pas fini) à fonds plus ou moins perdus, pour renflouer d’une manière ou d’une autre le système bancaire et,  bientôt, les promoteurs et les grands groupes immobiliers.

C’est évidemment à peu près la même chose chez nos voisins, même s’ils disposent  pour certains d’une marge de manœuvre budgétaire que nous n’avons plus depuis bien longtemps. Toutefois en France on continue à démontrer que si les caisses sont vides, on a toujours des idées. Ainsi, les prestidigitateurs qui sont à la tête de l’Etat ont trouvé la parade pour renflouer les banques : on va se servir du livret A qui, théoriquement, est destiné à financer le logement social ou encore l’immobilier universitaire. Chacun sait que dans ces deux domaines les besoins sont immenses, mais qu’importe !  En tout cas la lumineuse idée de Nicolas Sarkozy, démentie suite au refus catégorique d’Angela Merkel, consistant à créer un fonds de 300 milliards d’euros pour venir au secours du secteur bancaire a fait long feu. Où allait-on prendre ces 300 milliards et qui allait donner ?

Dans le même temps nous apprenons que les patrons débarqués des établissements  en faillite vont quand même toucher les indemnités prévues dans les contrats. Parfois  ils toucheront un peu moins, mais ils toucheront et, évidemment, les montants ne représentent pas quelques milliers d’euros comme pour les travailleurs licenciés par les entreprises,  mais des centaines de milliers voire même plusieurs millions d’euros. On comprend aisément la colère des gens du peuple,  à qui les banques  ne font  aucun cadeau  s’ils ne peuvent plus payer les crédits de leur maison, où s’ils ont du mal à couvrir leur découvert autorisé, alors même que ces banques les ont poussé à s’endetter…quand tout semblait aller bien. A ce propos rappelons-nous aussi que  Nicolas Sarkozy regrettait que les Français n’aient pas davantage recours au crédit (il voulait importer en France le crédit hypothécaire !), ces derniers préférant garder quelques économies au cas où…

Il faut aussi noter qu’on souligne de plus en plus dans la presse étrangère l’énorme responsabilité de la Réserve Fédérale américaine. Ces observateurs avertis reconnaissent tous qu’une crise d’une telle ampleur ne se serait pas produite, si les autorités monétaires américaines n’avaient pas maintenu des taux d’intérêts réels exagérément  bas pendant une période aussi longue. Il s’agit, comme je l’ai toujours dit sur ce site, d’une erreur colossale dont on n’a pas fini de payer les effets en Amérique et ailleurs dans le monde. Et dire que Nicolas Sarkozy  ne cessait il y a quelques mois encore de vanter les mérites de la Réserve Fédérale par opposition à la BCE, à qui il prêtait tous les défauts. Décidément il aura eu tout faux depuis son accession à la présidence de la République !

Et pendant ce temps, la France comme la plupart des pays touchés par la crise financière continue à financer une guerre à la fois ruineuse et inutile en Afghanistan, où nous apprenons que les talibans forts de leurs succès militaires ferment la porte à toutes négociations avec le gouvernement installé par les Américains à Kaboul. A ce propos, on s’aperçoit que malgré leurs énormes déficits les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France arrivent à trouver les crédits suffisants pour entretenir des troupes dans des endroits où leur présence n’est souhaitée par personne. Et qu’on ne vienne pas me dire que je mélange tout, ce qui est la remarque faite généralement par les hommes politiques en difficulté.

Pour continuer sur l’Afghanistan, et n’en déplaise à ceux qui ont voté au Parlement pour le maintien de nos troupes en Afghanistan, j’observe quand même que les Américains ont de plus en plus le désir  de négocier…avec les talibans (sans se préoccuper de l’opinion de leurs alliés), seule issue crédible pour sortir d’un conflit interminable. On a beau dire que les talibans représentent tous les maux du pays, on s’aperçoit qu’ils sont les seuls interlocuteurs sérieux et organisés pour les Américains et leurs comparses.  Et ce ne sont pas les multiples bavures dont sont  victimes les populations civiles qui vont  rendre sympathiques les troupes d’occupation. Au contraire elles ne font que conforter le pouvoir des talibans, ce que les ONG encore présentes là-bas confirment chaque jour. Et dire que la France va encore renforcer son contingent dans les semaines à venir, car Nicolas Sarkozy croit encore à la possibilité d’une  victoire militaire. Apparemment il est bien le seul.

Michel Escatafal

 

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