06.05.2008
Un an déjà, mais surtout encore quatre ans!
Je ne vais pas faire aujourd'hui ce que tout le monde fait, à savoir consacrer mon billet à l'anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Tout d'abord parce que je maintiens que ce fut la plus grande erreur que les électeurs français aient pu faire depuis l'instauration du suffrage universel dans notre pays. Si je devais faire une comparaison, cela rappelle l'élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848. Espérons que nous ne sommes pas partis pour un règne de 22 ans ! Ensuite parce que dans le monde il y a d'autres nouvelles qui méritent beaucoup plus de considération.
Parmi celles-ci il y a l'ouragan qui a dévasté la Birmanie avec sans doute la mort de 10.000 persnnes et beaucoup plus de sans-abris. C'est une catastrophe humanitaire majeure, une de plus dans un continent et un pays qui n'avaient pas besoin de ça. A ce propos, on retiendra que la France a envoyé une aide d'urgence de 200.000 euros, soit à peu près le prix d'un appartement à Nîmes ou à Avignon. C'est aussi cela la France de Nicolas Sarkozy! Certes je veux bien que, comme le disent nos gouvernants, les caisses soient vides, mais tout de même il y a des limites à ne pas franchir, d'autant que Bernard Kouchner est prêt à se rendre là-bas. Reconnaissons que l'argent dépensé pour ce déplacement serait beaucoup plus utile s'il était envoyé pour l'aide aux sinistrés.
Dans un tout autre ordre d'idées, et c'est beaucoup moins dramatique, il commence à y avoir en Europe une prise de conscience concernant les salaires et impôts payés par les personnes les plus riches des pays qui composent l'Union Européenne, plus particulièrement en Zone euro. Après la publication sur internet de la feuille d'impôts de tous les contribuables italiens par le ministère des Finances, publication qui a fait grand bruit, il y a en Allemagne un consensus qui se dégage pour que les entreprises qui versent des salaires, primes et dividendes énormes à leurs dirigeants soient pénalisées fiscalement. Il s'agit en effet de limiter à un million d'euros la déduction des revenus et des primes des grands patrons sur les impôts des entreprises. Au delà de cette limite, ils ne seraient déductibles qu'à 50%.
C'est sans doute une bonne nouvelle pour le fisc allemand, même si nous savons bien qu'une grande offensive va être lancé par les intéressés en invoquant la liberté liée à la valeur du travail. J'ai même lu quelque part qu'un grand patron allemand en faisait une "question de justice sociale". Cela rappelle ce que disait François Fillon à propos des régimes spéciaux de retraite, indiquant que "c'était l'injustice la plus criante". Décidément le gouvernement français est bien sur la même longueur d'ondes que le patronat allemand ou français ou autre.
En France, et je terminerai là-dessus, le gouvernement veut essayer de récupérer quelque argent frais sur les multiples niches dans lesquelles se sont engouffrés les contribuables les plus riches. Le problème est qu'au-delà des belles paroles, cela concerne essentiellement des gens qui soutiennent Nicolas Sarkozy et ses amis. Dans ces conditions, gageons que cette "chasse au gaspi" va représenter peu de choses, et qu'elle va toucher les niches les plus faciles à atteindre, c'est-à-dire celles dans lesquelles "il n'y a pas un chien méchant qui sommeille" pour parler comme Jacques Chirac. Il est vrai qu'il est tellement plus facile de traquer les chômeurs qui refusent un travail à moins de trente kilomètres de chez eux. C'est cela la gouvernance de Nicolas Sarkozy et ses amis. Et dire qu'il y en a encore pour quatre ans !
Michel Escatafal
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01.05.2008
A propos du 1er mai...
Le 1er mai est un jour riche en symboles pour ce que certains appelaient autrefois la classe ouvrière. Les travailleurs, pour parler comme Arlette Laguiller, vont défiler pour quelques uns d’entre eux derrière la bannière de leur syndicat. Cela dit ces défilés, qui rassembleront tout au plus quelques centaines ou quelques milliers de personnes dans plusieurs grandes villes, n’impressionneront ni le patronat, ni le gouvernement. Il y a longtemps que les syndicats ne pèsent plus ni sur la vie politique, ni sur la vie économique et sociale du pays. La CGT elle-même, malgré les rodomontades de son secrétaire général, est devenue presque autant un partenaire du MEDEF et du pouvoir qu’une organisation contestataire, et ce d’autant plus qu’elle a depuis bientôt dix ans à sa tête un homme qui, comme ses prédécesseurs, veut durer à son poste de secrétaire général. La place doit être bonne, et peu importe que les militants soient contents ou pas !
Au fond Bernard Thibault est le parfait allié objectif de Nicolas Sarkozy qui, en retour, ne manque jamais de lui témoigner son affection. Bernard Thibault avale certes des couleuvres et même des anacondas, mais il garde son poste et peut afficher le fait de parler d’égal à égal (ou presque) avec un président de la République…appliquant point par point le programme du MEDEF. Pauvres travailleurs que nous sommes ! Avec des syndicalistes de cet acabit, nous pouvons travailler ou en être retraité en paix. Le pire est que la compétition entre syndicalistes se limite aux faveurs que le pouvoir accorde à chacun et, bien entendu, le pouvoir est très gentil surtout avec les syndicalistes représentant les organisations les plus nombreuses.
Et pourtant, plus que jamais les syndicats auraient besoin d’être unis et offensifs face à un patronat qui reste ce qu’il est, et à un pouvoir où les hommes de droite, bien à droite, sont très nombreux (la droite dite décomplexée). Ils en auraient d’autant plus besoin, que les résultats sont là pour montrer que le poids des organisations syndicales françaises est dérisoire en termes de négociations, qu’il s’agisse de retraite, de droit du travail ou de salaires. Les syndicats allemands sont autrement plus efficaces en termes de rémunérations, mais ils n’ont pas Bernard Thibault ou François Chérèque pour les défendre. Quand ils ont décidé de se battre, il n’y en a pas un pour trahir les autres afin de se voir attribuer le qualificatif de « syndicaliste responsable ». Voir ce qu’a fait Bernard Thibault, pour ne citer que lui, dans la négociation sur les « régimes spéciaux ».
De plus, les travailleurs français ont d’autant moins de chance de se faire entendre qu’ils ne peuvent même plus compter sur l’extrême-gauche révolutionnaire. Le Parti Communiste a vécu, Lutte Ouvrière aussi, et l’organisation qui était censée avoir repris le flambeau de la révolution, la Ligue Communiste Révolutionnaire, s’est trouvée pour porte-parole et figure emblématique un homme qui n’a de cesse d’investir les médias, y compris les plus people. Olivier Besancenot, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en train de devenir le gendre idéal, et c’est pour cela qu’on va le retrouver dans l’émission de Michel Drucker dimanche prochain. Tout le monde connaissant les idées ultra gauchistes de Michel Drucker, il y a nombre de camarades qui vont s’étrangler ou faire des cauchemars. Pauvres travailleurs !
En tout cas, si le personnel politique français de la droite à la gauche et même à l’extrême gauche se « druckérise », les députés travaillistes en Angleterre se rebellent au point de mettre Gordon Brown, le Premier ministre issu de leurs rangs, en grande difficulté. C’est une réforme fiscale pourtant débattue il y a plusieurs mois dans l’indifférence générale qui a mis le feu aux poudres. Cette modification fiscale affectait il est vrai les bas salaires, et par les temps qui courent ce n’est pas très bienvenu y compris en Grande-Bretagne. La fronde des députés travaillistes a été telle, que Gordon Brown a été obligé d’accorder une compensation partielle aux 5 millions de ménages touchés par la réforme. Les Britanniques n’ont pas Bernard Thibault, ni Besancenot, mais ils ont des députés qui n’ont pas peur de brandir la menace de mettre en minorité le gouvernement qu’ils soutiennent.
Les députés travaillistes ne sont pas les seuls à être mécontents en Grande-Bretagne. A force d’injecter des doses toujours plus importantes de libéralisme, le peuple n’en peut plus. On diminue les pensions de retraite pour obliger les séniors à travailler plus longtemps…à moindre coût. On n’accorde pas d’augmentations de salaires ou si peu face à une augmentation constante du coût de la vie et ce, au moment où la City panse ses plaies après une crise financière qui a enrichi encore un peu plus les plus riches, au détriment des plus pauvres. Du coup les enseignants, les policiers, les gardiens de prison manifestent bruyamment leur mécontentement, y compris par la grève, sans oublier l'action des employés de la plus grosse raffinerie écossaise qui a provoqué la fermeture du pipeline appartenant à BP, celui-ci assurant 30% des besoins en pétrole de la Grande-Bretagne.
Bref la Grande Bretagne, pays modèle pour Nicolas Sarkozy, va mal tant sur le plan social qu’économique et Gordon Brown pourrait en supporter les conséquences électorales dès jeudi lors des élections locales. Même l’emblématique maire de Londres, Ken Livingstone est menacé à Londres ce qui était impensable il y a seulement quelques mois. Cela étant en Grande-Bretagne, comme dans beaucoup d’autres pays, ce n’est pas une alternance qui va réellement changer les choses, la victoire probable du Parti Conservateur aux prochaines élections nationales ne pouvant qu’aggraver la situation. En outre, les Britanniques n’ont même pas la possibilité d’avoir recours à une troisième force pour changer la vie, comme j’espère que nous l’avons en France.
Michel escatafal
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25.03.2008
La Légion d'Honneur : une récompense ou une faveur ?
Même si nul ne conteste une forme de génie à l’empereur Napoléon 1er, il aura quand même accumulé les avatars pour notre pays. Tout d’abord il aura laissé la France « tout petite », pour reprendre son expression, après l’avoir reçue si grande. Ensuite parmi les erreurs qu’il a faites, il y a eu la création de la Légion d’honneur (le 19 mai 1802), même si c’est sans doute une de celles qu’on lui reproche le moins. Et pourtant on se demande bien pourquoi, en tant que fils de la Révolution, il a rétabli ce qui avait été supprimé après 1789, à savoir toutes les décorations de l’Ancien Régime. Peut-être était-ce une forme de démonstration prouvant que la Révolution avait vécu, et que désormais on allait vivre sous une nouvelle ère.
De fait le 14 juillet 1804, quelques mois avant d’être couronné empereur, le Premier Consul organisa la première remise de Légion d’Honneur destinée aux officiers méritants. Il fut d’ailleurs obligé de faire un tri, car avec toutes les guerres de la Révolution depuis Valmy (20 septembre 1792) jusqu’à Marengo (14 juin 1800), le nombre de soldats qui se sont illustrés est tout à fait impressionnant. Et ce n’était qu’un début car, peu après, il y aura des guerres contre toute l’Europe entre 1805 et 1815, avec de nombreuses victoires mais aussi quelques défaites retentissantes, dont Waterloo, qui mettront un terme à un empire dont la durée de vie n’aura pas dépassé une dizaine d’années.
Cela étant la Légion d’Honneur existe toujours, et chaque année à l’occasion du 14 juillet ou en début d’année, nous avons droit immanquablement à des nominations dont on peut penser qu’elles sont d’abord une faveur offerte à quelques amis du président en place, et en cela Nicolas Sarkozy ne fait que suivre ce que faisaient ses prédécesseurs. Là aussi, il n’y a pas eu la rupture annoncée, mais qui en doutait ? D’ailleurs il suffit de voir les noms des principaux récipiendaires pour en être convaincu. Entre Bernadette Chirac, Christian Clavier, Patrick Lelay qui devient commandeur, Valérie-Anne Giscard d’Estaing, pour ne citer qu’eux, on se demande bien au nom de quoi ces gens-là ont droit à cette distinction.
Si nous disons cela c’est parce que, comme chacun le sait, la Légion d’Honneur est la plus élevée des distinctions nationales avec, en outre, la particularité de pouvoir aussi être attribuée à des étrangers. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la Nation, soit à titre civil, soit sous les armes, selon le code en vigueur depuis 1962. Cela précisé, cette définition ne diffère guère de celle de la loi du 29 Floréal an X : « récompenser les services civils et militaires exceptionnels rendus au pays ». Le mot exceptionnel indique bien que la manière dont cette distinction est octroyée de nos jours est à l’opposé de ce qui devrait être fait.
Même Vladimir Poutine s’est vu décerner la Légion d’Honneur il y a deux ans, en 2006. Ce n’est certainement pas la meilleure décision de Jacques Chirac, même s’il fait partie des responsables politiques qui se sont beaucoup trompés. Heureusement, Nicolas Sarkozy s’est un peu rattrapé puisqu’il a décoré Festus Mogae, le président du Bostwana pour avoir fait de son pays « un modèle de démocratie ». Cela étant, je maintiens quand même que lui donner la Légion d’Honneur n’est pas dans l’esprit de la distinction telle que nous pouvons la concevoir
Il ne l’est pas davantage, pour ne pas dire encore moins, quand il s’agit d’hommes politiques dont les principaux faits d’armes ont été de présider un Conseil Général ou Régional. Et pourtant combien sont-ils à exhiber fièrement leur petit insigne rouge à la boutonnière. Il y a aussi les gens de lettres qui figurent parmi ceux qui sont souvent décorés. Là aussi on peut se poser la question, car ce n’est pas parce qu’un écrivain a gagné le prix Goncourt que cela doit être considéré comme un évènement exceptionnel méritant pareille distinction. Tout le monde n’est pas Lamartine, Victor Hugo, ou Zola.
Restent les sportifs, qui sont sans doute les mieux acceptés parmi les récipiendaires, parce qu’ils représentent la grandeur du pays (ou ce qu'il en reste) et parce que les gens s’assimilent facilement à eux. Marie-José Pérec, Laure Manaudou, Zidane, Platini, Prost ou Hinault, ont porté très haut les couleurs de la France par les exploits qu’ils ont accompli dans les grandes compétitions. Certains sont même flattés de voir leur idole être décorée de la sorte, car ils considèrent que c’est aussi un peu à eux que l’on rend hommage, ce qui n’est pas tout à fait faux.
Malgré tout, ceux pour lesquels j’ai le plus d’admiration sont ceux qui refusent la distinction car, généralement, ils la refusent pour de très bons motifs. Le Curé d’Ars la refusa parce que cela ne rapportait pas d’argent …qu’il aurait pu donner aux pauvres. D’autres la refusent par principe comme l’ont fait par le passé Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi Aragon, Jacques Prévert, et plus loin de nous Georges Sand, Maupassant ou Maurice Ravel. Quelques uns enfin, dont les parents sont morts à la guerre la refusent parce qu’ils pensent, à juste titre, que ces derniers la méritent davantage qu’eux parce qu’ils ont versé leur sang pour la patrie.
Bref, je fais partie de ceux qui pensent que la plupart de ceux qui ont la Légion d’Honneur ne la méritent pas, et qu’en revanche beaucoup de ceux qui ne l’ont pas, mériteraient de l’avoir. Je suis surtout atterré de constater que finalement rien n’a changé dans notre monde depuis 1804. La Révolution se termina par une victoire de la bourgeoisie sur le petit peuple, le Tiers Etat devenant la classe dominante à la place de la noblesse et du clergé. Cette victoire se concrétisera définitivement avec l’Empire, ce qui n’empêchera pas les opportunistes de se glisser dans cette nouvelle aristocratie.
La liste des légionnaires civils de la Légion d’Honneur de la promotion d’octobre 1803 en est l’exemple frappant. Les légionnaires appartenaient tous à la nouvelle classe sociale dominante, avec des noms célèbres encore aujourd’hui comme le régicide Fouché, l’ancien évêque Talleyrand, le chimiste Chaptal ou le cardinal Cambacérès. A côté de cela, nombre de soldats ou d’officiers qui avaient pourtant sauvé leur pays à maintes reprises n’y figuraient pas, pas plus d’ailleurs que les femmes dont on sait pourtant que leur rôle a été très important dans les années qui ont suivi la Révolution. Pour mémoire, je rappellerais qu’il faudra attendre presque cinquante ans pour voir une femme (Marie Duchemin) recevoir la Légion d’Honneur des mains du président Louis Napoléon Bonaparte.
Voilà pourquoi, je persiste à dire que la Révolution avait fait œuvre utile en supprimant toutes décorations, y compris militaires, même s’il n’était pas rare dans cette catégorie que le nom du simple soldat puisse côtoyer celui de son général. En tout cas, si on devait garder à l’avenir cette distinction bicentenaire, il faut souhaiter qu’elle soit attribuée selon des critères qui n’aient rien à voir avec le copinage. Ce serait aussi une certaine manière de montrer que l’Etat ne saurait être colonisé par un parti, un clan, ou une classe sociale.
Michel Escatafal
10:07 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
12.02.2008
Le salarié français travaille, mais ne cache pas ses inquiétudes
Aujourd’hui nous n’allons pas trop parler de Nicolas Sarkozy sauf pour noter qu’hier en Guyane, après avoir promis la lune aux Français, il les a invité à aller voir ce qui se passe sur Mars. C’est sa manière à lui d’élever les débats après avoir longuement côtoyé les sous-sols de la politique. Allez, cessons de persifler sur un homme qui se dit blessé (le pauvre !), et malmené comme personne ne l’a été avant lui, notamment par la presse. Cependant, nous lui ferons remarquer que s’il y a un homme politique qui s’est beaucoup servi des médias c’est bien lui, et qu’il a jusque là largement bénéficié de leur complaisance, y compris et surtout pour se faire élire président de la République.
De plus, en leurs temps le général de Gaulle et, après lui, Valéry Giscard d’Estaing ont eux aussi subi les attaques ou les sarcasmes de la presse, ce qui ne les a pas empêchés de rentrer dans l’histoire à un rang enviable. Le général de Gaulle pour sa dimension historique et pour avoir donné à notre pays les institutions que nous connaissons, et Valéry Giscard d’Estaing pour avoir avec Raymond Barre, son Premier ministre, fait de la France un modèle en Europe sur les plans économique et budgétaire à une période très difficile (1976-1980). Cela dit, Nicolas Sarkozy est déjà rentré dans l’histoire, mais pour des motifs qui font davantage penser au règne de Louis XV (« Après moi le déluge ») qu’à celui d’Henri IV.
Nous allons arrêter là sur le sujet Sarkozy, inépuisable au demeurant ne serait-ce qu’avec ce qui se passe à Neuilly, pour parler d’une Europe dont on ne parle presque jamais, celle du travail. En effet, Monster qui est le leader mondial des offres d’emploi en ligne a fait une enquête en Europe sur le nombre des arrêts de maladie posés par les salariés, et sur la satisfaction qu’ils éprouvent dans leur travail. Cette enquête qui porte sur 27000 salariés européens, dont 4000 français, permet de balayer certaines idées toutes faites, comme il y en a tant en France et dans l’Union Européenne.
Essayons donc d’examiner de près les résultats, tout d’abord en ce qui concerne les arrêts maladie. Selon l’imagerie européenne, le Français passe volontiers pour quelqu’un qui, bénéficiant d’un droit du travail plus protecteur qu’ailleurs, s’exonère facilement d’aller au travail pour peu qu’il ait un ennui particulier, ou tout simplement parce qu’il a envie de temps en temps de prendre du bon temps. Et dans ce cas, quoi de mieux que d’inventer un état de fatigue ou une migraine pour ne pas aller travailler. Et bien, ce comportement est une légende d’après l’enquête de Monster.
En France, en effet, à peine un salarié sur quatre (25%) déclare avoir posé un arrêt maladie au cours de l’année et seulement 10% ont pris entre 1 et 2 jours. Ces chiffres se situent tout à fait dans la moyenne européenne, voire même un peu en dessous. Ils sont en tout cas nettement inférieurs à ceux des Belges et des Irlandais qui admettent avoir posé, à hauteur respectivement de 47% et 46%, un ou plusieurs jours d’arrêt maladie.
A noter que la Belgique et l’Irlande sont les deux pays dans l’Union Européenne où le nombre de jours de congés est le plus faible avec 20 jours par an, plus les jours fériés. Les Anglais pour leur part ne comptent plus les arrêts maladie, c’est même une plaie dans certains secteurs, mais ils ont une durée de travail journalière et hebdomadaire plus longue qu’ailleurs. A contrario, en République Tchèque où le nombre de jours de congés peut aller jusqu’à 40 jours, seulement 9% des salariés avouent avoir posé des jours d’arrêt maladie.
Au vu de ces chiffres, on serait tenté de dire que plus il y a de jours de congés octroyés aux salariés dans l’année, moins il y a d’arrêts maladie. Et bien ce n’est pas exact parce qu’au Danemark, pays dont Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy ou Xavier Bertrand nous vantaient ou nous vantent sans cesse les mérites, 13% des salariés déclarent poser plus de quatre jours d’arrêt maladie abusif (9% pour la moyenne européenne). Et pourtant les Danois bénéficient d’un des dispositifs les plus favorables avec 30 jours de congés par an.
En ce qui concerne la satisfaction au travail, les Français se situent plutôt dans le bas de l’échelle par rapport à la moyenne européenne. Les habitants de notre pays sont parmi les moins satisfaits de leur travail puisque 67% d’entre eux envisagent de « se recycler », moins que les Espagnols (82%) ou les Finlandais (70%), mais plus que l’ensemble des Européens qui ne sont que 59% à envisager de changer de carrière. Faut-il y voir le contexte politique actuel de notre pays où l’impuissance de nos gouvernants à résoudre les problèmes apparaît criante ? Peut-être. En tout cas, ils ne sont que 7% à se dire satisfaits de leur carrière actuelle, contre 14% en Hongrie, 13% en Allemagne, 12% au Danemark et 11% en Suède.
Enfin, il y a un pourcentage qui interpelle tout particulièrement. Les Français nous l’avons vu expriment une insatisfaction à propos de leur carrière, mais 7% seulement avouent qu’ils ne peuvent pas se permettre de voir diminuer leurs revenus, contre 24% pour les Irlandais, 20% pour les Suisses et les Britanniques et 13% pour la moyenne européenne. C’est peut-être une interprétation personnelle, mais si nos compatriotes sont si peu nombreux à souligner la peur de voir leurs revenus diminuer en cas de changement de carrière, au contraire de leurs collègues européens, c’est parce qu’ils sentent dans leur for intérieur qu’ils n’ont plus rien à perdre. Ah le problème du pouvoir d’achat !
J’espère que Nicolas Sarkozy, son Premier ministre dont nul ne sait trop ce qu’il fait, ou son ministre du Travail qui ne pense qu’à s’installer à Matignon ou à Bercy, étudieront de près cette enquête et certains de ses résultats. Celle-ci montre à l’évidence à la fois l’inquiétude des Français qui, pourtant, travaillent souvent plus que les autres et sont généralement plus productifs, mais aussi une forme de fatalité, de lassitude sur leur devenir. Ils ont été abreuvés de promesses auxquelles de bonne foi ils ont cru, mais à présent est venu le temps des désillusions. Ils n’ont plus confiance, et c’est en cela que Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont tellement coupables, parce que sans la confiance en l’avenir, un pays ne peut pas durablement se redresser.
Michel Escatafal
17:15 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.02.2008
Le Mouvement Démocrate a sa propre vision...
Aujourd’hui pour changer, je voudrais faire un petit tour d’horizon sur l’actualité dans notre pays, et pour commencer parler un peu de nous, le Mouvement Démocrate. Tout d’abord, je veux souligner combien la situation est difficile pour nous, parce que la presse ne nous fait vraiment aucun cadeau. Quand j’entends le service public, qui vit grâce à nos redevances, se moquer ouvertement de François Bayrou à propos de la situation à Corbeil-Essonnes, où une candidate MoDem s’est inscrite sur la liste de Dassault, je me dis que ces gens-là ne font pas leur travail. En effet, des candidats qui ont leur carte dans un parti politique, et qui n’hésitent pas à quitter la liste de leur parti pour aller chez le plus offrant, c’est quelque chose hélas de très banal, et je suis bien placé pour le savoir. Mais parce qu’il s’agit d’une adhérente du MoDem, on en fait toute une histoire.
Cela démontre à l’évidence ce que je ne cesse dénoncer ici-même, la main mise du pouvoir sur le service public, ce qui est scandaleux. Mais ce qui l’est encore plus, c’est de voir les journalistes travaillant pour les chaines de radio ou de télé publiques, suivre aveuglément les directives gouvernementales. Je suis d’autant plus outré d’un tel comportement, qu’il est inimaginable en Italie ou en Grande-Bretagne. Et pourtant en Italie, quand Berlusconi est au pouvoir c’est tout l’appareil audiovisuel de la péninsule qu’il a sous sa haute-main. Vérité au-delà des Alpes et mensonges dans l’hexagone !
Pour terminer sur le sujet, je voudrais dire à ces journalistes qu’ils devraient au contraire faire front face au pouvoir de Nicolas Sarkozy car, outre la crédibilité qu’ils gagneraient, ils seraient mieux à même de lutter contre ce qui les attend avec la suppression de la publicité sur le service public. Je n’ai pas besoin de faire un dessin. Et oui, Mesdames et Messieurs, il va falloir se préparer de plus en plus à résister face à ce pouvoir personnel qui ne dit pas son nom, face aussi à un homme prêt à tout pour le garder. Certes, en sept ou huit mois, notre président de la République a beaucoup perdu de sa superbe, mais il n’en reste pas moins le maître du pays, et il a plus de quatre ans devant lui sur le plan constitutionnel.
Cela m’amène à évoquer un évènement qui ne manque pas de piquant, et qui redonne quelque peu le sourire dans une conjoncture ô combien morose. Cela concerne ce qui se passe à Neuilly, ville qui vote à droite à 85%, ville qui est l’ancien fief de Nicolas Sarkozy, ville enfin qui ne veut pas, mais alors pas du tout, de l’ineffable Martinon, dauphin désigné par le chef de l’Etat lui-même. Pour un camouflet c’en est un, d’autant plus que la liste de Monsieur Martinon (avec ou sans lui) risque fort d’être battue par une liste dissidente. Décidément, le président de la République n’a plus la main !
Puisque nous parlons du président de la République, revenons un instant sur « le plan banlieue », dont le moins que l’on puisse en dire est qu’il n’a suscité aucun enthousiasme, y compris chez les élus UMP. Cela va du scepticisme à la désagréable impression de « déjà vu, déjà entendu » pour parler comme François Bayrou. Notre leader en a d’ailleurs profité, hier, pour souligner « l’immense distance qu’il y a entre les promesses qui avaient été faites et la réalité ». Où sont les milliards d’euros promis pendant la campagne présidentielle ? Nulle part, pour la simple raison que nous ne les avons pas.
En fait Nicolas Sarkozy s’est contenté de parler au futur, comme d’habitude, en utilisant la vieille antienne sécuritaire consistant à dire : « on va rajouter des policiers dans les banlieues ». On est loin de ce que François Bayrou avait proposé pendant sa campagne présidentielle, insistant notamment sur l’école et la formation. Au fait, Nicolas Sarkozy n’avait-il pas dit il y a cinq ans, lors de sa nomination au Ministère de l’Intérieur, qu’il n’y aurait plus de zones de non-droit dans les banlieues et ailleurs. Ont-elles disparues ?
Dans un tout autre domaine, qui ne concerne pas que la politique, Monsieur Mestrallet le PDG de Suez qui s’exprimait en tant que président de l’Europlace (association de promotion de la place financière de Paris), s’est dit préoccupé par « le manque de régulation du système financier, principalement américain », souhaitant que des progrès soient faits dans la régulation. On croirait entendre Nicolas Sarkozy ! Si le sujet n’était pas aussi sérieux, nous dirions que cela prête à sourire de la part d’un dirigeant comme Monsieur Mestrallet qui, rappelons-le, est un des principaux protagonistes de la fusion Suez-Gaz de France, opération qui s’est faite sur des critères purement financiers.
Enfin, pour terminer, en tant que militant du Mouvement Démocrate, je voudrais dire un mot sur ce que certains appellent l’éventualité « d’un Epinay du Centre ». Sur ce point, François Bayrou s’est exprimé en rappelant qu’il veut construire « un centre indépendant », et non un centre qui serait de nouveau une partie de la droite. Ce serait évidemment un retour en arrière suicidaire que, sous prétexte de rassembler tout le centre, vouloir reconstituer l’ancienne UDF courroie de transmission et strapontin de l’UMP.
Notre Mouvement après quelques semaines d’existence, et je suis heureux de le rappeler, compte plus de militants que l’UDF n’en a jamais compté. Alors, si centre il doit y avoir ce sera autour, par et avec le Mouvement Démocrate, avec des élus, des militants, des courants indépendants à la fois de l’UMP, du Parti Socialiste ou de tout autre mouvement. Nous devons revendiquer notre autonomie parce que nous avons une démarche originale, qui n’a rien de commun avec celle des autres partis même si certains, en France ou en Italie, essaient de nous imiter. Nous voulons rassembler dans la liberté, et je suis heureux de pouvoir témoigner chaque jour de cette liberté de ton que m’offre l’appartenance au Mouvement Démocrate. C’est sur cette base que ceux qui veulent ou voudront un jour nous rejoindre peuvent le faire. Pour cela il n’y a pas besoin d’un « Epinay du Centre ».
Michel Escatafal
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03.02.2008
A propos de mariages...
Cette fois c’est fait, Nicolas Sarkozy s’est remarié pour la troisième fois avec sa chanteuse, moins de 4 mois après avoir divorcé de son ex-épouse Cécilia. Il paraît que la mariée était en blanc et que le président était en costume sombre. Les nouveaux époux ont échangé les alliances etc… On ne va pas reprendre ce que la presse people va nous exposer en long et en large dans les jours et, sans doute, les semaines qui vont suivre. Simplement, le divorce du chef de l’Etat et son remariage marquent une vraie rupture dans la vie finalement assez tranquille jusque là de l’Elysée.
Nicolas Sarkozy est en effet le premier président à s’être marié en cours de mandat, même si certains disent qu’il est le second ce qui n’est pas tout à fait faux, car Gaston Doumergue s’était marié discrètement quelques jours avant de quitter l’Elysée en 1931. Il est aussi le premier président de la Vè République à avoir épousé une personnalité appartenant au show-biz, de surcroît ex-mannequin. En fait, puisque nous sommes dans les comparaisons historiques, le seul à qui Nicolas Sarkozy pourrait être comparé serait Napoléon III, qui était célibataire quand il était président de la République, et qui s’est marié le 29 janvier 1853 avec Eugénie de Montijo, comtesse de Teba, quelques jours après être devenu empereur.
Je vais donc essayer de retracer la manière dont s’y prit Napoléon III pour arriver à épouser Eugénie, qu’il avait connue à l’occasion des fêtes qui étaient données à Compiègne, au demeurant très décriées à l’époque car on y affichait un luxe insolent. A ces fêtes, comme aux bals intimes donnés à Fontainebleau ou Saint-Cloud, les mères conduisaient leurs filles, et c’était le cas de la comtesse de Montijo, ex-première camériste de la reine Isabelle d’Espagne.
Aux grandes chasses de Compiègne, Mlle Eugénie de Montijo se distinguait par les grâces qu’avaient ses costumes du XVIIIè siècle, son intrépidité d’écuyère et un visage d’une rare beauté entouré par une opulente chevelure d’un blond ardent. Cette blondeur des cheveux n’était d’ailleurs pas si étonnante dans la mesure où la mère de la future impératrice était issue d’une famille écossaise exilée à Grenade. En Espagne, la demoiselle était dit-on très appréciée par sa bienfaisance et son affabilité, qui contrastaient avec les manières des classes nobles de l’époque plutôt hautaines. On la disait aussi bigote, mais un bigotisme qui sait allier le culte des plaisirs et celui de la foi catholique.
On savait Louis Napoléon Bonaparte fort épris de cette belle Andalouse mais on pensait, et lui-même en avait l’espoir, qu’il satisferait cette passion sans recourir à une cérémonie nuptiale. On l’imaginait d’autant plus que l’empereur essayait en même temps de nouer un mariage avec la fille du prince Wasa, de la maison de Holstein, qui finalement préféra pour gendre le prince de Saxe. Les diplomates ne furent d’ailleurs pas plus heureux dans leurs tentatives auprès du prince de Hohenzollern (royaume de Prusse).
Excédé par ce double refus, et n’ayant pu triompher de la résistance que Mlle de Montijo opposait aux séductions dont elle était l’objet, Louis Napoléon se décida à l’épouser contre l’avis de tous ses proches. Parmi ceux-ci figuraient Monsieur de Persigny, un de ses plus vieux compagnons d’armes, qui n’hésita pas à lui dire avec colère : « ce n’était pas la peine que tu fisses le 2 décembre pour finir comme cela ». Son demi-frère, le duc de Morny, invoquait la raison d’Etat et redoutait le « qu’en dira-t-on » de l’Europe, la future impératrice ne venant pas d'une grande famille princière. Mais Louis Napoléon demeura inflexible et le mariage fut célébré le 29 janvier 1853 aux Tuileries.
Evidemment, après le mariage civil, il y eut le lendemain le mariage religieux en grande pompe à Notre-Dame, avec un empereur radieux et une impératrice diamantée de la tête aux pieds. La nouvelle impératrice débuta de la meilleure manière dans son rôle de souveraine, en demandant de vendre un collier qui venait de lui être offert par la commission municipale de la ville de Paris d’une valeur de 600 000 francs, le produit de la vente devant être distribué aux pauvres.
Par la suite elle s’acquitta de sa tâche avec conscience et respect dû à son rang. Certains lui firent reproche d’un excès d’ultramontanisme, d’autres d’une certaine frivolité mais, rassurons-nous, uniquement parce qu’elle avouait aimer l’opérette et parce qu’elle n’était pas férue d’auteurs classiques. En revanche tout le monde lui reconnaissait une vie d’épouse et de mère exemplaire.
Sur le plan politique Eugénie eut certainement une influence sur l’empereur, mais surtout lorsqu’il fut atteint et affaibli par la maladie dans les dernières années de son règne. C’est ainsi qu’on lui attribua l’idée de déclarer la guerre à la Prusse en 1870, afin d’assoir définitivement la dynastie au bénéfice de son fils. Elle aurait même prononcé cette phrase : « c’est ma guerre à moi », mais les historiens ne sont pas tous d’accord sur la véracité de ces paroles. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’elle affirmait après les premiers revers subis par l’armée française : « Vous me verrez la première au danger pour défendre le drapeau de la France ».
Comme on peut le constater il est pour le moins extrêmement difficile de faire une comparaison entre l’impératrice Eugénie et Madame Carla Sarkozy. Au même âge, vers la quarantaine, leur vécu est très différent, de même que leurs amitiés. Rappelons simplement que l’impératrice Eugénie était devenue très rapidement une intime de la reine Victoria qui l’appréciait beaucoup. Elle savait aussi parfaitement tenir son rang quand elle représentait son époux à l’étranger, comme elle le fit en 1869 à l’occasion des fêtes données au Caire pour l’inauguration du canal de Suez. Enfin, elle a toujours eu le souci de servir au mieux les causes qui lui paraissaient justes, même si certaines peuvent paraître contestables de nos jours. Bref, c’était ce que l’on appelle « une Dame », même si certains comme Victor Hugo, qui détestait la famille impériale, prétendaient le contraire.
D’ailleurs pour terminer, je voudrais aussi souligner que c’est grâce à elle si nos alliés de la première guerre mondiale, et notamment les Américains qui y étaient hostiles, consentirent à l’idée que la France récupère de façon inconditionnelle l’Alsace et la Moselle, considérées comme territoires allemands. En effet, si Clémenceau put se sentir aussi fort auprès des autres puissances pour réclamer ce qu’il considérait comme un dû pour la France, c’est parce que l’ex-impératrice lui avait remis une lettre que lui avait adressée le roi de Prusse le 26 octobre 1870, indiquant que « l’Allemagne avait un territoire assez grand », et que l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace et de la Moselle n’avait d’autre but que d’éloigner les armées françaises en cas d’attaque contre l’Allemagne. Cette remise de lettre démontre à l’évidence qu’Eugénie savait où était sa patrie.
Michel Escatafal
08:35 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01.02.2008
Beaucoup se joue à l'école, mais elle ne peut pas se substituer aux parents.
Aujourd’hui nous allons parler d’un sujet dont, semble-t-il, on raffole dans notre beau pays. Au passage j’en profite pour dire que les opinions que je vais exprimer sont strictement personnelles, et n’engagent que moi. C’est une affaire qui, j’en suis sûr, va faire le bonheur de toutes les émissions de radio où les gens appellent pour donner leur avis. Il y en a sur toutes les chaînes et elles ont tendance à se multiplier. Donc que s’est-il passé à Maubeuge pour qu’un enseignant soit jugé fin mars pour « violence aggravée sur mineur ». Réponse abrupte : il avait giflé en classe un élève de 11 ans qui l’avait insulté. Apparemment, et ce n'est pas neutre, cette gifle n’a entraîné aucune conséquence physique sur l’enfant. Voilà pour les faits tels qu’ils sont résumés par la presse.
Pour les gens de ma génération, j’étais étudiant en mai 68, un tel acte est d’une grande banalité. J’ajouterai qu’il ne me serait même pas venu à l’idée de me plaindre à mon père d’avoir reçu une gifle, surtout si j’avais traité mon professeur ou mon instituteur de « connard ». Je pense que dans ce cas mon père, non seulement ne m’aurait pas soutenu, mais en plus m’aurait infligé une punition du style « tu n’iras pas jouer au rugby pendant une semaine ». Mon père aurait eu raison, et je lui sais gré de m’avoir élevé dans le respect des règles, et d'avoir su m'offrir la boîte à outils qui a fait de moi un homme libre. Cela m’a permis, notamment, de faire de solides études et une belle carrière dans une des plus prestigieuses institutions de la République.
Aujourd’hui, les élèves des lycées ont quasiment tous les droits et malheur à un professeur qui gifle un élève indiscipliné ou agressif, y compris sans autre conséquence qu’une certaine humiliation devant les autres élèves de la classe. Il n’y a pas eu, je le répète, la moindre conséquence physique pour l’élève impoli. D’ailleurs plusieurs collègues de ce professeur et de nombreux parents d’élèves jugent, comme l’a avoué lui-même l’enseignant, son geste « excessif » mais trouvent disproportionné par rapport aux faits, la garde à vue de 24 heures à laquelle a été soumis le professeur. C’est le moins que l’on puisse dire.
Cette histoire est d’autant plus médiatisée et montée en épingle que le père de l’adolescent est gendarme, et que celui-ci est venu s’expliquer avec le professeur, en uniforme. Beaucoup pensent à ce propos que si le père n’avait pas été gendarme, il n’y aurait pas eu dépôt de plainte et l’affaire en serait restée là. Je ne veux pas rentrer dans cette polémique, mais les policiers sont venus chercher l’enseignant chez lui et l’ont placé en garde à vue.
Je ne veux pas non plus évoquer les problèmes que cet enseignant aurait avec l’alcool, car tout le monde souligne que cette affaire est arrivée le matin. D’autre part, le délégué régional du SNES, souligne que ce professeur de technologie sérieux et expérimenté (il a 49 ans) était bien noté .Et puis je le répète encore une fois, ce n’était rien d’autre qu’une gifle comme sans doute les parents de l’enfant lui en ont donné quelques unes depuis sa naissance. Si ce n’est pas le cas, on peut comprendre pourquoi leur rejeton est si mal élevé, au point d’insulter gravement son professeur.
Cette affaire a bien évidemment pris une tournure politique, les syndicats en profitant pour rappeler les difficultés du métier. Ils ont aussi déploré la « judiciarisation » des affaires de violences scolaires, mentionnant que si un nombre infime de professeurs sont accusés de frapper leurs élèves, le nombre d’agressions, insultes, menaces en tous genres était en constante augmentation, ce que le ministère de l’Education nationale reconnaît bien volontiers.
A ce propos la réaction du ministre Xavier Darcos a été assez retenue, à la mesure de l’embarras qui a envahi la hiérarchie de l’Education nationale. Certes, le rectorat a affirmé « qu’on ne peut pas accepter qu’un professeur gifle un enfant quelles que soient les circonstances », mais le ministre a demandé au recteur de veiller à ce que l’élève soit sanctionné également, ajoutant que « ce sont souvent les professeurs qui sont les victimes » et ne voulant pas « qu’un fait divers aussi scandaleux soit-il, fasse oublier la réalité quotidienne ». Qu’en termes diplomatiques ces choses-là sont dites !
En résumé ce fait divers souligne une fois de plus la difficulté d’être enseignant en 2008, et l’on ne peut qu’être inquiet en voyant les orientations prises par le gouvernement pour la prochaine rentrée, en septembre avec de nombreuses suppressions de postes. François Bayrou a coutume de dire que « beaucoup se joue à l’école », et il a tout à fait raison. De nos jours, on en est à penser que l’école doit corriger toutes les faiblesses et toutes les dérives de la société. Je ne suis pas d’accord, même si on peut lui demander d’essayer de réduire ces dérives pour donner sa chance à chaque enfant.
Cela dit, la vraie mission de l’école est de transmettre le savoir et de faire comprendre les valeurs de la République. Elle s’appuie sur une hiérarchie (celui qui sait et celui qui apprend) et sur le respect de l’autre. A partir de là, la violence ne saurait y pénétrer, et c’est donc l’autorité du professeur et la discipline qu’il faut assurer et restaurer, parce que mises à mal ces dernières décennies. Donc la communauté éducative a besoin d’être soutenue, mais elle n’a pas à se substituer aux parents pour parfaire l’éducation des enfants.
Je voudrais enfin terminer en disant quelque chose qui est évoqué un peu partout, mais bien mal appliqué dans notre pays, à savoir les vertus du sport. Oh certes là aussi il faut être prudent, et ne pas laisser accroire que construire des terrains de football, de rugby ou de basket suffira pour faire reculer la violence. En revanche, le sport reste quand même la meilleure école de la vie comme en témoigne une anecdote personnelle que je vais raconter.
Cela se passait sur un terrain de rugby du Lot-et- Garonne dans les années 60, et pendant ce match je me suis trouvé à un endroit où je n’avais rien à faire. En clair je n’étais pas à ma place, et cela m’a valu de prendre un coup de poing qui m’as mis le nez en sang. Comme je me plaignais à mon entraîneur (aujourd’hui on dit un coach) en me faisant soigner, celui-ci m’a gentiment fait remarquer que si j’étais resté à ma place, je n’aurais pas été blessé. Au fait, ce gendarme devrait inscrire son fils à l’école de rugby de sa ville (il y a un club à Maubeuge). On lui enseignerait le respect de l’arbitre et de l’adversaire, et on lui ferait comprendre que sur un terrain la sanction est souvent immédiate si l’on s’affranchit des règles ou des consignes.
Michel Escatafal
08:25 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28.01.2008
Populisme et démagogie sont, hélas, les deux mamelles des élections.
Dans un précédent billet ici-même, je disais que les électeurs sont très difficiles à satisfaire, ce qui ne les empêchait pas d’être très réticents à accepter le changement. C’est d’ailleurs ce qui explique les difficultés que rencontrent les partis politiques qui essaient de troubler le duo PS-UMP en France ou CDU-SPD en Allemagne, pour ne citer que ces deux exemples. En fait il n’y a guère que les trublions extrémistes qui arrivent à s’immiscer dans ce jeu politique à deux, mais à des niveaux généralement marginaux.
Je dis bien généralement, car en France le Front National a été présent au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Nous pourrions dire la même chose en Autriche où la droite parlementaire a été obligé de s’allier en 2000 au FPO de Jorg Haider pour pouvoir gouverner. En Italie enfin, le parti néo-fasciste d’Humberto Bossi était suffisamment influent pour s’imposer dans le gouvernement de Silvio Berlusconi. Malgré tout, le poids global de ces mouvements nationalistes et d’extrême-droite, reste limité à un niveau plutôt inférieur à 10%.
Cela me permet de souligner une nouvelle fois le remarquable exploit de François Bayrou à l’élection présidentielle française de 2007, où sans jamais céder au populisme et à la démagogie, il a obtenu 18,6% des voix au premier tour. Cela étant, ses adversaires UMP et PS qui au contraire avaient multiplié les promesses et les annonces ont quand même obtenu respectivement 31 et 26%. Le leader du Mouvement Démocrate avait fait une percée, mais le peuple français n’était pas encore prêt pour résister aux effets d’annonce de deux candidats prêts à tout pour obtenir leurs suffrages, avec l’aide non dissimulée de la presque totalité des médias.
Alors, dans ces conditions comment s’étonner que les déceptions s’accumulent, et que le peuple se sente bafoué quand le temps des désillusions est venu, ce qui généralement ne tarde pas. Mais dans ce cas comme par réflexe, la réaction est de revoter pour les candidats qui occupaient précédemment le pouvoir. Pas question pour eux d’élargir l’échiquier politique et d’essayer une autre solution, avec des hommes différents et des propositions qui ne le sont pas moins. "On prend les mêmes et on recommence! On est déçu mais on le sera toujours, alors autant rester dans le système que l’on connaît depuis si longtemps". Tels sont les slogans de nombreux électeurs.
Espérons quand même que d’ici 2012, cette idée de changement s’impose aux Français car entre le pouvoir personnel exercé par Nicolas Sarkozy, et les 21 régions dirigées par la gauche socialiste, il y a quand même beaucoup de motifs à vouloir le changement. Quels sont les principaux dirigeants de la majorité en dehors de Nicolas Sarkozy? Inutile de les citer, tellement ils ont occupé les postes ministériels depuis vingt ou trente ans. N’est-ce pas risible de voir Nicolas Sarkozy, mais aussi François Fillon ou Xavier Bertrand pour ne citer qu’eux, critiquer ce qui s’est fait auparavant alors qu’ils étaient à des postes ministériels importants. Idem pour les dirigeants socialistes qui sont simplement aujourd’hui un peu plus voûtés qu’il y a vingt ans.
Pour autant, c’est pareil à l’étranger. Regardons ce qui se passe en Italie ces jours-ci, avec la nouvelle démission de Romano Prodi : on va inéluctablement vers de nouvelles élections générales, moins de deux ans après le début de la législature. Et dans ce cas qui est le grand favori des élections ? Le parti de Silvio Berlusconi dont, pourtant le bilan a été particulièrement calamiteux sur tous les plans. Pour prendre un simple exemple indiscutable, le gouvernement de Silvio Berlusconi a laissé l’Italie en 2005 avec un solde des finances publiques de - 4,2% et une dette publique de 106,2% du PIB, soient les plus mauvaises performances de la Zone Euro, à l’exception du Portugal pour le déficit public.
Normalement, un tel bilan, économique, mais aussi politique, culturel etc. aurait dû être suffisant pour le bouter définitivement hors du pouvoir. Comment faire confiance à un homme que même Jacques Chirac appelait « un marchand de soupe », c’est dire ! Comment accepter de confier de nouveau le pouvoir à un homme qui a échoué sur tous les plans, sauf à mettre la main sur la presque totalité des médias de la péninsule. Comment enfin, pouvoir faire confiance une nouvelle fois à quelqu’un dont le seul programme est la reconquête du pouvoir, et dont la conception de la démocratie est tellement simpliste qu’il a traité de « couillons » ceux qui voulaient voter pour le parti d’en face.
Et bien, et je souhaite de tout cœur me tromper, j’ai bien peur qu’en cas d’élections anticipées qui paraissent aujourd’hui inéluctables, Monsieur Berlusconi sorte vainqueur de ces élections au détriment de Romano Prodi. Bref, on préfèrera « un marchand de soupe » malin, beau parleur et populiste à un homme intègre qui a d’abord le souci de l’Etat, et qui n’a pas eu peur de s’attaquer dès le début de son mandat au redressement des finances publiques de son pays. Cela évidemment nous rappelle quelque chose en France, avec le résultat que l’on connaît.
Cependant, et nous terminerons là-dessus, l’exemple de Romani Prodi montre les limites d’une coalition de petits partis. Après avoir gagné les élections avec seulement 24000 voix d’avance, il était inéluctable qu’avec seulement quatre voix de majorité au Sénat, le gouvernement Prodi soit très vite confronté à des difficultés, d’autant qu’en Italie comme en France, la fidélité aux accords conclus et aux idées est une notion assez marginale pour nombre d’élus. Cela dit, il reste quand même à souhaiter que la morale finisse par l’emporter, et que les électeurs italiens fassent preuve de sagesse et donnent une vraie majorité à Romano Prodi, ce qui en plus serait une bonne nouvelle pour l’Union Européenne. On n’ose imaginer ce que pourrait donner une alliance objective entre Messieurs Sarkozy et Berlusconi sur les questions européennes.
Michel Escatafal
11:25 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15.01.2008
On ne transige pas avec les deniers de l’Etat…en Suisse
Aujourd’hui, nous allons parler voyage, suite à un article paru dans la Tribune de Genève à propos des vacances du président de la Confédération suisse, Pascal Couchepin, au Maroc et en Egypte. Ce voyage officiel a duré huit jours et la presse suisse de poser la question : « méritait-il d’être aussi long ? Cruauté supplémentaire, le journaliste de la Tribune de Genève ajoute que Nicolas Sarkozy n’est pas le seul à savoir allier l’utile à l’agréable, et pense que c’est son exemple qui a peut-être inspiré Pascal Couchepin. On ne prête qu’aux riches !
Le journal apporte toutefois une précision importante, à savoir que le président de la Confédération a passé trois jours à Agadir en compagnie de son épouse, avant d’entamer sa visite officielle, « évidemment à ses frais, y compris l’avion ». Ouf, les Suisses sont rassurés ! Cependant, ces derniers se posent quand même la question de savoir ce que leur président est réellement allé faire au Maroc et en Egypte, à cette époque de l’année (fin décembre). Certes, il a abordé avec les responsables de ces deux pays des questions importantes comme la santé, l’éducation et le rapatriement de biens culturels, mais il s’est aussi ménagé des escapades vers les pyramides, la bibliothèque d’Alexandrie et a même assisté à la messe dans une communauté chrétienne copte. Carla et Nicolas n’ont quand même pas tout à fait les mêmes activités.
« Mais qu’y-a-t-il de politique là-dedans », demande un conseiller national qui attend de pied ferme son président pour « qu’il présente des résultats concrets de son séjour ». Et pour bien montrer qu’on ne plaisante pas en Suisse avec ces choses là, on fait remarquer que tout cela coûte cher à la caisse publique. Mais à quoi nos amis suisses peuvent-ils bien penser ? Il est vrai que ce n’est pas en France que la presse se poserait de pareilles questions. Qui oserait mettre en doute l’utilité d’un voyage officiel ou non de Nicolas Sarkozy ? Qui oserait évoquer le coût d’un tel voyage, et si quelqu’un fait remarquer à notre chef de l’Etat qu’il n’est pas normal qu’il se fasse payer une partie de ses vacances par un entrepreneur privé, cette personne reçoit pour toute réponse : « vous auriez préféré que ce soit le contribuable qui paie ? ».
Ce n’est pas en Suisse en tout cas, et même dans beaucoup d’autres pays, que l’on accepterait sans sourciller des réponses de ce type. Pour Nicolas Sarkozy, l’Etat français c’est d’abord lui et il n’a de compte à rendre à personne. C’est sa conception de la démocratie et il le démontre chaque jour. Cela dit, le plus gênant dans notre pays, contrairement à ce qui se passe dans les autres démocraties, est qu’on est en train de banaliser certains comportements impensables il y a peu encore, la presse elle-même se montrant d’une énorme complaisance pour entériner ce mode de fonctionnement au plus haut niveau de l’Etat. D’ailleurs l’Irish Times ne dit-il pas à propos des médias français : « la majorité de la presse est craintive voire complice du président de la République ».
Voilà pourquoi à l’étranger, y compris chez nos partenaires européens, on est aussi sévère avec la France et ce, d’autant plus que nous avons la fâcheuse manie de vouloir donner des leçons à tout le monde, sous prétexte que nous sommes la patrie des droits de l’homme. Le sommes-nous restés, quand on entend le Premier ministre ou le ministre de l’Immigration réaffirmer avec force que l’objectif du gouvernement est de bouter hors de notre territoire en 2008, 25000 personnes en situation irrégulière. Est-ce bien le seul véritable objectif que doit avoir un pays, confronté par ailleurs à de multiples difficultés économiques telles que le déficit commercial, l’endettement public etc. ?
Poser la question, c’est y répondre. Alors, comme je le dis chaque jour, nous devons résister par tous les moyens à cette omerta qui entoure le fonctionnement de l’Etat. Nous devons absolument faire en sorte que les élections municipales, plus particulièrement dans les grandes villes, donnent un coup de semonce au président de la République. Si par malheur ce dernier sortait renforcé de ces consultations locales, vers quels précipices plongerait notre pays, notamment dans ce qu’il a de plus ancré dans ses racines, à savoir notre modèle social républicain. Aussi, partout où c’est possible, il faut impérativement voter et faire voter pour les listes du Mouvement Démocrate, et montrer ainsi au pouvoir UMP qu’il ne lui est pas loisible de nous amener à un type de société, où la seule loi qui vaille est celle de l’argent.
Michel Escatafal
08:20 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.01.2008
Et maintenant, c'est le tour des chômeurs...
Parmi les nouvelles importantes de la matinée, il y en a de plus réjouissantes que d’autres et c’est bien normal. Première bonne nouvelle, je parle à titre personnel, la victoire de Barack Obama dans la primaire de l’IOWA qui montre (définitivement sans doute) que les Etats-Unis veulent tourner la page du passé. Le seul fait que Madame Clinton soit aussi devancée par le sénateur Edwards est un signe. Les Américains en ont assez des promesses non tenues et des slogans réducteurs, qui font passer ce grand pays pour un peuple que rien n’intéresse à part la bourse et les hamburgers. Espérons qu’en France, le plus tôt possible, les électeurs démontrent aussi qu’ils en ont assez de ceux qui leur racontent des histoires.
Et des histoires on leur en a raconté depuis plusieurs mois. D’ailleurs comme l’a dit Nicolas Sarkozy, « on ne gagne pas l’élection présidentielle en promettant du sang et des larmes ». C’est vrai, mais un minimum d’honnêteté ne peut que faire du bien à la démocratie. Or de l’honnêteté pendant la campagne de Sarkozy, il n’y en eut point. Il suffit de lire les couvertures de journaux de ces derniers mois, que l’on trouve souvent chez le dentiste ou le coiffeur, pour s’en convaincre. On a menti aux Français, et on les a pris pour des benêts. Cela étant, il est amusant de constater le ton employé par ces mêmes journaux aujourd’hui, par comparaison avec celui des mois de juin et juillet. Déjà le soufflet est retombé et ce n’est rien de le dire.
Il est vrai qu’en juin-juillet tous les hebdos, y compris ceux dits de gauche, étaient tombés sous le charme du nouveau président de la République et tous, ou quasiment, disaient comme lui : la croissance de 3% l’an, c’est possible. Personne ne disait comment, mais tout le monde pensait que le volontarisme présidentiel suffirait à redonner à notre pays la capacité d’augmenter ses richesses de 3% chaque année. Plus curieux encore, en lisant des journaux sérieux, on pensait que c’était possible parce que les Français allaient travailler plus et donc gagner plus. Désolant ! On s’étonnera après coup que les gens se sentent grugés et ne cessent de dire : « moi je ne lis plus les journaux car ils nous mentent ».
Mais il n’y a pas que les journaux qui nous mentent, même s’ils ont tort de s’imaginer qu’il faut nécessairement accompagner l’opinion. Je ne suis pas de ceux qui sont adeptes du « vox populi, vox dei ». Au contraire je suis convaincu qu’en toutes circonstances il faut prendre un minimum de hauteur. En tout cas, de la hauteur nos gouvernants n’en prennent pas, comme nous le confirment toutes les radios ce matin. Le pouvoir a décidé de s’attaquer aux chômeurs fraudeurs, parce que c’est « une question de justice ». On connaît déjà la musique, car c’est un slogan que le gouvernement utilise systématiquement quand il veut stigmatiser une catégorie de Français. Après les nantis des régimes spéciaux, après les fonctionnaires qui empêchent les gens de se rendre au travail, c’est le tour des chômeurs que l’on montre du doigt parce qu’ils profitent du système.
L’offensive vis-à-vis de cette malheureuse population est lancée par médias interposés. Il faut remettre au travail les chômeurs parce « qu’ils coûtent cher à la société ». Les chômeurs doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas refuser plus de deux emplois qui leur sont proposés, sous peine d’être radiés des services de l’ANPEE, et les commentateurs d’ajouter comme le gouvernement : « que c’est normal, vis-à-vis de ceux qui travaillent ». A ces florilèges de bas étage, les syndicalistes répondent qu’entendre dire de pareilles choses est aberrant parce que ce type de situation est peu fréquent, et que les fraudes aux ASSEDIC représentent un pourcentage très faible. Ce n’est pas moi qui le dit, mais un responsable de la CFE-CGC, syndicat qui n’a rien de révolutionnaire.
Heureusement, il n’y a pas que les chômeurs à être dans le collimateur du président de la République, c’est du moins ce qu’on nous dit. Les ministres en effet, vont être évalués comme de simples chefs de service administratifs et en plus, cela sera fait par des cabinets d’audits privés (on s'en serait douté). A ce propos, je pose la question : combien cela va-t-il coûter à l’Etat ? On pourrait ajouter, à quoi cela va-t-il servir ? Et si finalement ce n’était qu’un gadget de plus inventé par Nicolas Sarkozy pour détourner l’opinion, au moment où les mauvaises nouvelles sur le plan économique s’accumulent ? Une chose est certaine, si on avait dû évaluer le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur, il est vraisemblable qu’il n’aurait pas été très brillant. N’est-ce pas lui, avec ses déclarations à l’emporte-pièce, pour ne pas dire injurieuses, qui a mis le feu aux banlieues en novembre 2005 ?
Voilà où nous en sommes moins de huit mois après l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy . On passe son temps à essayer "d’endormir" les électeurs avant les élections municipales et cantonales. Ce qui est certain, c’est que les candidats de la majorité présidentielle ne pourront pas s’appuyer sur le bilan du gouvernement sur le plan économique et notamment sur le pouvoir d’achat. Ils ne pourront même pas s’enorgueillir d’un quelconque succès diplomatique comme l’avait fait Jacques Chirac au moment de la guerre en Irak. Non, pour le moment le bilan est nul, n’ayons pas peur de le dire et ce qui nous attend n’a rien de réjouissant. Comment pourrait-on prendre la présidence de l’Union Européenne en juillet, en étant les seuls à ne pas faire d’efforts pour respecter les critères en matière de finances publiques? La TVA sociale n’est plus très loin, pas plus qu’une hausse de la CSG. N’est-ce pas Monsieur le Président ?
Michel Escatafal
08:25 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


