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04/02/2015

2015 sera l’année du Waterloo de N. Sarkozy, sauf si...

Que d’évènements depuis le début de l’année, certains horribles en France et ailleurs (Afrique et Moyen-Orient), d’autres que l’on pourrait qualifier de préoccupants ou de joyeux (c’est selon), sans parler des joutes politiciennes affligeantes, notamment dans notre pays, après la pause liée aux attentats contre Charlie Hebdo et  l’hyper marché casher ! Et puis il y a aussi N. Sarkozy qui ne sait pas comment s’y prendre pour retrouver le devant de la scène, parfois de manière ridicule (voir défilé du 11 janvier à Paris), parfois en faisant semblant de regretter certaines décisions prises, oubliées depuis longtemps (regret de ne pas avoir choisi le bon ministère lors du débat sur l’identité nationale). Un N. Sarkozy qui devrait  comprendre qu’il est en train de ruiner les chances de son parti sur le long terme. Certes, dimanche dernier ce n’était qu’une élection législative locale (dans le Doubs) pour remplacer P. Moscovici parti à la Commission européenne, mais force est de constater que l’UMP vient de subir une terrible défaite à Montbéliard, la première depuis 2012. 

Quand j’emploie le mot « terrible » c’est pour montrer à quel point le coup est dur à encaisser pour l’UMP et son nouveau président. De quoi semer le doute pour ses fans de l’UMP qui l’ont élu en novembre dernier à la présidence du parti…sans se rendre compte que les Français ne veulent plus de lui dans leur grande majorité. Du coup, cette défaite cinglante est même en train de remettre encore un peu plus en selle un F. Hollande qui n’en demandait pas tant. Ce n’est pas pour rien  si ce dernier n’a jamais essayé de contrarier un tant soit peu le retour de son meilleur ennemi, lequel une fois de plus a sous-estimé son rival de 2012, moqué par un peu tout le monde à l’UMP, à commencer par le propre entourage de N. Sarkozy, mais infiniment plus habile politiquement que lui. F. Hollande ne l’oublions pas, n’est pas qu’un énarque surdiplômé, c’est aussi un animal politique redoutable sous des airs parfois un peu ballots.

Cela dit les militants ou sympathisants de l’UMP peuvent encore rectifier le tir lors des primaires de 2016, car s’ils ne le font pas ils risquent fort de se retrouver Gros-Jean comme devant avec leur candidat éliminé du premier tour de la présidentielle 2017. Cela ne surprendra que ceux qui sont aveuglés par l’omniprésence de leur champion dans les médias et par ses effets de manche. Mais les autres, tous les autres…Même dans son parti les meilleurs soutiens de N. Sarkozy commencent à se défier de lui, au point de voir sa position sur le second tour de l’élection dans le Doubs dimanche prochain être mise en minorité. Quel coup terrible pour celui qui croyait recevoir l’onction de tout le monde pour mettre en rangs serrés l’UMP, une fois celle-ci reconquise ! On a comme l’impression que cette sorte de « retour de l’Ile d’Elbe » est en train de se transformer en Waterloo. A la différence de Napoléon, si j’ose la comparaison, N. Sarkozy n’est plus attendu par personne à part peut-être Brice Hortefeux, lequel n’a évidemment strictement rien à voir avec le maréchal Ney. Même P. Balkany semble s’éloigner de celui qu’il considérait il y a peu encore comme un grand chef. Résultat, après cette élection de novembre qui allait permettre à l’UMP de redevenir un parti conquérant, on constate qu’aujourd’hui c’est la chienlit dans le premier parti d’opposition au Parlement, je précise bien au Parlement car ce n’est plus le cas dans les urnes.

Et ce n’est pas le triste épisode d’hier au Bureau politique de l’UMP qui va redorer le blason de cette formation de plus en plus minée par les rivalités de personnes, plus encore sans doute qu’elle ne l’était du temps où J.F. Copé en était le président. C’est dire !  Et ce n’est pas fini, car les primaires de l’année prochaine vont encore accentuer les clivages entre des gens comme Alain Juppé, NKM, D. Bussereau ou B. Apparu, qui n’hésitent pas à manifester leur opposition claire et nette au Front National en indiquant qu’ils voteraient PS s’ils étaient électeurs dans le Doubs, comme d’ailleurs tous les centristes (UDI et MoDem), ou encore F. Fillon qui devient de plus en plus libéral sur le plan économique et de plus en plus droitier sur le plan politique, au point de prôner à présent le « Ni-Ni » de J.F. Copé, vote qu’il abhorrait en 2011…et qui l’a emporté hier face à la position de N. Sarkozy. Une position peu claire il est vrai, pour ne pas dire incompréhensible, qui ressemble beaucoup  à son manque de courage sur le mariage pour tous. En effet, la position du nouveau président de l’UMP est de laisser le choix aux électeurs de voter blanc ou PS, ce qui est la variante la plus pleutre du « ni-ni », une position qui a le don de s’attirer des ennemis de tous bords, notamment à droite. On comprend qu’avec un leader pareil à l’UMP, les socialistes recommencent à y croire, mais à qui la faute ? Après tout les militants qui l’ont élu en novembre ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes ! Et comme le disait ces derniers jours F. Bayrou, ce n’est pas lui qui a fait battre N. Sarkozy en 2012, mais N. Sarkozy lui-même.

En tout cas, tous ceux qui ne veulent plus jamais voir N. Sarkozy comme président de la République, notamment à droite, savent ce qu’il leur reste à faire : l’éliminer lors des primaires de 2017, en allant voter pour A. Juppé, seule vraie chance d’un retour de la droite au pouvoir en 2017, même s'il subit et subira les foudres de quelqu'un comme P. Balkany ou encore de L. Wauquiez.  Un dernier mot enfin, à l’intention de ceux qui comparent l’extrême-gauche et l’extrême-droite : si la gauche de la gauche pèse nettement moins de 10% dans notre pays, et n’ira jamais plus loin, le Front National représente sans doute plus de 25% des voix au plan national, ce qui n’est pas la même chose. J.L. Mélenchon et autres Cécile Duflot pèsent peu malgré leurs incantations, mais ce n’est pas le cas du Front National. Et les « ni-ni » versions Fillon ou Sarkozy ne sont  rien moins qu’un encouragement déguisé à voter FN, et donc à rassembler tout ce qui est très droitier dans le pays.

En évoquant les noms de Mélenchon et autres Cécile Duflot, on a presque envie de rire quand ils se sentent concernés par la victoire de Syriza et de son leader A. Tsipras, pour la bonne et simple raison que les nouveaux dirigeants grecs  sont à présent confrontés aux difficultés du pouvoir, dans un contexte autrement plus difficile que ceux que l’on a connus dans notre pays ces dernières années. Déjà, personne ne peut reprocher à A. Tsipras de vouloir donner à la Grèce un Etat digne de ce nom, capable de prélever l’impôt, tout en essayant d’améliorer le sort de millions de gens qui ont subi une profonde régression de leur niveau de vie. Après tout, est-ce tellement anormal de vouloir relever le salaire minimum de 580 à 751 euros…son niveau d’avant la crise, ou encore d’améliorer le sort des retraités ou de rétablir une pension de 300 euros pour les retraités non-assurés ? Sans doute pas, sauf que cela fait peur, non seulement au monde de la finance, mais un peu à tout le monde. La preuve, les Grecs retirent leur épargne des banques, pour ceux qui en ont, ce qui évidemment fragilise ces dernières.

Cela, J.L. Mélenchon ou Cécile Duflot, ne l’ont pas vu venir, car ces phénomènes ne se règlent pas à coup de déclarations aussi maladroites que ridicules. Fermons cette parenthèse, en attendant de voir les décisions que va prendre la BCE aujourd’hui sur les émissions de l'Etat grec, et celles qui sont à venir du côté de la Commission européenne, qui pourraient être moins directives et moins contraignantes pour les Grecs que celles de la fameuse troïka. Une troïka (Commission européenne, FMI et BCE), contestée d’ailleurs par le président de la Commission européenne, J.C. Junker, lequel souhaite que l’on trouve une solution acceptable pour tout le monde à commencer par les Grecs, sans que leurs dirigeants aient besoin de recourir aux menaces relatives à la dette de guerre de l’Allemagne à la Grèce (environ 50 milliards d’euros)…jamais remboursée. Gageons que l’on n’ira pas à ces extrémités et que tout le monde sera raisonnable, d’autant qu’A. Tsipras apparaît, je le répète une fois encore, plus responsable que ceux qui veulent surfer sur sa victoire, chez nous et ailleurs. De toute façon il ne peut guère faire autrement que composer avec les Européens, car en cas de rupture brutale avec ses créanciers, il aurait l’obligation de devoir se financer sur les marchés. Il faudra aussi qu’il apprenne à manier la diplomatie, car il apparaît inconcevable qu’il soutienne Moscou dans le conflit ukrainien.

Voilà quelques considérations sur la vie de notre pays et de l’Union européenne, en espérant que cette dernière finisse enfin par arriver à une union politique tellement nécessaire par les temps qui courent. S’il devait y avoir un élément d’espoir avec l’arrivée au pouvoir de la gauche dite radicale en Grèce, qui l’est beaucoup moins je le répète que le Front de Gauche ou certains écologistes dans notre pays, ce serait justement d’avoir commencé à convaincre les politiciens européens que l’Union en Europe est une nécessité, au moins pour les 19 pays de la zone euro. C’est sans aucun doute le seul moyen de contrecarrer la montée en puissance des populismes de droite et de gauche…tellement néfastes dans le contexte économique actuel. Ce n’est pas en sortant de l’euro que les Français vivront mieux! Ce n’est pas en fermant nos frontières que nos entreprises seront compétitives ! Ce n’est pas à coup de slogans que la France et  les autres pays de l’Euroland, retrouveront le chemin de la croissance et des excédents budgétaires ! Ce n’est pas, ce n’est pas…avec l’UMP version N. Sarkozy, avec le Front National,  avec le Front de Gauche, ou avec les écologistes version C. Duflot ou N. Mamère que l’on vivrait mieux en France ! En revanche je serais beaucoup plus optimiste si nous avions un gouvernement allant de l’UMP raisonnable ou si l’on préfère du centre droit au centre gauche en passant par le  centre tout court. Après tout les Allemands ont bien un gouvernement de coalition !

Michel Escatafal

 

28/05/2013

L’action vaut mieux que les gesticulations et les beaux discours

Grande nouvelle : les deux frères ennemis de l’UMP, J.F. Copé et F. Fillon, sont d’accord pour que les militants de l’UMP leur disent qu’ils ne veulent pas revoter pour la présidence du parti. Voilà une belle victoire pour J.F. Copé, lequel ne voulait en aucun cas remettre son mandat en jeu. Grosse défaite pour F. Fillon, qui en plus de savoir qu’il ne pourra pas devenir président de l’UMP, devra sans doute rendre des comptes à ses amis, dont certains ont énormément ferraillé pour lui redonner une chance dans cette course à la présidence. C’est la raison pour laquelle j’ai du mal à croire que F. Fillon ait le « le coffre » pour être un candidat crédible de l’UMP à l’élection présidentielle en 2017, ce que je regrette, car pour ma part je préfèrerais toujours quelqu’un comme Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin ou F. Fillon à des gens comme N. Sarkozy ou J.F. Copé, prêts à tout pour accéder au pouvoir, y compris en labourant les terres du Front National.

Pas sûr d’ailleurs que les Français ne soient pas d’accord avec moi, car même si les Français sont très changeants dans leur opinion, ils ont quand même des instants de lucidité. Si je dis cela, c’est parce que j’ai lu ce matin (en ouvrant la page MSN) que dans un sondage, qui n’en est pas un au vrai sens du terme, les Français étaient majoritairement hostiles à une intervention militaire en Syrie, même en cas d’utilisation des armes chimiques par le pouvoir syrien. Cela signifie que ceux qui ont répondu à cette vrai-fausse enquête, pensent qu’il s’agit en Syrie d’une terrible guerre civile, comme elles le sont toutes, et que dans ce cas des exactions horribles sont commises par tous les belligérants. Donc le mieux est effectivement de ne pas trop s’en mêler. Certains considèreront que cette attitude n’est pas très noble, mais c’est la plus réaliste.  En revanche la levée de l’embargo sur les armes pour les rebelles syriens ne l’est pas vraiment, car nul ne sait entre quelles mains elles vont  tomber.

Autre sujet intéressant, celui de la poussée des idées d’extrême-droite dans l’ensemble des pays européens. Voilà un sujet autrement plus important que l’élection à l’UMP, car il y va de l’avenir de la construction européenne. Celle-ci, on le sait, patine de plus en plus, car les dirigeants des nations composant l’Union européenne regardent d’abord leurs intérêts nationaux avant celui de l’ensemble de l’Union. La preuve, alors que la pourtant très libérale Commission européenne avait  proposé que les Etats de l’UE imposent une taxe de 47% sur les panneaux solaires en provenance de Chine, pour protéger la production européenne, l’Allemagne a cédé au diktat de la Chine, qui refuse cette taxation, par peur d’éventuelles représailles qui pourraient nuire à son commerce extérieur, soutenue en cela par d’autres pays exportateurs comme les Pays-Bas ou la Finlande. Au passage on notera que ces pays sont ceux qui soutiennent avec le plus de vigueur les mesures d’austérité imposées à l’ensemble des pays de l’Union…ce qui les entraîne eux aussi vers la récession.

Mais l’extrême droite européenne ne s’appuie pas que sur l’économie pour espérer s’inscrire durablement dans une dynamique électorale qui lui soit favorable. Son cheval de bataille privilégié reste l’immigration, sujet de nombreuses controverses un peu partout en Europe. En fait, il n’y a guère qu’en Allemagne où le débat est un peu moins vif qu’ailleurs, parce que les Allemands ont besoin de l’immigration pour contrecarrer les effets de la dénatalité du pays, une immigration qui est aussi plus européenne qu’ailleurs, même si des mesures très restrictives ont été prises dans le reste de l’Union, pour éviter d’importants mouvements de population en provenance des pays pauvres d’Afrique ou d’Asie. Cela dit, on s’aperçoit à travers ces quelques phrases que, là aussi, l’Union européenne n’a toujours pas de politique coordonnée de l’immigration, pas plus qu’elle n’en a en matière d’accueil des immigrés. Résultat, un peu partout, les immigrés se regroupent en communautés où la religion est très influente, ce qui est un bon moyen pour marginaliser ces populations, alors qu’au contraire il faudrait faire de gros efforts pour les intégrer dans un environnement plus laïque, afin d’éviter les tensions entre communautés ayant des cultures différentes.

Mais pourquoi tout cela est-il si difficile à réaliser, alors que ce devrait  être dans la nature des choses ? En fait, comme Raymond Barre l’a toujours pensé, le problème dans nos pays démocratiques est qu’il n’y a pas de politique de long terme qui soit engagée…parce qu’il y a tout le temps des élections, et parce qu’on s’imagine qu’imposer des efforts au pays est contre productif sur le plan électoral, ce qui n’est pas faux. Résultat, on fait des projets, et ils sont abandonnés aussi vite qu’ils ont été annoncés. Combien a-t-on connu de chefs d’Etat et de gouvernement assez courageux pour engager des réformes sachant le prix électoral qui allait en être payé ? Pour ma part, depuis une vingtaine d’années, je n’en connais qu’un, G. Schroeder, le chancelier allemand, prédécesseur d’Angela Merkel, à qui il n’a manqué qu’un ou deux mois de plus pour conserver son poste. A la rigueur j’ajouterais aussi Mario Monti, mais ce dernier n’a pas eu le temps de récolter le fruit des efforts qu’il a imposés à ses concitoyens italiens. J’espère que F. Hollande sera pénétré de cette idée que toute politique qui réussit est toujours une politique de long terme, et que l’action concrète et les vérités les plus simples sont toujours meilleures que les gesticulations et les beaux discours.

Michel Escatafal

10/02/2013

Cette médiocrité dans laquelle s’enfonce l’Union Européenne

« Je n'aime pas la médiocrité, je pense que la gauche pousse vers ça », estime Johnny Hallyday dans son autobiographie , ajoutant un peu plus loin, si j’en crois l’Express : « Je n'aime pas les sociétés d'assistés ». On croit rêver !  Mais au fait pourquoi chante-t-il  encore, à bientôt 70 ans, dans cette société d’assistés ? Qu’entend-il par « assistés » ? Parmi ces « assistés », n’y-a-t-il pas nombre de ses fans, dont hélas certains sont au chômage ? Pour ma part, je ne me préoccupe pas de ce que peut raconter Johnny Halliday, que je n’ai pas écouté hier soir, ma préférence et celle de mes amis en termes de variétés allant plutôt vers des  figures comme John Lennon ou Paul Mac Cartney ?  Passons, si ce n’est pour dire que voir la télévision publique consacrer une partie de son journal le plus regardé (à 20h)  à ce livre autobiographique, est le signe que quelque chose ne va pas dans notre pays. N’y-a-t-il pas d’autres informations plus importantes dans le monde ? Voilà, c’est ma (modeste) contribution à essayer de faire évoluer le niveau du service public de l’audiovisuel, sachant que celui-ci fait la course à l’audimat autant que les chaînes privées. Cela dit, si le public est content, pourquoi se gêner ? D’ailleurs, je suis sûr que nombre de téléspectateurs du troisième ou quatrième âge ont dû être heureux de voir Johnny Halliday à la télévision hier soir dans le journal de France2. Pour ma part, ne regardant presque exclusivement que les émissions de sport  sur les chaînes françaises, je me dis que j’ai la chance de comprendre d’autres idiomes, et de pouvoir me régaler de certaines émissions à l’étranger, tout en m’informant sur ce qui se passe ailleurs qu’en France.

A ce propos, ce n’est pas parce que j’écris ces choses que je n’aime pas mon pays. Certes j’aime beaucoup l’Espagne et l’Italie depuis très longtemps, mais je reste viscéralement attaché à mon pays…malgré ses médiocrités, comme en témoigne le fait que 32% de mes compatriotes adhérent aux idées du Front National. Comme en témoigne aussi le fait que s’il y avait aujourd’hui une élection présidentielle, je suis persuadé que le candidat de l’UMP, malgré les divisions de ce parti, malgré l’état dans lequel il a laissé le pays après dix ans d’exercice du pouvoir, serait élu contre François Hollande. Il est vrai que ce dernier ne pourrait pas compter cette fois sur la totalité des voix de gauche, les fans de Mélenchon et l’extrême-gauche se faisant vraisemblablement le plaisir de faire battre l’actuel président considéré comme un « social-traître ». Cela étant, est-ce beaucoup mieux en Italie, pays cher à mon cœur, dans la mesure où rien n’exclut un retour au pouvoir de…Silvio  Berlusconi. Et oui, c’est aussi cela la démocratie, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres », comme avait dit Churchill. On pourrait dire la même chose du suffrage universel, qui n’a jamais voulu dans notre pays d’un Raymond Barre ou d’un Pierre Mendes-France comme chef de l’Etat, et qui a permis l’élection à une écrasante majorité d’un certain Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, alors que tout indiquait que ce dernier n’avait qu’un but : rétablir l’empire à son profit.

Si j’écris tout cela, c’est parce que je suis attristé de voir dans quel état se trouve l’Union Européenne, surtout après le sommet qui vient d’avoir lieu cette semaine, un sommet où, contrairement à ce que certains prétendent, il n’y a pas eu de gagnant, mais surtout un grand perdant : l’idée européenne. Et oui, c’est l’Europe qui a perdu à ce sommet de Bruxelles, et non pas F. Hollande ou Mario Monti, en espérant que le Parlement corrige le budget sur lequel les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait un compromis. Apparemment ce sera le cas, et il faut le souhaiter. Mais comment en est-on arrivé là, c’est-à-dire à une situation où les égoïsmes nationaux prennent le pas sur toute autre considération ?  Pour plusieurs raisons, en premier lieu parce que tous les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas authentiquement européens. Rien qu’en France, quels sont les présidents que l’on va qualifier de véritablement européens ? J’en citerais trois depuis les débuts de la Cinquième République : Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et François Hollande. Pourquoi ces trois-là ? Parce que chacun de ces présidents a toujours été pour une union politique de l’Europe, ce qui n’a pas été le cas des autres, Georges Pompidou l’étant davantage que le général de Gaulle mais sans aller jusqu’à sérieusement envisager le fédéralisme, ce que Jacques Chirac a fini par accepter…en sachant que cela ne pourrait arriver qu’à échéance très lointaine. Quant à N. Sarkozy, bien malin serait celui qui pourrait dire s’il était ou non européen, dans la mesure où sur cette question comme sur tant d’autres, son idée était fonction de celle de l’opinion publique.

Fermons cette longue parenthèse pour noter que l’Europe souffre aussi d’un autre mal, à savoir que l’Union Européenne a voulu aller plus vite que la musique, en incluant dans son sein des pays qui n’étaient absolument pas prêts à envisager le fédéralisme. Tout d’abord la Grande-Bretagne, parce que les Britanniques ne conçoivent l’Europe que comme un moyen de développer une zone de libre-échange. On l’a vu cette semaine avec le Premier ministre Cameron, qui n’avait qu’une idée en tête, la baisse du budget européen et diminuer les pouvoirs de la Commission européenne. Bref, tout ce qui est bon dans l’Europe pour la Grande-Bretagne est acceptable, mais tout ce qui communautarise les problèmes devient inacceptable dans l’esprit de David Cameron. Il y a ensuite les pays de l’Est européen, autrefois communistes, qui pensent en gros la même chose que le Premier ministre britannique. Pour eux l’Europe est un moyen de se développer grâce aux aides européennes, mais quand on leur parle de préférence communautaire, par exemple pour l’achat d’avions de combat, il n’y a plus personne.

Mais comme si cela n’était pas suffisant, il y a en Europe les problèmes électoraux, lesquels se situent à des périodes différentes les unes des autres. Mario Monti sait que dans un mois, il ne sera plus au pouvoir, ce qui limite considérablement son influence.  Angela Merkel ne pense pour sa part qu’à sa réélection, et donc caresse ses électeurs dans le sens du poil, lesquels électeurs de la droite allemande considèrent que les Allemands doivent payer d’abord pour rendre la vie des Allemands meilleure qu’elle n’est, quitte à mettre en difficulté les autres peuples européens. Et pourtant que serait l’Allemagne sans l’Union Européenne et la monnaie unique, dont elle est le principal pays bénéficiaire, après avoir reçu une aide considérable des autres pays européens pour surmonter les difficultés de sa réunification ? Je ne parlerais  pas de l’Espagne qui est confrontée depuis quelques jours à une crise politique grave, en plus de ses difficultés économiques dues pour l’essentiel au fait qu’elle a trop profité du libéralisme ambiant à l’époque d’Aznar, et qui se retrouve fort dépourvue  depuis que la crise financière est venue jouer les trouble-fêtes dans le ciel de l’économie mondiale développée. Et la France me direz-vous, elle aussi fait preuve d’égoïsme national quand on évoque la Politique agricole commune, la fameuse PAC ?

C’est vrai, mais la France en plus subit de plein fouet les effets de la politique qui a été menée ces dernières années, politique qui a bénéficié uniquement aux plus riches citoyens du pays, grâce à des réductions massives d’impôts, ce qui a considérablement obéré les finances publiques…qu’il faut rétablir au plus vite sous peine de voir notre charge de la dette augmenter encore davantage. Et que dit-on à la France quand elle réclame une baisse de l’euro pour favoriser ses exportations ? Qu’elle taille dans les dépenses publiques ! Comme s’il était normal d’être moins généreux vis-à-vis des chômeurs, victimes par dizaines de milliers de plans sociaux depuis le mois de juin, de diminuer  les dépenses de santé, parce que notre pays reste encore parmi les rares où se soigner est possible pour la quasi-totalité de la population, ou de sacrifier l’éducation des jeunes enfants défavorisés, c’est-à-dire de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des parents capables de les aider à s’orienter convenablement, ou tout simplement de leur payer les études qui leur permettront d’acquérir un métier assez gratifiant pour vivre mieux que leurs parents ! Et je pourrais aussi parler des services publics, qui dans l’esprit des nantis sont beaucoup trop coûteux en termes budgétaires, sachant que ceux qui ont des revenus importants n’ont pas de difficulté de ce côté-là. Bref, la France n’ayant plus réellement les moyens d’entretenir son modèle social  basé sur la solidarité, en est réduite à se battre pour préserver le minimum de ses acquis…quitte à mécontenter tout le monde, ceux qui en profitent de moins en moins, et ceux qui trouvent que « les assistés » le sont beaucoup trop.

Dans ce contexte, et j’en reviens à l’Europe, on voit un F. Hollande se battre presque seul contre tous lors des sommets européens, ou, dit autrement, on voit le président français complètement isolé au milieu de ses collègues chefs d’Etat ou de gouvernement, presque tous de droite (19 sur 27),  et surtout tous conservateurs dans les pays les plus peuplés, à l’exception de la France…et de la Belgique avec ses dix millions d’habitants. Résultat, F. Hollande en est réduit à s’arc-bouter sur la PAC, laquelle profite essentiellement à la France, un profit dont on pourrait beaucoup discuter en termes de répartition, les gros producteurs de céréales étant largement avantagés par rapport aux petits exploitants. Et que peut-il faire d’autre aussi à propos de la monnaie, dans la mesure où les Britanniques sont heureux de voir l’euro monter, ce qui favorise leurs exportations, alors que l’Allemagne ou les Pays-Bas profitent au maximum de leur compétitivité sur les produits haut-de-gamme, leurs entreprises bénéficiant pleinement d’une monnaie forte.

En revanche la France, qui a beaucoup perdu en compétitivité depuis dix ans, est obligée de faire un effort considérable pour permettre le développement de ses PME qui, hélas, sont surtout spécialisées dans la moyenne gamme, segment dans lequel ses produits sont confrontés aux pays ayant une monnaie plus faible. Et oui, cela personne ou presque ne le souligne, et tant que notre pays n’aura pas retrouvé une industrie capable de se positionner sur le haut de gamme, nous ne gagnerons pas, ou si peu, des parts de marché. Dure réalité de la vie économique…et de la vie dans l’Union Européenne, une union où chacun veut tirer la couverture à soi comme je l’ai écrit précédemment. Et le pire est que la France ne peut même pas  compter sur ses voisins du Sud, trop affaiblis pour le moment. L’année 2013 sera à n’en point douter très difficile, mais personne n’expliquera pourquoi, parce que les Français, comme les habitants des autres pays, ne vivent que des  raccourcis qu’on leur offre continuellement. 

Michel Escatafal

21/01/2013

F. Hollande met l'UMP en souffrance

Demain ce sera le cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens encore des commentaires de mon père et de mon grand-père (ancien de Verdun), et ils attendaient beaucoup de cette réconciliation franco-allemande. Avaient-ils raison ? Oui, bien sûr, parce que la guerre ils connaissaient pour l’avoir vécu dans les tranchées pour l’un, et pour les deux en participant à des actes de résistance contre l’occupant allemand lors de la guerre suivante. Et dans le cas de mon père plus que dans celui de mon grand-père, c’était un authentique gaulliste. Bref, pour de nombreux Français à l’époque, ce traité était une excellente chose, les plus anciens regrettant qu’on n’ait pas suffisamment soutenu Aristide Briand quand ce dernier cherchait à rapprocher la France et l’Allemagne (traité de Locarno en 1925). Rappelons au passage que Briand était de ceux qui pensaient qu’il ne fallait pas non plus étrangler l’Allemagne, afin qu’elle puisse se reconstruire sur le plan économique. On a vu combien il avait raison, un pays potentiellement puissant finissant toujours par le redevenir (cas de l’Allemagne), au besoin en se livrant pieds et poings liés à un dictateur fou.

Que reste-t-il de ce traité du 22 janvier 1962 ? Beaucoup et peu à la fois. Peu, parce que la France et l’Allemagne n’ont guère gommé leurs différences par rapport à cette époque, tant sur le plan politique (institutionnel) qu’économique. Peu aussi, parce que dans chacun des pays, et plus encore en France qu’en Allemagne, la langue allemande ou française n’est pas systématiquement apprise au lycée comme on aurait pu l’espérer. Au contraire, dans notre pays, l’apprentissage de l’allemand ne vient qu’en troisième position derrière l’anglais et l’espagnol. C’est d’ailleurs quelque chose qui me gêne personnellement, parce que c’est une mesure qu’il aurait été facile de mettre en place sans que cela ne coûte trop cher. Après tout, même si l’anglais est devenu la langue universelle sur le plan économique et touristique, même si l’espagnol progresse énormément dans le pays qui a imposé l’anglais au monde entier, avoir une bonne connaissance de la langue allemande ou française des deux côtés du Rhin, par la quasi-totalité de la population des moins de 40 ans, aurait été un symbole fort non seulement pour faire vivre ce traité, mais aussi pour la construction européenne. N’avoir même pas réussi à mettre en place cette disposition, facile d’application, est la marque cruelle d’un échec !

Cela étant, certains considèrent que ce traité a permis nombre d’avancées en matière de construction européenne, ne serait-ce qu’avec la création de l’euro. Par ailleurs, le couple franco-allemand existe même s’il s’agit d’un mariage de raison. C’est souvent « je t’aime moi non plus » dans cette union, mais elle a le mérite d’exister, au point que plus personne ne souligne le nombre de rencontres au sommet entre les chefs d’Etat ou de gouvernement. L’UMP, qui n’est pas à une contradiction près, n’hésite jamais à souligner la distance qu’il y a entre les positions d’Angela Merkel et François Hollande, soulignant à l’envie les différents entre eux, mais elle oublie de dire que depuis le 15 mai, les deux dirigeants se rencontrent aussi souvent qu’à l’époque où leurs prédécesseurs étaient au pouvoir. Ça c’est un acquis, et il est considérable, pour le plus grand bien de l’Europe. Il est d’autant plus considérable que toute politique politicienne est noyée dans les intérêts supérieurs qu’offre la survivance du traité. Il n’y a que les naïfs UMP pour croire que F. Hollande puisse provoquer un divorce avec la chancelière, alors que l’un et l’autre sont quasiment sûrs d’avoir à composer pendant encore quatre ans. En outre, ce n’est pas parce que F. Hollande a l’étiquette socialiste que la chancelière va s’éloigner de lui, d’autant qu’elle bénéficie pleinement des réformes (de droite) initiés par le social-démocrate G. Schroeder, réformes dont s’inspire à sa façon F. Hollande pour permettre aux entreprises françaises de retrouver de la compétitivité…ce que l’UMP n’a jamais su faire. A moins que ladite UMP ne regrette que le rêve européen ait engendré une Europe des marchands, beaucoup plus qu’une Europe des peuples ou qu’une Europe sociale, où le mot solidarité serait au centre des préoccupations politiques. J’en doute, tellement le principal parti de droite était inféodé au patronat et aux plus riches !

Pauvre UMP, qui ne sait plus quoi trouver pour se remettre d’avoir perdu le pouvoir, au point de voir Laurent Wauquiez, un des fondateurs de la droite dite « sociale » (défense de rire !), farouche partisan de la lutte contre le mariage pour tous, l’homme qui qualifiait  de « cancer » et « d'assistanat »  les aides sociales, évoquer le manque de « stratégie claire » de F. Hollande  à propos de la guerre au Mali. Et ce, alors que tout le monde reconnaît dans les chancelleries que sans une intervention rapide, le Mali serait aujourd’hui totalement envahi par ses agresseurs. Il est vrai que l’UMP, comme d’autres aussi y compris à gauche, a tellement reproché à F. Hollande d’être « mou », de ne pas savoir trancher dès que surgit un problème, que le voir prendre ses responsabilités de chef d’Etat ne peut que susciter la colère de ses adversaires politiques, d’autant que contrairement à son prédécesseur, quand il prend ses décisions, cela n’a pas été préparé par de multiples interventions spectaculaires à destination des médias. Pour le Mali, comme pour le « pacte de croissance », comme pour le mariage pour tous, il a fait ou il fait ! Espérons simplement que les Français s’en souviendront le moment venu, comme ils doivent se souvenir de l’état dans lequel l’UMP et l’UDI ont laissé le pays, après dix ans de pouvoir. Un simple chiffre pour rappel : le montant de la dette publique était de 912 milliards d’euros fin 2002, de 1211 milliards fin 2007 et d’environ 1800 milliards fin 2012. Tout est dit dans ces chiffres, même si la crise financière (depuis 2008) n'a pas arrangé les choses !

Michel Escatafal 

 

01/07/2012

Pourquoi l'anglais, toujours et partout?

J’ai lu aujourd’hui sur le site web du journal Le Monde  que le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Sénégalais Abdou Diouf, regrettait que la France se soucie de moins en moins de l’usage du français et de sa promotion dans le monde. Il soulignait aussi que ce désintérêt s’était manifesté ces dernières années tant chez les intellectuels et les universitaires que chez les hommes d’affaires. Si cela paraît hélas normal chez les hommes d’affaires, qui considèrent que l’anglais est la langue de l’économie et de la finance, parce que les Etats-Unis parlent anglais majoritairement, il est en revanche infiniment regrettable que ce soit le cas aussi chez les intellectuels. Heureusement, comme le dit Abdou Diouf, François Hollande semble vouloir protéger le français davantage que son successeur, ayant l’avantage sur ce dernier d’avoir toujours été un premier de la classe…ce qui aide à voir les choses d’une autre manière que le commun des mortels.

Fermons la parenthèse pour noter, comme l’affirme Abdou Diouf, que "le français est une langue très demandée dans le monde entier et que son nombre de locuteurs augmente, notamment en Afrique francophone et dans les pays du Golfe". Le français n’est pas la seule langue dans ce cas, et en disant cela je pense évidemment à l’espagnol qui a su préserver son statut de langue maternelle dans la quasi-totalité des pays d’Amérique centrale et du Sud, prenant même de plus en plus de place …aux Etats-Unis. Dans quelques décennies en effet, on parlera davantage espagnol aux Etats-Unis qu’anglais, ce qui est un beau pied de nez à ceux qui considèrent que la montée de l’anglais comme langue universelle est inéluctable. En outre, compte tenu du fait que nombre d’entre nous considèrent  que l’économie régit tout le reste, dans cinquante ans ce sera le chinois qu’il faudra savoir parler, car à ce moment la Chine sera largement devant les Etats-Unis en termes de puissance économique.

Et l’Europe, me direz-vous, qu’en sera-t-il ? Saura-t-elle défendre la pluralité linguistique, sous peine de se couper définitivement des institutions communautaires de Bruxelles ? J’espère que oui, même si l’histoire récente m’inspire quelques craintes à ce niveau, surtout quand je lis ça et là que les coûts de traduction et d’interprétation dépassent les 300 millions d’euros. Cette somme est certes loin d’être négligeable, y compris pour le budget global de l'UE, mais je ne pense pas qu’il faille raisonner de cette manière, car les langues nationales ou régionales doivent absolument être préservées. Et j’ajouterai à plus forte raison dans l’Union Européenne. Celle-ci est en effet le plus bel exemple de la formation d’un empire sans avoir recours à la guerre ou à l’oppression. Au contraire, la condition sine qua non pour adhérer à l’Union Européenne est le respect des lois fondamentales de la démocratie et de la diversité, plus encore que dans un pays comme les Etats-Unis. A partir de là et en fonction de ces principes, il est logique qu’avec 27 états dans l’Union, il y ait 23 langues officiellement reconnues, et que les documents publiés par les institutions européennes soient traduits dans ces 23 langues.

En réalité ce n’est pas le cas car, pour ne citer que le site de l’Union Européenne, la plupart des documents sont écrits en anglais et, c’est une évolution qui semble irréversible. D’ailleurs, il suffit de regarder les statistiques pour en être convaincus. En effet, au milieu des années 90, 46% environ des documents étaient écrits en anglais contre 38% en français et 12% en allemand. Aujourd’hui, ces pourcentages sont dépassent 75% pour l’anglais, contre 10 ou 12 % pour le français et 2% pour l’allemand. Désolant, et ce qui l’est encore plus, c’est le motif invoqué pour justifier une utilisation massive de l’anglais, à savoir les élargissements successifs. Certes, à partir du moment où le Royaume-Uni a intégré l’Europe, il était normal que l’anglais fît partie des langues officielles, mais à part l’Irlande et plus tard Chypre et Malte, que je sache tous les pays ayant adhéré à l’UE ne parlent pas anglais, même si leurs classes dirigeantes, notamment pour les pays autrefois sous tutelle soviétique, ont fréquenté pour la plupart les universités américaines. Mais est-ce une raison pour imposer l’anglais toujours et partout dans l’U.E. ?

Plus bizarre encore est le cas de la Banque Centrale Européenne. Alors que les Anglais refusent obstinément la monnaie unique, la langue principalement parlée et écrite au siège de Francfort est …l’anglais, au point que sous les huées des eurodéputés français, on a vu ce spectacle surréaliste d’entendre un jour l’ancien président de la BCE, le Français J.C. Trichet, faire un discours en anglais au parlement Européen. Certes Monsieur Trichet parle très bien anglais, mais je suis certain que s’il se cogne la tête contre un mur, il va réagir en français car c’est sa langue maternelle. Alors de grâce, préservons nos langues et l’Europe ne s’en portera que mieux, ce qui n’empêchera pas l’apprentissage à l’école de la langue de nos voisins, y compris évidemment l’anglais.

Si l’anglais s’est imposé partout en raison essentiellement de la mondialisation de l’économie, je voudrais toutefois rappeler que le l’Union Européenne a un PIB global supérieur à celui des USA, alors que celui de la Zone euro s’en approche. Enfin l’euro, malgré les problèmes actuels, est devenu la deuxième monnaie de référence au plan mondial. Alors cessons de chercher des excuses à cette américanisation forcée, sauf à accepter la domination éternelle des Etats-Unis sur l’Europe. Pour ma part c’est quelque chose d’inacceptable et, comme beaucoup d’Européens, je suis pour une Europe forte et indépendante, symbole du refus d’un monde unipolaire qui nous a menés là où nous sommes aujourd’hui, avec des foyers de guerre un peu partout sur la planète, et des difficultés inacceptables pour les populations européennes, y compris dans des pays figurant parmi les plus riches.

Un dernier mot enfin qui suffit à démontrer l'utilité des langues nationales ou régionales. Si l’on regarde quelles sont les langues maternelles les plus parlées dans l’Union Européenne, on s’aperçoit que c’est l’allemand qui vient en tête (18% de l’UE) devant quasiment à égalité le français, l’Italien … et l’anglais (environ 13%), puis l’espagnol et le polonais (9%). Alors soyons sérieux, et si l’on veut à tout prix uniformiser, imposons au moins l’apprentissage obligatoire de trois langues parmi les six que je viens de citer. Après tout, les petits Luxembourgeois apprennent bien à l’école le français, l’allemand et l’anglais en plus de leur langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils maîtrisent parfaitement tous ces idiomes, mais cela est suffisant pour communiquer et commercer. Et puis comme je l’ai évoqué précédemment, si l’on sait parler espagnol, on peut aller n’importe où en Amérique, sauf au Canada, et l’on nous comprendra. Si l’on sait parler français, ce sera la même chose dans la plupart des pays africains. Alors pourquoi vouloir s’obstiner à inculquer aux jeunes Français l’apprentissage obligatoire et quasi exclusif de l’anglais…qui ne leur servira peut-être plus guère quand ils auront cinquante ou soixante ans ?

Michel Escatafal