10/02/2013

Cette médiocrité dans laquelle s’enfonce l’Union Européenne

« Je n'aime pas la médiocrité, je pense que la gauche pousse vers ça », estime Johnny Hallyday dans son autobiographie , ajoutant un peu plus loin, si j’en crois l’Express : « Je n'aime pas les sociétés d'assistés ». On croit rêver !  Mais au fait pourquoi chante-t-il  encore, à bientôt 70 ans, dans cette société d’assistés ? Qu’entend-il par « assistés » ? Parmi ces « assistés », n’y-a-t-il pas nombre de ses fans, dont hélas certains sont au chômage ? Pour ma part, je ne me préoccupe pas de ce que peut raconter Johnny Halliday, que je n’ai pas écouté hier soir, ma préférence et celle de mes amis en termes de variétés allant plutôt vers des  figures comme John Lennon ou Paul Mac Cartney ?  Passons, si ce n’est pour dire que voir la télévision publique consacrer une partie de son journal le plus regardé (à 20h)  à ce livre autobiographique, est le signe que quelque chose ne va pas dans notre pays. N’y-a-t-il pas d’autres informations plus importantes dans le monde ? Voilà, c’est ma (modeste) contribution à essayer de faire évoluer le niveau du service public de l’audiovisuel, sachant que celui-ci fait la course à l’audimat autant que les chaînes privées. Cela dit, si le public est content, pourquoi se gêner ? D’ailleurs, je suis sûr que nombre de téléspectateurs du troisième ou quatrième âge ont dû être heureux de voir Johnny Halliday à la télévision hier soir dans le journal de France2. Pour ma part, ne regardant presque exclusivement que les émissions de sport  sur les chaînes françaises, je me dis que j’ai la chance de comprendre d’autres idiomes, et de pouvoir me régaler de certaines émissions à l’étranger, tout en m’informant sur ce qui se passe ailleurs qu’en France.

A ce propos, ce n’est pas parce que j’écris ces choses que je n’aime pas mon pays. Certes j’aime beaucoup l’Espagne et l’Italie depuis très longtemps, mais je reste viscéralement attaché à mon pays…malgré ses médiocrités, comme en témoigne le fait que 32% de mes compatriotes adhérent aux idées du Front National. Comme en témoigne aussi le fait que s’il y avait aujourd’hui une élection présidentielle, je suis persuadé que le candidat de l’UMP, malgré les divisions de ce parti, malgré l’état dans lequel il a laissé le pays après dix ans d’exercice du pouvoir, serait élu contre François Hollande. Il est vrai que ce dernier ne pourrait pas compter cette fois sur la totalité des voix de gauche, les fans de Mélenchon et l’extrême-gauche se faisant vraisemblablement le plaisir de faire battre l’actuel président considéré comme un « social-traître ». Cela étant, est-ce beaucoup mieux en Italie, pays cher à mon cœur, dans la mesure où rien n’exclut un retour au pouvoir de…Silvio  Berlusconi. Et oui, c’est aussi cela la démocratie, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres », comme avait dit Churchill. On pourrait dire la même chose du suffrage universel, qui n’a jamais voulu dans notre pays d’un Raymond Barre ou d’un Pierre Mendes-France comme chef de l’Etat, et qui a permis l’élection à une écrasante majorité d’un certain Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, alors que tout indiquait que ce dernier n’avait qu’un but : rétablir l’empire à son profit.

Si j’écris tout cela, c’est parce que je suis attristé de voir dans quel état se trouve l’Union Européenne, surtout après le sommet qui vient d’avoir lieu cette semaine, un sommet où, contrairement à ce que certains prétendent, il n’y a pas eu de gagnant, mais surtout un grand perdant : l’idée européenne. Et oui, c’est l’Europe qui a perdu à ce sommet de Bruxelles, et non pas F. Hollande ou Mario Monti, en espérant que le Parlement corrige le budget sur lequel les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait un compromis. Apparemment ce sera le cas, et il faut le souhaiter. Mais comment en est-on arrivé là, c’est-à-dire à une situation où les égoïsmes nationaux prennent le pas sur toute autre considération ?  Pour plusieurs raisons, en premier lieu parce que tous les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas authentiquement européens. Rien qu’en France, quels sont les présidents que l’on va qualifier de véritablement européens ? J’en citerais trois depuis les débuts de la Cinquième République : Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et François Hollande. Pourquoi ces trois-là ? Parce que chacun de ces présidents a toujours été pour une union politique de l’Europe, ce qui n’a pas été le cas des autres, Georges Pompidou l’étant davantage que le général de Gaulle mais sans aller jusqu’à sérieusement envisager le fédéralisme, ce que Jacques Chirac a fini par accepter…en sachant que cela ne pourrait arriver qu’à échéance très lointaine. Quant à N. Sarkozy, bien malin serait celui qui pourrait dire s’il était ou non européen, dans la mesure où sur cette question comme sur tant d’autres, son idée était fonction de celle de l’opinion publique.

Fermons cette longue parenthèse pour noter que l’Europe souffre aussi d’un autre mal, à savoir que l’Union Européenne a voulu aller plus vite que la musique, en incluant dans son sein des pays qui n’étaient absolument pas prêts à envisager le fédéralisme. Tout d’abord la Grande-Bretagne, parce que les Britanniques ne conçoivent l’Europe que comme un moyen de développer une zone de libre-échange. On l’a vu cette semaine avec le Premier ministre Cameron, qui n’avait qu’une idée en tête, la baisse du budget européen et diminuer les pouvoirs de la Commission européenne. Bref, tout ce qui est bon dans l’Europe pour la Grande-Bretagne est acceptable, mais tout ce qui communautarise les problèmes devient inacceptable dans l’esprit de David Cameron. Il y a ensuite les pays de l’Est européen, autrefois communistes, qui pensent en gros la même chose que le Premier ministre britannique. Pour eux l’Europe est un moyen de se développer grâce aux aides européennes, mais quand on leur parle de préférence communautaire, par exemple pour l’achat d’avions de combat, il n’y a plus personne.

Mais comme si cela n’était pas suffisant, il y a en Europe les problèmes électoraux, lesquels se situent à des périodes différentes les unes des autres. Mario Monti sait que dans un mois, il ne sera plus au pouvoir, ce qui limite considérablement son influence.  Angela Merkel ne pense pour sa part qu’à sa réélection, et donc caresse ses électeurs dans le sens du poil, lesquels électeurs de la droite allemande considèrent que les Allemands doivent payer d’abord pour rendre la vie des Allemands meilleure qu’elle n’est, quitte à mettre en difficulté les autres peuples européens. Et pourtant que serait l’Allemagne sans l’Union Européenne et la monnaie unique, dont elle est le principal pays bénéficiaire, après avoir reçu une aide considérable des autres pays européens pour surmonter les difficultés de sa réunification ? Je ne parlerais  pas de l’Espagne qui est confrontée depuis quelques jours à une crise politique grave, en plus de ses difficultés économiques dues pour l’essentiel au fait qu’elle a trop profité du libéralisme ambiant à l’époque d’Aznar, et qui se retrouve fort dépourvue  depuis que la crise financière est venue jouer les trouble-fêtes dans le ciel de l’économie mondiale développée. Et la France me direz-vous, elle aussi fait preuve d’égoïsme national quand on évoque la Politique agricole commune, la fameuse PAC ?

C’est vrai, mais la France en plus subit de plein fouet les effets de la politique qui a été menée ces dernières années, politique qui a bénéficié uniquement aux plus riches citoyens du pays, grâce à des réductions massives d’impôts, ce qui a considérablement obéré les finances publiques…qu’il faut rétablir au plus vite sous peine de voir notre charge de la dette augmenter encore davantage. Et que dit-on à la France quand elle réclame une baisse de l’euro pour favoriser ses exportations ? Qu’elle taille dans les dépenses publiques ! Comme s’il était normal d’être moins généreux vis-à-vis des chômeurs, victimes par dizaines de milliers de plans sociaux depuis le mois de juin, de diminuer  les dépenses de santé, parce que notre pays reste encore parmi les rares où se soigner est possible pour la quasi-totalité de la population, ou de sacrifier l’éducation des jeunes enfants défavorisés, c’est-à-dire de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des parents capables de les aider à s’orienter convenablement, ou tout simplement de leur payer les études qui leur permettront d’acquérir un métier assez gratifiant pour vivre mieux que leurs parents ! Et je pourrais aussi parler des services publics, qui dans l’esprit des nantis sont beaucoup trop coûteux en termes budgétaires, sachant que ceux qui ont des revenus importants n’ont pas de difficulté de ce côté-là. Bref, la France n’ayant plus réellement les moyens d’entretenir son modèle social  basé sur la solidarité, en est réduite à se battre pour préserver le minimum de ses acquis…quitte à mécontenter tout le monde, ceux qui en profitent de moins en moins, et ceux qui trouvent que « les assistés » le sont beaucoup trop.

Dans ce contexte, et j’en reviens à l’Europe, on voit un F. Hollande se battre presque seul contre tous lors des sommets européens, ou, dit autrement, on voit le président français complètement isolé au milieu de ses collègues chefs d’Etat ou de gouvernement, presque tous de droite (19 sur 27),  et surtout tous conservateurs dans les pays les plus peuplés, à l’exception de la France…et de la Belgique avec ses dix millions d’habitants. Résultat, F. Hollande en est réduit à s’arc-bouter sur la PAC, laquelle profite essentiellement à la France, un profit dont on pourrait beaucoup discuter en termes de répartition, les gros producteurs de céréales étant largement avantagés par rapport aux petits exploitants. Et que peut-il faire d’autre aussi à propos de la monnaie, dans la mesure où les Britanniques sont heureux de voir l’euro monter, ce qui favorise leurs exportations, alors que l’Allemagne ou les Pays-Bas profitent au maximum de leur compétitivité sur les produits haut-de-gamme, leurs entreprises bénéficiant pleinement d’une monnaie forte.

En revanche la France, qui a beaucoup perdu en compétitivité depuis dix ans, est obligée de faire un effort considérable pour permettre le développement de ses PME qui, hélas, sont surtout spécialisées dans la moyenne gamme, segment dans lequel ses produits sont confrontés aux pays ayant une monnaie plus faible. Et oui, cela personne ou presque ne le souligne, et tant que notre pays n’aura pas retrouvé une industrie capable de se positionner sur le haut de gamme, nous ne gagnerons pas, ou si peu, des parts de marché. Dure réalité de la vie économique…et de la vie dans l’Union Européenne, une union où chacun veut tirer la couverture à soi comme je l’ai écrit précédemment. Et le pire est que la France ne peut même pas  compter sur ses voisins du Sud, trop affaiblis pour le moment. L’année 2013 sera à n’en point douter très difficile, mais personne n’expliquera pourquoi, parce que les Français, comme les habitants des autres pays, ne vivent que des  raccourcis qu’on leur offre continuellement. 

Michel Escatafal

21/01/2013

F. Hollande met l'UMP en souffrance

Demain ce sera le cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens encore des commentaires de mon père et de mon grand-père (ancien de Verdun), et ils attendaient beaucoup de cette réconciliation franco-allemande. Avaient-ils raison ? Oui, bien sûr, parce que la guerre ils connaissaient pour l’avoir vécu dans les tranchées pour l’un, et pour les deux en participant à des actes de résistance contre l’occupant allemand lors de la guerre suivante. Et dans le cas de mon père plus que dans celui de mon grand-père, c’était un authentique gaulliste. Bref, pour de nombreux Français à l’époque, ce traité était une excellente chose, les plus anciens regrettant qu’on n’ait pas suffisamment soutenu Aristide Briand quand ce dernier cherchait à rapprocher la France et l’Allemagne (traité de Locarno en 1925). Rappelons au passage que Briand était de ceux qui pensaient qu’il ne fallait pas non plus étrangler l’Allemagne, afin qu’elle puisse se reconstruire sur le plan économique. On a vu combien il avait raison, un pays potentiellement puissant finissant toujours par le redevenir (cas de l’Allemagne), au besoin en se livrant pieds et poings liés à un dictateur fou.

Que reste-t-il de ce traité du 22 janvier 1962 ? Beaucoup et peu à la fois. Peu, parce que la France et l’Allemagne n’ont guère gommé leurs différences par rapport à cette époque, tant sur le plan politique (institutionnel) qu’économique. Peu aussi, parce que dans chacun des pays, et plus encore en France qu’en Allemagne, la langue allemande ou française n’est pas systématiquement apprise au lycée comme on aurait pu l’espérer. Au contraire, dans notre pays, l’apprentissage de l’allemand ne vient qu’en troisième position derrière l’anglais et l’espagnol. C’est d’ailleurs quelque chose qui me gêne personnellement, parce que c’est une mesure qu’il aurait été facile de mettre en place sans que cela ne coûte trop cher. Après tout, même si l’anglais est devenu la langue universelle sur le plan économique et touristique, même si l’espagnol progresse énormément dans le pays qui a imposé l’anglais au monde entier, avoir une bonne connaissance de la langue allemande ou française des deux côtés du Rhin, par la quasi-totalité de la population des moins de 40 ans, aurait été un symbole fort non seulement pour faire vivre ce traité, mais aussi pour la construction européenne. N’avoir même pas réussi à mettre en place cette disposition, facile d’application, est la marque cruelle d’un échec !

Cela étant, certains considèrent que ce traité a permis nombre d’avancées en matière de construction européenne, ne serait-ce qu’avec la création de l’euro. Par ailleurs, le couple franco-allemand existe même s’il s’agit d’un mariage de raison. C’est souvent « je t’aime moi non plus » dans cette union, mais elle a le mérite d’exister, au point que plus personne ne souligne le nombre de rencontres au sommet entre les chefs d’Etat ou de gouvernement. L’UMP, qui n’est pas à une contradiction près, n’hésite jamais à souligner la distance qu’il y a entre les positions d’Angela Merkel et François Hollande, soulignant à l’envie les différents entre eux, mais elle oublie de dire que depuis le 15 mai, les deux dirigeants se rencontrent aussi souvent qu’à l’époque où leurs prédécesseurs étaient au pouvoir. Ça c’est un acquis, et il est considérable, pour le plus grand bien de l’Europe. Il est d’autant plus considérable que toute politique politicienne est noyée dans les intérêts supérieurs qu’offre la survivance du traité. Il n’y a que les naïfs UMP pour croire que F. Hollande puisse provoquer un divorce avec la chancelière, alors que l’un et l’autre sont quasiment sûrs d’avoir à composer pendant encore quatre ans. En outre, ce n’est pas parce que F. Hollande a l’étiquette socialiste que la chancelière va s’éloigner de lui, d’autant qu’elle bénéficie pleinement des réformes (de droite) initiés par le social-démocrate G. Schroeder, réformes dont s’inspire à sa façon F. Hollande pour permettre aux entreprises françaises de retrouver de la compétitivité…ce que l’UMP n’a jamais su faire. A moins que ladite UMP ne regrette que le rêve européen ait engendré une Europe des marchands, beaucoup plus qu’une Europe des peuples ou qu’une Europe sociale, où le mot solidarité serait au centre des préoccupations politiques. J’en doute, tellement le principal parti de droite était inféodé au patronat et aux plus riches !

Pauvre UMP, qui ne sait plus quoi trouver pour se remettre d’avoir perdu le pouvoir, au point de voir Laurent Wauquiez, un des fondateurs de la droite dite « sociale » (défense de rire !), farouche partisan de la lutte contre le mariage pour tous, l’homme qui qualifiait  de « cancer » et « d'assistanat »  les aides sociales, évoquer le manque de « stratégie claire » de F. Hollande  à propos de la guerre au Mali. Et ce, alors que tout le monde reconnaît dans les chancelleries que sans une intervention rapide, le Mali serait aujourd’hui totalement envahi par ses agresseurs. Il est vrai que l’UMP, comme d’autres aussi y compris à gauche, a tellement reproché à F. Hollande d’être « mou », de ne pas savoir trancher dès que surgit un problème, que le voir prendre ses responsabilités de chef d’Etat ne peut que susciter la colère de ses adversaires politiques, d’autant que contrairement à son prédécesseur, quand il prend ses décisions, cela n’a pas été préparé par de multiples interventions spectaculaires à destination des médias. Pour le Mali, comme pour le « pacte de croissance », comme pour le mariage pour tous, il a fait ou il fait ! Espérons simplement que les Français s’en souviendront le moment venu, comme ils doivent se souvenir de l’état dans lequel l’UMP et l’UDI ont laissé le pays, après dix ans de pouvoir. Un simple chiffre pour rappel : le montant de la dette publique était de 912 milliards d’euros fin 2002, de 1211 milliards fin 2007 et d’environ 1800 milliards fin 2012. Tout est dit dans ces chiffres, même si la crise financière (depuis 2008) n'a pas arrangé les choses !

Michel Escatafal 

 

01/07/2012

Pourquoi l'anglais, toujours et partout?

J’ai lu aujourd’hui sur le site web du journal Le Monde  que le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Sénégalais Abdou Diouf, regrettait que la France se soucie de moins en moins de l’usage du français et de sa promotion dans le monde. Il soulignait aussi que ce désintérêt s’était manifesté ces dernières années tant chez les intellectuels et les universitaires que chez les hommes d’affaires. Si cela paraît hélas normal chez les hommes d’affaires, qui considèrent que l’anglais est la langue de l’économie et de la finance, parce que les Etats-Unis parlent anglais majoritairement, il est en revanche infiniment regrettable que ce soit le cas aussi chez les intellectuels. Heureusement, comme le dit Abdou Diouf, François Hollande semble vouloir protéger le français davantage que son successeur, ayant l’avantage sur ce dernier d’avoir toujours été un premier de la classe…ce qui aide à voir les choses d’une autre manière que le commun des mortels.

Fermons la parenthèse pour noter, comme l’affirme Abdou Diouf, que "le français est une langue très demandée dans le monde entier et que son nombre de locuteurs augmente, notamment en Afrique francophone et dans les pays du Golfe". Le français n’est pas la seule langue dans ce cas, et en disant cela je pense évidemment à l’espagnol qui a su préserver son statut de langue maternelle dans la quasi-totalité des pays d’Amérique centrale et du Sud, prenant même de plus en plus de place …aux Etats-Unis. Dans quelques décennies en effet, on parlera davantage espagnol aux Etats-Unis qu’anglais, ce qui est un beau pied de nez à ceux qui considèrent que la montée de l’anglais comme langue universelle est inéluctable. En outre, compte tenu du fait que nombre d’entre nous considèrent  que l’économie régit tout le reste, dans cinquante ans ce sera le chinois qu’il faudra savoir parler, car à ce moment la Chine sera largement devant les Etats-Unis en termes de puissance économique.

Et l’Europe, me direz-vous, qu’en sera-t-il ? Saura-t-elle défendre la pluralité linguistique, sous peine de se couper définitivement des institutions communautaires de Bruxelles ? J’espère que oui, même si l’histoire récente m’inspire quelques craintes à ce niveau, surtout quand je lis ça et là que les coûts de traduction et d’interprétation dépassent les 300 millions d’euros. Cette somme est certes loin d’être négligeable, y compris pour le budget global de l'UE, mais je ne pense pas qu’il faille raisonner de cette manière, car les langues nationales ou régionales doivent absolument être préservées. Et j’ajouterai à plus forte raison dans l’Union Européenne. Celle-ci est en effet le plus bel exemple de la formation d’un empire sans avoir recours à la guerre ou à l’oppression. Au contraire, la condition sine qua non pour adhérer à l’Union Européenne est le respect des lois fondamentales de la démocratie et de la diversité, plus encore que dans un pays comme les Etats-Unis. A partir de là et en fonction de ces principes, il est logique qu’avec 27 états dans l’Union, il y ait 23 langues officiellement reconnues, et que les documents publiés par les institutions européennes soient traduits dans ces 23 langues.

En réalité ce n’est pas le cas car, pour ne citer que le site de l’Union Européenne, la plupart des documents sont écrits en anglais et, c’est une évolution qui semble irréversible. D’ailleurs, il suffit de regarder les statistiques pour en être convaincus. En effet, au milieu des années 90, 46% environ des documents étaient écrits en anglais contre 38% en français et 12% en allemand. Aujourd’hui, ces pourcentages sont dépassent 75% pour l’anglais, contre 10 ou 12 % pour le français et 2% pour l’allemand. Désolant, et ce qui l’est encore plus, c’est le motif invoqué pour justifier une utilisation massive de l’anglais, à savoir les élargissements successifs. Certes, à partir du moment où le Royaume-Uni a intégré l’Europe, il était normal que l’anglais fît partie des langues officielles, mais à part l’Irlande et plus tard Chypre et Malte, que je sache tous les pays ayant adhéré à l’UE ne parlent pas anglais, même si leurs classes dirigeantes, notamment pour les pays autrefois sous tutelle soviétique, ont fréquenté pour la plupart les universités américaines. Mais est-ce une raison pour imposer l’anglais toujours et partout dans l’U.E. ?

Plus bizarre encore est le cas de la Banque Centrale Européenne. Alors que les Anglais refusent obstinément la monnaie unique, la langue principalement parlée et écrite au siège de Francfort est …l’anglais, au point que sous les huées des eurodéputés français, on a vu ce spectacle surréaliste d’entendre un jour l’ancien président de la BCE, le Français J.C. Trichet, faire un discours en anglais au parlement Européen. Certes Monsieur Trichet parle très bien anglais, mais je suis certain que s’il se cogne la tête contre un mur, il va réagir en français car c’est sa langue maternelle. Alors de grâce, préservons nos langues et l’Europe ne s’en portera que mieux, ce qui n’empêchera pas l’apprentissage à l’école de la langue de nos voisins, y compris évidemment l’anglais.

Si l’anglais s’est imposé partout en raison essentiellement de la mondialisation de l’économie, je voudrais toutefois rappeler que le l’Union Européenne a un PIB global supérieur à celui des USA, alors que celui de la Zone euro s’en approche. Enfin l’euro, malgré les problèmes actuels, est devenu la deuxième monnaie de référence au plan mondial. Alors cessons de chercher des excuses à cette américanisation forcée, sauf à accepter la domination éternelle des Etats-Unis sur l’Europe. Pour ma part c’est quelque chose d’inacceptable et, comme beaucoup d’Européens, je suis pour une Europe forte et indépendante, symbole du refus d’un monde unipolaire qui nous a menés là où nous sommes aujourd’hui, avec des foyers de guerre un peu partout sur la planète, et des difficultés inacceptables pour les populations européennes, y compris dans des pays figurant parmi les plus riches.

Un dernier mot enfin qui suffit à démontrer l'utilité des langues nationales ou régionales. Si l’on regarde quelles sont les langues maternelles les plus parlées dans l’Union Européenne, on s’aperçoit que c’est l’allemand qui vient en tête (18% de l’UE) devant quasiment à égalité le français, l’Italien … et l’anglais (environ 13%), puis l’espagnol et le polonais (9%). Alors soyons sérieux, et si l’on veut à tout prix uniformiser, imposons au moins l’apprentissage obligatoire de trois langues parmi les six que je viens de citer. Après tout, les petits Luxembourgeois apprennent bien à l’école le français, l’allemand et l’anglais en plus de leur langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils maîtrisent parfaitement tous ces idiomes, mais cela est suffisant pour communiquer et commercer. Et puis comme je l’ai évoqué précédemment, si l’on sait parler espagnol, on peut aller n’importe où en Amérique, sauf au Canada, et l’on nous comprendra. Si l’on sait parler français, ce sera la même chose dans la plupart des pays africains. Alors pourquoi vouloir s’obstiner à inculquer aux jeunes Français l’apprentissage obligatoire et quasi exclusif de l’anglais…qui ne leur servira peut-être plus guère quand ils auront cinquante ou soixante ans ?

Michel Escatafal

 

27/06/2012

La France retrouve un rôle majeur dans la construction européenne

Cette fois c’est vraiment la rentrée pour le gouvernement et plus généralement le nouveau pouvoir politique, en notant au passage que la presse étrangère n’a pas la même opinion que la presse française sur le nouveau pouvoir. J’y reviendrai, mais avant je veux évoquer quelques sujets qui me laissent perplexe sur l’état d’esprit de mes compatriotes. Déjà, si j’en crois le résultat d’un sondage à l’échelle européenne, j’observe que plus de la moitié des Français (52%) sont pour une intervention militaire en Syrie, alors que les Allemands et plus encore les Italiens sont clairement opposés à une telle intervention. En lisant pareil sondage, je pense que les Français ne savent plus trop où ils habitent, et surtout n’ont pas idée du chagrin et de la colère que peuvent causer la mort d’un de leurs proches dans une guerre très éloignée de notre pays. Cela ne veut pas dire que je cautionne les violations des droits de l’homme en Syrie, bien au contraire, mais les précédents libyen et plus encore afghan doivent nous inciter à la prudence. Pour ma part, je n’accepterais pas que nos soldats aillent se faire tuer en Syrie, comme cela est malheureusement trop souvent le cas en Afghanistan. Et, hélas, je sais de quoi je parle !

Autre chose, la situation ne cesse de se détériorer sur le front du chômage, lui-même résultante d’une croissance en berne. Situation catastrophique, et qui l’est chaque jour davantage…parce que maintenant nous avons toutes les informations. Cela ne peut d’ailleurs que surprendre les naïfs, parce qu’on n’avait pas besoin d’être grand clerc pour savoir que notre pays n’avait peut-être jamais été aussi mal en point depuis la Libération. Certes la crise est passée par là, mais dix ans de gouvernement UMP et plus encore cinq ans de présidence Sarkozy ont considérablement augmenté les dégâts causés par cette crise…ce que tous les gens de bonne foi peuvent constater. C’est pour cela que je trouve indécentes certaines paroles de membres de l’ancien gouvernement, accusant déjà F. Hollande de faire une mauvaise politique, alors qu’il a pris ses fonctions le 15 mai, et qu’il a la majorité pour gouverner depuis moins de deux semaines. Ces gens semblent oublier que la hausse du nombre de demandeurs d’emplois est ininterrompue depuis plus d’un an. Donc accuser déjà F. Hollande de l’augmentation du chômage relève de la supercherie. Passe encore que ce soit des « forumers » du Figaro qui profèrent de telles âneries, mais des responsables politiques…Quelle tristesse !

Parlons du SMIC à présent, en constatant que la hausse de 2% ne satisfait personne…ce dont tout le monde se doutait. La CGT, Force Ouvrière et le Front de Gauche y vont chacun de leur couplet disant qu’une telle augmentation est nettement insuffisante. La droite de son côté juge irresponsable un tel coup de pouce, parce que cela va créer du chômage. Argument risible si nous n’étions pas dans une situation aussi dramatique ! Même la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, est beaucoup plus nuancée, puisqu’elle considère que « ce coup de pouce limite les risques à l’égard de l’emploi, de la création d’emplois et du maintien de l’emploi ». Au passage, on notera que Laurence Parisot semble avoir vite tourné la page du sarkozysme. Surtout elle sait très bien que malgré aucun coup de pouce au SMIC depuis 2007, la France a détruit plus de 600.000 emplois, comme l’a fait remarquer aujourd’hui sur le site web du Monde, l'économiste Henri Sterdyniak.

A présent revenons à ce que je disais précédemment sur l’opinion que l’on peut avoir à l’étranger du nouveau président de la République. Certes je lis surtout la presse espagnole, notamment El Pais, mais je note que globalement les médias laissent au président le temps de s’installer dans ses nouveaux habits. Pour El Pais, je relève que la France a une logique européenne bien définie, avec plus de fédéralisme ou si l’on préfère de partage de souveraineté, mais à condition que la solidarité joue pleinement son rôle envers les Etats les plus en difficulté. On y observe même que François Hollande est prêt à accepter la nomination d’un « super ministre des Finances » (l’idéal serait qu’il soit français !), qui coordonnerait les politiques budgétaires dans la zone euro contre l’assurance d’une mutualisation de la dette. Ce sujet est évidemment très polémique dans notre pays, et quand on l’évoque dans la presse, c’est aussitôt pour affirmer que F. Hollande finira par tout céder à Angela Merkel, qui est contre cette mutualisation. Or, justement, personne ne veut voir chez nous que la France (deuxième économie de l’Union Européenne et de la zone euro) est devenue le pays pivot de l’Union Européenne, celui par qui les décisions passent pour faire en sorte que la crise financière en Europe commence à s’éloigner.

C’est une différence énorme avec l’époque de N. Sarkozy, parce que ce dernier ne faisait qu’accompagner les propositions de la chancelière allemande, laquelle ne pensait qu’en termes d’avantages que l’Allemagne pouvait tirer de cette situation. Et chacun sait que dans un tel cas les bénéfices ne peuvent pas se répartir entre plusieurs pays. La preuve, l’Allemagne est quasiment le seul pays à tirer son épingle du jeu en termes de commerce extérieur et de croissance, alors que les autres ne cessent de voir le chômage augmenter et de perdre des parts de marchés à l’international. Dans ce cas, le seul moyen pour la France, mais aussi l’Italie et l’Espagne et d’autres encore, est d’engager une négociation à la fois ouverte et pragmatique avec l’Allemagne, non seulement sur la croissance, mais aussi sur la meilleure façon de desserrer l’étreinte financière. A ce propos je rappelle que celle-ci est due au fait que la dette ne cessant de croître, les intérêts de certains pays deviennent insupportables en comparaison avec ceux dont bénéficie l’Allemagne. Le taux à 10 ans pour les Allemands est aujourd’hui  de 1.43%, celui de la France de 2.47%, et ceux de l’Italie et l’Espagne de respectivement 5.97% et 7.01%.

Des différences énormes pour des pays utilisant une monnaie unique ! On comprend mieux pourquoi la profession de foi européenne et fédéraliste de F. Hollande  rencontre à Rome et à Madrid un succès certain.  Mais il ne faut pas oublier d’ajouter que si la France est (encore) dans une position privilégiée par rapport à ses deux voisins méditerranéens, sa situation reste quand même très fragile, surtout avec l’héritage d’une prévision de croissance de 0.4% en 2012. Heureusement pour lui, F. Hollande a tous les pouvoirs dont peut disposer un président français, ce qui lui confère une légitimité sans égale en Europe face notamment à Angela Merkel, tant sur la durée que sur les décisions à prendre. Le président français peut donc plaider avec force pour davantage d’intégration européenne vis-à-vis de ses partenaires européens, et vis-à-vis de l’opinion publique française…ce qui est encore plus difficile, dans un pays qui a voté NON au référendum sur la constitution européenne.

Voilà pourquoi, je redis encore une fois que l’on doit faire confiance à F. Hollande pour aboutir à un bon compromis lors du sommet des 28 et 29 juin, ou du moins pour avancer sur la voie de solutions acceptables pour l’ensemble des pays de la zone euro, d’autant que, contrairement à ce qui est écrit souvent dans notre pays, Madame Merkel est prête à faire des concessions pour obtenir un accord qui redonne un minimum de confiance aux prêteurs. N’oublions pas que ces derniers, comme l’ensemble des citoyens, ont surtout besoin de signes tangibles sur la croissance et sur la volonté d’intégration des pays européens. Dit autrement, il faut faire aujourd’hui ce qui aurait dû être fait au moment de la création de la monnaie unique. Dans ce cas, ce n’est pas plus mal d’avoir un président authentiquement européen pour mettre en œuvre le plus rapidement possible ce chantier. En tout cas depuis l’arrivée au pouvoir de F. Hollande, le débat européen s’est beaucoup ouvert et enrichi, ce qui contraste avec l’incapacité affichée par son prédécesseur.

Michel Escatafal

 

23/06/2012

L’Europe n’avance et n’avancera que par la voie du compromis

Hier a eu lieu un mini sommet à quatre à Rome, entre Angela Merkel, François Hollande, Mario Monti et Mariano Rajoy, qui pourrait s’avérer plus important qu’on ne le croit pour l’Europe et sa monnaie unique. En parlant d’Europe, je veux évidemment parler de la zone euro, parce que pour moi comme pour beaucoup d’autres il faut appeler un chat un chat, et considérer la Grande-Bretagne comme une île, sans oublier d’admettre que certains pays de l’Est européen refusent toute idée de fédéralisme, après avoir été occupés pendant près d’un demi-siècle par le voisin soviétique. N’oublions surtout pas que si la construction européenne est aussi difficile, c’est parce qu’elle se fait dans la paix, avec de vieux pays ou plutôt, devrais-je dire pour respecter l’histoire, avec de vieilles entités dont la naissance remonte aux millénaires précédents. C’est cela que ne comprennent pas ceux qui comparent la formation de l’Union Européenne avec celle des Etats-Unis d’Amérique, lesquels ne sont devenus ce qu’ils sont que par l’intermédiaire d’une guerre sanglante qui a duré quatre ans (1861-1865) au prix de centaines de milliers de morts civils et militaires. Et pourtant ce pays n’existait pas en tant que tel, une centaine d’années auparavant.

Si j’écris cela, c’est à destination des rêveurs qui ont tendance à penser que faire l’Europe est uniquement une question de volonté politique…ce qui est loin d’être le cas. C’est aussi à destination de ceux qui pensent que le référendum peut tout régler dans ce cas, comme on a hélas eu l’occasion de le constater en 2005. Le référendum, en effet, n’est pas la panacée sur une question aussi compliquée que l’adoption ou non du fédéralisme en Europe…surtout quand il y a des relents de politique nationale qui s’ajoutent à la question. Qui pourrait me jurer que lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, il n’y a pas eu dans le vote NON des considérations de politique intérieure ? D’ailleurs qui avait lu le projet élaboré sous l’égide de Valéry Giscard d’Estaing ? Dans le même ordre d’idées, qui avait lu le projet de traité de Maastricht en 1992 ? Dans ce cas, ne surestime-t-on pas les capacités du peuple à se prononcer sur des sujets aussi techniques que l’élaboration d’une constitution ou la création d’une monnaie unique ?

Après ce long préambule, voyons ce qui s’est réellement passé à Rome vendredi après-midi entre les chefs d’Etat et de gouvernement des quatre plus importants pays de la zone euro, Allemagne, France, Italie et Espagne, en rappelant qu’ils représentent à eux seuls près de 77% du PIB de la zone et plus de 57% du PIB de l’ensemble de l’Union Européenne. Ce mini sommet en fait semble ouvrir la voie à un changement dans la politique économique européenne. Contrairement à ce que les commentateurs aux passions exacerbées peuvent dire, le vrai changement se situe dans l’attitude de compromis qui va sans doute être la marque de fabrique des dirigeants de l’UE, ce qui signifie un rééquilibrage du couple franco-allemand contrairement à ce qui se passait auparavant, où toutes les décisions étaient prises par la chancelière allemande avec l’aval de N. Sarkozy. Aujourd’hui, c’est le compromis qui est en vigueur, chacun avançant ses pions suffisamment loin et suffisamment fort pour aboutir inévitablement à un accord…et c’est très bien ainsi. Après tout l’Union Européenne s’est construite de cette manière depuis ses débuts.

La première des choses à noter dans ce début d’accord entre les quatre dirigeants, c’est la confirmation qu’on ne peut plus continuer à s’endetter, en rappelant qu’à part l’Espagne (68.5%), les trois autre pays ont des taux d’endettement public dépassant les 80% du PIB. L’Allemagne se situait fin 2011 à environ 81%, la France à presque 86% et l’Italie à 120%. Néanmoins, ce qu’il faut aussi considérer c’est l’évolution dans chacun de ces pays au cours de l’année 2011. L’Allemagne par exemple a vu son taux diminuer de deux points. Au contraire l’Italie a vu son taux progresser de 1.5%, la France de beaucoup plus (3.5%) et l’Espagne plus encore, passant de 61.2 à 68.5%. C’est évidemment cette évolution qui est la plus inquiétante dans ce pays, mais aussi dans le nôtre. Et cela, l’UMP semble l’avoir complètement oublié, et plus encore ceux qui soutiennent encore ce parti.

J’en profite pour dire encore une fois que N. Sarkozy et ses amis portent une très lourde responsabilité dans cette dérive des finances publiques et de la dette, même si la crise a évidemment joué un rôle non négligeable. En tout cas les vraies mesures pour redresser la courbe de l’endettement n’ont pas été prises par le précédent pouvoir. On comprend mieux pourquoi des gens comme Valérie Pécresse, l’ancienne ministre du budget, n'hésitent pas à parler de « mesures violentes » qui vont être prises par le nouveau gouvernement...ce qui est à la fois inconvenant et ridicule. Certes elles vont être effectivement un peu plus dures pour ceux qui ont les plus haut revenus dans le pays, mais elles seront fatalement plus justes qu’avec N. Sarkozy, qui a préféré avantager les plus riches…au mépris du creusement des déficits.

Mais si à Rome on a évoqué la continuité dans les efforts, on a aussi beaucoup parlé de croissance, sans laquelle aucune avancée pour la remise en ordre des déficits ne pourra se faire. Comment les Espagnols, qui vont être encore en forte récession cette année, pourraient-ils éviter une nouvelle explosion de leur dette publique  et de leur chômage ? En tout cas, on a quand même senti une évolution de la part d’Angela Merkel, laquelle est à présent d’accord pour essayer d’enrayer la récession qui sévit dans la zone euro. Sans avoir cédé sur tout face à F. Hollande, notamment sur les eurobonds, la chancelière a accepté l’injection de 130 milliards d’euros dans l’économie réelle, le renforcement du capital de la Banque européenne d’Investissement, la nouvelle taxe sur les transactions financières, et la réorientation des fonds structurels vers des travaux d’infrastructures.

Bien sûr, tout cela ne va pas amener immédiatement de la croissance et les créations d’emploi qui vont avec, mais au moins avec ce mélange de politique rigoureuse en termes de finances publiques et de relance keynésienne soft, on a réussi à créer des perspectives qui sortent du sacro-saint discours sur l’austérité. Il reste maintenant à convaincre les marchés que la zone euro ne laissera pas au bord de la route les Etats les plus fragiles, ce qui était l’impression plus ou moins ressentie par les prêteurs…impression qui ne va pas s’estomper facilement.  Tout cela pour dire que le sommet du 28 juin à Bruxelles se présente sous de meilleurs auspices qu’on aurait pu l’imaginer, mais qu’il ne règlera pas tous les problèmes. D’ailleurs comment cela serait-il possible après autant d’atermoiements de la part des pays considérés comme riches ? A ce propos, je regrette par exemple l’attitude la Finlande qui fait preuve de trop d’intransigeance vis-à-vis de la Grèce, en refusant toute idée d’allongement des délais pour que la Grèce puisse atteindre l’équilibre budgétaire. Comment la Grèce pourrait déjà réduire ses déficits avec une chute de la production de richesse de 6.2% au premier trimestre ? Poser la question c’est y répondre !

Il y a aussi autre chose qui me contrarie, cette fois dans notre pays. C’est la manière dont on explique les choses dans les médias…et dans la classe politique. Qui pouvait bien imaginer que F. Hollande n’allait pas s’atteler à faire le «  sale boulot », pour desserrer l’étreinte des contraintes financières qui pèsent si fortement sur notre pays ? Qui pouvait imaginer aussi que l’on irait au clash avec l’Allemagne, sachant que F. Hollande s’est toujours battu pour l’idée européenne, contrairement à ses deux derniers prédécesseurs ? Enfin, dernier exemple, comment concevoir que la France allait arrêter les forages au large de la Guyane, alors que les possibilités de découverte de pétrole sont réelles ? Il fallait être bien naïf ou pire de mauvaise foi pour penser ainsi. Pour ma part, je souscris pour le moment à ce qui est décidé…et ce qui va l’être dans les semaines à venir en matière fiscale.

Certes l’addition sera peut-être salée pour le plus grand nombre, mais au moins l’effort sera mieux partagé, et l’argent que l’on va faire rentrer dans les caisses de l’Etat ne sera pas restitué aux plus riches, comme le l’ai écrit précédemment. Au contraire, ceux-ci seront davantage sollicités qu’ils le souhaiteraient, mais l’avenir de notre pays l’exige, ce qui ne m’empêche pas d’ajouter que je suis assez confiant sur la manière dont vont se comporter ceux qui vont être le plus durement frappés. Quant à ceux qui veulent partir, et bien qu’ils s’en aillent…à supposer qu’on les attende réellement là où ils pensent être mieux traités (fiscalement) qu’ici. Qu’ils se méfient quand même, car les paroles d’un Premier ministre britannique n’engagent que lui. En plus, qui pourrait affirmer que dans trois ans il sera encore au pouvoir, sachant le degré d’impopularité qui est le sien actuellement, sachant aussi la situation catastrophique dans laquelle se trouve la Grande-Bretagne ?

Michel Escatafal