29.04.2008
Une récompense pour Angela Merkel et l'Allemagne
Enfin, le Comité International Olympique va être content : là où passe la flamme olympique ces jours-ci, elle est accueillie avec tous les honneurs dus à son rang. Point de manifestation, des drapeaux chinois qui virevoltent, une foule enthousiaste, bref c’est la fête. Je précise que cela se passe en Corée du Nord et au Vietnam, pour que cela ne fasse pas trop rêver. On ne manifeste pas dans ces pays à tout propos, y compris pour une flamme olympique. On ne manifeste pas beaucoup plus en Tunisie où Nicolas Sarkozy et Carla, accompagnés de quelques autres ministres et d’une forte délégation de patrons (plus de 100 personnes), sont en voyage officiel depuis hier.
La Tunisie est un pays qui a beaucoup de charme, et son économie est plutôt en meilleure posture que celle de ses voisins, malgré un sous-sol moins généreux. Elle a donc quelques moyens que d’autres pays n’ont pas, et peut acheter sans trop de problèmes des avions ou des prestations dans le domaine de l’électricité et du nucléaire civil. Dans ces conditions, certains comprendront que Nicolas Sarkozy n’ait pas voulu froisser son homologue tunisien, le président Ben Ali, sur la question des droits de l’homme.
Mais qu’y a-t-il d’étonnant de sa part, même s’il avait affirmé pendant la campagne présidentielle que sur ce plan aussi, il y aurait rupture ? En tout cas, ce manque de bravoure dans le domaine des droits de l’homme contraste avec celui d’Angela Merkel, dont je viens de découvrir qu’elle va recevoir le prix International Charlemagne, décerné à des personnalités qui se sont engagées pour l’unification européenne. Parmi les lauréats figurent deux anciens présidents de la République française, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n’est que justice vu leur influence notamment sur la création et la mise en place de l’union monétaire.
Nicolas Sarkozy qui se prend pour un grand européen, ce qu’il n’est pas, va être jaloux de celle qui n’a jamais trop aimé son style bling-bling, et surtout qui n’a jamais hésité à le renvoyer à ses chères études quand il en faisait un peu trop, par exemple sur l’Union méditerranéenne. Cela étant la chancelière allemande dispose de nombreux atouts que n’a pas le président français. D’ailleurs l’opinion que les fonctionnaires de Bruxelles portent sur Angela Merkel est en opposition totale avec celle qu’ils ont de Nicolas Sarkozy. Pour résumer, ils disent que l’une a su parfaitement défendre les intérêts de l’Allemagne, sans se mettre à dos les autres pays de l’Union, alors que l’autre n’a fait qu’aviver certaines rancoeurs avec ses foucades, ses idées loufoques, et sa diplomatie à géométrie variable.
Tout le monde en Europe souligne le fait que l’autorité d’Angela Merkel est sans commune mesure avec celle des autres dirigeants européens, au point que de plus en plus de voix s’élèvent pour que ce soit elle qui occupe le poste de président du Conseil européen. A titre personnel, et je ne suis pas le seul, il est certain que ce choix serait celui de la raison, beaucoup plus par exemple que Tony Blair à qui Nicolas Sarkozy a promis son aide le moment venu. Son bilan en tant que présidente de l’Union Européenne (au premier semestre 2007) est souligné par tous les observateurs tant sur le plan institutionnel, que sur celui du développement durable. N’oublions que c’est son volontarisme en la matière, qui a permis pendant la présidence allemande d’obtenir de l’Union Européenne des objectifs contraignants et ambitieux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
Angela Merkel a aussi pour elle d’être le chef de gouvernement d’une nation qui, après avoir rencontré énormément de difficultés suite à la réunification avec l’Allemagne de l’Est, a retrouvé des bases économiques saines. De nombreuses réformes, souvent douloureuses, ont été faites dans son pays sous l’impulsion de son prédécesseur à la Chancellerie, Gerhardt Schroeder, et poursuivies avec succès par le gouvernement de coalition qu’elle dirige. Les réformes en Allemagne passent parce qu’elles sont marquées du sceau du pragmatisme, avec le souci de laisser le moins de monde possible sur le bord de la route. Elles sont acceptées parce que les gens sont convaincus de leur nécessité. Cela ne veut pas dire que l’Allemagne n’ait pas son lot de problèmes, sa croissance notamment accuse un net ralentissement puisqu’on va passer de 2,5% en 2007 à 1,7% en 2008, et sans doute moins (1,2%) en 2009. Cela étant, on a le mérite de l’avouer et tout le monde sait à quoi s’attendre.
Tel n’est pas le cas en France qui ne fera pas mieux que l’Allemagne, mais qui au contraire de son voisin va voir son déficit public dépasser très rapidement les 3%, comme je l’ai toujours affirmé ici même. Peut-être même dès cette année selon la Commission Européenne, alors que le déficit de l’Allemagne ne devrait guère dépasser 0,5% en 2008. Angela Merkel, contrairement à Nicolas Sarkozy, dirige aujourd’hui un pays qui a retrouvé ses fondamentaux économiques, ce qui lui permet de parler haut sur le plan international. Elle entretient de bonnes relations avec tous les pays qui comptent sur la planète, ce qui ne l’empêche pas de faire la leçon aux Russes ou aux Chinois en matière de droits de l’homme.
N’oublions pas que si on ne l’a pas entendu parler à tout propos des Jeux Olympiques, elle a déjà reçu le dalaï-lama sans que cela entraîne des manifestations hostiles à Pékin contre l’Allemagne. En fait l’Allemagne est dirigée par une dame de conviction, alors que notre pays l’est par «un amateur». Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si l’influence de l’Allemagne en Europe est infiniment supérieure à celle de la France, même si Nicolas Sarkozy peut compter à présent sur le soutien de son ami Silvio Berlusconi. Qui se ressemble s’assemble !
Michel Escatafal
09:43 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
14.03.2008
"La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf"
Aujourd’hui, deux jours avant le vote de dimanche, je vais essayer de prendre un peu de hauteur car nous en avons plus que jamais besoin. Comment les Français peuvent-ils s’intéresser à la politique, quand on voit le spectacle affligeant qu’offrent tous ces hommes politiques de premier plan pour essayer de gagner une ville, ou de la faire gagner à leurs amis ? Tout le monde jure la main sur le cœur que l’enjeu de ces élections municipales est d’abord local, mais chacun à droite et à gauche en fait un enjeu national. Si Xavier Darcos est battu à Périgueux cela aura été pour l’UMP un enjeu local, mais s’il est élu l’enjeu aura été national. Ce sera la même chose à Marseille et à Toulouse pour ne citer que ces deux villes.
Ce spectacle me fait penser que, finalement, les Français élisent souvent quelqu’un qui leur ressemble. Nicolas Sarkozy en est quelque part l’archétype. Comme les Français, il voit son pays plus grand et plus puissant qu’il ne l’est en réalité, lui-même d’ailleurs ayant ce sentiment et je ne parle pas que de la taille. Comme de nombreux Français, il est vantard et veut profiter au maximum de tous les avantages de sa fonction, mais rechigne à faire les efforts nécessaires pour améliorer la situation de son pays. Les efforts ce sont les autres qui doivent les faire, pas nous. Pourquoi ? Parce que la France c’est autre chose, c’est le pays de la Révolution, elle a une histoire millénaire etc.
Hier soir en regardant les chaînes de télévision étrangères, parce qu’en France on aborde peu ces sujets en cette période électorale, je me faisais un plaisir d’assister au spectacle de l’arrivée des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays européens, lors du Sommet de Bruxelles pour parler, notamment, de la fumeuse union méditerranéenne chère à Nicolas Sarkozy. Et bien, c’est ce dernier qui apparaissait partout, allant de l’un à l’autre, tapant sur l’épaule de chacun et discutant comme s’il comprenait tout ce que l’autre lui racontait. Bref du Sarkozy (ou du Français) dans toute son expression quand il se déplace à l’étranger. Il est partout chez lui, et il fait semblant d’être à l’aise dans toutes les situations. Il y ajoute un zeste de culot qui masque en partie ses faiblesses, et lui permet d’avoir l’impression de sauver la face quand il est mis en difficulté, ce qui lui arrive souvent.
Quel contraste avec Berti Ahern ou Jose Luis Zapatero, pour ne citer qu’eux ! Et pourtant, malgré les cris de victoire de France Info ce matin, Nicolas Sarkozy n’a pas de quoi pavoiser à propos de son projet d’union méditerranéenne. Ce projet en effet a été mis en miettes par Angela Merkel, comme l’a souligné hier soir un journaliste britannique, ce qui a permis d’obtenir un accord du bout des lèvres de la part des responsables polonais, roumains, autrichiens ou slovènes, parmi les plus réticents à cette idée. Quant aux Britanniques, ils ont dit que ce qui comptait pour eux c’était le fait que cela ne coûte pas d’argent. On ne peut pas faire mieux comme enterrement de première classe. Toujours la perfide Albion !
Cela n’a pourtant pas empêché Nicolas Sarkozy d’affirmer sans rire : « Pour moi c’est une grande émotion de voir que cette idée voit le jour puisque la totalité des pays européens l’a accueillie avec enthousiasme… ». C’est cela la France de Nicolas Sarkozy, du moins le croit-il, même si c’est en partie vrai. Il faut quand même une sacrée dose de mauvaise foi pour parler d’enthousiasme à propos de ce projet, alors qu’on s’est contenté de remettre au goût du jour le processus de Barcelone, sur les partenariats euro-méditerranéens, qui date de 1995. De plus, quand on voit les pays arabes boycotter le Salon du Livre à Paris parce qu’on y met à l’honneur Israël, on imagine quelle pourrait être la coopération entre les pays du Moyen-Orient si cette union devait réellement voir le jour.
Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans le fait que la France ait pris une initiative et il n’y a que cela qui puisse compter. En même temps, comme l’ont souligné plusieurs observateurs du Sommet, cela fait quelque peu oublier aux Européens nos déficits qui s’aggravent, et par les temps qui courent c’est toujours cela de pris. Encore une fois on pourrait dire de Nicolas Sarkozy : « c’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », pour parler comme Jean de La Fontaine. Voilà l’opinion que les Européens ont aujourd’hui de la France et de son président. Oh certes ailleurs il y a aussi des problèmes, mais chez nous ces problèmes sont exacerbés parce que le souci est d’abord de les occulter.
Pour conclure je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre : « Les objectifs (économiques) qui doivent être poursuivis ne peuvent évidemment être atteints rapidement. Il faut le dire sans ambiguïté aux Français : l’effort sera difficile, il sera long ». Et oui, c’est dur à entendre pour nous, mais il faudra bien un jour ou l’autre en passer par là, sous peine de voir notre situation devenir intenable sur le plan des finances publiques. Certes une politique basée sur l’effort et la durée n’est pas porteuse en termes de voix ("on ne gagne pas une élection présidentielle en promettant du sang et des larmes" a dit Nicolas Sarkozy), mais c’est le devoir des dirigeants de mettre chacun de nous face à ses responsabilités avec des objectifs clairs et assumés sans faiblesse. C’est là toute la différence entre un homme d’Etat comme l’était Raymond Barre, qui a quitté le pouvoir en laissant « des caisses pleines », et un Nicolas Sarkozy pour qui l’exercice du pouvoir est une succession de coups médiatiques, qui ne font qu’affaiblir durablement la situation de notre pays.
Michel Escatafal
08:40 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
26.02.2008
Exit la concertation franco-allemande : c’est aussi cela la rupture !
Alors que le gouvernement essaie maladroitement de rebondir en se mettant dans les pas d’une revue de consommateurs, soulignant dans son dernier numéro les importantes hausses de prix sur les produits alimentaires, alors que le président de la République vient d’essuyer un nouveau revers avec le refus du Président de la Cour de Cassation de revenir sur une décision du Conseil Constitutionnel (il n’aurait plus manqué que cela!), il y a une nouvelle qui devrait nous alarmer et qui est quasiment passée sous silence : le report de trois mois de la prochaine rencontre franco-allemande qui devait avoir lieu le 3 mars en Bavière, officiellement pour calendrier surchargé de Nicolas Sarkozy.
Cette information confirme clairement, après tant d’autres, que notre président de la République est en train de détricoter tout ce qui avait fait la force de l’idée européenne, notamment à travers la relation privilégiée qu’entretenaient depuis un demi-siècle la France et l’Allemagne. Pour ma part, j’ai toujours dit et pensé que Nicolas Sarkozy n’était pas un européen convaincu. Il en apporte pleinement confirmation avec l’annulation de ce rendez-vous traditionnel. La réconciliation franco-allemande à laquelle tous ses prédécesseurs attachaient tellement de prix, est sans doute pour lui une vieille lune qui n’a plus de valeur qu’aux yeux des anciens combattants. Donc exit la concertation franco-allemande : c’est cela aussi la rupture !
Puisque nous parlons de rupture, il est vrai aussi qu’une réunion comme celle qui devait se tenir à Straubing ne peut pas satisfaire l’ego de notre vibrionnant président de la République. On s’enferme avec les collaborateurs pendant quelques heures, et à la fin on rédige un communiqué commun où il est dit que la relation franco-allemande est le garant de l’avancement de l’idée européenne. Evidemment, tout cela ne fait pas « bling, bling », et la chancelière qui ne fait pas elle non plus dans ce type de comportement ne doit pas être jugée suffisamment amusante par son interlocuteur élyséen. Elle l’est d’autant moins qu’elle n’accepte pas les initiatives personnelles de Nicolas Sarkozy, telle la fumeuse union méditerranéenne dont rêve notre président, ou ses prises de position à l’emporte-pièce sur tous les sujets et, plus particulièrement, sur ceux qui concernent le fonctionnement des instances européennes.
De plus, en cas d’alternance l’an prochain au poste de chancelier, il ne faut pas attendre de la part de notre voisin et ami rhénan une attitude davantage bienveillante vis-à-vis de la France. En effet, si le futur chancelier devait s’appeler Peer Steinbrück, la relation ne serait pas meilleure qu’avec Angela Merkel, l’actuel ministre des Finances allemand ne supportant pas les critiques incessantes de Nicolas Sarkozy contre la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne. Il est vrai qu’à la différence de Nicolas Sarkozy, les actuels responsables politiques allemands sont avant tout soucieux du maintien des équilibres budgétaires. Peer Steinbrück n’est pas du tout « bling,bling », mais le budget allemand n’est plus en déficit.
Cela dit, l’union méditerranéenne ou l’attitude à l’égard de la BCE ne sont pas les seuls sujets de désaccord entre la France et l’Allemagne. Celle-ci par exemple a refusé de participer à la force militaire européenne au Tchad voulue et souhaitée par la France. Normalement, sur un sujet comme celui-là, les deux pays auraient dû parvenir à un accord à minima, mais pour cela il eut déjà fallu en discuter. Or, comme chacun sait, la discussion n’est pas le point fort de Nicolas Sarkozy, y compris avec ses partenaires européens. En attendant, l’effort financier et humain pour la mise en place et l’entretien de l’EUFOR sera en grande partie à notre charge. On n’est plus à quelques dizaines millions d’euros près !
Voilà où nous en sommes après quelques mois de présidence de Nicolas Sarkozy. Une situation qui se délite à l’intérieur de notre pays, des finances publiques exsangues, et un isolement de plus en plus marqué en Europe et dans le monde. A part le looser Georges Bush, qui soutient de nos jours la politique étrangère de la France ? Même Vladimir Poutine semble indisposé par les mauvaises manières de Nicolas Sarkozy, même si son idée d’union méditerranéenne ne doit pas le rendre triste. Pendant que le président français s’affaire autour de cette idée quelque peu étrange, au moins l’Union Européenne s’investira un peu moins, économiquement et surtout politiquement, dans l’Est européen aux portes de la Russie.
A ce propos, et là je m’adresse à ceux qui pensent que notre président de la République est un excellent VRP, je voudrais faire remarquer que la France laisse de plus en plus le champ libre à ses voisins européens dans les nouveaux pays de l’Union Européenne et pas seulement l’Allemagne. La France toute occupée à ses affaires franco-françaises et aux fantaisies de son président ne joue plus son rôle en Europe, comme elle a plus ou moins toujours réussi à le faire depuis une cinquantaine d’années, et cela se ressentira sur le plan économique. Mais aux yeux du président de la République, tout cela ne revêt pas une grande importance. Ce qui compte pour lui, maintenant, c’est faire en sorte que les sondages d’opinion à son égard amorcent enfin une remontée. Gageons qu’il soit prêt à tout pour y parvenir. Nous craignons le pire !
En attendant, il y a dans moins de deux semaines des élections locales, et c’est sans doute un bon moyen de faire réfléchir le chef de l’Etat, même si ce mot, réfléchir, n’a pas l’air d’avoir une grande signification pour lui. Il n’empêche, si la majorité présidentielle subit une cuisante défaite, Nicolas Sarkozy sera bien obligé d’en tirer quelques conséquences. Et tant qu’à faire qu’infliger une déroute à la majorité présidentielle, faisons en sorte qu’elle ne profite pas exclusivement au Parti Socialiste, sous peine de retourner à la case départ. Alors il faut voter, et faire voter, pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate, seule force politique capable d’incarner l’avenir de notre pays.
Michel Escatafal
08:19 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
06.02.2008
Une certaine idée de l’Europe
Il ne suffit pas de dire « l’Europe, l’Europe, l’Europe en sautant de sa chaise comme un cabri » disait le général de Gaulle. Oui, l’Europe pose toujours autant problème une cinquantaine d’années après cette saillie, au cours d’une conférence de presse restée célèbre. Pourquoi ? Pour de multiples raisons qui tiennent surtout au manque de volonté de nos gouvernants, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur lorgnette nationale. Pour moi, il n’y a que le couple Giscard-Barre qui ait réellement fait preuve d’un européanisme convaincu au cours des vingt ou trente dernières années. Certains après me citeront tel ou tel dirigeant de divers partis politiques, mais ils ne dirigeaient pas les affaires du pays.
Alors comment s’étonner si les Français ont voté NON au référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, et si le débat reste vif aujourd’hui à propos de la ratification du traité de Lisbonne, qui ressemble comme un frère à celui qui a été rejeté il y a trois ans. J’en profite pour redire, encore une fois, que jamais Jacques Chirac n’aurait dû proposer ce texte à l’approbation du peuple, parce que ce dernier ne pouvait pas se prononcer pour ou contre un texte de cette ampleur. Un référendum c’est fait pour répondre OUI ou NON à une question simple du type : « approuvez-vous l’élection du président de la République au suffrage universel » ? Cela dit, si comme Jacques Chirac l’a fait, on demande au peuple de se prononcer sur un texte très compliqué pour mettre en difficulté ses adversaires politiques, en l’occurrence les socialistes, c’est presque une forfaiture.
Certes je sais bien que le mot est fort, mais il est indigne d’un chef de l’Etat de jouer l’avenir de l’Europe à la roulette russe, surtout quand on sait bien que certains vont ramener sur le plan politique une consultation qui ne passionne pas les Français. Cette consultation de mai 2005 les passionnait d’autant moins que la France commençait à rencontrer des difficultés de tous ordres, qui ne pouvaient déboucher que sur un vote sanction à l’égard du pouvoir. D’ailleurs voir sur la même estrade ou presque (c’est une image) des gens comme Le Pen, de Villiers, Fabius, M.G. Buffet, Arlette Laguiller ou Besancenot, défendre la cause du NON avait quelque chose de surréaliste. Pauvre Monsieur Chirac, qu’aura-t-il réussi de bien pour son pays en 40 ans de pouvoir à l’exception de son combat pour la guerre en Irak ? Très peu de choses en vérité.
Cela étant, est-ce-que Nicolas Sarkozy doit se contenter de dire à propos de la ratification par le Parlement du nouveau traité, qu’il l’avait annoncé pendant sa campagne électorale présidentielle ? Sûrement pas, parce que d’une part on n’évacue pas de cette manière une question aussi importante que l’avenir de l’Union Européenne qui nous concerne au premier chef, et d’autre part parce qu’il a fait tant et tant de promesses pendant sa campagne que tout ce qu’il a pu dire ne prend qu’une valeur très relative. Alors qu’on ne vienne pas dire, comme certains journaux le font allègrement, que Nicolas Sarkozy avait joué « cartes sur tables durant sa campagne ».
Toutefois, et je le répète, nous ne pouvons qu’approuver ce choix au nom de la raison, même s’il eut été préférable qu’on consultât le peuple une nouvelle fois. Le problème, c’est que si l’on avait refait un référendum, il est fort possible pour ne pas dire vraisemblable, que le NON l’eût emporté de nouveau, vu l’impopularité sans précédent du chef de l’Etat après quelques mois de pouvoir. Pour une fois, Nicolas Sarkozy a fait preuve de réalisme, même si c’est par la force des choses. J’ajoute que s’il avait été certain de la victoire du OUI, il n’aurait pas hésité une seconde pour une ratification par le peuple.
Il y a aussi une autre question que l’on puisse se poser : en quoi le référendum est-il plus démocratique que le Parlement, et notamment, sur une question comme celle-là ? Après tout, si nous avons élu un parlement, c’est pour lui donner délégation de nous représenter pour légiférer, mais aussi trancher sur des questions complexes, pour lesquelles les éléments de réflexion que nous avons sont souvent insuffisants. Et les multiples articles qui composaient le traité constitutionnel n’étaient quand même pas aussi simples que le prétendait Marie- Georges Buffet, dont on pouvait remarquer au passage qu’elle récitait toujours les mêmes litanies pour inciter au vote NON.
Cependant, et là nous revenons à notre propos initial, si les Français et les autres peuples européens sont si éloignés dans leurs préoccupations de l’Europe, c’est surtout parce que les dirigeants des pays européens ont une vision purement nationale de l’Europe. A qui fera-t-on croire que Nicolas Sarkozy est un européen convaincu, alors qu’il s’affranchit si allègrement des contraintes européennes, par exemple en matière de finances publiques, au même titre d’ailleurs que l’a fait Silvio Berlusconi qui s’apprête à reprendre le pouvoir en Italie ? Comment aussi donner aux peuples une vision européenne, quand leurs dirigeants s’abritent derrière l’Europe pour prendre des mesures impopulaires et, au contraire, s’attribuent exclusivement les réussites dues à l’Europe ?
Pour quoi les élus de tous bords, à l’exception de quelques uns comme François Bayrou, ne soulignent jamais les effets extrêmement positifs de l’euro et de ses contraintes au bénéfice des pays de la Zone ? Pourquoi, pourquoi… Oui nos gouvernants sont totalement irresponsables d’agir de cette manière, alors qu’ils savent pertinemment que la France ne peut rester dans le concert des grandes nations que dans une Europe de plus en plus intégrée. Qui de nos jours oserait dire que l’euro n’est pas une formidable réussite ? Qui oserait affirmer qu’il n’a pas bénéficié des multiples avantages de la monnaie unique dans sa vie, en termes de taux, de change etc. ?
En disant cela, il est évident que les critiques de Nicolas Sarkozy et de celles des démagogues d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, sans oublier celles des politiciens au rancart, apparaissent de plus en plus dérisoires. Néanmoins, cela ne nous exonère pas de répéter inlassablement que l’avenir de la France se situe dans l’Europe, mais dans une Europe qui a une âme et un idéal, mais pas un idéal purement mercantile à la Berlusconi. Comme le dit si justement François Bayrou, « les Européens attendent un projet de société qui fonde un espace organisé, un pôle de stabilité et d’équilibre, non un marché ouvert à tous vents ».
Michel Escatafal
07:35 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13.01.2008
Qu’est venu faire Tony Blair au congrès de l’UMP ?
Quand deux hommes politiques dont la communication tient lieu de doctrine politique se rencontrent, que peuvent-ils bien se raconter ? Si nous disons cela, c’est bien sûr parce que Tony Blair et Nicolas Sarkozy se sont retrouvés ensemble au congrès de l’UMP qui a eu lieu en cette fin de semaine. Il est d’ailleurs permis de se demander ce que l’un et l’autre faisaient là, tellement il peut paraître incongru de voir l’ex Premier ministre britannique travailliste participer au congrès du principal parti de droite français, ou le président de la République, théoriquement le président de tous les Français, diriger les travaux de ce même parti. Cela étant, avec Nicolas Sarkozy il faut s’attendre à tout, y compris au pire.
Une autre question se pose à propos de la présence simultanée des deux hommes à ce congrès de l’UMP : qui avait le plus d’intérêts dans cette affaire ? Etait-ce Tony Blair parce qu’il ambitionne de devenir le premier président de l’Europe, ou bien Nicolas Sarkozy parce qu’il souhaite semer un peu plus la zizanie dans les rangs du Parti Socialiste à quelques semaines des élections municipales ? Peut-être que la réponse se trouve dans la question, car apparemment même s’il semble s’être reconverti dans le monde des affaires, l’ancien leader britannique n’a peut-être pas abandonné toute ambition politique. Quand au président français, malmené dans les sondages, il se dit que seule l’inconsistance de l’opposition socialiste peut l’aider à limiter les dégâts aux élections locales de mars, notamment dans les grandes villes là où le test sera le plus probant.
Comme nous pouvons le constater, l’ambition de Tony Blair comme celle de Nicolas Sarkozy n’est pas forcément d’une grande noblesse, mais il y a longtemps que les gens ne se font plus d’illusions sur la qualité des convictions de certains hommes politiques. Nous disons bien de certains car, heureusement, tous n’ont pas été ou ne sont pas de cette nature.
Mais au fait, Tony Blair peut-il réellement devenir le premier président de l’Europe ? A titre personnel je ne le souhaite pas pour plusieurs raisons. Tout d’abord Tony Blair est britannique, et même s’il est le plus européen des Britanniques ce qui reste à prouver, il est quand même un sujet de sa gracieuse Majesté et donc ne peut pas être considéré comme un authentique européen. Pendant son séjour au numéro 10 Dawning Street, à chaque sommet européen il n’a fait que défendre les positions soutenues autrefois par Madame Thatcher, même si le style était très différent. La position de la Grande-Bretagne a toujours été de dire OUI à l’Union Européenne quand elle y avait intérêt, et de dire NON quand une décision nécessitait des efforts de sa part. Pour Tony Blair comme pour les autres dirigeants britanniques, l’Union Européenne est d’abord une grande zone de libre-échange et rien de plus.
Pour toutes ces raisons et quelques autres de moindre importance, il est impensable que le premier président de l’Union Européenne s’appelle Tony Blair. A ce propos, l’Europe n’aura aucun mal à trouver au sein de l’Union des dirigeants autrement plus engagés dans la construction européenne que ne l’a jamais été Tony Blair. Parmi ceux-ci, nous citerons Jean-Claude Juncker ou Louis Michel mais la liste est loin d’être exhaustive. De plus, il est hautement souhaitable que le responsable d’un tel poste appartienne à un pays de la Zone Euro, ce qui est quand même la moindre des choses.
Si l’Europe existe encore de nos jours, c’est bien en premier lieu grâce à sa monnaie unique, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy. Alors de grâce, confions le poste de président de l’Union Européenne à quelqu’un qui veut et souhaite la construction d’une véritable Union, au même titre d’ailleurs que celui de Haut Commissaire aux Affaires étrangères, et non à quelqu’un dont on sait déjà qu’il n’est pas partisan d’une véritable politique européenne indépendante de celle des Etats-Unis.
Il est vrai que sur ce plan, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, les positions de Tony Blair sont assez proches de celles de notre président de la République, qui voue une admiration sans bornes au modèle conservateur américain. Il est d’ailleurs proche de lui sur bien d’autres plans, notamment cette propension commune aux deux hommes à côtoyer les milliardaires. Bref, les deux hommes semblaient faits pour s’entendre au contraire de l’austère Gordon Brown, qui paraît n’avoir guère de points communs avec Nicolas Sarkozy. Sa vie semble apparemment sans histoire, et d’une banalité qui n’en fera jamais un produit vendeur pour les magazines people.
Michel Escatafal
19:00 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.12.2007
L’Europe est un combat de tous les jours
En bleu les 27 Etats de l'Union Européenne
S’il y a bien un sujet très important pour notre pays, c’est l’Europe. Et pourtant, l’Union Européenne n’intéresse pas réellement les Français, à part quelques professions concernées comme l’agriculture, ou une petite élite qui disserte sur le sujet. De fait, il n’est pas étonnant dans ce contexte que la France ait répondu NON au projet de constitution européenne qui lui était soumis par référendum. Nous n’allons pas refaire l’histoire et reparler de ce vote négatif, mais ce résultat apparaissait inéluctable, d’autant que les principaux dirigeants des partis politiques de gouvernement, donc a priori pro-européens, n’ont pas su ou voulu convaincre les Français du bien-fondé de cette constitution.
En réalité ils n’ont fait qu’accompagner mollement un mouvement qui les dépasse quelque peu, et qu’ils utilisent au gré de leurs humeurs ou de leurs intérêts électoraux. Il n’est qu’à voir les critiques qui s’abattent sur Bruxelles dès qu’un projet national n’est pas accepté par la Commission Européenne, parce que contraire à la législation européenne ou parce que nécessitant l’accord des 27 pays de l’Union. A chaque fois, c’est un tollé contre les « technocrates de Bruxelles » qui, soi-disant, ne comprennent rien aux intérêts nationaux. En clair, on critique l’Europe toute la semaine et on demande à la population de voter pour elle le dimanche.
Le plus grave, c’est que ces mêmes dirigeants une fois au pouvoir, font de Bruxelles leur bouc-émissaire. Combien de critiques avons-nous entendu de la part de Nicolas Sarkozy sur l’Europe depuis son accession au pouvoir. Combien de fois l’avons-nous entendu parler négativement de l’Eurosystème parce que la Banque Centrale Européenne mène une politique monétaire indépendante, et parce qu’elle se permet de critiquer les déficits très importants de notre pays. Par ailleurs, si une avancée économique ou sociale est obtenue sur le plan européen, chaque gouvernement national, et notamment le nôtre, s’en attribue la paternité. En revanche, si une mesure impopulaire et nécessaire est imposée aux différents Etats de l’Union, c’est la faute de Bruxelles.
Les médias eux-mêmes ne sont pas exempts de reproches sur ce plan, et plus particulièrement les médias français. Certes, ceux-ci sont occupés en priorité à rendre compte de tous les faits et gestes de Nicolas Sarkozy, mais manifestement l’Europe n’est pas leur sujet favori. La semaine dernière, comme nous le disions hier, la presse française contrairement à la presse allemande n’a quasiment pas parlé du sommet franco-allemand. Est-ce parce que Nicolas Sarkozy n’y avait pas le beau rôle ? Possible, mais pas certain. La presse, comme les gouvernants déclinent les questions européennes en fonction uniquement de l’agenda de politique intérieure.
Les grandes chaînes de télévision ont évidemment une responsabilité particulière dans le phénomène, mais comment demander à TF1 ou France 2 d’aborder ces problèmes dans leurs journaux télévisés de 13h ou 20h, alors qu’ils n’offrent qu’une vision très parcellaire de l’actualité, avec pour seul et unique objectif de faire de l’audience. L’Europe, même pour des décisions très importantes, pèse peu à côté des faits divers qui émaillent chaque jour la vie du pays. Et pourtant s’ils le voulaient, ces médias pourraient largement aider la population à s’informer sur ce que l’Union Européenne fait sur les transports, la pêche, l’agriculture, la culture etc.
Cependant, il ne faut pas tout mettre sur le dos de la presse. Nous avons déjà évoqué le peu d’empressement des hommes politiques à aborder les problèmes européens devant leurs électeurs, parce qu’ils ont peur qu’on leur reproche de ne pas s’intéresser suffisamment aux problèmes nationaux ou locaux. L’Europe est en effet quasiment absente des discussions au moment des élections. En dehors de François Bayrou, qui a interpellé les Français sur la nécessité de construire l’Europe pendant la campagne présidentielle ? Personne, y compris les deux autres principaux candidats, chacun ayant peur de froisser ses « antieuropéens notoires ». Et pourtant, si l’on veut que la construction de l’Europe devienne un jour un pôle d’intérêt pour nos concitoyens, il faudra bien que les partis politiques ayant vocation à gouverner en fassent un sujet de préoccupation pour leurs militants, leurs cadres et leurs élus.
A mon très modeste niveau, et à la demande de l’équipe qui me soutenait pendant la campagne électorale des élections législatives de mai-juin, nous avons décidé de passer une soirée entière à parler des questions européennes, afin d’apporter des réponses aux questions que pouvaient se poser les électeurs. Les débats ont été très intéressants, chacun y allant de sa remarque qui sur la culture, qui sur l’enseignement, qui sur l’agriculture etc. Cela dit, nous avons tous regretté que les partis politiques ne développent pas assez la dimension européenne dans la formation de leurs élus ou militants. Pourtant la demande est réelle, comme nous avons pu le constater à Seignosse lors du Forum des Démocrates en septembre. Là encore, notre mouvement est en avance sur tous les autres.
Cela étant, quelle que soit notre bonne volonté, c’est Nicolas Sarkozy qui est président de la République et qui dirige la politique européenne du pays. Donc , on ne peut pas attendre de sa part ces quelques signes forts qui pourraient obliger nos compatriotes à s’intéresser de plus près à ce qui se passe en Europe, même si on lui sait gré d’avoir contribué à la signature du traité de Lisbonne. Cependant, la signature de ce traité n’effacera pas le NON au référendum sur la Constitution, un texte largement inspiré par les Français, puisque Valéry Giscard d’Estaing était le président de la Convention créée à cet effet. De plus, il ne faut pas que Nicolas Sarkozy persiste dans ses comportements anti U.E. à la fois en paroles contre les institutions, et en actions en promouvant une nébuleuse union méditerranéenne, sachant très bien que celle-ci ne verra jamais le jour.
Parmi les gestes forts dont nous parlions précédemment, il en est un qui serait particulièrement significatif aux yeux de nombreuses personnalités éminentes dans le concert européen : communautariser le siège de la France au sein du Conseil de Sécurité, étant entendu que c’est totalement impensable de la part de la Grande-Bretagne. Là ce serait une vraie rupture ! Néanmoins et c’est une opinion qui n’engage que moi, je suis persuadé comme beaucoup d’autres amis pro-européens convaincus, que ce serait le seul moyen d’impliquer les partenaires européens dans les grands choix de politique étrangère à l’échelle mondiale.
D’ailleurs, même si l’idée apparaît utopique aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy, le seul fait que l’Europe ait la personnalité juridique l’autoriserait à siéger à l’ONU. De plus, la création du poste de « haut représentant pour les Affaires étrangères », sorte de ministre des Affaires étrangères, montre que l’on va vers une politique étrangère commune à l’UE, quelles que soient les réticences des uns et des autres. En tout cas, si la France s’engageait un jour dans cette voie, le choc serait colossal et qui sait, amènerait peut-être le Royaume-Uni à envisager de s’arrimer un peu plus à l’Europe.
En conclusion, sans vouloir trop rêver, il faut absolument redorer l’image de l’Europe aux yeux des citoyens dont la désaffection vis-à-vis de l’Union Européenne est croissante. Il est nécessaire d’expliquer que face aux problèmes du monde liés au changement climatique, à l’énergie, à l’immigration illégale…, il faut construire l’Europe, car sur tous ces sujets qui conditionnent notre avenir, c’est la seule réponse durable. De plus, l’Europe c’est à la fois la démocratie, la paix, l’élargissement des droits de l’homme dont sont privées tant d’individus sur notre planète, et dont nous trouvons naturels de jouir.
Nos concitoyens ne doivent plus avoir cette image caricaturale de l’Europe qu’ont essayé de lui donner ses adversaires. Ils doivent plutôt être fiers d’être des citoyens européens appartenant à une entité de 500 millions d’habitants, première puissance économique dans le monde, qui a une monnaie unique pour 13 de ses membres, un marché intérieur , une politique agricole commune , des fonds de cohésion…, ce qui ne nous empêche pas de garder notre nationalité française, espagnole, italienne, luxembourgeoise ou allemande.
M.E.
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29.10.2007
Je suis démocrate, je suis européen, donc je suis MoDem
La Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)
Pour tout le monde Europe rime aujourd’hui avec démocratie. Quand je dis Europe, cela signifie bien entendu Union Européenne, ensemble de 500 millions d’habitants, allant de la Mer Noire à l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée au Cap Nord, sans oublier les territoires ou régions dépendant de pays de l’UE. Le soleil ne se couche jamais sur « cet empire » qui a, surtout, la particularité de s’être constitué dans la paix, avec pour critère principal le même respect des principes démocratiques dans tous les Etats qui composent cette union. C’est en cela aussi que nous pouvons parler d’ensemble unique sur la planète, les Etats-Unis d’Amérique par exemple ayant encore des Etats appliquant la peine de mort, ou recélant sur leur territoire des prisons type Guantanamo.
Les liens entre l’Europe et la démocratie sont très anciens comme chacun le sait, puisque la démocratie tire son nom de la Grèce Antique. C’est là que fut établi le principe du gouvernement du peuple par le peuple, même si nous savons bien que dans le peuple en question étaient exclus les femmes et les esclaves. Il n’empêche, ce type de gouvernement va beaucoup influencer la vie politique de l’ensemble de l’Occident, appelé communément « l’Occident Chrétien ».
Certes l’Empire Romain, le Moyen-âge et ensuite l’absolutisme royal dans les grandes monarchies européennes n’ont pas été des exemples de démocratie, ce qui représente une vingtaine de siècles, mais dès le 18è siècle (siècle des Lumières) cette idée de démocratie représentative s’impose en Angleterre, puis aux Etats-Unis qui en sont aux balbutiements de leur histoire, et enfin en France avec la Révolution et l’adoption par l’Assemblée Constituante, c’est-à-dire les représentants du peuple, de « la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » le 26 août 1789.
A partir de là, le mouvement ne s’arrêtera plus malgré les inévitables soubresauts de l’histoire. La Révolution française va s’exporter dans une bonne partie de l’Europe Occidentale grâce aux conquêtes militaires, et le mouvement va s’amplifier sous diverses formes pendant la révolution industrielle. Celle-ci, en effet, en raison des problèmes sociaux qu’elle suscite va permettre à certains courants de pensée de mettre en avant, face au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste, des idées aussi simples que la protection des plus faibles et des plus démunis. Cela aboutira à la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » adoptée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Un peu plus tard, en 1950, les Etats membres du Conseil de l’Europe adoptent « la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales ». Celle-ci, contrairement à la DDHC de 1789, institue une Cour de Justice chargée de faire respecter les droits de l’homme, la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui siège à Strasbourg. Cependant, si l’on est allé aussi loin dans le respect de l’individu, c’est aussi parce que le monde venait de vivre quelques épisodes parmi les plus effroyables que l’humanité ait connus. Nous voulons parler bien sûr des deux guerres mondiales avec, comble de l’horreur, le totalitarisme national-socialiste en Allemagne.
Il faut aussi souligner qu’à l’époque ou fut signée la Convention de 1950, notre continent vivait dans sa partie orientale une révolution qui, sur le plan de l’horreur à défaut des principes, ressemblait en tous points au nazisme : le totalitarisme communiste illustré par le règne de Staline, qui perdurera encore 38 ans après la mort du Czar rouge. Là aussi, malheureusement, beaucoup soulignent l’influence française dans l’évolution de cette dictature, les idées les plus tyranniques de la Révolution française ayant servi de référence à « la dictature du prolétariat ». Cela étant, pour être juste, l’apport de la Révolution française a été infiniment plus riche que la dérive thermidorienne ou napoléonienne qu’on lui prête si souvent.
Pour en revenir à l’année 1950, nous dirons qu’elle est sans doute la période la plus marquante pour notre continent, car c’est là que commence réellement la construction européenne. Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Ce plan est destiné en premier lieu à amorcer le rapprochement entre la France et l’Allemagne. Il sera mis au point par Jean Monnet qui, dès 1945, avait décidé de fonder une première institution commune aux Européens, avec le soutien affirmé d’hommes d’Etat comme Konrad Adenauer ou Alcide de Gasperi, qui ont été respectivement chancelier de l’Allemagne Fédérale et Président du Conseil italien.
Nous n’allons pas évidemment faire l’historique de la construction européenne, mais plutôt rappeler l’extraordinaire apport démocratique de l’Union Européenne sur notre continent. Tout d’abord la paix entre les peuples. N’oublions pas que la démocratie, c’est d’abord la paix à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est quand même une idée nouvelle en Europe. La France pour ne citer qu’elle, se nourrit d’une histoire militaire intense au cours des derniers siècles.
Sans remonter très loin, entre les guerres de Louis XIV, de la Révolution, de Napoléon et son neveu Napoléon III, plus les deux guerres mondiales, la France a été constamment en guerre avec nos principaux partenaires de l’Union Européenne. Or, aujourd’hui tout conflit est impossible entre les 27 pays membres. Mieux même, quoi qu’on puisse en dire, et même si l’on peut regretter que l’union politique ne soit pas suffisante au niveau des instances européennes, l’Union Européenne est inattaquable par aucune autre puissance dans le monde que ce soit sur le plan militaire, ou sur le plan économique. L’UE est la première puissance économique mondiale, avec un PIB qui dépasse largement le quart des richesses produites dans le monde, loin devant les Etats-Unis.
La paix n’est pas le seul acquis de l’Union Européenne. Il y a aussi le progrès social, fruit d’une croissance soutenue par la coopération économique, et la libération des échanges à l’intérieur de l’Union. Grâce à l’UE, des pays quasiment en voie de développement dans les années 70, comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal ou la Grèce sont devenus aujourd’hui des pays développés, voire même très riches comme l’Irlande. D’autres suivent le même chemin, notamment les pays de l’Est entrés dans l’Union après la chute du communisme.
Sur le plan politique, la construction de l’Europe s’est accompagnée dans toute l’UE d’une application avancée de l’Etat de droit avec, en particulier, la primauté du droit communautaire institué « en ordre juridique propre »sur les droits nationaux, les citoyens pouvant en demander l’application devant les tribunaux. Cet apport est particulièrement bienvenu pour les pays récemment libérés de la dictature communiste.
Cependant, le tableau de cette Europe ne saurait être idyllique pour plusieurs raisons : la première vient en grande partie des dirigeants politiques eux-mêmes. Tous les pays, dont le nôtre, ne sont pas dirigés par « d’authentiques européens » quelles que soient leurs gesticulations de façade, ces dirigeants refusant farouchement d’aliéner une partie de leurs pouvoirs nationaux.
Ensuite, il y a les effets conjoints de l’ouverture totale des marchés à l’intérieur de l’Union, mais aussi de la mondialisation, avec la vague de restructurations économiques qui ont accompagné ces mouvements, et les drames sociaux qu’ils ont engendrés dans certaines régions. Du coup, plusieurs pays ont vu monter une vague de populisme et de nationalisme exacerbée, qui rappelle de mauvais souvenirs aux plus anciens d’entre nous.
Enfin, il y a le risque de dilution de l’Union avec l’élargissement à marche forcée que l’on a connu ces dernières années. Les nouveaux pays membres pèsent d’un poids de plus en plus lourd dans les institutions et procédures européennes ce qui paraît une évidence à première vue. Cela étant, il faut que les pays entrants fassent l’apprentissage de la politique communautaire, sous peine de voir les nations les moins portées à l’approfondissement politique, la Suède, le Danemark et surtout la Grande Bretagne risquer de tirer parti de l’élargissement pour reporter sine die la construction de l’Europe politique. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que ces trois pays ont refusé leur adhésion à la Zone Euro.
A ce propos, nous ne pouvons que nous féliciter du fonctionnement de l’Eurosystème (13 pays membres aujourd’hui). Nous n’allons pas redire une nouvelle fois les multiples avantages que nous avons retirés de cette monnaie unique. Simplement, sa plus belle réussite réside dans le fait que démonstration est faite qu’une gouvernance européenne est possible dans un domaine aussi important que la monnaie. Le projet européen imaginé par les pionniers de l’Union a trouvé sa conclusion sur le plan économique et social. Et le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter car plusieurs pays (Malte, Chypre, Lituanie, Estonie) seront intégrés très rapidement, une fois les critères de Maastricht satisfaits, notamment en matière d’inflation.
Tout cela signifie qu’une intégration européenne plus approfondie est possible. Si l’Europe fédérale, comme nous l’avons vu n’est plus d’actualité, si l’on assiste à une renaissance des nationalités, je suis persuadé que le sentiment national n’est pas nécessairement incompatible avec le sentiment européen. Les pays de l’Est ont un sentiment national très fort, mais ils ont voulu faire partie de l’Europe et ils sont heureux d’y être, quoi que puissent en dirent les europhobes. L’Europe a permis de réconcilier les multiples sentiments nationaux et, surtout, elle a fait reculer le nationalisme qui est « un sentiment négatif » comme disait Raymond Barre, européen convaincu.
Cela m’amène une nouvelle fois à déplorer le NON français à la Constitution européenne. Je ne veux pas donner l’impression de me répéter, mais qu’un pays comme le nôtre ait pu dire NON à la Constitution européenne telle qu’on nous la proposait est, tout simplement, indigne de notre passé. J’en veux surtout aux politiciens appartenant aux partis de gouvernement d’avoir pour des raisons personnelles, c’est-à-dire, en espérant en tirer profit sur le plan politique, fait campagne pour le NON et laisser croire qu’il y avait une autre alternative (plan B).
Malgré tout, je suis convaincu que le processus enclenché en 1950 n’est pas prêt de s’arrêter et qu’il va s’approfondir, pour peu que les hommes au pouvoir dans les divers Etats de l’Union n’y fassent pas trop obstacle. Comme le dit souvent François Bayrou « si les égoïsmes nationaux ou les seuls intérêts financiers prenaient le dessus, on pourrait détricoter, morceau par morceau, l’ensemble patiemment édifié jusqu’ici ». Malgré tout, grâce à des femmes ou des hommes de pouvoirs comme Angela Merkel, François Bayrou, Romano Prodi, Jean-Claude Junker, pour ne citer qu’eux, nous devons rester confiants pour l’avenir de l’Union Européenne qui, dans le sillage de l’euro, finira par s’imposer à tous. Les peuples eux-mêmes imposeront leurs choix, notamment les nouvelles générations. Ce sera la victoire de la démocratie. Je suis convaincu qu’en France le Mouvement Démocrate sera la formation politique la mieux à même d’imposer et d’accompagner ces évolutions indispensables.
Michel Escatafal12:05 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


