18.09.2009
Quelle trace laissera J.M. Borroso dans la construction européenne?
José-Manuel Barroso a donc été reconduit comme prévu pour un second mandat comme président de la Commission européenne. Rien de plus normal puisque la droite ou plutôt les droites ont remporté les élections européennes, et qu’il avait le soutien des chefs de gouvernement y compris socialistes. Avec ce renfort, il ne pouvait qu’obtenir une large majorité, suffisante même dans le cadre du Traité de Lisbonne si, comme c’est vraisemblable, les Irlandais votent « oui » à ce traité par référendum le mois prochain. Est-ce une bonne chose pour l’Europe que cette reconduction de J.M. Barroso ? Oui diront certains, car dans une période difficile comme celle que nous vivons il faut une continuité à la tête de la Commission, même s’ils ajoutent qu’il faudra que l’ancien Premier ministre portugais se fasse un peu violence, pour éviter de se laisser phagocyter par les dirigeants nationaux, notamment ceux des grands pays.
A ce propos, on notera que Nicolas Sarkozy a fait plus ou moins toujours partie de ceux qui ont soutenu J.M. Barroso, et ce pour deux raisons principales : il parle remarquablement bien français, et il est plutôt malléable par rapport à certains de ses prédécesseurs. Ce ne sont pas des arguments forcément convaincants, mais sans doute Nicolas Sarkozy n’était pas le seul à lui trouver ce type de qualité, surtout la seconde. Cela étant le fait qu’il soit polyglotte (français, anglais, espagnol, portugais et un peu allemand) ne peut être qu’un avantage à son poste dans une Europe par essence diverse sur le plan linguistique. C’est même plutôt bien qu’il s’exprime en diverses langues dans sa fonction, comme il l’a fait hier dans un discours en français, et non systématiquement en anglais comme certains voudraient que ce soit le cas, alors que la Grande-Bretagne n’a pas fait partie des pays fondateurs.
Pour le reste c’est plus compliqué, surtout quand on connaît ses prises de position politiques avant son arrivée à la tête de la Commission européenne. Quand il était Premier ministre du Portugal (entre 2002 et 2004), il était un fervent soutien de la politique de Georges Bush, et pour tout dire très atlantiste, allant jusqu’à annuler la participation du Portugal au programme de construction (par Airbus) de l’avion militaire européen. Ce n’est donc pas un européen dans l’âme, c’est le moins que l’on puisse dire ! C’est même un libéral pur et dur, même si comme d’autres il a mis un peu d’eau dans son vin. Il en a mis d’autant plus facilement que, selon ses détracteurs, son opportunisme a fait qu’il était prêt à tous les compromis pour garder son mandat. Cela étant, on en connaît d’autres chez nous !
En attendant, en lisant le compte-rendu d’une interview de D. Cohn-Bendit dans El Pais, ce dernier affirme que « promesses ou pas, Barroso n’est pas l’homme qu’il faut pour l’Europe ». Et il ajoute que « si on écoute Barroso, il n’y a personne de plus socialiste que lui, personne de plus écologiste, personne de plus libéral ». Cela nous fait penser irrésistiblement à quelqu’un d’autre ! Bref, pour D. Cohn-Bendit, Barroso n’est pas crédible, et la prochaine Commission va rencontrer beaucoup de difficultés. Certes c’est Cohn-Bendit qui dit tout cela, et question crédibilité je ne sais pas s’il est capable de donner des leçons. Toutefois il semble évident qu’il dise tout haut ce que nombre de députés européens pensent tout bas.
Avec lui la privatisation des grands services publics sera plus que jamais la règle sous couvert de respect de la concurrence, au mépris complet des desiderata des habitants de l’Union qui savent bien ce qui les attend une fois la privatisation mise en œuvre, avec la disparition des services non rentables. Mais il n’est pas un précurseur en la matière, car c’est ce qui se fait déjà dans les pays composant l’Union, notamment en France où on est en train de démanteler à une vitesse accélérée notre modèle social. En outre privatiser les grandes entreprises publiques permet de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, dans une période où elles sonnent creux un peu partout. Et c’est pour toutes ces bonnes raisons que les dirigeants européens se sont accordés sur le nom de J.M. Barroso, y compris les sociaux-démocrates. Quand il y a des mauvais coups à porter aux citoyens on n’est jamais trop nombreux ! En outre qu’ont fait les principaux opposants à J.M. Barroso quand ils étaient au pouvoir ? Qui en France a commencé la privatisation de France Télécom ?
On le voit, nous sommes en plein dans la politique politicienne, et je crains que nous soyons sur ce sujet comme bien d’autres loin des véritables enjeux de la construction européenne. Certains vont me répliquer que l’Europe c’est un compromis perpétuel, et sur ce plan J.M. Barroso est très fort sans doute, même trop. De toute façon quand on passe du maoisme, en réaction à la dictature à l’époque où il était étudiant, au soutien à Georges Bush, c’est qu’on est capable de faire le grand écart. Et puis l’art du compromis à un niveau élevé cela s’assimile à un manque de décision, surtout face aux égoïsmes nationaux de dirigeants se disant européen à Bruxelles, mais farouchement « nationaux » face à leur opinion publique. On connaît hélas la formule : « Quand une décision prise à Bruxelles est favorable à un pays, les dirigeants politiques nationaux se l’approprient, mais si cette décision est défavorable on accuse Bruxelles.
J.M. Barroso qui n’aime pas l’affrontement, aura quand même une lourde tâche dans les cinq ans à venir s’il veut réussir à laisser une trace dans l’histoire de la construction européenne. Déjà il va lui falloir essayer de gérer au mieux la sortie de crise avec les gouvernements nationaux, et surtout faire comprendre à ces derniers qu’ils ne peuvent pas s’assoir sur les déficits comme ils ont hélas pris l’habitude de le faire. Si la mission sera relativement facile avec certains pays à tendance vertueuse (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande), cela sera beaucoup plus difficile avec les mauvais élèves de la classe que sont le Portugal, l’Italie, la Grèce…et la France.
Entre 2010 et 2012, Nicolas Sarkozy aura sûrement d’autres soucis que les déficits et la dette, et je souhaite bien du plaisir à la Commission pour faire comprendre à nos dirigeants que l’Europe a ses exigences. Comme chacun le sait, notre président de la République est surtout européen quand il peut donner l’impression qu’il exerce un leadership sur l’Union, sinon ce n’est plus trop son problème. Et il n’est pas le seul dans ce cas. A ce propos il ne faut pas s’étonner si avec un tel état d’esprit, les dirigeants européens ne donnent pas à leurs concitoyens une image favorable de l’Europe.
Michel Escatafal
08:53 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
06.08.2009
C'est un vrai métier que d'être ministre de l'Agriculture

J’ai toujours dit sur ce site que jamais notre pays n’avait autant donné l’impression d’avoir à sa tête aussi peu de gens compétents. Et plus on va dans le temps, plus cela se vérifie. Pour moi les seuls ministres à qui on ne pouvait faire grief de ne pas connaître leur sujet étaient Bernard Laporte et Bruno Lemaire. En parlant de Bernard Laporte certains vont se moquer de moi, mais force est de constater qu’il connaissait au moins le sport de haut niveau puisqu’il avait été champion de France de rugby, entraîneur d’une équipe qui l’avait été et sélectionneur de l’Equipe de France. Cela dit il ne connaissait rien à la politique, et je ne crois pas que sur ce plan il ait beaucoup progressé pendant son passage au gouvernement, où il donnait l’impression d’être inutile. Quand à Bruno Lemaire, chacun sait qu’il avait contribué positivement à « rabibocher » quelque peu un couple franco-allemand qui ne l’était plus, à force d’incompréhension entre la chancelière et notre président de la République.
Ces états de service ou compétences n’ont finalement servi ni à l’un, ni à l’autre. Laporte a été débarqué sans ménagement pour être remplacé par…Rama Yade, ce qui démontre le mépris dans lequel on tient le sport au gouvernement, et la manière dont on attribue les postes ministériels. Quant à Bruno Lemaire, il est devenu à son grand regret ministre de l’Agriculture, alors qu’il aurait bien aimé conserver son poste de secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, ce que tout un chacun peut comprendre. Cet agrégé de lettres, né à Neuilly sur Seine, ne s’était jusque là pas particulièrement signalé par sa connaissance du monde agricole. Je pense que parmi le personnel politique de notre pays, il doit y avoir quand même des gens qui ont une meilleure appréciation des vrais problèmes des agriculteurs.
On a pu, hélas, s’en rendre compte très vite, et les paysans ne sont pas prêts à pardonner à Bruno Lemaire son extrême réactivité face à la demande de la Commission Européenne de rembourser des aides indûment perçues, selon elle, par les producteurs français de fruits et légumes. Dit autrement, dans cette affaire notre ministre de l'Agriculture s’est comporté en bon apparatchik bruxellois, comme il l’a expliqué dans le journal Le Monde préférant « éviter une guerre perdue contre la Commission et agir avec responsabilité, sans prendre Bruxelles comme bouc émissaire, pour s’attaquer aux problèmes structurels de la filière ». Voilà qui est bien parlé…quand on n’est pas paysan, et qu’on n’a pas à affronter chaque jour les difficultés du métier !
Bien évidemment le conflit entre le ministre, qui entend faire respecter la décision européenne, et les paysans forcés de rembourser les aides indument perçues (de l’ordre de 500 à 700 millions d’euros avec les pénalités) est inévitable, ces derniers prédisant « un été brûlant », et affirmant qu’ils ne paieront pas. La maladresse de Bruno Lemaire est d’autant plus grave qu’il s’agit d’une très vieille affaire, les aides publiques ayant été versées entre 1992 et 2002. Manifestement ce pauvre ministre ignorait tout, ou presque, d’un dossier à propos duquel le gouvernement Raffarin avait déjà donné des explications le 26 décembre 2002, justifiant ces mesures parce qu’elles atténuaient les effets d’excédents momentanés de l’offre par rapport à la demande. On ne peut pas tout savoir !
Problème, la Commission européenne ne veut rien entendre parce qu’elle assimile ces mesures à des aides d’Etat susceptibles de fausser la concurrence, ce que d’ailleurs ne conteste pas la FNSEA qui, par l’intermédiaire de son président, n’hésite pas à affirmer que « cela nous permis de faire face à la concurrence espagnole et portugaise ». En outre, si j’ai tout compris, la France avait omis de notifier ces aides à la Commission européenne, avertie par une plainte anonyme sur la foi de documents où les autorités françaises qualifiaient ces aides de « largement anti communautaires ». Pire même, sur ces papiers à en-têtes gouvernementaux, il était écrit qu’il y avait une réelle menace de faire rembourser par les producteurs les sommes versées.
Dans ces conditions il est aisé de comprendre pourquoi les syndicats agricoles refusent d’avance tout remboursement car, comme le dit la FNSEA, « si les autorités françaises n’ont pas cru bon de prévenir Bruxelles, c’est donc leur faute, pas la nôtre ». A la Commission européenne on ne veut pas rentrer dans ce type de considération, et les agriculteurs doivent payer parce qu’il y va de « la survie de l’agriculture dans l’Union » selon les termes du porte-parole de la Commission. En attendant le gouvernement français va devoir établir la liste des bénéficiaires des aides et des montants reçus, ainsi que les mesures prévues. Les services de Bruno Lemaire vont avoir du travail dans les semaines à venir, même si ce dernier a demandé un délai !
En tout cas le ministre s’est mis tout seul dans une position très inconfortable, ce qu’il n’aurait pas fait s’il était né dans un village du Lot-et-Garonne ou du Vaucluse. D’un coté il y a le gendarme européen qui ne fait qu’appliquer les directives acceptées et votées par les gouvernements des pays qui composent l’Union Européenne, et de l’autre les agriculteurs déjà en grande difficulté avec la baisse des prix des fruits et légumes qui ne peuvent, en aucun cas, rembourser ces 500 ou 700 millions d’euros. Je ne sais pas comment se terminera cette affaire, même si j’en ai une petite idée. Une chose est sûre, on n’a pas encore entendu François Fillon, ni le président de la République sur le sujet. Il est vrai qu’ils étaient au courant de tout cela puisque Bruno Lemaire affirme avoir agi « en plein accord avec Matignon et l’Elysée ». Et puis ils sont en vacances !
Michel Escatafal
14:57 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
30.07.2009
L'Islande et la Turquie ne voient dans l'Europe qu'une vaste union économique
Nous voilà dans la période fin juillet-début août, où ceux qui ont la chance de pouvoir partir en vacances sont les plus nombreux sur la plage, ou en randonnée en montagne, ou tout simplement en train de pécher à la ligne au bord d’une petite rivière bercée par le champ des oiseaux. C’est la raison pour laquelle il me paraît difficile de parler de politique politicienne, d’autant que pour le moment ma priorité va plutôt aux épreuves sportives, parce que le sport a toujours été une passion depuis mon plus jeune âge. Et il faut dire qu’entre juillet et août nous sommes gâtés avec entre autres le Tour de France, la Formule 1 et les championnats du monde d’athlétisme. Mais il n’y a pas que le sport dans la vie, et l’actualité mérite quand même qu’on s’arrête sur quelques sujets qui font la une des journaux français ou étrangers.
Par exemple, la sempiternelle question sur la relation entre l’alcool et la santé, notamment le fait de savoir s’il est bon ou non de boire un ou deux verres de vin par jour. Le président de la République nous a rappelé hier « qu’il ne buvait pas », ce qui signifie qu’il se prive du plaisir de boire de temps en temps « un bon Saint-Emilion », qui contribue pourtant à nous faire mieux apprécier la vie sur notre planète. Dommage hélas que tant de gens en difficulté ne puissent s’offrir ce breuvage divin, car dans ce domaine ce qui est bon est hélas assez cher. Et oui l’injustice est partout ! En attendant, même s’il va sans dire qu’il faut consommer avec modération, je souhaite qu’on arrête de diaboliser le vin et qu’on nous laisse un peu tranquille avec tout ça. N’est-il pas plus dangereux de faire un footing d’une heure en plein été sur le coup de midi, que boire un verre de vin au repas de midi ? Pour tout, il faut simplement savoir raison garder.
En parlant d’interdit je m’aperçois que j’ai commis une grosse erreur l’autre jour sur ce site, en disant qu’il n’y avait que 2500 femmes dans notre pays qui portaient la burqa. J’étais loin, très loin du compte, puisque d’après le ministère de l’Intérieur il y en aurait moins de 400. J’avais donc parfaitement raison d’affirmer que nos parlementaires avaient mieux à faire qu’une loi sur le port de la burqa, à moins qu’ils ne soient obligés de s’occuper de sujets mineurs tellement ils ont un sentiment d’inutilité, les décisions étant toutes prises d’en haut. A ce propos j’ai entendu ce matin sur France-Inter un très vieux parlementaire, François Loncle (69 ans), député et parfois ministre depuis bientôt 30 ans (1981), s’élever contre le fait que le Premier ministre ne servait à rien puisque les décisions se prennent toutes à l’Elysée. C’est vrai, mais c’était déjà en partie comme cela à l’époque où il était ministre avec F. Mitterrand, même si de nos jours c’est exacerbé jusqu’à la caricature.
Cela étant, et dans un tout autre domaine, pour une fois je serais d’accord avec Nicolas Sarkozy à propos de la demande d’adhésion de l’Islande à l’Union Européenne. J’ai cru comprendre en effet en lisant le journal espagnol El Pais, que Nicolas Sarkozy mettait en garde les gouvernements de l’U.E. contre la préférence donnée à l’île au détriment notamment des candidatures des pays des Balkans (Croatie, Macédoine, Albanie). Certes nombre de pays de l’Union vont lui rétorquer que la présence au sein de l’U.E. d’un pays comme l’Islande, au même titre que la Norvège ou la Suisse si elles désiraient adhérer, est beaucoup plus naturelle que celle des nations balkaniques, celles-ci ayant tellement de difficultés à intégrer les valeurs démocratiques selon les critères européens.
Il n’empêche, jusque là l’Islande n’a jamais voulu adhérer à l’Union considérant qu’elle avait avantage à rester en dehors. En outre il a fallu que le pays soit en faillite, pour qu’à une faible majorité les Islandais se décident à faire leur demande d’adhésion. Désolé, mais ce n’est pas de cette manière qu’on adhère à un ensemble comme l’Union Européenne ! Et c’est pourquoi je ne comprends pas cet empressement de la Commission européenne à donner un avis positif (sans doute avant la fin de l’année soit moins de six mois après la candidature islandaise), alors que la Macédoine qui a posé sa candidature en mars 2004 a dû attendre décembre 2005 pour recevoir un avis. L’Albanie pour sa part a fait sa demande en avril dernier et attend toujours qu’on examine son cas. Et je ne parle pas de la Turquie…
Est-ce que la voix de la France sera entendue dans cette affaire ? J’en doute, d’autant que beaucoup reprochent à la France d’avoir une arrière-pensée vis-à-vis de la Turquie dans ce débat. Voilà ce que c’est de vouloir faire de la communication à tout prix et sur tous les sujets, à des fins purement électoralistes ! Malgré tout les négociations avec l’Islande ne seront pas aussi faciles que certains le prévoient, notamment à cause de la politique de la pêche, qui compte pour plus de 60% des exportations islandaises, sans parler des problèmes liés à la chasse à la baleine.
Cependant pour les pays proches de l’Islande ces problèmes sont moins sérieux qu’un changement de nom, comme pour la Macédoine avec la Grèce, ou encore un problème de frontière comme pour la Croatie avec la Slovénie. En outre on rappelle que l’Islande appartenait jusqu’en 1944 au Danemark, et qu’elle est membre de l’Otan, ce qui suffirait à justifier que l’Islande puisse rejoindre l’Union Européenne avant la Croatie. Toutefois, si tel était le cas, il serait difficile d’expliquer aux autres candidats que l’Union Européenne est un ensemble que l’on ne peut intégrer que très difficilement.
La Turquie, par exemple, qui a une position stratégique de plus en plus importante en matière d’approvisionnement énergétique pour l’Europe occidentale, pourrait profiter de l’occasion pour renforcer ses chances d’intégrer « le club européen ». Après tout dès 1959 la Turquie demandait à rejoindre la CEE. Cela dit pour l’européen que je suis, je doute encore que la Turquie, pays farouchement attaché à son indépendance, puisse être à très court terme désireux d’aller vers une évolution confédérale de l’U.E. C’est pour cela que je ne suis pas pour une adhésion rapide de la Turquie, au même titre d’ailleurs que pour l’Islande, car l’une comme l’autre ne voient dans l’Europe qu’une vaste union économique…comme la Grande-Bretagne.
Michel Escatafal
12:24 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
03.07.2009
De la présidence française de l'UE à la présidence suédoise
Il y a un an très exactement Nicolas Sarkozy prenait la présidence de l’Union Européenne pour une durée de six mois, et bien évidemment il voulait que celle-ci fût flamboyante…comme d’habitude. Du coup, de tiède européen il s’est tout de suite voulu plus européen en apparence que le plus européen des européens. Et de fait il fut servi par les circonstances, la guerre en Géorgie et la crise financière qui s’amplifiait, pour se mettre en avant au point que les médias Français se mirent presque à comparer le président de la République à Napoléon 1er. Rien que ça ! La France n’avait jamais été aussi grande qu’en 2007 puisqu’elle était la maîtresse de l’Europe tout entière ou presque, à l’exception de la Russie.
Mieux même, toujours à en croire les commentateurs, même la grande Russie s’était pliée aux desiderata du nouveau guide de l’Europe. Bref, pendant ces six mois notre pays était redevenu ce qu’il était entre 1804 et 1812, plus grand encore qu’entre 1794 et 1797. Balayé le souvenir des victoires de Fleurus, Arcole, Rivoli, puis plus tard Ulm, Austerlitz, Iena, Eylau, Friedland, Wagram ou la Moskowa. Cela dit, trêve de plaisanterie, que reste-t-il un an après de cette épopée, qui n’en était pas une, pour l’Europe ? Peu de chose, et en disant cela je suis gentil.
Dans les provinces sécessionnistes de la Géorgie (Abkazie et Ossetie du Sud) l’ordre russe règne, au point que désormais plus personne n’en parle, et pour ce qui concerne la crise financière et économique ce sont plus que jamais les solutions nationales qui s’imposent, ce qui ne fait que contribuer à éloigner les Européens de l’Union Européenne. Si les Pays baltes connaissent une crise sans précédent personne ne s’en soucie en France, en Espagne ou en Italie…parce que dans tous ces pays il y a aussi de gros problèmes.
Disons que l’on est de nouveau entré dans le règne du « chacun pour soi ». Et s’il fallait avoir confirmation que l’Europe n’a pas vraiment le vent en poupe en ce moment, les élections européennes de début juin en ont apporté une claire confirmation avec une abstention massive dans tous les pays. On en conviendra le résultat n’est pas brillant, et pour clôturer le tout la présidence tchèque qui a succédé à la présidence française a tourné au cauchemar pour l’Europe, avec un gouvernement démissionnaire en plein mandat. C’est d’ailleurs pour cela que la présidence suédoise est attendue dans les milieux européens avec une certaine impatience.
En effet après l’esbrouffe perpétuelle qui a servi de mode de gouvernement à Nicolas Sarkozy, avec pour seul souci de tirer la couverture à lui, et l’immobilisme pour ne pas dire l’irresponsabilité des Tchèques, il y a besoin effectivement d’une présidence raisonnable. Et qui mieux qu’un pays nordique peut a priori offrir cette perspective, à ceci près que la Suède est loin d'être un pays farouchement européen. D’ailleurs si elle l’était, il y a longtemps qu’elle aurait adopté l’euro, ce qui aurait été une bonne chose ne serait-ce que pour augmenter encore un peu plus le poids des pays vertueux en matière de finances publiques.
Et cela m’amène à évoquer la rencontre qui doit avoir lieu aujourd’hui entre Français et Suédois, c’est-à-dire entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre suédois. De quoi les deux hommes vont-ils bien pouvoir parler, alors qu’ils ne sont pas d’accord sur grand-chose en dehors de la nécessité de prendre des mesures relatives au réchauffement climatique, ce qui ne mange pas de pain. Les Suédois sont européens surtout dans une vision libre-échangiste, ce qui explique leur désir de continuer l’élargissement de l’Union...qui permettrait une adhésion rapide de leurs amis islandais, alors que les Français sont beaucoup plus restrictifs, d’autant que dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, l’élargissement signifie l’adhésion à l’UE de la Turquie dont il affirme ne pas vouloir, sans que l’on sache quelle est sa réelle conviction sur le sujet.
Autre point de discorde, après les gros problèmes budgétaires rencontrés par la Suède au début des années 1990 ( déficit supérieur à 10% du PIB), les dirigeants de ce pays font à présent une fixation sur la discipline budgétaire….ce qui on en conviendra est loin d’être le souci premier de Nicolas Sarkozy. Et oui, c’est aussi ça l’Europe, mais malheureusement cela ne la fait pas avancer. Preuve si besoin en était que l’on a mis la charrue avant les boeufs, avec les élargissement successifs et sans discernement depuis 1973, date de l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union. Résultat, on se retrouve avec une masse informe d’Etats composant une Union, où l’on n’est même pas capable de s’accorder a minima sur les problèmes de politique budgétaire ou de politique étrangère. On est vraiment très loin du rêve que formaient les pionniers de l’Europe quant à la naissance des Etats-Unis d’Europe !
Michel Escatafal
18:12 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de socéiété
11.05.2009
De quelle Europe nous parlons?
Ainsi donc une nouvelle fois Nicolas Sarkozy vient de franchir un nouvel échelon concernant son implication dans son parti, l’UMP. Cela fait quand même bizarre de voir un président de la République s’impliquer à ce point sur un scrutin européen. Si cela avait été pour faire adopter un traité cela aurait pu se comprendre, mais personnellement je pense que c’était davantage la place du Premier ministre d’assister à ce meeting commun avec Angela Merkel. Cela dit comme Nicolas Sarkozy est à la fois président de la République et Premier ministre la question est réglée. Certains d’ailleurs trouvent excellente cette initiative car cela pourrait ressouder le couple franco-allemand. C’est pour moi un argument fallacieux…car il n’est pas écrit, même si elle a de bonnes chances, qu’Angela Merkel va gagner les élections en Allemagne cet automne. Et si le SPD l’emportait est-ce que cette réunion aurait renforcé l’amitié franco-allemande ?
Je n’en sais rien, même si les meilleures amitiés entre les deux pays ont été chaque fois l’œuvre de dirigeants d’un bord différent, comme Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl ou Chirac-Schroeder. Cela veut dire que même quelques bisbilles passagères ne pourront pas altérer 50 ans d’amitié et de coopération renforcée. Cela étant, encore une fois, je me pose la question de savoir ce qu’a bien pu aller chercher Nicolas Sarkozy dans cette participation à cette réunion électorale des chrétiens-démocrates, même si ceux-ci sont assez proches sur le plan idéologique de l’UMP dans sa composante actuelle dépouillée de ses derniers relents de gaullisme. En tout cas il y a au moins une bonne chose de dite de la part du président français, à savoir l’affirmation que l’amitié franco-allemande était "le trésor le plus précieux pour l’Europe et le monde entier". Cela rassure, même si derrière l’emphase les réalités paraissent quelque peu différentes.
Néanmoins, les deux chefs de l’exécutif, allemand et français, sont pleinement d’accord sur un point bien précis : il s’agit bien sûr de l’élargissement de l’U.E. à la Turquie. Je ne suis pas certain d’ailleurs qu’ils aient chacun tout à fait les mêmes motifs politiques ou géographiques, mais le constat est là et la Turquie risque d’attendre longtemps avant que l’on puisse seulement étudier sérieusement son dossier d’adhésion. De même, il faudra absolument la bénédiction de l’Allemagne et de la France pour tout nouvel élargissement, et cela pourrait retarder certaines nouvelles adhésions mis à part celle de la Croatie qui a déjà un pied dans l’Union. Quand je dis retarder c’est un euphémisme, même si les pays de l’Est européen, et notamment la Hongrie et plus encore la Pologne, souhaiteraient voir arriver rapidement dans l’Union des pays comme l’Ukraine ou la Moldavie. Ce serait quand même prématuré, même si on peut comprendre que les Polonais voient dans une adhésion de l’Ukraine à l’U.E., un moyen supplémentaire d’émancipation de son plus proche voisin vis-à-vis de son ex-tuteur russe.
Cependant on peut quand même se poser quelques questions sur cet empressement à voir arriver dans l’Union Européenne les anciennes républiques soviétiques, sauf à considérer que pour les Polonais ou les Hongrois l’Europe est d’abord un ensemble économique, ce qui rejoint quelque peu l’idée de Nicolas Sarkozy de faire un grand ensemble économique dont la Turquie ferait partie. Tout cela parait assez alambiqué sauf, comme je l’ai dit récemment, si on accepte l’idée d’une partie de l’Europe plus fortement intégrée, avec des pays prêts à sacrifier encore un peu plus de leur souveraineté politique pour aller plus loin dans l’union. C’est d’ailleurs tout l’enjeu même si on n’en parle pas beaucoup de la ratification du Traité de Lisbonne, avec notamment la création d’un président du Conseil européen élu pour deux ans et demi, et d’un haut-commissaire qui ferait fonction de ministre des affaires étrangères.
Quand je parle d’enjeu, il va de soi que c’est à ces deux personnalités que je pense car ils parleront au nom de l’Union Européenne, d’où la nécessité d’avoir deux personnalités authentiquement européennes. Dans le cas contraire, ce ne serait qu’un bricolage supplémentaire pour une Union qui en souffre depuis bien trop longtemps. Pour le coup l’euroscepticisme atteindrait des sommets, et ferait s’éloigner définitivement chez les plus optimistes l’idée de toute forme d'union politique, même la plus soft. Si je dis cela c’est parce que l’on entend parler de « directoire des grands pays » dans lequel la Grande-Bretagne ne serait pas nécessairement absente. Mieux même et cela continue de m’inquiéter, la candidature de Tony Blair comme président du Conseil européen est toujours d’actualité…avec l’aval d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.
Bref, ce que veulent les deux responsables allemands et français c’est garder plus d’influence qu’ils n’en ont théoriquement avec l’élargissement à 27 et bientôt 28 de l’Union. De son coté la Grande-Bretagne a la même ambition, même si ses dirigeants appartiennent au contingent des eurosceptiques. La Pologne aussi, avec ses presque 40 millions d’habitants et sa position centrale au cœur de l’Europe, se verrait bien également jouer un rôle majeur dans ce vaste ensemble. Problème, les dirigeants polonais ou britanniques ne veulent pas davantage d’Europe ou si l'on préfère moins d’Amérique. Pour eux l’Europe c’est d’abord un vaste marché réunissant plus de 500 millions d’habitants…protégés par l’Amérique. Et si élargissement il doit y avoir, ce sera avec des pays qui pensent comme les Polonais ou les Baltes. Il suffit de voir à quel point la question européenne divise la classe politique islandaise qui jusqu’ici n’avait que faire de l’Europe et qui, parce que l’Islande est quasiment en faillite, veut adhérer à l’U.E. et à l’euro. L’Union Européenne a-t-elle besoin de pareils adhérents ? Et n’est-ce pas de là que viennent tous ses problèmes ?
Michel Escatafal
18:51 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
16.04.2009
L'enthousiasme pour les affaires européennes ne cesse de tomber
Si l’on en croit un sondage publié hier sur les élections européennes, celles-ci n’intéressent pas beaucoup les Européens et c’est bien dommage. Je dis cela parce que malheureusement c’est une abstention massive qui se profile pour ce scrutin avec seulement 34% des citoyens de l’U.E. prêts à aller voter. Plus grave encore, selon le sondage en question, 62% des personnes interrogées estiment que leur vote ne changera rien, et 55% estiment que le Parlement européen ne traite pas assez des problèmes les concernant. C’est consternant mais cela reflète le fossé grandissant entre les citoyens et les institutions européennes, et le pire est que la classe d’âge qui devrait le moins voter est celle des étudiants !
Cela dit comment en est-on arrivé là, alors que l’Union Européenne a plus de 50 ans ? Tout d’abord il faut séparer les pays fondateurs de l’U.E. des autres, c’est-à-dire de ceux qui ont adhéré au fil des ans, plus particulièrement depuis 1995, la Grande-Bretagne dont l’adhésion remonte à 1973 étant un cas à part. En France par exemple, même si les élections européennes ne sont pas réellement la priorité des citoyens, 47% des électeurs disent qu’ils iront probablement voter. Au Luxembourg, petit pays au centre de la toute première Union, 62% des gens se disent prêts à aller voter, et 56% au Danemark qui a certes refusé l’euro, mais qui a adhéré le 1er janvier 1973, ce que l’on a tendance à oublier.
En revanche en Pologne et au Royaume-Uni, l’euroscepticisme est très prégnant puisque respectivement 13% et 22% seulement des électeurs se déclarent prêts à aller voter, alors qu’en Espagne, en Italie et au Portugal, l’abstention menace certes d’être forte en comparaison des élections législatives, mais elle pourrait être inférieure à celle de la France, ce qui signifie qu’un électeur sur deux se sent peu ou prou concerné. Certes ce ne sont que des sondages à deux mois des élections européennes, mais les résultats annoncés confirment ce que nous ressentons tous à propos de l’Europe, et surtout de ce que cette dernière représente dans l’esprit des populations.
Tout d’abord celles-ci sont d’abord intéressées par ce qui se passe sur le front du chômage. Celui-ci en effet explose à peu près partout dans les pays qui composent l’U.E., notamment dans les « vieilles nations », mais aussi chez les nouveaux membres. Or pour les populations concernées le Parlement européen ne peut en aucun cas régler le problème, témoignage direct du manque de confiance dans les institutions européennes. Les gens n’ont déjà pas confiance en leur gouvernement ou leurs élus nationaux, alors imaginons pour les eurodéputés !
La même tendance vaut aussi pour la Commission de Bruxelles dont beaucoup d’Européens ont entendu parler…essentiellement en mal. Le meilleur exemple en est fourni par ce qui se passe actuellement dans les ports français, les pêcheurs accusant Nicolas Sarkozy et le gouvernement de limiter leurs capacités de pêche, et le gouvernement se défendant en disant que c’est la faute de la Commission de Bruxelles, celle-ci répliquant qu’elle ne fait qu’appliquer les accords signés par les gouvernements, y compris celui de la France. C'est grotesque !
On s’étonnera après cela que l’enthousiasme pour les affaires européennes ne cesse de tomber, ce qui est devenu une constante depuis 1979, date de la première élection du Parlement au suffrage universel, où le taux de votants était de 63,8%. Il est vrai qu’à cette époque l’Union Européenne ne comptait que 9 membres et pas 27 comme aujourd’hui. Il est vrai aussi qu’à part la Grande-Bretagne qui n’aurait jamais dû entrer dans l’Union, les autres pays avaient une certaine idée de l’Europe et que, globalement, leurs habitants acceptaient à terme l’idée d’une confédération que certains appelaient déjà « les Etats-Unis d’Europe ». C’était le bon temps des rêves européens, et c’était aussi une époque où les grands pays fondateurs de l’Union étaient dirigés par des Européens authentiques (Giscard-Barre en France, Helmut Schmidt en Allemagne fédérale etc).
De nos jours sous l’impulsion de la Grande-Bretagne, dirigée depuis 1979 par des libéraux « purs et durs » comme Margaret Thatcher, ou par des travaillistes aux idées très libérales comme Tony Blair, on a fait de l’intégration européenne forcée…pour élargir le grand marché que représente l’Union Européenne des années 2000. Il y a eu aussi l’avènement de la monnaie unique qui concrétisait les rêves du tandem Giscard-Schmidt, mais celle-ci pour gagner encore davantage en crédibilité ne devrait pas susciter les débats continuels qui l’agitent, notamment sur les critères des finances publiques, et devrait aussi obliger ses membres à prendre en compte la nécessaire harmonisation fiscale. Enfin, la BCE ne doit pas être sans arrêt l’objet d’attaques frontales de la part de dirigeants irresponsables l’accusant de tous les maux, notamment d’être trop indépendante des pouvoirs politiques.
Heureusement d’ailleurs qu’il en est ainsi, car imaginons (avec effroi) Nicolas Sarkozy ayant un réel pouvoir sur la BCE. A combien se chiffreraient nos déficits ? Mais il n’est pas le seul à se comporter ainsi, Silvio Berlusconi ayant à peu près les mêmes sentiments, sans parler de ceux qui ne sont pas encore dans la Zone euro et qui rêvent d’en faire partie, sans en accepter toutes les règles. Et pourtant l’euro n’a-t-il pas joué un rôle d’assurance tout risque (ou presque) au milieu de la débâcle financière qui a affecté l’économie mondiale ? Poser la question, c’est y répondre.
Parmi les raisons du désintérêt des électeurs pour les élections européennes il y a aussi le manque de connaissances et d’informations sur le rôle du Parlement européen. D’ailleurs selon ce sondage 64% des personnes interrogées, quatre points de plus que l’an passé, affirment « n’être pas suffisamment informées pour voter ». Quel constat d’échec de la part du monde politique ! Et c’est d’autant plus vrai que seulement 20% des 27.000 personnes sondées ont déclaré « être contre l’Europe, l’Union Européenne ou la construction européenne » ce qui est peu, surtout en pensant à la forte proportion de britanniques dans ce chiffre.
Enfin il y a encore une autre bonne raison à cette désaffection probable des électeurs au vote européen, à savoir le comportement des partis politiques de gouvernement. En ne prenant que le cas français, comment les électeurs socialistes peuvent-ils s’y retrouver entre la fraction authentiquement pro-européenne de la direction du P.S., et l’autre qui a appelé bruyamment à voter non au traité constitutionnel. Comment les électeurs de l’UMP peuvent-ils avoir une bonne idée de l’Europe et de ses institutions alors que ses principaux responsables sont européens…quand ils y trouvent avantage, mais accusent systématiquement l’Europe quand il s’agit de masquer leurs échecs.
En fait il n’y a que le MoDem qui puisse se prévaloir d’une quasi unanimité sur le sujet, notamment de la part de la part de ses principaux cadres y compris dans les plus petites sections. Les électeurs savent donc ce qu’ils ont à faire, s’ils veulent avoir des députés au Parlement européen qui se battent à la fois pour l’avenir de notre pays et de notre continent. Comme le dit très justement François Bayrou, « il n’est pas un sujet de notre avenir national qui puisse trouver une réponse durable sans la dimension européenne : croissance et compétitivité, environnement et énergie, agriculture, recherche…
Michel Escatafal
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23.02.2009
Une certaine idée de l'Europe...
L’Union Européenne, et plus particulièrement ses nouveaux pays adhérents, sont en train de vivre un cauchemar au moins aussi important que les rêves les plus fous qu’ils ont pu entretenir en rejoignant l’Union Européenne. Il faut dire qu’ils avaient devant eux les exemples portugais, espagnols et plus encore irlandais, pour qu’ils se bercent d’illusions. Or aujourd’hui, avec la crise financière qui met en péril les économies les plus solides dans le monde, les habitants de ces pays ont l’impression que tout s’effondre comme dans un château de cartes. Adieu les paradis artificiels que l’on avait montés à la hâte, suite à la mort des régimes communistes !
Résultat, ce que l’on appelle la nouvelle Europe, que Donald Rumsfeld traitait en si haute considération en 2003-2004 par rapport aux vieilles nations comme la France, fait face à une crise tellement profonde qu’on se demande comment elle va en sortir. Plus grave, elle est en train de payer au prix fort son désir de vivre sur le modèle anglo-saxon, qui était pour elle le seul susceptible de la faire rêver. La Lituanie, la Pologne, la République Tchèque pour ne citer qu’elles, vivaient dans l’illusion permanente, comme aurait dit Raymond Barre, avec des équilibres financiers extrêmement aléatoires, une économie en surchauffe due essentiellement aux capitaux qui affluaient grâce à une main d’œuvre très bon marché et une fiscalité avantageuse, des monnaies surévaluées, et un endettement des ménages qui s’envolait au point de devenir insupportable pour nombre d’entre eux.
Bref, tous les ingrédients pour qu’aux premiers coups de vents sur la planète économique, je ne dis même pas tempête, la panique s’installe. Cela signifie que, contrairement à ce que l’on veut nous laisser accroire, les problèmes qui affectent cette région ne sont que partiellement provoqués par la crise financière mondiale que l’on connaît, même si celle-ci a aggravé le phénomène. Elle l’a aggravé ne serait-ce qu’aux niveau des investissements en provenance des nations occidentales de l’U.E., mais aussi de l’étranger. Par ailleurs, comme dans le reste du monde, les Bourses se sont effondrées et ces pays se voient contraints d’emprunter des sommes de plus en plus importantes…à des taux prohibitifs, comme c’est le cas pour les entreprises menacées de faillite.
Dans la même logique, les pays qui ne font pas partie de la Zone Euro souffrent en plus d’une monnaie qui s’est fortement dépréciée, ce qui renchérit d’autant les importations et pèse sur les prix libellés en euro. Enfin et surtout, compte tenu de la récession qui frappe l’Europe de l’Ouest , les pays de l’Est européen qui vivent en grande partie des exportations à destination de l’Allemagne, de la France, de l’Italie ou la Grande-Bretagne, voient leur production industrielle chuter jusqu'à des niveaux inédits depuis le milieu des années 1990, ce qui va augmenter dans des proportions considérables le nombre de sans-emplois.
Ces phénomènes apocalyptiques touchent aussi les pays qui appartiennent à la Zone euro (Slovénie et plus encore Slovaquie) ou dont la monnaie est arrimée à la monnaie unique (Pays baltes), dans la mesure où ils sont contraints à un minimum de discipline budgétaire au moment où il faudrait des mesures de relance fortes pour préserver ce qui peut l’être. On se retrouve là dans une situation qui n’est pas sans rappeler celle de pays …comme la France ou l’Italie. Seule éclaircie dans ce tableau bien sombre, qui vaut aussi pour nous, toute dévaluation est soit impossible, pour les pays de la zone euro et assimilés, soit impensable pour ceux qui n’en font pas partie, car cela ruinerait la confiance des investisseurs et des prêteurs…déjà très méfiants.
Alors que faire pour aider ces pays, que l’on a presque forcé à adhérer à l’Union Européenne en leur faisant miroiter monts et merveilles…pour le plus grand profit des grandes multinationales de l’Ouest ? Là est tout le problème, car à l’Ouest la situation n’est guère plus brillante. La Grande-Bretagne, dont une partie non négligeable de son développement dépendait de « la City », voit ses richesses diminuer de manière affolante, alors que l’Allemagne enregistre une chute de ses exportations qui pèse lourdement sur son activité industrielle. Quant à la France inutile d’exposer l’état dans lequel elle se trouve, sinon pour souligner que nous sommes déjà dans une spirale historiquement difficile en matière de déficits et d’endettement publics.
Dans ce cas il est facile de comprendre que, malgré les divers sommets organisés à tour de rôle par les dirigeants européens, les grands pays de l’U.E. ne puissent apporter une aide conséquente à leurs partenaires de l’Est. De fait ces derniers ont l’impression d’être abandonnés à leur triste sort, surtout quand ils voient un pays comme la France, avec son président grand donneur de leçons européennes, s’endetter pour offrir des milliards d’euros à l’industrie automobile française.
En fait on se rend compte aujourd’hui, et plus que jamais, que cette Europe dont on a cru accélérer la construction en la dotant d’une monnaie unique sans consolider ses structures politiques, était vouée à une certaine faillite dès la première épreuve du feu. Pourtant, il y a longtemps que les vrais défenseurs de l’idée européenne prônent une Europe plus intégrée politiquement, plus harmonisée sur le plan fiscal, disposant d’un marché unique euro-obligataire à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, bref d’une entité plus fédérale.
Hélas pour cela il aurait fallu que les peuples élisent des dirigeants authentiquement européens, qui n’hésitent pas à sacrifier certaines de leurs prérogatives pour construire cette véritable Europe, dont nous aurions tellement besoin dans les vents mauvais qui secouent de nos jours l’économie mondiale. Cela aurait permis de mettre en place depuis longtemps certaines régulations, dont on mesure aujourd’hui la nécessité pour nos institutions financières. En disant cela il est aisé de comprendre que nous sommes à des années-lumières des déclarations d’intentions ou des rodomontades de Nicolas Sarkozy, mais aussi de ses pairs. Raison de plus pour voter aux élections européennes pour les listes du Mouvement Démocrate, seul parti authentiquement européen.
Michel Escatafal
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11.01.2009
Le conflit gazier en bonne voie de résolution
Je ne voulais pas écrire sur ce problème avant qu’il ne soit résolu, du moins pour les Européens, mais je me réjouis de voir que l’Union Européenne existe quand même un peu…même quand Nicolas Sarkozy n’en est plus le président. Mieux même, tout le monde souligne que si le conflit gazier va permettre de nouveau les exportations de gaz russe vers l’Union Européenne, on le doit à la présidence tchèque à propos de laquelle Bernard Kouchner disait il y a quelques jours « qu’elle était inexistante ». Certes il parlait du Moyen-Orient, mais quelle arrogance, à moins que ce ne soit pour faire plaisir à son patron…pour garder son poste. Pauvre Kouchner, chaque jour qui passe le montre de plus en plus attristant !
En tout cas la presse tchèque, du moins le Prague Daily Monitor qui écrit en anglais, a salué avec sobriété l’accord entre la Russie et l’Union Européenne, mais aussi le comportement dans cette négociation de Monsieur Topolanek, Premier ministre de la République Tchèque. En France en revanche, certains n’ont pas peur des mots et je suis attristé de lire dans le Monde des phrases de ce style : « le comportement de M. Topolanek s'inspire de celui de M. Sarkozy », ou encore de voir ce journal reprendre les remarques d’un haut diplomate français disant que « les Tchèques ont d'abord voulu se démarquer du style Sarkozy, mais la façon dont ils réagissent démontre que l'élan donné par M. Sarkozy continue ». Même quand il n’y est pour rien, toute réussite européenne est une réussite française, donc à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy. Aberrant !
En tout cas les dirigeants tchèques ont été réactifs dans cette affaire, et ils ont fait preuve de responsabilité pour que le gaz russe approvisionne de nouveau les pays européens, d’autant que les relations tendues entre le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, et son Premier ministre, Ioulia Timochenko, étaient en eux-mêmes un élément de la crise qu’il fallait absolument contourner. La détermination de Mirek Topolanek a même impressionné Vladimir Poutine qui lui a dit : « Vous avez accompli l’impossible ». Je n’ose imaginer les grands titres qu’aurait faits cette phrase dans les quotidiens français ou sur TF1 et France Télévision. Tout cela serait risible, s’il ne s’agissait de liberté de la presse.
Cependant, comme le souligne le Monde, la diplomatie tchèque a bénéficié de l’aide ô combien importante d’Angela Merkel, sans doute pas mécontente d’aider ses voisins à résoudre rapidement une crise sans la présence encombrante de Nicolas Sarkozy. Elle aussi, nous dit-on, a multiplié les contacts avec Vladimir Poutine et les dirigeants ukrainiens, sans toutefois tirer la couverture à soi comme n’aurait pas manqué de le faire le président français. A propos, Angela Merkel n’a semble-t-il toujours pas digéré le fait que Nicolas Sarkozy ait voulu conserver la présidence de la Zone euro, sans parler de sa tournée au Moyen-Orient ces derniers jours, parallèle à celle de la délégation européenne dirigée par le ministre des Affaires étrangères tchèque.
En clair, quoi qu’en disent les laudateurs de notre président, ce dernier a semé ces derniers mois les germes de la division dans l’Union Européenne par son souci constant d’être aux avant-postes, faisant fi des habitudes et des règles de l’Union. Cela personne ou presque ne le dit dans notre pays, et François Bayrou a eu raison de souligner le problème en expliquant que « cette visite en pleine offensive terrestre israélienne dans la bande de Gaza fait courir un risque de dispersion de l’action de l’Union Européenne dans la région ». Je suppose qu'Angela Merkel et les autres dirigeants européens n’en pensent pas moins. Mais chut, il ne faut pas le dire !
Michel Escatafal
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15.12.2008
Nicolas Sarkozy est-il européen ?
Nicolas Sarkozy est-il un authentique européen ? Voilà la question que l’on peut se poser après les six mois de présidence de la France du Conseil européen. Bien entendu la presse française, dans un bel ensemble, répond quasiment à l’unanimité que la présidence française fut une grande réussite. Et d’ajouter dans la foulée que Nicolas Sarkozy a plus fait avancer les choses en six mois que pendant des années auparavant. On n’en attendait pas moins de nos médias, dont je maintiens qu’ils sont de plus en plus nombreux à être à la botte de notre président de la République, au point que les femmes et hommes politiques français ont parfois des difficultés à exprimer un point de vue serein face à eux.
Pour ma part, je pense que la réponse à la question sur les convictions européennes de Nicolas Sarkozy est négative. Pour moi Nicolas Sarkozy n’est pas européen, parce qu’il est d’abord « sarkozyste ». En fait il se sert de l’Europe quand ça l’arrange…ou quand ça le dérange. C’est tout le contraire d’une véritable attitude européenne. Nicolas Sarkozy s’est servi de sa présidence du Conseil européen, comme il s’est servi de son poste de ministre de l’Intérieur avant son élection en 2007. De plus, il a eu la chance de voir l’Europe confrontée à la crise dans le Caucase et à la crise financière, particulièrement bienvenue pour lui pour occulter sa responsabilité dans les difficultés économiques que rencontre notre pays.
Essayons donc de voir comment et pourquoi celui que certains n’hésitent pas à comparer à Bonaparte, ce qui est quand même très exagéré à tous points de vue, a tellement impressionné nos médias. Je dis bien nos médias, parce que contrairement à une idée répandue en France, il n’est pas tellement encensé dans les autres pays, notamment en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Dans ces pays en effet, notre président représente allègrement tous les défauts qui sont attribués aux Français, à savoir un coté « m’as-tu-vu » qui ne ferait que masquer nos faiblesses, ce qui n’est pas faux.
Il est vrai que l’on n’est pas habitué dans les chancelleries à des phrases du style : « Je n'ai pas envie de négocier jusqu'à 4 heures du matin pour trois cacahuètes », ou encore comme il l’a rapporté en conférence de presse, d’après un journaliste du Monde, à propos du président polonais qui se vit refuser le micro : « Quand on est vingt-sept, on prend la parole une fois et pas six fois". Cette remarque est d’autant plus amusante que Nicolas Sarkozy n’aimerait pas qu’on lui fasse subir pareil traitement, y compris quand il dit à des dirigeants peu enclins à l’idée d’accepter un compromis dont ils ne veulent pas : « C'est non négociable ? Prépare-toi à annoncer l'échec ». Tout cela fait dire à l’étranger : « Mais pour qui se prend-il ? », les même pouvant ajouter avec perfidie, « avec tous ses déficits ».
Ce qui est plus gênant encore dans notre pays, c’est cette propension à ne voir que ce que fait notre président…en bien naturellement, et à délivrer par avance une mauvaise note aux autres, par exemple à la présidence tchèque au premier semestre 2009. Certes entre le président de la République de ce pays Vaclav Klaus, et son ministre des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg, il est difficile de trouver a priori dirigeants plus eurosceptiques, de surcroît prêts à faire beaucoup d’efforts pour soutenir une adhésion rapide de la Turquie à l’Union Européenne. Cela dit respectons les règles du fonctionnement actuel de l’Union, et laissons les Tchèques se préparer à assurer cette présidence. Peut-être ne démériterons-ils pas dans ces fonctions, et se montreront-ils plus constructifs que la presse française le prétend.
Et oui, voilà où nous en sommes avec les autres à force de vouloir encenser notre président de la République, dont je rappellerai au passage qu’un authentique européen ne peut pas critiquer l'euro comme il sait si bien le faire. Dans la situation où se trouve notre pays, imaginons ce qui pourrait se passer sans la monnaie unique. Non, il vaut mieux ne pas y penser. De plus, un authentique européen ne se serait pas montré aussi profondément atlantiste. Par ailleurs, un authentique européen voudrait que les instances communautaires ne soient pas confinées dans un rôle, ô combien restrictif, de gardiennes des traités.
Enfin, et c’est sans doute le plus important, un président profondément européen chercherait à ce que son pays respecte au minimum ses engagements en ce qui concerne ses finances publiques, ce que nous ne faisons pas et qui est assimilé à un extraordinaire aveu de faiblesse. Rien que cela suffit à démontrer que Nicolas Sarkozy fait, comme on dit familièrement, « de l’esbroufe ». Il est vrai que pour lui comme pour ses laudateurs, il suffit d’affirmer pour que ce soit réalité. Hélas tout cela ne dure qu’un temps, car ce n’est pas forcément « en croyant aux roses qu’on les fait éclore ».
Michel Escatafal
10:31 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
13.12.2008
La relation franco-allemande n'est plus ce qu'elle était
Depuis l’époque De Gaulle-Adenauer, à partir de 1958, en passant par le couple Giscard-Schmidt dans les années 70, puis Mitterrand Kohl dans les années 80 et 90, jusqu’à la relation très amicale entre Chirac et Schroeder, le couple franco-allemand avait été le moteur d’une certaine idée de l’Europe. Une Europe qui avançait pas à pas, une Europe qui se construisait à coups de compromis, une Europe qui avait réalisé un de ses grands projets avec la monnaie unique, une Europe enfin où il semblait que les deux grands partenaires historiques de la construction européenne, la France et l’Allemagne, avançaient ou essayaient d’avancer dans le même sens, y compris sur le plan économique.
Oh certes, j’ai employé à dessein le mot économique pour souligner les difficultés de convergence entre deux pays au départ très différents. Cependant, si l’on excepte la parenthèse de 1981-1983, les deux pays ont fait beaucoup pour arriver à ce qu’il y ait un minimum de convergence entre eux, ce qui a débouché sur le Système monétaire européen (1978) à l’époque Giscard-Schmidt et sur la monnaie unique (traité de Maastricht 1992) à l’époque Mitterrand-Kohl. En effet, ne soyons pas dupes : si l’euro est la monnaie de 15 et bientôt 16 des 27 pays formant l’Union Européenne, c’est au couple franco-allemand qu’on le doit, et cela a été possible parce que telle était la volonté des deux pays et de leurs dirigeants. Sans cela rien ne se serait passé.
Aujourd’hui, l’attitude de la France et de l’Allemagne semble moins claire et plus floue qu’autrefois. Pourquoi ? Tout simplement parce que Nicolas Sarkozy n’arrive pas à s’entendre avec Angela Merkel, au point que l’on assiste à une redistribution des cartes en Europe, où le partenaire privilégié de la France est la Grande-Bretagne. Le problème c’est que la Grande-Bretagne reste une île, certes rattaché au continent par l’Eurostar, mais une île quand même. De plus, il semble aux yeux de tous les observateurs que cette alliance de circonstance entre Nicolas Sarkozy et Gordon Brown est la réunion de « deux bras cassés », face à une Allemagne qui comme entre 1974 et 1979 va sortir renforcée de cette crise.
Tout d’abord, entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, il y a déjà une grande différence de pratique démocratique. Angela Merkel ne peut rien décider toute seule face à des landers qui sont ne l’oublions pas des états dans l’Etat, face aussi à son parti (CDU) et notamment à l’aile droite bavaroise de ce dernier, face enfin à son gouvernement de coalition où le deuxième parti (SPD) pèse presque aussi lourd sur le plan électoral que la CDU. Bref, en Allemagne la démocratie n’est pas un vain mot, et les décisions ne se prennent pas à la légère, juste sur une envie… comme c’est plus que jamais le cas en France. C’est d’ailleurs ce qui étonne le plus les observateurs étrangers qui se demandent toujours si la France ne ressuscite pas l’Ancien Régime, alors que c’est le pays des Révolutions de 1789 et 1848.
Bien entendu ce mode de gouvernement est une source de divergence entre les deux pays. On a d’un coté les dirigeants allemands qui raisonnent toujours sur le moyen et le long terme, et de l’autre un président français qui est aussi Premier ministre, ministre de l’intérieur, de la Défense, des Finances etc. et qui réagit constamment en fonction des sondages d’opinion ou en fonction des intérêts de ceux qui lui sont proches. C’est pour cela que les médias ont l’impression que Nicolas Sarkozy est beaucoup plus prompt à réagir sur tout qu’Angela Merkel qui, par la force des choses, doit agir ou réagir avec prudence. A ce propos, et n’en déplaise aux thuriféraires de notre président de la République, on peut constater tous les jours que l’activisme ne fait pas nécessairement une bonne politique. On peut même ajouter qu’il est source de multiples erreurs puisque tout se fait, ou presque, à l’intuition et dans l’improvisation.
La deuxième grande différence entre les chefs de l’exécutif français et allemand, tient de la santé économique des deux pays et des mesures que l'on est amené à prendre. D’un coté l’Allemagne soucieuse de préserver ses intérêts et sa situation dans les années à venir, se veut extrêmement pragmatique face aux conséquences de la crise. De l’autre la France, par la voix et la volonté de son président, n’a d’autre alternative que la fuite en avant pour essayer de faire meilleure figure possible…en attendant des jours meilleurs. Il est évident que sur ce plan, l’Allemagne qui s’appuie sur un déficit budgétaire parfaitement contenu, sur un marché du travail qui continue à évoluer positivement et sur de remarquables performances en termes de commerce extérieur, est dans une situation infiniment plus favorable que la France, où la situation commence à devenir rien moins que catastrophique.
Dans ces conditions, il est tout à fait normal que les demandes de la France pour relancer la machine économique au niveau européen aient été prises de haut par les Allemands, et d’autres. Ceux-là en effet ont fait de gros efforts pour faire de vraies réformes, que certains ont payées d’une défaite aux élections, alors que les Français depuis 2002 n’ont rien fait pour améliorer leur situation, bien au contraire. Malgré des déficits considérables, proches de 3% du PIB, en période de croissance continue, dans notre pays on a continué à faire comme si de rien n’était, sans préparer l’avenir, en dépit de la volonté affichée par Dominique de Villepin d’essayer de réduire la dette, mais chacun sait que ce n’était pas lui qui avait la main.
Mieux même, au moment où la crise commençait à faire sentir ses effets, Nicolas Sarkozy a diminué les impôts pour ceux qui en avaient le moins besoin creusant encore davantage nos déficits. Comment dans ces conditions pourrait-on s’entendre avec les Allemands, et comment Angela Merkel pourrait-elle prendre Nicolas Sarkozy au sérieux ? Les uns ne veulent donner qu’une partie de ce qu’ils ont engrangé pendant plusieurs années afin de préserver l’avenir, et les autres ne cessent de distribuer de l’argent qu’ils n’ont pas. Pire encore, dans une période difficile ils trouvent le moyen de faire ce qu’ils appellent des réformes qui vont coûter à l’Etat et que personne ne leur demande, par exemple la suppression de la publicité dans l’audiovisuel public. Il est vrai qu’avec un déficit budgétaire annoncé de 70 milliards d’euros en 2009, donc en réalité d'au moins 80 milliards, on n’est plus à quelques centaines de millions près. Et vogue la galère ! Heureusement que nous avons l’euro comme bouclier protecteur, sinon…
Michel Escatafal
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