14.05.2008

Les raisons de la baisse du pouvoir d’achat

1382315449.jpgDepuis plusieurs mois nous entendons sans arrêt parler du thème du pouvoir d’achat dans notre pays, tout cela parce que notre président de la République en a fait l’un de ses chevaux de bataille pendant la campagne présidentielle. Il faut dire que sa formule consistant à dire qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat » avait fait mouche, et avait largement contribué  à son élection. Cela  démontre que, malgré tout ce que l’on peut dire, le mensonge est payant en période électorale, favorisé il est vrai par la naïveté des électeurs qui, pourtant, ont été régulièrement déçus par tous les faiseurs de miracles qui se sont présentés à leurs suffrages. Passons !

Revenons donc au thème du pouvoir d’achat. Que faudrait-il faire pour pouvoir l’augmenter ou au moins dans la période actuelle le maintenir ? Je ne vais bien sûr pas rentrer  dans des détails trop techniques qui, pour être intéressants, n’en seraient pas moins ennuyeux. Tout d’abord, nos gouvernants devraient savoir que pour améliorer le pouvoir d’achat la seule solution serait l’augmentation des salaires. On peut faire toutes les lois que l’on veut relatives à l’implantation ou pas de grandes surfaces, rien ne remplace les euros supplémentaires sur la feuille de paie. Or depuis des années la compression des salaires est une évidence, au nom nous dit-on de la compétitivité.

Par ailleurs on nous dit aussi que si les salaires suivent la hausse des prix, il y aura inévitablement un surcroît d’inflation, ce que les dirigeants des banques centrales appellent « effets de second tour », c’est-à-dire une transmission de la hausse des prix aux salaires. En revanche si les salaires stagnent, la demande de biens et services sera moindre et les tensions sur les prix seront moins vives. Cependant, on n’a pas besoin d’être un grand économiste pour savoir que la demande n’est pas la seule cause de l’inflation, car il y a aussi la quantité de monnaie qui est offerte, et le taux auquel elle est accessible.

Nous venons de vivre depuis le début des années 90 une période où l’inflation n’était plus un problème. Les économistes faisaient même remarquer que l’on vivait une période exceptionnelle parce que cette faible inflation était combinée avec une politique monétaire extrêmement accommodante, pour parler comme les banquiers centraux. En clair, cela voulait dire que les taux d’intérêt réels (en tenant compte de l’inflation) étaient dérisoirement bas, ce qui permettait  aux entreprises et aux particuliers d’emprunter avec beaucoup de facilité et à bon marché. En théorie tout cela était magnifique, et on donnait aux ménages l’illusion que leur  pouvoir d’achat augmentait.

On connaît la suite avec la demande accrue de matières premières en provenance des pays émergents, plus l’augmentation des besoins dans ces pays, le tout occasionnant dans le monde, y compris dans les pays développés, un net renchérissement des prix. Cette inflation importée, malgré le haut niveau de l’euro, a largement amputé le pouvoir d’achat des salariés. On n’omettra pas également d’évoquer la crise financière, qui a entraîné une forte hausse des taux d’intérêts malgré l’intervention énergique des banques centrales. Bref, la machine qui semblait si bien huilée depuis des années a fini par se dérégler, et elle pourrait l’être durablement.

En outre, même si Nicolas Sarkozy et le gouvernement,  qui ne sont pas à une tromperie près, nous font croire le contraire, le chômage reste un problème qui est loin d’être à ranger aux oubliettes. En effet  si les statistiques baissent, en partie grâce aux nombreux départs en retraite, les licenciements restent nombreux.  De plus la précarité s’accroît,  ce qui atténue la portée de cette décrue.  Dans ce contexte les salaires ne peuvent pas progresser. Par exemple,  avec dix candidats se présentant  pour une offre d’emploi en  CDD de 3 ou 6 mois, le salaire sera forcément celui qui est imposé au départ par l’employeur.

Ensuite, outre l’augmentation des prix dont nous avons parlé précédemment, il y a aussi la diminution des prestations offertes ou le renchérissement de ces prestations. Quand le prix des carburants s’envole, on peut toujours dire qu’il suffit de laisser sa voiture plus souvent au garage comme l’a fait allègrement Madame Lagarde, la ministre des Finances, qui a une voiture de fonction. En revanche, on est bien obligé de chauffer son logement en hiver. Le gaz pour ne citer que lui a subi trois augmentations en moins d’un an (+10%). Quand on ferme des écoles dans certains villages, quand on supprime des lignes de chemin de fer, des hôpitaux dans les petites villes, ce sont les utilisateurs qui doivent compenser et cela a un coût. On pourrait multiplier les exemples. Le service public par essence est un supplément de pouvoir d’achat là où il existe et contribue à le diminuer là où il est supprimé. C’est curieux, cela personne ne le dit et pourtant c’est tellement évident.

Dans le même ordre d’idées, quand on diminue les impôts pour les plus riches, c’est autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat et qui interdit, par exemple, d’alléger les charges qui frappent les salariés. Pourquoi les salariés qui travaillent au Luxembourg gagnent davantage à travail égal qu’en Lorraine ? Parce que les charges sur les salaires sont moins élevées. Pourquoi ne fait-on pas la même chose en France ? Parce que l’Etat français multiplie les déficits de tous ordres, ce qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre.

Il faut donc que les Français ne se laissent plus abuser par tout ce qui est dit par nos gouvernants, mais aussi par l’opposition parlementaire,  sur le pouvoir d’achat. Pour pouvoir donner du pouvoir d’achat sans conséquences inflationnistes, il faut augmenter les salaires sans que cela coûte plus cher. Mais pour pouvoir le faire, il faut avoir des finances publiques saines donc un budget en excédent ou au minimum en équilibre. C’est pour cela que François Bayrou a fait de la réduction de la dette et de l’équilibre budgétaire son cheval de bataille. C’est moins porteur électoralement que des slogans du type « travailler plus pour gagner plus » ou « je serai le champion du pouvoir d’achat », mais c’est plus réaliste et surtout plus raisonnable. Dommage que les Français ne l’aient pas compris. Espérons quand même qu’ils auront retenu la leçon.

Michel Escatafal

19.04.2008

Le début de la fin d'un modèle

Hier nous avons parlé de l’inflation qui s’invite de nouveau au banquet des économies du monde entier. Je disais que c’est une maladie extrêmement dangereuse qu’il faut traiter en priorité parce que les premiers à en souffrir sont les plus déshérités. C’est la raison pour laquelle je fais partie de ceux qui n’ont jamais critiqué la Banque Centrale Européenne qui avait institué « une cellule de veille » de l’inflation, de façon à pouvoir s’y attaquer rapidement le jour où le fléau ferait de nouveau son apparition. En revanche, j’ai toujours été critique sur les libéralités de la Réserve Fédérale en termes de politique monétaire, parce que celle-ci était trop accommodante.

La preuve,  les ménages américains surendettés pour la plupart d’entre eux, ne peuvent plus rembourser leurs crédits et plongent les établissements prêteurs dans une crise très grave qui n’a pas fini de faire des dégâts… sur l’économie en général et, in fine, sur la société toute entière. Cela étant, malgré sa prudence légendaire héritée de la Bundesbank, la Banque Centrale Européenne n’a pas pu à elle seule éviter certains dérapages collatéraux, si j’ose dire. De plus, dans une économie mondialisée, il est quand même difficile d’aller à contre courant des vents soi-disant porteurs, sans oublier la pression terrible exercée par les gouvernements dont la principale préoccupation est leur réélection.

Tous ces handicaps cumulés font qu’aujourd’hui le monde industrialisé se trouve confronté à des problèmes d’autant plus graves qu’ils apparaissent au moment où plusieurs grands états-continents, la Chine, l’Inde, le Brésil notamment, atteignent un stade de développement qui les rapproche des pays dont l’industrialisation remonte au 19è siècle. Ces états plus quelques autres plus petits représentent aujourd’hui ce que l’on appelle les pays émergents, avec une population qui atteint près de la moitié de celle de la planète. Or cette population, il faut la nourrir mais aussi lui offrir les services qui vont avec leur nouvelle richesse, au demeurant largement favorisée par les pays occidentaux qui leur ont fourni les infrastructures pour fabriquer moins cher, donc avec une rentabilité accrue,  des produits de grande consommation.

Le coût de la main d’œuvre chinoise ou indienne est évidemment incomparable avec celui de la France, de l’Allemagne ou des Etats-Unis. Alors, pour continuer à enrichir les actionnaires des grandes multinationales ou les gros fonds de pension, il fallait donc investir dans les pays dits en voie de développement, ceux-ci étant choisi prioritairement en fonction des possibilités d’y faire des affaires. Le coût de la main d’œuvre est très faible en Afrique, moindre qu’en Chine ou en Inde, mais les pays africains sont loin d’offrir les mêmes perspectives commerciales que les deux géants asiatiques, chacun ayant une population supérieure à celle de tout le continent africain.

Bien entendu, ce développement ultra rapide des pays émergents ne profite pas à toute la population loin s’en faut,  même si la faim y accuse un net recul. Cela étant  l’apparition d’une classe moyenne en croissance régulière,  et qui veut suivre (même de très loin) le train des classes dirigeantes, nécessite la mise en place d’infrastructures développées,  et oblige à importer des denrées inconnues ou presque il y a une vingtaine d’années. On ne peut que se réjouir de cette soudaine richesse dans ces pays, ce qui a fatalement des retombées aux étages inférieurs de la société, mais les régions qui n’ont pas eu la chance d’être choisies par les multinationales occidentales pour aider à leur développement,  se trouvent du coup dans une situation catastrophique.

Ils ne sont pas les seuls car, à un degré moindre, cette souffrance atteint aussi les couches les plus défavorisées de la population des pays dits riches. Les inégalités que l’on avait quelque peu gommées au fil des ans aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest apparaissent de plus en plus criantes, au point que des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour dire qu’avant de s’occuper du Tiers-Monde, il faudrait regarder ce qui se passe chez nous. Même si ces remarques sont exagérées et pour le moins égoïstes, il y a quand même une part de vrai dans ces affirmations quand on voit la misère qui se développe dans certains milieux frappés par le chômage et la maladie.

En effet, les politiques publiques dans les pays occidentaux sont de plus en plus orientées vers une baisse des prestations dites de service public, héritées de l’après-guerre dans un contexte de guerre froide où il fallait démontrer à tout prix la supériorité de la société capitaliste sur la société communiste. A présent ce n’est plus le cas, le communisme étant mort de ses propres turpitudes et de son caractère profondément antidémocratique. Donc l'Etat se désengage de plus en plus ne conservant que les services dits régaliens chez nous. C’est ce qui s’est passé depuis longtemps aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne avec le règne de Margaret Thatcher, et ailleurs y compris en France. Cela étant avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, l’accélération dans ce domaine est évidente.

Ainsi sous prétexte d'éviter les gaspillages, nous dit-on, on regroupe les missions jusque là dévolues à l’Etat dans des domaines aussi différents que la santé, l’enseignement, les transports, l’eau etc., pour mieux les offrir aux entreprises privées avec les conséquences que l’on devine en termes de qualité de prestations, mais aussi de coût pour la population, sans parler de la désertification qui accompagne ces regroupements. Pour Nicolas Sarkozy, la Grande-Bretagne par exemple est le modèle à suivre.  En fait de modèle,  la Grande-Bretagne n’en est pas un avec un système de santé désastreux, une délinquance qui prolifère à une vitesse plus qu’inquiétante, et des transports publics qui finiront par ne plus transporter personne compte tenu de leur vétusté. Bref, on a l’impression de vouloir  une société avec quelques milliardaires qui peuvent tout se payer,  et donc se moquent totalement de l’absence de service public, et une plèble de plus en plus indigente.

En faisant cette énumération, on a l’impression de se rapprocher du type de société qui sévit dans les pays émergents ou en voie de développement. Ceux qui aiment l’histoire pensent irrésistiblement à ce qui s’est passé dans l’Empire romain à partir de l’an 200, après le règne des Antonins. Deux siècles plus tard cet empire avait vécu. Et bien, on a l’impression de vivre la fin de la période de domination du modèle  occidental  avec, comme à l’époque romaine à partir de l’an 120, l’installation de limes pour se protéger des barbares. Aujourd’hui on ne lutte pas contre les barbares, mais pour parler comme Georges Bush, l’ami de Nicolas Sarkozy, on lutte contre l’axe du mal.

Voilà l’Etat du monde de nos jours,  et c’est hélas une vision réaliste, n’en déplaise à ceux qui ont des œillères. Voilà pourquoi il ne sert à rien de se voiler la face,  et de prendre pour argent comptant ce que nous dit le gouvernement à propos des réformes à faire. Les réformes on les connaît : c’est toujours plus pour quelques uns,  et toujours moins pour tous les autres. Le pire c’est que les gens eux-mêmes ont tendance à faire d’abord confiance aux démagogues,  parce que ceux-ci savent leur dire ce qu’ils souhaitent entendre. Cela étant, à peine l’élection passée, ils jurent mais un peu tard qu’on ne les y reprendra plus...jusqu'à la prochaine fois.  Cela dit j'espère de tout coeur me tromper, car je suis persuadé que nos idées méritent de s'imposer.

Michel Escatafal

18.04.2008

Elle revient...

Depuis la création de l’Union économique et monétaire, nous avions été habitués à des taux d’inflation très bas au point que certains économistes, qui se disent sérieux, ne cessaient de railler la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne qu’ils estimaient trop restrictive. Et les mêmes de vanter les mérites d’Alan Greenspan, qui fut longtemps le patron de la Réserve Fédérale Américaine (août 87 à janvier 2006), parce que lui se souciait uniquement de la croissance. Bien entendu, les responsables politiques de certains pays, notamment en France, emboîtaient le pas à ces observateurs en faisant de la BCE le bouc émissaire idéal de leurs propres difficultés. Les faits hélas viennent confirmer la justesse des appréciations de la BCE, et la navigation à courte vue de la Réserve Fédérale, grand responsable de la crise financière que nous subissons de plein fouet.

L’inflation est donc de retour puisque selon les chiffres publiés par Eurostat, le taux annuel d’inflation dans la Zone Euro en mars a atteint le chiffre de 3,6%, soit quasiment le double de celui enregistré il y a un an (1,9%). Le chiffre de 2% déterminé et souhaité par la BCE est donc pulvérisé,  et il est aisé de comprendre dans ce contexte pourquoi la BCE a maintenu ses taux inchangés la semaine dernière. Sur l’ensemble de l’Union Européenne les chiffres ne sont pas meilleurs puisqu’ils s’élèvent à 3,8% sur la période. L'inflation frappe notamment de plein fouet les pays baltes (16,6% pour la Lettonie), la Bulgarie (13,2%) ou la République Tchèque (7,1%), mais aussi certains pays de la Zone Euro tels que la Slovénie (6,6%), et à un degré moindre l’Espagne (4,6%), la Grèce, Chypre, le Luxembourg et la Belgique (4,4%).

Ces deux derniers pays ont d’ailleurs été fustigés par le directeur de la BCE, Jean-Claude Trichet, parce qu'ils pratiquent l’indexation automatique des salaires sur la hausse des prix, au risque de déclencher une spirale inflationniste. Même si ce langage apparaît incompréhensible à certains, le principal danger de la hausse des prix se situe à ce niveau. C’est quelque chose qui avait été oublié depuis la décennie 90, mais les plus anciens se rappellent des chiffres de l’inflation (à deux chiffres) dans les années 70 et 80. Ce n’est pas un mythe mais une réalité et, comme chaque fois, plus on attendra pour prendre des mesures et plus celles-ci seront sévères. On peut compter sur la BCE pour faire en sorte que les dérapages soient contrôlés, car ne l’oublions pas l’inflation appauvrit surtout les plus pauvres.

Mais il n’y a pas qu’en Europe que l’on constate cette résurgence de l’inflation. Aux Etats-Unis malgré la quasi récession que subit l’économie américaine, la hausse des prix dépasse 4% en rythme annuel depuis novembre, avec une inflation importée par la faiblesse du dollar. Celle-ci en effet surenchérit les importations, notamment en provenance de la Chine. Cette dernière qui maintient toujours des taux de croissance élevés (+10,6% au 1er trimestre 2008), a vu son indice des prix à la consommation progresser de 8% entre le 1er janvier et le 31 mars, en raison essentiellement de la flambée des prix alimentaires (+21% sur la période avec une flambée sur les marchés du blé et du riz), ce qui est un facteur d’inquiétude supplémentaire pour les autorités chinoises à la veille des Jeux Olympiques, compte tenu de la perte de pouvoir d’achat des classes les moins aisées de la population.

A propos de l’explosion des prix agricoles, nous ne pouvons pas passer sous silence les émeutes de la faim qui se multiplient dans les pays en voie de développement (Haïti, les Philippines…), faisant écho au cri d’alarme lancé ces jours-ci par la FAO, mais aussi par la Banque Mondiale qui estime nécessaire d’accroître la productivité de l’agriculture dans les pays pauvres, et d’apporter une aide beaucoup plus importante aux petits agriculteurs dans ces pays. Le problème est que les pays donateurs, donc les plus riches, sont loin de concrétiser les aides promises, à commencer par la France dont l’aide aux pays pauvres ne cesse de diminuer, malgré les incantations de Jacques Chirac et de son successeur à l’Elysée qui a d’autres priorités, sans que l’on sache exactement lesquelles.

Ces critiques à l’encontre des pays industrialisés s’ajoutent à celles que l’on entend de plus en plus sur le développement des biocarburants, très gourmands en céréales, ce qui n’a pas empêché la Commission Européenne de confirmer son objectif de porter à 10% la part des agrocarburants dans le secteur des transports européens d’ici 2020. A première vue,  la Commission semble avoir choisi de privilégier la réduction des émissions de gaz à effet de serre plutôt que de privilégier la sécurité alimentaire. Cela paraît un peu réducteur, mais le monde marchant sur la tête depuis de nombreuses années, il n’est pas étonnant que nous soyons prisonniers des fausses bonnes solutions, pour marier à la fois la sauvegarde de l’environnement et le développement économique.

D’ailleurs la crise alimentaire a aussi relancé le débat sur les OGM qui, pour certains, est la seule vraie réponse au problème, ce qui est un comble. Décidément le monde tel que nous le vivons est une triste réalité, et les pays occidentaux ont une large part de responsabilité dans ce constat. Même le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, souligne les risques politiques dans les pays pauvres quand il dit : « Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant, auront des conséquences terribles. Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre ». Pour une fois nous serons d’accord avec DSK. 

Michel Escatafal

04.04.2008

Préparer l’avenir, c’est d’abord savoir gérer le présent…comme en Norvège

899020169.jpgDans le droit fil de ce que j’ai écrit ces derniers jours sur l’Etat de nos finances publiques, et au moment où le gouvernement et les sondeurs se moquent de nous en affirmant que les Français sont très majoritairement (79%) pour une forte contraction des dépenses publiques (lesquelles ?), je veux évoquer un pays, la Norvège,  à la fois très proche sur le plan géographique et en même temps assez  lointain parce que ne faisant pas partie de l’Union Européenne, contrairement à ses voisins immédiats.  

Cette nation, indépendante depuis peu (1905),   a la chance d’avoir découvert du gaz et du pétrole en quantité importante dans ses eaux territoriales en Mer du Nord, mais contrairement à d’autres elle  a déjà prévu « l’après », grâce à un fonds de pension public mis en place dans les années 90, et qui recueille l’essentiel des  recettes pétrolières de l’Etat.

Ce fonds de pension est perçu dans le monde entier comme une référence en termes de transparence, de gouvernance et de responsabilité. Il obéit en outre à des règles d’éthiques très strictes pour ce qui concerne sa gestion. Les fabricants d’armes chimiques ou biologiques ou de mines antipersonnel sont proscrits, tout comme les groupes coupables de violation des droits de l’homme, de corruption ou de dégradation de l’environnement à grande échelle.

La Norvège a les dix neuvièmes réserves mondiales de pétrole,  et elle est le cinquième exportateur mondial d’or noir. Elle a aussi les douzièmes  réserves de gaz, ce qui la situe à un niveau voisin de celui de l’Algérie. Mais à la différence de l’Algérie qui compte 35 millions d’habitants, la Norvège a seulement 4,7 millions d’habitants. Son  PNB global dépasse 310 Milliards de dollars soit environ 66500 dollars par habitant (37000 pour la France), ce qui la place au 3è rang sur la planète. Bref, la Norvège est un pays riche, très riche même et, surtout elle sait prévoir l’avenir à travers son fonds de pension souverain.

Celui-ci atteint aujourd’hui un montant supérieur à 250 milliards d’euro,  qui le situe parmi les plus importants dans le monde. Il devrait être avec le niveau de dotation actuel proche de 600 milliards dans dix ans. A noter que l’Etat n’est autorisé à prélever chaque année que 4% du total du fonds, ce qui correspond de nos jours à sa rentabilité moyenne. Cela signifie qu’en aucun cas les prélèvements de l’Etat ne peuvent appauvrir le fonds de pension public. De quoi faire rêver les habitants d’un pays comme le nôtre, totalement incapable d’alimenter le fonds de retraite créé par le gouvernement de Lionel Jospin puisqu’il se situe, presque 10 ans plus tard, quasiment au niveau de sa dotation initiale.

Alors ce que la Norvège est capable de faire, pourquoi la France ne le ferait-elle pas ? Certes, la France compte 65 millions d’habitants et n’a quasiment pas de pétrole, ni de gaz dans son sous-sol. Cela étant, l’énorme effort d’investissement réalisé à partir des années 70 sur l’énergie nucléaire nous permet d’être exportateurs d’électricité. De plus, par rapport à la Norvège, la France est riche de son « pétrole vert » comme disait Valéry Giscard d’Estaing en parlant de notre agriculture, alors que l’agriculture ne représente qu’à peine 1,6% du PNB norvégien.

 Bref, arrêtons là cette énumération d’autant que le passé est le passé et que le présent est ce qu’il est. Espérons simplement qu’à l’avenir, les Français auront la sagesse de choisir un président de la République qui, avec son gouvernement, renouera  avec les recettes de l’époque où Raymond Barre était Premier ministre. Alors de nouveau nous aurons un budget en équilibre, l’endettement public diminuera, l’investissement de croissance sera important, et l’on se rapprochera du plein emploi sans artifices. Tout le contraire de ce qui nous vivons aujourd’hui, et de ce que nous avons vécu depuis 1981.

Michel Escatafal

21.03.2008

La crise sera longue...

Au moment où le gouvernement français révise enfin ses prévisions de croissance, de plus en plus d’observateurs se demandent combien de temps va durer cette crise, et surtout les raisons pour lesquelles on en est arrivé là. La première d’entre elles réside dans le fait que c’est la spéculation qui nourrit la crise, mais si spéculation il y a, celle-ci est facilitée par les difficultés toujours plus grandes à évaluer la qualité et la solidité de ceux qui émettent des titres sur les marchés financiers. Enfin il y a également l’explosion du crédit sous toutes ses formes, ce qui a permis à certains établissements aujourd’hui en difficulté,  de s’enrichir à bon compte pendant des années, jusqu’au moment où le système s’est grippé.

Parlons d’abord de la spéculation qui est, rappelons-le,  inhérente au fonctionnement du marché. Tout le monde s’imagine que le spéculateur est nécessairement un fonds de pension qui dispose de capitaux très importants qu’il fait fructifier. Mais le spéculateur est aussi un particulier qui place ses économies en achetant des actions, dans l’espoir que les cours de ces actions montent, ce qui lui permettra d’empocher une plus-value. De plus, chacun de nous participe aussi à la spéculation en déposant de l’argent dans sa banque, ce qui va permettre à cette dernière d’investir une partie de cet argent en Bourse. En fait les seuls qui ne participent pas à la spéculation sont ceux qui n’ont pas d’argent, ou qui ne laissent  quasiment rien sur leur compte bancaire.

Cela dit, une énorme partie des transactions boursières est faite par des spéculateurs professionnels que ne sont pas les petits porteurs. En effet, les fonds de pension qui disposent d’énormes liquidités, passent des ordres un peu partout dans le monde à la recherche d’opportunités de placement. Ils peuvent être actionnaires d’une entreprise pendant quelques jours, voire même quelques heures ou quelques secondes.  De nos jours,  grâce à la technologie, les transactions se font quasiment en temps réel. Il suffit d’avoir acheté  au bon moment des titres qui avaient beaucoup baissé quelques heures auparavant, pour les revendre tout de suite après avec un bonus important, compte tenu des sommes mises en jeu.

On imagine donc dans ces conditions l’ampleur que peut prendre une rumeur, par exemple sur les résultats, sur la cotation d’une action. On imagine aussi que sans les facilités techniques qu’ont les spéculateurs aujourd’hui de passer un ordre d’achat ou de vente, via les plates-formes boursières, les crises financières n’auraient pas l’effet domino que nous leur connaissons. Cela démontre aussi a contrario que, même s’ils peuvent être qualifiés de spéculateurs, les petits actionnaires qui investissent quelques milliers d’euros en Bourse ne peuvent pas gagner beaucoup, et peuvent même perdre une partie de leur mise, parce que jouer en Bourse exige un énorme professionnalisme. Je dis cela pour ceux qui pourraient se faire des illusions. En fait le petit porteur ne peut augmenter son capital qu’en jouant sur la durée, et là les gains peuvent être intéressants.

La crise financière que nous connaissons serait aussi due aux agences de notation. Elles ont certes leur part de responsabilité, mais leur taux de défaut est faible dans un contexte de plus en plus difficile à appréhender, avec de multiples acteurs et intermédiaires,  et des instruments financiers à la fois non transparents et pas liquides.  Et puis, qui a fait en sorte que ces agences soient les juges suprêmes sur la capacité des entreprises ou des groupes à honorer leurs engagements, sinon tout un système qui préfère confier à des sociétés privées, non soumises à supervision, ce type d’évaluation qui pourrait parfaitement être exécuté par des organismes nationaux, indépendants du pouvoir politique et économique. Cela,  personne n’en parle. On a d’ailleurs donné tellement d’importance à ces agences de notation qu’elles ont même une influence dans les ratios de solvabilité des banques.

Reste le problème de l’endettement qui a été évoqué plus tardivement, parce qu’on avait jamais connu un tel phénomène lors des précédentes crises financières. En effet, si l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a causé autant de dégâts,  c’est parce que cette bulle s’est traduite par une hausse des prix largement supérieure à celle des crises précédentes. Et tout cela a été favorisé par l’explosion des crédits accordés aux ménages américains. Mais c’est en réalité tout le système économique qui a abusé de la dette qu’il s’agisse des organismes prêteurs, des sociétés privées et même des Etats. C’est pour cela que,  malgré les moyens déployés par les banques centrales pour assurer la liquidité du système, la confiance a du mal à se rétablir et que le retour à la normale sera sans doute plus long que prévu.

Raison de plus pour ne pas faire croire aux Français que notre pays ne devrait pas trop souffrir des effets de cette crise qui, ne l’oublions pas, figure parmi les plus graves que l’on ait connues  depuis cinquante ans. Or chaque grande crise s’accompagne fatalement d’un recul de la production qui peut aller jusqu’à 5%, comme ce fut le cas pour le Japon à partir de 1992. D’ailleurs les prévisions relatives à la croissance américaine pour les deux premiers trimestres, indiquent clairement que les Etats-Unis sont au bord de la récession, s’ils n’y sont pas déjà.

Dans la Zone euro le ralentissement est moins brutal,  grâce notamment aux exportations qui se maintiennent à un bon niveau, malgré la flambée de l’euro par rapport au dollar. Voilà une nouvelle pierre à jeter dans le jardin de Nicolas Sarkozy qui voit dans l’euro fort la source de tous nos maux. Il est vrai que le commerce extérieur français (-2,3% du PIB) est loin de se porter aussi bien que celui de l’Allemagne (+5,8% du PIB) ou des Pays-Bas (+6,9% du PIB). Cela démontre amplement ce que nous avons dit ici même à de nombreuses reprises, à savoir  que l’effort de notre pays a été insuffisant en matière de recherche et développement,  et donc d’investissement.  Qui dit investissement, dit redressement de la production, mais aussi croissance des exportations, création d’emplois  et maintien du pouvoir d’achat.

Apparemment, quand il accumulait ses promesses sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy n’avait pas bien saisi les principes directeurs de l’action économique. Il avait pourtant été ministre des Finances dans le gouvernement Raffarin, mais comme ses prédécesseurs en poste depuis 1981, l’investissement n’a jamais été pour lui une préoccupation prioritaire. On l’a d’ailleurs rarement entendu s’exprimer sur le sujet. Or, avec la baisse de l'activité et des conditions de crédit moins favorables dans le monde, l’investissement devrait stagner de nouveau au cours de l’année 2008 selon l’INSEE.

Cela signifie que la croissance sera encore soutenue par la consommation des ménages, mais là aussi il faut être prudent car l’inflation devrait se situer à un niveau annuel de 3%, au moins jusqu’au mois de juin. Et il n’y a que l’INSEE et le gouvernement pour croire qu’avec 3% d’inflation, il n’y aura pas d’érosion du pouvoir d’achat. Décidément,  on est loin d’avoir épuisé un des sujets favoris du président de la République au cours de sa campagne électorale : « je serai le président du pouvoir d’achat » avait-il dit à cette époque. Depuis, comme il l’a confirmé au cours de sa dernière conférence de presse, il a relégué l’angoisse du pouvoir d’achat des Français au second rang de ses priorités. D’ailleurs comme l’a dit son conseiller Henri Guaino : « Cela fait 25 ans que le pouvoir d’achat recule ». Alors effectivement, les Français peuvent bien attendre 5 ans de plus !

Michel Escatafal

18.03.2008

A propos du vent de panique sur les marchés financiers...

890214966.jpgEt dire que certains ne cessent de critiquer la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE), en prenant pour exemple la Réserve Fédérale américaine (FED). Parmi ceux-ci il y a évidemment notre président de la République, mais aussi certains membres importants du Parti Socialiste. J’espère et je suis sûr qu’au-delà de leurs préoccupations électorales, ils ont constaté à quel point la FED a fait preuve d’amateurisme ce week-end au point de provoquer une nouvelle déflagration sur les marchés financiers. «C’est la plus grave crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale », diagnostique Alan Greenspan qui fut, ne l’oublions pas, le président de la FED de 1987 à 2006. Il a même  osé la comparaison avec  la crise de 1929.

Ces paroles sont à plusieurs titres le symbole de ce qu’il n’aurait pas fallu faire, notamment à la fin des années 1990 et au début des années 2000, époque où la finance internationale considérait Alan Greenspan comme un demi-dieu, et où il était de bon ton de vanter son savoir-faire. Epoque aussi où on ne cessait de railler « la frilosité » de la BCE, parce qu’elle suivait attentivement les évolutions de la masse monétaire et par conséquent de l’inflation. En fait, aujourd’hui on constate que la BCE a été beaucoup plus sage dans ses décisions de politique monétaire que la FED. Elle donne surtout l’impression de beaucoup mieux maîtriser la situation, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy et ses acolytes.

Il faut quand même rappeler que le leitmotiv des conservateurs américains, suivis en cela par la FED et son président de l’époque, était qu’il fallait à tout prix favoriser le crédit pour maintenir une croissance de 3 à 4% minimum, condition nécessaire pour que les Etats-Unis puissent faire financer leurs déficits par le reste du monde. Si les Américains achetaient beaucoup de logements, y compris en s’endettant pour 50 ans, c’était bon pour la croissance car cela faisait monter les prix de l’immobilier, et in fine cela permettait aux ménages américains d’acquérir, grâce à de nouveaux crédits,  des biens de consommation.  Ils obtenaient d’autant plus facilement ces crédits, que le prix de leurs logements prenait de la valeur. De plus ces crédits se situaient  généralement à un niveau historiquement bas. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

A coté de cela, cette pauvre BCE faisait piètre figure avec ses yeux rivés sur une inflation qui ne devait pas dépasser 2% l’an et qui, par conséquent, refusait de baisser ses taux au-delà du raisonnable. Evidemment pour un Nicolas Sarkozy ou une Ségolène Royal, mais aussi bien d’autres, Jean-Claude Trichet et son équipe n’étaient qu’une escouade de technocrates qui allait mener à la catastrophe le  bateau Zone Euro, alors qu’Alan Greenspan était en quelque sorte un marchand de bonheur. Ah le rêve américain dont on nous rebat les oreilles depuis tant d’années !

Et puis la crise est apparue dans toute sa complexité l’an dernier, plus particulièrement aux Etats-Unis. La Chine que l’on avait tellement aidée  dans son développement, et qui nous le rendait bien en faisant baisser les prix des produits de consommation et des biens durables, se développe plus vite que prévu, trop vite. Sa croissance dépasse les 10% chaque année,  elle accumule les excédents commerciaux d’autant plus facilement que  son yuan est faible, ses besoins s’accroissent très rapidement,  au point qu’elle est obligée de partir à la conquête du monde pour trouver ce qu’elle n’a pas ou plus dans son riche sous-sol. Et là, la panique s’empare du monde économique parce que le prix des matières premières s’envole, et pas seulement celui du pétrole, rendant les produits importés plus chers.

Du coup le spectre de l’inflation resurgit, entraînant une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, notamment américains, ces derniers ne pouvant plus rembourser les multiples crédits facilement obtenus. Pire, ils ont d’autant plus de difficultés à honorer leurs dettes que le robinet de l’argent facile se referme,  car ceux qui ont beaucoup prêté ne peuvent plus le faire aux mêmes conditions. De fait, de nombreux propriétaires se voient contraints de vendre leurs biens, faute de pouvoir payer leurs crédits,  et la bulle immobilière se dégonfle beaucoup plus vite que prévu. C’est le scénario catastrophe, d’autant que des banques « téméraires » ont racheté à bas prix les crédits mis en force par d’autres établissements, pour les placer à leur tour auprès d’organismes peu regardant sur la qualité de ces créances, en empochant au passage une solide plus-value. Du pur bonheur pour les spéculateurs… tant que cela marche !

Problème, le bonheur comme toujours est éphémère,  et de nombreuses banques ou établissements financiers sont très exposés à ce que l’on appelle « les crédits pourris ». Du coup, le crédit se raréfie parce que plus personne ne veut prêter de l’argent à quiconque, ce qui met en difficulté tout le système. Alors, même si les banques centrales, y compris la FED, n’ont cessé d’affirmer qu’elles ne secouraient pas les banques trop aventureuses, elles sont bien obligées dans certaines circonstances de prendre à chaud des mesures pour éviter la faillite de certains établissements au bord de l’asphyxie.

Ce fut le cas vendredi dernier pour la banque Bear Stearns, cinquième banque d’investissement des Etats-Unis, qui emploie 14000 personnes et dont les clients se désengageaient les uns après les autres. Dans la foulée, la FED abaisse de nouveau son taux d’escompte, appliqué aux grands établissements financiers, avant une nouvelle diminution de son principal taux d’intérêt, qui sera sans doute décidée aujourd’hui mardi. Enfin, elle annonce une nouvelle facilité de crédit pour que les grandes institutions puissent prêter de l’argent plus facilement, notamment aux établissements financiers les plus modestes.

Tout cela a entraîné une nouvelle panique sur les marchés financiers avec des baisses allant de 3 à 5%, les titres bancaires dévissant parfois de presque 20% comme la banque très connue Lehmann Brothers, dont on dit qu’elle est en grande difficulté. Le dollar a plongé de nouveau à des niveaux très bas, non seulement face à l’euro, mais aussi face aux autres grandes monnaies. Du coup le cours du pétrole dépasse les 110 dollars, et la récession aux Etats-Unis n’est plus une probabilité. Alors beaucoup se demandent si nous ne sommes pas, effectivement, dans une situation proche de celle de 1929, laquelle a entraîné la plus grande crise économique du 20è siècle.

Personne ne peut le dire avec certitude, mais ce que nous pouvons affirmer c’est que cette crise qui affecte en premier les Etats-Unis, n’aurait sans doute pas les mêmes conséquences pour les Européens qu’elle n’en a eu en 1929. Depuis cette date l’Europe existe, et nous avons une monnaie unique. Les détracteurs de l’intégration européenne devraient y penser ! Et puis, à quelque chose, malheur est bon : le ralentissement économique en cours est peut-être le meilleur moyen pour atténuer la fièvre inflationniste en Chine et en Inde. Ce n’est pas pour autant une consolation.

Michel Escatafal

05.03.2008

Le monde à la recherche d'un nouvel équilibre

Aujourd’hui nous allons sortir hors de France,  avant un week-end où l’on va beaucoup parler de politique et pour cause : c’est le premier tour des élections municipales,  et gageons que dimanche jusque tard dans la nuit, on va beaucoup commenter  les résultats. Je suis même certain que les vainqueurs vont exagérer l’ampleur de leur victoire,  et que les vaincus vont nous dire qu’il ne faut accorder qu’une importance relative à cette défaite, fut-elle cuisante, parce que ce sont des élections locales. J’espère simplement que nous pourrons nous réjouir des scores du Mouvement Démocrate et que dans certaines villes, comme Nîmes par exemple, le candidat soutenu par le MoDem créera  la surprise. Pour ma part je suis assez confiant tant sur le plan local, que national.

En tout cas,  quel que soit les résultats, la vie de notre pays ne s’arrêtera pas à ce scrutin,  et le 17 mars les problèmes de la France ne se seront pas envolés comme par enchantement. Nous aurons toujours nos déficits, notre dette continuera à monter, il y aura hélas des fermetures d’usine avec des industriels qui privilégieront le court terme au long terme, et qui n’hésiteront pas à délocaliser leurs productions, par exemple en Chine. Cela évitera des investissements lourds en recherche et développement, cela aussi donnera l’illusion qu’on est paré pour des années en termes de coûts de production, car les salaires en France  sont trop élevés, et plus encore les charges etc. On connaît la litanie.

L’ennui c’est que les patrons français ne sont pas seuls sur les marchés mondiaux, et que finalement les entreprises qui ont fait un réel effort d’investissement pour se positionner sur des niches porteuses s’en tirent plutôt bien, et surtout sont en train de prendre de l’avance sur celles qui se contentent de délocaliser leurs productions pour abaisser les coûts de fabrication. Certes, je ne suis pas naïf,  et chacun sait que les activités de pure main d’œuvre sur des objets ou matériels basiques auront toujours des difficultés pour réaliser la même chose que dans des pays où les salaires sont dix ou vingt fois inférieurs. Raison de plus pour que ces entreprises se diversifient, changent de stratégie et bénéficient d’aides importantes de l’Etat pour amorcer ce virage. Problème, de cela personne ou presque ne parle, sauf en période électorale, et les caisses sont vides comme disent le président de la République et son invisible Premier ministre.

Alors la Chine aura beau jeu de prévoir encore cette année un objectif de croissance d’au moins 8%, qui sera comme chaque année  dépassé. Mais ce qui pourrait être dépassé aussi, c’est l’objectif d’inflation fixé à 4,8%. Or ce chiffre est celui atteint en 2007, largement au dessus de celui attendu par le gouvernement chinois. Cela signifie qu’à la fin de l’année, on pourrait se situer plus près de 6 ou 7% que des 4,8% espérés. L’inflation, comme l’avouent les dirigeants de l’Empire du Milieu, est à présent la principale préoccupation des Chinois. La Chine, trente ans après son ouverture au monde, se trouve de plus en plus liée à l’économie mondiale, et elle n’échappera donc pas à des risques extérieurs tels que la hausse des cours mondiaux des matières premières et agricoles, mais aussi la crise des crédits hypothécaires à risques américains, sans oublier le ralentissement global de l’économie dans le monde.

Mais la Chine est aussi confrontée à une situation intérieure qui n’est pas saine avec des liquidités considérables, un surinvestissement caractérisé,  et des inégalités sociales qui ne cessent de se creuser entre les privilégiés du régime et des affaires,  et les centaines de millions de laissés-pour-compte, notamment dans les campagnes. Si cette situation perdure et s’aggrave, il est aisé de présager des lendemains difficiles avec des tensions sociales croissantes liées aux salaires. De tout cela les autorités chinoises sont conscientes, puisque le salaire minimum devrait augmenter de plus de 20% en 2008, ce qui va majorer le coût du travail de plus de 10% en tenant de l’amélioration de la productivité.

Or pendant des années, grâce à des salaires dérisoirement bas, la Chine a été le principal moteur de la stabilité des prix dans le monde. Ce sera de moins en moins le cas dans l’avenir, et la Chine va de plus en plus exporter de l’inflation, notamment dans les pays développés très dépendants de nos jours des exportations chinoises. Et l’on ne peut même plus espérer délocaliser ailleurs qu’en Chine y compris dans les provinces les plus reculées, car dans les pays qui ne sont pas encore émergents l’inflation fait des ravages plus considérables encore,  et il faudrait réinvestir des sommes énormes pour adapter les appareils de production. Avec leur dollar faible et leur dépendance en ce qui concerne leurs approvisionnements vis-à-vis de la Chine (1/6è de leurs importations), il n’est pas étonnant que les Etats-Unis fassent l’objet de craintes accrues de la part des autorités monétaires et des économistes sérieux.

En fait, le problème est que le monde occidental, donc le nôtre, s’est habitué à consommer des produits très bon marché jusque là, qui ne nous sont pas indispensables et que nous ne savons pas, ou ne pouvons plus fabriquer, à des coûts compatibles avec le pouvoir d’achat dont nous disposons. Tout le monde en ce moment dans notre pays parle de la hausse des produits alimentaires, en oubliant que le poids de nos dépenses alimentaires a beaucoup diminué depuis une trentaine d’années (il se situe entre 15 et 18%). En revanche les dépenses liées à la téléphonie, à l’électronique, à l’informatique etc. ont énormément augmenté  depuis une décennie, et amputent considérablement notre pouvoir d’achat.  Et ce n’est pas fini !

Alors doit-on s’affliger si les prix chinois (industrie = 47,5% du PIB), vietnamiens (industrie = 43% du PIB), ou laotiens (industrie =31% du PIB) augmentent dans des proportions significatives, parce que notre niveau de vie va en souffrir ? Certainement pas, dans la mesure où il paraît normal de voir certaines populations sortir (un peu)  de leurs misérables conditions de vie, imposées par la nécessité pour les pays riches d’acquérir des biens à vil prix, et aussi parce que si les prix chinois sont moins compétitifs, peut-être fera-t-on de nouveau les efforts nécessaires pour reconstituer une partie de notre appareil productif.  Espérons en tout cas que Français et Européens, pour ne citer qu’eux, comprennent que les délocalisations de production ne sont pas la panacée et que le monde est en train de changer.

Les Chinois et les autres habitants des pays émergents, ou en voie de développement, ne pourront pas produire éternellement des produits très peu chers sans problèmes sociaux chez eux comme chez nous. C’est un phénomène tout ce qu’il y a de plus normal et après tout,  n’est ce pas la meilleure chose qui pouvait arriver ? Pour ma part je le crois, et  je suis convaincu que nous sommes déjà rentrés  dans un nouvel équilibre mondial. Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, états de l’Asie du Sud-Est) pèsent aujourd’hui ensemble de plus en plus lourd,  et se rapprochent des deux plus grandes puissances économiques que sont l’Union Européenne et les Etats-Unis. Le phénomène de la mondialisation nous a fait basculer  dans un monde nouveau qu’on n’imaginait pas. A nous, Français et Européens,  de savoir nous adapter sous peine de voir notre niveau de vie se dégrader durablement.

Michel Escatafal

28.02.2008

Le pétrole et l'euro battent des records

407512678.jpgLe monde de l’économie vole depuis quelque temps de records en records,  ce qui n'est pas sans conséquence sur les grandes zones économiques de la planète. Parmi ceux-ci, il y a le cours de l’euro qui vient de dépasser 1,50 dollar, et le prix du pétrole qui vient de dépasser le seuil,  dit psychologique, de 100 dollars le baril. Tous les observateurs du monde  économique ont  souvent souligné les raisons de cette fièvre sur l’or noir, à savoir une demande de plus en plus forte en provenance des pays émergents qui enregistrent, pour les plus importants  d’entre eux, une croissance allant de 8 à 10%, voire même plus. A cela s’ajoutent les troubles géopolitiques que nous connaissons, notamment avec l’Iran, sans oublier les décisions de l’OPEP peu favorables  à une augmentation de la production et, comme toujours,  la spéculation qui fait monter artificiellement les cours. Bref, tout est bon pour faire monter le prix du pétrole y compris la dépréciation continue du dollar qui contribue à la spéculation.

En effet,  beaucoup pensent que la faiblesse historique de la devise américaine est un des facteurs importants  de la hausse quasi continue des cours du pétrole depuis plusieurs mois maintenant.  Rappelons que le 1er janvier 2007, l’euro valait 1,30 dollar et qu’à ce moment-là le pétrole était encore à un peu moins de 60 dollars le baril. Depuis le dollar n’a cessé de perdre de sa valeur par rapport à la monnaie unique (- 17%), mais aussi  par rapport aux autres monnaies importantes dans le monde, et le pétrole n'a cessé de grimper (il vaut trois fois plus cher aujourd’hui qu’en janvier 2003). En fait le marché pétrolier, depuis quelques temps est confronté à un cercle vicieux. En effet, plus la devise américaine baisse,  et plus la spéculation nourrit la hausse de l’or noir. Et c’est d’ailleurs le cas aussi des autres matières premières. A ce niveau  de faiblesse du dollar, l’achat d’un baril reste, nous dit-on, très attractif pour les investisseurs.

Le problème est que cela ne pourra pas durer éternellement, sous peine d’avoir de graves conséquences pour les pays consommateurs, même si la dépendance des pays riches vis-à-vis du pétrole s’est réduite par rapport à l’époque 1973-1979. Dans les pays les plus développés le tertiaire prend une place sans cesse plus importante, y compris d’ailleurs dans les pays émergents. De plus, par rapport à cette époque, le pétrole et le charbon ne sont plus qu’une composante parmi d’autres des ressources énergétiques, la diversification dans le nucléaire et les énergies renouvelables atténuant largement la facture énergétique.

On a beau critiquer dans les pays occidentaux la mise en chantier de centrales électriques d’origine nucléaire, il n’en reste pas moins que la part du nucléaire dans la production totale nette d’électricité qui est, par exemple, de 78 % en France soit 17% de l’énergie totale consommée, diminue largement la facture énergétique. En donnant ces chiffres, et par parenthèse, cela me fait penser au débat avant le 6 mai dernier entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui, manifestement ne connaissaient ni l’une, ni encore moins l’autre ces pourcentages,  ce qui était pour le moins stupéfiant.

Pour revenir à la moindre dépendance des pays consommateurs, cela ne veut pas dire pour autant que l’impact d’un pétrole à 100 dollars le baril n’a pas d’incidences dommageables pour nos économies. Tout d’abord, la consommation de carburant est en quasi-totalité d’origine pétrolière. Or, la part des dépenses des ménages liée aux produits pétroliers (fioul, essence) atteint 7 à 8% en moyenne dans les pays occidentaux, donc une augmentation des prix des carburants pèse d’un poids non négligeable sur le pouvoir d’achat. Aux Etats-Unis, où la prise de conscience sur les problèmes énergétiques est nettement moins développée que chez nous,  l’incidence négative sur la croissance du PIB se situerait entre 1 et 1,5% avec un baril qui se maintiendrait autour de 100 dollars. Elle serait moindre chez nous, dans la Zone Euro, en raison d’une part de prélèvements  fiscaux plus importants (65%)  qu’aux Etats-Unis (15%), ce qui atténue la hausse sur le prix à la pompe,  et d’autre part  grâce à l’appréciation de l’euro.

L’euro justement,  parlons-en. Il  vient de franchir pour la première fois de sa jeune histoire le cap de 1,50 dollar, en raison essentiellement de fondamentaux bien meilleurs dans la Zone que ceux des Etats-Unis. Les économistes anglo-saxons reconnaissent volontiers qu’il y a un contraste entre les Etats-Unis  où le risque de récession est sinon certain, du moins possible, et la Zone Euro où les choses se présentent plutôt mieux que prévu, notamment en Allemagne. De plus, il est évident que l’économie de la Zone euro est de plus en plus découplée de l’économie américaine, donc beaucoup moins susceptible de la suivre dans sa chute. La Zone euro est devenue en très peu de temps un ensemble économique de tout premier plan, en fait la deuxième économie mondiale, et sa monnaie est très normalement la deuxième du monde, même si son poids en termes de réserves ne correspond pas à son poids économique.

Alors jusqu’à quand et jusqu’où plongera le dollar ? Beaucoup de cambistes ne pensent pas que les fondamentaux  économiques où les taux directeurs des banques centrales soient les raisons uniques de la déconfiture actuelle du billet vert. Le mal est sans doute plus profond avec l’effondrement des prix de l’immobilier, et la baisse de confiance des consommateurs américains surendettés, et donc incapables pour beaucoup de maintenir leur niveau de vie antérieur.  Il y a aussi l’inflation qui refait surface, plus qu’en Europe, avec une hausse des prix de 1% en janvier, ce qui nous ramène des années en arrière. Et si ce risque inflationniste rend plus difficile pour ne pas dire improbable de futurs assouplissements monétaires de la part de la FED, compte tenu d’un différentiel de taux plus favorable la hausse de l’euro a encore de beaux jours devant elle.

En attendant cette envolée de la monnaie unique sème de nouveau la discorde dans les pays de la Zone euro. Le président de l’organisation patronale paneuropéenne Business Europe, Antoine Seillière, s’alarme du niveau de l’euro parce que défavorable à l’exportation, mais il a quand même reconnu que les échanges communautaires représentaient 70% des exportations européennes, ce qui permet de relativiser. Certains pays s’accommodent de cette vigueur de notre monnaie et même soulignent ses bienfaits, en limitant notamment l’envolée de la facture énergétique, libellée en dollar. D’autres en revanche comme  la France, avec ses 39 milliards d’euros de déficit commercial, ne cessent  de souligner les dangers d’un euro fort pour l’industrie européenne.

Gageons que nous entendrons de nouveau très rapidement les récriminations françaises contre la BCE, alors que l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche continueront de  défendre l’indépendance de la BCE. En fait, comme nous l’avons dit ici même, l’euro est un merveilleux bouc émissaire pour tous ceux qui refusent d’endosser la responsabilité des mauvais résultats économiques de leur pays. Il est quand même symptomatique d’entendre les Français et les Italiens se plaindre de la politique de la BCE, alors que dans la Zone Euro ils sont les mauvais élèves de la classe en matière de déficits, avec le Portugal. En tout cas, il y a au moins un point sur lequel tous les économistes sont d’accord : si le dollar est aussi faible, c’est parce que l’économie américaine vit à crédit vis-à-vis du reste du monde depuis trop longtemps.

Michel Escatafal

27.02.2008

L'évasion fiscale et le capitalisme libéral...

Depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République, notre presse écrite ou audiovisuelle vit complètement à son rythme, et laisse de coté nombre d’informations qui pourraient intéresser les Français. Certes, loin de moi l’idée de vouloir occulter les faits ou méfaits de notre président de la République, mais quand même la planète ne tourne pas uniquement autour de sa personne. Il y a d’autres évènements en France et dans le monde qui méritent attention.  Par exemple  le scandale d’évasion fiscale vers le Liechtenstein.

Depuis quelques jours, la presse étrangère qui n’a pas Nicolas Sarkozy à se mettre sous la dent, sauf pour le ridiculiser, ne cesse d’évoquer cette affaire limitée dans un premier temps à l’Allemagne, mais qui touche  désormais plus d’une dizaine de pays, dont les Etats-Unis. L’Allemagne d’ailleurs, par l’intermédiaire du porte-parole du ministre des Finances Peer Steinbrück, a affirmé  qu’elle était prête à partager ses informations avec les Etats avec lesquels elle avait des accords de coopération juridique. Et de fait, certaines informations ont déjà été transmises, entre autres à la France, comme l’a confirmé le ministère du Budget.

Cette enquête a été largement facilitée par l’achat par les services secrets allemands à un informateur, ancien employé d’une grande banque,  pour un montant de 4 à 5 millions d’euros,  de données bancaires venues du Liechtenstein. Ces informations auraient permis de réaliser une vaste enquête sur des fraudeurs du fisc, parmi lesquels des personnalités très connues. La Grande-Bretagne aurait aussi acquis, en payant, des informations de cet ordre auprès de ce même informateur. Par parenthèse, ce Monsieur semble avoir trouvé un bon filon ! Bien sûr, tout ceci est le plus souvent écrit au conditionnel, sauf pour le versement  des 4 à 5 millions d’euros confirmé par le gouvernement allemand.

Cette affaire aura déjà eu pour mérite de démontrer,  si besoin en était et n’en déplaise aux pourfendeurs de l’idée européenne, que dans certains domaines la coopération entre Etats de l’Union Européenne fonctionne très bien. Le commissaire européen à la Fiscalité, le Hongrois Laszlo Kovacs, l’a fort bien rappelé la semaine dernière en affirmant : « Au sein de l’Union Européenne, nous avons besoin de solidarité. C’est ainsi que nous pouvons exercer la pression nécessaire sur d’autres places financières ». En somme un bon avertissement aux pays accueillants et peu regardants sur  les mouvements d’affaires. Cela dit, cette  coopération ne s’arrête pas aux frontières de l’Union puisque parmi le groupe des pays qui ont reçu des informations sur les comptes au Liechtenstein, figurent aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis.

Autre information intéressante, l’idée d’utiliser des renseignements achetés à un informateur  pour démasquer les fraudeurs du fisc n’a, apparemment, posé aucun problème à tous ces pays sauf au Danemark qui, par l’intermédiaire de son ministre des Impôts, assimile ces méthodes « à une forme avancée de recel ». Nous laisserons à ce ministre la responsabilité de ses propos, mais la fraude fiscale doit être combattue toujours et partout, car cet argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat manquera pour soulager la misère de ceux qui, contrairement aux fraudeurs qui disposent du « maximum vital », n’arrivent même pas à survivre. Et je suis sûr qu’il y en a au Danemark comme ailleurs.

En rêvant un peu, on pourrait se dire qu’en luttant efficacement contre l’évasion fiscale, on pourrait entrevoir la possibilité d’une économie mondiale plus transparente,  et récupérer des sommes colossales pour les réinjecter dans la lutte contre la pauvreté et dans l’investissement écologique. En disant cela, je ne fais d’ailleurs que répéter sous une autre forme ce que disait ces derniers jours le secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, Jean-Pierre Jouyet. Ce dernier en  réitérant  le soutien de la France à l’Allemagne dans sa lutte contre les paradis fiscaux affirmait,  en effet, « qu’il paraît souhaitable de continuer de cette manière à moraliser les comportements financiers ». Il reste à espérer évidemment que les actes soient au niveau des paroles.

Sans vouloir se faire trop d’illusions, il semble quand même que cette affaire ait agi comme un révélateur sur la nécessité pour les pays les plus développés de limiter au maximum l’évasion fiscale. Ainsi, le gouvernement allemand prépare une action musclée qu’il souhaite élargie au niveau européen. Peer Steinbrück  a prévenu : « nous voulons déclarer la guerre aux paradis fiscaux en Europe. Il ne s’agit pas seulement du Liechtenstein. Nous parlons aussi de la Suisse, du Luxembourg ou de l’Autriche ». La Suisse, notamment,  est dans le collimateur des autorités allemandes, la taxation fiscale des holdings en Suisse étant considérée comme une concurrence déloyale par l’Allemagne et l’Union Européenne.

Voilà où nous en sommes pour le moment dans une affaire qui ne fait que commencer, mais qui est emblématique de la crise du capitalisme libéral. "Toujours plus", semble être la devise de ceux qui ont déjà tout et "toujours moins", hélas est la réalité de ceux qui n’ont rien. Ceux qui ont tout, qui gagnent des millions d’euros chaque année sont quelques milliers, mais ceux qui n’ont rien sont infiniment plus nombreux. Le PIB, la richesse nationale, s’accroît régulièrement  dans les pays développés, même si ce n’est pas dans la proportion souhaitée, et pourtant le nombre de pauvres augmente  chaque année dans ces pays, y compris le nôtre. Il y a là une anomalie et c’est pour cela que s’impose, comme le dit régulièrement François Bayrou, la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes de contrôle et de solidarité efficaces.

Pour appuyer ces dires, je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre et ce sera ma conclusion : « Si vous entendez par libéralisme économique une société qui repose sur l’économie de marché, sur l’esprit d’entreprise, et qui accepte la concurrence source de profits et du progrès, alors je suis libéral. Je suis opposé au socialisme collectiviste, centralisateur et planificateur. Si vous entendez par libéralisme économique la doctrine du  laisser-faire, laissez passer, de l’abandon aux forces du marché, du retard social et des inégalités insupportables, alors je ne suis pas libéral ».  Il n’y a rien à ajouter.

Michel Escatafal

22.02.2008

Faible croissance et forte inflation ne font pas bon ménage

Encore une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement, avec les dernières prévisions de la Commission Européenne. Cette dernière  a abaissé hier sa prévision de croissance en 2008 pour la France à 1,7%. Pour mémoire, il faut rappeler que le gouvernement français a bâti son budget sur une base de 2,25%, chiffre auquel personne ne croyait y compris la ministre des Finances, Madame Lagarde. Cette dernière, comme Nicolas Sarkozy, pourra toujours dire qu’après tout les Français font plutôt mieux que les autres, puisque la prévision pour l’Allemagne atteint à peine 1,6% et 0,7% pour l’Italie. Ce n’est pas une consolation pour autant.

Sur l’ensemble de la Zone euro, la croissance devrait se situer cette année à 1,8%. En 2007, la croissance du PIB sur la zone avait été de 2,7%. Le ralentissement est donc très net,  et il reste à espérer que ces estimations seront les bonnes, car c’est la troisième révision à la baisse en quelques mois. En effet, si aux Pays-Bas on prévoit une hausse du PIB de presque 3%, en revanche les nouvelles venues d’Espagne n’incitent guère à l’optimisme avec le brusque coup d’arrêt immobilier que l’on ressent dans la péninsule, au point que certains comparent la situation espagnole à celle des Etats-Unis.  D’ailleurs sur le modèle des  Etats-Unis, le gouvernement vient d’offrir 400 euros de remise fiscale à 13 millions de contribuables ce qui, comme toujours, laisse les économistes perplexes sur l’efficacité d’une telle mesure.

Une chose est certaine, l’Europe commence à ressentir les effets des turbulences mondiales en termes  de croissance et d’inflation, pour parler comme le commissaire européen aux Affaires économiques. Et oui, non seulement la croissance faiblit, mais l’inflation progresse. La commission prévoit cette année une hausse des prix d’au moins  2,6%, chiffre largement supérieur à la limite que se fixe la Banque Centrale Européenne qui est de 2%. Il y a une trentaine d’années, on avait inventé le mot de stagflation pour qualifier le double phénomène de croissance faible ou nulle  et d’inflation forte.

Cependant les  économistes de la Zone euro se refusent à employer ce mot, car même si la croissance est en recul par rapport à l’an passé  elle existe quand même, et on peut combattre l’inflation, si besoin est,  en resserrant le coût du crédit. Ce n’est pas encore une hypothèse envisagée par la Banque Centrale Européenne,  qui ne veut pas  porter un coup supplémentaire à une croissance déjà  en berne, mais il est vraisemblable que son taux directeur restera au moins à son niveau actuel (4%) dans les mois à venir.

Nicolas Sarkozy va devoir en prendre acte et se faire une raison. Ce n’est pas lui qui dirige la BCE (heureusement !), organe indépendant du pouvoir politique, et d’ailleurs on l’entend moins sur le sujet. Il est vrai que confronté à des déficits très importants et à un endettement qui ne cesse de croître, notre président de la République ne peut qu’adopter profil bas, au moment où l’ensemble des pays de la Zone fait de gros efforts pour atteindre en 2010 l’équilibre budgétaire, ce qui n’est pas notre cas. Gageons quand même que la BCE servira de bouc émissaire idéal aux yeux de nos gouvernants.

Cela étant, avec les augmentations concédées en Allemagne notamment à la Deutsche Bahn (les chemins de fer) en janvier (+11%) et, très récemment à la sidérurgie (+5,2%), les risques inflationnistes sont importants surtout si les salariés des autres pays de la Zone exigent les mêmes revalorisations. On le voit bien,  le problème du pouvoir d’achat n’est pas seulement un problème français. Il existe un peu partout y compris en Allemagne où les sacrifices ont été lourds ces dernières années, notamment pour faire redémarrer les exportations. Aujourd’hui c’est fait, et l’Allemagne accumule les excédents à ce niveau, donc les gens veulent leur part du gâteau.

Ils risquent de la vouloir aussi ailleurs, au moment où les résultats des entreprises commencent à tomber. Certes comme c’est l’habitude,  car tel est leur bon vouloir, les entreprises privilégieront en premier les actionnaires au détriment des salariés et même s’il donne à penser le contraire, le pouvoir de Nicolas Sarkozy sur ce plan est limité. Raison de plus pour lui en vouloir d’avoir donné des illusions aux Français en leur disant qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat ». Comment aurait-il pu s’y prendre pour obliger les patrons à accorder des augmentations aux salariés supérieures à celles de la hausse des prix ? Et comment pourrait-il faire pour donner un  supplément de pouvoir d’achat aux employés de l’Etat, alors que les caisses sont vides  comme chaque membre du gouvernement s’applique à l’affirmer, oubliant au passage qu’ils en sont responsables ?

Les tensions sociales resteront donc fortes en France et dans la plupart des pays de la Zone euro compte tenu de la hausse des prix sur les produits de grande consommation. A ce sujet le pétrole à plus de 100 dollars le baril n’est pas une bonne nouvelle, pas plus que la hausse des denrées alimentaires, car c’est cette inflation qui est réellement perçue par les consommateurs, alors que les salaires ne suivent pas le mouvement, à la notable exception de ceux des plus hauts cadres. Cette grogne ira s’amplifiant si les salariés ne s’y retrouvent pas et c’est le cas, comme en témoignent  les revues financières indiquant une forte augmentation du nombre de ménages incapables de joindre les deux bouts, après avoir payé leur loyer ou leur crédit logement.

Tout ceci n’est pas bon pour la croissance. Nicolas Sarkozy s’imaginait-il que la France était un ilot isolé du reste du monde où l’on pouvait ignorer la hausse des prix des matières premières ? Est-il à ce point incompétent pour ne pas se rendre compte que l’horizon naturel des échanges de la technologie  est mondial ? Certainement pas, du moins on veut l’espérer. Dans ces conditions il faut que très vite il dise la vérité aux Français, à savoir que notre pays doit faire les efforts nécessaires pour s’adapter à cette mondialisation si l’on veut y trouver des avantages, et non pas seulement des inconvénients.

Certains pays ont déjà fait du chemin sur ce plan, ce qui n’est pas notre cas. Ces pays l’ont fait au moment où la croissance était forte, ce que nous n’avons pas su faire ? Raison de plus pour cesser de faire dans la démagogie et les faux-semblants. Espérons qu’après les élections municipales, nos gouvernants retrouveront la voie de la raison et s’engageront sur la voie des vraies réformes, et que ces réformes seront faites avec cohérence et non au seul profit d’une poignée de privilégiés. C’est à ce prix que nous pourrons de nouveau regarder l’avenir en face et donner sa chance à chacun. Croissance et solidarité, tel était le projet de François Bayrou à la dernière élection présidentielle, et il est toujours valable. J’en profite donc pour recommander une nouvelle fois de voter et de faire voter aux prochaines élections locales pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate.  

Michel Escatafal