13.12.2009

La Grèce...mais aussi la France!

Ces jours-ci à la télévision on parle beaucoup de la Grèce et de ses difficultés économiques. Parmi celles-ci figure une dette qui devient colossale, à hauteur de 110 à 120% de sa richesse nationale. Et pour faire bonne mesure, on ajoute que la Grèce n’est pas la seule concernée par ce dérapage, car il y aussi le Portugal, l’Irlande, et l’Espagne. Bien entendu on ne parle pas de la France dont la dette enfle à une vitesse considérable, mais qui a un crédit beaucoup plus important que les pays que je viens de citer, pour la simple raison que sa dette publique se situait il y a moins de trois ans à environ 63% du PIB (contre près de 80% aujourd’hui), mais aussi parce qu’elle dispose encore de quelques magnifiques bijoux de famille qui n’ont pas été (encore) privatisés, ou qui sont en partie dans le giron de l’Etat. Autant d’éléments qu’on ne souligne pas assez.

Si dans le passé nos gouvernants s’étaient comportés comme ceux d’aujourd’hui, nous serions dans une  situation bien pire encore. Pour mémoire, au risque de me répéter, nous étions fin 1980 à moins de 20% de dette publique par rapport au PIB ! Fermons la parenthèse pour revenir à la situation de la Grèce, dont le déficit budgétaire atteindra 12,7% du PIB en 2009, soit quatre fois plus que ce qu’autorisent les critères de Maastricht. Avec ses 8,5% de déficit, la France de Nicolas Sarkozy passerait presque pour un élève médiocre et non pour un cancre, par rapport à la Grèce ou à la Grande-Bretagne de Gordon Brown…lequel ne sera plus au pouvoir dans moins de six mois. Ah si seulement nous avions la même perspective en France !

Reprenons notre sérieux pour dire que, selon les experts, la Grèce pourrait être le premier Etat européen défaillant. Heureusement les experts se trompent encore une fois…pour la bonne raison que la Grèce, comme l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, fait partie de la zone euro. Il est en effet évident que si Athènes se trouvait réellement en difficulté, l’Europe interviendrait. Même si certains reprochent beaucoup de choses à la monnaie unique, la zone euro est une entité solide et solidaire, ce qui explique la déclaration de Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe à propos des craintes de défaut sur la dette publique grecque : « Ce scénario de faillite est totalement aberrant, la Grèce n’est pas et ne sera pas en état de faillite ». Dit autrement, les problèmes de la Grèce sont aussi ceux de toute la zone euro. Cela étant, ce n’est pas pour cela que la situation de la Grèce n’est pas préoccupante, remarque valable aussi pour le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, mais aussi pour l’Italie et la France.

 Si je dis cela, c’est pour rebondir sur ce que J.C. Trichet a affirmé ces derniers jours, se disant confiant dans le fait que « le gouvernement grec saura prendre les décisions appropriées » concernant la dette et des déficits. Le gouvernement grec lui a d’ailleurs emboîté le pas, en confirmant qu’il était bien décidé à prendre toutes les mesures afin d’endiguer les dérives actuelles et donc à améliorer la situation. Et chacun sait bien ce que cela signifie, à savoir mettre en place un sévère plan de rigueur et ce, quelles que soient les aides que les créanciers extérieurs puissent accorder (assistance financière communautaire européenne, mais aussi vente de titres de la dette publique à des banques chinoises…comme le font le Trésor américain ou France Trésor, voire même demander des crédits au FMI avec les contrôles que cela implique).

Oui j’ai bien dit un sévère plan de rigueur, auquel n’échapperont pas les autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie. Et malheureusement  la France en fait partie, même si sa note n’a pas été dégradée par les agences de notations. Pourtant le rapport Pébereau sur la dette était suffisamment inquiétant pour que l’on s’en préoccupât sérieusement. Ce rapport n’a d’ailleurs pas été enterré dans un premier temps comme l’avait été celui de Michel Camdessus précédemment. Le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, et son ministre des Finances, Thierry Breton, avaient même essayé courageusement d’en tirer quelques conséquences, en faisant quelques pas dans la bonne direction. Cela étant l’essentiel avait été fait, dans la mesure où la publicité faite sur ce rapport avait permis de faire prendre conscience du problème.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien, et j’ajouterais que s’il y a bien un sujet que le pouvoir évite d’aborder, et par voie de conséquence la plupart des médias, c’est bien celui de l’endettement public. Cela dit, sous la pression des nécessités, les mesures indispensables seront bien obligées d’être prises un jour ou l’autre, et plus on attendra plus le redressement sera long. Voilà ce que laissera Nicolas Sarkozy en cadeau à son successeur, et d’ici deux ans et demi la situation ne sera pas meilleure puisque nous allons encore être en proie à des déficits budgétaires considérables. Et ce ne sont pas les perspectives de croissance que l’on prévoit pour 2010 et 2011 qui vont pouvoir aider à une amélioration de la situation, car elles seront nettement insuffisantes pour espérer un reflux  même léger du chômage, ce qui signifie une nouvelle augmentation des dépenses publiques. Et ce ne sont pas, non plus, les quelques centaines de millions récupérées çà et là à travers quelques prélèvements supplémentaires qui vont inverser la tendance. Et dire que Christine Lagarde se fixe comme objectif de revenir sous 3% de déficit en 2013 ! Mais quand va-t-on dire la vérité aux Français ?

Michel Escatafal

06.10.2009

Sommes nous réellement gouvernés?

Pendant que notre président est au Kazakhstan (pour quelques heures), et au lendemain de son show devant les PME réunies pour l’occasion, on vient d’apprendre que le déficit de l’Etat s’est encore creusé en douze mois puisqu’il atteignait fin août la somme astronomique de 127,6 milliards d’euros. Un an plus tôt, il était de 67,6 milliards. Autant dire que plus personne ne croit, à part Christine Lagarde, que le déficit sera de 141 milliards au 31 décembre. Même le Figaro semble en douter et plus encore ses lecteurs, c’est dire ! Et ce ne sont pas les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy aux patrons de PME hier qui vont contribuer à maîtriser ces déficits. Par parenthèse, je redis encore une fois que ces mesures, qui vont coûter 2 milliards d’euros, ne sont en fait que du saupoudrage et donc ne vont en aucun cas résoudre les problèmes de financement des entreprises.

Celles-ci en effet devraient pouvoir s’appuyer plus efficacement et plus naturellement sur les banques…si ces dernières jouaient véritablement le rôle qu’on est en droit d’attendre d’elles. D’ailleurs au moment où l’Etat leur est venu en aide, il était prévu que cette aide devait permettre aux banques d’accorder des prêts aux entreprises, et donc les aider à boucler leur trésorerie en attendant la reprise des commandes. Au final, malgré les dénégations du gouvernement et de l’UMP, ce travail n’a pas été fait comme espéré, et aujourd’hui les banques n’ont de cesse de rembourser les prêts qui leur ont été consentis, avant une hausse des taux attendue dans les prochains mois.

Bien entendu tout le monde trouve cela normal dans les plus hautes sphères de l’Etat. Personne en effet n’avait songé, chez Nicolas Sarkozy et sa ministre des Finances, qu’il fallait rentrer dans le capital des banques, comme cela a été fait dans d’autres pays, avec au passage la possibilité de faire une belle plus-value dès que les bourses auraient rebondi. En outre ce même Etat aurait été en position de force, pour obliger les banques à respecter leurs engagements vis-à-vis des entreprises et des particuliers. Au lieu de cela, non seulement il n’y aura pas de plus-value, mais en plus l’Etat est obligé de consentir lui-même une aide aux PME…asphyxiées par les banques. C’est ce que l’on peut appeler de la belle ouvrage ! Avec de pareils gestionnaires, il n’est pas étonnant que l’on batte tous les records de déficit et d’endettement.

Fermons la parenthèse pour justement parler sérieusement de ces déficits. Si l’on en croit le ministre du Budget, tout est de la faute de la crise, ce qui est faux comme je l’ai souvent affirmé sur ce site, même si la crise a joué un rôle amplificateur. Pour autant, cette crise n’est pas arrivée en quelques jours, et il fallait se préparer à l’affronter. C’est ce que certains gouvernements ont fait, avec plus ou moins de succès, mais ils l’ont fait et gageons que dans ces pays la sortie de crise en sera facilitée. Ce ne sera pas le cas chez nous, et je ne suis pas le seul à dire, ce qui signifie que le pire est devant nous car la dette de notre pays commence à être gigantesque. Or jusqu’à présent, malgré tous les défauts que l’on pouvait trouver au modèle français, notre pays se caractérisait par des fondamentaux certes en constante dégradation, mais encore acceptables. Rappelons qu’il y a dix ans nous satisfaisions à tous les critères de Maastricht !

Tel n’est plus du tout le cas aujourd’hui, et c’est pour cela que j’affirme que le pire est devant nous. Certes la presse proche du pouvoir, donc la plupart des médias, essaient de trouver çà et là quelques pays qui font encore plus mal que nous, mais le problème est que chez nous la situation se dégrade à une vitesse vertigineuse. Nous en arrivons à une situation inextricable parce que notre pays souffre de tous les maux à la fois, à savoir le vieillissement de sa population même si c’est un peu moins le cas qu’ailleurs, une sous-compétitivité criante, une industrie fragilisée, un chômage qui retrouve des niveaux très élevés, des comptes sociaux plus déficitaires que jamais, une dette qui devient énorme* et une monnaie forte, ce qui dans notre cas ne peut qu’aggraver nos problèmes alors que pour d’autres pays, l’Allemagne par exemple, c’est un atout.

Face à toutes ces difficultés que fait le pouvoir en France ? Il emprunte, et avec cet argent il « arrose » toutes sortes de catégories sociales en espérant gagner du temps (jusqu’en 2012 ?). Un jour ce sont les jeunes qui bénéficient de quelques « mesurettes », un autre jour les agriculteurs, un autre les petites entreprises, sans parler des exonérations fiscales accordées à certaines professions, par exemple les restaurateurs. Comme le dit François Bayrou, «  on distribue des milliards qu’on n’a pas », ce qui ne règle pas les problèmes. Et pour cause, depuis deux ans et demi nous n’avons pas de ligne directrice dans la gestion des affaires du pays. Tout est fait dans l’improvisation, dans l’instant, sans penser aux conséquences.

Seulement voilà, un jour il va falloir payer l’addition et elle sera douloureuse, car on n’échappera pas à une augmentation significative de la fiscalité, au risque de casser la croissance. Et si par malheur Nicolas Sarkozy devait être réélu, nous savons déjà qui en paierait le prix : ceux à qui on peut encore prendre quelque chose. Les autres sont tranquilles, ils ont un bouclier pour les protéger, ou bien ils peuvent se réfugier dans « des niches » où on ne viendra pas les déranger. Ah si j’allais oublier : j’ai entendu ce midi que le gouvernement avait trouvé la solution pour diminuer les déficits sociaux : faire la chasse à la fraude, en particulier la fraude sociale et les arrêts de maladie. Ouf, on est gouverné ! Et si vous en doutiez encore, je viens de découvrir que les ministres ont adopté le même régime que le président (soupe-fromage blanc-fruits rouges), et que leur embonpoint a diminué. Cela signifie que Raymond Barre avec son corps rond n’aurait pas pu faire partie de ce gouvernement. Cependant lui savait présenter un budget en équilibre, y compris dans une période de graves difficultés.

Michel Escatafal

*La dette brute est passée de l’équivalent de 91 milliards d’euros en 1980 à 720 milliards en 1997, pour atteindre 1210 milliards en 2007. En 2009 nous dépasserons 1500 milliards d’euros. Sans commentaire !

13.08.2009

Des cocoricos qui manquent de mesure !

Victoire ! L’économie française, avec une croissance de 0,3% du PIB au second trimestre, est « sortie du rouge », pour reprendre l’expression de Madame Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances. Bien sûr les mauvaises langues vont encore dire que cette « divine surprise » tombe à pic pour faire oublier un lot de mauvaises nouvelles, avec notamment les épouvantables chiffres du déficit budgétaire, lequel atteint des niveaux sans précédent. On pourrait y ajouter le déficit commercial qui s’est creusé à 4,1 milliards contre 3,1 milliards en mai, ce qui fait que sur les 12 derniers mois le déficit cumulé du commerce extérieur français atteint 53 milliards d’euros. Pire même, selon le ministère des Finances, les exportations ont reculé de 1,7% par rapport aux trois mois précédents.

Or, si l’on en croit ce que nous a dit Madame Lagarde à propos de la « divine surprise », ces chiffres inespérés seraient dus à la bonne tenue de la consommation…et à la bonne tenue des exportations. Certes, mais les mauvaises langues s’interrogent sur les explications relatives aux exportations compte tenu des mauvais chiffres du commerce extérieur malgré une baisse des importations, sans parler des prévisions de la Banque de France qui tablaient encore en juillet sur un recul de 0,4% au second trimestre, ni de celles de l’INSEE qui prévoyait -0,6%. En tout cas cette « divine surprise » a permis à Madame Lagarde de s’autoriser un sonore cocorico, en disant que nous faisons mieux que nos voisins, ce qui n’est pas tout à fait juste puisque l’Allemagne aurait fait aussi bien que nous, avec une progression du PIB de 0,3%...en raison de la reprise des exportations, ce qui se retrouve dans les chiffres du commerce extérieur.

Toutefois, sans mettre en doute les chiffres de l'INSEE, nombre d’économistes restent prudents pour les trimestres à venir, en faisant d’abord remarquer que l’investissement dans le privé demeure négatif (-0 ,9%), et en considérant comme inéluctable une nouvelle hausse du chômage. Et pourtant on ne peut pas taxer les dits économistes de pessimisme forcené, car la moindre lueur d’espoir se transforme très vite en belle éclaircie. A cela s’ajoute le fait que la « divine surprise » résulte d’une toute première estimation, avec les marges d’erreurs que cela comporte. Et c’est pour cela qu’il y autant de mauvaises langues laissant accroire qu’il y a des nouvelles qui tombent vraiment bien, au bon moment.

En effet, et là ce n’est pas une estimation, nous avons appris hier que le déficit budgétaire de la France avait enregistré une hausse de 38,6 milliards par rapport à l’an passé sur la même période, et a atteint le montant de 86 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. A combien serons-nous à la fin de l’année ? Si l’on en croit Eric Woerth, le ministre du Budget, le déficit se situera entre 120 et 130 milliards, mais chacun sait que ce chiffre est sous estimé donc on sera tout près de 150 milliards, soit presque 5 fois le déficit de l’année 2006 (36,16 milliards d’euros), dernier exercice du gouvernement Villepin. On comprend pourquoi on ne rappelle jamais ces données, pas plus que les comparaisons avec le voisin allemand dont le déficit devrait se situer entre 4 et 4,5% du PIB contre près de 8% chez nous.

Et puis pour ne pas affoler la population, surtout en plein mois d’août, Eric Woerth a confirmé hier encore qu’il n’y aurait pas de hausse des impôts, le déficit étant financé uniquement par l’emprunt…pour le moment, c’est-à-dire au moins jusqu’en 2012. Cela n’empêchera pas toutefois d’avoir quelques prélèvements supplémentaires, sous forme de création de taxes nouvelles, mais cela paraîtra toujours moins douloureux qu’une hausse des impôts directs. En outre une taxe comme la taxe écologique, aura le soutien plus ou moins explicite de tous ceux qui se réclament bruyamment du respect de l’environnement. En plus cette nouvelle taxe est « concoctée » par un ancien Premier ministre socialiste (Rocard).

Ce qu’on oublie de dire en revanche, c’est que cet énorme déficit aura nécessairement des effets négatifs sur les dépenses publiques. D’ailleurs, point n’est besoin d’être catalogué parmi les mauvaises langues, puisque Monsieur Woerth l’a lui-même confirmé. Les suppressions de postes dans la fonction publique vont figurer dans ces variables d’ajustement. Il aurait pu y ajouter une réduction des commandes publiques en contradiction avec le plan de relance gouvernemental pour faire face à la crise. Et oui, tout se paye quand on vit à crédit, y compris au niveau de l’Etat. Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

Encore une fois je veux rappeler qu’en 1980, le taux d’endettement public de notre pays se situait à moins de 20% du PIB, et que cette période correspond très exactement au dernier exercice budgétaire en équilibre. Et j’en profite pour dire une nouvelle fois que je regrette beaucoup que mon parti ne s’en serve pas davantage comme référence. C’est curieux, jamais je ne lis quelque part dans les revues du MoDem un éloge sur Raymond Barre, ce qui hélas est un signe qui ne trompe pas. On doit penser rue de l’Université (siège du MoDem) qu’il est plus « dans le vent » d’envisager un accord avec les Ecologistes pour les élections régionales, plutôt que parler déficit budgétaire. Il est vrai que ce sujet n’est guère la tasse de thé des Ecologistes, toutes tendances confondues, ceci expliquant cela !

Revenons donc aux causes de ce déficit public en soulignant que la crise est loin d’en être la seule cause, et ce d’autant plus que la France a été moins touchée que les autres pays par la crise du système financier, ce qui démontre une fois de plus que les régulations ont du bon. Passons ! Mais si la crise n’explique pas tout c’est qu’il y a d’autres raisons, à commencer par les mirifiques promesses électorales de Nicolas Sarkozy. Oh certes toutes n’ont pas été tenues, notamment les plus importantes (pouvoir d’achat, réforme des retraites etc.), mais le clientélisme a quand même beaucoup pesé sur les décisions du pouvoir dès l’élection de Nicolas Sarkozy, ce qui a entraîné très rapidement une envolée du déficit bien avant la crise mondiale. A ce propos le paquet fiscal a été une considérable erreur, dont on n’a pas fini de mesurer les effets néfastes…au moins jusqu’en 2012 car si alternance il y a, je suppose qu’on reviendra sur certaines dispositions de cette loi.

On peut à présent y ajouter la fameuse baisse de la TVA sur la restauration qui va coûter, en année pleine, 2 à 3 milliards d’euros alors que, comme chacun le craignait, cela ne va pas entraîner de créations d’emplois significatives, sans parler des hypothétiques baisses sur les menus. A cela s’ajoute l’activisme forcené du président de la République, l’œil rivé sur les sondages, essayant constamment de calmer les mécontentements avec des annonces qui coûtent cher, même si ces annonces ne sont pas totalement suivies d’effet. En outre certaines actions spectaculaires à caractère purement électoralistes, comme le Grenelle de l’Environnement, ont engendré des mesures coûteuses, même si leur réalisation finale reste encore en suspens, sans que la planète s’en porte mieux ou plus mal.

Bien entendu on ne peut pas passer sous silence la crise économique qui a aussi joué un rôle dans cette aggravation des déficits, mais pas au niveau où on essaie de nous le faire croire. Personne ne nie que les recettes de l’Etat aient diminué avec la chute des profits des entreprises. Personne ne nie non plus que les contributions sociales de l’Etat enregistrent avec cette crise une forte progression. Problème tout cela survient dans une période où nous n’avions déjà quasiment aucune marge de manœuvre budgétaire pour les raisons dont j’ai parlé auparavant. Résultat, avec les charges de la dette qui n’a cessé de s’amplifier depuis 1981 (environ 45 milliards d’euros), plus à peu près la même somme due aux effets mécaniques de la crise, cela fait environ 50 milliards d’euros créés par la calamiteuse gestion des affaires depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy (paquet fiscal, Grenelle de l’Environnement, cadeaux divers avec à partir de maintenant la baisse de la TVA dans le restauration, dépenses de fonctionnement etc.), sans que l’on trouve là-dedans des dépenses significatives qui préservent l’avenir du pays (investissements, recherche et développement, formation, co-développement…).

Résultat, avec de tels déficits on s’avance allègrement vers les 100% de dette des administrations publiques par rapport au PIB, sans doute dès 2012. Je dis dette des administrations publiques parce qu’il faut aussi ajouter à cette dette celles (à la charge du contribuable) des entreprises encore publiques (SNCF, La Poste, et même EDF), et je ne parle pas des retraites. Qui paiera ? Dans un premier temps, les classes dites moyennes ou ce qu’il en reste, et surtout les générations futures qui paieront les intérêts de la dette…sans pouvoir bénéficier des mêmes prestations qu’aujourd’hui, elles-mêmes déjà en retrait par rapport à un passé récent. Un dernier mot enfin dont on ne parle que trop rarement : la France à force de s’endetter depuis des années auprès d’investisseurs étrangers, sans envisager de prendre des mesures pour casser cette spirale, voit son patrimoine appartenir de plus en plus aux pays excédentaires en devises (Chine, pays du Golfe Arabique) qui financent pour une bonne partie (60%) notre dette. Avec un tel constat, on comprend pourquoi on peut trouver indécents certains commentaires présidentiels, ministériels ou des médias, à la moindre statistique un peu plus favorable ou un peu moins abominable.

Michel Escatafal

30.06.2009

Une crise inévitable? Oui, mais...

Avec une crise comme celle que nous connaissons chacun y va de son couplet pour l’expliquer, et ensuite pour faire en sorte qu’elle dure le moins longtemps possible. Bien entendu les mêmes qui ne l’ont pas vu venir sont parmi les premiers à expliquer doctement que cette crise était inévitable, et que tout concourait à faire en sorte qu’elle se développe comme une pandémie de grippe à l’échelle mondiale. Certains y voient une absence de régulation aux échelons nationaux ou internationaux. D’autres estiment qu’en fait cette crise, comme celle de 1929, est surtout le fait d’erreurs humaines ce qui explique leur réticence à vouloir changer le système capitaliste.  Et puis il y en a quelques uns qui pensent que tout ceci ne serait pas arrivé, si ceux qui sont aux manettes de la finance internationale ne s’étaient pas comportés de manière aussi irresponsable.

Pour être franc, je crois sans risque de me tromper qu’il y a un peu de tout cela, et que manifestement c’est la faute d’abord des apprentis sorciers qui dirigeaient le monde. Parmi ceux-ci bien évidemment figurent l’ancien  président  (Alan Greenspan) de la Réserve Fédérale américaine, celle qui gère la principale monnaie de réserve du monde, et bien entendu l’ancien président (Georges W. Bush) de la première puissance économique dans le monde. En 1929 cela avait été à peu près le même scénario, à ceci près que le monde n’était pas tout à fait régi de la même manière, On était en effet dans un monde moins unipolaire que celui que l’on a connu dans les années 1990, et même au début de la décennie 2000.

La France comme la Grande-Bretagne, qui venaient de vaincre l’Empire allemand, étaient encore considérés comme des grandes puissances, ne serait-ce que par leur empire colonial. En plus les Etats-Unis avaient à leur tête un président qui n’a laissé que le souvenir d’un homme peu porté sur les grandes décisions, Herbert Hoover. Cela dit, qu’il s’agisse des leaders politiques ou des banquiers centraux, tous avaient pour caractéristiques de n’être pas de grands hommes d’action…ce qui signifie que le pouvoir économique, concentré dans les mains des grandes entreprises multinationales, avait primauté sur le pouvoir politique ou de régulation.

On était donc bien dans la même situation que ces dernières années, où les pouvoirs politiques et financiers suivaient aveuglément les desiderata des multinationales de l’économie et de la finance. Et le jour où le système s’est grippé il n’y avait bien sûr personne pour prendre la mesure de ce désastre financier , parce que personne dans le monde politique n’était capable de prendre les décisions qui s’imposaient, pour faire en sorte que les banques continuent à jouer leur rôle.  On a même laissé mettre en faillite la banque Lehman Brothers, ce qui aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques si les banques centrales n’avaient pas pris la mesure de leurs responsabilités.

A ce sujet, et n’en déplaise à Nicolas Sarkozy et à tous ceux qui crient sans connaître le sujet, on ne peut que souligner le rôle extrêmement positif joué par la Banque Centrale Européenne, qui a largement contribué à éviter une catastrophe plus importante encore. Et je dirais qu’heureusement, et sous l’impulsion de la BCE, les banquiers centraux ont pallié en partie les carences des décideurs politiques qui, aux dires de nombreux observateurs, n’ont pas su gérer la situation. C’est facile de vouloir refonder le capitalisme, mais c’est plus difficile de prendre les décisions qui permettent de redonner confiance aux investisseurs et plus encore aux citoyens, les uns et les autres ayant cru (les naïfs) que l’argent pouvait éternellement rester démesurément bas sans engendrer une spéculation  effrénée, ce que Messieurs Greenspan et Bush  n’avaient pas su ou voulu admettre.

On comprend mieux pourquoi un Nicolas Sarkozy n'a pas réalisé la portée de ses paroles quand il encourageait les Français à s’endetter,  ou quand il considère que l’endettement public est un mal nécessaire.En tout cas sur ce plan c’est réussi, puisque selon le FMI la dette publique dans les 10 pays les plus riches du monde dépasse 78%. La France figure bien dans ce peloton et elle va même y figurer en très bonne place dès cette année et plus encore en 2010 et les années suivantes. Jamais en temps de paix notre pays n’a connu une telle situation, comme jamais depuis la deuxième guerre mondiale la France n’a perdu autant d’argent en si peu de temps.  Dans ces conditions comment allons-nous pouvoir financer le traitement du chômage, le paiement des retraites, le déficit de la sécurité sociale, mais aussi l’effort de recherche et d’investissement, sans lequel notre système productif restera toujours à la traîne par rapport à nos voisins allemands pour ne citer qu’eux ?

Voilà une bonne question à se poser, au lieu de disserter sur la manière dont on va dépenser les 80 ou 100 milliards que va rapporter le grand emprunt national décidé par Nicolas Sarkozy. En fait, pas besoin de se poser la question puisque chacun sait que ces 100 milliards vont servir à préparer l’élection de 2012, puisqu’il est interdit d’évoquer toute augmentation des impôts pour les plus riches, comme il est proscrit d’employer le mot rigueur notamment pour financer les dépenses inutiles. Cela étant il faudra bien un jour ou l’autre payer l’addition, ne serait-ce que vis-à- vis de Bruxelles, et là ce sera très douloureux. Et si c’est Nicolas Sarkozy qui doit mettre en œuvre des mesures douloureuses, chacun sait bien qui paiera. Raison de plus pour affiner très vite nos propositions, en n’oubliant pas que la situation sera pire que ce que nous l’imaginons aujourd’hui.

 

Michel Escatafal

22.06.2009

La politique est un métier que seuls les politiciens professionnels peuvent comprendre

Même si cela n’a pas valeur d’absolue référence, notamment parce qu’il n’intègre pas les inégalités de richesse au sein d’un pays, le rapport annuel de l’école de management de Lausanne (IMD) a quand même un coté intéressant pour deux raisons : la première parce que cette étude est réalisée depuis 1989, et la deuxième parce qu’elle accorde une importance prépondérante aux données statistiques, dites dures, qui mesurent la compétitivité. Voilà pourquoi à défaut d’être parfaite cette étude a de quoi nous faire réfléchir, d’autant que les résultats pour la France ne sont pas brillants surtout si l’on analyse l’évolution au cours des 10 dernières années. En effet sur 55 pays analysés, nous constatons que 40 progressent ou maintiennent leur compétitivité par rapport aux Etats-Unis qui sont en tête de ce classement sur la période, mais que 15 autres ont vu leur situation se dégrader, notamment l’Italie, le Brésil…et la France. On s’en serait douté !

 

Sans aller très loin à propos de notre pays, la situation s’est dégradée de nouveau selon le rapport de mai 2009, après un rebond entre 2006 et 2007. Aujourd’hui nous nous retrouvons à un niveau proche de celui de 2005 où nous étions à la 30è place, puisque nous sommes retombés au 28è rang après avoir été au 23è rang en 2007. C’est assez parlant et c’est surtout bien dommage que les gens ne le sachent pas. Il est vrai que parler des résultats de 2007 portant sur l’année 2006 c’est faire preuve de mauvais esprit, car à l’époque le Premier ministre s’appelait Dominique de Villepin. Quelle horreur ! En tout cas voilà au moins un sujet sur lequel ne s’étendra pas le président de la République lors de son intervention devant le Congrès à Versailles lundi, où il doit exposer son plan de bataille pour le reste du quinquennat, comme le disent pompeusement ses amis journalistes.

 

Pourtant il en aurait des choses à dire sur le sujet, car les résultats de cette enquête portent notamment sur la performance économique, la qualité des infrastructures et l’efficacité du gouvernement. Reconnaissons que ce classement reflète assez bien les évolutions ressenties dans le pays. Il est aussi pertinent, surtout si l’on regarde où se situe par exemple l’Allemagne qui est passée du 16è rang au 13è, ou encore la Grande-Bretagne, malgré son affaiblissement depuis le début de la crise, qui reste largement devant nous au 21è rang. Une consolation toutefois, l’Espagne et l’Italie sont derrière nous respectivement aux 39è et 50è rangs. Cela étant, si la dégringolade française continue tous les désespoirs sont permis, surtout si l’on regarde l’explosion de nos déficits sur lesquels je reviendrai, mais aussi notre balance commerciale qui elle aussi est historiquement déficitaire, sans parler de la dégradation continue de nos systèmes éducatifs et de santé. Et pourtant en termes de qualité de vie nous étions remarquablement placés il y a peu encore.

 

Plus inquiétant, l’étude fait ressortir l’avantage qu’ont les pays capables de se positionner sur les marchés régionaux, par exemple en Asie du Sud-Est, malgré la concurrence sino-japonaise. Sur ce plan l’Allemagne reste très bien placée, contrairement à la France qui souffre cruellement du manque d’investissements dans la recherche accumulé depuis des années, ce qui explique notre faible présence sur les marchés des pays en fort développement, et pas seulement la Chine ou l’Inde, mais aussi la Malaisie, la Corée du Sud ou Taïwan. La France qu’on le veuille ou non est resté un Etat interventionniste sans être capable de produire de l’intelligence, faute le plus souvent de moyens. Et ce n’est pas avec des « caisses déjà vides » que l’on vide chaque jour davantage que la situation va changer.

 

A ce sujet, nous n’avons même pas comme l’Allemagne l’excuse d’avoir eu à payer la colossale facture de l’absorption de l’ex-RDA, soit quelques 1600 milliards d’euros, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un taux d’endettement public inférieur au notre. Certes l’Allemagne va voir elle aussi ses déficits se creuser, la crise ne l’ayant pas épargnée en raison de sa forte dépendance des marchés extérieurs, mais elle dispose d’atouts que nous n’aurons pas quand l’heure de la reprise sonnera. En France, pour le moment, la politique du gouvernement est d’augmenter les dépenses sans pour cela créer d’actifs, en maintenant des impôts bas, plus particulièrement pour ceux qui pourraient payer plus. C’est ce que j’appellerais du déficit idéologique. Et le jour où il faudra régler l’addition de tous ces déficits qui va payer ?

 

Nous connaissons la réponse, à savoir ceux qui sont déjà surtaxés par rapport à leurs revenus, et qui ne bénéficient aucunement des cadeaux en tous genres faits par Nicolas Sarkozy et son gouvernement à ceux qui forment le noyau dur du soutien à sa politique. En outre, quand les comptes sociaux atteindront des niveaux tels qu’il sera impossible par des prélèvements de boucher les trous, alors on nous dira qu’il faut augmenter les franchises sans pour cela appliquer une proportionnalité par rapport aux revenus, ce qui obligera les gens à souscrire une assurance privée…pour ceux qui en auront les moyens. Et tout cela pour avoir le droit d’aller se faire soigner…dans les cliniques privées qui pourront ainsi conforter leurs bénéfices. On dit merci qui ?

 

Voilà un autre sujet dont personne ne parle ou si peu, et qui pourtant intéresseraient les Français si cela était bien expliqué. C’est tellement facile pour nos gouvernants d’évoquer la crise pour justifier les 7,5% du PIB  de déficit avoués par Eric Woerth, le ministre du Budget, pour l’année 2009. A ce propos, et cela ne me réjouit pas, il y a longtemps que je dis que nous allons vers des déficits dépassant les 7%, voire même atteignant 8 ou 9%, alors pourquoi mentir aussi effrontément aux Français ? Evidemment je conçois qu’il soit difficile d’expliquer pour un ministre du Budget qu’avec un déficit budgétaire de 7 ou 8%, quand l’Etat reçoit 100 euros il en dépense presque un tiers de plus. Tout cela pour montrer à quel point nous sommes (déjà) dans une situation catastrophique, comme nous en avons rarement connu dans notre histoire.

 

Toutefois, cela n’empêche pas notre président de la République de faire comme si de rien n’était. Il organise un congrès à Versailles, dont l’utilité est loin démontrée faute de débat, qui va coûter 400 ou 500.000 euros selon les sources. Une intervention à la télévision n’eut-elle pas été plus judicieuse ? En tout cas cela aurait coûté infiniment moins cher et, plus que cela, tous les Français qui le souhaitaient en auraient profité. Evidemment les gazettes et autres télévisions n’auraient pas pu évoquer la dimension historique de l’évènement, mais que retiendra l’histoire du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Qu’il a creusé les déficits et l’endettement de la France à des niveaux inimaginables, et qu’il n’a pas su faire les réformes nécessaires pour assurer l’avenir du pays. Alors que les médias nous épargnent ce lyrisme qui accompagne ce discours à Versailles !

 

Enfin et ce sera ma conclusion, j’en profite pour redire encore une fois qu’il ne faut pas que notre mouvement, le MoDem, se perde comme il semble en train de vouloir le faire dans de savantes stratégies politiciennes, comme celle que j’ai lue hier dans les journaux relative à une alliance éventuelle en vue des élections régionales avec Europe Ecologie. Comme si les résultats des élections européennes pouvaient être pris réellement en considération avec 60% d’abstentions ! Combien pèserait électoralement dans une élection nationale (législative ou présidentielle) cet ensemble disparate et improbable que représentait Europe-Ecologie ? Ne ferions-nous pas mieux de préparer un projet pour l’avenir, à la fois sur le plan économique, social et environnemental, au sens large du terme, seuls sujets qui intéressent les Français ? N’est-ce pas parce que François Bayrou était le seul à parler ce langage qu’il a réalisé plus de 18% des voix à la dernière élection présidentielle ? Décidément je finis par croire que je ne comprendrais jamais « les professionnels de la politique » !

 

Michel Escatafal

02.06.2009

Il y a des gros salaires mieux acceptés que d'autres...

Dans les journaux on évoque régulièrement la question de la rémunération des grands dirigeants d’entreprises. Elle est aussi reprise parfois par les hommes politiques qui l’accommodent à leur sauce politicienne, ce qui est une autre manière de faire de la démagogie. Sur ce plan il faut reconnaître que nos gouvernants sont particulièrement doués, mais ils ne sont pas les seuls, hélas. En effet la rémunération des patrons est le type même de question qui ne devrait pas se poser si justement ces patrons n’étaient pas les premiers à prêcher sans cesse la modération salariale pour leurs employés, au point d’ailleurs d’évoquer la baisse des salaires comme moyen de conjurer la crise…sans que cela émeuve outre mesure le gouvernement.

Ce débat est d’autant plus aigu que de nombreux hauts dirigeants de grandes entreprises maintiennent contre vents et marées leur objectif de s’octroyer de royales hausses de salaires…afin de compenser la suppression de bonus ou autres primes qui font désordre dans des entreprises qui voient fondre leurs bénéfices, ou qui tout simplement font des pertes, parfois très importantes. Tout cela évidemment provoque l’ire des salariés qui, pour leur part, subissent de plein fouet les conséquences de ces pertes, alors qu’ils n’y sont pour rien dans la mesure où il leur est simplement demandé d’assurer leur travail dans l’atelier, dans le secteur commercial ou dans les bureaux. Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, ils appartiennent à une équipe qui a des objectifs quantitatifs et qualitatifs à réaliser…et qui le sont, sans en obtenir la moindre gratification.

Bref les dirigeants tirent toujours les bénéfices de leur action, même quand ils échouent en termes de résultats, contrairement aux cadres non dirigeants, aux employés et aux ouvriers qui sont toujours en première ligne quand une entreprise rencontre des difficultés. C’est d’ailleurs pour cela que certains salariés n’ayant plus rien à perdre sont prêts à tout pour obtenir au moins des conditions de départ acceptables en cas de grosse restructuration. Et en cela ils ont le plus souvent la bénédiction de l’opinion publique, ne serait-ce que parce que cette dernière sait qu’une partie d’entre elle peut être un jour ou l’autre concernée par ce type de problème. De plus cette opinion publique sent bien qu’au-delà des bonnes paroles distillées par nos gouvernants, ceux-ci sont toujours du coté des patrons.

Cela fait beaucoup de bonnes raisons pour expliquer les qualificatifs « indécents, scandaleux ou excessifs » s’appliquant à la rémunération des dirigeants d’entreprises, en excluant évidemment les petits patrons de ce débat. Ceux-ci en effet, et on ne le répètera jamais assez, sont quand même et avant tout les premières victimes de la crise. En outre chacun sait que, dans leur grande majorité, ces « petits patrons » se battent de toutes leurs forces pour préserver leur outil de travail et l’emploi qui va avec, et cela contre l’avis de leurs conseillers ou de leurs banquiers qui raisonnent beaucoup plus en terme de rentabilité. Toutes ces choses doivent être dites et répétées avec force, parce que malheureusement l’amalgame est souvent fait entre dirigeants de multinationales et patrons de petites PME.

Alors me direz-vous, à quel niveau doit se situer l’écart de rémunération entre les hauts dirigeants et les employés ou ouvriers ? A mon avis ce n’est pas comme cela que la question doit être posée, même si malheureusement c’est ainsi qu’on la pose. Je répondrais pour ma part d’une autre manière, en souhaitant que chacun dans une entreprise qui fait des bénéfices en profite, y compris et surtout le personnel qui se situe au bas de l’échelle. Combien d’entreprises importantes pourraient augmenter significativement les salaires, ou disons plutôt la rémunération globale, si les primes de résultats, parfois énormes au profit de quelques uns, étaient mieux réparties ? Pourquoi dans les années 60, dont beaucoup de ceux qui les ont vécues parlent avec nostalgie, tout le monde avait l’impression de mieux vivre qu’aujourd’hui ?

Tout simplement parce que les gens voyait peu ou prou leur situation s’améliorer chaque année. Pourquoi dans une période presqu’aussi difficile que celle que nous vivons de nos jours, à la fin des années 70 avec les deux chocs pétroliers, les gens faisaient confiance à Raymond Barre alors Premier ministre avec 58% d’opinions favorables (fin 1979) ? Parce que les Français savaient qu’au-delà des mesures nécessaires qui étaient prises pour assurer la solidité de notre monnaie, pour maintenir l’équilibre de notre balance des paiements et pour ne pas obérer nos finances publiques, c’est l’ensemble du corps social qui participait à l’effort commun y compris les plus favorisés d’entre eux, contrairement à ce qui se passe de nos jours où, par exemple, le principe du « bouclier fiscal » s’applique aussi au financement du RSA.

C’est avec des exemples comme celui-là que l’on détruit la cohésion sociale d’un pays, et c’est aussi pour cela que les dirigeants d’entreprises sont tellement vilipendés pour leurs rémunérations jugées excessives par l’immense majorité de la population. Elles le sont d’autant plus que ceux qui bénéficient de ces rémunérations sont aussi les premiers bénéficiaires du fameux bouclier fiscal à 50%, preuve aux yeux de l’opinion de la collusion entre le pouvoir et l’argent. A ce propos, il est significatif que ce débat ne s’applique qu’aux rémunérations des hauts dirigeants d’entreprise, et non pas à celui des grands sportifs. Que je sache, on entend rarement dire que Tony Parker ou Thierry Henry gagnent trop d’argent. Et pourtant l’ensemble de leurs revenus est certainement supérieur à celui des patrons les mieux payés. Cela étant les sportifs ne représentent guère plus que leur propre personne, et surtout chacun sait que s’ils ont moins de résultats ils en subiront immédiatement les conséquences financières, ce qui est rarement le cas dans une grande entreprise pour le PDG et ses proches collaborateurs.

Là est toute la différence aux yeux des gens, en plus du fait que Tony Parker et Thierry Henry soient considérés comme des « demi-dieux » doués d’un talent auquel il n’est pas possible de se comparer. En revanche le jeune diplômé, frais émoulu d’une grande école,  qui « rame » pour trouver un emploi à la mesure du diplôme qu’il vient de décrocher, ne se sent pas forcément inférieur au PDG du groupe pour lequel il aspire à travailler, d’autant que ce dernier est jugé responsable des pertes parfois abyssales qui ont mis son groupe en difficulté…nécessitant l’intervention de l’Etat, donc l’argent des contribuables. On le voit le débat est loin d’être clos, mais le plus grave dans cette affaire est que les gens ont l’impression que non seulement rien ne change pour eux, mais que leur situation ne peut aller qu’en se détériorant.

Michel Escatafal

 

22.05.2009

Le Français sont plus fourmi que cigale...

A force d’entendre dire que la crise a épargné notre pays plus que d’autres, et malgré les nombreuses notes écrites un peu partout où chacun s’accorde à dire que la France est aussi sévèrement touchée que beaucoup d’autres, il se trouve que certains finissent par croire ce que dit le gouvernement français, à savoir que ça va mieux chez nous qu’ailleurs.  Alors encore une fois je vais parler de quelque chose qui démontre bien que si notre pays n’a pas su poursuivre sur la voie tracée par Raymond Barre à la fin des années 70, il a gardé suffisamment de spécificités pour que ses habitants souffrent plutôt moins que ceux d’autres pays comparables au nôtre. En fait on a eu de la chance que Nicolas Sarkozy ne soit pas entré à l’Elysée plus tôt.

Mais pourquoi donc cette impression que la crise s’arrête à nos frontières ? D’abord ce n’est pas vrai, comme en témoigne, hélas, la forte augmentation du taux de chômage et ce, malgré des statistiques que certains soupçonnent d’être passées régulièrement à la lessiveuse. Malgré tout les faits sont là, et la multiplication des plans sociaux, y compris dans des entreprises de plus en plus petites, indique que cette évolution négative ne fait que commencer. Cela dit, heureusement pour nous, les dépenses de consommation se maintiennent bon gré mal gré à un niveau suffisant pour pouvoir faire encore un peu illusion. Et bien entendu en disant cela,  je pense aux cocoricos gouvernementaux.

Si la consommation se maintient c’est uniquement pour deux raisons : d’une part notre système de protection sociale, bien que mis à mal depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, remplit encore convenablement son rôle, et d’autre part le taux d’épargne des Français demeure très élevé. Quand je parle d’épargne,  il s’agit bien sûr de la partie du revenu disponible des ménages (revenu courant après impôt) qui n’est pas destinée à une consommation immédiate ou, dit autrement,  de la partie de ce revenu non dépensé gardée en réserve en vue d’une utilisation future.  Et c’est vrai qu’en France on épargne davantage que dans beaucoup d’autres pays…parce que les Français sont moins endettés  que les Anglo-Saxons.

Il suffit d’ailleurs de comparer les différents taux d’épargne dans les pays développés pour s’apercevoir que sur ce plan la France se situe au tout premier rang, ce que d’ailleurs a beaucoup regretté Nicolas Sarkozy à l’époque pas si lointaine où il ne voulait pas refonder le capitalisme. Il voulait une France de propriétaires, une France où le crédit hypothécaire se développerait, une France où on ne devait pas avoir peur du crédit parce qu’une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est « une économie qui ne croit pas à l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain ». C’est curieux mais cette phrase on ne la rappelle plus guère dans les allées du pouvoir !

Cela dit quels sont les derniers chiffres que nous avons sur le taux d’épargne en France et dans le monde ? D’après l’OCDE, les 5 meilleurs taux (en 2008) sont pour la France (12,7%), la Suisse (12,6%), l’Autriche (11,8%), l’Allemagne (11,6%) et l’Irlande (10,6%). En revanche les Etats-Unis d’Amérique figurent parmi ceux qui ont les plus faibles taux (1,6%)…au même titre d’ailleurs que des pays comme la Norvège (2%), l’Australie (1,4%), le Danemark (-1,9%) et la Finlande (-2,7%), ce qui paraît davantage surprenant à première vue sauf pour l’Australie et, à un degré moindre, pour la Norvège. Celle-ci en effet, vit pour le moment de ses réserves énergétiques ce qui lui permet d’envisager l’avenir immédiat avec optimisme, d’autant qu’une partie de la manne pétrolière est  placée dans un fonds souverain destiné à l’après-pétrole et au fonds de retraite.

Ce qu’il faut noter un peu partout dans les pays développés, c’est que taux d’épargne a tendance à se reconstituer avec pour corollaire le désendettement des ménages. Si je fais cette remarque c’est pour bien montrer que, contrairement à ce qu’affirme Madame Lagarde, la sortie de crise est encore assez loin devant nous car si la reconstitution d’un taux d’épargne minimum aux Etats-Unis, plus gros consommateur de la planète, est quelque chose de sain en soi, cela signifie que la croissance mettra un peu plus de temps avant de repartir franchement. D’ailleurs l’Administration Obama elle-même, malgré son désir évident de voir les Etats-Unis renouer avec la croissance, souhaite que cela se fasse sur des bases plus saines que celles qui ont prévalu ces dernières années. Le secrétaire d’Etat, Geithner, veut que les ménages qui choisissent de s’endetter ou de placer leurs économies le fassent avec des règles plus claires et plus justes, c’est-à-dire avec des normes beaucoup plus strictes sur les prêts et notamment sur les crédits hypothécaires. Il est même envisagé la création d’une autorité chargée par le Trésor de chapeauter les produits financiers les plus populaires, comme les prêts immobiliers ou les fonds communs de placement.

On le voit, c’est quand même un changement radical d’approche aux Etats-Unis, même si sans doute il y a loin de la coupe aux lèvres. Cela étant le modèle anglo-saxon est quand même en train de perdre beaucoup de sa superbe et plus encore de son attractivité. Les gens commencent à s’apercevoir de la nécessité d’une régulation…parce que le système ne peut pas s’autoréguler seul. Seront-ils entendus pour autant ? Là est toute la question, surtout quand on voit à quelle vitesse on essaie aux Etats-Unis de reprendre les mauvaises habitudes. En effet, alors que les tous premiers effets des centaines de milliards de dollars injectés dans le système bancaire commencent à se faire sentir outre-Atlantique, alors aussi que l’on ignore toujours quel est le montant des « actifs toxiques » encore en circulation dans la sphère financière, les banques ont déjà pour unique souci de rembourser les prêts obtenus il y a seulement quelques mois…pour de nouveau avoir les mains libres, donc s’affranchir des contraintes imposées par l’Etat fédéral.

On le voit la volonté politique, aussi forte soit-elle, a beaucoup de mal à résister face aux intérêts convergents des grands groupes financiers et des multinationales. Alors on imagine ce que cela peut donner s’il n’y a pas cette volonté,  ou si le pouvoir est totalement inféodé aux puissances financières et économiques…comme c’est le cas dans notre pays. Et malheureusement j’ai bien peur que dans quelques temps, y compris aux Etats-Unis, quand la reprise sera au rendez-vous, les bonnes résolutions entrevues çà et là soient rangées au placard des souvenirs. Cela dit, il peut aussi arriver que certains gouvernants tiennent leurs promesses, ne serait-ce que partiellement, ce qui peut contribuer à changer bien des choses. C’est parce que j’ai cet espoir que j’ai adhéré au Mouvement Démocrate. De plus j’ai toujours pensé, comme François Bayrou l’a constamment affirmé pendant sa dernière campagne présidentielle, qu’il n’est pas incompatible d’avoir un Etat-providence qui remplisse pleinement son rôle, tout en ayant des finances publiques saines. C’est juste une question de choix politique.

Michel Escatafal

13.05.2009

Les habitants de l'U.E. veulent plus d'Europe !

A la lecture du dernier sondage sur les élections européennes, tel que décrit dans le Figaro, on constate que les électeurs qui vont voter sont finalement assez fidèles à leurs votes habituels. On s’aperçoit en effet que l’UMP toute entière fait 27%, auxquels il faut ajouter les 5% des listes MPF (de Villiers). Au total cela fait 32% pour les soutiens du président de la République…ce qui est beaucoup et peu à la fois. Beaucoup au vu des multiples mécontentements qui se manifestent dans le pays, et peu pour un pouvoir qui ne cesse de se croire très majoritaire dans l’opinion. Il faut dire que l’opposition parlementaire ne fait guère mieux dans l’esprit des gens, puisqu’elle rassemble en gros 31% entre le PS et les Verts, et 36% si l’on ajoute les 5% des groupuscules que sont le Parti Communiste et le Front de Gauche. Et dire que tout cela (68%) représente 99% de la composition de l’Assemblée Nationale, preuve si besoin en était que la France est une singulière démocratie !

Fermons la parenthèse pour noter que le Modem fait à lui seul 13%...ce qui n’est pas si mal, même si j’aurais préféré qu’il se situe au-delà de 15%. Quant aux partis extrêmes, leurs scores sont malgré tout assez élevés puisqu’ils représentent 9% à gauche et 7% à droite. En tout cas c’est la preuve que l’Extrême-gauche se renforce aux dépens du presque défunt PC, et que Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à réduire complètement l’Extrême-droite comme nous pouvons l’entendre un peu partout. Le Front National est malade, mais apparemment il n’est pas encore mourant, et avec cette élection il va même avoir une tribune pour critiquer à la fois l’Europe et le pouvoir. En tout cas cela prouve clairement que l’Europe est totalement absente du débat…ou presque, malgré les efforts de notre mouvement.

Et pourtant si l’on en croit une consultation à l’échelle de l’Union Européenne,  on s’aperçoit que les Européens demandent avant tout « plus d’Europe », ce qui paraît tout à fait contradictoire avec ce que l’on entend dire un peu partout dans les médias de notre pays. Mieux même, cette consultation de 2008 confirme totalement les conclusions de 2007, ce qui a fait dire à un participant finlandais invité à une réunion à Bruxelles destinée à tirer les enseignements de cette consultation intra européenne : « nos recommandations demandent plus d’intégration européenne. Quand les politiciens vont-ils comprendre cela ? » Oui, là est la vrai question, et j’ajouterais que le spectacle qui est donné dans notre pays (il n’est pas le seul), ne serait-ce qu’à travers la composition des listes proposées aux électeurs, ne donne aucunement envie d’aller voter pour des gens dont beaucoup considèrent qu’ils sont là…pour garder un mandat et les 7000 euros qui vont avec.

Où est la conviction européenne d’un Jean-Marie Cavada, qui a réussi à obtenir une position éligible sur une liste UMP après avoir abandonné le MoDem dans l’espoir d’être ministre? Pourquoi Vincent Peillon, le socialiste, est-il tête de liste P.S. dans une circonscription où ses seules activités y ont été d’aller en vacances ? Et que dire de Rachida Dati qui, pour sa part, souhaitait avant tout rester au gouvernement? L’Europe mérite-t-elle un pareil traitement, et surtout est-ce de cette manière que l’on va convaincre les électeurs que les enjeux de cette élection au Parlement européen  sont très importants? Je crois effectivement que notre Finlandais a raison de se poser des questions à propos des politiciens.

Pour en revenir à la consultation que j’évoquais précédemment, qui invitait les citoyens européens à se prononcer sur la manière dont l’Union européenne peut faire face à la crise économique et relever les défis sociaux, on s’aperçoit que si les habitants de l’U.E. veulent plus d’Europe, c’est tout simplement parce qu’ils ont réalisé depuis longtemps que c’est à l’échelle de l’Europe que l’on pourra lutter efficacement contre le réchauffement planétaire, que l’on pourra assurer notre avenir énergétique, que l’on pourra mieux réguler les marchés financiers, et que l’on pourra développer une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement. Ils plaident même ces citoyens européens pour un système de santé commun, pour une harmonisation de la protection sociale et du code du travail, sans oublier l’uniformisation des systèmes éducatifs.

Bien évidemment on ne va pas faire une grande publicité des résultats de cette consultation, car sur tous ces sujets les gouvernants des Etats membres veulent absolument garder la main, et tricoter chacun dans leur coin des dispositifs toujours plus restrictifs pour les populations, et toujours plus favorables aux grandes compagnies privées qui, par ailleurs, opèrent souvent dans plusieurs pays pour ne pas dire dans l’ensemble des pays qui composent l’U.E. On voit bien dans ces conditions comment sont faits les choix qui impactent la vie des gens. Sur ce plan, en France, nous sommes bien placés pour en parler dans la mesure où Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont en train de démolir consciencieusement tout ce qui faisait la spécificité du modèle social français, et aussi le plus souvent européen, du moins pour les membres fondateurs de l’U.E.

Un dernier mot enfin à propos du mépris que Nicolas Sarkozy manifeste pour l’Europe, même s’il joue « les grands européens » en focalisant sa campagne sur le seul éloge narcissique de sa présidence européenne. Selon le journal allemand Die Welt, citant des sources diplomatiques, c’est notre ô combien inefficace  ministre des Finances, Christine Lagarde, qui va prendre le poste de commissaire européenne à la concurrence lors de la prochaine administration bruxelloise. Nicolas Sarkozy en veut-il à ce point à l’Europe pour donner aux institutions européennes une ministre qui a échoué totalement dans ses diverses fonctions ministérielles en France ? En tout cas ce n’est pas de cette manière que l’on va donner de la crédibilité aux instances de Bruxelles.

Michel Escatafal

28.04.2009

Des chiffres édifiants dont on ne se vante pas

Quand le peuple est en colère, quand la médecine descend dans la rue, quand les chercheurs protestent, quand les étudiants n’étudient plus, quand certains retraités et les plus bas salaires (smic) sont en partie condamnés à faire les poubelles, de quoi nous parle-ton ? Réponse, du voyage de Nicolas Sarkozy en Espagne et des tenues de Carla avec force photos à l’appui. Mais ce n’est pas tout, car on nous dit aussi que la popularité du président de la République se maintient et que celle du Premier ministre est en hausse, et tout cela au moment où Christine Lagarde parle de chiffres « pas catastrophiques » du chômage, tout en reconnaissant quand même qu’ils ne sont « pas bons non plus ». Et pour faire bonne mesure la ministre des Finances nous recommande d’être un peu patient parce qu’aucune embellie n’est à attendre avant 2010.

 

Quand on connaît la qualité des prévisions de ce gouvernement, on ne peut qu’être inquiet. En effet cette même Christine Lagarde et le Premier ministre lui-même, ne nous prédisaient-ils pas, il y a à peine quelques mois (en septembre), une croissance de 0,5% pour 2009. On connaît hélas les résultats de ces prévisions, pour ne pas dire de ces divagations, puisque la baisse du PIB cette année devrait atteindre au moins 2,5%. En tout cas si 63400 demandeurs d’emplois supplémentaires ce n’est pas un chiffre catastrophique, à combien doit se situer la hausse pour que cela puisse le devenir ? Si le sujet n’était pas aussi grave et sérieux, les paroles de Christine Lagarde seraient risibles.

 

Hélas quand on regarde les chiffres de plus près on s’aperçoit qu’en réalité le chiffre total des inscrits au Pôle emploi représente 3,5 millions de personnes. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser, même si Laurent Wauquiez et ses collègues ne cessent de nous dire que l’on fait mieux que les autres…ce qui n'est pas vrai. Il suffit en effet de faire un rapide examen des chiffres de la Zone Euro, en prenant pour source les statistiques Eurostat, pour s’apercevoir que non seulement nous ne faisons pas mieux que les autres, mais qu’en plus nous sommes globalement dans une situation plus difficile qu’en 2006 par rapport aux autres pays de la Zone euro.

 

Prenons le cas de la croissance, et nous verrons que même si nous avons quelque peu amélioré notre position par rapport à 2006, nous arrivions fin 2008 à la 11è place sur 16 dans la Zone euro, avec une moyenne annuelle de 0,7%. Certes nous sommes un peu mieux placés qu’en 2006, où nous étions 13è sur les 16 pays qui composent aujourd’hui la zone, mais notre classement reste peu reluisant. Seule consolation, si j’ose dire, nous étions en fin d’année juste dans la moyenne européenne, ce qui n’était pas le cas en 2006 où nous étions en deçà de cette moyenne. Je vois d’ici les UMP se réjouir, mais ils ne devraient pas s’emballer, parce que c’est un des rares domaines où il y a un semblant d’amélioration par rapport à fin 2006.

 

D’ailleurs, s’il le fallait, les chiffres du commerce extérieur sont là pour nous rappeler qu’il n’y a pas de réelle amélioration depuis 2006. En 2006 les résultats du solde des transactions courantes étaient de – 2,1% du PIB contre -0,2% à la Zone euro à 16. En 2008 nous en étions à -3,5% contre -0,3% pour la Zone, donc l’écart avec la moyenne de la Zone s’est largement creusé. La situation s’est donc bel et bien détériorée, même si notre rang est resté le même (8è).

 

Et pourtant, ce qu’on ne nous dit jamais, le coût total horaire de la main d’œuvre (incluant les coûts indirects) a progressé moins vite en pourcentage dans notre pays depuis 2006, que partout ailleurs sauf en Grèce et en Irlande, avec un net infléchissement en 2008. Seule l’Allemagne en 2008 a une variation en pourcentage inférieure à la notre (2,5% contre 2,6% pour la France), après deux années de faible variation en 2006 et 2007. En 2006 en revanche il n’y avait que les pays en forte croissance à l’époque (Espagne, Grèce, Irlande, Slovénie) qui avaient des pourcentages supérieurs aux nôtres. Cela signifierait qu’avec Nicolas Sarkozy plus le coût du travail diminue par rapport aux autres pays de la Zone, et moins bonnes sont nos performances économiques.

 

D’ailleurs en 2008, malgré la plus faible progression du coût salarial horaire (2,8%) loin de la moyenne européenne (3,6%), la France a vu les prix à la production industrielle hors construction, sur le marché domestique, progresser de 5,4% en 2008, à peine 0,5% de moins que la moyenne de la Zone euro. Au fait, comment se fait-il qu’aucun commentateur ne se pose de questions sur ces évolutions ? Ce serait d’autant plus intéressant que depuis le début de l’année nous enregistrons une chute sévère sur ces prix à la production en glissement annuel, preuve que la crise touche très fortement nos entreprises, sans doute plus qu’on ne le dit.

 

Sur les prix à la consommation  nous sommes passés en moyenne annuelle de la 5è place en 2006 dans la Zone euro à la 6è en 2008. Par ailleurs en 2006 la hausse en France, en indices harmonisées, était inférieure de 0,3 points à celle de la Zone euro à 16 alors qu’en 2008 nous sommes quasiment au niveau des pourcentages moyens de la Zone.  En outre, preuve que la crise est bien installée dans notre pays, nous faisons partie de 9 pays qui ont connu une baisse des prix en mars (en variation mensuelle) confirmation d’une tendance lourde depuis le mois d’octobre…comme dans le reste de la Zone euro. Alors déflation ou désinflation ? Pour le moment il semble que l’on soit davantage dans un mouvement de désinflation lié notamment à une régulation ponctuelle de certains prix, notamment l’énergie.

 

Sur le front de l’emploi la situation comme nous l’avons vu n’est pas brillante, les chiffres mensuels du début de l’année en cours  confirmant et amplifiant les données de la fin d’année 2008. A cette date comme fin 2006 nous étions positionnés au 14è rang de la Zone euro, seules l’Espagne et la Slovaquie faisant plus mal que nous. Aujourd’hui nous avons gagné un rang car le chômage explose en Irlande depuis la fin de l’été dernier, mais ce n’est pas une consolation. En tout cas c’est la preuve que la loi TEPA est aussi inefficace pour combattre le chômage qu’elle est coûteuse pour les finances publiques, et que par conséquent Nicolas Sarkozy et le gouvernement nous mentent quand ils prétendent le contraire.

 

Et puisque nous parlons des finances publiques, comment ne pas évoquer l’extraordinaire envolée de nos déficits et de la dette. Là aussi la situation ne s’améliore pas puisque nous étions à la 7è place en ce qui concerne la dette en 2006 sur la Zone à 16 avec 63,7% du PIB, loin derrière la moyenne de la Zone euro (68,3%), alors que fin 2008 selon les chiffres d’Eurostat nous nous situons au 4è rang, quasiment à la moyenne de la Zone ce qui est sans précédent. Seules l’Italie, la Grèce et la Belgique ont une dette supérieure à la notre dans la Zone euro.

 

Et ce n’est pas fini quand on évoque les déficits vertigineux que nous annonce le gouvernement pour 2009 (5,8% du PIB), qui en fait seront bien supérieurs. Pour ma part je parierais plutôt sur un chiffre entre 7 et 8%. Et dire que Raymond Barre qui n’a jamais été élu président de la République, mais qui était à la fois extrêmement intelligent et compétent, avait laissé le pays avec un taux d’endettement de moins de 20% et un budget quasiment à l’équilibre ! Ce ne sera pas le cas de Nicolas Sarkozy, infiniment moins brillant sur le plan intellectuel que Raymond Barre, mais qui hélas fera tout pour se faire réélire et s’accrocher au pouvoir, et qui nous laissera une situation désastreuse.

 

Michel Escatafal

 

 

    France Rang Z.E. Zone euro
Croissance (moy.annuelle)en %      
2006   2,40% 13è 3%
2008   0,70% 11è 0,70%
Solde transactions ctes en % PIB      
2006   -2,10% -0,20%
2008   -3,50% -0,30%
Coût total horaire M.O.variation en %      
2006   3,40% 2,50%
2008   2,60% 10è 3,50%
Coût salarial horaire variation en %      
2006   3,70% 2,60%
2008   2,80% 12è 3,60%
Prix product. ind.H.C. variation  en %      
2006   3,80% 5,10%
2008   5,40% 10è 5,90%
Indice harm. des prix variation en %      
2006   1,90% 2,20%
2008   3,20% 3,30%
Taux de chômage % de la pop.active      
2006   9,20% 14è 8,30%
2008   7,80% 14è 7,20%
Déficits en % du PIB      
2006   -2,30% -1,30%
2008   -3,40% -1,90%
Dette brute APU en % du PIB      
2006   63,70% 68,30%
2008   68% 69,30%
Source : Eurostat

 

22.04.2009

Des prévisions basées sur des résultats contestables

Dans la suite de ce que j’ai écrit il y a quelques jours, nombre d’observateurs croient ou font semblant de croire que le pire de la crise est derrière nous. Et de nouveau l’optimisme semble refleurir dans les gazettes comme dans les cercles gouvernementaux, y compris bien entendu dans notre pays. Cela permet à François Fillon ou Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la Consommation, de discourir, ce qui leur donne quelque peu l’impression d’exister entre le tintamarre provoqué par chaque parole de Nicolas Sarkozy, et les déclarations de Frédéric Lefèvre, l’accident politique de l’UMP, qui n’en finit plus de se ridiculiser dans les médias.

 

Mais au fait sur quoi se base-t-on pour affirmer que tout devrait aller mieux dans les mois à venir ? Une partie de la réponse provient des impressions de chefs d'entreprises, estimant que la chute des commandes et des chiffres d’affaires se ralentit, ce qui est une bonne nouvelle mais reste insuffisant pour dire que le pire est passé. Il faut savoir en effet, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, et donc que même si nous devions avoir une inversion de conjoncture d’ici la fin de l’année, il serait malhonnête d’affirmer que cela aura de réelles conséquences sur la vie des gens, notamment sur l’emploi.

 

A propos de l’emploi je voudrais souligner que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre pays est sans doute beaucoup plus touché qu’il ne devrait l’être. Raison de plus pour dénoncer la politique du gouvernement dans ce domaine, car nous avons de plus en plus l’impression que la désespérance fait place à la colère, devant la liste impressionnante de plans sociaux qui vident les bassins d'emplois de nos régions. Il semble d'ailleurs que les patrons des grandes entreprises ayant des unités de production dans notre pays profitent au maximum de la crise, pour opérer au nom de celle-ci des restructurations de plus en plus sévères, pour ne pas dire sauvages.

 

Bien entendu il n’est pas normal de voir des ouvriers en colère saccager des bâtiments préfectoraux, mais force est de constater qu’entre l’arrogance d’un certain patronat, et les promesses lancées dans la nature et jamais tenues par Nicolas Sarkozy et son gouvernement, il y a tous les ingrédients pour que la rage des victimes finisse par se manifester avec force. On aurait même tendance à dire que c’est le seul langage que puisse comprendre ce gouvernement autiste, face au désespoir d’une partie de plus en plus nombreuse de sa population.

 

J’observe qu’en Italie par exemple, pays dont je lis la presse chaque jour, on n’en arrive pas à ces extrémités ou en tout cas beaucoup plus rarement. Pourquoi ? Peut-être tout simplement parce que les entrepreneurs italiens, y compris le grand patronat, ont davantage le sens du dialogue que chez nous. Cela dit je tiens à préciser une nouvelle fois que je n’inclus pas dans l’arrogance patronale en France les patrons des petites PME qui, par parenthèse, sont les premiers à souffrir de la crise, et dont personne au gouvernement ne semble se préoccuper. D’ailleurs eux ne licencient pas, et s’ils finissent par le faire c’est parce qu’il leur est impossible d'agir autrement. En revanche quand on voit une multinationale fermer un site qui ne perd pas d’argent voire même qui en gagne, y compris en période de crise, pour délocaliser sa production, c'est tout simplement scandaleux.

 

Pour revenir à mon propos initial, il y a une autre raison à ce regain d’optimisme dans certains milieux, notamment aux Etats-Unis, à savoir l’amélioration du résultat de quelques banques, comme Citigroup ou Bank of America. Malheureusement en cherchant bien on s’aperçoit que cette amélioration est en partie liée… à de nouvelles règles comptables, ce qui explique les mouvements erratiques sur les marchés boursiers. Ces nouvelles règles établies par le Financial Accounting Standards Board ont notamment permis aux banques de comptabiliser leurs actifs toxiques à une certaine valeur qui, dans tous les cas, n’a rien à voir avec celle du marché. Dit autrement, les banques ont une certaine latitude pour estimer ces actifs pourris, dont personne ou presque ne veut pour le moment.

Une autre astuce comptable permet aux banques de sous-estimer leurs engagements, en particulier la dette obligataire. La valeur de marché des obligations d'un établissement en situation difficile est par essence faible compte tenu des risques, et les investisseurs infligent une décote à ses titres de créance. Or dans ce cas il est permis aux banques de comptabiliser leur dette obligataire… à valeur de marché, c'est à dire d'annuler la plupart des dettes affichées dans les bilans. En d’autres termes si aujourd’hui la banque rachetait sur le marché ses titres, elle s’épargnerait un remboursement que la législation comptable lui permet d’ajouter à son résultat. Il est donc autorisé par ce moyen de s’offrir une plus-value virtuelle qui certes peut leurrer provisoirement les marchés…mais qui n’améliore en rien la véritable situation de la banque. Ce doit être cela que Nicolas Sarkozy, le grand moralisateur du capitalisme financier, appelle plus de transparence, et nul doute qu’il a fait remarquer à Barack Obama que le Trésor américain a eu tort de permettre la mise en place de ces nouvelles règles comptables.

 

Bien évidemment ce manque de transparence est extrêmement préjudiciable à l'évolution des marchés financiers, et les épargnants comme les investisseurs n'ont aucun moyen de clairement distinguer les bonnes des mauvaises nouvelles. En fait certaines banques ont certes amélioré leur situation, d’autant qu’elles ont bénéficié des injections de liquidités de la Réserve Fédérale, mais cela n’empêchera en rien que la volatilité sur les marchés perdure encore pendant de longs mois. On peut donc se poser beaucoup de questions sur les résultats du G20, en précisant une nouvelle fois que le seul pays où on en a beaucoup parlé…est la France. Tout le monde a deviné pour quoi et pour qui. Cela dit notre président de la République est déjà passé à autre chose, et le G20 appartient désormais à l'histoire. Tout va tellement vite avec Nicolas Sarkozy, y compris la dégradation de la situation dans le pays !

 

Michel Escatafal

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