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15/04/2015

Le gouvernement a face à lui toutes sortes de républicains

Je ne sais pas si c’est un bon signe pour lui, mais six français sur dix souhaitent que Manuel Valls reste à son poste et, surtout, garde le même cap économique. De quoi donner des boutons aux « frondeurs » et à la supposée patronne des Verts, Cécile Duflot, elle-même de plus en plus en difficulté dans son parti, d’autant qu’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), vient de subir une terrible déconvenue aux dernières élections municipales avec à peine 2% des voix. En outre ce mini parti est très divisé avec certains de ses leaders qui veulent aller au gouvernement (Barbara Pompili, V. Placé, F. de Rugy, Emmanuelle Cosse…) et d’autres à l’instar de Cécile Duflot qui préfèrent un rapprochement avec les autres éclopés des départementales que sont les communistes et les mélenchonistes.

 

Mais cela n’empêche pas les « frondeurs », de plus en plus isolés, de continuer à critiquer à fond le gouvernement, au point qu’on se demande si finalement ils ne préfèreraient pas voir N. Sarkozy à l’Elysée plutôt que F. Hollande ou Manuel Valls. Problème, si c’est le cas en 2017, plus personne ne parlera d’eux parce qu’ils ne seront plus députés pour la quasi-totalité d’entre eux. Quitte à me répéter, si la configuration électorale actuelle devait prévaloir en mai et juin 2017, il n’y aurait pas plus de 60 députés à l’Assemblée Nationale chez les socialistes, donc pratiquement aucun « frondeur », communiste et écologiste version Duflot. Quel beau résultat cette politique de la terre brûlée !

 

En tout cas cette guerre livrée par les « frondeurs » irréductibles contre F. Hollande ne peut que profiter à l’UMP et, in fine, à N. Sarkozy. Je dis in fine à N. Sarkozy, parce que, comme je le craignais, l’UMP ce n’est plus que lui, même si je préfèrerais que ce soit  Alain Juppé ou B. Lemaire. Cela étant, s’il n’a pas été un bon président de la République, N. Sarkozy a su toujours se mettre en avant dans son parti pour écarter tous ses rivaux potentiels…avec le soutien plus ou moins avoué de la presse radio-télévisée, pour qui il est ce que l’on appelle un « bon client ». La preuve, on lui passe tout, alors qu’on en fait des tonnes à la moindre erreur ou fausse-note de ses adversaires à l’UMP ou ailleurs, sans parler évidemment de F. Hollande.

 

Un exemple : en lisant le site web du Monde, on s’aperçoit que non seulement N. Sarkozy dirige seul l’UMP, mais qu’en outre on le laisse dire n’importe quoi, par exemple sur la Russie et la crise ukrainienne, où il est en complet désaccord avec la quasi-totalité de la classe politique française, à l’exception toutefois du Front National…comme sur les plats uniques dans les cantines scolaires. A croire que la frontière entre l’UMP version N. Sarkozy et le FN est vraiment très ténue, malgré les rodomontades de N. Sarkozy à propos des accords à passer avec la Front National. D’ailleurs pourquoi passer des accords puisqu’on touche le même électorat, surtout avec les difficultés actuelles de la famille Le Pen, qui pourraient affaiblir le Front National, où Marion Maréchal-Le Pen se verrait bien succéder à son grand-père, qui l’a déjà adoubée comme tête de liste aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Certes tout cela fait peur aux Français de bon sens, mais cela paye sur le plan électoral, tout en fanatisant un peu plus un électorat de plus en plus droitier dans notre pays. Comment des centristes (UDI et hélas MoDem) peuvent-ils faire allégeance à N. Sarkozy et ses amis les plus proches ? J’avoue qu’étant moi-même centriste, je ne comprends pas cette attitude, à part espérer une place éligible pour des élections locales ou nationales, et, pourquoi pas, un poste de ministre ou secrétaire d’Etat, même si c’est pour être aussi inconnus que nombre de ministres de ce gouvernement ou des précédents. Qui connaît Sylvia Pinel, Patrick Kanner, Thierry Mandon, Annick Girardin, Thierry Braillard, Alain Vidalies ou Laurence Rossignol ? Personne ou à peu près ! Qui connaissait Maurice Leroy, Patrick Ollier, Henri de Raincourt, Philippe Richert, Marie-Anne Montchamp dans le quatrième gouvernement Fillon ? Personne ou à peu près ! Ce doit être dur quand même d’être à ce point inconnu, surtout quand on sait que tout le monde ou presque connaît Ibrahimovic, Thiago Silva ou David Luiz ! Même le président du Sénat est infiniment moins connu que le président du PSG (Nasser Al-Khelaïfi), celui de l’Olympique Lyonnais (J.M. Aulas) ou de l’Olympique de Marseille (V. Labrune).

 

Pour revenir à la politique, il y a quand même une réforme qu’aurait pu et dû essayer de faire F. Hollande…s’il n’avait pas pensé qu’à sa réélection, à savoir au minimum l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives ou départementales, non pas pour faire plaisir aux petits partis, mais par simple sens de la justice. En 2007 le MoDem, qui avait eu un candidat qui avait fait plus de 18.5% des voix à l’élection présidentielle, se retrouva finalement avec quatre députés contre quinze au Parti communiste, alors que le candidat du PC avait obtenu moins de 2% des voix. C’est tout simplement inique comme système électoral. Et aujourd’hui, avec le tripartisme, le système apparaît encore plus injuste, comme en témoignent les dernières élections départementales, où le Front National n’a obtenu aucun département malgré un score électoral (plus de 24% des voix) qui le plaçait en seconde position derrière l’alliance UMP-UDI et parfois MoDem, et largement devant le Parti socialiste et ses alliés PRG qui n’avaient même pas dépassé les 22%.

 

Ce n’est pas normal, comme je l’ai écrit dans mon précédent billet, de voir pareille injustice. Si l’on veut empêcher le Front National d’avoir des élus, il n’y a qu’à tout simplement éviter les querelles politiciennes et gouverner en fonction de l’intérêt du pays, quitte à permettre de faire passer des lois à mettre au crédit des adversaires politiques. Le Parti socialiste ne l’a pas fait avec la loi sur les retraites initiée à l’époque de N. Sarkozy, pourtant loin d’être au niveau que l’on pouvait en attendre. Mais l’UMP n’a pas eu une attitude plus responsable avec la loi Macron, alors que les dispositifs de ladite loi auraient dû la conduire à voter pour. C’est ainsi que l’on fait monter le Front National, et non en le privant de représentation parlementaire ou locale. En plus, si cela continue, il finira par en avoir sans l’aide de quiconque, et sa place se fera très vite importante dans les assemblées...quel que soit le système électoral.

 

Parlons à présent un peu de la proportionnelle. D’après le grand juriste autrichien H. Kelsen (1881-1973) « l’idée proportionnaliste s’insère dans l’idéologie de la démocratie, et son action dans sa réalité le parlementarisme ». Chez nous de grands orateurs républicains comme Léon Gambetta, Aristide Briand ou Jean Jaurès y étaient favorables aussi. Après tout, est-il anormal de souhaiter un système où la représentation politique des minorités est respectée ? Certainement pas, même si ce mode de scrutin doit être corrigé pour pouvoir gouverner dans la durée. Cependant  il y a quand même une différence entre le système allemand avec une dose de proportionnelle et le scrutin majoritaire à deux tours en vigueur dans notre pays depuis 1958, ce qui est quasiment unique parmi les démocraties parlementaires. Un mode de scrutin, qui, plus que jamais, montre ses limites en amplifiant démesurément les résultats des élections, et en favorisant les partis « malins » qui ont conclu des alliances uniquement pour le second tour, quitte à sortir aussitôt après de la majorité au nom de laquelle ils ont été élus.

 

C’est exactement le cas de figure de l’actuelle Assemblée nationale, avec au second tour un Parti socialiste totalisant 41% des voix et se retrouvant avec 280 sièges, des Verts obtenant 3.6% des voix avec 17 députés, le Front de Gauche (Parti de Gauche et communistes) et autres divers gauche ayant obtenu 4.2% des voix pour 32 députés et les radicaux de gauche avec 2.3% des voix obtenant 12 députés. En face l’UMP et ses associés centristes obtenaient 44% des voix pour avoir 229 députés. Quant au Front National, malgré ses 13.6% des suffrages obtenus au premier tour, il se retrouva éliminé dans de nombreuses circonscriptions pour le second tour des élections législatives et dut se contenter de 2 députés. Il ne peut pas y avoir pire injustice qu’un tel système, et je suis d’autant plus à l’aise pour l’écrire que jamais je n’ai voté, ni ne voterai pour un candidat de ce parti. Le plus cocasse, si j’ose employer cette expression, c’est, qu’à peine élus, les députés communistes et mélenchonistes quittaient la majorité présidentielle ! Sans commentaire !

 

Alors me direz-vous, que faut-il faire pour corriger cette injustice démocratique? Faire comme les pays anglo-saxons et avoir un scrutin majoritaire à un tour, où est élu le candidat ayant obtenu le plus de voix, donc à la majorité simple ou relative ? Sans doute pas, car cela favorise outrageusement le « vote utile », au profit des candidats des grands partis, ce qui conduit à un affrontement bipolaire comme celui que nous connaissons pour les élections législatives depuis 1958, à l’exception de 1986 où la proportionnelle avait fait un bref retour. Cela étant, si le scrutin majoritaire à un tour existait en France, il y aurait davantage d’élus du Front National, surtout avec tous ces frondeurs qu’ils soient socialistes, écologistes, mélenchonistes ou autres communistes. Ceux-là disparaitraient vite de l’hémicycle…même si par instinct de conservation nul doute qu’ils sauraient « aller à Canossa ». Il n’empêche, le Front National aurait beaucoup d’élus à l’Assemblée avec ce système (30, 40, 50, 60 ?), bien que l’élection présidentielle booste toujours le parti du candidat élu.

 

Conclusion de tout cela, il semble que le moins mauvais des systèmes (« il n’y a pas de bonne loi électorale » comme disait F. Mitterrand) est sans doute la proportionnelle avec un seuil de représentativité qui pourrait être de 5%, ce qui empêcherait les micros partis d’avoir des élus, plus une prime au parti ayant rassemblé le plus grand nombre de voix. Cela permettrait d’avoir une représentativité plus juste des forces politiques, tout en favorisant les grands partis, avec pour corollaire la constitution d’une majorité stable, plus stable à coup sûr que la proportionnelle intégrale qui présente l’inconvénient des marchandages occasionnels…qui existent aussi d’une certaine manière au scrutin majoritaire, comme je l’ai indiqué précédemment. Est-ce que cela se fera un jour ? Je ne sais pas. En fait tout va dépendre de l’évolution de l’électorat qui se porte  sur le Front National. Si ce dernier continue de progresser dans les urnes, la donne sera différente avec trois blocs d’égale importance ou à peu près. Comment faire une majorité dans ces cas-là ? Cela étant je ne crois pas que le Front National s’inscrira durablement dans la vie politique française dès que la croissance aura retrouvé des couleurs. Qui vote pour le Front National de nos jours ? Réponse : les déçus de l’UMP ou du Parti socialiste. Si le chômage baisse, on peut imaginer que le candidat « républicain » (quelle idée ce nouveau nom de l'UMP !) sera opposé au candidat socialiste, mais aux élections législatives le Front National sera laminé…sans que N. Sarkozy y soit pour quelque chose, même s’il s’en attribuera le mérite.

 

Michel Escatafal

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