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31/03/2015

Un tripartisme inédit sous la Cinquième République

Cette fois, la gauche ne peut pas dire qu’elle a limité les dégâts aux élections départementales, comme certains au Parti socialiste avaient commencé à vouloir le faire croire. En fait, la gauche a payé au prix fort ses divisions, comme d’ailleurs le Parti socialiste lui-même. C’est quand même un peu fort d’entendre quelqu'un comme Aurélie Filipetti, ministre pendant deux ans de F. Hollande, affirmer devant tout le monde hier (sur Canal+) que la politique appliquée par le gouvernement ne marche pas. Pire même, elle a osé dire que pendant quelque temps elle avait joué le jeu de la cohésion gouvernementale en laissant entendre qu’elle ne croyait pas à ce qu’elle disait. Donc, pour elle, il n’y a eu aucun résultat tangible obtenu par les gouvernements auxquels elle a appartenu, comme ne cesse de le clamer Cécile Duflot. Cela dit, l’important n’est pas de discuter des résultats, d’autant que si l’on veut bien chercher il y a des améliorations dans certains domaines, même si globalement les gens ne peuvent qu’être déçus.

 

En fait, les résultats positifs obtenus l’ont été dans un domaine qui n’intéresse pas les Français, à savoir le déficit budgétaire ramené fin 2014 à 4%, ce qui est évidemment beaucoup trop, mais qui marque une baisse significative par rapport à fin 2011. Pour mémoire, au cas où certains l’oublieraient, le déficit fin 2011 représentait 5.1% du PIB, puis 4.9% fin 2012 et l’année passée 4.2%. Cela fait une différence de 1,1% entre fin 2011 et fin 2014...ce qui n’est pas rien, même si ce résultat est aussi dû aux taux auxquels nous empruntons aujourd’hui qui sont plus bas qu’en 2011, la charge de la dette ayant diminué en 2014 de 3 milliards d’euros par rapport à 2011 et 2012. Malgré tout le déficit public est passé entre 2012 et 2014 de 99 milliards d’euros à 85. Pour un peu j’oserais dire que les augmentations d’impôts n’ont pas servi qu’à augmenter la richesse de ceux qui ont le plus, mais ont contribué à entrevoir d’ici deux ans de rentrer dans les clous de la Commission européenne (3%).

 

Fermons la parenthèse pour rappeler à Aurélie Filipetti, que son argument consistant à dire que les gens s’éloignent du Parti socialiste, et plus généralement de la gauche, en raison de la politique d’austérité menée par le gouvernement, ne tient pas. Il ne tient pas parce que les partis qui ont remporté les élections, l’UMP, l’UDI et un peu le MoDem, veulent mettre en place à partir de 2017 des mesures autrement plus sévères que celles qui sont appliquées de nos jours. Et pourtant les gens ont voté pour eux ! Non, ce qui contrarie les électeurs, c’est de voir que F. Hollande, qui ne pense qu’à sa réélection, ne va pas assez loin dans les réformes…qui n’ont jamais été faites par l’UMP et l’UDI quand ils étaient au gouvernement. La loi Macron n’est pas « la loi du siècle » pour parler comme F. Hollande, mais elle va toujours un peu plus loin que ce qui a été fait pendant le quinquennat de N. Sarkozy, comme certains membres de l’UMP l’on fait remarquer, ce qui a provoqué l’ire des « frondeurs » socialistes, rejoignant en cela les partisans du duo Duflot-Mélenchon.

 

On notera à ce propos que cette « gauche » presque jusqu’au-boutiste ne représente pas un nombre considérable d’électeurs, mais ces quelques 6 ou 7% de voix seront suffisants pour empêcher F. Hollande ou tout autre candidat socialiste à la présidentielle d’atteindre le second tour en 2017, laissant face à face le candidat UMP et Marine Le Pen. Au fait, c’est peut-être cela que tous ces farouches opposants à la politique Hollande-Valls veulent, en pensant à un avenir radieux dans l’opposition…s’ils sont élus. Oui, je précise bien s’ils sont élus, car Aurélie Filipetti, A. Montebourg, B. Hamon, Cécile Duflot et leurs amis risquent fort d’être battus, voire même écrasés, aux prochaines élections législatives en cas de victoire UMP à l’élection présidentielle. Dans cette hypothèse en effet, ce sera un raz-de-marée de la droite parlementaire à l’Assemblée Nationale, et un Waterloo monumental pour les partis de gauche. La France n’est pas la Grèce, et Cécile Duflot et J.L. Mélenchon ne tirent pas dans la même catégorie qu’A. Tsipras (Syrisa) ou P. Iglesias (Podemos)!

 

En revanche il n’y aura sans doute pas davantage de députés Front National dans la prochaine Assemblée Nationale quel que soit le candidat élu en 2017, et c’est ce qui me gêne le plus en tant que démocrate. Si j’écris cela, c’est parce que je considère qu’un parti qui à chaque élection dépasse 20% des votants devrait avoir plus d’élus qu’ils n’en ont. Je suis d’autant plus à l’aise pour exprimer cette pensée, que chacun de mes lecteurs connaît mon aversion pour les idées du Front National. Il est quand même ahurissant de voir que les Verts et assimilés, du haut de leurs 2% à chaque élection locale ou nationale, aient 18 députés alors que le Front National en a seulement 2. C’est un problème pour la démocratie, et Marine Le Pen et ses amis ne se priveront de le clamer de plus en plus fort, d’autant qu’ils progressent en voix à chaque élection, non seulement au détriment de la droite, mais aussi de la gauche.

 

Que J.L. Mélenchon, Cécile Duflot et autres frondeurs ne se fassent surtout aucune illusion, ceux qui souffrent le plus de la baisse des faveurs de l’Etat providence ne se rangent pas de leur côté, mais plutôt de celui de Marine Le Pen, d’autant que nombre d’entre eux, pour ne pas dire tous, pensent que le PS et l’UMP c’est du pareil au même…ce qui n’est pas faux sur le plan économique, et que ceux qui se réclament de la gauche plus ou moins radicale ont fait partie de divers gouvernements auparavant. Quelles vraies réformes ont été faites par les gouvernements UMP-UDI entre 2002 et 2012 ? Quasiment aucune, et je crains que le bilan soit presqu’aussi négatif de la part des gouvernements socialistes entre 2012 et 2017, malgré la volonté réformatrice de Manuel Valls et E. Macron, bridés par un F. Hollande dont l’unique pensée, je le répète encore une fois, est l’élection présidentielle de 2017…qu’il a de grandes chances de perdre, le scénario pour un nouveau 21 avril 2002 étant en place.

 

Revenons à présent sur ce tripartisme inédit dans l’histoire de la Cinquième République que nous vivons aujourd’hui. D’abord le tripartisme n’est pas quelque chose de très nouveau depuis 1958, car depuis cette date il y a eu effectivement trois partis de gouvernement et même quatre si l’on y ajoute les communistes, aujourd’hui quasiment disparus. Mais si j’ai employé le mot « inédit », c’est parce que le Front National n’est pas considéré encore de nos jours comme un parti de gouvernement, dans la mesure où il ne peut gouverner avec personne, même si l’UMP version Sarkozy utilise souvent le même langage que le Front National. Mais les éléments de langage ne suffisent pas à permettre de gouverner ensemble.

 

Certains me feront remarquer qu’entre la « droite forte » et le Front National il y a sans doute plus de convergences sur certains sujets de société qu’entre la « droite forte » et les centristes, mais jusqu’à présent les centristes ont fait taire la plupart de leurs différences…pour pouvoir participer au gouvernement. Cela étant, la « droite forte » de N. Sarkozy et ses amis les plus droitiers ne sont pas toute l’UMP, car à côté d’eux il y a nombre de républicains n’ayant rien à voir avec les idées et thèses du Front National. La preuve, l’unanimisme est loin d’être la règle en ce qui concerne les consignes électorales vis-à-vis du Front National. Il n’empêche, malgré ces convergences entre l’UMP version Sarkozy et le Front National, en cas de victoire UMP en 2017, le gouvernement sera composé en quasi-totalité de membres de l’UMP et de centristes…avec quelques MoDem si le vainqueur s’appelle Alain Juppé.

 

Le tripartisme est donc aujourd’hui la réalité de notre vie politique, et c’est pour cela qu’il ne saurait être comparé à l’époque où il y avait l’UDF créée par V. Giscard d’Estaing (1978), sans oublier le Parti communiste encore très puissant à cette époque. Mais ces quatre partis étaient capables de se fédérer pour gagner des élections nationales et plus encore locales, soit dès le premier tour soit systématiquement au second tour, ce qui aboutissait de facto à un affrontement droite-gauche, qui a perduré jusqu’au début du nouveau siècle. Certes il y eut l’épisode du 21 avril 2002, où l’émiettement des candidatures à gauche provoqua la perte de Lionel Jospin et la qualification pour le second tour de J.M. Le Pen (16.8% des voix), mais le second tour confirma que cette situation était incongrue, puisque J. Chirac fut élu président de la République avec plus de 82% des voix. Pire même, cette terrible défaite du Front National fut un avant-goût de l’élection présidentielle de 2007 où J.M. Le Pen, de nouveau candidat, n’obtint que 10.4% des voix, ce qui fit dire à de nombreux observateurs « éclairés » que N. Sarkozy avait mis un coup d’arrêt sans doute définitif aux ambitions du Front National.

 

Certains voyaient même se reproduire le scenario du boulangisme, mouvement initié par le général Boulanger au milieu des années 1880, ce dernier aux portes de l’Elysée fin janvier 1889 après avoir été élu triomphalement député de Paris, et qui trois mois plus tard s’enfuira en Belgique avec sa maîtresse. Bien sûr la situation n’a rien de comparable, le Front National ayant mis un certain temps pour s’implanter durablement dans la vie politique française (création du mouvement en 1972), mais chacun en juin 2007 pensait que le Front National et J.M. Le Pen avaient fait leur temps. C’était vrai pour Jean-Marie, mais sa fille Marine allait reprendre le flambeau et de quelle façon!

 

D’abord parce qu’on parle de plus en plus du mouvement « Bleu marine », et surtout parce que le Front National pèse de nos jours autour de 25% des suffrages à chaque élection, ce que l’UMP seule peine à réaliser, alors que le Parti socialiste se situe autour de 19-20%. Donc nous avons bien trois forces plus ou moins équivalentes dans le pays, sans toutefois que le score du Front National soit suffisant pour espérer avoir 20 ou 30 députés dans une Assemblée Nationale, ou pour diriger 15 ou 20 départements…du moins tant qu’il y aura le scrutin majoritaire à deux tours, c’est-à-dire jusqu’au moment où un président de la République décidera d’un changement de scrutin pour les élections législatives. Quelque chose me dit que ce n’est pas pour demain, même si dans ce domaine rien n’est figé.

 

Michel Escatafal

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