Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/03/2015

On a gagné ! On a gagné ! On a gagné !...Oui, mais quoi?

 

Comment peut-on être motivé par la politique dans notre pays en voyant le spectacle des émissions de télévision dimanche soir après les élections départementales ? C’était rien moins qu’affligeant. Déjà à la vue des résultats, auxquels personne ne comprenait rien, et plus encore en entendant les commentaires des diverses chaînes. Tout cela parce que personne ne comptabilisait les voix de la même manière, ce qui a fait dire à certains que le Front National était le troisième parti de France, alors que d’autres affirmaient que c’était le second. Ce qui a fait dire aussi à plusieurs chaînes que N. Sarkozy était le grand vainqueur de cette élection, alors que l’UMP au pire moment de ses divisions, guère refermées depuis l’élection du « revenant », remportait de la même façon les élections, avec parfois même une marge plus importante. Ce qui a fait dire aussi à certains, par exemple France 2, que le Parti socialiste avait bien résisté, ce qui n’est pas faux en comparaison de la catastrophe annoncée, alors que d’autres sur des chaînes concurrentes n’hésitaient pas à inciter le président de la République à virer son Premier ministre. Et que dire des politiciens eux-mêmes qui chantaient tous leur victoire ou leur satisfaction, certains comme N. Sarkozy se voyant déjà de nouveau de retour au pouvoir, en imposant sa ligne de conduite à tout le monde, y compris à ses alliés centristes, malgré les réticences de certains.

Au fait les centristes, ils sont où ? Et bien, ils sont plus que jamais nulle part, puisque personne n’a eu l’idée de comptabiliser leurs voix, sauf je ne sais plus quel sondeur qui donnait un chiffre ridicule pour le MoDem. Jusqu’à présent on se moquait du MoDem, parce qu’à part les scores de F. Bayrou aux élections présidentielles auxquelles il avait participé, il avait très peu d’élus. Je ne sais pas s’il en aura davantage en étant avalé par l’UMP, mais son score est franchement ridicule avec moins de 0.3% (0.27%) des suffrages. Voilà ce que c’est que se mettre dans les sabots de l’UMP version Sarkozy ! Qui aurait pu douter du contraire ! Cela dit,  les écologistes n’ont pas fait beaucoup mieux, avec à peine plus de 2% des voix (2.03%), preuve que leur flirt poussé avec le Front de Gauche de J.L. Mélenchon et du PC (6.81%) n’a pas connu un grand succès. Quant au Front de Gauche lui-même, il va falloir une fois pour toutes que les gens qui votent pour ce petit conglomérat s’aperçoivent que ce vote n’a rien d’utile pour faire avancer les idées dites de gauche, la quasi-totalité de leurs électeurs potentiels préférant le Front National.

Le Front National, justement, parlons-en : ce parti est bien le premier parti de France, n’en déplaise aux thuriféraires de l’UMP version Sarkozy, car le Front National est le seul parti ayant vraiment dépassé les 25% (25.19%), alors que les 29.4% des voix données à l’UMP sont en réalité le résultat de l’alliance UMP, UDI, UC et une partie du MoDem ayant fait allégeance. On est loin du triomphe accordé à N. Sarkozy par la quasi-totalité des médias, l’UMP seule se trouvant derrière le Front National. C’est triste à dire, mais c’est ainsi : le rassemblement Bleu Marine est bien la première force politique autonome de notre pays, devant l’UMP et le Parti socialiste qui réalise finalement un score proche de 20%...alors que certains les plaçaient à moins de 15% des voix.

On comprend pourquoi, malgré le « Hollande bashing » des Verts, du Front de Gauche et les coups de pied de l’âne des « frondeurs », Manuel Valls avait l’air presque satisfait hier soir. Il ne pouvait pas jubiler certes, mais il venait d’échapper au retentissant naufrage annoncé. Il pouvait d’autant plus être soulagé, que ses contempteurs dits de gauche avait eux pris l’eau dans des proportions qu’ils n’imaginaient pas. La preuve qu’ils étaient à genoux, nous l’avons eu hier soir en entendant les écologistes, mais aussi le représentant des frondeurs et le Parti communiste demander comme un seul homme ou une seule femme de voter pour les candidats socialistes, appelés de nouveau « candidats de gauche ». A ce propos, preuve que l’UMP version Sarkozy ne doit pas brandir les drapeaux du triomphalisme, le total des voix de gauche est quasiment équivalent à celui de la droite dite républicaine, aux environs de 36%. Bien sûr certains écriront que le Front National plus l’UMP cela fait environ 60% des voix, sauf que dans le cadre d’un second tour d’élection présidentielle, nombre d’électeurs du Front National ne voteront pas pour un candidat UMP, surtout si celui-ci s’appelle N. Sarkozy, parce qu’ils ont toujours voté à gauche jusqu’à l’avènement du Front National, comme troisième grand parti de notre pays.

Tout cela pour dire qu’avec une participation largement supérieure aux 50.7% d’hier, les jeux sont loin d’être faits pour 2017, comme semblaient l’affirmer les commentateurs des chaînes d’info, certains d’entre eux semblant dire que nous étions dans une configuration d’élection de premier tour…ce qui n’avait absolument rien à voir. L’histoire est là pour nous rappeler que tous les pronostics faits deux ans avant une élection s’avéraient généralement faux. Qui aurait imaginé en 1984 et même en 1986 que F. Mitterrand aurait été réélu en 1988 ? Personne, et pourtant il le fut, qui plus est largement face à J. Chirac. Alors soyons raisonnables et ne tirons pas trop vite de plans sur la comète, d’autant que les socialistes et F. Hollande vont bénéficier vraisemblablement de la reprise économique dans l’année 2016. Et si le chômage commence à baisser à ce moment, plus quelques mesures dites de gauche, plus quelques faveurs livrées aux écologistes après la conférence sur le climat fin 2015, tout est possible, même si Cécile Duflot fait 1% des voix et J.L Mélenchon 4 ou 5%. D’ailleurs qui aurait imaginé en janvier 2012 que N. Sarkozy obtiendrait presque 48.5% des voix lors du second tour de l’élection présidentielle ? Quasiment personne, et pourtant, si la campagne électorale avait duré deux semaines de plus, il pouvait l’emporter. C’est cela la démocratie, avec ses imperfections, d'autant que les gens sont oublieux.

Un dernier mot enfin pour dimanche prochain. Qui nous dit que les consignes de vote seront aussi bien respectées qu’on veut nous le faire croire ? Pour ma part, j’ai du mal à imaginer qu’un centriste digne de ce nom préfère ne pas voter, et donc laisser passer un candidat Front National, plutôt que voter pour un candidat socialiste. C’est impensable car, comme le dit très justement F. Bayrou, on ne peut pas ignorer les valeurs. Alors je veux bien que ceux qui applaudissent chaleureusement N. Sarkozy pour sa conversion au plat unique dans les cantines n’aillent pas voter pour le candidat de gauche en cas de duel FN-PS, d’autant que ceux-là iront voter pour le Front National sans état d’âme, mais nombre d’autres électeurs modérés n’écouteront pas les consignes UMP version Sarkozy. La preuve, J.C. Lagarde (actuel patron de l’UDI)  appelle à « faire barrage » au Front National…ce qui est rassurant et plus centriste que la position d’Hervé Morin. Mais Morin est-il centriste ?

Michel Escatafal 

 

Les commentaires sont fermés.