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20/01/2015

La liberté permet de ne rien se faire imposer

Pour répondre à quelques uns de mes lecteurs, si je n’ai pas écrit depuis un certain temps sur ce site c’est pour deux raisons : la première c’est parce qu’il y avait la période des fêtes de fin d’année, ce qui me permet de souhaiter à tous ceux qui me lisent une bonne et heureuse année 2015, la deuxième c’est évidemment parce que je ne voulais pas réagir à mon tour sur les dramatiques évènements des 7 et 8 janvier qui ont coûté la vie à 17 personnes, dont 9 collaborateurs de Charlie Hebdo. Je voulais, en effet, laisser un peu de temps avant de faire un article sur le sujet, pour avoir un minimum de recul avant d’évoquer cet épouvantable épisode, appelé à rester dans l’histoire.

Mais écrire quoi au juste ? D’abord pour souligner l’horreur de cet attentat, ce qui a été dit et redit des milliers de fois par la classe politique, la presse qui en a beaucoup fait, un peu trop pour certains observateurs, et par tout un chacun. Horreur, parce que rien ne justifie de tuer de sang-froid des gens dont le seul tort est d’avoir voulu faire leur métier, sans oublier ceux qui se trouvaient tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Ensuite pour évoquer la liberté de la presse, laquelle « ne s’use que quand on ne s’en sert pas » (devise du Canard Enchaîné), et force est de reconnaître que l’on ne s’en sert pas toujours. Enfin, parler du regard critique que l’on peut porter à l’égard des religions, de toutes les religions (y compris la sienne), notamment à travers des caricatures, lesquelles peuvent choquer ceux qui ont la foi ou même ceux qui ne l’ont pas.

Mais avant d’aborder ce sujet, je voudrais noter à quel point certains habitants de notre pays sont habités par des sentiments étranges. Si j’écris cela, c’est parce que je viens de voir les réactions haineuses de quelques forumers, à propos d’un sondage où l’on relève que la côte de popularité de François Hollande, et plus encore celle de Manuel Valls, ont fait un bond impressionnant après ces tragiques évènements…ce qui est normal vu la manière dont ils ont géré cette crise, avec une mention spéciale pour F. Hollande, lequel a démontré qu’il savait aussi « être président » quand les circonstances l’exigent. On s’en était aperçu lors de sa décision d’intervenir au Mali, mais, comme il s’agissait d’un pays africain dont nombre de Français ignorent les liens qui nous unissent à lui, on n’y a pas prêté l’attention que cela méritait. Et ce fut encore plus le cas en Centrafrique, où pourtant l’intervention de la France a sans doute évité de terribles massacres, même si les exactions ne se sont pas arrêtées pour autant. Cela dit, il n’y a pas que les forumers à avoir vis-à-vis du président de la République une aversion considérable, comme j’ai pu le constater hier soir dans l’émission C dans l’air, où le présentateur lui-même (Yves Calvi) ne pouvait pas cacher l’antipathie qu’il a manifestement pour F. Hollande…ce qui n’est pas vraiment son rôle, même si c'est son droit.  

Passons maintenant à un sujet qui concerne tous les pays, la liberté de la presse, avec pour corolaire de pouvoir tout écrire et tout dessiner. Pour ma part, c’est pour cela que depuis des années et des années je suis un fidèle lecteur du Canard Enchaîné. Ce journal est sans aucune contestation possible le meilleur en matière de politique, et pas seulement, parce que ses rubriques culturelles sont tout aussi excellentes. Le Canard Enchaîné sait faire la part de ce qu’on peut publier sans crainte d’être taxé de vulgarité ou de mauvais goût. Jamais je ne me suis senti mal à l’aise en lisant le Canard, même si ce dernier n’a jamais épargné les religions, à commencer par la mienne. Le Canard est d’ailleurs longtemps passé pour un brûlot anticlérical aux yeux de certains catholiques, mais ce ne fut jamais mon cas, ni celui de nombre de mes amis chrétiens ou athées. Le volatile, comme il aime s’appeler, n’a toujours fait que souligner les imperfections de ceux qui sont censés appliquer l’Evangile, et, en plus, il le fait sans heurter les consciences, du moins celles qui refusent l’intégrisme.

Là,  j’en vois certains qui se demandent où je veux en venir. Et bien je veux simplement dire que je n’ai jamais senti la même finesse dans  les dessins de Charlie Hebdo (que j’ai souvent acheté), parfois à la limite de la décence, parfois même très vulgaires. Et pourtant, je suis de ceux qui se sentent « Charlie », parce que la liberté d’écrire et de dessiner surpasse tout le reste et ne se partage pas. Raison de plus pour être effondré et révolté de voir un journal et son équipe de journalistes abattus,  parce qu’on leur déniait le droit d’écrire et de dessiner ce qui leur venait à l'esprit. Ce geste est d’autant plus incompréhensible que ce journal n’avait qu’une audience très limitée en France, et encore plus dans le monde, surtout en comparaison avec celle du Canard Enchaîné, avec les difficultés financières inhérentes à ce manque de lecteurs, alors que le Canard affiche de son côté une santé insolente, en rappelant au passage qu’il n’encaisse pas un centime de publicité, celle-ci étant faite exclusivement par ceux qui le lisent. Tout cela pour dire que les lecteurs de Charlie Hebdo étaient finalement peu nombreux (60.000 exemplaires vendus en moyenne chaque semaine  contre plus de 350.000 pour le Canard Enchaîné), ce qui signifie que ceux qui étaient choqués par les dessins de Charlie ne l’achetaient pas, tout simplement. Un réflexe qui devrait être la règle partout dans le monde…du moins dans un monde normal.

En tout cas, ceux qui ont voulu tuer le journal ou qui se réjouissent qu’on y ait semé la mort, ont pu constater qu’on lui a donné une notoriété inimaginable, y compris dans les pays musulmans où il était quasiment inconnu des populations. En effet, ces assassinats ont provoqué dans notre pays une levée en masse sans précédent, avec des millions de personnes dans les rues, dont plus d’un million cinq cent mille à Paris accompagnant une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, sans oublier toutes les manifestations organisées un peu partout sur la planète, celle-ci donnant l’impression d’être devenue la planète Charlie. Tout cela finalement est réconfortant, malgré l’horreur de ces massacres, parce que, je le redis une fois encore, cela signifie que la liberté ne se divise pas, à commencer par la liberté d’expression.

Si on apprécie un journal on l’achète, et si on ne l’apprécie pas on ne l’achète pas. Si on apprécie une émission de radio ou de télévision, on l'écoute ou on la regarde, et si on ne l'apprécie pas on ne l'écoute pas ou on ne la regarde pas. Cela fait partie de ce qu’on appelle la démocratie qui, pour Churchill , était « le pire des régimes à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé ». En attendant, j’espère que le soufflet de la tolérance vis-à-vis des religions, de toutes les religions, vis-à vis aussi de ceux qui n’en ont pas, ne retombera pas trop vite. Il serait quand même dommage que tous ces morts l’aient été pour rien, ou pire encore qu’ils aient contribué à stigmatiser les musulmans, lesquels sont les premiers à souffrir du fanatisme de quelques uns de leurs coreligionnaires, un fanatisme qui n’est hélas pas l’apanage de l’islam, car des fanatiques il y en a dans toutes les religions, chacune ayant un lourd passé et un présent pas toujours reluisant. Comme l’écrivait Voltaire : « La tolérance n'a jamais excité de guerre civile ; l'intolérance a couvert la terre de carnage ». En écrivant cela il pensait plus à la religion dominante de son époque, le christianisme, qu’à toute autre.

Michel Escatafal

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