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21/11/2014

Une situation politique à la fois inédite et ambigüe

Cette fois les socialistes n’y croient plus ! La preuve, un secrétaire d’Etat, T. Mandon, a souhaité il y a quelques jours une primaire rassemblant toute la gauche pour que cette dernière soit présente au second tour de l’élection présidentielle…ce qui paraît pour le moins problématique, quel que soit le candidat désigné. Certes, personne ne connaît ce secrétaire d’Etat chargé de la réforme de l’Etat, mais le microcosme n’a pas manqué de noter cette sortie ô combien maladroite d’un membre du gouvernement Valls. En fait, tout le monde à gauche semble se préparer à l’élection présidentielle de…2022. Comme dans un match de tennis, où un joueur avec un retard énorme commence à jouer relâché avant d’entamer le set décisif, les socialistes ont fait, pour la plupart d’entre eux, une croix sur l’élection de 2017. Une  élection où, pour le moment, le seul suspens au premier tour serait de savoir quel sera le candidat de la droite parlementaire qui affrontera Marine Le Pen au second tour. C’est du moins l’opinion que tous les analystes politiques ont aujourd’hui, quelle que soit leur sensibilité (droite, centre, gauche)…ce qui est quand même un peu étonnant à mi-mandat.

Cela étant, qui pourrait imaginer à la fin 2014 qu’un candidat de gauche, fut-elle rassemblée, puisse empêcher un nouveau 21 avril 2002 ? Quasiment personne, même si les socialistes pourraient se raccrocher à l’exemple de G. Schroeder en Allemagne, qui, bien que très impopulaire en 2005,  l’aurait emporté sans problèmes sur Angela Merkel, s’il avait patienté un an de plus au lieu de provoquer des élections anticipées. Autre surprise, la défaite de la gauche désunie aux élections législatives de 1978, alors que tout le monde pensait depuis deux ans qu’elle serait largement victorieuse, surtout face à une droite divisée par la querelle Giscard-Chirac. Et des exemples comme cela on pourrait en citer d’autres, y compris à l’étranger, par exemple la réélection de G.W. Bush en 2004 aux Etats-Unis.

Néanmoins il y a quand même une grosse différence entre l’actuelle position de F. Hollande et celles que j’ai évoquées, à savoir le fait que nombre de socialistes, les écologistes et le Front de gauche font tout pour faire perdre le président de la République, ce qui signifie qu’il faudrait un miracle pour que F. Hollande soit réélu. C’est quand même un cas de figure rarissime, pour ne pas dire unique dans l’histoire, que vit F. Hollande. Il est vrai qu’il y a mis du sien en s’imaginant, qu’une fois au pouvoir, il pourrait gouverner en faisant plaisir tantôt aux uns, tantôt aux autres…ce qui aurait été possible sans la crise. Là il faut prendre nécessairement des mesures impopulaires, et ça ne marche pas. Et si c’est le cas, c’est parce que F. Hollande se refuse à avancer assez vite sur le chemin des réformes, ou les fait à moitié. Résultat, il mécontente tout le monde, y compris les quelques soutiens qui lui restaient fidèles, ces derniers ne comprenant pas ses atermoiements.

En outre le fait d’avoir laissé battre F. Bayrou, lors de l’élection législative de Pau, a mécontenté la plupart ou la quasi-totalité des centristes proches du MoDem qui avaient voté Hollande au second tour. Du coup, il pourra difficilement compter à l’avenir sur ces voix qui lui ont permis d’être élu face à N. Sarkozy, dont on rappellera qu’elles représentaient 60 ou 70% de l’électorat de F. Bayrou, même si dans le cas d’un nouveau second tour Hollande-Sarkozy, je suis persuadé que les centristes voteraient de la même façon afin d’empêcher le retour du futur président de l’UMP. En revanche si le candidat de droite s’appelle Juppé, la donne sera très différente, les idées défendues par le maire de Bordeaux étant parfaitement compatibles avec celles des électeurs centristes. Espérons au passage que la primaire organisée et prévue par l’UMP sera une primaire ouverte, et non simplement une élection où les seuls adhérents de ce parti peuvent voter. On n’est jamais trop prudent avec N. Sarkozy !

N. Sarkozy justement, qui aura quand même beaucoup de mal à se faire élire de nouveau président de la République. J’ai même l’impression que dans son camp on ne croit plus en lui. Certes il va certainement être élu président de l’UMP, mais, même en changeant le nom et les statuts du parti, il ne pourra en aucun cas se faire passer pour ce qu’il n’est pas, un homme nouveau. C’est un homme du passé, et sa dernière sortie sur la loi Taubira a fini de le déconsidérer aux yeux des Français, et va le poursuivre longtemps, les gens ayant redécouvert un politicien capitulant en rase campagne devant une foule de quelques milliers de militants, alors que son principal adversaire pour l’élection à l’UMP, Bruno Lemaire, a fait preuve de courage en affrontant ladite foule et en gardant ses convictions à propos du mariage pour tous. Résultat, s’il a contenté la foule et s’est fait acclamer par elle, il a perdu un crédit considérable auprès de ses compatriotes, et même de quelques uns de ses plus fervents soutiens, les seuls à le suivre toujours et partout étant les « fans ». Mais les fans ne sont pas les plus nombreux, sauf peut-être à l’UMP, et remplir une salle de quelques centaines ou de deux ou trois mille personnes, en disant aux gens ce qu’ils veulent entendre, ne représente pas un gage de sérieux pour l’avenir.

En résumé, comme je ne cesse de l’écrire, nous vivons une  curieuse période, avec un président hué à droite, mais aussi extrêmement décrié à gauche, une opposition parlementaire écartelée entre un candidat modéré (Juppé) et un autre extrêmement clivant (Sarkozy), qui va disposer de l’appareil du parti et qui fera tout pour empêcher le modéré de se présenter à l’élection présidentielle en 2017, et un Front National qui compte les points, et dont on ignore le score qu’il peut réaliser à cette élection, sans doute très élevé. Compte tenu de ce contexte, espérons que les élus, adhérents et sympathisants UMP exigent une vraie élection primaire pour 2016, ce qui permettra à tous ceux qui ne veulent pas du retour de N. Sarkozy de se positionner pour A. Juppé. Ce ne sera pas avec un enthousiasme délirant que j’irai voter pour lui à cette élection primaire, mais ce sera quand même une bonne action pour la France, car de tous les candidats potentiels, c’est sans doute le seul homme politique qui pourra rassembler au-delà de son camp, donc avec des centristes et pourquoi pas des sociaux-démocrates, afin de réaliser enfin les réformes dont nous avons tellement besoin. N’oublions pas qu’en 2017 Alain Juppé aura 72 ans, un âge avancé certes (Clémenceau avait 77 ans quand il fut rappelé en 1917 !), mais qui a l’avantage, s’il est élu, d’éviter pendant son mandat d’avoir le souci constant de sa réélection. Après tout un ticket Juppé-Bayrou, ce serait quand même autrement plus porteur d’espérance que N. Sarkozy, président de la République, Premier ministre, ministre de l’Intérieur etc., quelque chose qui a déjà existé, et dont les Français n’ont plus voulu en 2012.

Un dernier mot enfin, pour noter que ce matin, au musée du Quai Branly, lors d’une remise de prix dans le cadre de la Fondation Jacques Chirac, on a pu constater que, malgré des divergences normales et républicaines, il y avait beaucoup de respect entre J. Chirac, F. Hollande et A. Juppé. On a beau dire et raconter ce qu’on veut, un climat de courtoisie dans les durs temps que nous vivons ne peut que nous réjouir, et nous redonner espoir. Notre pays n’a pas besoin d’un climat où les oppositions frontales l’emportent sur toute raison, comme nous y étions habitués entre 2007 et 2012, un climat que l’on n’a jamais pu reprocher à J. Chirac ou F. Hollande, et que n’entretiendra jamais A. Juppé, s’il s’installe à l’Elysée. Bref, un climat entre gens bien élevés, que certains fans de l’homme qui se veut « providentiel », ne peuvent pas comprendre, raison de plus pour empêcher son retour en 2017.    

 

Michel Escatafal

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