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19/10/2014

Un président peut-il être élu par la gauche et gouverner le pays durablement? NON

Le titre de cet article est volontiers polémique, mais il ne fait que traduire la vérité. En effet, les rares fois où la gauche a été pouvoir, elle fut accusée chaque fois de faire une politique de droite, après parfois avoir réalisé des réformes* que les gens qui l’ont porté au pouvoir attendaient. Ce fut le cas à l’époque du Front Populaire (1936-1937), mais aussi à celle de François Mitterrand (1981-1986 et 1988-1993), ou même à celle de Lionel Jospin (1997-2002). Néanmoins quand les socialistes et leurs alliés quittent le pouvoir, après généralement une courte période, ils laissent une impression très mitigée…parce que les gens ont oublié leurs réformes et parce que celles-ci se sont avéré, in fine, des boulets que personne n’a osé remettre en question…ou si peu.

Certes nul ne niera que le Front Populaire, dirigé par Léon Blum, ou l’Union de la gauche de F. Mitterrand, ont offert aux « travailleurs » des acquis sociaux attendus depuis très longtemps, mais cela ne les a pas empêché de se voir très vite reprocher par ceux qui les ont soutenus dans leur conquête du pouvoir, d’avoir trop vite tourné le dos à une politique de gauche…par réalisme économique. On ne peut pas distribuer continuellement sans contrepartie ! C’est la loi du libéralisme, un mot qui fait horreur aux gens de gauche, mais qui est quand même « le moins mauvais des systèmes » pour parler comme Winston Churchill à propos de la démocratie. On a vu ce que donnait le socialisme pur et dur dans l’ex-Union Soviétique et dans ses pays satellites pendant une grande partie du vingtième siècle.

Pourquoi j’écris cela ? Tout simplement parce que le gouvernement de Manuel Valls  est confronté plus que jamais à la vindicte des amis de Mélenchon, du Parti communiste ou ce qu’il en reste, et surtout des fameux frondeurs qui, à force de jouer à se faire peur, vont être obligés de repasser plus vite que prévu devant les électeurs. Et là, bonjour les dégâts pour les frondeurs et les autres ! En effet, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, le parti socialiste et ses frondeurs pourraient se retrouver à un plus bas historique dans une Assemblée de la Cinquième République. Certains assurent même qu’ils pourraient être moins de cinquante ! Ce serait un désastre électoral de plus, mais à un niveau tel que le Parti socialiste pourrait ne pas y survivre, du moins dans son état actuel…ce qui permettrait aux frondeurs de réfléchir sur les dangers de vouloir constamment marquer contre son camp.

Certes ils pourront toujours essayer de construire un nouveau mouvement avec le Font de gauche, sauf que toute l’extrême gauche, dans notre pays comme ailleurs, pèse peu (en tout 12 à 13% des voix en France), sauf aussi que ces gens ne seraient d’accord sur rien, les communistes purs et durs du Nouveau parti anticapitaliste ou de Lutte ouvrière trouvant nécessairement les frondeurs socialistes ou les dirigeants du Front de gauche beaucoup trop timorés dans leur désir d’installer une démocratie populaire. Et oui, c’est tellement plus facile de se faire élire député socialiste dans la foulée d’une élection présidentielle victorieuse, que sur des propositions économiques et sociales d’un autre âge ! Le plus triste c’est que ces frondeurs, du moins pour certains, se seraient bien vus au gouvernement, alors que d’autres y ont carrément participé avant d’estimer que leur avenir personnel était en train de s’assombrir. Cruelle est la vie politique pour un politicien, mais surtout quel manque flagrant de conviction !

Si j’écris cela c’est parce que ces gens qui ont fait la campagne de F. Hollande, dont nombre d’entre eux l’auraient faite pour D. Strauss-Kahn, savaient très bien que le candidat socialiste n’était pas vraiment de gauche, du moins une gauche telle que la conçoivent ceux qui veulent l’application d’un programme où l’on fait abstraction des réalités économiques. Or précisément, si l’on a bien suivi la campagne électorale de F. Hollande, il n’a jamais promis le « grand soir » à ceux qui s’apprêtaient à voter pour lui…et c’est une des raisons pour laquelle il a été élu. N’oublions pas que F. Hollande a bénéficié au second tour de l’élection présidentielle de 2012 de nombre de voix d’électeurs du centre, la mienne par exemple, pour ne pas voir N. Sarkozy à l’Elysée pour cinq ans de plus. Des électeurs nécessairement déçus par l’attitude des frondeurs, puisqu’ils voient bien que l’on va nécessairement vers des élections législatives anticipées…que Manuel Valls lui-même semble juger inévitables. Et ce ne sont pas les déclarations incendiaires de Martine Aubry aujourd’hui dans le Journal du Dimanche qui vont rassurer les soutiens du Premier ministre ou de F. Hollande, s’il en reste encore quelques uns pour ce dernier.

Au passage  je redis, une fois encore, que F. Hollande a tort de tergiverser et de contrarier le souci de réformer vite et fort le pays, comme semblent vouloir le faire Manuel Valls et son ministre de l’Economie Emmanuel Macron, profitant l’un et l’autre d’une relative bonne opinion qu’ont les Français de leur personne et de la politique qu’ils souhaitent mener. Que risque F. Hollande à vouloir donner son nom à des réformes que les Français attendent en majorité, faute de pouvoir vraiment s’y opposer, la contrainte économique étant trop forte aujourd’hui dans un contexte d’autant plus défavorable que la crise est là, toujours aussi présente. Ces fameuses réformes sur la durée et la flexibilité du travail, sur le contrat unique, passeraient sans doute assez facilement dans la mesure où chacun est bien conscient qu’on ne peut plus continuer à vouloir produire des richesses en ayant un temps de travail moins important qu’ailleurs, en ayant des ponts à répétition en mai, en refusant des choses aussi simples que le travail du dimanche dans certaines grandes villes ou lieux de tourisme, ou en ayant une législation du travail à la fois très complexe et coûteuse pour les entreprises.

Certes nos gouvernants ont fait part de leur volonté d’améliorer et simplifier les choses, mais dès que le Premier ministre ou son ministre de l’Economie veut accélérer le mouvement, aussitôt le président de la République renvoie à des discussions avec les syndicats, dans un pays qui a l’un des plus faibles taux de syndicalisation parmi les pays développés (8%), qui contraste d’ailleurs avec la capacité de mobilisation très forte du syndicalisme français sur certains sujets, en raison de sa forte présence dans le secteur public. Résultat, rien n’avance réellement ou tellement lentement que cela ne fait qu’exacerber le sentiment d’impuissance que l’on prête à F. Hollande. Comment dans ces conditions peut-il espérer se représenter et être reconduit à la présidence de la République ? Dans le même ordre d’idées, quitte à mourir politiquement, pourquoi ne pas le faire en laissant une trace dans l’histoire, autre que celle que beaucoup lui attribuent aujourd’hui de « plus mauvais président de l’histoire de la cinquième République », place qu’il se dispute avec son prédécesseur N. Sarkozy ? Ce serait quand même plus glorieux…à moins que l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste soit plus calculateur encore que ses détracteurs le soulignent, en préparant pour le début de l’année prochaine une cohabitation. Or, qui dit cohabitation, dit jusqu’ici défaite du Premier ministre à la présidentielle qui suit, et élection de celui qui est resté à son poste à l’Elysée.

Le peuple oublie vite ce qu’il a détesté, pour peu que ceux qui gouvernent à sa suite ne fassent pas mieux. Et puis, qui est prêt à devenir Premier ministre en cas de cohabitation ? Quel casse-tête pour l’UMP qui, à ce moment, sera encore plus divisée qu’aujourd’hui, avec comme président de l’UMP Nicolas Sarkozy et, face à lui, le chouchou des sondages Alain Juppé. Et si F. Hollande misait tout sur cette dualité pour retrouver des couleurs et essayer de mettre tout le monde d’accord ? Certes les deux leaders de l’UMP peuvent toujours refuser de cohabiter, mais, dans ce cas, qui ne dirait pas qu’ils ont eu peur de gouverner dans la difficulté ? Et s’ils acceptent le poste de Premier ministre, c’est l’échec annoncé entre un président qui va s’efforcer de tirer les ficelles de la situation, sur fond de guerre ouverte entre les deux principaux prétendants à l’investiture UMP pour la présidentielle de 2017.

C’est pour cela qu’il faut rester très prudent dans ses pronostics sur la consultation de 2017, et c’est aussi pour cela que la pire chose qui pouvait arriver à la droite parlementaire est le retour de N. Sarkozy, lequel, quoi qu’il arrive, aura fait tellement de mal à sa famille politique. Rien que pour cela, il est incompréhensible que tant de monde à l’UMP lui fasse encore confiance, d’autant qu’il se comporte depuis son retour comme celui qu’il a toujours été, quelques pitreries en plus dans ses meetings. Et pendant ce temps, face à ces jeux politiciens, notre pays est presque à l’arrêt, d’autant que la conjoncture internationale n’est en rien encourageante pour l’avenir. Heureusement que Ségolène Royal est là pour apporter un peu de fraîcheur dans le débat, en refusant que l’on réintroduise des ours dans les zones de pastoralisme. Au fait, avait-on besoin de réintroduire des loups ou des ours dans notre pays ? N’y avait-il pas de problèmes plus urgents à régler ? Ah, j’oubliais : à une certaine époque il fallait ménager les écologistes. Mais ces derniers, combien de divisions ? Pauvre France !

Michel Escatafal

* 1936 : loi instituant deux semaines de congés payés (11 juin) et la semaine de 40 heures (12 juin), l’école obligatoire jusqu’à 14 ans (13 août)

1982 : durée du travail fixée à 39 heures par semaine et cinquième semaine de congés payés (13 janvier), ordonnance ramenant l’âge de la retraite à 60 ans (25 mars)

1988 : loi sur le RMI (12 octobre)

1999 : négociations patronat-syndicats pour l’application de la loi des 35 heures de travail hebdomadaire

2001 : loi relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, supprimant notamment l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie