Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/09/2014

Combien d’hommes providentiels dans ce pays depuis 1789 ? Trois, peut-être

Si j’ai choisi ce titre aujourd’hui c’est, comme chacun s’en doutera, pour rire (un peu) à propos du retour en politique de N. Sarkozy, présenté par ses thuriféraires comme « l’homme providentiel » dont la France a besoin pour se redresser, après six ans de crise économique, une crise que l’on n’avait jamais imaginé aussi durable et aussi difficile à surmonter, en France et en Europe. Une crise qui montre, si besoin était, que notre pays n’a pas su faire au cours des dernières décennies les réformes nécessaires pour diminuer la pression de la dette et pour restaurer notre compétitivité dans un monde mondialisé. Et parmi ces hommes ou femmes politiques qui n’ont pas su ou voulu faire ces fameuses réformes, il y a un certain N. Sarkozy…ce qu’oublient ceux qui le soutiennent à droite. C’est la raison pour laquelle, les autres, beaucoup plus nombreux si l’on en croit les sondages, ne peuvent que sourire en voyant l’ancien président de la République annoncer, avec tout le fracas possible, son retour en politique, trahissant au passage une promesse qu’il avait faite en 2012…ce qui ne le traumatise pas pour autant. D’ailleurs, parmi les slogans de ses amis à propos de son retour, il y a le fait qu’il aurait changé. Comme si, à presque 60 ans, un homme pouvait changer ! Certes on peut toujours changer de vie, quel que soit son âge, mais on ne peut pas changer de comportement. On est comme on naît ! On comprend pourquoi, alors qu’il n’est même pas encore président de l’UMP, N. Sarkozy promet déjà de tout changer, à commencer par le nom de son parti, et tout le reste à l’avenant. Du coup, comme l’a dit un parlementaire, il sera centriste avec les centristes, gaulliste avec les gaullistes, et de droite vraiment de droite avec les éléments les plus proches des idées du Front National. Bref, il va refaire du Sarkozy…comme au bon vieux temps!

Est-ce avec cet homme du passé, qui a laissé le pays dans un état critique, que nous pouvons parler d'un "homme providentiel", comme on en compte un ou deux par siècle ? Sûrement pas, ce qui explique l'ironie de ceux qui jugent froidement la politique et les jeux politiciens. On est loin avec N. Sarkozy des graves questions existentielles sur le redressement des comptes sociaux, l’évolution des déficits et de la dette, ou encore sur plus ou moins de fédéralisme dans l’Union Européenne. Non, toutes ces questions pèsent peu pour le moment, dans la mesure où N. Sarkozy doit d’abord reconquérir le pouvoir, dans son parti et ensuite dans le pays. Pour ce faire il doit mettre hors-jeu ses concurrents à droite, à commencer par A. Juppé et F. Fillon, sans oublier l’ambitieux B. Lemaire, très apprécié nous dit-on des jeunes militants et sympathisants de presque feu l’UMP. Voilà pour le programme dans les deux années à venir, et ensuite on s’occupera de faire des promesses, et chacun y retrouvera ses idées, comme je l’ai écrit auparavant. Et s’il le faut, N. Sarkozy n’aura pas peur d’évoquer à nouveau Jaurès ou Blum, où je ne sais qui encore, du moment que cela peut rapporter quelques voix supplémentaires, sans parler d’interventions multiples dans les médias, plus particulièrement télévisuels, parce que c’est là qu’on touche le plus de monde. Oui, un scénario parfaitement prévisible et bien huilé, où va régner en maître le « plus c’est gros, plus ça passe ». Voilà ce qui nous attend jusqu’en 2016-2017, ce qui pourrait finalement  bien aider F. Hollande et M. Valls, s’ils survivent jusque-là.

Cela dit, revenons à mon titre à propos de l’homme dit « providentiel », si important dans l’imaginaire des gens de droite de notre pays. Pourquoi de droite ? Parce que parmi ces hommes providentiels il y a un certain Napoléon 1er, sans doute le personnage de notre histoire le plus connu, bien qu’ayant été celui qui lui a causé le plus de mal après une quinzaine d’années de pouvoir absolu. Napoléon ne l’oublions pas, a ruiné notre pays, l’a asservi, et a fini par le laisser beaucoup plus petit qu’il ne l’avait récupéré. Un bilan catastrophique qui suffit à ternir cette image d’Epinal que l’on affuble à ceux que l’on considère comme de grands hommes, alors que pour avoir droit à cette appellation « d’homme providentiel » il faut au contraire avoir sauvé son pays de la ruine et de l’invasion. Même Gambetta n’y aura pas réussi, bien qu’ayant été l’incarnation de la résistance patriotique pendant la guerre de 1870. En revanche, j’attribuerais volontiers cette appellation à Lazare Carnot, à l’origine de la mobilisation en février 1793 de 300.000 citoyens enrôlés pour se battre aux frontières de la France, au moment où toutes les grandes monarchies européennes (Angleterre, Hollande, Autriche et Espagne) étaient contre la France révolutionnaire, sans oublier qu’au printemps de cette même année 1793, la Vendée était à feu et à sang. Une autre levée en masse sera faite en août (création par Carnot des 14 armées de la république), ce qui allait permettre à notre pays de remporter les victoires qui allaient le sauver dans un premier temps. Parmi celles-ci on retiendra celle de Wattignies contre les Autrichiens le 25 vendémiaire An II (16 octobre 1793), le jour où par une cruelle coïncidence fut exécutée la reine Marie-Antoinette. Même si cette victoire, ô combien importante pour la Révolution, fut attribuée au général Jourdan, les exégètes militaires reconnaissent tous que la contribution de Carnot fut décisive. Peut-on comparer N. Sarkozy à Lazare Carnot ? Non, bien évidemment ! Cela étant, la vérité historique m’oblige à dire que Lazare Carnot, dont un descendant sera président de la République entre 1887 et 1894, ne quittera pas définitivement les allées du pouvoir après s’être retiré en 1807, pour s’occuper de sciences et mathématiques à l’Institut. Il se ralliera en effet aux Bourbons et sera même général de division et gouverneur d’Anvers en 1814, ce qui ne l’empêchera pas de devenir ministre de l’Intérieur de Napoléon et d’être fait comte d’Empire le 20 mars 1815. Exilé en 1816, l’empereur de Russie Alexandre invitera Carnot à séjourner à Varsovie, avant que ce dernier s’installe ensuite en Prusse où il mourra. Et oui, nul n’est parfait, même parmi les hommes dits providentiels !

Autre grand personnage que l’on peut qualifier aussi d'homme providentiel, Georges Clémenceau, que l’on appellera à la fin de la guerre 1914-1918 « le « père la Victoire ». A ce moment, en septembre 1917, la France est en proie à une crise intérieure terrible, alors que ses régions minières et agricoles sont la propriété des Allemands. Pour sauver le pays, Poincaré, alors président de la République,  décide de faire appel à son vieil adversaire politique, Clémenceau, pour être président du Conseil. Bien lui en prit, puisque Clémenceau saura redonner confiance à la nation, prendra les choses en main sur le plan politique et militaire en faisant nommer Foch chef des armées alliées, et, avec l’appui des soldats américains à partir de la fin de l’année 1917, la France et les alliés finiront par vaincre l’Allemagne (armistice du 11 novembre 1918).  Clémenceau sera aussi un des grands artisans du traité de Versailles en 1919…ce qui ne l’empêchera pas d’être battu à l’élection présidentielle du 17 janvier 1920 par Deschanel, lequel quittera ses fonctions sept mois plus tard pour cause de maladie. Le passé de Clémenceau, notamment son anticléricalisme et son anticolonialisme, lui avait aliéné à jamais le Bloc national, équivalent aujourd’hui de l’UMP (droite et centre, plus quelques radicaux), ce qui explique son échec à la présidence de la République. Et oui, c’est aussi cela la politique, laquelle ne fait jamais durer très longtemps l’union nationale, du moins dans notre pays !

Enfin, dernier homme providentiel me venant à l’esprit, le général de Gaulle. Comme les deux personnages dont j’ai déjà parlé, lui aussi a sauvé le pays à son époque, et si la France est restée une grande puissance, elle le doit au général de Gaulle et à son refus de la défaite en juin 1940. Je ne vais pas rappeler son histoire, très récente, mais on peut le considérer comme l’autre  grand personnage français du vingtième siècle. Il l’est d’autant plus, qu’outre son appel du 18 juin 1940 et le rassemblement qu’il a su opérer dans le pays dirigé par Pétain,  il est aussi le  fondateur de la Cinquième République, mais également celui qui aura achevé la décolonisation française, assuré la réconciliation avec l’Allemagne, sorti la France du commandement intégré de l’OTAN, doté la nation de l’arme nucléaire, et assuré à la fin des années 50 et dans la décennie 60, le redressement économique de notre nation. Tout cela étant insuffisant pour éviter les énormes manifestations de mai 1968, et son départ du pouvoir  un an plus tard lors du référendum qu’il organisa sur la régionalisation et la refonte du Sénat. Cet échec le conduisit à démissionner immédiatement de ses fonctions de président de la République, échec qui lui donna sans doute un énorme goût d’amertume. Et oui, c’est cela aussi l’exercice du pouvoir ! Néanmoins, sa place dans l’histoire est assurée pour l’éternité, même si le gaullisme du général de Gaulle  a vécu depuis longtemps, au point qu’aujourd’hui l’UMP n’a plus rien de gaulliste. Et ce n’est pas N. Sarkozy qui va lui redonner son certificat d’origine ! Voilà pourquoi, je fais partie de ceux qui voient d’un œil à la fois triste et amusé le retour de celui que certains osent, sans rire, affubler du qualificatif d’homme providentiel. Son action comme ministre ou président de la République est quand même à des années-lumière de celle de nombreux autres grands hommes qui l’ont précédé dans la vie politique française, et pas seulement de celle des trois personnages historiques que je viens de citer. Qui oserait comparer N. Sarkozy à Gambetta, Poincaré, Robert Schuman, Mendès-France ou Raymond Barre, pour ne citer que des personnages de notre histoire ? Personne évidemment, à part quelques groupies !

Michel Escatafal

12/09/2014

La dissolution, c’est maintenant…ou très bientôt…ou pas du tout ?

Alors que de nombreuses voix se font entendre pour engager réellement les réformes qui n’ont pas été faites depuis des décennies, F. Hollande et le gouvernement semblent toujours décidés à les faire, mais sans véritable conviction. Ainsi on parlait d’ordonnances pour le travail du dimanche, et finalement cela ne se fera pas. Quant au pacte de responsabilité, il se met certes en mouvement, mais avec toujours ces discussions qui n’en finissent pas entre partenaires sociaux, et qui ruinent les effets d’annonce faits par F. Hollande en début d’année et un peu plus tard par Manuel Valls. Quand F. Hollande va-t-il comprendre qu’il faut à présent passer totalement des paroles aux actes sans états d’âme ? Que risque-t-il à braver sa majorité en lambeaux ? Réponse à la deuxième question : Rien, car F. Hollande connaît trop bien la politique pour savoir, qu’après forces circonvolutions, les députés finiront par faire en sorte de ne pas mettre en minorité le gouvernement. Ils sont courageux « les frondeurs », mais pas téméraires ! Ils connaissent la couleur de la prochaine Assemblée en cas de dissolution, et le rose y sera extrêmement peu représenté. Ce sera d’autant plus le cas que nombre de personnes ayant voté à l’élection présidentielle ou aux élections législatives pour battre N. Sarkozy et ceux qui l’ont soutenu, ne voteront pas de la même façon en cas de dissolution, quitte à ne pas voter du tout ou voter blanc. Les « frondeurs » auront réussi le tour de force de couper le parti socialiste en deux, et surtout d’avoir dégoûté à jamais nombre d’électeurs qui avaient voté pour eux en 2012, même si c’était par défaut. Et j’ajouterais qu’ils ont lourdement compromis les chances d’un futur candidat de leur parti à l’élection présidentielle, car ils auront donné une image détestable de la pratique du pouvoir. C’est sévère comme jugement, mais il faut bien appeler un chat un chat !

Si j’écris pareilles choses, c’est parce que les Français ne comprennent pas pourquoi on n’avance pas plus vite dans les réformes, alors que la majorité d’entre eux y sont prêts. Pire encore, entre belles paroles et reculades devant les « frondeurs », nos dirigeants donnent l’impression que dans ce pays c’est le bazar le plus complet, renvoyant une image tout à fait désastreuse, y compris à l’étranger. Comment dans une telle cacophonie au sein de la majorité, des investisseurs étrangers auraient envie de s’implanter chez nous ? Et pour couronner le tout, il n’y a comme opposition organisée que le Front National, car l’UMP est à peu près dans le même état que le parti socialiste, avec notamment le vrai-faux, le faux-vrai, mais surtout le futur vrai retour de N. Sarkozy, lequel vient de recevoir l’onction (ô combien enthousiasmante !) de J.F. Copé pour prendre la tête de l’UMP. En outre, si à propos de l’UMP on ne parle pas de « frondeurs », il y a en revanche un ou plusieurs clivages dans ses rangs aussi nets que ceux du parti socialiste, avec d’un côté une droite qui se veut toujours décomplexée sans vraiment l’être tout en l’étant, celle qui soutient N. Sarkozy, une droite qui se veut plus droitière qu’elle ne le fut du temps de J. Chirac, notamment sur l’immigration pour répondre au Front National, celle de F. Fillon, et enfin une droite plus raisonnable et plus réaliste incarnée par Alain Juppé, ce dernier ayant de plus en plus le soutien des centristes. Autant dire que si les Français se sentent complètement à l’écart des prises de position des socialistes au pouvoir, ils sont loin de comprendre où peut les mener l’opposition UMP. C’est cela, et uniquement cela, la raison de la poussée du Front National, malgré l’absence totale de programme du parti de Marine Le Pen.

Pour ceux qui aiment l’histoire, les problèmes de F. Hollande font (un peu) penser à ceux de V. Giscard d’Estaing après 1976, sauf que V. Giscard d’Estaing n’avait jamais été Premier secrétaire du parti socialiste, et laissait gouverner son Premier ministre, Raymond Barre. Sauf aussi qu’en ce temps là, internet et les réseaux sociaux n’existaient pas, ce qui signifie que les acteurs politiques étaient beaucoup moins épiés que de nos jours. Quand on pense au bruit fait autour d’un éphémère secrétaire d’Etat qui ne déclarait pas ses impôts ou ne payait pas son loyer, alors qu’il a été démissionné sans ménagement après quelques jours à peine au gouvernement, on croit rêver, tellement nombre de Français devraient se féliciter de voir que les dispositifs sur la transparence ont bien fonctionné, même avec un peu de retard ! Autre avatar pour le pouvoir, et plus particulièrement pour F. Hollande, le bruit fait par un livre écrit par son ex-compagne, sur lequel on revient sans cesse dans les radios, les télés et internet, alors que son contenu relève davantage de la vilaine scène de ménage a posteriori que de la vie politique. Tout cela finit par ruiner le moral des habitants de notre beau pays, comme jamais on n’aurait pu le constater il y a trente ou quarante ans, le peuple n’en pouvant plus de payer impôts et taxes, ce qui n’a rien de nouveau, alors qu’il a l’impression que les politiciens de notre pays bénéficient au contraire d’une totale impunité, ce qui est faux. La preuve, de nos jours des gens sont inquiétés pour des faits liés à la fiscalité qui, pourtant, remontent à des années en arrière, et dont très peu de monde se souciait jusque-là, à commencer par les électeurs.

C’est peut-être aussi pour cette raison qu’à l’époque de V.G.E. et R. Barre, malgré une partie de la majorité qui contestait tout et son contraire quant aux décisions prises par le gouvernement, les réformes se faisaient et avec elles l’adaptation de l’économie française, que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’industrie avec le règlement douloureux du problème de la sidérurgie, mais aussi avec le développement de nouvelles industries, dont certaines datent de cette époque, et qui contribuent encore à maintenir la France parmi les principaux pays exportateurs (nucléaire, espace, bio-industries, équipements pour économiser l’énergie etc.). Et pourtant, si la crise d’aujourd’hui est douloureuse, les problèmes que notre pays a connus dans la décennie 1970, comme les autres pays industrialisés, n’étaient pas moins importants que ceux que nous connaissons en ce moment, avec pour point d’orgue les deux chocs pétroliers (1974 et 1979), dont le dernier a déclenché une crise monétaire aux Etats-Unis. Et pour faire face à tous ces graves problèmes, R. Barre dut composer avec une majorité presqu’aussi frondeuse que celle de nos jours. Mais, je  le répète, la fronde était surtout politique, sur fond de guerre entre le RPR de Jacques Chirac et l’UDF qui était le parti présidentiel. Cela étant les frondeurs RPR avaient une attitude plus raisonnable que les frondeurs socialistes de nos jours, notamment en ce qui concerne les décisions économiques, et ne s’opposaient pas de la même manière aux décisions prises par le gouvernement. Néanmoins, toujours dans la comparaison avec l’époque actuelle, il y avait en face de V. Giscard d’Estaing et du gouvernement Barre, une opposition socialiste et communiste tellement désunie qu’elle finira par perdre des élections législatives « imperdables » en 1978.

Si j’écris cela c’est parce que le premier sondage concernant la confiance faite à R. Barre en 1976, juste après sa nomination, indiquait que seuls 3% des Français lui donnaient cette confiance. Le chiffre montera ensuite vite à 20% pour osciller ensuite entre 25 et 30%. Cela étant, comment imaginer qu’avec des chiffres du chômage très mauvais et une inflation (11%) deux fois plus forte en 1976 qu’en Allemagne (4%) ou aux Etats-Unis (5%), oui comment imaginer que la majorité RPR-UDF puisse gagner des élections législatives de 1978 ? Et pourtant ce fut le cas, d’abord en raison de l’amélioration des fondamentaux économiques, mais plus encore à cause de la désunion de la gauche entre socialistes et communistes. Finalement le courage de prendre des mesures allant dans le bon sens avait fini par prévaloir sur les joutes politiciennes. Et cette victoire de 1978, sera confirmée par celle des premières élections européennes au suffrage universel en 1979, au bénéfice exclusif de l'UDF. F. Hollande devrait s’inspirer de cela, et en finir avec ses atermoiements concernant les déficits et la remise en question de certains acquits sociaux…qui n’en sont pas réellement, et qui sont un frein pour le retour d’une croissance vertueuse.

De toutes façons, le pouvoir n’a plus le choix : c’est soit la poursuite de la fuite en avant en creusant les déficits et la dette, comme le souhaitent les communistes, le Front de gauche et les « frondeurs » socialistes, ou, comme l’a dit le gouverneur de la Banque de France, « lancer les bonnes réformes », notamment en faisant plus de coupes dans les dépenses. Au stade où il en est, j’espère que F. Hollande aura compris où est l’intérêt du pays. Et dans ce cas, qui sait ce qui peut se passer dans presque trois ans…s’il n’est pas candidat, car sa situation personnelle paraît désespérée, et ne peut que conduire à une défaite électorale s’il se présente à l’élection présidentielle, ce qui fut le destin de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Ce dernier saoulé de coups de toutes sortes fut battu par F. Mitterrand à l’élection présidentielle, comme ne manquera pas de l’être F. Hollande s’il se présente en 2017, les coups qui lui sont infligés, tant d’ordre privés que politiques, étant encore beaucoup plus dévastateurs pour son image que ceux reçus en son temps par VGE. Et de nos jours ladite image est infiniment plus importante qu’il y a trente ou quarante ans !

Michel Escatafal

05/09/2014

Heureusement pour F. Hollande qu'il y a Mario Draghi

Décidément F. Hollande accumule les difficultés depuis le début de son quinquennat, mis à part les deux premiers mois de son mandat en été 2012. Depuis, entre une croissance qui ne vient pas, l’obligation de faire des réformes qui n’ont pas été faites jusque-là, et des soucis permanents avec sa majorité qui se veut de gauche, c’est un amoncellement de problèmes qui l’empêche d’exercer sa présidence dans des conditions normales. Pire encore, à ces soucis s’ajoutent des ennuis avec certains de ses ministres, à commencer par l’affaire Cahuzac jusqu’à la démission hier du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur pour, nous dit-on, s’être soustrait au fisc, sans parler évidemment des déclarations de certains ministres qui s’en sont pris carrément à la politique du gouvernement…auquel ils appartenaient. On croit rêver !

Et pour couronner le tout il y a ce livre de l’ex-compagne du président, que je n’achèterai pas personnellement, mais qui est en train de faire (hélas !) un tabac en librairie. Ce brûlot, en effet, ne peut que porter tort au président de la République, qui n’avait pas besoin de ça, sur fond de bruits de guerre froide entre l’OTAN et la Russie avec l’affaire ukrainienne. Une affaire qui concerne de très près notre pays en raison du dilemme dans lequel se trouve F. Hollande à propos de la livraison de matériel militaire…à la Russie, ce qui pourrait, in fine, coûter très cher à la France en termes de pénalité et de futures ventes à d’autres pays. J’en profite d’ailleurs pour écrire que dans cette affaire, c’est encore la France et elle seule qui va être pénalisée par des décisions américaines, ce qui montre à quel point le général de Gaulle avait eu raison de se retirer de la structure militaire de l’OTAN pour « recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté ».

Une décision que l’on n’aurait jamais dû remettre en cause, et qui l’a été, hélas, par N. Sarkozy au début de son quinquennat, lequel avait été très critiqué à l’époque par un certain F. Hollande qui déclarait le 8 avril 2008, que « cette décision de revenir dans le commandement militaire de l’OTAN est fâcheuse, car si notre pays renonçait à son autonomie de jugement au sein de l’Alliance, c’est l’ensemble de l’Europe, pas simplement la France, qui se trouverait en situation d’alignement sur les Etats-Unis ». De belles paroles d’opposant politique ! Et l’on s’étonne après cela que les Français n’aient plus aucune confiance en nos dirigeants, qui font souvent l’inverse une fois au pouvoir de ce qu’ils souhaitaient qu’on ne fasse pas quand ils étaient dans l’opposition.

En attendant cette pluie de mauvaises nouvelles pour le chef de l’Etat, et ces décisions allant à l’encontre de ses déclarations d’opposant ou de ses promesses de campagne, finissent par nous faire douter de le voir poursuivre son quinquennat jusqu’au bout sans avoir recours à un retour devant les électeurs. Certes, comme je l’ai écrit dans un précédent article, la Constitution le protège, mais jusqu’à quel point ? En fait, la seule chose qui puisse l’aider c’est l’absence d’opposition crédible, hélas. Imaginons un instant que F. Hollande soit dans l’obligation de dissoudre l’Assemblée, et que l’UMP, comme c’est une certitude, se retrouve avec 300 ou 350 députés, voire plus ? Que se passerait-il ? Personne ne le sait, à commencer par les dirigeants de l’UMP eux-mêmes qui refusent tous de cohabiter. Ce serait le grand « bazar » dans le pays, d’autant que personne ne peut obliger le président de la République à démissionner. Dans ce cas, qui pourrait imposer quoi que ce soit, sinon la rue? Tout cela paraît effrayant, au moment où justement il faut impérativement que notre pays se réforme pour retrouver une industrie qui a perdu la plus grande partie de ses forces, et pour être de nouveau compétitif sur les marchés mondiaux.

Cela m’amène à regretter encore plus qu’au lieu de faire du suivisme en politique étrangère, F. Hollande n’aille pas au bout de la logique du « pacte de responsabilité » pour remettre en ordre de marche notre économie, et la faire entrer dans le vingt-et-unième siècle. Pourquoi, alors qu’il ne lui reste plus le moindre espoir d’être réélu, oui, pourquoi F. Hollande ne se comporte-t-il pas comme certains de ses prédécesseurs au pouvoir, qui ont certes perdu des élections, mais qui resteront dans l’histoire comme de grands hommes d’Etat. J’ai peur que F. Hollande ne fasse pas partie de ces gens…sans doute parce qu’il croit trop en sa bonne étoile. Mais qui va voter pour lui lors de la prochaine élection présidentielle ? Les électeurs de droite ou d’extrême droite? Impensable. Les électeurs d’extrême gauche ? Sûrement pas, car même en ayant N. Sarkozy au second tour ils s’abstiendraient. Les électeurs du centre ? Ils l’ont fait en 2012, mais ils ont été déçus et ne recommenceront pas la prochaine fois, ce qui ne signifie nullement qu’ils voteraient éventuellement pour N. Sarkozy, contrairement à la plupart des électeurs du Front National. Restent ceux qui votent traditionnellement socialiste, mais nombre d’entre eux préfèreront aussi s’abstenir…dans l’espoir d’un recentrage à gauche du parti socialiste. Finalement « Moi président » aura fait à son parti la même chose que son prédécesseur avec l’UMP : il l’aura tellement affaibli que nombre d’adhérents ou sympathisants préfèreront une défaite à une éventuelle victoire sur un programme social-libéral, sans parler des têtes d’affiche qui y verraient un moyen de se placer pour des échéances futures.

Voilà le vrai panorama du corps électoral français, et point n’est besoin de sondages pour arriver à ces conclusions. Dans ce cas, et je le redis encore une fois : qu’attend F. Hollande pour lancer pour de bon les grands chantiers des réformes annoncées ou susurrées, d’autant qu’il va être bien aidé par le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, bien décidé à faire accepter à Angela Merkel un assouplissement de ses positions sur les politiques budgétaires de pays comme l’Italie…et la France, pays où l’absence de demande bloque la machine économique? A ce propos, si l’action conjuguée de Matteo Renzi, président du Conseil italien et de F. Hollande pouvait faire plier la chancelière allemande et son ministre des Finances, l'intransigeant W. Schaüble, aidés par les mesures prises par la BCE, ils auraient bien œuvré pour leur pays et ’Europe, surtout si cela permettait de réaliser ces fameuses réformes attendues par tous dans ces deux nations.

Autant de questions cruciales dont dépendra sans doute le retour de notre pays à meilleure fortune…ou son décrochage pour des années dans le concert des puissances ne sortant pas de leur inexorable déclin. F. Hollande ne doit jamais oublier que P. Mendès-France, R. Barre, ou en Allemagne G. Schroeder, laisseront dans l’histoire une place beaucoup plus grande que ceux qui les ont battus aux élections, y compris peut-être la chancelière Merkel, qui surfe depuis bientôt dix ans sur les réformes de celui à qui elle a pris la place en 2005…sans avoir réalisé qu’on ne peut pas vivre trop longtemps en profitant de la faiblesse de ses voisins. D’ailleurs, l’Allemagne elle-même commence à ressentir les effets de l’atonie de la demande chez ses voisins, ce qu’a bien compris Mario Draghi. Merci à lui!

Michel Escatafal