Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/09/2014

Combien d’hommes providentiels dans ce pays depuis 1789 ? Trois, peut-être

Si j’ai choisi ce titre aujourd’hui c’est, comme chacun s’en doutera, pour rire (un peu) à propos du retour en politique de N. Sarkozy, présenté par ses thuriféraires comme « l’homme providentiel » dont la France a besoin pour se redresser, après six ans de crise économique, une crise que l’on n’avait jamais imaginé aussi durable et aussi difficile à surmonter, en France et en Europe. Une crise qui montre, si besoin était, que notre pays n’a pas su faire au cours des dernières décennies les réformes nécessaires pour diminuer la pression de la dette et pour restaurer notre compétitivité dans un monde mondialisé. Et parmi ces hommes ou femmes politiques qui n’ont pas su ou voulu faire ces fameuses réformes, il y a un certain N. Sarkozy…ce qu’oublient ceux qui le soutiennent à droite. C’est la raison pour laquelle, les autres, beaucoup plus nombreux si l’on en croit les sondages, ne peuvent que sourire en voyant l’ancien président de la République annoncer, avec tout le fracas possible, son retour en politique, trahissant au passage une promesse qu’il avait faite en 2012…ce qui ne le traumatise pas pour autant. D’ailleurs, parmi les slogans de ses amis à propos de son retour, il y a le fait qu’il aurait changé. Comme si, à presque 60 ans, un homme pouvait changer ! Certes on peut toujours changer de vie, quel que soit son âge, mais on ne peut pas changer de comportement. On est comme on naît ! On comprend pourquoi, alors qu’il n’est même pas encore président de l’UMP, N. Sarkozy promet déjà de tout changer, à commencer par le nom de son parti, et tout le reste à l’avenant. Du coup, comme l’a dit un parlementaire, il sera centriste avec les centristes, gaulliste avec les gaullistes, et de droite vraiment de droite avec les éléments les plus proches des idées du Front National. Bref, il va refaire du Sarkozy…comme au bon vieux temps!

Est-ce avec cet homme du passé, qui a laissé le pays dans un état critique, que nous pouvons parler d'un "homme providentiel", comme on en compte un ou deux par siècle ? Sûrement pas, ce qui explique l'ironie de ceux qui jugent froidement la politique et les jeux politiciens. On est loin avec N. Sarkozy des graves questions existentielles sur le redressement des comptes sociaux, l’évolution des déficits et de la dette, ou encore sur plus ou moins de fédéralisme dans l’Union Européenne. Non, toutes ces questions pèsent peu pour le moment, dans la mesure où N. Sarkozy doit d’abord reconquérir le pouvoir, dans son parti et ensuite dans le pays. Pour ce faire il doit mettre hors-jeu ses concurrents à droite, à commencer par A. Juppé et F. Fillon, sans oublier l’ambitieux B. Lemaire, très apprécié nous dit-on des jeunes militants et sympathisants de presque feu l’UMP. Voilà pour le programme dans les deux années à venir, et ensuite on s’occupera de faire des promesses, et chacun y retrouvera ses idées, comme je l’ai écrit auparavant. Et s’il le faut, N. Sarkozy n’aura pas peur d’évoquer à nouveau Jaurès ou Blum, où je ne sais qui encore, du moment que cela peut rapporter quelques voix supplémentaires, sans parler d’interventions multiples dans les médias, plus particulièrement télévisuels, parce que c’est là qu’on touche le plus de monde. Oui, un scénario parfaitement prévisible et bien huilé, où va régner en maître le « plus c’est gros, plus ça passe ». Voilà ce qui nous attend jusqu’en 2016-2017, ce qui pourrait finalement  bien aider F. Hollande et M. Valls, s’ils survivent jusque-là.

Cela dit, revenons à mon titre à propos de l’homme dit « providentiel », si important dans l’imaginaire des gens de droite de notre pays. Pourquoi de droite ? Parce que parmi ces hommes providentiels il y a un certain Napoléon 1er, sans doute le personnage de notre histoire le plus connu, bien qu’ayant été celui qui lui a causé le plus de mal après une quinzaine d’années de pouvoir absolu. Napoléon ne l’oublions pas, a ruiné notre pays, l’a asservi, et a fini par le laisser beaucoup plus petit qu’il ne l’avait récupéré. Un bilan catastrophique qui suffit à ternir cette image d’Epinal que l’on affuble à ceux que l’on considère comme de grands hommes, alors que pour avoir droit à cette appellation « d’homme providentiel » il faut au contraire avoir sauvé son pays de la ruine et de l’invasion. Même Gambetta n’y aura pas réussi, bien qu’ayant été l’incarnation de la résistance patriotique pendant la guerre de 1870. En revanche, j’attribuerais volontiers cette appellation à Lazare Carnot, à l’origine de la mobilisation en février 1793 de 300.000 citoyens enrôlés pour se battre aux frontières de la France, au moment où toutes les grandes monarchies européennes (Angleterre, Hollande, Autriche et Espagne) étaient contre la France révolutionnaire, sans oublier qu’au printemps de cette même année 1793, la Vendée était à feu et à sang. Une autre levée en masse sera faite en août (création par Carnot des 14 armées de la république), ce qui allait permettre à notre pays de remporter les victoires qui allaient le sauver dans un premier temps. Parmi celles-ci on retiendra celle de Wattignies contre les Autrichiens le 25 vendémiaire An II (16 octobre 1793), le jour où par une cruelle coïncidence fut exécutée la reine Marie-Antoinette. Même si cette victoire, ô combien importante pour la Révolution, fut attribuée au général Jourdan, les exégètes militaires reconnaissent tous que la contribution de Carnot fut décisive. Peut-on comparer N. Sarkozy à Lazare Carnot ? Non, bien évidemment ! Cela étant, la vérité historique m’oblige à dire que Lazare Carnot, dont un descendant sera président de la République entre 1887 et 1894, ne quittera pas définitivement les allées du pouvoir après s’être retiré en 1807, pour s’occuper de sciences et mathématiques à l’Institut. Il se ralliera en effet aux Bourbons et sera même général de division et gouverneur d’Anvers en 1814, ce qui ne l’empêchera pas de devenir ministre de l’Intérieur de Napoléon et d’être fait comte d’Empire le 20 mars 1815. Exilé en 1816, l’empereur de Russie Alexandre invitera Carnot à séjourner à Varsovie, avant que ce dernier s’installe ensuite en Prusse où il mourra. Et oui, nul n’est parfait, même parmi les hommes dits providentiels !

Autre grand personnage que l’on peut qualifier aussi d'homme providentiel, Georges Clémenceau, que l’on appellera à la fin de la guerre 1914-1918 « le « père la Victoire ». A ce moment, en septembre 1917, la France est en proie à une crise intérieure terrible, alors que ses régions minières et agricoles sont la propriété des Allemands. Pour sauver le pays, Poincaré, alors président de la République,  décide de faire appel à son vieil adversaire politique, Clémenceau, pour être président du Conseil. Bien lui en prit, puisque Clémenceau saura redonner confiance à la nation, prendra les choses en main sur le plan politique et militaire en faisant nommer Foch chef des armées alliées, et, avec l’appui des soldats américains à partir de la fin de l’année 1917, la France et les alliés finiront par vaincre l’Allemagne (armistice du 11 novembre 1918).  Clémenceau sera aussi un des grands artisans du traité de Versailles en 1919…ce qui ne l’empêchera pas d’être battu à l’élection présidentielle du 17 janvier 1920 par Deschanel, lequel quittera ses fonctions sept mois plus tard pour cause de maladie. Le passé de Clémenceau, notamment son anticléricalisme et son anticolonialisme, lui avait aliéné à jamais le Bloc national, équivalent aujourd’hui de l’UMP (droite et centre, plus quelques radicaux), ce qui explique son échec à la présidence de la République. Et oui, c’est aussi cela la politique, laquelle ne fait jamais durer très longtemps l’union nationale, du moins dans notre pays !

Enfin, dernier homme providentiel me venant à l’esprit, le général de Gaulle. Comme les deux personnages dont j’ai déjà parlé, lui aussi a sauvé le pays à son époque, et si la France est restée une grande puissance, elle le doit au général de Gaulle et à son refus de la défaite en juin 1940. Je ne vais pas rappeler son histoire, très récente, mais on peut le considérer comme l’autre  grand personnage français du vingtième siècle. Il l’est d’autant plus, qu’outre son appel du 18 juin 1940 et le rassemblement qu’il a su opérer dans le pays dirigé par Pétain,  il est aussi le  fondateur de la Cinquième République, mais également celui qui aura achevé la décolonisation française, assuré la réconciliation avec l’Allemagne, sorti la France du commandement intégré de l’OTAN, doté la nation de l’arme nucléaire, et assuré à la fin des années 50 et dans la décennie 60, le redressement économique de notre nation. Tout cela étant insuffisant pour éviter les énormes manifestations de mai 1968, et son départ du pouvoir  un an plus tard lors du référendum qu’il organisa sur la régionalisation et la refonte du Sénat. Cet échec le conduisit à démissionner immédiatement de ses fonctions de président de la République, échec qui lui donna sans doute un énorme goût d’amertume. Et oui, c’est cela aussi l’exercice du pouvoir ! Néanmoins, sa place dans l’histoire est assurée pour l’éternité, même si le gaullisme du général de Gaulle  a vécu depuis longtemps, au point qu’aujourd’hui l’UMP n’a plus rien de gaulliste. Et ce n’est pas N. Sarkozy qui va lui redonner son certificat d’origine ! Voilà pourquoi, je fais partie de ceux qui voient d’un œil à la fois triste et amusé le retour de celui que certains osent, sans rire, affubler du qualificatif d’homme providentiel. Son action comme ministre ou président de la République est quand même à des années-lumière de celle de nombreux autres grands hommes qui l’ont précédé dans la vie politique française, et pas seulement de celle des trois personnages historiques que je viens de citer. Qui oserait comparer N. Sarkozy à Gambetta, Poincaré, Robert Schuman, Mendès-France ou Raymond Barre, pour ne citer que des personnages de notre histoire ? Personne évidemment, à part quelques groupies !

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.