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12/09/2014

La dissolution, c’est maintenant…ou très bientôt…ou pas du tout ?

Alors que de nombreuses voix se font entendre pour engager réellement les réformes qui n’ont pas été faites depuis des décennies, F. Hollande et le gouvernement semblent toujours décidés à les faire, mais sans véritable conviction. Ainsi on parlait d’ordonnances pour le travail du dimanche, et finalement cela ne se fera pas. Quant au pacte de responsabilité, il se met certes en mouvement, mais avec toujours ces discussions qui n’en finissent pas entre partenaires sociaux, et qui ruinent les effets d’annonce faits par F. Hollande en début d’année et un peu plus tard par Manuel Valls. Quand F. Hollande va-t-il comprendre qu’il faut à présent passer totalement des paroles aux actes sans états d’âme ? Que risque-t-il à braver sa majorité en lambeaux ? Réponse à la deuxième question : Rien, car F. Hollande connaît trop bien la politique pour savoir, qu’après forces circonvolutions, les députés finiront par faire en sorte de ne pas mettre en minorité le gouvernement. Ils sont courageux « les frondeurs », mais pas téméraires ! Ils connaissent la couleur de la prochaine Assemblée en cas de dissolution, et le rose y sera extrêmement peu représenté. Ce sera d’autant plus le cas que nombre de personnes ayant voté à l’élection présidentielle ou aux élections législatives pour battre N. Sarkozy et ceux qui l’ont soutenu, ne voteront pas de la même façon en cas de dissolution, quitte à ne pas voter du tout ou voter blanc. Les « frondeurs » auront réussi le tour de force de couper le parti socialiste en deux, et surtout d’avoir dégoûté à jamais nombre d’électeurs qui avaient voté pour eux en 2012, même si c’était par défaut. Et j’ajouterais qu’ils ont lourdement compromis les chances d’un futur candidat de leur parti à l’élection présidentielle, car ils auront donné une image détestable de la pratique du pouvoir. C’est sévère comme jugement, mais il faut bien appeler un chat un chat !

Si j’écris pareilles choses, c’est parce que les Français ne comprennent pas pourquoi on n’avance pas plus vite dans les réformes, alors que la majorité d’entre eux y sont prêts. Pire encore, entre belles paroles et reculades devant les « frondeurs », nos dirigeants donnent l’impression que dans ce pays c’est le bazar le plus complet, renvoyant une image tout à fait désastreuse, y compris à l’étranger. Comment dans une telle cacophonie au sein de la majorité, des investisseurs étrangers auraient envie de s’implanter chez nous ? Et pour couronner le tout, il n’y a comme opposition organisée que le Front National, car l’UMP est à peu près dans le même état que le parti socialiste, avec notamment le vrai-faux, le faux-vrai, mais surtout le futur vrai retour de N. Sarkozy, lequel vient de recevoir l’onction (ô combien enthousiasmante !) de J.F. Copé pour prendre la tête de l’UMP. En outre, si à propos de l’UMP on ne parle pas de « frondeurs », il y a en revanche un ou plusieurs clivages dans ses rangs aussi nets que ceux du parti socialiste, avec d’un côté une droite qui se veut toujours décomplexée sans vraiment l’être tout en l’étant, celle qui soutient N. Sarkozy, une droite qui se veut plus droitière qu’elle ne le fut du temps de J. Chirac, notamment sur l’immigration pour répondre au Front National, celle de F. Fillon, et enfin une droite plus raisonnable et plus réaliste incarnée par Alain Juppé, ce dernier ayant de plus en plus le soutien des centristes. Autant dire que si les Français se sentent complètement à l’écart des prises de position des socialistes au pouvoir, ils sont loin de comprendre où peut les mener l’opposition UMP. C’est cela, et uniquement cela, la raison de la poussée du Front National, malgré l’absence totale de programme du parti de Marine Le Pen.

Pour ceux qui aiment l’histoire, les problèmes de F. Hollande font (un peu) penser à ceux de V. Giscard d’Estaing après 1976, sauf que V. Giscard d’Estaing n’avait jamais été Premier secrétaire du parti socialiste, et laissait gouverner son Premier ministre, Raymond Barre. Sauf aussi qu’en ce temps là, internet et les réseaux sociaux n’existaient pas, ce qui signifie que les acteurs politiques étaient beaucoup moins épiés que de nos jours. Quand on pense au bruit fait autour d’un éphémère secrétaire d’Etat qui ne déclarait pas ses impôts ou ne payait pas son loyer, alors qu’il a été démissionné sans ménagement après quelques jours à peine au gouvernement, on croit rêver, tellement nombre de Français devraient se féliciter de voir que les dispositifs sur la transparence ont bien fonctionné, même avec un peu de retard ! Autre avatar pour le pouvoir, et plus particulièrement pour F. Hollande, le bruit fait par un livre écrit par son ex-compagne, sur lequel on revient sans cesse dans les radios, les télés et internet, alors que son contenu relève davantage de la vilaine scène de ménage a posteriori que de la vie politique. Tout cela finit par ruiner le moral des habitants de notre beau pays, comme jamais on n’aurait pu le constater il y a trente ou quarante ans, le peuple n’en pouvant plus de payer impôts et taxes, ce qui n’a rien de nouveau, alors qu’il a l’impression que les politiciens de notre pays bénéficient au contraire d’une totale impunité, ce qui est faux. La preuve, de nos jours des gens sont inquiétés pour des faits liés à la fiscalité qui, pourtant, remontent à des années en arrière, et dont très peu de monde se souciait jusque-là, à commencer par les électeurs.

C’est peut-être aussi pour cette raison qu’à l’époque de V.G.E. et R. Barre, malgré une partie de la majorité qui contestait tout et son contraire quant aux décisions prises par le gouvernement, les réformes se faisaient et avec elles l’adaptation de l’économie française, que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’industrie avec le règlement douloureux du problème de la sidérurgie, mais aussi avec le développement de nouvelles industries, dont certaines datent de cette époque, et qui contribuent encore à maintenir la France parmi les principaux pays exportateurs (nucléaire, espace, bio-industries, équipements pour économiser l’énergie etc.). Et pourtant, si la crise d’aujourd’hui est douloureuse, les problèmes que notre pays a connus dans la décennie 1970, comme les autres pays industrialisés, n’étaient pas moins importants que ceux que nous connaissons en ce moment, avec pour point d’orgue les deux chocs pétroliers (1974 et 1979), dont le dernier a déclenché une crise monétaire aux Etats-Unis. Et pour faire face à tous ces graves problèmes, R. Barre dut composer avec une majorité presqu’aussi frondeuse que celle de nos jours. Mais, je  le répète, la fronde était surtout politique, sur fond de guerre entre le RPR de Jacques Chirac et l’UDF qui était le parti présidentiel. Cela étant les frondeurs RPR avaient une attitude plus raisonnable que les frondeurs socialistes de nos jours, notamment en ce qui concerne les décisions économiques, et ne s’opposaient pas de la même manière aux décisions prises par le gouvernement. Néanmoins, toujours dans la comparaison avec l’époque actuelle, il y avait en face de V. Giscard d’Estaing et du gouvernement Barre, une opposition socialiste et communiste tellement désunie qu’elle finira par perdre des élections législatives « imperdables » en 1978.

Si j’écris cela c’est parce que le premier sondage concernant la confiance faite à R. Barre en 1976, juste après sa nomination, indiquait que seuls 3% des Français lui donnaient cette confiance. Le chiffre montera ensuite vite à 20% pour osciller ensuite entre 25 et 30%. Cela étant, comment imaginer qu’avec des chiffres du chômage très mauvais et une inflation (11%) deux fois plus forte en 1976 qu’en Allemagne (4%) ou aux Etats-Unis (5%), oui comment imaginer que la majorité RPR-UDF puisse gagner des élections législatives de 1978 ? Et pourtant ce fut le cas, d’abord en raison de l’amélioration des fondamentaux économiques, mais plus encore à cause de la désunion de la gauche entre socialistes et communistes. Finalement le courage de prendre des mesures allant dans le bon sens avait fini par prévaloir sur les joutes politiciennes. Et cette victoire de 1978, sera confirmée par celle des premières élections européennes au suffrage universel en 1979, au bénéfice exclusif de l'UDF. F. Hollande devrait s’inspirer de cela, et en finir avec ses atermoiements concernant les déficits et la remise en question de certains acquits sociaux…qui n’en sont pas réellement, et qui sont un frein pour le retour d’une croissance vertueuse.

De toutes façons, le pouvoir n’a plus le choix : c’est soit la poursuite de la fuite en avant en creusant les déficits et la dette, comme le souhaitent les communistes, le Front de gauche et les « frondeurs » socialistes, ou, comme l’a dit le gouverneur de la Banque de France, « lancer les bonnes réformes », notamment en faisant plus de coupes dans les dépenses. Au stade où il en est, j’espère que F. Hollande aura compris où est l’intérêt du pays. Et dans ce cas, qui sait ce qui peut se passer dans presque trois ans…s’il n’est pas candidat, car sa situation personnelle paraît désespérée, et ne peut que conduire à une défaite électorale s’il se présente à l’élection présidentielle, ce qui fut le destin de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. Ce dernier saoulé de coups de toutes sortes fut battu par F. Mitterrand à l’élection présidentielle, comme ne manquera pas de l’être F. Hollande s’il se présente en 2017, les coups qui lui sont infligés, tant d’ordre privés que politiques, étant encore beaucoup plus dévastateurs pour son image que ceux reçus en son temps par VGE. Et de nos jours ladite image est infiniment plus importante qu’il y a trente ou quarante ans !

Michel Escatafal

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