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05/09/2014

Heureusement pour F. Hollande qu'il y a Mario Draghi

Décidément F. Hollande accumule les difficultés depuis le début de son quinquennat, mis à part les deux premiers mois de son mandat en été 2012. Depuis, entre une croissance qui ne vient pas, l’obligation de faire des réformes qui n’ont pas été faites jusque-là, et des soucis permanents avec sa majorité qui se veut de gauche, c’est un amoncellement de problèmes qui l’empêche d’exercer sa présidence dans des conditions normales. Pire encore, à ces soucis s’ajoutent des ennuis avec certains de ses ministres, à commencer par l’affaire Cahuzac jusqu’à la démission hier du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur pour, nous dit-on, s’être soustrait au fisc, sans parler évidemment des déclarations de certains ministres qui s’en sont pris carrément à la politique du gouvernement…auquel ils appartenaient. On croit rêver !

Et pour couronner le tout il y a ce livre de l’ex-compagne du président, que je n’achèterai pas personnellement, mais qui est en train de faire (hélas !) un tabac en librairie. Ce brûlot, en effet, ne peut que porter tort au président de la République, qui n’avait pas besoin de ça, sur fond de bruits de guerre froide entre l’OTAN et la Russie avec l’affaire ukrainienne. Une affaire qui concerne de très près notre pays en raison du dilemme dans lequel se trouve F. Hollande à propos de la livraison de matériel militaire…à la Russie, ce qui pourrait, in fine, coûter très cher à la France en termes de pénalité et de futures ventes à d’autres pays. J’en profite d’ailleurs pour écrire que dans cette affaire, c’est encore la France et elle seule qui va être pénalisée par des décisions américaines, ce qui montre à quel point le général de Gaulle avait eu raison de se retirer de la structure militaire de l’OTAN pour « recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté ».

Une décision que l’on n’aurait jamais dû remettre en cause, et qui l’a été, hélas, par N. Sarkozy au début de son quinquennat, lequel avait été très critiqué à l’époque par un certain F. Hollande qui déclarait le 8 avril 2008, que « cette décision de revenir dans le commandement militaire de l’OTAN est fâcheuse, car si notre pays renonçait à son autonomie de jugement au sein de l’Alliance, c’est l’ensemble de l’Europe, pas simplement la France, qui se trouverait en situation d’alignement sur les Etats-Unis ». De belles paroles d’opposant politique ! Et l’on s’étonne après cela que les Français n’aient plus aucune confiance en nos dirigeants, qui font souvent l’inverse une fois au pouvoir de ce qu’ils souhaitaient qu’on ne fasse pas quand ils étaient dans l’opposition.

En attendant cette pluie de mauvaises nouvelles pour le chef de l’Etat, et ces décisions allant à l’encontre de ses déclarations d’opposant ou de ses promesses de campagne, finissent par nous faire douter de le voir poursuivre son quinquennat jusqu’au bout sans avoir recours à un retour devant les électeurs. Certes, comme je l’ai écrit dans un précédent article, la Constitution le protège, mais jusqu’à quel point ? En fait, la seule chose qui puisse l’aider c’est l’absence d’opposition crédible, hélas. Imaginons un instant que F. Hollande soit dans l’obligation de dissoudre l’Assemblée, et que l’UMP, comme c’est une certitude, se retrouve avec 300 ou 350 députés, voire plus ? Que se passerait-il ? Personne ne le sait, à commencer par les dirigeants de l’UMP eux-mêmes qui refusent tous de cohabiter. Ce serait le grand « bazar » dans le pays, d’autant que personne ne peut obliger le président de la République à démissionner. Dans ce cas, qui pourrait imposer quoi que ce soit, sinon la rue? Tout cela paraît effrayant, au moment où justement il faut impérativement que notre pays se réforme pour retrouver une industrie qui a perdu la plus grande partie de ses forces, et pour être de nouveau compétitif sur les marchés mondiaux.

Cela m’amène à regretter encore plus qu’au lieu de faire du suivisme en politique étrangère, F. Hollande n’aille pas au bout de la logique du « pacte de responsabilité » pour remettre en ordre de marche notre économie, et la faire entrer dans le vingt-et-unième siècle. Pourquoi, alors qu’il ne lui reste plus le moindre espoir d’être réélu, oui, pourquoi F. Hollande ne se comporte-t-il pas comme certains de ses prédécesseurs au pouvoir, qui ont certes perdu des élections, mais qui resteront dans l’histoire comme de grands hommes d’Etat. J’ai peur que F. Hollande ne fasse pas partie de ces gens…sans doute parce qu’il croit trop en sa bonne étoile. Mais qui va voter pour lui lors de la prochaine élection présidentielle ? Les électeurs de droite ou d’extrême droite? Impensable. Les électeurs d’extrême gauche ? Sûrement pas, car même en ayant N. Sarkozy au second tour ils s’abstiendraient. Les électeurs du centre ? Ils l’ont fait en 2012, mais ils ont été déçus et ne recommenceront pas la prochaine fois, ce qui ne signifie nullement qu’ils voteraient éventuellement pour N. Sarkozy, contrairement à la plupart des électeurs du Front National. Restent ceux qui votent traditionnellement socialiste, mais nombre d’entre eux préfèreront aussi s’abstenir…dans l’espoir d’un recentrage à gauche du parti socialiste. Finalement « Moi président » aura fait à son parti la même chose que son prédécesseur avec l’UMP : il l’aura tellement affaibli que nombre d’adhérents ou sympathisants préfèreront une défaite à une éventuelle victoire sur un programme social-libéral, sans parler des têtes d’affiche qui y verraient un moyen de se placer pour des échéances futures.

Voilà le vrai panorama du corps électoral français, et point n’est besoin de sondages pour arriver à ces conclusions. Dans ce cas, et je le redis encore une fois : qu’attend F. Hollande pour lancer pour de bon les grands chantiers des réformes annoncées ou susurrées, d’autant qu’il va être bien aidé par le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, bien décidé à faire accepter à Angela Merkel un assouplissement de ses positions sur les politiques budgétaires de pays comme l’Italie…et la France, pays où l’absence de demande bloque la machine économique? A ce propos, si l’action conjuguée de Matteo Renzi, président du Conseil italien et de F. Hollande pouvait faire plier la chancelière allemande et son ministre des Finances, l'intransigeant W. Schaüble, aidés par les mesures prises par la BCE, ils auraient bien œuvré pour leur pays et ’Europe, surtout si cela permettait de réaliser ces fameuses réformes attendues par tous dans ces deux nations.

Autant de questions cruciales dont dépendra sans doute le retour de notre pays à meilleure fortune…ou son décrochage pour des années dans le concert des puissances ne sortant pas de leur inexorable déclin. F. Hollande ne doit jamais oublier que P. Mendès-France, R. Barre, ou en Allemagne G. Schroeder, laisseront dans l’histoire une place beaucoup plus grande que ceux qui les ont battus aux élections, y compris peut-être la chancelière Merkel, qui surfe depuis bientôt dix ans sur les réformes de celui à qui elle a pris la place en 2005…sans avoir réalisé qu’on ne peut pas vivre trop longtemps en profitant de la faiblesse de ses voisins. D’ailleurs, l’Allemagne elle-même commence à ressentir les effets de l’atonie de la demande chez ses voisins, ce qu’a bien compris Mario Draghi. Merci à lui!

Michel Escatafal

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