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26/07/2014

La colère des Français se transforme en indifférence…et c’est grave !

Avant d’écrire mon précédent article, je voulais évoquer de nouveau la vie politique de notre pays, qui pourrait se résumer par ces mots : « Les Français ont le droit d’être en colère ». Mais au fait, le sont-ils à propos de la politique ? Oui et non, parce qu’au-delà de la colère, il y a surtout l’indifférence. Qui de nos jours parmi les gens qui ne travaillent pas, et ils sont hélas de plus en plus nombreux, suit les travaux de l’Assemblée Nationale ou du Sénat? Pratiquement personne, alors qu’il y a quelques années, les questions au gouvernement le mercredi faisaient la joie ou la peine (c’est selon) des retraités, lesquels racontaient le soir à leurs enfants ou petits enfants les joutes qui avaient émaillé la séance parlementaire. Oh certes ce n’était pas ce qui passionnait le plus ceux qui sortaient de leur « boulot », mais ils écoutaient et même parfois commentaient à leur tour les proclamations des députés de droite ou de gauche ou d’ailleurs.

Aujourd’hui, à part quelques forumers excités, ce qui choque le plus le bon peuple ce n’est pas les déclarations de patrimoine des députés, dont ils se moquent comme de leur première chaussette, mais plutôt les atermoiements de J.C. Gaudin avec la direction de l’OM pour la location du Stade Vélodrome de Marseille, ou encore la décision de F. Bayrou, qui a annulé au dernier moment la création d’une allée Bernard Hinault à Pau. Décidément le président de feu le MoDem, le vrai, n’en rate pas une ! Qui aurait osé lui reprocher d’avoir inauguré une allée de la ville de Pau au nom du plus grand champion français de l’histoire du cyclisme, Pau étant un des hauts lieux du Tour de France, que « le Blaireau » a remporté cinq fois ? Personne bien entendu. Alors pourquoi cette annulation ? Parce que c’est la précédente majorité qui l’avait décidé…avec son consentement à l’époque ? Bref, je préfère arrêter là, car cela me mettrait trop en colère d’avoir cru à l’époque du MoDem, le vrai, qu’on pouvait faire de la politique autrement. Non, F. Bayrou est un politicien comme les autres, ce que j’avais compris depuis longtemps.

Pas étonnant qu’il n’y ait plus que haussements d’épaule quand une personnalité s’exprime, y compris à l’Assemblée Nationale, ces joutes oratoires, le plus souvent de qualité très incertaine, ne pouvant en aucun cas donner à penser que cela va changer le destin de notre pays, même si cela doit être cas, par exemple pour ce qui concerne la nouvelle carte territoriale. Et si on leur parle de la sécurité sociale ou de la dépendance, la quasi-totalité des gens se disent qu’ils vont payer davantage…pour avoir moins, alors que déjà ils n’en peuvent plus de payer de nouvelles taxes ou impôts de toutes sortes, même si plusieurs millions de Français vont sortir de l’impôt sur le revenu dès cette année, après avoir subi toutes sortes d’augmentations à caractère fiscal depuis 2010. Bref, pas étonnant que plus personne ne croit à rien en politique, et c’est cela qui est le plus dramatique, car cela signifie que notre démocratie est très malade.

Et ce ne sont pas les révélations de toutes sortes qui paraissent dans les journaux depuis quelques semaines sur le financement de l’UMP qui vont arranger les choses. Au contraire, ces révélations ne font qu’amplifier un phénomène de ras-le-bol, au moment où nombre de Français ne peuvent pas s’offrir de vacances, comme je l’écrivais précédemment, au moment aussi où le chômage ne cesse de croître, pour ne citer que quelques exemples. Que reste-t-il aux Français pour s’enthousiasmer par les temps qui courent ? La Coupe du Monde de football ? Elle est terminée. Le Tour de France avec des Français qui n’ont jamais été aussi brillants depuis des lustres ? Il est lui aussi presque terminé. Il faudra encore trouver autre chose dans les semaines à venir, pour que les gens puissent oublier leurs soucis. Certes le championnat de football va reprendre ses droits, mais est-il vraiment sain que le seul moyen de faire (un peu) oublier aux Français leurs difficultés soit les jeux et le sport. On se croirait revenu à l’époque romaine !

Panem et circenses, comme disait Juvenal dans ses Satires, dénonçant l’attitude de la plèbe à Rome, qui n’avait d’autre ambition que bénéficier de distributions de blé et jouir de spectacles gratuits…ce qui n’est même plus le cas de nos jours. Certes on distribue de la nourriture ou autres prestations à un certain nombre de nécessiteux, mais il s’agit le plus souvent d’une forme de solidarité ne venant pas des pouvoirs publics, et en ce qui concerne les jeux, mis à part le Tour de France, rien n’est gratuit, comme en témoigne le prix incroyablement élevé des abonnements ou des places pour les matches de football ou de rugby.

Quand je parlais de plèbe à propos des Romains de la grande époque impériale (Juvénal a écrit ses Satires entre 90 et 127 c’est-à-dire sous les règnes de Domitien, Nerva, Trajan et Hadrien), je crois que le terme correspond à peu près à celui de la petite classe moyenne et de ceux qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté dans notre France contemporaine, sachant qu'il n’y a plus d’esclaves comme à l’époque romaine, et qui, effectivement, n’ont plus guère que le foot ou le loto pour donner un sens à leur vie, si j’ose employer cette expression. A ce propos on observera que nombre d’entre eux ne votent pas ou plus, ou alors votent pour le Front National. Et ceux qui votent pour les partis dits de gouvernement ou assimilés, n’hésitent pas à élire des gens parfois très controversés, au détriment de candidats bien sous tous rapports et qui ne demanderaient qu’à remplir leur mission sans arrière pensée politicienne, c’est-à-dire dans le seul but de servir le peuple et la république.

Problème, nombre de ceux qui se présentent sans appartenir à un parti politique ou qui y ont adhéré depuis peu, n’ont quasiment aucune chance d’être élu maire, député et encore moins sénateur, les sénateurs ne devant leur élection qu’à un collège d’élus. Là est toute l’ambigüité des électeurs qui se plaignent des politiciens qui nous gouvernent ou nous ont gouverné. Ils se moquent de ceux qui les gouvernent, les brocardent à tout propos, les vilipendent continuellement, mais ne votent jamais ou quasiment jamais pour un candidat indépendant des partis, quelles que soient ses idées, ce dernier passant au mieux pour un illuminé et le plus souvent pour un ambitieux. Du coup, même si le candidat sortant n’a rien fait ou si son principal adversaire n’en a pas fait davantage quand il était en poste, on vote quand même pour ces candidats…et surtout pas pour un nouveau venu, très souvent infiniment plus compétent que les vieux professionnels de la politique.

Le meilleur exemple de ce que j’écris nous l’avons en ce moment à l’UMP, mais ce n’est pas mieux au PS, chez les Verts ou les centristes. Pour résoudre ses problèmes, l’UMP fait confiance à un triumvirat d’anciens premiers ministres, loin d’avoir fait l’unanimité en leur temps, ou à un ancien ministre dont tout le monde a oublié le nom. Ensuite on préparera un congrès à l’automne d’où pourrait surgir un nouveau président du parti…qui pourrait s’appeler Nicolas Sarkozy. Voilà le changement que prépare le principal parti d’opposition ! Comme si dans les rangs de l’UMP il n’y avait pas, parmi les dizaines de milliers d’adhérents que compte cette formation, des femmes ou des hommes ayant l’envie de gouverner le pays autrement ! Il faut absolument qu’émergent dans les grands partis de gouvernement de nouvelles têtes, susceptibles de donner un petit peu de rêve aux électeurs, sous peine de voir ces partis être devancés par le Front National qui, certes, n’a rien à proposer pour sortir notre pays de ses difficultés, mais dont le principal atout est de n’avoir jamais participé au pouvoir depuis sa création.

Voilà où nous en sommes en 2014 ! D’un côté des politiciens qui rêvent du pouvoir en demandant un chèque en blanc à la population, avec des propositions délirantes (sortie de l’euro, fermeture partielle des frontières etc.), et de l’autre des élus de tous bords qui ont conduit notre pays à un niveau d’endettement public colossal, qui ont laissé la France perdre une bonne partie de son industrie ce qui explique en grande partie notre énorme chômage de masse, qui ont fait de notre pays une nation campée sur des privilèges d’un autre âge, où les syndicats ont encore un pouvoir exorbitant alors que seulement 1.8 millions de salariés sont syndiqués sur un total de 22.5 millions de salariés, bref un pays qui refuse toute réforme…avec l’aval des politiciens, parce que les gens au pouvoir ne pensent qu’à leur réélection. 

Oui, voilà où en est notre France, ce qui suffit à mettre en colère ceux qui voudraient que les choses avancent, et qu’elles avancent beaucoup plus vite qu’elles n’ont avancé avec les dirigeants ou élus UMP qui ont été au pouvoir pendant 10 ans entre 2002 et 2012, et beaucoup plus vite aussi avec ceux qui nous dirigent en ce moment, qui n’ont de cesse à chaque décision prise d’organiser je ne sais quelle conférence sociale, dont chacun sait que cela ne débouchera sur rien ou presque. Résultat, la reprise économique reste très molle, le nombre de chômeurs ne cesse de s’accroître, et les finances publiques ne s’améliorent guère malgré les massives hausses de prélèvement de ces dernières années. Et après ça il faudrait qu’on écoute ceux qui nous annoncent (presque) un avenir radieux…pour plus tard. Bonnes vacances à ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre !

Michel Escatafal

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