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03/06/2014

F. Hollande a encore des atouts dans sa manche

Alors que Nicolas Sarkozy a rencontré Vladimir Poutine en Russie ce lundi, ce qui est pathétique, alors aussi que certains s’illusionnent encore sur le retour de ce même N. Sarkozy, au moins Bernard Debré, homme politique comme on aimerait qu’ils le soient tous, en plus d’être un grand médecin, n’hésite pas à affirmer qu’il « n’est pas favorable à ce qu’il revienne », estimant à juste raison qu’il y a « plein » de jeunes talents à l’UMP. Je ne saurais mieux dire, même si ce n’est pas l’avis de nombre de sympathisants de l’UMP, hélas. Hélas, parce que cela montre que les gens ont la mémoire courte, tellement courte qu’ils en arrivent à oublier le flot de promesses non tenues, et surtout l’état dans lequel l'ancien président a laissé le pays en mai 2012, non seulement sur le plan économique, mais aussi en raison des clivages exacerbés dans la société française, au point qu’on a l’impression de vivre dans un pays où tout fait problème, chacun tirant à hue et à dia au gré de ses intérêts.

La preuve, si l’on en croit je ne sais quel sondage, près de neuf Français sur dix, affirment que si l’économie française va mal, c’est en raison « des dividendes accordés aux actionnaires » ou « des intérêts versés aux banques ». Comme si c’était aussi simple ! En fait, pour nombre de Français, il faut baisser les taxes, les impôts, les charges sociales, tout en ayant une meilleure couverture sociale et des services publics présents partout. Faut qu’on, y a qu’à ! Et, évidemment, si tout ne va pas aussi bien qu’espéré, tout est de la faute de l'actuel président de la République ! Certes, il est bien loin d’avoir fait tout bien depuis deux ans, mais tout de même, surtout quand on pense à l’héritage que lui a laissé son prédécesseur, comme je le rappelais précédemment.

Cela dit, c’est vrai qu’on a l’impression que sa présidence démarre après deux années où, en dehors de la réduction des déficits, on semble n’avoir rien fait…ce qui est quand même faux, même si F. Hollande a dû avoir le dos au mur pour se décider à faire enfin rentrer la France dans le vingt-et-unième siècle, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas fait. Certains lui reprochent, moi le premier, d’avoir trop espéré le retour de la croissance, celle-ci n’étant pas venue jusque-là, non pas seulement en raison du trop plein de prélèvements sur les classes moyennes comme tout le monde semble le dire, mais tout simplement parce que la France, comme le reste de la zone euro, souffre encore considérablement de la crise que nous connaissons depuis 2007-2008.

Même l’Allemagne, qui n’a pas augmenté ses prélèvements obligatoires n’a pas des chiffres de croissance mirobolants (0.4% en 2013), bien que faisant mieux que ses voisins. En revanche, l’Allemagne a un niveau de chômage inférieur à ceux de la plupart des autres pays de la zone euro, mais chacun sait bien qu’elle est servie, temporairement, par sa démographie, ce qui à terme la pénalisera fortement. Elle a aussi équilibré ses comptes publics l’année dernière, mais là aussi l’Allemagne a des avantages que n’a pas un pays comme la France, par exemple sur le coût de sa défense, l’Allemagne n’ayant pas à entretenir une force de frappe nucléaire, et ne dépensant que très peu en opérations extérieures.

Au passage j’en profite pour rappeler à propos des prélèvements obligatoires, que dans notre pays les cotisations sociales ne sont pas tellement plus élevées qu’en Allemagne par rapport au PIB (18.8% contre 16.9%), la différence étant en revanche très marquée par comparaison avec les Etats-Unis (6.2%) et Grande-Bretagne (8.4%). Cela dit, je ne suis pas sûr que les Français veuillent être soumis au même régime de prestations sociales que dans ces deux derniers pays. Faut qu’on, y a qu’à ! En revanche, la part des impôts sur le revenu et les bénéfices dans le PIB est encore une des plus faibles parmi les pays industrialisés avec à peine plus de 10%, contre 12% environ aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, 11% en Allemagne et 15% en Suède, pays que certains nous citent en exemple…quand ça les arrange. Néanmoins on a l’impression que cela ne sert à rien de vouloir donner des chiffres pertinents, dans la mesure où on fait le « buzz » avec les chiffres qui dérangent, et jamais avec ceux qui peuvent être mis au crédit de F. Hollande et son gouvernement.

Résultat, un climat de défiance vis-à-vis de ceux qui nous gouvernent, comme nous n’en avons jamais connu depuis le début de la Cinquième République, d’autant que l’UMP, principal parti d’opposition, subit le poids des multiples affaires qui la concernent. Et ce n’est pas avec les réformes commencées ou à venir, initiées par F. Hollande, que cela va s’arranger, les Français et les élus, pour une fois unis, détestant qu’on bouscule leurs habitudes. Avec les accords sur la flexibilité du travail, puis ensuite le pacte de responsabilité, le président de la République s’est mis à dos une bonne partie des gens votant à gauche, à commencer par les syndicats et leurs militants, certains allant même jusqu’à voter Front National. Le fait d’envisager de supprimer les seuils sociaux (10 et 50 salariés) finira de réunir dans la vindicte populaire nombre de ceux qui, votant traditionnellement à gauche, avaient encore envie de soutenir le pouvoir. Mais tout cela n’est rien à côté du flot de critiques qui va s’abattre sur F. Hollande à cause de la réforme territoriale, que tous les politiciens réclamaient à cor et à cri…à condition de ne pas la faire. Et tous les arguments seront bons pour les élus, afin de montrer que l’on s’oppose au projet. Même l’ancien Premier ministre, le très pâle J.M. Ayrault, y est allé de son couplet, manière de démolir un peu son successeur, et celui qui a installé ledit successeur.

Décidément notre pays est vraiment très difficilement réformable, et c’est pour cela que F. Hollande n’a plus le choix…et c’est tant mieux. Que risque-t-il en effet, dans la situation de défiance dans laquelle il se trouve vis-à-vis de ses électeurs ? Rien, puisqu’a priori il faudrait être très, très optimiste pour que le président ait une chance d’être réélu dans trois ans. N’étant pas socialiste, je réponds que cette situation ne me dérange pas dans la mesure où il est un peu dans la situation d’un président en fin de second mandat, donc n’ayant plus rien à perdre ou à gagner. Dans ce cas, quitte à laisser le pouvoir, pourquoi ne pas le faire en faisant un minimum de réformes ? J’espère et je souhaite que F. Hollande ne recule pas sur tous ces projets, même si chacun sait qu’il sera difficile d’aller aussi loin que le voudrait le chef de l’Etat. En écrivant cela je ne pense pas aux politiciens de l’opposition, notre pays n’ayant pas la culture de nos amis allemands ou du Nord de l’Europe, capables de s’unir pour faire avancer leur pays, mais je pense surtout aux députés socialistes et autres radicaux ou verts.

Ces gens-là ont déjà très peur pour leur réélection, alors pourtant que leur mandat n’en est pas encore à la moitié, et ils se disent qu’en s’opposant à l’homme grâce à qui ils ont été élus, ils se donnent une petite chance d’être sauvés du naufrage. Et bien non, ils ont tort, parce qu’ils seront presque tous battus en 2017 si ce n’est pas un socialiste qui est élu à la présidence de la République. C’est ainsi, et leur couardise ne leur servira à rien, qu’ils se le disent, même si on sait très bien qu’ils ne se le disent pas. Voilà où nous conduit l’élection au suffrage universel du président avec un mandat de cinq ans renouvelable et élections législatives à la suite !

Un dernier mot pour dire que toutes ces jérémiades des députés ne feront pas changer d’avis F. Hollande. Rien ne le fera changer d’ailleurs, y compris ceux qui, comme F. Bayrou, pensent qu’il ne peut pas terminer son mandat dans ces conditions. Comme si le président de la République n’était pas protégé par la Constitution! En revanche, qui nous dit qu’à force d’être acculé par les députés de sa propre majorité, il ne finira pas par provoquer de nouvelles élections législatives à l’automne, laissant à l’UMP et aux centristes le soin de mettre en œuvre son programme? Si je formule cette hypothèse, c’est d’abord parce qu’elle pend au nez des députés socialistes, c’est aussi parce que ce serait la plus glorieuse porte de sortie pour le président de la République. Imaginons cette hypothèse : l’UMP est obligé d’appliquer le programme du président, sauf à se renier. Si ça marche, à qui attribuer les mérites des résultats ? En partie au moins au président lui-même. Et si cela ne marche pas comme espéré, c’est l’opposition qui en portera la responsabilité. Voilà pourquoi F. Hollande paraît aussi serein, et semble se moquer des sondages d’opinion. Après tout cet homme a toujours été sous-estimé par tout le monde, et pourtant il a fait une belle carrière. En plus, il n’est impliqué dans aucune affaire qui pourrait l’affaiblir. Oui, ce ne sont qu’intuitions, mais je n’arrive pas à enterrer F. Hollande, n’en déplaise aux médias qui ne cessent de faire des spéculations de salon, n’en déplaise aussi à ceux qui à droite et à gauche n’ont jamais accepté son élection.

Michel Escatafal

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