Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/04/2014

F. Hollande et M. Valls condamnés à s'entendre

Les adversaires les plus acharnés de F. Hollande, et il y en a beaucoup à droite comme à gauche ce qui signifie qu’il est encore loin d’être politiquement mort, se sont vivement réjouis du résultat des élections municipales. Cela ne signifie pas pour autant que notre démocratie va mieux, parce qu’il s’est passé une nouvelle fois ce qui se passe habituellement aux élections intermédiaires, à savoir une victoire de l’opposition. Certes la raclée a été un peu plus sévère que par le passé, mais cela n’est dû qu’à la mobilisation des électeurs de l’UMP et de ses vassaux centristes, et à l’impopularité du président de la République et de son transparent Premier ministre. Un Premier ministre qui, manifestement, avait des habits trop grands pour lui, comme on a pu le dire de Pierre Messmer, d’Edith Cresson même si les hommes autour d’elle ne lui ont pas facilité la tâche, ou plus récemment de J.P. Raffarin ou François Fillon que son chef, Nicolas Sarkozy, avait qualifié de « collaborateur ». Et pour remplacer J.M. Ayrault, F. Hollande a choisi un homme, Manuel Valls, dont personne ne connaît réellement le potentiel d’homme d’Etat, mais quelqu’un de très ambitieux et qui a réellement le sens de la communication…tellement importante de nos jours. Un homme qui, à coup sûr, ne s’en laissera pas compter si un ministre décidait de vouloir se mettre en travers de sa route, comme ce fut si souvent le cas avec ce pauvre J.M. Ayrault. Un homme aussi, dont on peut penser qu’il a suffisamment préparé son arrivée à Matignon pour ne pas exiger du président de la République la formation d’un gouvernement de vrais professionnels, le précédent comportant trop d’amateurs ignorant tout des subtilités de la politique, et ne sachant pas tenir leur langue.

Sur ce plan d’ailleurs, avant même d’avoir fait quoi que ce soit, M. Valls sera débarrassé des écologistes, du moins les plus récalcitrants, ce qui ne peut-être que salutaire dans la perspective des mesures très difficiles qui devront être prises dans les semaines à venir. Plus particulièrement dans le cadre du « pacte de responsabilité », tellement nécessaire à notre redressement économique, même si cela va à l’encontre des motifs qui ont permis l’élection de F. Hollande. A ce propos je trouve amusant que les opposants irréductibles du chef de l’Etat le traitent de menteur, parce qu’après tout il n’a pas réellement fait de promesses intenables, comme n’avait pas hésité à en faire N. Sarkozy en 2007, et parce qu’ensuite, le peuple étant le peuple, on ne peut être élu à une quelconque élection en proposant des mesures drastiques pour rétablir la confiance des entrepreneurs et des marchés. J’espère simplement qu’avec son nouveau Premier ministre, qu’il a eu le courage de nommer contre l’avis de nombre de socialistes et assimilés, F. Hollande continuera sur la voie qu’il s’est tracé…avec tous les aléas électoraux que nécessite cette action, un peu à la manière de Schroeder en Allemagne, aussi impopulaire que lui en 2002 mais qui a failli gagner les élections en 2005 (il aurait été réélu s'il n'avait pas demandé la dissolution du Bundestag). S’il ne le faisait pas, il sombrerait dans le déshonneur et laisserait une aussi piètre trace dans l'histoire que son prédécesseur. Espérons qu'il choisira la première solution...quitte à être battu en 2017.

Une chose est certaine, il semble qu’avec la nomination de Manuel Valls le chef de l’Etat ait réussi son coup, puisqu’on ne parle déjà plus des élections municipales. Il semble aussi que l’opposition UMP, qui a dirigé le pays entre 2002 et 2012 avec les résultats désastreux que l’on connaît, et qui vient de gagner les élections municipales, commence à prendre peur que F. Hollande et son nouveau gouvernement ne réussissent là où ils ont si lamentablement échoué. Il est vrai que F. Hollande n’a pas vraiment le choix, dans la mesure où la France est sous surveillance de la Commission européenne et des marchés, ce que certains regretteront faute de mesurer l’état dans lequel se trouve notre pays. N’oublions pas que fin 2011, nous étions encore à 5.2% de déficit budgétaire, et même si celui-ci s’est réduit à 4.3% fin 2013, c’est encore trop aux yeux de Bruxelles…et à ceux qui ont une claire conscience de la manière dont on doit gérer un pays. Certes un tel résultat a été obtenu au prix de lourdes hausses des prélèvements (43.8% de prélèvements obligatoires fin 2011 contre 45.9% du PIB fin 2013), mais il était impossible de ne pas commencer à réduire le déficit budgétaire sous peine de voir notre dette coûter beaucoup plus cher, sous peine aussi de finir par demander une aide au FMI. Ces efforts consentis par les Français, et d’abord par les classes moyennes, ont été certes pénalisants en termes de consommation, mais le chemin vers des déficits davantage acceptables est quand même en route malgré les aléas de la conjoncture, celle-ci devant confirmer cette année et plus encore l’an prochain l’amélioration entrevue ces derniers mois.

Voilà pour les considérations générales à propos du changement du Premier ministre, et voyons à qui pourrait ressembler Manuel Valls comme Premier ministre. Pas à ceux que j’ai cité précédemment, pas non plus à Michel Debré, Georges Pompidou ou M. Couve de Murville, ni aux Premiers ministres de cohabitation, E. Balladur et Lionel Jospin, ni à Raymond Barre, Pierre Mauroy ou Alain Juppé. Un peu plus en revanche au successeur de Pierre Mauroy en 1984, Laurent Fabius, et encore davantage à Michel Rocard, Premier ministre entre 1988 et 1991, ce que certains avaient considéré comme une manière de F. Mitterrand pour l’écarter de la course à l’Elysée. D’autres encore penseront à Dominique de Villepin, pour son côté un peu flamboyant, mais avec la différence que D. de Villepin était considéré par Jacques Chirac comme un successeur possible, après son second mandat, alors que F. Hollande a toujours dans l’idée de faire un second quinquennat. Non, en fait, c’est plutôt à Jacques Chirac, version 1974-1976, et plus encore à Jacques Chaban-Delmas que je le comparerais. Jacques Chirac pour son côté ambitieux, pressé, mais la comparaison s’arrête là, car en 1974 J. Chirac incarnait la droite gaullo-pompidolienne, face au réformiste V. Giscard d’Estaing, fraîchement élu président de la République face à F. Mitterrand et à Jacques Chaban-Delmas.

C’est finalement à l’ancien maire de Bordeaux que j’ai envie de comparer Manuel Valls, le côté figure historique et premier de la classe en moins. Pour mémoire, Jacques Chaban-Delmas avait été diplômé de l’école libre des sciences politiques, major de sa promotion à Saint-Cyr, plus jeune général (29 ans) de l’armée française depuis la Révolution, bref un CV qui contraste avec celui du nouveau Premier ministre. Mais, comme Jacques Chaban-Delmas à son époque (Premier ministre entre 1969 et 1972), Manuel Valls est un personnage plutôt catalogué à la lisière de son camp. N’oublions pas que Jacques Chaban-Delmas, tout gaulliste qu’il ait toujours été, fit partie de l’UDSR avec F. Mitterrand, mais aussi a été ministre du Logement dans un gouvernement dirigé par Pierre Mendès-France, et ministre des Anciens Combattants dans un gouvernement dirigé par le socialiste Guy Mollet. Ces différentes fonctions l’avaient classé comme un gaulliste social, pour ne pas dire socialiste, ce qui ne lui valait pas que des amitiés. En outre, chacun savait qu’un jour il se présenterait à une élection présidentielle, ce qu’il fit en 1974 après la mort de Georges Pompidou. Hélas pour lui, un autre ambitieux vint contrarier ses plans, V. Giscard d’Estaing, et rafla la mise au nez et à la barbe des deux anciens complices et amis de l’UDSR. Et pourtant il fut un Premier ministre très populaire, du moins jusqu’au moment où une sombre affaire de feuille d’impôt vint briser son élan, alors que sa déclaration d’impôt était tout à fait légale, bénéficiant d’allègements prévus par la loi fiscale. On ne rigolait pas à l’époque sur ce type d’affaire…qui paraît tellement dérisoire de nos jours ! Cela dit, il ne se remettra jamais de cette affaire, et en subira les conséquences plus tard. Il n’empêche, sa « nouvelle société », créée à l’instigation de son conseiller de l’époque, un certain Jacques Delors, allait permettre à la France de rentrer dans la fin du siècle avec des atouts aujourd’hui perdus.

Voilà pourquoi aussi j’ai fait le parallèle entre J. Chaban-Delmas et M. Valls, cet homme bien vu par nombre de gens de droite, et mal vu de nombre de gens de gauche…ce qui est sans doute un atout dans la conjoncture actuelle. Si j’écris cela c’est parce qu’il est impossible de satisfaire les gens qui votent traditionnellement à gauche, à commencer par les fonctionnaires, vu l’état encore très difficile de nos finances publiques. En revanche il va recueillir à son tour le soutien plus ou moins affiché du Medef, au point que j’ai entendu ce midi (sur France-Culture) Laurence Parisot s’afficher en plein accord avec le pacte de responsabilité et de solidarité dont a parlé hier soir François Hollande, et que Manuel Valls va devoir mettre en place. Au passage on notera avec amusement l’ironie d’Alain Juppé sur le sujet (les deux pactes) doutant que « l’allègement des cotisations sociales soit la bonne réponse » aux défis d’aujourd’hui, affirmant en plus que « c’est confusion sur confusion, flou sur flou », tout l’inverse de ce que Laurence Parisot avait proposé il y a trois ou quatre ans et repris par F. Hollande. Pauvre Alain Juppé, serait-on tenter de dire ! Quel fut son bilan de Premier ministre entre 1995 et 1997 ?

Réponse : des millions de gens dans la rue, alors qu’il « était droit dans ses bottes », et une dissolution complètement ratée dans une période où la droite était ultra majoritaire dans le pays. C’était un brillant élève, mais sa mémoire est très sélective. Elle l’est tellement qu’il se voit à  l’Elysée, alors qu’il va avoir…69 ans. En tout cas une chose est sûre : Manuel Valls ne fera pas plus mal que Juppé dans ses fonctions de Premier ministre. Simplement, espérons que ce politicien encore jeune ne sera pas trop pressé de devenir président de la République, et qu’il jouera la carte de la France avant la sienne. C’est la réserve que je formulerais à cette nomination…en espérant que la question ne se posera pas. Cela dit, F. Hollande comme M. Valls sont condamnés à s’entendre, car si les résultats économiques ne sont pas là en 2016, ils sombreront tous les deux. C’est ce qui me rend optimiste, parce que je ne veux pas d’un nouveau gouvernement UMP-UDI dans les années à venir. Ils ont eu le pouvoir entre 2002 et 2012, et tous les voyants ont viré au rouge. Alors, revoir ces gens à la tête du pays, NON merci.

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.