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25/03/2014

François Hollande au pied du mur

Cette fois c’est fait, la défaite annoncée du parti socialiste aux élections municipales a bien eu lieu comme prévu, ce qui est une forme de remake à l’envers des élections de 2008, et les résultats dimanche prochain n’y changeront rien, même si les socialistes conservent une ville comme Toulouse. Rien ne pourra changer la donne, et il ne restera plus à F. Hollande qu’à prendre les mesures qui s’imposent sur le plan économique et politique. Dit autrement, le président de la République devra aller au bout de ses annonces et sans tergiverser sur le pacte de responsabilité, tout en faisant ce qu’il avait promis de faire avant son élection, à savoir former un gouvernement de combat resserré, sans trop se préoccuper des implications politiques que cela suppose. Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, mais c’est le passage obligé pour finir honorablement son quinquennat, celui-ci étant déjà largement entamé en termes de crédibilité.

D’abord par les médias qui ne cessent de faire le scalp du président…ce qu’il a bien cherché par certains côtés en faisant appel à nombre d’amateurs dans son gouvernement. Il a certes fait plaisir à beaucoup de monde en mai-juin en composant son gouvernement, mais nombre de ministres ont démontré, hélas, qu’ils n’avaient pas le niveau. Certes ce n’est pas le premier gouvernement dans notre pays qui en est arrivé là, mais ce n’est pas une raison pour continuer dans cette voie. Donc pour le remaniement annoncé, place aux professionnels et uniquement aux vrais professionnels, ce qui limite fortement les candidatures. Place aux professionnels, signifie aussi que ce n’est pas parce qu’on est ami du président que l’on a sa place au Conseil des ministres. Place aux professionnels signifie enfin que le président de la République doit jouer son va-tout le plus rapidement possible, s’il veut finir son mandat dans de bonnes conditions et, éventuellement, envisager sa réélection, celle-ci étant déjà fortement compromise dans la mesure où 2016-2017 va arriver très vite.

En tout cas F. Hollande doit déjà se rendre compte que les « affaires » ne peuvent en aucun cas l’aider à remonter dans les sondages. La preuve, nombre d’élus impliqués dans ces affaires ont été réélus sans difficulté, souvent même au premier tour. Les électeurs au fond se moquent quelque peu de ces péripéties, aussi tristes soient-elles pour la démocratie. La seule chose qui les intéresse c’est le nombre de chômeurs, le niveau des impôts qu’ils ont à payer, et la possibilité de finir le mois en étant le moins possible en difficulté. Tout le reste ne semble pas les concerner. Parler aux retraités d’efforts à faire pour maintenir le système par répartition est un langage qu’ils ne comprennent pas. La preuve, nombre d’entre eux disent qu’avec N. Sarkozy le niveau des retraites n’avait pas baissé, puisqu’ils avaient chaque année une petite rallonge au mois d’avril (je l’ai entendu encore hier), oubliant que tout cela, comme aussi la défiscalisation des heures supplémentaires, se finançait à crédit, ce qui explique en partie les déficits abyssaux qui ont marqué le quinquennat de N. Sarkozy.

Mais alors, me direz-vous, que faut-il faire pour contenter les Français ? Réponse, gouverner sans se soucier de sa popularité, comme l’a fait par exemple R. Barre en son temps…ce qui veut dire aussi qu’on peut gagner des élections nationales ou européennes (1978 et 1979), mais aussi les perdre (1981). Les Français sont un peuple versatile, comme je l’ai souvent souligné sur ce site, à la fois exigeant vis-à-vis de son personnel politique, mais aussi capable de l’exonérer très vite de ses fautes…surtout quand il n’est plus au pouvoir. Un exemple parmi d’autres : Alain Juppé, personnalité politique préférée des Français, qui vient d’être réélu triomphalement maire de Bordeaux. Certes la capitale de l’Aquitaine vote traditionnellement à droite, mais A. Juppé a incontestablement le vent en poupe, après avoir été un des personnages les plus décriés à l’époque où il était Premier ministre. Il a même largement contribué à faire battre son camp en 1997 (dissolution de l’Assemblée Nationale), alors que le pays était très majoritairement à droite. Ainsi va la vie politique !

Tout cela pour dire, que s’il veut laisser une trace dans l’histoire, F. Hollande n’a plus le choix : il faut qu’il fasse des réformes qui permettent à notre pays de retrouver son rang, perdu depuis une dizaine d’années. N’oublions qu’il y a un peu plus de dix ans, nous étions globalement dans les « clous » du Traité de Maastricht (déficit budgétaire, endettement public), et que notre solde commercial était quasiment à l’équilibre…chose que l’on n’entend jamais ou qu’on ne lit nulle part ou presque. Et ce n’était pas les socialistes qui étaient au pouvoir entre 2002 et 2012, mais l'UMP et ses alliés UDI. Il reste donc à F. Hollande la tâche, certes immense mais ô combien importante, de restaurer la crédibilité économique du pays…quitte à prendre le risque de ne pas être réélu. Après tout R. Barre n’a jamais été président de la République, pas plus que Mendès-France, Aristide Briand  ou Clémenceau, et pourtant leur place dans l’histoire est infiniment plus importante que celle qu’aura laissée N. Sarkozy, pour ne prendre que cet exemple. Et oui, quitte à être battu à la prochaine élection présidentielle, ce serait quand même mieux pour l’actuel chef de l’Etat de laisser notre pays dans un bien meilleur état que celui qu’il a trouvé. En tout cas c’est ce que l’histoire retiendrait de lui, si cela devait être le cas.

Evidemment en parlant ainsi je suis bien loin des joutes politiciennes que nous connaissons de nos jours, comme je suis bien loin du « gouverner autrement » de feu le MoDem, à l’époque où F. Bayrou n’avait pas fait allégeance à l’UMP…pour être élu à Pau. Quand je pense que certains ont trouvé émouvant sa déclaration après les résultats de Pau, avec petite larme à la clé, alors que tous ses anciens militants qui ont cru en lui ont été trompés pour ne pas dire bafoués. Certes un homme politique doit être théoriquement élu pour exister, mais dans le cas de l’ancien président du MoDem, je trouve qu’il ne s’était pas si mal débrouillé avec le parti qu’il avait créé. N’a-t-il pas réalisé un score proche de 10% à la dernière élection présidentielle, malgré ses tergiversations pendant sa campagne sur son positionnement au centre ?

Cela étant, pour bien montrer que je n’ai aucune rancœur vis-à-vis de lui, même si je regrette son évolution, il faut reconnaître que F. Hollande et ses amis n’ont pas été très futés dans leur attitude à l’encontre de F. Bayrou (qui avait rappelons-le appelé à voter F. Hollande) et du MoDem, en faisant battre allègrement ses candidats (notamment à Pau), alors qu’ils seraient aujourd’hui bien utiles pour voter les dispositifs prévus par le pacte de responsabilité. Sur un tel sujet, le MoDem aurait été beaucoup plus facile à convaincre que les verts et autres socialistes de gauche. Quelle funeste erreur de F. Hollande et du Parti socialiste ! Heureusement pour le président de la République, les députés socialistes dits de gauche et les écologistes finiront par accorder la confiance au gouvernement…parce qu’en cas de dissolution ils ne retrouveraient pas leur mandat de député. Ah, les convictions ! Il n’empêche, F. Hollande est bien mal parti avec de pareils alliés, mais comme je l’ai écrit précédemment,  il l’a bien cherché.

Michel Escatafal

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