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12/02/2014

F. Hollande ira-t-il au bout de son pacte de responsabilité ? Il faut l’espérer

 

Alors que F. Hollande finit son voyage aux Etats-Unis de la meilleure des manières, preuve qu’au moins à l’extérieur du pays il est bien considéré par les grands de ce monde, il y a une nouvelle qui n’a rien d’étonnant et qui est arrivé ce matin sur toutes les ondes et écrans : le Front National a un taux d’adhésion à ses idées qui atteint 34% des Français contre 22% en 2011 et 31% en 2012. Cela signifie clairement que, depuis 2011, les deux partis de gouvernement du pays ont réussi à faire du Front National un parti comme les autres pour nombre de nos compatriotes. Pas étonnant dans ce cas que les manifestations des ultras ceci ou cela réussissent à attirer des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris et de province. Pas étonnant non plus que ce soit le Front National qui tire parti de ces manifestations populistes, et non pas les autres mouvements qu’ils soient de droite, du centre droit et gauche et d’extrême-gauche. Il est vrai qu’avec J.L. Mélenchon comme porte-parole, ladite extrême-gauche ne peut que s’enfoncer encore un peu plus dans les méandres de l’histoire, à force de perdre toute crédibilité, au même titre que les gesticulations des écologistes sont le meilleur moyen pour plomber les bonnes intentions du président de la République sur le plan économique.

 

Autre info qui date de dimanche dernier, et qui va dans le même sens que la montée en France des idées du FN : les Suisses ont choisi par référendum (50.3%) de limiter leur immigration, instaurant ainsi, dès la promulgation de la nouvelle loi, un système de quotas et de contingents des personnes désirant s’installer dans le pays. Preuve qu’il n’y a pas qu’en France ou ailleurs en Europe que le populisme anti immigration s’accroit chaque année un peu plus. Et pour revenir à la France, il est rien moins qu’affligeant d’entendre quelqu’un comme F. Fillon dire que la Suisse est un exemple de ce qu’on devrait faire en France…comme l’a dit évidemment Marine Le Pen. C’est d’autant plus affligeant que ce populisme rampant n’a pas besoin des voix des principaux responsables politiques pour se développer, en France comme en Suisse, dans la mesure où dans ce dernier pays, presque tous les partis politiques et le patronat avaient appelé à voter contre cette limitation de l’immigration. J’imagine déjà ce qu’un tel référendum pourrait donner en France !

 

Et pourtant la Suisse est un des pays qui a le moins de problèmes économiques parmi les pays développés ! Elle respecte parfaitement les grands équilibres économiques, est payée pour emprunter sur les marchés (-0.10% pour le taux à 3 ans !), et n’a aucun problème de chômage. Bref, voila une nation où ses habitants vivent très bien actuellement, en profitant de l’immigration des frontaliers ou autres pour assurer leurs besoins en travailleurs, ce qui ne l’a pas empêché de voter pour qu’il y ait moins d’immigration. Comprenne qui pourra, d’autant que cela pourrait affecter ses relations, ô combien indispensables, avec l’Union Européenne. Mais de tout cela les gens n’ont cure…parce que de nos jours, comme ce fut souvent le cas dans l’histoire, les seules personnes que l’on écoute sont celles qui crient le plus fort leur ressentiment à l’égard des autres, s’ils ne sont pas nés au pays. Triste époque quand même !

 

On comprend mieux pourquoi en France la cote de popularité du président de la République se situe en-dessous de 20%. Si c’était un autre d’ailleurs, elle serait identique ou presque. Je dis presque parce que si c’était N. Sarkozy elle serait peut-être un peu au-dessus, parce qu’avec lui se mêleraient à la fois des déclarations caressant dans le sens du poil les populistes de tous ordres et une inaction désormais légendaire pour s’emparer des grandes réformes à accomplir. Cela étant, malgré des signes de plus en plus marqués du désir de retour de l’ancien président, allant une fois encore à l’encontre des promesses qu’il avait faites auparavant, ce qui ne le gêne nullement, son retour ne s’annonce pas aussi simple qu’il le croit, puisqu’il perd sept points de popularité dans un sondage auprès des partisans de l’UMP. Et pourtant ces prémices de retour qui se veulent peu bruyantes, mais qui sont en réalité plutôt assourdissantes, font la une de toute la presse. La preuve, le jour de l’arrivée de F. Hollande aux Etats-Unis, une radio comme France Inter ouvrait son journal du matin sur le meeting où N. Sarkozy apportait officiellement son soutien à NKM. Comment dans ces conditions les Français pourraient croire à l’action politique de ses représentants? Et comment s’étonner si la classe politique est autant discréditée ?

 

Cela dit, quand on regarde la situation du pays il est difficile de se réjouir, même si, comme je ne cesse de le dire, elle est meilleure qu’il y a deux ans. Cela ne se voit pas ou plutôt ne s’entend pas, mais le déficit budgétaire a reculé de 15 milliards d’euros entre 2011 et 2013. C’est encore trop, mais c’est quand même moins pire. Certes on va me rétorquer que c’est grâce à une pression fiscale accrue que nous en sommes là, mais 75 milliards de déficit budgétaire c’est quand même moins mal que 90 milliards. Je dirais la même chose du déficit commercial qui a reculé de nouveau de 6 milliards en 2013 (61.2 milliards). Pour mémoire ce déficit en 2011 (sous N. Sarkozy) était de 74 milliards, soit 17% de plus qu’en 2013. En outre, en deux ans, le déficit commercial hors énergie s’est réduit de moitié. Ce n’est pas encore très glorieux, loin de là, mais c’était bien pire avant, comme ne le disent jamais ou presque les chaînes de radio et de télévision. Enfin, puisque je parlais des taux à propos de la Suisse, j’en profite pour dire que nous empruntons à 10 ans à un taux de 2,02% contre 1.56% à l’Allemagne, soit 46 points de base de différence, alors que cet écart de taux était en novembre 2011 de 170 points de base (1.7%). Curieux que jamais cela ne soit évoqué, tout comme a été occulté en partie l’adoption du projet de loi réformant la formation professionnelle.

 

Par contre, en plus de la participation de N. Sarkozy au meeting de NKM, on a beaucoup parlé de la réaction de J.F. Copé à propos d’un livre pour les enfants dont le titre est « Tous à poil ! ». Le président de l’UMP, dont le « sang n’a fait qu’un tour » en voyant ce titre, n’a jamais lu certainement l’histoire du Chaperon Rouge avec un loup qui dévore une vieille dame et sa petite fille, ni celle du Petit Poucet, où les parents décident de faire perdre des enfants dans la forêt faute de pouvoir les nourrir. Pauvre J.F. Copé, qui ne se rend même pas compte à quel point certaines de ses remarques peuvent être ridicules, ce qui m’amène à dire une nouvelle fois que le populisme a de beaux jours devant lui avec des N. Sarkozy, F. Fillon, J.F. Copé ou autres députés verts, Front de gauche ou socialistes. Bref, c’est toute la classe politique qui se ridiculise et qui est tellement frileuse, par peur de perdre les élections, qu’elle est constamment sur les dents à chaque proposition de réformes importantes pour le pays.

 

A ce propos, même s’il n’a plus le choix, j’ai peur que F. Hollande ait beaucoup de difficultés à faire adopter son Pacte de responsabilité. Pas parce que le patronat ne jouera pas le jeu, comme le laisse entendre P. Gattaz si l’on exige des contreparties qu’il a eu le malheur de fixer lui-même, pas parce que F. Hollande y renoncera, mais plutôt parce que même si c’est le seul moyen de tirer le pays de l’ornière, les Français, comme d'habitude, ont peur. Certains au Parti socialiste sont prêts à suivre F. Hollande, comme F. Rebsamen, le maire de Dijon, pour qui ces histoires de contreparties sont ridicules, dans la mesure où l’emploi reviendra automatiquement si les carnets de commandes se remplissent,  mais d’autres n’hésitent pas déjà à hurler avec les loups, se rappelant soudain qu’ils sont censés être de gauche…parce que leur électorat naturel l’est.

 

Et puis les Français eux-mêmes, si prompts à critiquer leurs dirigeants, ne peuvent pas supporter qu’on leur impose des réformes qui les concerneraient directement. Au fait, depuis combien de temps parle-t-on de baisses des dépenses publiques sans jamais les faire ? Vingt, trente ans ? Alors, pour une fois qu’un président prend des engagements, ne pourrait-on pas lui accorder un peu de crédit ? Je ne suis pas le seul à le dire, car des gens comme M.E. Leclerc n’hésitent pas à dire que « la puissance publique doit avoir des garanties » dans le cadre de ce pacte, ce qui ne signifie nullement que l’obligation de transparence sous-tende des obligations de résultat écrites et obligatoires en tant que telles. Cela étant, pour le moment, en période électorale en plus, il est « normal » que F. Hollande fasse semblant de donner des gages à sa gauche. J’ai bien dit fasse semblant, car s’il revenait sur ses intentions, non seulement cet effet serait désastreux pour son avenir politique, mais, et c’est beaucoup plus grave, toute idée de vraies réformes serait abandonnée pour des décennies. Et c’est tout le pays qui en souffrirait, ce qui l’affaiblirait encore plus dans la concurrence économique…et laisserait la voie libre à tous les populismes. Je n’arrive pas à imaginer que F. Hollande se laisse aller à reculer sur ce qui peut l’aider à marquer l’histoire de son empreinte, tout comme je n'imagine pas que, dans les douze mois à venir, on ne commence pas à forer pour vérifier qu'on a bien du gaz de schiste dans notre sous-sol...tout cela ne nous empêchant pas d’être vigilant.

 

Michel Escatafal

 

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