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16/01/2014

F. Hollande : un virage décisif qui interdit toute reculade

Alors que certains médias ne peuvent s’empêcher  de parler des révélations de Closer, avec des commentaires absolument débiles de la part de certains forumers qui, évidemment, sont tous irréprochables dans leur vie maritale, je préfère pour ma part m’intéresser de près à ce qu’a dit F. Hollande dans sa dernière conférence de presse, plus particulièrement sur l’économie. Après tout, s’il réussit enfin à faire ce qui n’a pas été fait depuis des lustres, rendre la France compétitive grâce à la prise de mesures courageuses qui n’ont que trop tardé, qu’importe ses supposées affaires de cœur. Et je suis persuadé que si son pari social-libéral réussit, ce qui est à souhaiter pour tout le monde, il aura de bonnes chances de se succéder à lui-même, n’en déplaise à ses éternels contempteurs qui se moquent de sa cote de popularité.

 

L’opinion est très versatile comme je le dis, et tant qu’une élection n’est pas passée, on n’en connaît pas le résultat. Deux exemples me viennent à l’esprit depuis le début de la décennie 2000, à savoir le peu qu’il a manqué à G. Schroeder en Allemagne (en 2004) pour garder son poste de chancelier, après avoir engagé des réformes qui ressemblent un peu à celles que F. Hollande a décidé ces dernières semaines, et la courte défaite de N. Sarkozy à la présidentielle de 2012, alors qu’il avait plongé notre pays dans un véritable abime économique et financier dès son arrivée au pouvoir en 2007 et ce jusqu’en 2010. En écrivant cela, je pense à la question posée par un journaliste lors de la conférence de presse du 14 janvier, qui demandait à l’actuel président de la République ce qui le différenciait de N. Sarkozy, ce qui lui valut cette réponse de F. Hollande : « Je fais ce qu’il n’a pas fait ». Et  là effectivement est toute la différence entre les deux hommes.

 

Certains vont me dire que si je dis cela c’est parce que je suis socialiste. Et bien non, je ne suis pas socialiste. D’ailleurs si je l’avais été je n’aurais pas voté pour F. Hollande, parce qu’il n’a jamais été socialiste au sens où on entend ce mot. Socialiste pour F. Hollande, signifie social-démocrate, voire même social-libéral. Et je pense pour ma part qu’en dehors des rodomontades de N. Sarkozy pendant ses deux campagnes présidentielles, F. Hollande est certainement plus libéral que son prédécesseur. En tout cas à travers la flexi-sécurité, le pacte de compétitivité ou celui de responsabilité, force est de reconnaître que le social-démocrate Hollande prend des initiatives que le faux libéral Sarkozy n’a jamais osé prendre.

 

A ce propos il est savoureux de voir certains commentaires de dirigeants de l’UMP (pas tous) affirmant que F. Hollande fait ce que l’UMP préconise depuis longtemps…mais qu’elle n’a jamais fait alors qu’elle a eu tous les pouvoirs entre 2002 et 2012, soit dix longues années, où la France est passée d’un quasi équilibre de son commerce extérieur à un déficit de 75 milliards d’euros, où son taux d’endettement public est passé de 58.8% de son PIB à plus de 90%. Facile de préconiser des recettes qu’on ne met jamais en application ! Facile de critiquer, voire moquer un chef d’Etat qui s’attaque aux déficits abyssaux de ceux qui l’ont précédé en augmentant les impôts, et à présent en faisant et en amplifiant dans l’avenir des coupes sombres dans le budget de l’Etat !

 

Certes, on pouvait s’attendre à des critiques de la part de l’UMP, même si certains dans ce parti sont plus responsables que d’autres (J.P. Raffarin, F. Baroin notamment). Certes aussi, on imaginait que les forumers des journaux proches de l’opposition allaient se déchaîner en voyant un président qu'ils honnissent prendre des mesures extrêmement importantes pour la vie des entreprises, mais j’avais du mal à imaginer que ce plan soit aussi bien accueilli, y compris par des journaux qui n’ont rien de gauchistes, y compris aussi à Berlin, où les dirigeants allemands ont salué des « mesures courageuses ». En fait seule une partie de l’UMP s’est  jointe aux critiques du Front National,  du Front de gauche et du Parti Communiste pour critiquer de toutes leurs forces un pacte avec les entreprises qui, sans à-coups conjoncturels, pourrait nous situer de nouveau comme un pays compétitif. De toutes façons, il n’est pas si difficile de comprendre que si les entreprises dégagent des résultats, nombre d’entre elles n’auront pas peur d’investir, seule condition pour que la reprise soit à un niveau suffisant pour recréer un solde net d’emplois.

 

Certains disent que cela aurait pu être fait avant, reproche adressé à F. Hollande par ceux qui ont été déçus par son action après avoir voté pour lui…afin que N. Sarkozy ne reste pas au pouvoir. Problème, comme l’a fait remarquer F. Hollande, nos finances publiques étaient dans un tel état que les hausses d’impôts engagées par le précédent pouvoir, plus nombreuses et plus imposantes qu’on ne le dit généralement, devaient être amplifiées pour s’approcher de nouveau des fatidiques 3% de déficit public par rapport au PIB. On en est encore loin, mais on est descendu entre 2011 et 2013 de 5.2% à 4.1%. il n’y a pas de quoi pavoiser, mais c’est une évolution positive, surtout avec une croissance atone en Europe. Si celle-ci se situe à un niveau plus élevé, comme attendu par certains conjoncturistes, l’amélioration devrait être plus franche en 2014 et surtout en 2015. Bref, tout est loin d’aller pour le mieux, mais le redressement de notre économie commence à se matérialiser…ce qui eut été impossible sans les mesures fiscales prises depuis un an et demi, mesures qui ont largement dégradé l’image de F. Hollande dans l’opinion….avec l’aide bienveillante de nombre de médias encore nostalgiques de N. Sarkozy. Et oui, il y en a encore, sans doute plus qu’on ne croit, même si cela pourrait changer à terme, surtout si la situation globale du pays s’améliore.

 

On le voit tout cela nous amène très loin des problèmes évoqués par Closer et les autres journaux, y compris d’ailleurs les médias étrangers, El País titrant plusieurs articles sous le dossier « escándalo en el elíseo ». Des problèmes, je le répète une fois encore, dont on n’a que faire parce que l’urgence dans notre pays est de retrouver de la compétitivité et de la confiance, seuls moyens de le faire avancer de nouveau dans le bon sens. Et les chiffres de notre solde commercial fin 2013 (environ 60 milliards de déficit), même s’ils s’améliorent par rapport à 2012 (67 milliards)  et plus encore à 2011 (74 milliards), restent quand même effroyablement élevés.

Cela étant, en regardant le solde de 2011, on mesure l’étendue du désastre qu’a constitué l’héritage laissé par N. Sarkozy, et plus généralement par la droite UMP au pouvoir depuis 2002. Pour mémoire notre balance commerciale était excédentaire de 1.82 milliards en 2002, et depuis cette date les déficits n’ont cessé de se creuser, avec une accélération à partir de 2005 (33 milliards de déficit). Et ce n’est pas que la faute de l’euro fort, comme on l’entend dire ça et là, ni même uniquement de la facture énergétique même si cet élément est loin d’être négligeable, parce que si l’on regarde les pays clients, le niveau des exportations est partout en baisse , qu’il s’agisse de l’Union Européenne, du Moyen-Orient ou de l’Asie du Sud-Est.

 

C’est pour cela que je regrette énormément que le MoDem soit devenu un appendice de l’UDI, avec des centristes prêts à voter la confiance avec les troupes hollandaises si le besoin s’en fait sentir, mais avec d’autres, comme H. Morin, qui ne cessent de dire des âneries du type de celles qu’il a proférées ce midi sur France Culture, en affirmant que F. Hollande « a foutu l’économie du pays par terre », ce qui ne manquait pas d’air de la part d’un homme qui a été ministre pendant une bonne partie de la présidence Sarkozy. Mais au fait, combien pèse H. Morin sur le plan électoral ? Moins de 1% des voix à une élection présidentielle, ce qui signifie qu’il n’est rien sans l’UMP. Plus sérieusement, que fait F. Bayrou dans cette opposition qui ne sait plus où elle habite ? J’ajouterais aussi, dans cette opposition qui a tellement peu d’idées et un si piètre bilan qu’elle paraît incapable de s’opposer à F. Hollande et au Front National, lequel est en train de lui voler sa place de principale force à droite…ce qui pourrait bien nous réserver un second tour inédit  lors de la prochaine élection présidentielle, en 2017. Nous n’en sommes pas encore là, mais c’est une hypothèse on ne peut plus crédible. Elle l’est d’autant plus que l’UMP comptera bientôt autant de candidats à l’Elysée que de courants en son sein, avec N. Sarkozy, F. Fillon, J.F. Copé, X. Bertrand, NKM, A. Juppé ou B. Lemaire, et j’en oublie sûrement.

 

Michel Escatafal

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