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23/11/2013

Les Français plus sévères pour F. Hollande que les étrangers

Je me demande si la France n’est pas le pays qui compte le plus d’économistes…si l’on en croit les réflexions des uns et des autres sur les chaînes infos ou sur les forums des journaux. Pour avoir travaillé toute ma carrière dans l’économie et la finance, je suis évidemment stupéfait de lire autant d’âneries en provenance de gens qui n’y connaissent rien, mais qui portent des jugements intempestifs sur tout ce qui concerne la politique et l’économie. Je sais, on va me dire que chacun a le droit de parler ou de donner son opinion, mais en revanche il faut savoir être objectif et voir d’où viennent les multiples problèmes qui affectent l’économie française et notamment sa compétitivité. Or de cela personne ne se soucie.

Reconnaissons d’abord que la crise est toujours là, et qu’elle n’est pas finie, même si cela va un peu mieux, ou plutôt même si l’on semble avoir touché le fond dans la zone euro, celle qui nous intéresse en priorité. Une zone euro où le poids de l’Allemagne est très important, ce qui a ses inconvénients…et ses avantages. Et à propos de ceux-ci, il faut parler au futur, puisque cette fois c’est presque acquis, l’Allemagne va avoir son SMIC. Certes il ne va pas être très haut, environ 8.50 euros (contre 9.43 en France), mais c’est déjà quelque chose d’important, dans la mesure où cela va donner du pouvoir d’achat à de nombreux travailleurs qui travaillent souvent …pour la moitié de ce futur SMIC.

Bien sûr on va me dire que je suis naïf de croire à cela, dans la mesure où nombreux sont ceux qui disent en Allemagne qu’avec ce SMIC ce sont des dizaines ou des centaines de milliers de chômeurs que l’on va créer, parce que de nombreuses entreprises vont délocaliser. Facile à dire, mais délocaliser où ? Y-aura-t-il dans d’autres pays à la main d’œuvre beaucoup moins chère les mêmes infrastructures, les mêmes facilités qu’en Allemagne pour des fabrications "haut de gamme", l’Allemagne ne fabriquant pas des tee-shirts comme le Bangladesh ? On peut en douter, mais c’est un fait que l’Allemagne a bel et bien bénéficié du dumping social que connaît ce pays depuis une dizaine d’années. Va-t-elle moins exporter ? Peut-être, car ce nouveau SMIC va augmenter le coût du travail. En revanche, comme le pouvoir d’achat des Allemands va s’améliorer ils vont consommer plus. Mais que vont-ils consommer en plus ? Des produits qu’ils vont importer d’Europe ou d’ailleurs ? Sans doute, et ce sera toujours un plus pour les entreprises qui seront bien positionnées sur ce marché, lequel sera moins fermé qu’auparavant.

Tout cela provoque l’ire du patronat allemand, qui crie au loup comme il ne l’a pas fait depuis bien longtemps…ce qui montre que son intérêt passe avant tout. En tout cas, nous Français, sommes heureux que le SPD ait fait monter les enchères dans ses négociations avec Angela Merkel et la CDU pour former un gouvernement de coalition. Espérons que la prochaine fois les électeurs s’en souviendront…ce qui n’est pas garanti d’avance si les choses ne se passent pas aussi mal que le prévoient les conservateurs en Allemagne. Après tout, tout le monde avait hurlé dans le patronat allemand quand Willy Brandt avait provoqué une réévaluation du deutschemark en 1969, alors que l’économie allemande tournait à plein régime. Cela avait surtout permis à l’ancienne RFA de faire les efforts d’investissement nécessaires pour pallier cette baisse de compétitivité que venait d’imposer le chancelier social-démocrate…et permettre à l’industrie allemande de sortir plus forte après cet épisode, et d’être mieux placée pour bénéficier de la nouvelle richesse des pays du Golfe après le premier choc pétrolier. C’est de l’histoire, mais l’histoire est un éternel recommencement, ne l’oublions pas !

Les Français vont-ils réellement profiter de cette nouvelle donne allemande ? Là est toute la question, même si nos exportations seront facilitées par une hausse du coût du travail en Allemagne. Elles le seront d’autant plus si ledit coût du travail n’augmente pas dans notre pays, ce qui signifie qu’on ne pourra pas donner un coup de pouce au SMIC en fin d’année. Et si je dis cela, c’est surtout parce que la France accuse un retard considérable par rapport à notre voisin rhénan en termes d’innovation, surtout au niveau des PME. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement, puisque l’Etat a préféré dépenser des dizaines de milliards entre 2007 et 2010 pour accorder des cadeaux fiscaux, au lieu d'aider à la recherche? Résultat, aujourd’hui tout cela se paie, et se paie au prix le plus fort. Nous ne sommes plus compétitifs par rapport à nos voisins, notre solde commercial reste très dégradé, et, malgré des hausses d’impôts considérables, notre déficit budgétaire ne baisse que dans des proportions insuffisantes pour nous octroyer des marges de manœuvre, pourtant tellement nécessaires, en attendant un retour marqué de la croissance.

Voilà où en est notre pays, et tout cela n’est pas uniquement la faute de F. Hollande, parce qu’il n’est au pouvoir que depuis moins d’un an et demi, et ce n’est pas dans un tel laps de temps que l’on redresse un pays. Il n’y a que les forumers et les économistes du Café du commerce pour le croire ! En revanche, les économistes américains sont nettement moins sévères avec notre président que ne le sont les économistes français…ce qui ne surprendra personne. Les économistes allemands sont également très sévères avec la politique menée en France, celle-ci étant citée en exemple pour l’argent distribué aux plus défavorisés. Au passage, on observera que la France a une croissance meilleure que les Pays-Bas, pourtant réputés pour leur bonne gestion et d’ailleurs notés AAA, une notation que nous avons perdue depuis bientôt deux ans, ce qui est corrigé par les marchés, puisque les Pays-Bas empruntent à des taux très voisins des nôtres (à peine 15 points de base d’écart sur le 10 ans).

Cela m’amène à souligner cette remarque du Canard Enchaîné de cette semaine, à propos de la popularité de F. Hollande…aux Etats-Unis. Autant son prédécesseur pesait peu face aux Américains en ce qui concerne la politique étrangère (Sarkozy en avait-il une ?), autant F. Hollande prend du poids sur cet aspect de sa présidence, suite à l’intervention de la France au Mali, mais aussi à ses dernières prises de position sur l’Iran, au point de voir son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, être appelé « Petit Satan » par les Iraniens. Autant d’éléments qui font plaisir à nombre d’Américains, plutôt inquiets de voir B. Obama être prêt à concéder beaucoup à l’Iran, sans doute au nom des intérêts économiques.

Au fait, à part les 300 ou 400.000 lecteurs du Canard Enchaîné qui a entendu parler de ce que je viens d’écrire ? Personne évidemment. On préfère citer H. Morin ou Christine Boutin affirmant que Hollande  pourrait ne pas finir son mandat, alors que cette question ne se pose en aucune façon. Pourquoi ne finirait-il pas son mandat ? Que je sache, il a bien été élu démocratiquement, ce dont sont tout à fait incapables Madame Boutin et H. Morin, qui pèsent environ 1% de voix à une élection présidentielle. Trop, cela devient trop ! Et tout cela pourrait finir par se retourner contre les contempteurs de F. Hollande, car n’oublions pas que les Français, comme les autres peuples vivant en démocratie, sont très versatiles…et la prochaine élection présidentielle est dans trois ans et demi. D’ici là…Petit rappel historique : Qui aurait parié un franc, en 1984, 1985 ou 1986, sur la réélection de F. Mitterrand en 1988? Très peu de monde. Qui aurait parié un franc ou un euro, en 1999-2000,  sur la réélection de J. Chirac  en 2002 ? Pas grand-monde. Qui aurait imaginé en 1979 ou en 1980 que V. Giscard d'Estaing serait battu par F. Mitterrand? Peu de monde. Alors, tous les espoirs sont permis à F. Hollande !  

Michel Escatafal

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