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09/11/2013

Ceux qui demandent de faire des réformes…qu’ils n’ont pas faites

Cette fois c’est fait, le MoDem est définitivement mort et enterré, même si c'était déjà le cas, les militants ayant soutenu le mouvement à ses débuts étant nombreux à avoir déjà quitté un navire qui ne savait plus où naviguer depuis bien longtemps. A ce propos, je ne vois pas en effet comment on pourrait adhérer à ce nouveau parti qui va s’appeler « Alternative ». Au fait, alternative à quoi, puisque dans tous les cas de figure cette nouvelle formation, dite centriste, ne sera qu’un appendice d’une UMP en complète décomposition ? Là est toute la question, et je souhaite bon courage à ceux qui voudront expliquer aux quelques adhérents qui sont restés fidèles à feu le MoDem, la nouvelle situation créée par ce nouveau parti. Il leur en faudra d’autant plus que dans cette affaire, c’est surtout l’UDI qui trouve son compte, même si son poids reste très faible dans l’opinion…comme désormais le poids de F. Bayrou. Il est vrai que pour s’y retrouver dans la démarche de ce dernier il faut réellement être très fort, entre son désir de gouverner autrement dans les années 2007 jusqu’à 2011, puis son ralliement personnel à F. Hollande sans avoir expliqué réellement pourquoi, avant de revenir gentiment s’arrimer à l’UMP via l’UDI dans la perspective des élections municipales…et de sa candidature à Pau. Ce n’est pas véritablement une manière de gouverner autrement. Et ce n’est pas avec des gens comme J.L. Borloo, inamovible ministre d’Etat de N. Sarkozy, ou F. Bayrou que la confiance reviendra dans notre pays !

Un pays complètement déboussolé en ce moment par l’inconscience de ceux qui sont chargés d’informer les Français sur leur avenir. Pêle-mêle, je citerais les médias et les forumers qui n’arrivent même pas à s’éclairer eux-mêmes sur les idées qu’ils défendent, l’opposition de droite qui n’assume aucune erreur alors qu’elle a gouverné le pays entre 2002 et 2012, celle du Front National qui s’imagine que l’économie ou la politique se règle à coup de slogans réducteurs, celle du Parti socialiste via son aile gauche qui, avec les Verts, ne cesse d’embrouiller le gouvernement, celle de Mélenchon et ses foucades, et enfin un gouvernement qui ne cesse de parler de plusieurs voix, au point de donner l’impression au peuple qu’on se demande s’il y a quelqu’un qui gouverne le pays. Il faut ajouter à cela un président de la République qui doit cesser de croire en sa bonne étoile…en attendant la fin de la crise. Certes il a engagé deux actions importantes pour les entreprises (flexi-sécurité et pacte de compétitivité), mais c’est encore très insuffisant pour permettre à notre économie de retrouver la voie de la compétitivité et de redonner à notre pays une capacité industrielle qu’elle a perdue au cours des dix dernières années, ce qui est en grande partie la cause de nos difficultés.

Pour mémoire je rappellerais quelque chose dont on ne parle jamais, à savoir le fait qu’entre 2003 et 2012, notre balance commerciale n’a cessé de pulvériser des records de déficit (-4.3 milliards en 2003, -34 milliards en 2005, -52.8 milliards en 2007, et -73 milliards en 2011). Cela se passe de commentaires ! On va peut-être me reprocher de me répéter, mais ces choses-là doivent être dites et rappelées à ceux qui peuvent encore faire confiance à N. Sarkozy, F. Fillon ou J.L. Borloo. Qu’ont-ils fait pour donner des leçons aux autres entre 2002 et 2012 ? Et pour leurs thuriféraires qui ne cessent de souligner la soi-disant incompétence de F. Hollande, qu’ils regardent de près ces résultats ! Qui peut affirmer que F. Hollande est incompétent en économie, sinon ceux qui ne veulent pas regarder la réalité en face ? Au contraire, rarement un président de la République ne s’est autant impliqué que F. Hollande dans ce domaine. Hélas pour lui, la crise est beaucoup plus profonde qu’on ne l’imaginait, et ceux qui ont gouverné avant lui ont pris des mesures totalement inadaptées au moment où précisément cette crise commençait, notamment en réduisant massivement les impôts quand, au minimum, il aurait fallu qu’on les maintienne au niveau où ils étaient. Tout le monde savait que cette crise serait sévère et durable, et on continuait à faire des cadeaux fiscaux. Est-ce que c’est cela faire preuve de compétence ?

Résultat, le président de la République a dû essayer de naviguer entre préserver le minimum de croissance économique et diminuer les déficits en optant pour une fiscalité plus élevée que précédemment, même si nombre de prélèvements avaient déjà été décidés par le pouvoir précédent, lequel commençait à réaliser que l’on allait droit dans le mur en continuant la politique initiée entre 2007 et 2010. En outre, le fait que F. Hollande ait été élu en étant considéré comme un candidat de gauche, ce qu’il n’était pas réellement, l’a énormément desservi dans un pays qui vote majoritairement à droite, et où nombre de responsables de gauche croient encore au grand soir, ou du moins font semblant d’y croire, le spécimen le plus notable en étant J.L. Mélenchon. Du coup, en faisant des réformes inachevées, et en usant énormément de la fiscalité, F. Hollande a mécontenté tout le monde, au point aujourd’hui de paraître paralysé et totalement impuissant à endiguer cette digue de mécontentements, où l’on trouve parmi ses plus irréductibles opposants des ouvriers, des employés, des paysans, des associatifs, et des patrons. C’est ce qui est arrivé, comme je l’ai écrit plusieurs fois sur ce site, à Gerhard Schroeder en Allemagne au début des années 2000, ce qui lui a valu de perdre les élections qu’il a lui-même anticipées en 2005, d’extrême justesse toutefois.

F. Hollande doit-il agir de même dans les mois qui viennent ? Sans doute, mais pour faire de vraies réformes, nécessairement douloureuses, il faut savoir choisir son calendrier…et celui-ci ne lui est pas très favorable. En outre, et c’est le drame du quinquennat, le président ne dispose que d’un temps minimum pour faire lesdites réformes, ce qui montre à quel point l’élection présidentielle est un piège pour tous les présidents…dans la mesure où ils veulent se représenter au bout de ces cinq ans. Certes on va me répondre que rien ne les oblige à se représenter, mais chacun sait bien que pour un homme politique, l’élection précédente engage nécessairement une réélection. Fermons la parenthèse, pour noter parmi les réactions à la dégradation de la note de la France par l’agence Standard & Poor’s, celle très savoureuse de Valérie Pécresse, ancienne ministre UMP de N. Sarkozy, qui n’hésite pas à dire que « notre seule marge de manœuvre est dans les réformes »…que les gouvernements auxquels elle a appartenu n’ont pas faites. Comme c’est beau les oublis de mémoire !

Cela étant, la dégradation de la note par S&P n’aura qu’un très faible impact sur nos taux d’intérêt, dont je persiste à écrire qu’ils se maintiennent à un niveau très correct en comparaison avec ceux de l’Allemagne (environ 70 points de base). En outre, alors que ces taux se situent aux environs de 2.2-2.3%, le gouvernement  a anticipé une charge de la dette de 3.5% pour les obligations d’Etat à 10 ans, ce qui permet de dire que la charge de la dette n’augmentera pas l’an prochain (environ 47 milliards), ce qui est une bonne nouvelle, en plus de la baisse du taux de la BCE à 0.25%, sans parler du fait que S&P n’a pas dégradé la cotation de nos banques. Tout cela pour dire que la situation reste très difficile, mais qu’elle est loin d’être aussi catastrophiques que toute le monde semble le croire, ce qui ajoute de l’inquiétude à l’inquiétude des Français. Comment faire des réformes dans ces conditions, surtout des réformes qui ne porteront leurs fruits que des années plus tard ? Celle de l’école par exemple, avec en corollaire la formation de la jeunesse, et plus généralement la formation tout court en y incluant la formation continue pour les adultes. Oui tout cela finira par porter ses fruits, mais pas à court terme, surtout que nous partons de tellement bas.

Michel Escatafal

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