Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/10/2013

Vouloir faire plaisir à tout le monde? Quelle erreur!

« Que vont-ils inventer aujourd’hui » ? C’est ce que doivent se dire nos dirigeants au pouvoir en ce moment, à commencer par le président de la République et le Premier ministre. Oh certes, ce ne sont pas les premiers qui sont constamment sur le grill par la presse, mais jamais peut-être nos gouvernants au plus haut niveau ne se sont fait autant brocarder que F. Hollande et J.M. Ayrault. Pas même N. Sarkozy ? Je ne sais pas, même si les foucades et les ruades de l’ancien président faisaient rire un peu tout le monde, et faisaient le bonheur des rédactions à défaut de faire celui des récréations. Bon, redevenons sérieux, et essayons de voir pourquoi il semble que l’exécutif de notre pays perde un peu ou beaucoup les pédales.

En fait, ils sont victimes des résultats de l’élection présidentielle, comme le fut en son temps F. Mitterrand, et comme le fut aussi Lionel Jospin quand il remporta à la surprise générale les élections législatives de 1997, suite à une dissolution qui ne s’imposait absolument pas. Pourquoi dis-je cela ? Tout simplement parce que dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres, l’électorat de droite est majoritaire, et si la gauche l’emporte parfois, c’est toujours parce que les gens de droite au pouvoir ont accumulé les erreurs ou parce qu’il y a usure du pouvoir, comme par exemple en 1981. Et cette terrible réalité pour la gauche de gouvernement, en l’occurrence le Parti socialiste, l’oblige constamment à composer entre son aile gauche et son aile droite, ou si l’on préfère à louvoyer entre les réalistes et les utopistes, tout cela donnant un joyeux désordre et une cacophonie consternante pour l’image du pouvoir.

C’est pour cela qu’on ne cesse de parler d’indécision pour F. Hollande, qui, hélas, ne peut guère faire autre chose que ce qu’il fait, même s’il pourrait s’éviter des maladresses du type de celle dont on parle en ce moment avec l’affaire Leonarda. Là, pour le coup, le président de la République s’est pris les pieds dans le tapis sur un sujet ô combien brûlant aux yeux des diverses sensibilités de gauche, la politique d’immigration, une politique dont il a hérité comme sur tant d’autres sujets, et pour laquelle il va falloir encore trouver un début de solution…avec tous les risques politiques que cela comporte. Si j’écris cela, c’est parce que sur ce thème de l’immigration, il y a tout et son contraire qui peut être évoqué, sauf que le Front National, l’extrême-gauche et même l’aile gauche du Parti socialiste et autres Verts, en font un de leurs chapitres privilégiés, à coup « de faut qu’on, y’a qu’à », qui enflamment  un débat qui ne devrait jamais l’être. Résultat, tout ce que F. Hollande peut dire ou faire se retourne contre lui, et ce d’autant plus qu’il à tort de participer à ces joutes oratoires entre les uns et les autres.

Certes, on peut comprendre qu’il veuille éteindre un début de révolte des lycéens, on peut comprendre aussi qu’il soit tellement exaspéré par les sempiternelles bisbilles de ceux qui sont censés le soutenir, mais ce n’est pas une raison pour se ridiculiser et ridiculiser sa fonction de président. Pour reprendre l’exemple de cette lycéenne expulsée, il y avait une chose à dire et à faire : voir si la loi avait été respectée, et ensuite en profiter pour essayer de mettre en place un dispositif concernant les immigrés en situation irrégulière, qui soit à la fois humain et ferme. Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, mais c’est le travail d’un gouvernement et d’un parlement, lesquels ont fait tant et plus pour obtenir le droit de gouverner et de légiférer. On n’est quand même pas élu à des fonctions importantes pour se contenter de pérorer à la télévision ou d’envoyer des tweets, parfois injurieux, à destination de ses adversaires politiques. Non, ces gens-là sont payés, et bien payés, pour trouver des solutions là où il n’y en a pas eu encore de satisfaisantes. Il faut appeler un chat, un chat !

Comment dans ces conditions pourrait-on retrouver la confiance qui, seule, pourrait nous permettre de sortir des difficultés qui sont les nôtres depuis 2007-2008 ? Et oui, comment faire confiance à un gouvernement dont les membres ne cessent de s’invectiver, certains allant même jusqu’à demander publiquement l’arbitrage du président de la République, suite à un discours prononcé par le ministre de l’Intérieur, M. Valls, devenu à cause de sa popularité l’homme à abattre politiquement ? Comment faire confiance au parti politique dont est issu le président de la République, qui en fut même pendant onze ans le Premier secrétaire, quand on entend l’actuel Premier secrétaire, l’ineffable Harlem Désir, se désolidariser d’une décision prise par ledit gouvernement ? Dit autrement, combien de temps peut tenir un exécutif dans une pareille situation ? Ah, si seulement le président de la République avait un mandat de sept ans non renouvelable, comme nous sommes nombreux à le souhaiter ! Un tel président n’hésiterait pas à brandir la menace d’une dissolution, pour remettre un peu d’ordre dans cette maison socialiste et verte qui part à vau l’eau.

Certains toutefois me diront que F. Hollande est capable de trancher sur certains sujets. C’est vrai, mais s’il le fait c’est pour deux raisons : d’abord en cas d’absolue nécessité économique, et ensuite pour satisfaire la gauche, toute la gauche. Deux exemples illustrent ce que je viens de dire : le premier se rapporte à la flexisécurité, qu’il a imposée sans trop de difficulté, alors que c’est pourtant un marqueur qui n’a rien d’un président de gauche ; le second c’est sur le mariage pour tous, même s’il avait commis une gaffe en évoquant la clause de conscience pour un élu, ce qui était une colossale erreur. La même que vouloir faire plaisir à tout le monde en proposant que Leonarda puisse poursuivre ses études en France sans ses parents, une solution intermédiaire qui a eu le don de mécontenter tout le monde…et plus encore de faire passer ce président pour quelqu’un qui n’est pas capable de trancher. Une erreur enfin, qui pourrait lui coûter très cher politiquement à terme, car elle le marquera jusqu’à la fin de son mandat, comme la volte-face de J. Chirac sur le CPE avait « anéanti » son ami D. de Villepin. Heureusement pour F. Hollande, il lui reste trois ans et demi pour « se refaire », et les oppositions qu’il a en face de lui, à droite comme à gauche, sont totalement désunies et sans projet crédible.

Pour terminer sur une note un peu moins noire, je voudrais dire à F. Hollande qu’il a déjà un bon moyen de se réconcilier avec nombre de Français, à savoir supprimer l’inutile et imbécile taxe à 75% pour les clubs de football. Ce n’est que du sport me direz-vous ! On pourrait aussi ajouter que les salaires de nombre de « footeux » semblent indécents, surtout en rapport avec leurs performances, mais quand une crise aussi grave que celle que nous traversons frappe la plus grande partie des habitants du pays, ceux-ci se réfugient dans les jeux et le sport pour se donner l’illusion qu’il y a encore de l’espoir. En outre, la plupart des amateurs de football de notre pays, et chacun sait qu’ils sont très nombreux (plus de 10 millions de téléspectateurs pour les grands matches), trouvent normal les salaires octroyés aux grandes stars de notre Ligue 1, fussent-elles étrangères (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva), alors qu’ils fustigent ceux des hommes politiques…même s’ils gagnent beaucoup, beaucoup moins. Raison de plus pour exonérer nos clubs de football de cette taxe, alors qu’ils sont déjà désavantagés par rapport à leurs concurrents étrangers sur le plan de la fiscalité, ce qui les empêche de disposer des mêmes ressources que leurs concurrents anglais, pour ne citer qu’eux, une insuffisance de ressources que l’on retrouve au niveau des droits de télévision, infiniment inférieurs à ceux de la  Premier League. Ah, j’oubliais : quel tollé une telle exonération provoquerait de la part du Front de gauche, des Verts, de l’aile gauche du Parti socialiste, de l’extrême-gauche ! On n’en sort pas !

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.