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24/09/2013

A part le Medef, qui en France accepterait le modèle allemand ?

Avant de commencer à parler de l’Allemagne, je voudrais souligner à quel point dans notre pays le futile est important. Deux exemples me viennent à l’esprit en lisant ce matin les sites web de la presse. Le premier c’est à propos de J.L. Mélenchon, homme politique qui n’arrive pas à se faire élire député au scrutin majoritaire (il est député européen), mais dont on parle constamment dans la presse, qui souhaite que le Parti de gauche ne vote pas le budget. Vraiment quelle importance cela peut-il avoir sur ledit vote, sachant que les socialistes ont la majorité à l’Assemblée ? Autre nouvelle qui tient en haleine le monde entier : le secrétaire écologiste (EELV), un certain Durand, « ne devrait pas s’exprimer avant mercredi après-midi » pour officialiser son départ à la tête du parti Europe Ecologie-Les Verts. Franchement, une telle nouvelle intéresse combien de Français ? Qui connaît Pascal Durand en dehors du microcosme politique ? En plus, il lance cette information ( ?) au moment où la France entière ne parle que de Tony Parker (basketteur mondialement connu) et de ses copains de l’équipe de France, championne d’Europe de basket, des jeunes gens appréciés de tous les Français, non seulement parce qu’ils apportent un peu de fierté à notre pays, mais aussi parce qu’ils font la démonstration qu’on peut gagner des millions, tout en étant humbles et aimer la France.

Cela dit, revenons à l’essentiel pour le moment, à savoir les élections en Allemagne, qui ont vu à la fois le triomphe personnel de la chancelière Angela Merkel, et l’incapacité de la droite libérale à pouvoir reconduire sa coalition après quatre ans de pouvoir. Cela démontre que l’Allemagne voit en sa chancelière une femme capable de mener l’Europe à sa guise, mais que ses idées et la manière dont évolue l’Allemagne depuis quelques années posent quand même problème. A ce propos, il est quand même très paradoxal qu’Angela Merkel surfe sur des succès sur le plan économique dus essentiellement à l’application de mesures décidées par un chancelier social-démocrate, G. Schroeder, mesures qui ont au contraire affaibli durablement le SPD, lequel n’arrive pas à s’en relever. Du coup, on va vers une nouvelle grande coalition qui, une nouvelle fois, va provoquer une fuite des électeurs sociaux-démocrates vers d’autres partis, pour le plus grand plaisir de la chancelière et de la CDU. A moins que le SPD ne se sente suffisamment fort pour imposer les idées développées dans sa campagne, notamment la création d’un salaire minimum, qui apporterait du pouvoir d’achat à une grande partie de la population allemande, ce qui favoriserait le retour de la croissance en Europe. Hélas, j’ai peur que cela relève quand même du rêve.

En évoquant ce sujet, nous touchons à un point sensible non seulement en Allemagne, mais aussi en France et en Europe. Si j’affirme cela, c’est parce que tous les pourfendeurs de F. Hollande, qui est pourtant en train de faire, à une échelle moindre, ce que G. Schroeder a fait il y a une dizaine d’années en Allemagne, ne cessent d’encenser aveuglément la chancelière pour sa politique, dont je répète encore une fois qu’elle est celle de son prédécesseur social-démocrate. Ils sont d’autant plus aveuglés que les problèmes de l’Allemagne sont largement aussi considérables que les nôtres…ce qu’on ne dit jamais. D’abord parce qu’en raison d’une politique familiale bien pauvre par rapport à celle de la France, l’Allemagne va être confrontée dans les années à venir à une crise démographique qui, à coup sûr, est une véritable bombe à retardement, alors que l’avenir de la France sur ce plan est nettement plus assuré.

La chancelière et ses amis libéraux ont beau dire que la France doit aller beaucoup plus loin que ne l’a fait notre gouvernement à propos de la réforme des retraites, sur ce plan il y a beaucoup moins à s’inquiéter pour notre pays que pour notre voisin outre-Rhin. En 2050 la France comptera plus d’habitants que l’Allemagne, notre pays ayant un niveau de naissances très supérieur à celui de l’Allemagne. En outre, on meurt plus tôt en Allemagne qu’en France, preuve que notre système de santé n’est pas si mauvais…d’où l’intérêt de le réformer pour le pérenniser, quitte à payer un peu plus. Ah si seulement F. Hollande réagissait en patron pour expliquer sa politique ! Ah s’il savait s’entourer de gens qui ne passent pas leur temps à se tirer dans les pattes, ce qui ruine la communication gouvernementale, et qui fait oublier que la présidence Hollande est en train de faire ce qu’on n’a jamais fait depuis une trentaine d’années ! Sur ce plan, il est clair que notre président et ses conseillers peuvent prendre de la graine auprès de la chancelière allemande, qui a fait de sa communication une arme fatale contre ses adversaires politiques.

Revenons à la politique de l’Allemagne depuis 2008, pour noter combien est surréaliste l’autosatisfaction des dirigeants politiques allemands, à commencer par le ministre des finances Wofgang Schauble, lequel n’hésite pas à dire dans le Financial Times que « l’Europe est en train d’être réparée ». Rien que ça ! Donc si l’on en croit ce dirigeant tout va pour le mieux en Allemagne, en Grèce, en Espagne, au Portugal etc. Il oublie déjà de dire qu’en Allemagne tout ne va pas si bien, non seulement sur le plan démographique, mais aussi en termes d’infrastructures économiques, faute d’avoir consacré davantage de ressources au renouvellement des équipements. Et n’oublions pas que l’Allemagne bénéficie encore des efforts faits au moment de la réunification et les années suivantes. Mais que dire de ce qui se passe dans certains pays de la zone euro où le chômage a explosé depuis quelques années, suite à l’austérité imposée partout par l’Allemagne, ce qui a freiné de manière dramatique la croissance. Et si l’on commence à parler de reprise, on n’en est quand même à une prévision qui peine à atteindre 0.5% l’année prochaine sur l’ensemble de la zone euro, alors que la croissance moyenne dans les pays de l’OCDE se situait entre 2.25% et 3.75% entre la fin des années 80 et 2007. D’ailleurs l’Allemagne elle-même est loin de cette fourchette dans ses prévisions à horizon 2014 (1.5%).

Et comment pourrait-il en être autrement dans un pays qui ne vit et travaille que pour l’exportation, ce qui signifie que cette politique, que tant de Français ignorants glorifient, n’a pu « réussir » que grâce à des salaires souvent misérables, tellement misérables que la consommation intérieure est totalement anémiée depuis des années. A partir de là il est évidemment plus aisé de dégager des excédents considérables en termes de balance commerciale, des excédents qui ne doivent pas grand-chose à des gains de productivité. Là aussi que d’idées fausses on entend depuis quelques années, surtout si l’on songe que la France, qui a malheureusement beaucoup trop peu investi au cours de la dernière décennie en recherche et développement, a quand même eu une croissance de sa productivité supérieure à celle du pays d’Angela Merkel et Wolfgang Schauble. Et oui, cela on ne l’entend jamais dans les médias français, surtout depuis dimanche soir où on idéalise l’action d’Angela Merkel. Et ce qu’on ne souligne que trop rarement, c’est le fait que depuis bientôt dix ans le taux de pauvreté a considérablement plus augmenté en Allemagne qu’en France (trois à quatre fois plus). Bref pour Wolgang Schauble, le salaire est une variable d’ajustement pour permettre aux entreprises de faire des bénéfices et d’exporter davantage. Ce n’est plus la monnaie qu’on dévalue, mais les salaires. Il est vrai qu’une monnaie forte permet aux entreprises exportatrices de gagner beaucoup plus d’argent que si la monnaie est faible. Et avec un euro valant 1.35 dollar c’est tout à fait le cas.

Et je le répète encore une fois, si l’Allemagne exporte beaucoup ses produits à l’étranger, c’est aussi parce qu’en France, en Italie et ailleurs on essaie de ne pas trop frapper le porte-monnaie des gens, donc de maintenir leur consommation à un niveau minimum. Dit autrement, le dumping social que l'Allemagne essaie d'exporter dans toute l’Europe lui permet d’être en meilleure santé apparente que d’autres pays, mais elle serait très malade si tous les pays européens adoptaient le même modèle social qu’elle. Qui en effet achèterait les biens produits par les usines allemandes ? Un exemple : les exportations allemandes vers l’Italie ont diminué de 27% depuis 2007. Au total l’ensemble de l’Union Européenne représente presque 60% des exportations allemandes et en gros 40% pour la seule zone euro. On le voit le poids de l’UE reste considérable dans l’activité exportatrice allemande alors que la Chine par exemple ne représente que 6% (15% pour l’ensemble de l’Asie). Un dernier mot enfin qui montre encore plus la nécessité pour l’Allemagne d’exporter coûte que coûte : le poids des exportations dans le PIB allemand est de 50% contre 27% pour la France. N’est-ce pas un signe de fragilité supplémentaire pour l’économie allemande? Ah ce modèle allemand qui fait tellement fantasmer l’électorat de droite ! Mais au fait, pourquoi l’UMP n’a quasiment fait aucune vraie réforme de type libéral entre 2002 et 2012 ? Comment pourrait-on faire confiance à une telle formation politique ? Et dire que le MoDem s’apprête à fusionner avec l’UDI, qui fut longtemps une composante de l’UMP ! Quelle tristesse pour ceux qui ont cru au projet du MoDem !

Michel Escatafal

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