Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/08/2013

A propos de F. Hollande et sa réforme des retraites...

Que va faire le gouvernement avec la réforme des retraites ? Telle est la seule question intéressante en ce moment dans la politique française. Je dis la politique française, car il y aurait beaucoup à dire sur le plan international, mais là nous sommes dans un domaine qui dépasse beaucoup de monde, que ce soit sur la Syrie et son horrible guerre civile ou sur l’Egypte qui n’en est pas loin. Revenons donc à la réforme des retraites chez nous, en espérant que le gouvernement trouvera le bon moyen de pérenniser à terme notre système de répartition, en rappelant toutefois qu’il serait très difficile de mettre en place un autre système. Cela étant, pérenniser veut aussi dire financer, et il faut donc trouver le financement le plus juste…ce qui naturellement est plus facile à dire qu’à faire, même si le calendrier est assez favorable pour réaliser une réforme qui tienne la route, et non pas une « cote mal taillée » comme l’avait fait le précédent pouvoir.

Pourquoi le calendrier est-il tellement favorable ? Tout d’abord parce qu’avec son niveau d’impopularité, à quatre ans de la prochaine échéance présidentielle, mieux vaut pour F. Hollande et son gouvernement entreprendre dès maintenant les réformes les plus difficiles. Après tout, la croissance finira bien par revenir, et dans ce cas les ponctions douloureuses seront vite oubliées si l’emploi se redresse dans le pays. Certes il y aura toujours des Mélenchon ou des UMP pour crier au loup, contrairement à la première réaction plutôt responsable des syndicats, mais finalement qui peut prendre au sérieux le porte-parole du Front de Gauche et ceux de l’UMP ? Pas grand monde, d’autant qu’à l’UMP on en est encore à réfléchir sur l’inventaire des cinq ans de N. Sarkozy à l’Elysée…alors que les leaders de l’UMP appartenaient à ses gouvernements ou, dans le cas de J.F. Copé, était président de ce parti. En outre, ces gens-là sont tellement obsédés par l’élection de 2017, qu’ils en oublient leurs responsabilités et la vision qu’ils ont des années à venir.

C’était d’ailleurs amusant, en même temps que pathétique, de les voir ironiser sur l’avenir du pays à horizon 2025 évoqué par F. Hollande, alors que les Copé, Fillon, Chatel, Bertrand, Lemaire, Wauquiez ou NKM, sont incapables de dépasser leurs divisions, sauf sur un point : faire barrage coûte que coûte à N. Sarkozy…ce en quoi il faut les remercier. Cinq ans avec N. Sarkozy à la tête du pays ont coûté trop cher à la France pour que cela recommence, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut remettre un de ceux qui l’ont aidé pendant son quinquennat, tellement ils ont fait preuve d’irresponsabilité. En disant cela je pense par exemple à ce qu’a proposé dernièrement L. Wauquiez, à savoir un  pacte pour les élections municipales dont le premier point serait le refus de toute augmentation d'impôts. Comme si l’on pouvait décréter une telle mesure ! Que se passerait-il en cas de sinistre climatique ou autre nécessitant des réparations ? Doit-on laisser les gens se débrouiller seuls, car les aider a un coût ? Voilà ce que signifie aussi s’interdire d’augmenter les impôts. Et puis on pourrait aussi rappeler à L. Wauquiez que nombre d’augmentations d’impôts ou de taxes mises en œuvre depuis un an et demi avaient été décidées…par le gouvernement auquel il appartenait, ce dont personne ne parle.

Est-ce pour cela qu’il faut donner un blanc-seing au pouvoir actuel ? Certainement pas, car dans les actuelles allées du pouvoir il y a des gens qui manifestement ont des habits trop grands pour eux, sans parler des « faut que, y a qu’à » qui n’ont de cesse d’invectiver le gouvernement…y compris quand ils en font partie, ce qui est quand même le comble du manque de professionnalisme. Preuve au passage que ce pauvre J.M. Ayrault a lui aussi des difficultés dans l’exercice de ses fonctions. C’était peut-être un bon maire de Nantes, mais il ne laissera pas un souvenir impérissable de son passage à Matignon, même s’il n’est pas le premier dans ce cas.

Oh certes il est vaillant, il est travailleur sans aucun doute, mais quel manque de charisme et de force de conviction ! Un apparatchik restera toujours un apparatchik, quoi qu’on puisse en dire. On notera à ce propos que les rares Premier ministres à avoir marqué l’histoire de la Cinquième République (Georges Pompidou, Raymond Barre ou Michel Rocard) n’appartenaient pas à cette caste. C’est pour cette raison que, malgré toutes les précautions qu’il prend et va prendre avec les syndicats, on a du mal à imaginer que J.M. Ayrault puisse réussir à faire passer sans trop d’anicroches sa réforme des retraites. Il y aura nécessairement des difficultés, et, pour moi, le seul qui puisse y arriver est le président lui-même, après avoir laissé son gregario, comme on dit dans le vélo, déminer le plus possible le terrain.

Si j’ai cette conviction c’est parce que, outre les feux des oppositions, les décisions qui seront prises seront fatalement défavorables au plus grand nombre. Raison de plus pour F. Hollande de régler cette affaire dans les meilleurs délais, quitte à sacrifier les élections municipales et européennes. A ce propos le sacrifice sera-t-il si grand ? Difficile à dire, même si l’on est certain que le grand gagnant de ces élections pourrait-être…le Front National, surtout aux élections européennes, ce qui diminuerait l’impact d’une grave déconvenue des socialistes. Donc il faut que F. Hollande « mette le paquet » sur les retraites, pour qu’en 2017 on n’évoque pas beaucoup le sujet.

Au fait, qui va se rappeler à ce moment que la hausse de la CSG a augmenté pour tout le monde, retraités et actifs ? Et une hausse de la CSG, c’est quelque chose qui ne fait pas trop mal…et qui rapporte gros (un point = 11 milliards). De même, d’ici 2020 on aura tout à fait intégré l’allongement de la durée de cotisation d’au moins deux ans…parce que cela se fait partout, même si cela va s’avérer très pénalisant pour ceux qui font de longues études, ou pour ceux qui n’auront pas trouvé de travail jusqu’à un âge où il y a cinquante ans tout le monde ou presque travaillait. N’oublions pas qu’aujourd’hui la quasi-totalité de la population passe son bac et va à l’université, souvent sans savoir ce qu’elle va y faire !

Les retraités auront aussi digéré les mesures dont ils sont, pour le moment, gagnants, à commencer par la suppression de l’abattement fiscal sur les pensions (10%), dont ils bénéficient comme lorsqu’ils travaillaient. Par ailleurs je ne crois pas une seconde à ce que le Premier ministre appelle le « compte épargne pénibilité », sorte de gadget destiné à amadouer les syndicats, qui sera à coup sûr très vite abandonné ou édulcoré. Ce n’est pas farfelu de penser à un tel dispositif, mais le coût pourrait en être considérable, ce qui explique mon scepticisme. En revanche on ne peut qu’applaudir à la prise en compte des périodes d’apprentissage pour les apprentis, ne serait-ce que pour leur procurer un avantage pouvant en faire réfléchir plus d’un  à propos de la poursuite de leurs études.

Cet ensemble de mesures finira bien par se mettre en place si l’on veut réellement parler de vraie réforme des retraites. Celle-ci aura fatalement un coût, et vu l’état dans lequel se trouve le pays, il faudra bien en arriver à prendre des mesures que certains qualifient de courageuses…alors que ce n’est que du bon sens. Un bon sens que la CGC a semble-t-il perdu en demandant à ce que les étudiants puissent comptabiliser des trimestres de cotisation. A-t-on évalué le coût d’une telle mesure ? A-t-on aussi pensé à la différence de traitement avec les apprentis ?

Voila ce que nous savons ou devinons déjà sur cette réforme, en espérant, je le redis encore une fois, que ce ne soit pas un nouveau petit pas qui soit franchi, et que les mesures dont j’ai parlées soient effectives, y compris la promesse qui a été faite au Medef sur la baisse du coût du travail, avec notamment un basculement des charges patronales de la branche famille vers la fiscalité, grâce à l’augmentation de la CSG ou et de la TVA. Il faut pour cela que F. Hollande fasse preuve de fermeté face à sa majorité, laquelle, il faut bien le dire, semble opérer dans le plus grand désordre. Entre les couacs gouvernementaux, les ministres qui s’invectivent, les tendances du PS qui se déchirent, les écologistes qui veulent croire que leur poids est lourd alors qu’ils ne pèsent guère plus de 2% dans une élection nationale, on a l’impression que tous ces gens ne savent pas comment s’y prendre pour saper l’action du président de la République. Il faut donc que ce dernier montre à l’opinion qu’il a la capacité du gouverner, et donc de prendre les mesures indispensables à l’avenir du pays, sans se préoccuper des élections à venir, avec pour perspective la seule qui compte réellement, l’élection présidentielle. Et ce n’est pas parce que l’opposition ou plutôt les oppositions se comportent de manière nullissime que le président doit tergiverser face à ceux de sa majorité qui ont un comportement aussi irréfléchi que les opposants officiels.

 

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.