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26/06/2013

Les Français respectent davantage Jalabert que les politiciens

"Alain Néri, membre de la commission d’enquête sénatoriale sur la lutte contre le dopage, a jugé que Laurent Jalabert, accusé d’avoir pris de l’EPO lors du Tour de France 1998, avait "parjuré" lors de son audition le 15 mai dernier. "Il avait l'occasion de dire la vérité devant la commission. Je regrette qu'il ne l'ait pas dit" (interview de mardi sur Europe1). Voilà ce que j’ai lu sur Eurosport ce matin, ce qui pour moi est une des perles de la semaine ! Comment ce sénateur peut-il employer des mots aussi définitifs pour une affaire qui concerne le…Tour de France et le cyclisme. Et Monsieur Cahuzac alors ? Et tant d’autres choses dites par les femmes et hommes politiques de tous bords ? Ah oui, c’est vrai, les sportifs et plus particulièrement les cyclistes, ces pelés, ces galeux qui se dopent, sont des menteurs…parce qu’ils ne reconnaissent pas qu’ils ont gagné en étant quelque peu aidés par la pharmacopée.

Certes, mais eux au moins, dopés ou pas, ont parcouru des milliers de kilomètres sur leur vélo, et cela personne ne peut leur contester. Autre chose, dopés ou pas, ces gens font rêver des milliers de spectateurs au bord des routes du Tour, du Giro, de la Vuelta ou sur les grandes classiques du calendrier, et des millions de téléspectateurs devant leur petit écran. Et s’ils attirent autant de monde, c’est parce que leurs efforts sont bien réels, chacun se rendant bien compte, même en n’ayant jamais fait de vélo en compétition ou en cyclotouriste, que grimper dans la même étape l’Aubisque, le Tourmalet, Aspin et Peyresourde, est en soi une performance exceptionnelle. Et nombre des coureurs ne gagnent pas autant qu’un sénateur ou un député.

C’est la raison pour laquelle je trouve indécent qu’on accable encore un peu plus Laurent Jalabert pour des faits qui remontent à 15 ans…et dont la quasi-totalité des gens se moquent comme de leur premiere bicyclette. Et je voudrais aussi dire à Alain Néri (que je ne connais pas), député presque sans interruption depuis 1988 et sénateur depuis 2011 alors qu’il avait presque 70 ans, que si le Front National est en progression partout, au point de frôler la majorité à chaque élection partielle, ce n’est pas la faute de Jalabert. Les Français en effet, considèreront toujours comme anecdotique que les coureurs cyclistes affirment qu’ils font le Tour ou le Giro à l’eau claire, même si ce n’est pas le cas, mais ils ne supportent pas en revanche que les femmes et hommes politiques leur disent avant les élections qu’ils vont prendre des mesures pour changer la vie de leurs compatriotes…et qu’ils ne le fassent pas ou si peu. Même une loi sur la transparence promise par F. Hollande, après l’horrible mensonge de J. Cahuzac, a été édulcorée par les députés !

Cette année encore, comme je l’évoquais précédemment, je suis certain qu’ils seront des centaines de milliers sur les pentes de l’Alpe d’Huez pendant le Tour de France, qu’ils seront aussi plus de dix millions devant leur écran à regarder les exploits de Contador, Froome, Rodriguez ou Thibaut Pinot, alors qu’à chaque élection partielle plus de la moitié des inscrits ne se déplacent pas pour voter. Est-ce de la faute des coureurs si on en est là ? Non, alors que les politiciens fassent leur travail, et qu’ils arrêtent de porter des jugements de valeur sur des gens qui, contrairement à eux, nous font rêver…sans doute parce que leur métier est un des plus durs et des plus dangereux qui soient, et qu’il n’est pas rémunéré comme il devrait l’être sauf pour quelques vedettes.

Un dernier mot enfin : nombre d’entre nous pourraient faire aussi bien que Monsieur Néri si les circonstances avaient voulu que l’on soit élu député ou sénateur, mais chacun d’entre nous sait qu’il ne pourra jamais monter le Tourmalet en 50 minutes par son versant Ouest. Pour l’avoir grimpé à plusieurs reprises en mettant deux fois plus de temps, je puis confirmer que c’est un exercice très difficile, même s’il est très gratifiant d’être arrivé en haut. En tout cas, la première fois que je l’ai fait, j’étais plus fier que si j’avais été élu député ou sénateur.

Michel Escatafal

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