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25/06/2013

Le Front National progresse…et le front républicain vole en éclat

Voilà, la majorité parlementaire, celle sortie des urnes en juin 2012, ne tient plus qu’à un fil c’est-à-dire à trois voix. François Hollande doit espérer qu’il n’y ait pas trop d’élections partielles d’ici 2017, sinon le Parti socialiste n’aura plus à lui seul la majorité, ce qui le rendrait otage des écologistes. Quand on connaît la manière de se comporter de ce petit parti, au demeurant surreprésenté à l’Assemblée, le pire serait presque sûr pour le pouvoir. Nous n’en sommes pas encore là, mais on s’en rapproche quand même. En tout cas toutes ces élections le démontrent, le seul parti qui monte et progresse dans l’opinion s’appelle le Front National, lequel fait son lit de toutes les affaires politico-financières qui constituent presque le quotidien des informations de notre pays. Bref, le Front National bénéficie de toutes les conditions pour prospérer…comme c’est le cas à chaque crise et à chaque fois qu’une crise morale s’ajoute à une crise financière, les deux étant souvent liées. Et comme toujours c’est l’extrême gauche qui aide l’extrême droite à acquérir du crédit, en critiquant à tout va ce que l’autre gauche, celle qu’on appelle « de gouvernement », propose.

D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement ? La gauche, la vraie gauche n’existe quasiment pas, ce qui fait dire à nombre d’entre nous que la France est un pays qui est très majoritairement à droite ou au centre. Si j’écris cela, c’est tout simplement parce que F. Hollande n’est pas un homme de gauche, pas plus d’ailleurs que la quasi-totalité des femmes et hommes qui composent la Parti socialiste. Sinon comment F. Hollande aurait-il pu être élu à la présidence de la République, même si cette interrogation peut-être tempéré par le rejet de l’ancien président, lequel, par parenthèse, continue envers et contre tout à croire à son retour…ce qui paraît hallucinant. Hallucinant, mais pas forcément invraisemblable, tellement les électeurs sont versatiles et influençables.

N’oublions pas ce qui s’est passé en Italie avec S.Berlusconi, réélu à plusieurs reprises, malgré des résultats calamiteux tant sur le plan économique que social. Et oui, les électeurs ont la mémoire courte, même si, jusqu’à présent, aucun président de la Cinquième République battu n’est redevenu président. Il est vrai qu’un seul aurait eu cette possibilité, V. Giscard d’Estaing, et il ne s’y est pas essayé. En revanche il est arrivé sous d’autres républiques qu’un ancien président dirige à nouveau l’exécutif. Je ne parlerais pas de Louis-Napoléon Bonaparte, unique président de la Seconde république, ni de Gaston Doumergue, éphémère président du Conseil en 1934 après avoir été président de la République entre 1924 et 1931, mais plutôt de Raymond Poincaré, élu à la présidence de la République en 1913 (jusqu’en 1920), qui deviendra président du Conseil à deux reprises (1922 et 1926).

Cela me donne l’occasion de faire un peu d’histoire en cette fin du mois de juin, pour s’apercevoir qu’en politique rien n’est impossible. La preuve nous l’avons dans la période 1924-1926, période pendant laquelle le Cartel des gauches s’est imposé aux conservateurs du Bloc national. Ce bloc s’apparenterait de nos jours à l’UMP, sauf que l’UMP n’a pas dans ses rangs de personnalités de l’envergure de Poincaré. Il serait en effet ridicule de comparer par exemple N. Sarkozy, qui est certes un ancien président de la République, à cette grande figure politique que fut Poincaré. Cela étant, comme l’an passé à l’élection présidentielle, tout le monde s’était ligué contre cette droite version Poincaré, une droite qui avait permis l’élection de Millerand à la présidence de la République.

Millerand était un personnage pour le moins controversé, ne serait-ce qu’en raison de son parcours politique. Officiellement il n’appartenait à aucun parti, même s’il fut élu député radical en 1885, ce qui le situait au centre gauche. Ensuite il fut presque classé à gauche, apportant son soutien aux ouvriers de Fourmies qui manifestaient lors du 1er mai 1891, et contre lesquels l’armée tira en faisant neuf morts. Cela ne l’empêcha pas de participer peu après à un ministère bourgeois, comme on disait à l’époque, dirigé par Waldeck-Rousseau (1899), avant de devenir plus tard le leader naturel du Bloc national, qui groupait les modérés et les conservateurs de tous bords, donc la droite parlementaire, ce qui permit à ce Bloc national de remporter les législatives de 1919 et de gouverner la France pendant cinq ans (Chambre bleue horizon).

Ensuite, profitant de la démission de Deschanel, Millerand devint président de la République presque contraint et forcé, d’autant qu’il avait une conception assez gaullienne de la présidence. Etant devenu un homme de droite assumé, beaucoup diront aussi un arriviste tout aussi assumé, il nommera Poincaré président du Conseil en 1922, tout en envisageant de changer la Constitution pour donner plus de poids à la présidence et pallier à l’instabilité ministérielle qui prévalait depuis trop longtemps à ses yeux. Hélas pour lui, le Bloc national ayant été défait aux élections de 1924, les vainqueurs refusèrent de former un gouvernement sous sa présidence, et il fut contraint à la démission (11 juin 1924), sans que personne ne le regrette vraiment. Mais deux ans plus tard, les difficultés économiques s’accumulant, Gaston Doumergue, successeur de Millerand, rappellera à la présidence du Conseil Raymond Poincaré, lequel en profitera pour devenir dans l’histoire le sauveur du franc (franc Poincaré), et celui qui aura su redresser la France, du moins pour un temps.

Ou est le rapport me direz-vous avec aujourd’hui ? Il n’y en a pas beaucoup, sauf que la situation économique de notre pays est extrêmement difficile, comme après la guerre de 1914-1918, et que la France est resté un pays votant très majoritairement à droite ou assimilé, puisque la vraie gauche ne pèse guère plus de 10% dans notre pays, comme à l’époque de Millerand. Certes les socialistes qui me lisent vont être outrés que j’écrive pareille chose, mais c’est bien ce que disent les gens du NPA ou de Lutte ouvrière, mais aussi J. L Mélenchon et le Front de Gauche, voire même les Verts et une frange minoritaire du Parti socialiste. Pour tous ces gens, F. Hollande et le Parti socialiste sont des hommes faisant une politique économique et sociale de droite. Pour eux il est même devenu, plus encore que N. Sarkozy, le symbole d’une économie libérale qui impose partout la mondialisation, elle-même étant la cause de tous les maux de la société française.

Et en cela cette extrême gauche, que certains appellent « la vraie gauche », rejoint les slogans du Front National, un Front National qui attire de plus en plus les électeurs de la droite parlementaire, mais aussi ceux qui ont cru que F. Hollande était socialiste au sens où on l’entendait au début du siècle précédent, plus nombre d’électeurs qui votaient autrefois pour le Parti communiste. Cela fait beaucoup de monde, comme en témoignent les résultats des dernières élections partielles, y compris celle d’avant-hier...et les sondages d’opinion.  Et en plus il reçoit de plus en plus les satisfecit du Medef, voire même de journaux comme La Tribune, comme ce fut le cas très récemment à propos de la politique du logement, le journal faisant simplement remarquer que les mesures décidées doivent être mises en œuvre.

Tous ces opposants au président de la République, qui en arrivent par désespoir à écouter et croire Marine Le Pen, qui sont-ils ? Le plus souvent ce sont des gens qui sont tout simplement écœurés par la politique, ayant le sentiment que l’UMP et la Parti Socialiste c’est du pareil au même, qui ne croient évidemment pas que le Centre puisse un jour s’imposer comme une troisième force faute d’avoir une vision politique claire, bref des citoyens qui ne croient plus à rien. Du coup ils en arrivent à se dire que, finalement, il vaut mieux voter pour quelqu’un qui leur dit ce qu’ils veulent entendre, pour un parti qui n’a jamais été au pouvoir au cours des dernières décennies, ce qui l’exonère des erreurs du passé. Problème, ces braves gens qui se laissent berner par les balivernes du Front National, ne réalisent pas que si ce parti arrivait au pouvoir, ce serait la faillite économique et sociale assurée…parce que la France ne vit pas seule dans le monde. Et oui, la France n’est pas un îlot planté dans le reste du monde, un îlot où l’on a tout à disposition et où l’on peut vivre en autarcie en donnant à chacun selon ses besoins. A toutes les époques on a connu ce type de discours, et chaque fois tout cela s’est très mal terminé. Mais si l’histoire est là pour nous le rappeler, encore faut-il qu’on l’apprenne et qu’on nous donne le goût de l’apprendre. Et ce goût aucun des partis de gouvernement ne nous le donne, faute de dire la vérité et de montrer l’exemple.

Combien de parlementaires seraient prêts à renoncer à leurs avantages en matière de rémunération et de régime de retraite ? Combien de parlementaires sont réellement contre le cumul des mandats, qui fait de la politique une profession ? Voilà le type de questions auxquelles il faudrait répondre. Et puis, comme je l’évoquais précédemment, il faut dire la vérité aux citoyens, à commencer par leur faire comprendre qu’il faut créer du surplus économique avant de le distribuer ou le redistribuer. Et quand on le distribue, il faut le distribuer équitablement. Ah ces mots « équité » ou « justice », combien de fois par jour nous l’entendons dans la bouche des politiciens, mais qu’en fait-on ? En matière de fiscalité, quand va-t-on faire une vraie réforme fiscale? Quand va-t-on expliquer sérieusement aux citoyens français ce qu’est la concurrence internationale, ce qu’il faut faire pour s’adapter à l’environnement hors de chez nous? En fait, les politiciens ne font que faire passer leurs intérêts de classe en essayant de complaire à l’électorat…pour durer. Voilà quelques uns des maux de la société française, quelques uns de ces maux qui polluent la vie de notre pays, au point de voir un parti n’ayant a priori aucune vocation à gouverner arriver à des scores toujours plus proches de la majorité à chaque élection. Ah la politique…et c’est ainsi depuis 1922, que dis-je depuis 1848, que dis-je depuis 1799, et même bien avant.

Michel Escatafal

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