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13/06/2013

M. Valls, A. Montebourg, les rivaux des années 2020

Parmi les membres du gouvernement de J. M Ayrault, on parle beaucoup de deux d’entre eux…parce qu’ils aiment la médiatisation dont ils sont l’objet, et qu’ils cultivent avec une certaine constance. Ces deux ministres sont Manuel Valls et Arnaud Montebourg, qui furent l’un et l’autre candidat à la candidature en vue de  l’élection présidentielle de 2012. Et, comme tout amateur d’histoire qui se respecte, je me suis amusé à comparer ces deux personnalités avec certains de leurs prédécesseurs, en y ajoutant l’actuel Premier ministre lui-même, dont tout le monde a pu remarquer qu’il ne risquait pas de faire de l’ombre au président.

Si je devais faire la comparaison entre Jean-Marc Ayrault et un autre Premier ministre de la Cinquième République, j’aurais immédiatement envie de penser à Pierre Messmer. Pourquoi lui ? Parce qu’il est passé dans l’histoire sans que personne ou presque ne se souvienne de lui. Pourtant  Pierre Messmer n’était pas n’importe qui, ne serait-ce que sur le plan scolaire et universitaire, puisqu’il était docteur en droit, diplômé de l’Ecole nationale des langues orientales vivantes, avant d’entrer à l’Ecole d’administration des colonies. Ensuite il a rejoint dès 1940 les Forces de la France Libre, participant aux campagnes d’Afrique, de France et d’Allemagne. Il fut même plus tard prisonnier en Indochine. De retour à la vie civile, il sera nommé à de nombreux postes de gouverneur dans les anciennes colonies, par exemple en Mauritanie et Côte d’Ivoire, ce qui facilitera sa nomination en qualité de ministre des DOM-TOM en 1971, après avoir été ministre des Armées entre 1960 et 1969. Et c’est lui que Georges Pompidou nommera Premier ministre en juillet 1972, en remplacement du sémillant Jacques Chaban-Delmas, fonction qu’il exercera jusqu’à la mort du successeur du général de Gaulle, en avril 1974.

Comment avec un tel CV Pierre Messmer a-t-il pu laisser une aussi faible empreinte dans l’histoire ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, parce que Georges Pompidou considérait que le Premier ministre n’avait pour seule réelle vocation qu’à faire passer le message présidentiel, sous peine de révocation.  Or Jacques Chaban-Delmas, pourtant plus gaulliste par nature et surtout sur le plan historique que Georges Pompidou, n’avait pas tout à fait cette conception restrictive du chef du gouvernement. En outre, l’ancien maire de Bordeaux était très populaire, avec ses idées réformistes, ce qui pour Georges Pompidou affaiblissait sa position de président. Résultat, malgré le fait que l’Assemblée ait renouvelé massivement sa confiance à Jacques Chaban-Delmas juste auparavant, Georges Pompidou décida de le remplacer sans ménagement par Pierre Messmer.

Ou est le rapport me direz-vous avec J.M. Ayrault ? Avec J. Chaban-Delmas, aucun. En revanche entre J.M. Ayrault et Pierre Messmer, le rapprochement est saisissant, l’un étant aussi pâle que l’autre, la principale différence se situant dans le fait que F. Hollande ait cru bon de désigner J.M. Ayrault au tout début de son mandat, avant éventuellement de désigner quelqu’un de plus rayonnant par la suite. Et c’est là qu’on peut supposer que Manuel Valls a sa chance, pour la bonne raison que l’ancien maire d’Evry est populaire, comme le sont parfois les ministres de l’Intérieur. A ce propos, le parallèle est assez saisissant avec N. Sarkozy, à l’époque où il était ministre de l’Intérieur. Les deux hommes ont en effet en commun d’avoir fait ou de faire la une des journaux à propos de tout, et parfois de n’importe quoi, y compris en affichant ouvertement leur ambition présidentielle.

Simplement, F. Hollande étant plus jeune que Jacques Chirac et étant au tout début de son mandat, Manuel Valls ne peut, pour le moment, qu’afficher son envie d’être Premier ministre, ce qui ne doit pas rassurer J.M. Ayrault. En outre avec M. Valls à la tête du gouvernement, c’en serait fini d’avoir peur d’avouer que la France ait pris un virage libéral, M. Valls assumant parfaitement le fait d’être un socialiste à peine rosé. Reste à savoir quand le moment sera venu pour Manuel Valls d’arriver à Matignon, en étant certain qu’il essaiera de mener une politique autonome et de s’imposer aux yeux de l’opinion. Pour ma part je pense que cela se fera assez rapidement, quitte à mettre en réserve Martine Aubry jusqu’à un an ou un an et demi de la présidentielle de 2017…pour montrer que F. Hollande est redevenu socialiste, donc pour récupérer la quasi-totalité des voix de gauche, sans qui rien ne serait possible. C’est cynique peut-être, mais c’est cela aussi la politique !

Et Arnaud Montebourg ? Pour lui le pari est déjà gagné, du moins sur le plan de la notoriété. Tout le monde le connaît, à droite comme à gauche. Il est honni par les gens qui votent à droite, contrairement à Manuel Valls, mais il a conservé les faveurs de la gauche et d’une grande partie de l’extrême-gauche. Avec A. Montebourg, J.L. Mélenchon n’a aucune illusion à se faire quant à se faire reconnaître comme un leader de l’ensemble de la gauche. Pour nombre de gens qui votent à gauche, J.L. Mélenchon est un mélange de Besancenot, d’Arlette Laguiller et de Georges Marchais. Il aboie, il fait du bruit, mais son poids est dérisoirement faible dans les urnes dans le cadre d’une élection nationale, contrairement à Arnaud Montebourg, que j’assimilerais à Michel Rocard, plus particulièrement  celui des années 70. Michel Rocard en effet a eu une trajectoire qui l’a mené de l’extrême-gauche (PSU), dont il fut le candidat à la présidence de la République en 1969, au Parti socialiste qu’il a rejoint en 1975…dans l’espoir d’y supplanter F. Mitterrand. Là s’arrête la comparaison avec J.L. Mélenchon, et commence celle avec A. Montebourg.

Michel Rocard face à F. Mitterrand, comme Arnaud Montebourg face à F. Hollande en 2011, a dû s’incliner pour devenir le candidat des socialistes à l’élection de 1981, mais il n’hésita pas à entrer au gouvernement en 1981, après le triomphe de F. Mitterrand et de la gauche, y restant même jusqu’en 1985. Je suis persuadé qu’Arnaud Montebourg sera de nouveau ministre au prochain remaniement, quitte à se retrouver avec Manuel Valls comme Premier ministre, parce qu’il faudra bien qu’on continue à parler de lui encore quelque temps. Ensuite comme Michel Rocard, pour préserver l’avenir, il démissionnera en 2016…pour postuler au poste de Premier ministre en cas de nouvelle élection de F. Hollande en 2017. La boucle sera presque bouclée pour A. Montebourg, qui sera à n’en pas douter le grand rival de M. Valls pour le leadership de la gauche dans les années 2020, en notant au passage que les deux hommes ont exactement  le même âge (51 ans). Quel sera leur destin ? Celui de N. Sarkozy ou celui de M. Rocard ?

Michel Escatafal

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