Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/05/2013

10 mai 1981 et 6 mai 2012 : deux évènements si lointains et si proches à la fois

En déplacement à Tokyo, au Japon, François Fillon a assuré qu'il serait candidat à la présidentielle de 2017 « quoi qu'il arrive ». Voilà ce que l’on a pu lire un peu partout sur les sites web, avant que, s’apercevant sans doute de son erreur, l’ancien Premier ministre de N. Sarkozy fasse un pas en arrière, en ajoutant que ce « quoi qu’il arrive » concernait la primaire…ce qui n’a dupé personne. Cette fois, à quatre ans de la prochaine élection présidentielle, la guerre à l’UMP est bel et bien déclarée entre N. Sarkozy, F. Fillon et J.F. Copé, voire même quelques autres dont l’ambitieuse Nathalie Kosciusko-Morizet. Et cette guerre va fatalement faire des ravages dans les rangs de l’électorat UMP, parce que d’une part ce parti et ses têtes d’affiche n’arrivent pas à accepter la défaite de l’an passé, et d’autre part parce que tous ces gens sont tellement déterminés à devenir le candidat UMP à la présidentielle de 2017, que les joutes entre ces candidats seront sanglantes. La droite a connu cela du temps de l’affrontement Giscard-Chirac, et quelque chose me dit que cet affrontement sera encore plus sévère, parce que si F. Fillon ou NKM font figure de modérés, les deux autres, J.F. Copé et N. Sarkozy, ne feront pas dans la dentelle.

En évoquant Giscard et Chirac, cela nous ramène 32 ans en arrière, c’est-à-dire au 10 mai 1981, date où la gauche, écartée du pouvoir depuis 1958, l’avait repris grâce à l’élection de F. Mitterrand à l’élection présidentielle. Une victoire qui n’est pas sans rappeler celle de l’an passé, les outrances des vainqueurs en moins. En écrivant cela je pense notamment à cette phrase, ô combien stupide de Jack Lang, déclarant que « la France était passé de l’ombre à la lumière ». Elle était d’autant plus stupide que la situation que laissait le couple Giscard-Barre était loin d’être aussi mauvaise que le prétendaient leurs opposants. Au contraire, elle était même tout à fait convenable sur le plan économique et financier, et c’est la politique menée pendant deux ans par le nouveau pouvoir qui allait l’aggraver, au point que la fuite des capitaux qu’entraîna cette politique allait aboutir aux dévaluations du franc en octobre 1981 et juin 1982, notre monnaie perdant près de 20% de sa valeur par rapport au mark.

Qu’auraient dit J. Lang et ses amis de la situation dont a hérité F. Hollande en mai-juin 2012, tout-à-fait catastrophique cette fois, puisque si la crise a alourdi la dette d’un peu plus de 100 milliards d’euros, le reste (520 milliards) est en grande partie imputable aux décisions prises par N. Sarkozy et son gouvernement, en abaissant les recettes et en grevant le budget au moment où il aurait fallu au contraire essayer de gérer le plus finement possible les finances publiques du pays. Résultat, la France s’est retrouvée en mai 2012 dans une situation insupportable, avec une dette publique astronomique pour un pays comme le nôtre, et une activité en berne. Et dire que l’UMP ose critiquer la gestion de l’actuel président, alors que ce dernier s’efforce de freiner au maximum cette dérive !

Cela étant, même s’il y a de grandes différences entre le début du quinquennat de F. Hollande et le début du septennat de F. Mitterrand, il y a quand même quelques similitudes, et d’abord une certaine improvisation, au demeurant très compréhensible après de nombreuses années d’opposition (23 ans dans un cas et 10 ans dans l’autre). Et même si quelques membres du gouvernement Ayrault avaient exercé précédemment des responsabilités gouvernementales, notamment Laurent Fabius, ce qui n’était quasiment pas le cas en 1981, il n’en reste pas moins que la plupart d’entre eux n’avaient aucune pratique du pouvoir de l’appareil d’Etat. La preuve, si J. Cahuzac avait eu cette pratique, il aurait compris qu’un jour ou l’autre son compte à l’étranger aurait fini par resurgir. Fermons la parenthèse pour noter que cette inexpérience a beaucoup pesé dans les critiques entourant l’action du président et de son équipe gouvernementale, inexpérience qui apparaît notamment à travers les petites phrases contradictoires distillées par plusieurs ministres. On comprend mieux pourquoi les médias se régalent de cette cacophonie, tolérable au niveau municipal mais désastreuse sur le plan national.

Doit-on pour cela condamner dès aujourd’hui l’action du président Hollande, comme on le fit aussi dès 1983 de l’action de F. Mitterrand ? Sans doute pas, car c’est prématuré, comme je ne cesse de le répéter. A ce propos, je rappellerais quand même que si le pouvoir socialiste a certainement pris de mauvaises décisions entre 1981 et 1983, il a aussi réussi à casser la spirale hausse des prix et hausse des salaires qui nourrissait l’inflation depuis une dizaine d’années, grâce à un virage comme seuls les socialistes savent en prendre. La preuve, F. Hollande est en train d'en prendre un à sa façon, ce qui lui vaut la vindicte de ceux qui l’ont élu et de ses opposants. Cela étant, notre président connaissant bien l’histoire politique de notre pays, sait que rien n’est perdu pour lui à l’horizon 2017, car d’une part il est vraisemblable que la situation économique et financière du pays se sera améliorée, et d’autre part la guerre entre présidentiables UMP aura fait des victimes dans les rangs de ce parti. Pour mémoire, en 1983, nombreux étaient ceux qui pensaient que F. Mitterrand ne finirait pas son septennat. Il en a fait deux…ce qui est unique dans la Cinquième République !

Michel Escatafal

Les commentaires sont fermés.