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07/05/2013

Un an de pouvoir, c’est beaucoup trop court pour faire un bilan

Avant-hier je voulais écrire un billet, mais, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je suis las de la politique et de la manière dont on en parle. J’observe aussi que les Français sont extrêmement changeants dans leur attitude, aujourd’hui comme autrefois. En disant cela je pense au 5 mai 1821, en rappelant qu'avant-hier c’était la date anniversaire de la mort de Napoléon 1er, lequel après avoir ruiné son pays et avoir mis le feu à toute l’Europe, au point que la France était revenue en 1815 à ses frontières d’avant la Révolution, perdant toutes les conquêtes de la République plus Landau, Philippeville et Mariembourg qui lui appartenaient avant 1789, commençait déjà à susciter des regrets  dans une bonne partie de la population. Ces regrets n’ont d’ailleurs fait que s’amplifier avec le temps, puisque 27 ans après la mort de Napoléon 1er, c’est son neveu Louis-Napoléon Bonaparte qui deviendra le premier président de la République, après avoir été condamné à la détention perpétuelle par la Haute Cour et incarcéré au Fort de Ham en Picardie. La révolution de février 1848 lui ayant rendu le libre accès à son pays, il se fera élire, sous son seul nom, député à l’Assemblée constituante en septembre, puis ensuite (le 10 décembre) président de la République au suffrage universel (hommes seulement) avec près de 75% des voix. Quel triomphe ! Et il aurait été réélu si la loi électorale de 1850 avait été modifiée conformément à ses souhaits pour qu’il puisse se représenter. On connaît la suite avec le coup d’Etat du 2 décembre 1851.

Ou est le rapport, me direz-vous, avec l’anniversaire hier de l’élection de F. Hollande l’an passé ? Tout simplement dans le fait que F. Hollande sait très bien que, d’ici 2017, il a largement le temps de se refaire une santé dans l’opinion, surtout s’il accomplit les réformes, toujours différées depuis des décennies, réformes qui pourraient porter leurs fruits en 2016-2017. Vous voyez ce que je veux dire…Et c’est bien cela qui rend fou ses opposants, d'autant que finalement F. Hollande n’a pas grand-chose à craindre pour le moment de la part de ses diverses oppositions. Au fait, qui sont-ils ses opposants ? L’UMP d’abord, qui n’en finit pas de panser ses plaies et qui n’arrive pas à se trouver un chef crédible entre N. Sarkozy, F. Fillon et J.F. Copé, sans oublier Nathalie Kosciusko-Morizet qui, le moment venu, essaiera de doubler tout le monde pour être la candidate de la droite parlementaire. Ensuite le Front de gauche et son leader « aboyeur », pour prendre un terme usité dans le sport, J.L. Mélenchon, qui a rassemblé avant-hier entre 30.000 et 180.000 personnes pour un meeting à Paris (ah, les chiffres !),  mais qui est tout à fait incapable de se faire élire à une quelconque élection, surtout s’il affronte Marine Le Pen.

En fait, c’est elle la seule opposante crédible à F. Hollande, et à la limite elle n’a pas beaucoup à s’employer pour l’être, puisque l’UMP et son amnésie quant à ses responsabilités dans les problèmes que rencontre notre pays aujourd’hui, et J. L. Mélenchon avec ses outrances et ses foucades, lui facilitent la tâche de manière inespérée. A trop vouloir démontrer que ce que fait F. Hollande est nul, les opposants en arrivent à se déconsidérer. La preuve, quand l’UMP affirme que F. Hollande est incapable de gouverner le pays, le Medef répond que plusieurs mesures prises depuis l’arrivée au pouvoir de F. Hollande vont dans le bon sens. Et elles vont tellement dans le bon sens, que F. Hollande est aussi approuvé par la Commission européenne, au point que cette dernière estime logique de relâcher le carcan de la rigueur en France et en Europe…comme l’a toujours demandé et soutenu F. Hollande. En d’autres temps, les délais accordés à divers pays pour que ceux-ci respectent les 3% de déficit auraient été considérés comme une victoire du président de la République. Aujourd’hui c’est impossible, puisque le sport national est la critique tous azimuts du chef de l’Etat.

En revanche j’observe que la presse étrangère est beaucoup moins sévère que la presse française, soulignant que cela ne fait qu’un an que F. Hollande a été élu, ce qui signifie qu’un an (et même dix mois si l’on tient compte des élections législatives) c’est peu à côté des dix ans de gouvernement UMP entre 2002 et 2012. Cette même presse reconnaît aussi que si les réformes qui ont été engagées vont changer le visage de la France, pour parler comme F. Hollande, elles demandent du temps pour donner leur pleine mesure. Il en va de même pour les investissements dans des secteurs stratégiques, notamment le très haut débit ou la santé, qui seront réalisés grâce aux ventes de participations de l’Etat dans plusieurs grandes sociétés. Cela dit, tout n'est pas rose pour autant, même si F. Hollande peut considérer que son action a permis de faire avancer l’Union sur la supervision bancaire, sur la taxation des activités financières ou sur le pacte de croissance,  car, en revanche, il n’a pas encore pu convaincre l'Allemagne et quelques autres pays du Nord de mettre fin à la saignée de certains pays du Sud. Cela étant, il vient de recevoir un renfort de poids en la personne du nouveau président du Conseil italien, Enrico Letta, lequel réclame aussi plus de détermination pour combattre le cauchemar du chômage et avancer sur le processus politique de l’Europe. Les deux chefs d’Etat et de gouvernement plaideront également, aidés par l’Espagne, pour débloquer les crédits de 60 milliards d’euros de la Banque Européenne d’Investissement approuvés…en juin dernier, pour stimuler la demande européenne. Que faisait N. Sarkozy face à Angela Merkel, sauf à avaliser tous les desiderata de la chancelière ? Curieux que personne ne parle de cela !

Et le Front de Gauche que réclame-t-il au juste ? D’abord il y a deux composantes dans ce Front de Gauche qui ne sont pas vraiment d’accord, le Parti communiste dont la survie dépend entièrement du Parti socialiste, et J.L. Mélenchon et son Parti de gauche, dont le seul but est de faire suffisamment parler d’eux pour obtenir quelques députés…aux élections européennes, puisque ce sont les seules où ils peuvent avoir des élus. Pour quelqu’un qui veut donner un coup de balai et changer de république c’est un peu court ! Pauvre J.L. Mélenchon qui essaie d’exister par tous les moyens…et qui n’y arrive pas. Mais comment pourrait-il y arriver avec un programme et des slogans qui sentent bon l’époque où le PCF voulait renverser le capitalisme ? En outre, avec le programme de J.L. Mélenchon, combien aurions-nous de chômeurs en plus, et à quel taux emprunterions-nous ?

Cela dit, il reste à espérer que cette évolution bruxelloise ne se traduise pas par une inflexion des engagements du président quant à la lutte contre les déficits. Pour ma part, je n’imagine pas une seconde qu’il en soit ainsi, après avoir imposé tous ces efforts au pays, et avoir subi autant d’attaques pour éviter que les déficits ne dépassent des limites raisonnables. Non, retomber dans les errements du passé est quelque chose d'impensable, tellement ce serait désastreux pour l'image du chef de l'Etat. Pire même pour lui, jamais il ne pourrait s’en remettre, parce que ce serait irresponsable, et surtout parce que nous ne pourrions pas tenir l’engagement de Bruxelles, ni celui du redressement du pays, tout cela étant en outre sanctionné par les marchés…dont nous ne saurions nous passer. Bref, si les Copé, Fillon, Borloo et autres Mélenchon ou Marine Le Pen, espèrent que le bruit des oppositions fera fléchir F. Hollande, ils se trompent lourdement. Le « capitaine de pédalo » dont parlait J.L. Mélenchon est beaucoup plus endurant qu’ils ne le croient, et sans doute plus déterminé que jamais à poursuivre sur la voie choisie, parce qu’il a brûlé tous ses vaisseaux et qu’il n’a plus rien à perdre. D’ailleurs les opposants au mariage pour tous ont pu s’apercevoir que le projet est allé jusqu’au bout, malgré des manifestations parfois de grande ampleur.

En résumé, avec l’appui de Bruxelles et un peu contre l’avis de l’Allemagne, du moins jusqu’aux élections de septembre, F. Hollande dispose à présent du temps nécessaire pour réaliser les réformes nécessaires au redressement du pays, plus particulièrement la réforme des retraites et celle des dépenses administratives, sans oublier celle commencée mais non achevée sur le marché du travail. Beaucoup de choses qui n’ont pas été faites jusque-là, et qui ressemblent un peu à ce qui a été accompli par Gerhardt Schroeder en Allemagne, dont profite Angela Merkel aujourd’hui, sauf que F. Hollande n’est pas obligé d’aller aussi loin que l’Allemagne, pour la simple raison que cela n’est pas nécessaire et encore moins souhaitable. L’austérité a peut-être des vertus aux yeux de certains Allemands, mais ceux qui en souffrent le plus, de plus en plus nombreux, endurent des souffrances bien supérieures à celles des plus démunis chez nous. Raison de plus pour retrouver une certaine compétitivité sur les marchés étrangers, ce qui donnera très vite des marges de manœuvre…perdues depuis 2002. Cela il ne faut pas l’oublier !

Cependant il serait prétentieux de croire que tout cela se fera dans la facilité. Au contraire, il faudra résister aux diverses oppositions, lesquelles sauront s’entendre a minima pour « pourrir » la vie de F. Hollande et son gouvernement. Mais la Cinquième République a cette vertu d’empêcher les crises de régime grâce à la majorité que les urnes donnent au président, même si l’on peut regretter que deux partis seulement puissent gouverner le pays. Pour autant ce sera très dur quand même, et les élections municipales et européennes s’annoncent très périlleuses pour le parti du président, mais si la conjoncture s’améliore, et les finances publiques avec, la victoire en 2017 sera tout à fait possible, n’en déplaise à ceux qui passent leur temps à critiquer le président. Que F. Hollande se rappelle qu’avec un mois de plus de campagne, G. Schroeder aurait été chancelier une troisième fois en 2005, et s'il n'avait provoqué d'élections anticipées, il aurait été reconduit à la Chancellerie. Gageons que F. Hollande ne fera pas la même erreur, ce qui lui laisse un calendrier moins serré que celui que s'est imposé l’ancien chancelier social-démocrate. Espérons qu’il sache profiter de cette chance…pour la France, et pas seulement pour lui.

Michel Escatafal

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