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23/04/2013

Le plaisir de la critique ôte celui de parler de ce qui va bien

La vie politique et économique amène à des phénomènes de plus en plus curieux, au point que l’on n’a pas envie d’écouter ou lire ce qui se dit sur le sujet. Pourquoi ? Parce que sans s’en rendre compte, les commentateurs sont en train de faire en sorte que les Français continuent à faire des économies, pour ceux qui le peuvent, et à décourager un peu plus les autres. Le « Hollande bashing » est à présent devenu un sport national, et il est de bon ton de « frapper » le président y compris sur des sujets qui n’ont rien à voir avec la politique ou l’économie. Ayant été de ceux qui ont beaucoup milité pour faire battre N. Sarkozy, je n’en suis que plus à l’aise pour me vanter de ne l’avoir jamais critiqué sur un tout autre sujet que la politique ou l’économie. Et je pense que les opposants à F. Hollande devraient avoir la même attitude républicaine ou démocratique que celle que je viens de décrire, parce que tout cela commence à devenir malsain.

Après tout, je comprends parfaitement que ceux qui n’ont pas voté pour lui soient vent debout contre sa politique, même si elle s’apparente sur de nombreux points à une politique libérale que son prédécesseur a voulu initier…sans y être parvenu. Je comprends aussi que ceux qui ont voté naïvement pour l’actuel président, en pensant que le seul fait d’être débarrassé de N. Sarkozy allait permettre à notre pays de retrouver le chemin de la croissance et de mettre fin au déficit de notre commerce extérieur, soient déçus parce que les résultats se font attendre. Au passage ceux-là oublient, ou ne comprennent pas, que la croissance répond à un ensemble de critères que l’on ne peut pas imposer d’un simple claquement de doigt. Il faut s’appeler J.L. Mélenchon pour essayer de le faire croire ! Je comprends tout cela, mais je n’arrive pas à concevoir une telle haine pour un président, dont on rappellera qu’il a hérité de la pire situation qu’ait connue un nouvel entrant à l’Elysée depuis le général de Gaulle.

En fait, je pense tout simplement que tous ces gens ne supportent pas que F. Hollande essaie de redresser le pays. Si j’écris pareille chose, c’est parce que j’ai toujours appris qu’il fallait en passer par le retour à certains équilibres, notamment budgétaire, pour que la situation s’améliore. On ne peut pas vivre constamment avec des déficits publics dépassant les 4% de la richesse produite, comme on ne peut pas supporter de voir la dette publique continuer à évoluer à la hausse. Et pour cela il faut prendre des mesures, certes pas toutes populaires, mais sans doute nécessaires. Parmi celles-ci il y a les hausses d’impôts et la diminution de la dépense publique. Pour le moment le gouvernement a surtout insisté sur les hausses d’impôts, mais le reste va obligatoirement venir dans les prochains mois, y compris sur des sujets comme les retraites, après une réforme a minima en 2010 qui n’a rien réglé. Tout cela sera-t-il suffisant pour que, dès le retour de la croissance, nous puissions être prêts pour en profiter pleinement ? Là est toute la question, et pour le moment, personne n’en est tout à fait certain.

Toutefois ce n’est pas en ayant la même attitude que certains députés socialistes, réclamant à cor et à cri un changement de politique, que le gouvernement pourra travailler sereinement. Il est vrai qu’ils pensent à leur siège de député en 2017 ou, plus près de nous, à leur réélection comme maire l’an prochain. Et c’est vrai qu’ils vont souffrir, parce que le peuple est par essence versatile, quitte à faire réélire ceux qu’il a chassé quelques années auparavant. Mais ce n’est pas en critiquant sans cesse le gouvernement qu’ils sont censés soutenir que cela améliorera la situation de ces élus peureux. Au contraire, ils vont passer pour des girouettes ou des gens de peu de foi, prêts à tout pour conserver leurs mandats. D’ailleurs, on n’a pas besoin d’être féru d’histoire politique pour savoir qu’à chaque alternance, ceux qui ont été élus avec une majorité de 1 ou 2% des voix risquent fort d’être battus aux élections suivantes…sauf si le président est réélu. Et pour que ce dernier le soit, il faut l’aider et non participer à sa démolition dans l’opinion.

Quant à l’UMP, elle profite ou plutôt essaie de profiter des protestations qui viennent de toutes parts pour faire diversion de ses propres difficultés et de sa guerre des chefs. Plus grave encore pour ce parti, ce n’est pas lui qui tire le plus de bénéfices de toutes ces oppositions, mais plutôt le Front National. En fait le parti de Marine Le Pen est même le seul à pouvoir se vanter de progresser réellement dans l’opinion, après des épisodes aussi peu glorieux que l’affaire Cahuzac ou les débordements sur le mariage pour tous, dont je rappellerai qu’il est déjà légal dans huit pays de l’Union Européenne, et dont l’idée commence à se généraliser un peu partout dans les pays occidentaux, y compris aux Etats-Unis. En parlant de débordements, je pense que les députés de droite, du moins la plupart d’entre eux,  n’ont pas réalisé à quel point ils ont tort de s’arc-bouter sur ce sujet…comme ils l’avaient fait sur la contraception, l’avortement ou encore le PACS, sans parler de la peine de mort, autant de sujets de société dont aujourd’hui on ne parle plus ou quasiment plus. Et le pire est qu’au moment où on essaie d’inculquer un peu plus de morale ou de savoir-vivre aux jeunes qui en manquent, on voit des parlementaires qui s’insultent, s’invectivent, voire presque en viennent aux mains dans l’hémicycle à propos d’un sujet sociétal, ce qui est une curieuse manière de donner l’exemple.

Un dernier mot enfin, pour noter combien tout cela est nuisible, alors que la récession semble se préciser, fruit d’une rigueur sans doute trop exacerbée en Europe. Quel dommage qu’au moment où le président de la Commission européenne, J.M. Barroso, n’hésite pas à dire que la politique d’austérité « a atteint ses limites », le discours de F. Hollande soit devenu inaudible, alors qu’il fut le premier à avoir dit la même chose que J.M. Barroso, ce qui lui avait valu les foudres de l’UMP, du Front National et de nombreux centristes. Il est vrai que s’il est à ce point inaudible, c’est aussi sans doute parce que son discours a manqué de fermeté à certains moments, mais surtout parce que sur sa gauche il y a des trublions qui ne savent pas ou plus où ils habitent, notamment certains députés PS, comme je l’ai écrit précédemment,  dont le poids est inversement proportionnel au bruit qu’ils font, mais qui est suffisant pour finir de saper l’autorité morale du chef de l’Etat.

Malgré tout, au milieu de cet océan d’incompréhensions de toutes sortes, il y a les marchés financiers qui eux restent imperturbables, et qui continuent de considérer la France comme un pays sûr à propos de sa dette souveraine. La preuve, le taux à dix ans est tombé hier à 1.77%, chiffre remarquablement bas. Curieux que personne ne parle jamais de cela. Ah j’oubliais : pour la presse et les divers commentateurs, c’est un sujet qui n’est pas croustillant. C’est vrai, entendre J.L. Mélenchon, Gilbert Collard ou certains députés UMP ou PS refaire le monde est plus amusant. Pauvre France !

Michel Escatafal

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