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04/04/2013

F. Hollande doit devenir un homme fort et ne pas se contenter d’être habile

En parcourant les sites web des journaux, j’ai noté cette phrase de Jaurès figurant dans l’Humanité : « Ne vous guindez pas trop sur des échasses de vertu! L’équilibre est instable et les chutes douloureuses». C’est le conseil que je voudrais donner notamment aux élus et partisans de l’UMP ou du Front National. Pour ma part, j’ai de beaucoup préféré la réaction de F. Bayrou, réclamant une loi sur la moralisation de la vie publique, dont il avait d’ailleurs fait son cheval de bataille pendant la campagne présidentielle…sans être beaucoup entendu. Et comme un malheur ne vient jamais seul pour le pouvoir, le Monde révèle aujourd’hui que le trésorier de F. Hollande pendant la dernière campagne présidentielle serait actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, par le biais de son holding financier. Evidemment, comme le dit le quotidien, voilà une info qui tombe très mal en pleine affaire Cahuzac, même s’il n’y a rien d’illégal comme l’affirme l’intéressé, et même si les Français ne sont pas choqués pour presque la moitié d'entre eux si on fraude le fisc. Mais au fait, et si au contraire tout cela tombait trop bien…pour mettre en place des mesures sévères pour faire en sorte que l’évasion fiscale ne se porte mieux chaque jour ?

Je sais, certains vont me dire que je rêve, mais après tout pourquoi ne pas profiter de ce mauvais moment pour légiférer sérieusement sur la moralisation de la vie politique et sur la moralisation dans le monde des affaires, en sachant très bien que c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais au point où en est F. Hollande aujourd’hui que risque-t-il à se lancer dans cette bataille ? Certes pour beaucoup celle-ci est perdue d’avance, mais justement, les plus belles batailles sont celles que l’on entreprend avec peu de chances de succès. En tout cas, c’est de cette manière et seulement de celle-ci que F. Hollande pourrait redorer un blason passablement terni depuis déjà pas mal de temps. La tempête qu’il affronte est la plus rude qu’un président ait eu à affronter en temps de paix, avec des comptes publics et sociaux dans un état calamiteux, une croissance en berne, et l’affaire que l’on connaît. Bref tout va mal, et ce n’est pas près de s’arrêter si des mesures fortes ne sont pas prises.

Pour ma part, n’étant pas socialiste, c’est à sa réaction dans les jours à venir que je vais juger le chef de l’Etat. Ceux qui comme moi ont voté pour lui afin d’empêcher N. Sarkozy de faire un second mandat qui aurait définitivement plongé notre pays dans l’impasse, et qui l’aurait irrémédiablement éloigné de son modèle social, l’attendent au tournant de cette crise à la fois économique et morale. Aura-t-il le courage de s’attaquer aux vrais problèmes du pays ? C’est peut-être sa dernière chance de sauver ce qui peut l’être encore, et ne pas se laisser dicter sa loi par la droite revancharde qui y voit une occasion unique de redorer un blason passablement terni ces dernières années, même si elle n’a rien d’autre à proposer que ce qu’elle a déjà fait ou pas voulu faire. Là est toute la question aujourd’hui, même s’il est souhaitable de ne pas sur-réagir à une succession de mauvaises nouvelles.

Sur ce point au moins, on peut faire confiance à F. Hollande, mais les Français attendent beaucoup plus de lui à présent, et c’est cela qui me rend méfiant pour l’avenir. Et pourtant, chacun sait bien que si notre président se contente d’effets d’annonces dans les circonstances actuelles, son quinquennat est déjà quasiment par terre, et ses chances de réélection nulles. Tout le monde sait bien que N. Sarkozy a traîné comme un boulet sa soirée au Fouquet’s et ses vacances sur le yacht d’un riche homme d’affaires. Et peu importe ensuite qu’il ait fait ceci ou cela, il était battu d’avance à l’élection de 2012. Il l’était d’autant plus que son action politique et économique a été on ne peut plus médiocre, mais son échec n’avait rien à voir avec ça. D’ailleurs il a rassemblé sur son nom plus de 48% des voix au second tour de l’élection présidentielle, ce qui signifie qu’il a gardé  la grande majorité des suffrages de la droite très à droite face à F. Hollande, lequel a reçu l’appoint de nombreux modérés et autres centristes qui ne voulaient en aucun cas voir N. Sarkozy faire un nouveau mandat.

Tout cela pour dire que s’il ne réagit pas fortement, F. Hollande subira aussi une défaite en 2017, parce que les gens lui reprocheront de n’avoir pas osé affronter la tempête politique déclenchée par l’affaire Cahuzac. Ou si l’on préfère, parce que les gens le considèreront définitivement comme un homme qui hésite à prendre ses responsabilités par mauvais temps. Et cela les Français ne le supporteront pas, même si la croissance est de retour, même si le chômage finit par baisser, bref même si le climat des affaires s’améliore. Pourquoi Angela Merkel est populaire en Allemagne ? Parce que les Allemands retrouvent en elle des accents de Bismarck, alors qu’en fait elle ne lui ressemble en rien. F. Hollande, qui n’a pas hérité des marges de manœuvre de la chancelière lors de son arrivée au pouvoir, doit lui aussi prouver qu’il est un homme fort plutôt qu’un homme habile. C’est sa seule chance d’être réélu, et surtout c’est la seule chance pour qu’enfin notre pays, devenu depuis trop d’années la risée du monde, retrouve son rang.

Michel Escatafal

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