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03/04/2013

La démocratie va mal dans notre pays…

Cette fois je crois que les Français vont être dégoûtés pour un moment de la politique. Je ne sais plus quoi dire, au point que j’en ai parfois assez d’écrire sur le sujet. Au fait pourquoi j’écris encore sur ce blog ? Je ne sais pas, à part peut-être me donner l’illusion que j’écris l’histoire à ma façon, un peu comme l’a fait Hyppolite Magen quand il a rédigé son Histoire du Second Empire, à une époque où les blogs n’existaient pas. En tout cas nous vivons une période à la fois très difficile sur le plan économique et terrible sur le plan politique, une de ces périodes où ceux qui croient en la politique s’interrogent de plus en plus. Et ce ne sont pas les atermoiements des politiciens sur le cumul des mandats qui vont nous aider à y croire un peu quand même. Pour ce qui me concerne, je suis triste de voir tout ce qui se passe dans notre pays, même si l’histoire est là pour nous rappeler que de tout temps la politique a connu ses scandales et ses outrances.

Aujourd’hui ce qui arrive à Jérôme Cahuzac est très grave, car il est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale…après avoir été ministre du Budget, et, pire encore si j’ose dire, après avoir affirmé urbi et orbi, avec un aplomb extraordinaire, n’avoir jamais eu de compte bancaire à l’étranger. Et ce ne sont pas les regrets ou le pardon au président de la République ou au Premier ministre et autres anciens collègues et amis, qui vont le rendre sympathique aux yeux des Français et des Lot-et-Garonnais qui l’ont élu. Non, il va recevoir l’opprobre, comme d’autres avant lui, et ce sera une punition bien méritée, même s’il n’est pas le premier à avoir menti au peuple et sans doute pas le dernier.

Certains s’interrogent déjà pour savoir si le président de la République et le Premier ministre étaient au courant de cette dissimulation de compte. Personnellement je n’y crois pas une seconde : la preuve, il a été très vite lâché par F. Hollande dès l’ouverture d’une information pour « blanchiment de fraude fiscale », comme l’avait raconté le Canard Enchaîné de la semaine dernière, affirmant que Cahuzac avait été viré d’un coup de téléphone. Il ne méritait pas mieux. Au passage, pour ceux qui regrettent et vilipendent parfois ou souvent les journaux d’investigation (Le Canard Enchaîné, Médiapart qui a lancé l’affaire), on ne peut que se réjouir que ces organes de presse existent, car, grâce à eux, on apprend beaucoup de choses…même s’ils ne sont pas au courant de tout.

Cela dit, dans deux mois plus personne ne parlera de J. Cahuzac, parce qu’on sera passé à autre chose. C’est aussi ça l’information de nos jours, laquelle circule infiniment plus vite qu’autrefois…ce qui n’empêchait pas les scandales pour autant, comme je l’évoquais précédemment. Ce qui n’empêchait ou n’empêche pas non plus qu’à chaque campagne électorale, il y ait toujours suffisamment de gens pour se battre afin de faire élire tel ou tel candidat. Dans quatre ans, je suis persuadé que les partisans du PS, de l’UMP, du Front National, du Front de Gauche ou du MoDem, seront très nombreux au rendez-vous pour soutenir leur champion…qui leur semblera le meilleur pour changer la vie ou pour « faire de la politique autrement », comme on le disait au MoDem version 2007.

Et pourtant, tous les militants de partis politique doivent savoir que la déception est généralement au bout de la démarche qu’ils ont faite. Combien d’entre nous ont voté pour F. Hollande afin de faire battre N. Sarkozy, lequel avait été élu cinq ans plus tôt en promettant tout et son contraire, comme d’autres avant lui ? Doit-on regretter ce choix effectué en mai 2012 ? Pour ma part, je ne regrette pas ce choix…parce que je n’attendais pas beaucoup du candidat socialiste, lequel d’ailleurs n’avait pas promis monts et merveilles, ce que beaucoup de gens ont oublié. Certes il nous avait promis lui aussi une « république irréprochable », ce qui déçoit tellement nombre de ceux qui lui avaient apporté leur suffrage, mais est-ce sa faute si un de ses ministres a fauté gravement ?

Alors que va-t-il faire ? Va-t-il laisser du temps au temps, en attendant que les effets médiatiques de cette misérable affaire s’estompent ? Peut-être, même si ce n’est pas souhaitable. Pour ma part, et je ne suis pas le seul, je préfèrerais qu’il en profite pour s’affirmer comme un président de la République fort, en imposant ses vues à ses amis de la majorité, en obligeant ces derniers à jouer collectif au moment où notre pays a plus que jamais besoin de réformes profondes. Le mariage pour tous est certes une bonne réforme sociétale, mais certains députés et sénateurs socialistes ou écologistes doivent comprendre que les accords sur la flexibilité ne peuvent pas attendre, alors que trois syndicats et le patronat ont réussi à s’entendre sur leur mise en œuvre, comme ils se sont entendus ça et là pour préserver l’emploi dans les entreprises, ou comme ils l’ont fait sur les retraites complémentaires. Tout cela est quand même infiniment plus important que les faux symboles, synonymes d’amateurisme, que représente par exemple la trop fameuse taxe à 75% qui devrait être enterrée depuis longtemps. Sur ce plan, comme sur bien d’autres, François Hollande devrait s’inspirer de Raymond Barre quand celui-ci était attaqué de toutes parts, notamment par une frange de sa majorité (le RPR) entre 1976 et 1981, refusant avec force les manœuvres politiciennes alors que l’avenir du pays était en jeu (augmentation du prix du pétrole de 58% au premier semestre 1979 !).

Fermons cette parenthèse historique, pour noter que F. Hollande et son Premier ministre doivent aussi imposer dans les meilleurs délais des changements au niveau des institutions. Par exemple le mode de scrutin aux élections législatives, qui favorise outrageusement le PS et l’UMP, ce qui explique que ces deux partis se partagent le pouvoir depuis 1981. Par exemple aussi le cumul des mandats. Ah le cumul des mandats ! Qu’il est difficile de faire comprendre à nombre d’élus que la politique ne devrait pas être un métier ! Si les femmes et hommes politiques ne pouvaient être titulaires que d’un seul mandat, et si ce mandat se limitait à deux élections, cela permettrait un renouvellement des élus qui fait cruellement défaut. Est-il normal d’être député ou sénateur, maire d’une grande commune et président d’une communauté de communes ? Même si cet élu multicarte a des collaborateurs de talent, comment peut-il exercer ces trois fonctions en même temps ? Là est tout le problème de la politique : quand on devient député ou sénateur en France, presque toujours on abandonne définitivement son métier. Combien de médecins, d'enseignants, à l’Assemblée ou au Sénat ?

Voilà un problème qui ne devrait pas en être un, si on décrétait qu’un député ou un sénateur ne peut pas exercer plus de deux mandats dans sa vie. Et je ne parle pas de ces élus qui ont été condamnés, et que l’on retrouve quelques années plus tard dans des mandats électifs qui devraient leur être interdits. J’arrête là mon propos, car de toutes façons ce que j’écris, bien que marqué du bon sens, n’est pas prêt d’arriver…pour la bonne raison que ce sont les membres du Parlement qui font les lois. En outre, ces parlementaires, qui sont aussi maires ou autre chose, ont été élus par le peuple qui, rappelons-le, est souverain. Et les électeurs préfèrent toujours les sortants ou ceux qui sont membres d'une organisation politique de premier plan, à d'autres candidats, aussi motivés ou aussi brillants soient-ils. Je sais de quoi je parle, parce que j’en ai fait une fois l’expérience. Et oui, c’est cela aussi le suffrage universel !

Michel Escatafal

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