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29/03/2013

Voir le ciel plus sombre qu'il ne l'est en réalité...

Hier soir, comme de nombreux Français, j’ai écouté l’intervention télévisée de F. Hollande, et j’avoue que je n’ai été ni emballé, ni déçu. Pourquoi ? Parce que je n’attendais rien de cette émission, contrairement à l’ensemble de la presse, trop contente d’avoir à disserter sur ce qu’elle a transformé en évènement télévisuel. Alors aujourd’hui, dans Sud-Ouest, on lit que le chef de l’Etat « s’est contenté d’ajuster la nappe, de déplacer quelques couverts ». Dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, on fait aussi dans l’ordonnancement de la maison, puisqu’on peut lire que « quant la terre tremble, il est difficile de se passionner pour le réaménagement de la cuisine et du salon, aussi pertinent soit-il », avec cet ajout en forme de conclusion : « C’est le drame de cette présidence ». Et j’aurais tendance à dire, tous les commentaires sont à l’avenant.

Mais au fait, à quoi s’attendaient les éditorialistes des journaux ? Que pouvait donc dire F. Hollande qu’il n’ait déjà dit, à part quelques annonces ponctuelles, dont deux ou trois au moins sont importantes même si les journalistes s’attachent surtout à la globalité de l’intervention ? Pas grand-chose de plus que nous sachions, sauf que l’on va raboter les allocations familiales à partir d’un certain niveau de rémunération, ce qui n’a rien de choquant si l’on ne descend pas trop bas. Sauf aussi qu’il faudra s’habituer à l’idée que la durée de cotisation pour la retraite sera inexorablement allongée, pour bénéficier d’une retraite à taux plein, et qu’il faudra accepter que le niveau des retraites ne soit plus indexé sur l’inflation, sans que le président n’ait donné de précisions sur ces deux annonces qui concernent les retraités. Là aussi, l’important sera dans les modalités des décisions qui seront prises.

Evidemment, je ne tiens pas compte des réactions de la classe politique, totalement sans intérêt, autant celles en provenance de l’UMP que du Front de Gauche, trop excessives et trop politiciennes pour être crédibles. Après tout, si les solutions du Front de Gauche étaient tellement pertinentes, ce parti ou ce mouvement aurait obtenu davantage de voix aux élections auxquelles il ne manque pas une occasion de participer. En fait, on parle du Front de Gauche uniquement parce que leur figure de proue passe son temps à invectiver de plus en plus durement le gouvernement. Quant à l’UMP, ses réactions seraient presque risibles si la situation n’était pas aussi grave pour les chômeurs et beaucoup d’autres Français, parce  que ladite UMP a été au pouvoir dix ans entre 2002 et 2012, comme l’a justement rappelé hier soir F. Hollande. Désolé, j’ai l’air de me répéter, mais c’est le constat que l’on doit faire chaque fois que ce parti critique le gouvernement actuel… en oubliant ses responsabilités. N'oublions pas que le déficit public était encore de 5.3% en 2011 et 4.8% en 2012, malgré la hausse des impôts. Or en 2011 et même en 2012, ces chiffres sont à mettre au passif de N. Sarkozy et son gouvernement.

Pour autant, la situation peut-elle s’améliorer à terme, car telle est la seule question valable ? Pour ce qui concerne le chômage, peut-on inverser la courbe d’ici la fin de l’année ? Peut-être, ne serait-ce qu’en raison des moyens qui vont être mis en œuvre, à commencer par la montée en puissance des emplois dits d’avenir pour les jeunes peu ou pas qualifiés, dont F. Hollande a redit qu’ils seraient au nombre de 150.000 d’ici l’année prochaine. Peut-être aussi grâce aux contrats de génération ayant pour but d’inciter les entreprises à embaucher des jeunes sans licencier des séniors, même si c’est plus aléatoire en raison de la morosité de la conjoncture, mais dont l’efficacité sera sans doute pleine et entière lorsque la croissance reviendra. Et oui, la croissance, toujours la croissance, on n’en sort pas, parce que rien n’est possible tant que celle-ci stagne ou même est négative chez nous et ailleurs.

C’est le cas en zone euro, et il faudra bien que l’Allemagne accepte certaines mesures de relance à l’échelon européen, sous peine elle aussi d’être touchée durablement. Cela étant, tant que les élections allemandes ne sont pas passées, il est à craindre que la situation n’évolue guère de l’autre côté du Rhin. Après, peut-être…y compris si Angela Merkel est réélue, ce qui est vraisemblable. Au passage, j’en profite pour souligner à quel point le peuple des électeurs est versatile, puisque tout le monde donne gagnante la chancelière pour le 22 septembre 2013, alors que l’an passé elle perdait systématiquement toutes les élections locales. F. Hollande doit sûrement s’inspirer de cet exemple pour n’être pas plus inquiet de sa situation personnelle actuelle. Après tout, son prochain rendez-vous avec le peuple français se situe en 2017, et non en 2013 ou 2014 !

Pour terminer avec la situation de notre pays, je voudrais en profiter pour souligner que la France dispose quand même d’atouts très importants pour notre avenir, comme l’a répété hier soir le président de la République, surtout si nous faisons en sorte d’avoir une gestion plus rigoureuse des finances publiques que nous l’avons eu ces dernières années. Par exemple, si l’on examine les comparaisons internationales sur les taux d’épargne (part non consommé du revenu disponible brut) et d’endettement. Dans les cinq plus grands pays de la zone euro, on s’aperçoit que la France a un taux d’épargne qui frise les 16%, contre 16.4% à l’Allemagne, mais 12.2% à l’Italie, 8.8% à l’Espagne (il était de 18% en 2004 !), et 7.7% à la Grande-Bretagne, dont les dirigeants ne cessent de donner des leçons au reste de l’Europe.

Quant au taux d’endettement des ménages, il continue à augmenter en France, mais demeure encore inférieur à celui de presque tous les autres grands pays. Ainsi le ratio de dette des ménages en % du PIB se situe en France à 57%, le plus faible à part celui de l’Italie (47%), l’Allemagne se situant à 60%, le Japon à 65%, l’Espagne à 82%, la Grande-Bretagne à 91% et les Etats-Unis à 110%, ces chiffres ayant été recensés l’an passé en juin (Sources : Comptes nationaux-Banque de France, INSEE, Eurostat). Voilà quelques statistiques qui devraient être soulignées par les journalistes ou les femmes et hommes politiques, y compris ceux de la majorité, plutôt qu’évoquer sans cesse ce qui ne va pas dans notre pays. Certes hier, peut-être en raison de l’interview du chef de l’Etat, on a mis en évidence le fait que la natalité en France soit supérieure à celles des autres grands pays, crise ou pas, mais globalement on a grand tort de ne faire ressortir que les faiblesses de notre pays, de ne jamais relever les efforts faits pour corriger ces faiblesses, bref ne rien faire pour redonner confiance aux Français. Résultat, ceux qui le peuvent épargnent, et les autres sont accablés et démoralisés. Ah la politique !!!

Michel Escatafal

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