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19/03/2013

La crise financière est loin d'être terminée...

Parmi les informations qui ont marqué ce week-end, je retiendrai d’abord la sévère défaite du candidat du Parti socialiste à l’élection partielle de la deuxième circonscription de l’Oise. Cela fait d’ailleurs dire au Premier secrétaire du Parti Communiste, Pierre Laurent, que ce « désastre » est la résultante de la politique menée par le gouvernement. Pauvre François Hollande aurions-nous envie de dire, si toutefois sa majorité et ses conseils en communication avaient un comportement davantage en phase avec la difficulté de la situation. Résultat, les sondages et les résultats d'élections partielles sont mauvais. Certes, cela ne fait qu’une dizaine de mois que le président est entré en fonction, certes l'héritage à assumer était très lourd, certes, certes, mais d'ores et déjà il reste à François Hollande à croiser les doigts pour que la croissance revienne à temps pour lui permettre de se refaire une santé dans l'opinion, une opinion tellement versatile qu'elle semble oublier que N. Sarkozy a conduit le pays à la faillite. Et peu importe que des réformes soient faites, y compris celles destinées à faire que nos entreprises soient mieux armées dans la compétition mondiale, ce qui leur redonnera une place qu’elles n’auraient jamais dû perdre!

Arrêtons de parler à présent des problèmes franco-français, pour noter que la zone euro n’en a pas fini avec les difficultés de son secteur bancaire. Cette fois, c’est Chypre qui est touchée et la pilule est amère pour les habitants de cette petite île de la Méditerranée orientale, qui a adhéré à la zone euro le 1er janvier 2008. Un petit pays qui outre sa séparation entre partie turque et grecque, était aussi une sorte de petit paradis fiscal avec un taux d’imposition des entreprises à 10%. Mais Chypre est aussi un pays particulier parce que son PIB est dépendant pour plus de 75% du tourisme et des services financiers (47%). Le tourisme a d’autant plus d’importance que les revenus liés à cette activité sont assez fluctuants, surtout  dans cette période de crise. Résultat de tout cela, Chypre est en faillite et va passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne qui est en train de lui imposer une potion pour le moins amère qui va ramener les Chypriotes, comme leur voisin grec précédemment, à la dure réalité d’une gestion plus rigoureuse des finances publiques.

En effet, dans le cadre du plan de sauvetage européen de l’île, il était prévu à un certain moment qu’on fasse un prélèvement sur tous les dépôts bancaires, mesure sans précédent dans la zone euro (6.75% pour ceux qui ont moins de 100.000 euros en banque et 9.9% au dessus). Une mesure qui semblait évidemment très injuste aux Chypriotes, surtout qu’elle venait de leurs propres dirigeants, lesquels s’estimaient victimes de la solidarité européenne vis-à-vis de la Grèce, l’opération ayant coûté 4.5 milliards d’euros aux banques de l’île. Je ne sais pas comment tout cela finira, mais ce dont je suis sûr, c’est que l’Europe est en train de se tirer une nouvelle balle dans le pied, et que Chypre comme la Grèce va payer très cher ce plan, sans oublier le risque qu’il y a de voir les marchés s’inquiéter durablement, alors que la crise semblait s’estomper. Pour mémoire il faut rappeler que Chypre comme la Grèce est en récession depuis 2008, et cette ponction sur les comptes, y compris sur ceux de moins de 100.000 euros, idée semble-t-il abandonnée aujourd’hui pour les comptes de moins de 20.000 euros,  ne pouvait que dégrader le climat des affaires. En outre, rien ne dit que l’argent espéré par ces mesures eut été totalement au rendez-vous. En tout cas, cette mesure qui paraîtrait loufoque si elle n’était pas aussi démagogique a été vivement combattue par les banques, pour les raisons que l’on devine.

Et cela nous amène fatalement à parler de la crise financière qui sévit depuis 2008 en Europe et dans le monde. Une crise que certains en Allemagne, par exemple, semblaient vouloir minorer quand elle apparut dans toute sa dimension après la chute de Lehman-Brothers (15 septembre 2008), n’hésitant pas à dire que l’Europe ne serait pas véritablement touchée.  On a vu et on voit le résultat de tout cela aujourd’hui, ce qui permet à certains de se moquer de ces fameux économistes incapables de discerner la gravité d’une crise, les mêmes oubliant que certaines paroles sont prononcées pour éviter de trop affoler le peuple. Etait-il utile de faire peur aux gens il y a cinq ans ? Peut-être pas, même si chacun pouvait bien imaginer que cette crise serait une des plus graves depuis bien longtemps. Et grave elle fut, ou plutôt elle est encore. Et elle l’est tellement qu’on n’en est pas encore sorti, notamment en Europe, qui est la zone économique qui est le plus en dépression.

Pour le grand public, c’est la faute des banques, parce qu’on dit aux gens que les banques ont fait n’importe quoi, qu’elles ont joué au casino avec l’argent de ses clients etc. C’est un peu facile comme argument, même si effectivement des fautes ont été commises, notamment par ceux qui considéraient qu’il n’y avait aucun ou au moins peu de risques à prêter de l’argent aux familles qui empruntaient pour acheter de l’immobilier, les banques pensant que les risques étaient minimes puisqu’on avait toujours la maison ou l’appartement en garantie. Erreur funeste qui a plongé un pays comme l’Espagne, mais il n’est pas le seul,  dans une situation tellement difficile que le niveau de vie de ses habitants a considérablement baissé, ce qui a amené une récession extrêmement sévère dont le pays n’est pas près de sortir.

Au passage on observera que la France a été moins touchée que les autres pays par cette crise bancaire mondiale. Dit autrement, nos banques ont bien mieux résisté que la plupart des autres situées ailleurs, à part Dexia, laquelle est l’exception qui confirme la règle. La preuve, le sauvetage des banques n’a pas coûté d’argent à l’Etat. Au passage on peut dire merci à la règlementation ou à la régulation à la française, qui a empêché les gouvernements précédents de mettre en place des subprimes à la française. Tout cela signifiant que le marché ne peut pas se réguler seul, et que le politique a encore son mot à dire, même si hélas il donne parfois l’impression d’être impuissant dans ce domaine…ce qui fait des banques le bouc-émissaire idéal pour tous ceux qui ne veulent voir que le côté négatif des choses.

En fait, si la croissance repart, gageons que les banques retrouveront très vite les moyens d’aider au financement de l’économie. Et gageons aussi que ceux qui n’ont de cesse de critiquer la Banque Centrale Européenne seront les premiers à ne plus en parler, parce que tout simplement on s’apercevra que cette dernière a fait son travail avec ses « technocrates ». Au fait, tous ceux qui critiquent les « technocrates » non élus de Francfort, ne ferait-il pas mieux de regarder de plus près la responsabilité des femmes et hommes politiques, qui ont l’œil rivé sur leur réélection, quitte à mener une politique non conforme à l’intérêt du pays? Qui pourrait aujourd’hui affirmer que la chancelière Merkel a raison de se préoccuper uniquement de l’intérêt de l’Allemagne, alors qu’elle subira fatalement les mauvais effets de la politique de rigueur qu’elle impose à tous les pays de la zone euro, même si pour le moment cette politique l’assure de sa réélection ? Poser la question, c’est y répondre !

Michel Escatafal

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