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02/03/2013

Lettre à un ami qui n'aime pas F. Hollande

N'ayant pas le temps de m'occuper comme je le souhaiterais de mon blog politique, je vais me contenter ce matin de reprendre ce que j'ai écrit à un ami qui m'a envoyé un courriel dans lequel il fustige la politique menée par F. Hollande et son gouvernement, avouant au passage qu'il regrette N. Sarkozy. Oui, il y en a encore...en espérant qu'ils ne soient pas trop nombreux!

Cher ami,

Tout d'abord je suis très heureux de constater que tu vas bien ainsi que ta petite famille, et c'est bien là l'essentiel. D'ailleurs ta virulence à l'égard du gouvernement montre que tu as toujours du mordant, et quand on a ce mordant c'est le signe que tout va pour le mieux. Cela étant, même si tu n'en es pas convaincu, j'observe que les marchés sont moins pessimistes que toi sur la politique de F. Hollande et son gouvernement...ce qui nous permet d'emprunter encore à des taux extrêmement bas, contrairement à ce que les cassandres sarkozystes prédisaient. Cela nous permet d'économiser quelques milliards dont nous avons bien besoin par ailleurs. Pour mémoire, il y a sept ans, c'est-à-dire en 2006, le différentiel de taux entre France et Allemagne était de quelques points de base. Il a doublé ou quasiment du temps de Sarkozy, avant de redescendre progressivement depuis le printemps dernier et évoluer entre 70 et 80 points de base.

Pour le reste, quand on vit à crédit et que l'on se trouve en situation de surendettement, il faut bien un jour ou l'autre faire les efforts nécessaires pour se sortir d'une telle situation, et c'est généralement une potion très dure à avaler. Comment en effet, rembourser ses dettes et consommer? C'est exactement la situation dans laquelle nous a laissé Sarkozy, pour qui tu sembles avoir une admiration sans bornes. Et je comprends d'une certaine manière qu'il en soit ainsi, parce qu'après tout on aime bien les gens qui font des cadeaux, même s'ils ont été achetés à crédit. Après tout, seul le cadeau compte, et peu importe d'où vient l'argent. Dans le cas de la France, on n'a réglé aucun problème, on s'est endetté allègrement même si la crise n'a fait qu'amplifier le phénomène. On n'a fait aucun effort en termes de développement et de recherche au profit des entreprises, ce qui nous a fait perdre des parts de marché vis à vis de tous nos partenaires commerciaux, et aujourd'hui nous sommes devenus un des maillons faibles de la zone euro, après avoir été le pays qui a le plus aidé l'Allemagne à réaliser son unité.

Même la réforme des retraites, qu'on nous avait vendu comme un exemple de la méthose Sarkozy, est un fiasco total comme l'avaient souligné toutes les mauvaises langues, dont je faisais partie. Il fallait faire beaucoup plus, ce qui finira par être fait d'une manière ou d'une autre. Et je pourrais multiplier les exemples de l'incurie de l'UMP, laquelle a quand même eu dix ans dont cinq ans de sarkozysme pour faire de notre pays un pays qui avance au lieu de reculer. Par exemple, si les 35 heures sont tellement nocives, ce que je veux bien admettre d'une certaine manière, pourquoi entre 2002 et 2012 ne pas les avoir supprimées? A moins que les grandes entreprises du CAC 40 y tiennent plus qu'on ne le croit, grâce aux allègements de charges et à l'annualisation du temps de travail. Alors pourquoi ne pas l'avouer?

Bref, le gouvernement Hollande-Ayrault a hérité d'une situation comme la France n'en avait jamais connu en temps de paix, et il faut faire avec, notamment le "sale boulot", à commencer par augmenter les impôts et tailler dans les dépenses. Et là effectivement, on peut reprocher au pouvoir socialiste de n'avoir pas dit la vérité sur ce qu'il allait faire. mais Hollande aurait-il été élu s'il avait dit aux Français ce qu'il allait être obligé de prendre comme mesures, pour trouver les milliards qui permettront de ramener les déficits à un niveau davantage acceptable, après avoir atteint 8% en 2009, pour se situer encore nettement au-dessus de 5% en 2011? Non, il n'aurait pas gagné l'élection présidentielle, et Sarkozy aurait été réélu...ce qui aurait conduit notre pays au précipice.

Pour l'instant nous sommes au bord du gouffre, mais même si les chiffres des déficits de tous ordres donnent le vertige, grâce à l'argent que l'on n'hésite pas à prendre aux Français les plus aisés ou les moins pauvres si tu préfères, cela permet de rester un peu en retrait pour ne pas être irrésistiblement attirés par le vide. Je pense pour ma part qu'on devrait aller plus vite dans les réformes, sans doute aussi aller plus loin dans la chasse au gaspi, mais nous sommes dans un pays démocratique où règne le suffrage universel, et les élections il vaut mieux éviter de les perdre, ou du moins faire en sorte qu'on limite les dégâts lors des élections intermédiaires : question de dynamique électorale. Avec le suffrage universel chacun de nous a la même voix, et j'observe que des gens comme Clémenceau, Mendes-France ou Raymond Barre n'ont jamais été président de la République, quel que soit le mode d'élection, alors que Louis-Napoléon Bonaparte, Perrier, Deschanel et Sarkozy l'ont été (Perrier et Deschanel n'ont pas été élus président  au suffrage universel, mais par des parlementaires qui eux en étaient issus). En Italie, Romano Prodi ou Monti n'ont tenu que peu de temps à la tête du pays, alors que Berlusconi a été réélu à trois reprises, et s'il y avait eu un mois de plus de campagne lors des dernières élections le Cavaliere aurait été réélu de nouveau. Résultat l'Italie a du mal à composer un gouvernement solide, et elle emprunte à des taux supérieurs de 70 points de base par rapport à ceux de janvier...ce dont très peu de monde se préoccupe en Italie comme en France.

Cela dit, s'il y a un point sur lequel le gouvernement de centre presque gauche qui nous gouverne n'est pas bon, c'est bien celui de la communication. Là les nouveaux ministres sont plutôt peu doués. A part Moscovici, Valls et Sapin, les autres ce n'est pas très brillant, mais à l'impossible nul n'est tenu. En tout cas, cette communication désastreuse nuit à la confiance, en plus de l'impression d'amateurisme que cela laisse. Or la confiance, ou plutôt le manque de confiance en l'avenir, c'est la source de tous les problèmes de notre pays. Si les Français avaient confiance, ils consommeraient davantage, comme je l'ai écrit précédemment, et nombre de difficultés seraient résolues. Hélas, les Français qui ont un travail, ou qui ont une retraite décente, ou qui tout simplement gagnent bien leur vie (je ne parle pas des milliardaires) préfèrent économiser en temps de crise que consommer. C'est ainsi depuis toujours dans notre pays, un pays dont les habitants sont très peu endettés par rapport à nos principaux voisins. La France a une situation privilégiée sur deux points : elle fait des enfants, et nombre de ses habitants ont des biens qui surpassent leurs dettes. Une situation que l'Allemagne nous envie, d'autant que l'Allemagne est un pays appelé à avoir de gros problèmes de retraite dans les années à venir, et les bas de laine de ses habitants sont moins conséquents par rapport à ceux des Français qui sont historiquement élevés (rappelons-nous des 5 milliards de francs or versés en trois ans après la guerre de 1870 au grand étonnement de Bismarck qui croyait avoir mis à genoux durablement notre pays). En plus, ils n'ont pas nos amortisseurs sociaux, tellement utiles en temps de crise.

Bref, même si en apparence tout va mal, et sur ce plan on peut faire confiance aux médias, la situation n'est pas aussi dramatique qu'elle paraît. Elle l'est d'autant moins que, sous la contrainte, elle va obliger Hollande à faire ce qui n'a pas été fait depuis plus de trente ans, à savoir ramener les déficits à un niveau acceptable (je n'ai jamais cru à 0% en 2017), désendetter progressivement le pays, et faire les réformes économiques nécessaires pour que nos entreprises retrouvent de la compétitivité, sans parler de celle des collectivités locales, en faisant toutefois attention à ne pas casser le peu de croissance qui subsiste en cette période d'austérité généralisée en Europe et bientôt aux Etats-Unis. Hollande a commencé à faire tout cela , ce qui a été salué par le patronat pour ce qui concerne la compétitivité et le droit du travail...au grand dam de certains syndicats et de l'UMP, laquelle a été incapable de s' atteler à cette tâche . Il la poursuivra avec les retraites, même si cela va beaucoup lui coûter électoralement, mais apparemment il veut aller vite sur le sujet d'autant que notre pays est très surveillé sur ce point. Il a d'ailleurs intérêt à faire tout cela, car, outre notre crédibilité économique, 2017 c'est dans quatre ans. Et quatre ans c'est court pour commencer un travail de modernisation qui n'a pas été vraiment mis en route depuis plusieurs décennies. Néanmoins, et c'est l'espoir que je formule, Schroeder a failli gagner les élections de 2005 après avoir fait des réformes très douloureuses, dont bénéficie aujourd'hui Angela Merkel, laquelle devrait faire preuve de davantage de modestie, parce que son bilan est loin d'être au niveau de celui de son prédécesseur. Qu'a-t-elle fait depuis son arrivée au pouvoir, en dehors d'essayer d'imposer l'austérité partout en Europe...ce qui pourrait finir par se retourner contre l'Allemagne?  

Pour ne rien te cacher cher ami, j'espère qu'Hollande ne subira pas le même sort que Schroeder, mais, même si cela devait arriver, l'histoire lui en saura gré. Après tout, je suppose qu'il est bien conscient que l'histoire ne retient que les femmes ou hommes qui ont réussi à faire évoluer en mieux le pays qu'ils ont dirigé. Qui se souviendra dans 100 ans de Couve de Murville, Messmer, Balladur, Edith Cresson, Bérégovoy, Raffarin ou Fillon? Absolument personne. Qui se souviendra de Chirac, au demeurant très sympa, ou de Sarkozy comme président? Personne, sauf pour ce dernier à propos de ses déficits abyssaux et sans précédent. L'histoire est dure pour ceux qui la piétinent, et Sarkozy l'a fait allègrement. Qu'Hollande fasse le boulot et wait and see! De toutes façons il a un avantage sur tous ses prédécesseurs : il hérite d'une situation comme aucun autre président n'en a hérité, donc son bilan ne peut qu'être meilleur!

Voilà cher ami...

Michel Escatafal

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