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10/02/2013

Cette médiocrité dans laquelle s’enfonce l’Union Européenne

« Je n'aime pas la médiocrité, je pense que la gauche pousse vers ça », estime Johnny Hallyday dans son autobiographie , ajoutant un peu plus loin, si j’en crois l’Express : « Je n'aime pas les sociétés d'assistés ». On croit rêver !  Mais au fait pourquoi chante-t-il  encore, à bientôt 70 ans, dans cette société d’assistés ? Qu’entend-il par « assistés » ? Parmi ces « assistés », n’y-a-t-il pas nombre de ses fans, dont hélas certains sont au chômage ? Pour ma part, je ne me préoccupe pas de ce que peut raconter Johnny Halliday, que je n’ai pas écouté hier soir, ma préférence et celle de mes amis en termes de variétés allant plutôt vers des  figures comme John Lennon ou Paul Mac Cartney ?  Passons, si ce n’est pour dire que voir la télévision publique consacrer une partie de son journal le plus regardé (à 20h)  à ce livre autobiographique, est le signe que quelque chose ne va pas dans notre pays. N’y-a-t-il pas d’autres informations plus importantes dans le monde ? Voilà, c’est ma (modeste) contribution à essayer de faire évoluer le niveau du service public de l’audiovisuel, sachant que celui-ci fait la course à l’audimat autant que les chaînes privées. Cela dit, si le public est content, pourquoi se gêner ? D’ailleurs, je suis sûr que nombre de téléspectateurs du troisième ou quatrième âge ont dû être heureux de voir Johnny Halliday à la télévision hier soir dans le journal de France2. Pour ma part, ne regardant presque exclusivement que les émissions de sport  sur les chaînes françaises, je me dis que j’ai la chance de comprendre d’autres idiomes, et de pouvoir me régaler de certaines émissions à l’étranger, tout en m’informant sur ce qui se passe ailleurs qu’en France.

A ce propos, ce n’est pas parce que j’écris ces choses que je n’aime pas mon pays. Certes j’aime beaucoup l’Espagne et l’Italie depuis très longtemps, mais je reste viscéralement attaché à mon pays…malgré ses médiocrités, comme en témoigne le fait que 32% de mes compatriotes adhérent aux idées du Front National. Comme en témoigne aussi le fait que s’il y avait aujourd’hui une élection présidentielle, je suis persuadé que le candidat de l’UMP, malgré les divisions de ce parti, malgré l’état dans lequel il a laissé le pays après dix ans d’exercice du pouvoir, serait élu contre François Hollande. Il est vrai que ce dernier ne pourrait pas compter cette fois sur la totalité des voix de gauche, les fans de Mélenchon et l’extrême-gauche se faisant vraisemblablement le plaisir de faire battre l’actuel président considéré comme un « social-traître ». Cela étant, est-ce beaucoup mieux en Italie, pays cher à mon cœur, dans la mesure où rien n’exclut un retour au pouvoir de…Silvio  Berlusconi. Et oui, c’est aussi cela la démocratie, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres », comme avait dit Churchill. On pourrait dire la même chose du suffrage universel, qui n’a jamais voulu dans notre pays d’un Raymond Barre ou d’un Pierre Mendes-France comme chef de l’Etat, et qui a permis l’élection à une écrasante majorité d’un certain Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, alors que tout indiquait que ce dernier n’avait qu’un but : rétablir l’empire à son profit.

Si j’écris tout cela, c’est parce que je suis attristé de voir dans quel état se trouve l’Union Européenne, surtout après le sommet qui vient d’avoir lieu cette semaine, un sommet où, contrairement à ce que certains prétendent, il n’y a pas eu de gagnant, mais surtout un grand perdant : l’idée européenne. Et oui, c’est l’Europe qui a perdu à ce sommet de Bruxelles, et non pas F. Hollande ou Mario Monti, en espérant que le Parlement corrige le budget sur lequel les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait un compromis. Apparemment ce sera le cas, et il faut le souhaiter. Mais comment en est-on arrivé là, c’est-à-dire à une situation où les égoïsmes nationaux prennent le pas sur toute autre considération ?  Pour plusieurs raisons, en premier lieu parce que tous les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas authentiquement européens. Rien qu’en France, quels sont les présidents que l’on va qualifier de véritablement européens ? J’en citerais trois depuis les débuts de la Cinquième République : Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et François Hollande. Pourquoi ces trois-là ? Parce que chacun de ces présidents a toujours été pour une union politique de l’Europe, ce qui n’a pas été le cas des autres, Georges Pompidou l’étant davantage que le général de Gaulle mais sans aller jusqu’à sérieusement envisager le fédéralisme, ce que Jacques Chirac a fini par accepter…en sachant que cela ne pourrait arriver qu’à échéance très lointaine. Quant à N. Sarkozy, bien malin serait celui qui pourrait dire s’il était ou non européen, dans la mesure où sur cette question comme sur tant d’autres, son idée était fonction de celle de l’opinion publique.

Fermons cette longue parenthèse pour noter que l’Europe souffre aussi d’un autre mal, à savoir que l’Union Européenne a voulu aller plus vite que la musique, en incluant dans son sein des pays qui n’étaient absolument pas prêts à envisager le fédéralisme. Tout d’abord la Grande-Bretagne, parce que les Britanniques ne conçoivent l’Europe que comme un moyen de développer une zone de libre-échange. On l’a vu cette semaine avec le Premier ministre Cameron, qui n’avait qu’une idée en tête, la baisse du budget européen et diminuer les pouvoirs de la Commission européenne. Bref, tout ce qui est bon dans l’Europe pour la Grande-Bretagne est acceptable, mais tout ce qui communautarise les problèmes devient inacceptable dans l’esprit de David Cameron. Il y a ensuite les pays de l’Est européen, autrefois communistes, qui pensent en gros la même chose que le Premier ministre britannique. Pour eux l’Europe est un moyen de se développer grâce aux aides européennes, mais quand on leur parle de préférence communautaire, par exemple pour l’achat d’avions de combat, il n’y a plus personne.

Mais comme si cela n’était pas suffisant, il y a en Europe les problèmes électoraux, lesquels se situent à des périodes différentes les unes des autres. Mario Monti sait que dans un mois, il ne sera plus au pouvoir, ce qui limite considérablement son influence.  Angela Merkel ne pense pour sa part qu’à sa réélection, et donc caresse ses électeurs dans le sens du poil, lesquels électeurs de la droite allemande considèrent que les Allemands doivent payer d’abord pour rendre la vie des Allemands meilleure qu’elle n’est, quitte à mettre en difficulté les autres peuples européens. Et pourtant que serait l’Allemagne sans l’Union Européenne et la monnaie unique, dont elle est le principal pays bénéficiaire, après avoir reçu une aide considérable des autres pays européens pour surmonter les difficultés de sa réunification ? Je ne parlerais  pas de l’Espagne qui est confrontée depuis quelques jours à une crise politique grave, en plus de ses difficultés économiques dues pour l’essentiel au fait qu’elle a trop profité du libéralisme ambiant à l’époque d’Aznar, et qui se retrouve fort dépourvue  depuis que la crise financière est venue jouer les trouble-fêtes dans le ciel de l’économie mondiale développée. Et la France me direz-vous, elle aussi fait preuve d’égoïsme national quand on évoque la Politique agricole commune, la fameuse PAC ?

C’est vrai, mais la France en plus subit de plein fouet les effets de la politique qui a été menée ces dernières années, politique qui a bénéficié uniquement aux plus riches citoyens du pays, grâce à des réductions massives d’impôts, ce qui a considérablement obéré les finances publiques…qu’il faut rétablir au plus vite sous peine de voir notre charge de la dette augmenter encore davantage. Et que dit-on à la France quand elle réclame une baisse de l’euro pour favoriser ses exportations ? Qu’elle taille dans les dépenses publiques ! Comme s’il était normal d’être moins généreux vis-à-vis des chômeurs, victimes par dizaines de milliers de plans sociaux depuis le mois de juin, de diminuer  les dépenses de santé, parce que notre pays reste encore parmi les rares où se soigner est possible pour la quasi-totalité de la population, ou de sacrifier l’éducation des jeunes enfants défavorisés, c’est-à-dire de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des parents capables de les aider à s’orienter convenablement, ou tout simplement de leur payer les études qui leur permettront d’acquérir un métier assez gratifiant pour vivre mieux que leurs parents ! Et je pourrais aussi parler des services publics, qui dans l’esprit des nantis sont beaucoup trop coûteux en termes budgétaires, sachant que ceux qui ont des revenus importants n’ont pas de difficulté de ce côté-là. Bref, la France n’ayant plus réellement les moyens d’entretenir son modèle social  basé sur la solidarité, en est réduite à se battre pour préserver le minimum de ses acquis…quitte à mécontenter tout le monde, ceux qui en profitent de moins en moins, et ceux qui trouvent que « les assistés » le sont beaucoup trop.

Dans ce contexte, et j’en reviens à l’Europe, on voit un F. Hollande se battre presque seul contre tous lors des sommets européens, ou, dit autrement, on voit le président français complètement isolé au milieu de ses collègues chefs d’Etat ou de gouvernement, presque tous de droite (19 sur 27),  et surtout tous conservateurs dans les pays les plus peuplés, à l’exception de la France…et de la Belgique avec ses dix millions d’habitants. Résultat, F. Hollande en est réduit à s’arc-bouter sur la PAC, laquelle profite essentiellement à la France, un profit dont on pourrait beaucoup discuter en termes de répartition, les gros producteurs de céréales étant largement avantagés par rapport aux petits exploitants. Et que peut-il faire d’autre aussi à propos de la monnaie, dans la mesure où les Britanniques sont heureux de voir l’euro monter, ce qui favorise leurs exportations, alors que l’Allemagne ou les Pays-Bas profitent au maximum de leur compétitivité sur les produits haut-de-gamme, leurs entreprises bénéficiant pleinement d’une monnaie forte.

En revanche la France, qui a beaucoup perdu en compétitivité depuis dix ans, est obligée de faire un effort considérable pour permettre le développement de ses PME qui, hélas, sont surtout spécialisées dans la moyenne gamme, segment dans lequel ses produits sont confrontés aux pays ayant une monnaie plus faible. Et oui, cela personne ou presque ne le souligne, et tant que notre pays n’aura pas retrouvé une industrie capable de se positionner sur le haut de gamme, nous ne gagnerons pas, ou si peu, des parts de marché. Dure réalité de la vie économique…et de la vie dans l’Union Européenne, une union où chacun veut tirer la couverture à soi comme je l’ai écrit précédemment. Et le pire est que la France ne peut même pas  compter sur ses voisins du Sud, trop affaiblis pour le moment. L’année 2013 sera à n’en point douter très difficile, mais personne n’expliquera pourquoi, parce que les Français, comme les habitants des autres pays, ne vivent que des  raccourcis qu’on leur offre continuellement. 

Michel Escatafal

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